PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» VA-SAVOIR : chronique à la com, ou la dialectique en propotion magique
Hier à 15:21 par Patlotch

» THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
Mar 27 Juin - 23:40 par Patlotch

» SURVEILLANCE de la POPULATION, sécuritaire, caméras, écoutes, internet...
Dim 25 Juin - 12:49 par Patlotch

» PENSÉES diverses à marier sans modération
Sam 24 Juin - 17:07 par Patlotch

» MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME
Sam 24 Juin - 13:52 par Patlotch

» ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?
Sam 24 Juin - 10:56 par Patlotch

» 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité
Ven 23 Juin - 12:23 par Patlotch

» "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie
Mar 20 Juin - 19:03 par Patlotch

» un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)
Jeu 15 Juin - 20:26 par Patlotch

» la vie du forum : réception, conseils, mises à jour, etc.
Jeu 1 Juin - 17:45 par Admin

» DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!
Lun 29 Mai - 18:42 par Patlotch

» AFRODITE CHEZ LES PHALLOCRATES, antiroman sans repentir, suivi de BLACK WOMEN, Love, Sex, Song, Dance... et théorie communiste
Lun 29 Mai - 17:23 par Tristan Vacances

» DOMESTIQUES (travailleuses et travailleurs) / DOMESTICS WORKERS / Servants
Sam 27 Mai - 16:09 par Admin

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Sam 27 Mai - 14:54 par Admin

» "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME
Jeu 25 Mai - 15:02 par Patlotch

» "le PRÉCARIAT définit le SALARIAT" : 25% des travailleurs du monde ont un emploi stable / travail et anti-travail
Jeu 25 Mai - 12:07 par Patlotch

» TRAVAIL, CHÔMAGE, SYNDICALISME... MONDE / chiffres, courbes, cartes...
Mer 24 Mai - 13:25 par Patlotch

» OPIUMS DU PROLÉTARIAT : RELIGIONS, ATHÉISMES, LAÏCITÉ... IDÉOLOGIES et RÉALITÉS
Mer 24 Mai - 9:34 par Admin

» des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...
Mar 23 Mai - 13:45 par Admin

» PALESTINE et ISRAËL
Lun 22 Mai - 18:41 par Patlotch


Partagez | 
 

 ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  Suivant
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Dim 14 Fév - 15:14


la matérielle, quand tu les tiens...


Le container et l’algorithme : la logistique dans le capitalisme global Moritz Altenried revue Période

La mondialisation capitaliste est souvent envisagée comme une extension considérable des échanges à l’échelle mondiale, accompagnée par une importante dérégulation et liberté de circulation des capitaux et des marchandises. Cette nouvelle séquence a un envers technologique aujourd’hui incontournable : le développement des industries logistiques. Ainsi, quand on parle de « capitalisme de l’information », il ne faut pas seulement se figurer la prégnance du « travail immatériel », mais aussi tout un réseau d’infrastructures, coordonnées de façon complexe, qui articulent production, circulation et consommation en temps réel. Dans ce texte, Moritz Altenried présente ces nouveaux dispositifs, et livre une image du capitalisme aux antipodes du fantasme d’une production dématérialisée, d’un avenir sans travail et sans travailleurs. Si la logistique moderne a été un puissant moyen d’écraser le monde du travail, elle est peut-être aussi un terrain crucial des luttes d’aujourd’hui et de demain.


Moritz Altenried a écrit:
J’entends commencer par une remarque intéressante de Thomas Reifer selon laquelle Marx débuterait Le Capital de nos jours en notant que la richesse des nations contemporaines apparaît de plus en plus comme une immense collection de conteneurs (Reifer, 2007). Même si l’on peut objecter qu’un conteneur et une marchandise appartiennent à des catégories conceptuelles différentes, cette déclaration provocatrice est très révélatrice car elle fait ressortir l’importance de la logistique non pas seulement en tant qu’industrie mais en tant que perspective pour comprendre le capitalisme contemporain.

