PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL

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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Ven 26 Fév - 23:39



Le Plan Colombie a été un cauchemar pour les femmes Kimberley Brown 26 février 2016

Six femmes ont été violées toutes les heures en Colombie au cours des neuf premières années du Plan Colombie. Les femmes ont été parmi les plus affectées par le Plan Colombie et par l’état de guerre permanente dans la région.


Kimberley Brown a écrit:
Ces chiffres sont ceux d’une enquête commune menée par des organisations de lutte pour les droits des femmes, dont Oxfam et d’autres groupes basés en Colombie. L’étude révèle également que quelques 489.678 femmes ont été victimes de violences sexuelles variées, tandis que 7.752 étaient forcées à la prostitution entre 2000 et 2009, années totalement inclues dans le plan controversé.

Le Plan Colombie est une enveloppe globale d’aide militaire lancée en 2000 par Bill Clinton, alors président des USA, pour lutter contre les trafics de stupéfiants et les insurrections. Durant les 15 dernières années, il a contribué en termes de présence militaire et de milliards de dollars à aider la Colombie dans sa lutte contre le trafic de drogue et contre l’aile gauche de la guérilla que le gouvernement combattait depuis des décennies.

Pourtant, si l’on en croit les groupes de défense des droits de l’homme dans la région, ce marché a été un désastre.

« Ce que l’on constate, c’est un renforcement du trafic de drogue une recrudescence de la répression, un accroissement de la pollution de l’environnement et une augmentation des violations des droits de l’homme des colombiens, » déclarait Nidia Quintero, secrétaire générale du groupe des droits paysans Fensuagro, à téléSUR.

Les trois-quarts de l’aide financière du Plan Colombie ayant été consacrés au financement militaire et à celui des polices locales, on a assisté à une militarisation sans entraves du pays. Ceci se vérifie plus particulièrement durant les sept premières années du plan, de 2000 à 2007, moment où l’assistance des USA dépassait systématiquement les 600 millions de dollars par an et dont 80 pour cent alimentaient les forces de sécurité, d’après les chiffres du Washington Office of Latin America.

Ceci s’est ajouté à la violence, crimes, disparitions forcées qui existaient déjà en grand nombre à cause de la guerre civile permanente entre l’armée colombienne, les troupes paramilitaires et les combattants guérilleros.

D’après Quintero, celles qui continuent à payer le prix fort, ce sont les femmes.


Violences sexuelles : Butin de guerre !


La violence sexuelle à l’égard des femmes, dans le pays, n’est pas simplement la conséquence malheureuse de la guerre. Elle relève plutôt d’une stratégie militaire, dit Milena Montoya, avocate pour la défense des droits de l’homme.

« Violer une femme est un butin de guerre », voilà ce que déclare à teleSUR Montoya, qui est également secrétaire du conseil exécutif pour les droits de l’homme du groupement d’avocats Lazos de Dignitad (Ties of Unity). « Violer une femme terrorise les autres femmes. C’est donc l’une des pratiques que les groupes militaires de l’armée colombienne comme ceux de l’armée des USA, ont utilisé pour soumettre les populations en les faisant vivre en état de terreur. ».

Il existe une abondante documentation à propos des violences sexuelles qui ont eu lieu dans une absolue impunité grâce aux accords bilatéraux et à l’immunité diplomatique des officiels U.S..

Par exemple, d’après un rapport demandé par le gouvernement colombien et les FARC, 54 jeunes filles colombiennes ont été abusées sexuellement par des soldats US et par des cocontractants militaires entre 2003 et 2007. Le problème est qu’ils ne peuvent pas en être tenus pour responsables. « Il existe une abondante information à propos de la violence sexuelle qui se passe dans la plus absolue impunité à cause des accords bilatéraux et de l’immunité diplomatique accordée aux officiels des U.S. », déclare Renan Vega de l’Université Pédagogique de Bogota, corédacteur du rapport.

Montoya dit que c’est ce qui rend ces soldats « intouchables », et leur a permis d’exercer et de maintenir « l’abus de pouvoir envers les femmes et les enfants ».

Elle ajoute que l’augmentation de la prostitution forcée avait également tendance à se développer autour des bases militaires U.S.. Ces bases étaient, en général, établies à proximité de communautés rurales pauvres où les possibilités de travail ou d’études pour les femmes et les jeunes étaient réduites.

Des études sur les droits des femmes ont montré que ces sortes de contrôles génèrent des effets psychologiques au long terme pour ceux qui en sont victimes, quand ceux-là même qui ont pour responsabilité de les protéger sont ceux par qui le crime est rendu possible, et que les civils sont livrés à eux-mêmes sans possibilité de demander que justice soit faite.


Destruction de la famille


 Mais, plus inquiétant, encore, pour les défenseurs des droits humains, sur le terrain, est la destruction totale de la structure familiale.

Cette situation est essentiellement le résultat du massacre des hommes des communautés, massacre qui laissait les femmes uniques soutiens de famille, mais aussi de la destruction massive des cultures de coca qui a laissé des milliers de paysans sans gagne-pain, les forçant à se déplacer pour trouver du travail.

L’effet psychologique au long terme qu’ont eu ces pertes pour ces femmes est immense.

« Il est évident que les femmes sont abandonnées avec ce poids, le poids émotionnel, après que leur famille nucléaire (noyau familial ait été affecté,) ait été affectée, mais également le fardeau économique qu’elles endossent en tentant de soutenir leur famille », dit Quintero.

L’essentiel de ces conséquences s’est fait sentir chez les femmes de communautés rurales pauvres, là-même où se trouvaient les zones majeures du conflit guerrier. D’après Montoya, presque 30 à 40 pour cent des femmes dans les zones rurales sont seules avec enfants « parce que des groupes armés ont tué leur père, leur mari, leurs fils. ».

« Quelles autres options les femmes ont-elles dans leurs foyers… Quelles options ont-elles dans leurs communautés ? Aucunes. Il n’y a pas de travail, il n’y a pas de possibilités d’étudier », dit l’avocat des droits humains.

Ce sont des situations de ce type qui poussent les femmes vers la pauvreté, les forcent à migrer pour trouver du travail, ou les acculent à des activités comme la prostitution, ajoute Montoya. Indépendamment de cela, en marge de la violence, les connections familiales ont aussi été ruinées par la destruction des cultures qui a radicalement changé le mode de vie de milliers de communautés rurales. Cette partie du Plan Colombie qui a utilisé des techniques de fumigation avait pour but de diminuer la consommation de drogue aux U.S. en s’attaquant aux producteurs pour couper l’approvisionnement. Résultat : dans le collimateur, les cultivateurs de coca en Colombie ont vu leurs cultures traités par fumigation et détruites, sans qu’aucune aide de transition ne soit mise en place comme des cultures de remplacement où autre revenus. Les officiels n’avaient même pas compris que la coca connaissait des usages variés qui incluaient la nutrition, le médical, les cosmétiques, ils appliquaient l’interdiction totale du produit.

Certaines études ont également montré que les femmes qui vivaient dans ces aires de fumigations avaient un plus grand risque de développer un cancer du sein ou du col de l’utérus, tandis que les hommes voyaient augmenter le risque de contracter un cancer de la prostate, dit Fensuagro’s Quintero.

Assister à la destruction par fumigation de votre environnement et de votre mode de vie, « cela a des conséquences psychologiques et émotionnelles », dit Quintero. Ceci a vraiment causé un dommage énorme à la population colombienne, autant que le conflit armé dans lequel le pays a vécu durant tant d’années.

Cette approche peut, aujourd’hui, être considérée comme un échec total. Les cartels continuent à bien se porter dans le pays. La Colombie est toujours considérée comme l’un des plus gros producteurs de cocaïne au monde. Et les U.S. sont toujours l’un des plus gros consommateurs.

« Ça a été un moyen de chasser les petits producteurs, pas vraiment de trouver des solutions pour faire cesser le trafic de drogue », dit Quintero, ajoutant que le Plan Colombie « a affecté directement les agriculteurs, leurs droit au travail, leur droit à la vie et à la santé, tandis qu’il affectait aussi l’environnement. ».

Quoi qu’il en soit, les études sur l’impact au long-terme sur le Plan Colombie ne sont pas légion. D’après Quintero, les gouvernements, en incluant l’administration actuelle du Président Juan Manuel Santos, n’ont jamais fait du financement de telles études une priorité.


Aller de l’avant

La Colombie va connaître de nombreux changements dans les mois qui viennent, sachant que le gouvernement et les guérilleros FARC veulent signer un accord de paix final pour le mois de mars. Mais beaucoup devra être accompli, dans un post accord, pour atteindre une situation, non seulement de paix, mais de justice et de réconciliation.

Ceci implique réparation pour le mal commis durant les décennies passées comme, le femicide (les assassinats contre les femmes), la destruction des communautés et la terreur psychologique utilisée contre les populations civiles par les forces gouvernementales et paramilitaires.

« Le conflit a émergé en raison de causes structurelles que sont les problèmes sociaux du pays » dit Montoya, beaucoup d’entre elles ayant été exacerbées au fil des ans, et non arrangées.

Pour accomplir réellement les changements nécessaires au pays pour qu’advienne une paix durable, un réel investissement dans des programmes sociaux au long terme sont nécessaires pour consolider les communautés pour des années - pas dans le militaire ou le technologique, dit Montoya.

Les agriculteurs membres de Fensuagro ont lancé des appels similaires aux gouvernements, tant locaux qu’internationaux pour accompagner les prochains pas de la Colombie.

Leur plan comporte quatre volets : investir plus dans les études permettant d’identifier l’impact sur le long terme tant physiologique que psychologique du Plan Colombie et de la guerre ; reconnaître aux femmes le statut de victimes et entamer un processus de réconciliation ; trouver de nouveaux moyens de combattre le trafic de drogue, qui n’incluent pas que l’on cible le producteur ; aider les cultivateurs de coca à créer, avec la plante, des produits alternatifs qui soient commercialement viables ou favoriser la transition vers d’autres formes d’économie.

Aujourd’hui, date anniversaire de la mise en œuvre du Plan Colombie, les autorités colombiennes et les U.S. discutent un nouvel accord surnommé Plan Colombie 2.0.

Espérons qu’il ne ressemble en rien au premier.

Source : TeleSur

Traduit de l’espagnol par l’équipe de traducteurs d’Investig’Action




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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Dim 15 Mai - 9:00


En 2015, près d’un tiers des demandes d’asile ont été formulées par des femmes, souvent accompagnées de leurs enfants. Une population particulièrement vulnérable. Les femmes réfugiées arrivent chez nous à bout de force, après avoir connu un long parcours du combattant, parsemé de menaces, d’exploitations, voire de viols.