En conséquence, je propose de différencier trois sens du terme « logistique ». Premièrement, la logistique est un secteur industriel ou marchand spécialisé dans le déplacement des choses ayant gagné en importance et qui constitue en tant que tel un objet de recherche fascinant. Deuxièmement, la logistique est devenue en quelque sorte une logique – ou un dispositif au sens foucaldien – qui a dépassé le secteur au sens étroit et fonde le capitalisme contemporain. Ce dernier peut alors être compris comme un capitalisme de « chaîne d’approvisionnement » pour reprendre l’expression d’Anna Tsing (Tsing, 2009). Si cela est avéré, alors la logistique, troisièmement, devient une perspective de recherche. Je souhaite défendre l’idée qu’elle peut servir comme une sorte de prisme qui nous aide à comprendre de manière critique la transformation en cours du capitalisme global. Cela sans pour autant affirmer qu’elle constitue – ou devrait être – la seule perspective possible.

Pour les besoins de cet article, je souhaite mobiliser cette perspective en me penchant sur deux technologies qui ont drastiquement changé à la fois la logistique et, comme je l’avance, le capitalisme global : le conteneur et l’algorithme.


Le conteneur ou la révolution logistique

Les développements de la logistique ou du transport depuis la seconde guerre mondiale ont souvent été qualifiés de « révolution logistique », « la révolution la plus sous-étudiée du XXe siècle » comme l’affirme Deborah Cowen (Cowen, 2014, p.33). L’expression « révolution logistique » entend décrire la manière dont le secteur a dramatiquement changé depuis la Seconde Guerre mondiale tout en devenant le centre d’un nouveau régime d’accumulation globalisé.

Il existe de nombreuses manières de raconter l’histoire de la révolution logistique – par exemple en se penchant sur la façon dont la pensée managériale d’abord centrée sur la production a évolué vers le management de l’intégralité de la chaîne d’approvisionnement, incluant le design et les commandes, le transport et l’entreposage, les ventes, le re-design et les nouvelles commandes, ou en dépeignant la manière dont la logistique s’est en même temps muée en une discipline universitaire. Cependant, je souhaite ici me pencher sur un objet technologique qui incarne l’avènement de la logistique moderne peut-être mieux que tout autre : le conteneur.

Le système de conteneur actuel trouve ses origines aux États-Unis. En octobre 1957, le premier porte-conteneur navigua de Port Newark, New Jersey vers le sud de Miami chargé de boîtes en acier standardisées pour le transport intermodal et développées par les entrepreneurs logistiques Malcom Mc Lean et Roy Fruehauf. Cela faisait plus de cent ans que des systèmes de conteneurs et des tentatives de standardisation existaient mais ce fut le système de Mc Lean et Fruehauf qui prit racine, ne serait-ce qu’en raison de son adoption par l’armée américaine afin de répondre aux nécessités logistiques de la guerre du Vietnam. Leur modèle de conteneur se réduisait à une boîte en acier empilable pouvant être transférée par des grues spéciales des trains ou camions vers les bateaux. Mais il généra un changement spectaculaire : il permit non seulement d’économiser beaucoup de temps et d’espace requis pour charger et décharger dans chaque port mais aussi de se passer d’un nombre immense de travailleurs portuaires. Les syndicats à travers le monde tentèrent de combattre le processus ; en 1980 le Syndicat international des débardeurs défendait devant la cour suprême ce qu’il considérait comme son droit de décharger les cargaisons sur les docks. Bien sûr, il échoua.

Aujourd’hui, la circulation globale des marchandises repose sur le conteneur maritime standardisé. 90% des marchandises hors-vrac circulent en conteneurs. L’unité de standard est l’EVP (Équivalent vingt pied). Wal-Mart importe autour de 700 000 EVP chaque année, ou en d’autres termes, environ 30.000 tonnes par jour (Bonacich & Wilson, 2008 , p. 25). Un grand port comme Hambourg ou Rotterdam gère plus de 25 000 de ces conteneurs chaque jour. Cette industrie génère d’énormes profits, un port comme Hambourg par exemple a dégagé en 2014 une valeur ajoutée brute de 20 milliards d’euros. L’entreprise de conteneurs danoise Maersk compte à elle seule pour environ 20% du PNB du Danemark. Maersk exploitent plus de 600 navires soit une capacité totale de 2,6 millions d’EVP, dispose de bureaux dans plus de 100 pays et d’un nombre immense d’employés. Malgré son statut d’entreprise transnationale gigantesque, elle reste méconnue comme beaucoup d’entreprises de logistique. Nonobstant leur couverture de nombreux espaces, les opérations et infrastructures logistiques sont ainsi rarement reconnues par la plupart des gens (une fois que l’on connait le nom Maersk cependant, on aperçoit ses conteneurs partout). La logistique peut alors être envisagée comme une partie de « l’inconscient politique » du capitalisme global, pour reprendre un concept de Nigel Thrift (Thrift, 2005, p. 213).

Même si l’avènement de la logistique ne peut-être expliqué par le seul conteneur, celui-ci a joué un rôle immense. Le pouvoir combiné de la standardisation et de l’intermodalité a écrasé le travail sur les docks, et permis d’énormes économies de coût et de temps et une accélération massive de la circulation. Ainsi, le conteneur et son infrastructure globale constituent des présupposés de la globalisation telle que nous la connaissons. L’observation de la technologie et de l’infrastructure peut parfois nous aider à comprendre ce qui se joue dans le capitalisme global (dans les récits de la globalisation, l’accent tend à être mis plutôt sur les accords de libre échange et les programmes d’ajustement structurel).

Ou pour parler comme Marx :

« tandis donc que le capital tend, d’une part, nécessairement à abattre toutes les barrières spatiales qui s’opposent au trafic, c’est-à-dire à l’échange, et à conquérir la terre entière comme son marché, il tend d’autre part, à anéantir l’espace par le temps, c’est-à-dire à réduire à un minimum le temps que coûte le mouvement d’un lieu à un autre. Plus le capital est développé – et donc plus le marché sur lequel il circule et qui constitue l’itinéraire spatial de sa circulation est étendu – plus il recherche en même temps une plus grande extension spatiale du marché et un plus grand anéantissement de l’espace par le temps » (Marx, 2011, p. 500).

Les conséquences de la révolution logistique sont spectaculaires et trop variées pour être discutées en profondeur ici. Il faut cependant mentionner deux dimensions. La première est le transfert de pouvoir des producteurs aux vendeurs. La société Wal-Mart constitue l’exemple le plus frappant. Son pouvoir de marché provient en grande partie du fait qu’elle est non seulement un géant de la logistique mais aussi et peut-être même d’avantage de l’orientation logistique de sa stratégie. Sa planification spatiale organisée autour de ses centres de distribution, son contrôle étroit de l’intégralité de la chaîne de distribution, son management informatisé de l’inventaire innovant et l’agencement du tout afin d’accélérer le turnover des biens et de minimiser les coûts d’entreposage constituent des facteurs cruciaux qui font de Wal-Mart une des plus grandes sociétés du monde.

La deuxième dimension concerne l’évolution de la manière dont le capital envisage la logistique. Conçu initialement en terme de minimisation des coûts post-production, elle devient un secteur dans lequel d’énormes profits peuvent être générés. Il ne s’agit pas là bien sûr d’une nouveauté dans la mesure où Marx savait déjà que le changement de localisation d’une marchandise donnée peut être une marchandise en soi. Toutefois, la re-conceptualisation capitaliste du transport, son évolution d’un processus post-production dont les frais doivent être réduits au maximum vers une intégration de la production, de la circulation et, de manière croissante, de la consommation s’avère centrale pour la révolution logistique.

Cela engendre un brouillage de la distinction entre production et circulation, manufacture et transport ou réalisation et circulation. Aujourd’hui, les marchandises sont de plus en plus « manufacturées sur toute l’étendue de l’espace logistique, plutôt que dans un seul lieu. » (Cowen 2014a ;  p. 2). Cette tendance s’exprime dans des modèles comme celui de la production juste-à-temps, une philosophie de production qu’on peut décrire comme « logistique ». Ou, pour parler de nouveau avec Marx, la logistique devient de plus en plus un « présupposé englobant et un moment de la production » (Marx, 2011, p. 388)