Photo AFP

Citation :
Dans le cadre de la préparation d’une journée de sensibilisation à l’accueil des réfugiés qui se déroulera le mois prochain, Julie Gillet, chargée d’études aux Femmes Prévoyantes Socialistes, a dressé un état des lieux des conditions de santé des femmes réfugiées. Le tableau est sombre…

Outre les difficultés inhérentes au périple, les réfugiées sont particulièrement exposées à des dangers propres à leur condition de femme, notamment d’ordre sexuel. Des exactions dont elles ont parfois du mal à parler, et pour lesquelles il existe peu de réponses dans l’accueil d’urgence.

«70% des réfugiés sont des hommes. Quand ils viennent de pays en guerre, ils partent souvent seuls, et comptent ensuite sur le regroupement familial», explique Julie Gillet. «Les femmes, elles, partent avec leurs enfants. Le voyage est encore plus difficile. Or, elles ont des besoins spécifiques, par exemple en matière d'hygiène, de contraception, si elles sont enceintes ou si elles viennent d'accoucher. Mais ces besoins sont rarement pris en compte dans l'urgence. En outre, on a fermé beaucoup de places d'accueil quand Maggie De Block était secrétaire d'Etat à l'Asile. Il y a donc moins de personnel, et encore moins de réponses adaptées aux besoins des femmes...»

Les femmes sont certes moins nombreuses dans les demandes d'asile récentes mais, de manière générale ces dernières années, on constate que leur nombre augmente en-dehors des crises migratoires liées aux guerres. «Des femmes qui viennent des pays de l'Est, d'Amérique du Sud, qui vont se retrouver dans les secteurs des soins aux personnes ou de l’aide à domicile», ajoute Mme Gillet.

Vulnérables et traumatisées

Le parcours des femmes réfugiées est semé d'encore plus d'embûches que celui des hommes. «Selon Amnesty International qui a fait une étude sur le périple de ces femmes, quasi toutes disent s'être senties menacées, exploitées, notamment par les passeurs qui ‘se payent’ sur elles», poursuit la chargée d'études des Femmes Prévoyantes Socialistes. «Des menaces physiques, psychologiques et sexuelles. Elles ont donc davantage de besoins à leur arrivée.» Racket et vol de l'argent qu'elles ont emporté pour le voyage, mais aussi contraintes sexuelles, avec toutes les conséquences que celles-ci peuvent avoir... «Certaines femmes expliquent ainsi que, conscientes des risques, notamment de viol, pendant le trajet, elles se font implanter une contraception avant le départ.»

Les femmes n'ont pas la condition physique des hommes pour résister à tous les aléas du parcours du combattant du réfugié. Et quand elles ont fui avec leurs enfants, elles font passer les besoins des petits - santé, alimentation - avant les leurs: «Elles s'oublient, elles...»

Au-delà des conflits, et notamment du viol utilisé comme arme de guerre, il y a aussi toutes les raisons de fuir spécifiques au statut de femme: mariage forcé, mutilations sexuelles ou risque d'excision sur leurs fillettes... «C'est très difficile à faire reconnaître pour obtenir le statut de réfugiée. D'abord parce que ce n'est pas « visible» comme une guerre: il faut prouver des persécutions qui viennent de traditions. Ensuite, parce que ça peut être ressenti comme honteux et difficile à dire devant l'Office des Etrangers. Elles n'osent pas en parler, il faut parfois un an ou deux avant qu'elles n'arrivent à s'exprimer», constate Julie Gillet.

D'où l'importance de mettre en place des réponses médicales adéquates, notamment gynécologiques, pour ces femmes, qu'il s'agisse de fournir une contraception ou d'assurer un suivi.

Il faut davantage de moyens, plus adaptés aux femmes


Citation :

Certaines réfugiées ont tout quitté en sachant qu'elles risquaient d'être violée
Reuters

«Beaucoup d'associations font un travail remarquable, reconnaît Julie Gillet, mais au point de vue institutionnel, il n'y a pas grand-chose... Il y a vraiment un manque de moyens pour faire un travail social approfondi et pour répondre aux questions spécifiques de santé féminine.»

Les associations qui œuvrent pour les sans-papiers ou les demandeurs d'asile dans les centres régionaux essaient d'aider ces femmes comme elles peuvent. Les centres de planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes sont également ouverts à toutes. Les tarifs pratiqués tiennent compte de la situation financière des personnes, et certaines prestations sont gratuites (accueil, consultations juridiques et sociales).

«Il faudrait, par exemple, des 'centres de parole' pour aider ces femmes réfugiées, les soutenir à s'exprimer et les encourager à dire leurs besoins. Nous voudrions aussi que les demandes d'asile pour motifs sexuels soient mieux prises en compte. Enfin, il faut réclamer des routes migratoires plus sûres, plus sécurisées, pour toutes les personnes obligées de fuir, et plus particulièrement les plus vulnérables.»



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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Dim 15 Mai - 9:00


Citation :
En Arabie saoudite, les femmes qui consultent le gsm de leur mari sans en avertir celui-ci ou sans son consentement risquent désormais d'être punie de coups de fouet, d'une peine de prison ou d'une amende.

Le Coran ne faisant pas mention de communications téléphoniques, la charia ne les interdit pas. Mais une nouvelle loi s'appuyant sur la notion de violation de la vie privée, est entrée en vigeur. A noter que la législation saoudienne permet par contre bien à un mari de consulter le téléphone de son épouse sans lui en demander la permission. Cette nouvelle législation fait partie d'un programme de réformes sociales, le programme de sécurité de la famille, lancé par le roi Salman.

La nouvelle disposition a soulevé de nombreuses protestations...émises uniquement par des femmes. En Arabie saoudite où prévaut une interprétation très stricte de la charia, les femmes ont fort peu de droits. Elles ne peuvent ainsi pas sortir de leur domicile sans être accompagnée d'un homme, ni conduire une voiture.

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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Mer 18 Oct - 13:47


Traduction de Il pensiero gerarchico. Violenza contro le donne, razzismo e potere Connessioni Precarie, 15 septembre 2017, en réaction au traitement médiatique et politique à propos des viols et violences faites aux femmes.


Que dit-on quand on parle des violences exercées contre le corps des femmes ? Et plus important encore, quand on omet d’en parler ? Cet article italien est une réaction directe face au traitement médiatique et politique qui minimise et déplace le problème des viols et violences faites aux femmes. Nous avons décidé de le traduire en français parce qu’il nous semble nécessaire aujourd’hui d’apporter une réponse et une riposte transnationales face à la violence contre les femmes.

Citation :
Le 3 septembre, Noemi, 16 ans, est tuée à coups de pierres par son petit ami. Le jeune homme, qui n’a même pas 17 ans, a déclaré dans un premier temps l’avoir tuée par jalousie. Il est revenu ensuite sur sa position et a insisté sur le fait que Noemi avait l’intention de tuer sa famille qui s’opposait à leur relation. Il a affirmé que c’était pour lui le seul moyen de protéger sa propre famille. Son père n’a pas hésité à aider son fils à cacher le corps de Noemi.

Le 7 septembre deux touristes américaines se sont rendues à la préfecture de Rome et ont porté plainte contre deux gendarmes, en les accusant de viol. Elles ont affirmé que les deux gendarmes en service avaient abusé d’elles après les avoir raccompagnées chez elles.

Quelques jours après, une jeune fille finlandaise a été victime d’un vol puis d’un viol dans le centre de Rome par ce que la presse a appelé tout de suite « un immigré bangladais ».

Tous les récits de ces violences, qui ne sont que des exemples d’un phénomène plus global, ont fait l’impasse sur l’aspect le plus fondamental de ces événements, le fait que dans chaque cas les victimes ont été tuées ou violées parce qu’elles étaient des femmes.
[1]

[1] La situation n’a rien de particulièrement italienne. Quelques exemples héxagonaux :

http://www.liberation.fr/france/2017/06/30/elle-s-appelait-lauren-elle-avait-24-ans-une-annee-de-meurtres-conjugaux_1580445
http://www.francesoir.fr/societe-faits-divers/montauban-un-algerien-en-situation-irreguliere-viole-une-femme-de-81-ans-la-maire-denonce--immigration-ahmed-hanachi-brigitte-bareges-mamie-mineurs-isoles-etranger-sans-papiers-migrants-delinquence-
Les violences conjugales. Données épidémiologiques, par l’Académie Nationale de Médecine.
http://www.academie-medecine.fr/publication100034942/

Citation :
Le récit quotidien de la violence exercée contre les femmes en dit beaucoup sur la question.

L’assassin de Noemi est un jeune homme blanc et italien de 17 ans, qui a affirmé naïvement l’avoir exterminée avant qu’elle n’extermine sa famille. Un gardien de la tradition et de l’ordre donc, tout comme les deux hommes — blancs, italiens et qui en plus portaient l’uniforme des forces de l’ordre — qui, à Florence, ont pensé judicieux de violer les deux femmes qu’ils venaient de raccompagner chez elles. La panique s’est diffusée chez les racistes qui se sont tus pendant un moment (jamais assez long) se trouvant dans l’impossibilité d’assimiler les migrants à des violeurs, et inversement. Ils ont alors soupiré de soulagement quand un jeune bangladais a violé une touriste dans les rues de Rome. Mais le jeune homme a redistribué les cartes, en donnant la preuve d’une totale intégration et en partageant lui aussi le ius culturae très cher à Minniti (le ministre de l’Intérieur) : « elle était consentante », a-t-il déclaré, montrant qu’il avait appris la leçon des deux gendarmes florentins.

Comme beaucoup de femmes et de féministes l’ont souligné — au moins celles qui n’acceptent pas que la condamnation de la violence sexuelle soit instrumentalisée à des fins racistes — la vérité de ces histoires est un fait politique. Ce n’est ni un problème de statistique (la désormais célèbre phrase « 4 violeurs sur 10 sont des migrants ») et ni de taux d’alcoolémie (« femmes, l’alcool nuit gravement à votre santé sexuelle ! »).

Le fait politique est que tous les violeurs en question sont des hommes et qu’aucune donnée contingente — religion, couleur de peau, statut juridique ou classe sociale — ne peut changer cette réalité.

Tous les hommes sont intimement convaincus que toutes les femmes doivent rester soumises, se tenir tranquilles (c’est-à-dire obéir), et rester silencieuses. La presse et les médias (mainstream ou alternatifs) prennent part à l’occultation de ce fait politique — comme ce père protecteur qui a aidé son fils à cacher le corps de Noemi. Les débats sur les causes (les statistiques, les bières bues et les drogues prises, le chômage), sur les circonstances atténuantes (le consentement explicite ou implicitement déclaré par une mini-jupe effrontée), sur les circonstances aggravantes (l’uniforme), sur le profil des violeurs (des clandestins, des demandeurs d’asile ingrats, d’excellents maris et pères de famille), et enfin le choix des mots (il l’aimait au point de…) sont des détails qui servent à cacher la violence des viols alors qu’en même temps ils les rendent publics et visibles, et qui rendent extraordinaire quelque chose considérée de plus en plus comme ordinaire. Un fait social global — la violence masculine contre les femmes — est réduit à une série d’épisodes de faits divers sur lesquels on exerce son droit d’opinion et de scandale. Un combat sur la narration de cette violence est donc légitime. Pourtant cela reste insuffisant.