L’algorithme ou la seconde révolution

Pour simplifier, on pourrait affirmer que l’informatisation de la logistique implique une seconde révolution logistique qui bouleverse une nouvelle fois l’industrie et avec elle le capitalisme globalisé de manière spectaculaire. La numérisation de la logistique comprend une multitude de dimensions comme les logiciels d’expédition, les progiciels de gestion intégré (PGI), le GPS, le code barre, les technologie plus récentes de radio-identification (RFID) et les infrastructures associées. Tous ces éléments constituent autant de technologies pour organiser, capturer et contrôler le mouvement des personnes, de la finance et des choses. En voie d’intégration croissante, y compris dans les chaînes de distribution, elles affectent aussi la production. Conçus pour surveiller, mesurer et optimiser la productivité du travail et les opérations des chaines de distribution, les médias logistiques « tentent de standardiser l’accumulation capitaliste du niveau micro des dispositifs algorithmiques au niveau macro des infrastructures globales » (Rossiter, 2014, p. 64). Ces systèmes restent relativement fermés et opaques y compris pour les personnes qui les opèrent. Même si les architectures systèmes sont parfois incroyablement complexes, elles suivent une certaine logique qui tend à abstraire et standardiser. Les protocoles, les paramètres, les standards, les normes et les références jouent un rôle clef dans l’organisation des marchandises et du travail vivant par des systèmes de management semi-automatisés. Ainsi, nous devons comprendre ces systèmes comme des « boîtes noires algorithmiques » ayant également une multitude d’implications pour l’organisation de la politique et du travail.

Les progiciels de gestion intégré (PGI) illustrent bien l’importance de la gouvernance algorithmique. Il s’agit de plateformes numériques en temps réel qui intègrent en un programme toutes les fonctions d’une entreprise telles que le management financier, la logistique, les ventes et la distribution, les ressources humaines, le management des matériaux et le planning des flux de travail. Ce type de software spécialisé pour la gestion de la chaine d’approvisionnement est généralement un logiciel propriétaire extrêmement cher produit par une poignée d’entreprises. L’entreprise allemande SAP constitue un des joueurs les plus importants. Elle affirme fournir ses logiciels variés à 87 % des entreprises du classement Forbes Global 2000. D’après Martin Campbell-Kelly, si les PGI produits par SAP venaient à disparaitre,

« l’économie industrielle du monde occidentale serait immobilisée, et il faudrait des années pour que des substituts puissent colmater la brèche dans l’économie en réseau. Si les produits de Microsoft se vaporisaient en une nuit, cela prendrait seulement quelques jours ou semaines pour trouver des substituts, et la disruption économique serait modeste » ( Campbell-Kelly 2003 : 197).

Nous pouvons observer ici une contradiction importante du secteur de la logistique, du logiciel, et, selon moi, du capitalisme numérique en général : tandis qu’un PGI ouvert et communicatif permettrait une communication ininterrompue sans conflits de protocoles entre entreprises et solutions logicielles, il mettrait aussi en danger le pouvoir de marché de SAP. D’où le choix par SAP de systèmes propriétaires fermés et ses ambitions monopolistiques. Il s’agit là d’une stratégie dangereuse qui doit être constamment réévaluée et gérée de manière flexible afin de ne pas mettre en danger l’exploitabilité générale de l’ensemble des programmes SAP. Se manifeste ici un problème général du software et dans le cas de la logistique nous voyons combien il s’agit là d’un enjeu matériel : les décisions portant sur les protocoles standardisés et les paramètres, que ce soit le code ou la taille du conteneur, peuvent générer des sentiers de dépendances qui concernent toute l’industrie. Nous observons ici une contradiction, qu’il convient de souligner, entre la coopération et la concurrence qui est profondément inscrite à la fois dans la logique de la logistique capitaliste et dans celle du software. Elle constitue peut-être l’une des contradictions les plus importantes du capitalisme contemporain.