Un fil rouge lie violence contre les femmes, culpabilisation de celles qui la subissent et racisme.

C’est une pensée qui se répand, fait prise, exerce une domination et perpétue la violence. C’est une façon de penser hiérarchique qui exprime une intimation à l’ordre qui serpente par la force dans la société. Cette pensée hiérarchique se manifeste à tous les niveaux : aux sièges du parlement et dans les lois étatiques et européennes, aux postes de travail et dans les commentaires sur Facebook, dans les bars et dans les débats télévisés, dans les rues et dans les maisons. Elle agit d’autant plus violemment lorsque l’ordre est quotidiennement remis en question par les personnes, comme les femmes, qui n’acceptent pas de rester soumises, tranquilles et silencieuses, et qui au contraire ont l’audace de descendre sur les places et de faire la grève dans le monde entier, en masse. C’est une pensée qui circule d’autant plus rapidement lorsque les migrants et les migrantes refusent obstinément d’être seulement considéré.e.s comme des objets à accueillir, à déplacer, à réprimer et à exploiter. Noemi, askip, avait trop d’ami.e.s. Elle menait dans le monde une vie indépendante de celui qui l’a tuée, et celui qui l’a tuée a pensé que l’assasinat était une façon comme une autre d’écraser une indépendance vécue comme une menace. Et même s’il est vrai que tous les hommes ne tuent pas les femmes, beaucoup croient et déclarent sans aucun scrupule et sans crainte que la place des femmes est subalterne, qu’il y a des choses qu’elles ne peuvent pas oser. Le viol arrive à l’improviste, pourtant la violence est quotidienne, silencieuse et sans scandale. La pensée hiérarchique impose un rappel à l’ordre, symbolique et réel, en réussissant à faire croire, même à celles qui subissent les hiérarchies, qu’elles sont nécessaires et qu’elles ne peuvent pas être remises en question sans mettre en danger la société entière.

Selon la pensée hiérarchique, même la fermeture des frontières maritimes par Minniti — un médiocre gardien de l’ordre — est une riposte à la violence contre les femmes.

Beaucoup d’hommes et de femmes, toujours une personne de trop, partagent cette pensée-là. Cela revient à négliger que cette fermeture est en train de condamner des milliers de femmes migrantes à être violées quotidiennement, sans trop de scandale, dans les camps libyens par d’autres hommes en uniformes, légitimés par l’Etat italien, par l’Union européenne et par les accords internationaux. Tout aussi négligé est le fait que les frontières maritimes soient ouvertes en particulier pour les femmes qui viennent du Nigeria et destinées à la prostitution, pour lesquelles l’exploitation sexuelle est une sorte de passeport informel. La pensée hiérarchique légitime la violence à différents degrés, elle promet la sécurité à certains au prix de celle des autres. Selon la pensée hiérarchique, empêcher les mouvements des migrants et leur arrivée est une réponse au chômage. Beaucoup de précaires, hommes et femmes, risquent de suivre cette pensée. Entre-temps, les gouvernements s’organisent pour contraindre au travail volontaire — c’est-à-dire non payé — des milliers d’hommes et de femmes arrivé.e.s en Europe ces derniers mois. Pour la pensée hiérarchique, si les uns n’ont rien, les autres n’exigeront pas plus.

La violence du viol, la violence des frontières et la violence de l’exploitation ne sont pas seulement des mots, des narrations toxiques et des opinions.


Ces violences sont la dure réalité que la pensée hiérarchique organise pour des millions de femmes, de migrant.e.s et de précaires. Leur insubordination quotidienne, leur refus de rester à la place qui leur est assignée, leur aspiration à la liberté motivent l’intensification de la violence, sa brutale visibilité, son invisible présence, et expliquent pourquoi la pensée hiérarchique est toujours plus hurlée et amplifiée. Pour éviter que ce rappel à l’ordre s’impose comme sens commun, le combat sur les mots, la censure féministe, l’invocation antiraciste de la dignité ne suffisent pas. Il ne suffit pas de faire appel à un langage démocratique, respectueux des diversités, parce que c’est justement cette démocratie qui appelle au racisme, qui domestique les diversités et surtout qui nie l’égalité.

Nous pouvons seulement amplifier et catalyser l’insubordination pratiquée par les femmes, les migrant.e.s et les précaires, en élargissant leur champ d’action, afin que cette insubordination devienne une pratique collective de pouvoir contre l’ordre et contre les hiérarchies qui s’imposent par la violence. Il n’y a que comme ça que nous pouvons combattre la violence contre les femmes, la violence du racisme, la violence de l’exploitation, en reconnaissant dans leurs manifestations formelles et informelles, institutionnalisées et quotidiennes, spectacularisées et invisibles, la pratique d’une domination.

texte intéressant par les éléments apportés, moins par leur analyse sous la grille anarchiste de "la pensée hiérarchique et de la domination", puisqu'on ne voit au fond pas bien quels intérêts, notamment économiques, servent la violence, le pouvoir, et le racisme

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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Mar 31 Oct - 22:57


En Inde, plus de 80% des femmes affirment avoir déjà été sexuellement agressées. Après plusieurs faits dramatiques, la ville de Jaipur a mis en place une unité de police dédiée à cette lutte, une brigade 100% féminine.



Citation :
Au milieu de la circulation, elles pourraient presque passer inaperçues. Pourtant, sur ces scooters, une petite révolution est en marche, dans un pays encore extrêmement conservateur. Ces quatre policières font partie d'une nouvelle unité très spéciale, 100% féminine, qui lutte contre les violences faites aux femmes.Leur rôle est avant tout de patrouiller et de donner l'alerte en cas de problème. Elles peuvent aussi procéder à des arrestations si nécessaire, mais elles ne sont pas armées. À les entendre, même si les regards masculins sont encore insistants, leur simple présence a déjà permis de changer les choses en quelques semaines. En Inde, 80% des femmes déclarent déjà avoir subi une agression sexuelle. Un chiffre probablement en deçà de la réalité. Les forces de l'ordre et la justice ne donnent presque jamais suite. Une situation que ces policières connaissent personnellement.

Encore de la route à faire

Pourtant, les mentalités sont encore rétrogrades. De prime abord, ce chauffeur de taxi rencontré par France 2 trouve ces patrouilles formidables, avant d'ajouter que le fléau du harcèlement sexuel est dû aux vêtements des femmes. Les jeunes Indiennes ont dû s'habituer à ce genre de réflexions, grandir et vivre avec. Alors pour celles qui ont été déjà été victimes d'une agression comme cette jeune fille de 17 ans, cette nouvelle police ne changera rien. La route est encore longue. Cette unité de police entièrement féminine est aujourd'hui la seule du pays. Alors que l'Inde connaît un des plus hauts taux de violences sexuelles au monde, il n'y a que 7% de femmes au sein des forces de l'ordre.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Dim 19 Nov - 11:54



le monde patriarcal du capital

je suis désolé de ne pas davantage alimenter ce sujet, mais je considère plus important d'en causer en France, vu qu'en parler ailleurs est surtout utilisé pour dire que tout irait bien par "chez nous". Il n'empêche :

- Des femmes tanzaniennes exploitées dans les pays du golfe Radio Vatican  18 novembre 2017

Citation :
Des milliers de travailleuses domestiques tanzaniennes se trouvent au Moyen-Orient. Alors que certaines bénéficient de conditions de travail décentes, beaucoup d’autres subissent des abus. L’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch,  a mené des entretiens avec 87 personnes, dont des responsables tanzaniens, des syndicalistes, des agents de recrutement et 50 domestiques tanzaniennes qui travaillaient à Oman ou aux Émirats arabes unis. Le point avec Marie José Muando Buabualo sur le rapport de Human Rights Watch intitulé  « ‘Working Like a Robot’: Abuse of Tanzanian Domestic Workers in Oman and the United Arab Emirates » soit, Travailler comme un robot : Abus à l’encontre de travailleuses domestiques tanzaniennes à Oman et aux Émirats arabes unis [...]

- Birmanie : l'armée accusée de viols contre des femmes et filles Rohingyas Le Figaro 18 novembre

sans oublier les collabottes inclusives

- Classement Forbes 2017 : Les 100 Femmes les plus puissantes du Monde en 2017 Forbes 16 novembre

le patriarcat, contradiction de genre dans le capital, c'est aussi la domination des femmes de la classe bourgeoise sur les femmes... et les hommes d'en-bas

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MessageSujet: Re: la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL   Jeu 30 Nov - 23:31


franco-africain...




La philosophe Elsa Dorlin répond au président français sur sa rhétorique « féministe », qu’elle estime douteuse, et sur ses préjugés sur la surnatalité du continent.



Citation :
Les propos sur la natalité en Afrique tenus par Emmanuel Macron lors du sommet du G20 à Hambourg, le 8 juillet, ont été quasi unanimement qualifiés de racistes. Le président français s’est-il ressaisi au Burkina Faso le 28 novembre ? Non, il a sciemment abordé de nouveau le sujet, sous une autre forme, et il s’agit ici de comprendre pourquoi ; pourquoi aurait-il été trop coûteux de renoncer à parler des « femmes africaines », qui ne sont qu’un butin rhétorique cher à la politique française ?

Les termes utilisés à Hambourg par le chef d’Etat pour appréhender cette question étaient marqués d’un passé impérial qui continue d’imposer l’ordre du discours sur « l’Afrique ». En parlant de « défi civilisationnel », Emmanuel Macron comprenait les enjeux de la « transition démographique » et, en la matière, il rendait hommage à l’un de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, qui, dans l’amphithéâtre de la prestigieuse université Cheikh Anta Diop de Dakar, s’était senti totalement légitime d’expliquer à « l’homme africain » comment s’extraire du temps cyclique de la nature, où il n’y a pas de place ne serait-ce que pour « l’idée du progrès ».

Devant ses homologues, ce jour de juillet, Emmanuel Macron déclarait : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider de dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Les femmes, donc ; cette fois, ce sont les femmes africaines qui sont visées, comme leur enlisement dans le temps cyclique de la reproduction sans limite ; ces ingrates Africaines à la sexualité débridée et irresponsable, assimilées, en somme, à des femelles n’ayant aucune conscience des investissements consentis – la dite « aide au développement » – pour qu’elles arrêtent enfin de lester ce continent d’enfants qui en diffèrent l’entrée dans l’Histoire.