Des logiciels tels que les PGI incorporent une quantitaté massive de données portant à la fois sur des processus internes tel que le travail, les stocks, les finances, etc., ainsi que sur des facteurs externes tels que la météo, le coût du carburant ou les fluctuations de devises. Le programme qui gère le « Worldport », un hub UPS à Louisville, Kentucky, coûte des centaines de millions de dollars et effectue deux fois plus de calculs en une heure que la bourse de New York en une journée d’échanges boursiers intense (Kasarda & Lindsay, 2011). Les infrastructures en réseaux et les programmes tracent et pistent chaque mouvement de marchandise et de travail vivant. Aujourd’hui, chaque bien envoyé n’est pas seulement numériquement codé mais aussi rendu de plus en plus traçable, surtout grâce à la technologie RFID. Les ordinateurs de Wal-Mart identifient plus de 20 millions de transactions chaque jour et ses centre de données tracent quotidiennement plus de 680 millions de produits distincts (Dyer-Witheford, 2015, p.84). Par ce biais, Wal-Mart exerce sur ses fournisseurs une pression afin d’équiper tous les produits de puces RFID permettant de tracer les produits du champ à la table du client. Tandis que le code-barre standard autorise seulement le transfert d’informations relativement simples concernant des classes d’objets (Pasta, 1,95 €), la RFID rend possible l’identification de chaque objet. Inventé dans les années 1990, la RFID peut transférer de l’information portant sur l’histoire et les propriétés d’un objet donné (à distance dans la mesure où l’étiquette n’a pas besoin d’être dans la ligne de visée du lecteur). Combinée à l’infrastructure informationnelle et aux centre de données, elle permet de suivre la trajectoire des objets à travers le temps et l’espace d’une manière inédite. La tendance au développement d’objets RFID intelligents laisse présager une intensification de la communication et de l’interaction objet-à-objet qui aura pour résultat un « un accroissement massif de la production de savoir inter-machines portant sur le statut et la position de millions d’objets physiques dans le temps et l’espace » (Kitchin & Dodge 2011 : 51).

Ce développement constitue le fondement d’une nouvelle génération de technologies logistiques automatisées qui ne fonctionnent plus seulement sur le mode du juste-à-temps mais deviennent aussi de plus en plus spéculatives.

La production et la logistique contrôlées par des infrastructures algorithmiques incorporant de grands ensembles de données et la mesure en temps réel de tous les mouvements de biens et de travail vivant génèrent une énorme accélération de la circulation. Ceci affecte bien sûr massivement les conditions de travail. Si vous parlez à de vieux travailleurs en logistique, quelque soit le secteur, tout le monde évoquera l’accélération ininterrompue de la vitesse de circulation qui a changé l’industrie de la logistique dans les trente dernières années et, en conséquence, les conditions du travail en logistique.


Le travail, mort et vivant

Il est très facile d’oublier le travail quand on traite de la logistique, en particulier si l’on devient fasciné par les infrastructures et technologies gigantesques de cette dernière. La quantité de travail mort incorporée dans le capital constant tel que les grues, les bateaux, les ports et les conteneurs semblent réduire le travail vivant à l’état de nain. Cependant, comme nous le savons tous, le capital ne peut pas vivre sans exploiter le travail vivant et le travail reste un facteur important en logistique. UPS emploie par exemple 395 000 personnes soit presqu’autant que l’armée américaine. En dernière instance, la logistique contemporaine incarne surement « le fantasme selon lequel le capital pourrait exister sans le travail » comme l’affirme Harney et Moten (Harney & Moten, 2013, p.90). Mais il ne le peut pas et ne le pourra jamais.

Le conteneur comme l’algorithme constituent des innovations technologiques qui soumettent le travail (et le travail organisé) à une pression énorme. Les innovations technologiques au service des infrastructures logistiques du capital « ne produisent pas seulement une image matérielle d’un agencement contemporain de la lutte de classe. Ils sont aussi une expression des victoires passées du capital » (Williams, 2013). Le conteneur en particulier a engendré une énorme perte d’emplois et a efficacement écrasé les syndicats les plus militants des États-Unis.