Ce « vous pouvez décider de dépenser des milliards », c’est en fait un « nous » (nous, les pays riches qui supportons ce fardeau de l’aide et de la philanthropie paternaliste), c’est l’argent de la France et du monde (puisque l’Afrique n’en est pas, de ce monde, elle qui n’a d’autre destin que de constituer le souci majeur de son avenir, le boulet du développement, l’en dehors de la civilisation).

« La force noire »

On aura beau rappeler, sources, archives et études à l’appui, qu’il s’agit là d’un des lieux communs les plus éculés de la gestion coloniale des populations et que la France a constamment activé dans son propre intérêt ce mythe de la surpopulation des territoires colonisés, rien n’y fait. Pourtant, depuis la période esclavagiste, la gestion du cheptel humain s’est matérialisée dans diverses technologies politiques qui ont savamment entravé ou, au contraire, encouragé sa reproduction selon les cours, les flux et les circuits de la traite. Puis, après l’abolition de l’esclavage, la rationalisation de la manne économique d’un lumpenprolétariat racialisé a contraint les ex-colonisés à des conditions « contractuelles » de travail inhumaines, à une division raciale du travail assignant les uns à la terre et à sa rentabilisation avant que les grandes réformes économiques liées à la transformation de certains territoires en parcs à touristes en décident autrement.

Manne économique, mais aussi manne militaire historique : quand, au début du XXe siècle, les plus grands généraux français se targuent de posséder face à l’Allemagne une botte secrète, une arme infaillible, il s’agit de « la force noire », à savoir ces millions de sujets de l’Empire mobilisables à l’envi. Enfin, n’oublions pas que ces corps et ces vies sans valeur, exploitables ou tuables à l’infini, ont permis de constituer des laboratoires d’expérimentation pour toutes sortes de traitements : vaccins, médicaments… mais aussi techniques contraceptives, ce dont témoignent les premiers essais cliniques de traitements hormonaux ou les opérations de stérilisation forcée.

Le paradoxe est que cette gestion coloniale des populations se décline en différentes techniques de stérilisation sociale qui reposent toutes sur un postulat : il faut que la natalité des indigènes, des colonisés et aujourd’hui des « Africains » continue d’être galopante, précisément parce que cela permet d’user et d’amputer ces vies (au travail, sur le front, devant la maladie ou la mort…), comme si elles étaient indéfiniment remplaçables.

Faire le sale boulot

Aujourd’hui, c’est encore ce préjugé de la surnatalité, conséquence des politiques d’appauvrissement du continent africain (comme de ses relais autoritaires locaux) et de sa mise sous tutelle monétaire, économique et frontalière, qui active ici ce sentiment d’indifférence face à ces corps abandonnés, parqués sans chaussures, sans toilettes, sans nourriture en Europe, échoués en Méditerranée, face à ces esclaves torturés dans des zones de trafic, à ces corps affamés sur des zones de conflits où seules les ressources minières, fossiles ou les découpages géostratégiques émeuvent. Il ne s’agit que de vie de chiens issus de portées en surnombre et qu’on élimine.

Si certaines femmes ont été stérilisées de force – comme le rappelle Françoise Vergès dans Le Ventre des femmes –, cela signifie aussi que les politiques ont toujours pensé de façon globale cette gestion de la natalité : quand les territoires des DOM-TOM devaient cesser de se reproduire, d’autres territoires d’influence étaient ponctionnés sans limite sans jamais que l’on ait à s’inquiéter de l’épuisement de la ressource. Or, au cœur de ce régime, entre mythe de la surnatalité et technologies de stérilisation, les politiques démographiques ont aussi consisté à contraindre à la migration.

Cette migration-déportation a eu et continue d’avoir des objectifs politiques tout à fait réfléchis : extorquer des ressources humaines, intellectuelles et culturelles, créant par des politiques universitaires et des privilèges de circulation des ponctions dans la jeunesse et les élites ; prétendre le faire au nom des valeurs et de la qualité supérieure des systèmes éducatifs comme des mœurs métropolitaines, alors qu’il s’agit dans ces mêmes néo-métropoles d’aller faire le sale boulot (usines, mines et ports, puis vigiles et gardiens, petites mains dans les intérieurs bourgeois, garde d’enfants, de malades, de vieux, aides-soignantes ou infirmières).

Quoi qu’il en soit, à couleur de peau différente, les mêmes diplômes n’ont pas la même dignité. Organiser une gestion indirecte de la démographie par la migration a historiquement eu pour caractéristique de cibler la migration des femmes dans le but de résorber la surnatalité, mais aussi d’alimenter la mythologie d’une République française égalitaire et attentive à l’éducation comme à l’émancipation des filles : de fait, il s’agit d’une rhétorique féministe qui s’inscrit dans la pure tradition des grands discours impérialistes du XIXe siècle sur l’émancipation des femmes.

Chevalier blanc ?

Alors, en ce 28 novembre à l’université de Ouagadougou, Emmanuel Macron a-t-il pris quelques précautions ? Certes, il n’a pas parlé de la sexualité irresponsable des femmes et de leur progéniture surnuméraire, mais il a repris par la bande ses propos sur les « sept, huit, neuf enfants par femme ». Il a toutefois été beaucoup plus fin, plus au fait des subtilités historiques des politiques dans lesquelles il se tient comme un héritier. Emmanuel Macron n’a pas « de leçons à donner », et, pour nous en convaincre, il ne va effectivement pas donner de leçons à « l’Afrique » quant à l’irresponsabilité de ses femmes ; au contraire, il va défendre ces femmes africaines : les sept, huit ou neuf enfants par femme, êtes-vous sûrs, vous, hommes africains, que c’est le choix de vos femmes ?

Emmanuel Macron a donné le ton : son discours sera féministe, ou plutôt « fémocolonialiste », parce que, dans la défense du choix des femmes africaines quant à leurs droits et choix reproductifs, le président français se place en chevalier blanc. Evoquant l’octroi de bourses d’études par les consulats français, il déclare que ces bourses seront en priorité offertes à des jeunes filles. A ce moment de son discours, la salle se manifeste. L’image est saisissante : Emmanuel Macron laisse cette rumeur quelques secondes lui répondre, il en profite pour boire une gorgée d’eau, il sourit d’un air entendu parce que l’effet rhétorique qui vient est désormais sûr de faire mouche :


Citation :
N’ayez pas peur, je n’ai pas dit qu’il n’y en aura que pour les jeunes filles, j’entendais cette mâle réaction visant à protester. Mais je vous le dis avec la même franchise, je regarde avec inquiétude, parfois dans certains quartiers de mon propre pays, la déscolarisation des jeunes filles progresser, et je le vois dans certains pays africains. Si l’Afrique veut réussir, et la France avec elle, ce grand basculement du monde, nous devons former et éduquer tout le monde, et nous devons éduquer les jeunes filles, nous devons avoir des jeunes filles et des femmes libres, libres de choisir. Et je le dis pour vous, jeunes hommes qui êtes là, c’est bon pour vous.

Dans ce discours, il y a quelque chose de particulièrement écœurant. Sous couvert d’un engagement qui emprunte au féminisme son lexique, il n’est question que d’une forme actualisée de triage colonial : à la surnatalité prétendue des femmes africaines, l’Etat français propose, comme il l’a toujours fait, la migration prétendument éducative et diplômante.

Or, si cela relève clairement d’une action positive ou, plus exactement, d’une biopolitique par définition sélective, le seul et unique effet visé est précisément de stigmatiser les hommes du continent africain pour leur patriarcat d’un autre temps, eux qui ne laissent pas choisir leurs femmes. En plus d’ignorer les mouvements féministes et d’émancipation africains – dans la ville même où fut assassiné Thomas Sankara –, il s’agit de faire des femmes africaines des complices de ce nouvel impérialisme si elles acceptent la façon dont, pour l’Etat français, il convient qu’elles se libèrent.

Humilité de façade

En la matière, cela relève aussi d’un double discours : la situation des femmes en France qu’évoque Emmanuel Macron et les phénomènes de déscolarisation des jeunes filles pour raisons de maternité ne relèvent pas d’un phénomène social ni même d’une tendance sociologiquement observable. Il le sait, il surjoue l’empathie : nous aussi nous aurions connu ce phénomène, aujourd’hui devenu exception historique, pour mieux insister sur l’ampleur supposée du dit phénomène africain qui ne peut relever que d’un trait anthropologique.

A l’opposé de cet impérialisme soft, ce que l’on peut rétorquer à Emmanuel Macron, c’est que dans son pays, la présence des jeunes femmes à scolarité comparable se raréfie sérieusement aux portes des grandes écoles ou dans les recrutements à des postes et concours à haute valeur sociale ajoutée. Cela a un nom : le sexisme institutionnel. Celui-ci a la dent dure et fait tache quand on prétend porter l’étendard de la liberté des femmes.

Le président a-t-il proposé des quotas en France pour lutter contre le plafond de verre ? Non. Ce qu’il fait alors qu’il pérore en Afrique avec une humilité de façade relève d’une instrumentalisation pure et simple du féminisme dans le cadre d’une stratégie française en Afrique déjà largement engagée par ses prédécesseurs et modelée sur les croisades de libération des femmes « d’ailleurs », menées par nombre de ses homologues occidentaux. Ce qui n’est pas acceptable en Afrique, comme le dit si bien Macron, c’est que des chefs d’Etat puissent, en riant, venir choisir qui aura le droit de venir bénéficier des lumières de la France et qui sera puni à rester aux portes de la « civilisation ».

Ici, la promotion des femmes africaines, forme de sélection genrée, n’est qu’un autre moyen d’ériger des frontières de race et de creuser des lignes de couleur. Quant au libre choix des femmes – là-bas, ici, ailleurs, partout –, ce n’est certainement pas à un homme d’Etat d’en décider. Idéalement, il peut œuvrer pour que des politiques publiques assurent les conditions matérielles de ce libre choix, a minima il peut se taire et, surtout, nous épargner ce « fémocolonialisme », terreau du racisme comme de l’antiféminisme, qu’il faut abattre urgemment.

Elsa Dorlin est professeure de philosophie au département de science politique de l’université Paris 8. Elle vient de publier "Se défendre. Une philosophie de la violence", Paris, Zones, 2017.

néanmoins quelque chose me dérange dans cette critique, qui essaye de révéler, sous l'humilité de façade du chevalier blanc, le néo-néo colon, car faute de saisir le macronisme dans le moment actuel du capital mondial,  et de la nécessité du capitalisme français de tourner la page de la Françafrique (mot que Macron ne prononce pas), on en revient à ça :




ce n'est plus drôle et ça marche pas

cf ne pas se tromper d'époque et d'analyse : un certain décolonialisme soluble dans le capitalisme français, européen... et africain


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