Dans le cas de la numérisation, il est frappant de voir comment l’organisation algorithmique de la logistique intensifie le contrôle des travailleurs individuels afin d’augmenter la survaleur relative. Les conducteurs UPS voient chacun de leurs déplacements tracés par une multitude de senseurs situés dans leur camion de livraison et sont mis en concurrence les uns avec les autres. Chaque mouvement, chaque pause peut-être scruté. Les travailleurs des entrepôts d’Amazon travaillent avec un appareil portatif qui les guident à travers l’entrepôt. Ce dispositif trace chaque pas et peut déclencher une alarme chez le « leader d’équipe», au cas où un travailleur serait inactif pendant une période prolongée. Des objectifs journaliers et des standards à atteindre, tous contrôlés et organisés par un logiciel, sont fixés.

Il s’agit là seulement de deux exemples de technologies numériques utilisées pour accélérer la circulation et exploiter le travail vivant de manière plus efficace. L’optimisation des processus de travail informatisée produit un système de surveillance en temps réel et l’organise à travers diverses formes de références, de procédures opérationnelles standardisées, d’objectifs et de mécanismes de remontée d’information instantanés. Brett Neilson affirme que ce processus en matière de logistique numérisée vise à l’élimination de la distinction entre travail concret et abstrait :

«  La tension entre le travail vivant et abstrait, qui dérive du fait que la multiplicité et l’aspect concret du premier ne peuvent être totalement réduits au second, s’est intensifiée sous le capitalisme contemporain. La logistique met en avant le fantasme d’une élimination de cette distinction à travers des processus techniques de coordination et de mesure » (Neilson, 2014, p. 88).


Tout sauf ininterrompu

La circulation ininterrompue et transparente constitue peut-être le but de la logistique mais en réalité il s’agit là davantage d’un fantasme productif que d’une réalité. Il existe une multitude de dysfonctionnements, d’obstacles et de nombreuses formes de différence qui font que la logistique globale est tout sauf une machine fonctionnant de façon ininterrompue. L’activité de la logistique n’est pas tant la production d’un espace global lisse,

« son objectif n’est pas d’éliminer les différences mais d’œuvrer au travers celles-ci, de construire des passages et des connexions dans un monde toujours plus fragmenté. Les fossés, les divergences, les conflits et les rencontres ainsi que les frontières sont comprises non comme des obstacles mais comme des paramètres à partir desquels des gains d’efficacité peuvent être générés » (Mezzadra & Neilson, 2013).

Par conséquent, la production de l’espace à travers la circulation logistique globale de marchandises évolue et se fragmente en permanence et est constamment traversée de contradictions, à la fois interne et externe au rapport capitaliste.

La plus importante de ces contradictions, celle du capital et du travail, a récemment regagné en visibilité. Le secteur logistique a été frappé par une vague de conflits ouvriers dans les dernières années. De la fermeture du port d’Oakland, – on peut argumenter qu’il s’agissait là du moment le plus puissant de tout le mouvement Occupy – à Hongkong ou Valparaiso. En Europe on peut mentionner les luttes des travailleurs d’Amazon en Allemagne, Pologne ou France ou les luttes militantes et puissantes de travailleurs migrants dans les hauts lieux logistiques de l’Italie du Nord. Si ma proposition s’avère exacte, à savoir que la circulation des marchandise n’a jamais été aussi importante et que la logistique constitue un secteur plus crucial que jamais pour l’accumulation globale du capital, c’est aussi une bonne nouvelle pour les travailleurs des docks, des navires, des entrepôts et des camions. En effet, parallèlement à l’importance croissante de leur travail pour le capital, leur pouvoir de négociation s’est accru de façon significative.


Traduit de l’anglais par Memphis Krickeberg.

Bibliographie

Bonacich, Edna et Wilson, Jake B., 2008, Getting the Goods: Ports, Labor, and the Logistics Revolution, Cornell University Press, Ithaca et Londres.

Campbell-Kelly Martin, 200, From Airline Reservations to Sonic the Hedgehog: A History of the Software Industry, The MIT Press, Cambridge, MA.

Cowen Deborah, 2014, The Deadly Life of Logistics: Mapping Violence in Global Trade, University of Minnesota Press, Minneapolis/Londres.

Dyer-Witheford Nick, 2015, Cyber-Proletariat: Global Labour in the Digital Vortex, Pluto Press, Londres.

Harney Stefan, Moten Fred, 2013, The Undercommons: Fugitive Planning & Black Study, Minor Compositions, New York.

Kasarda John D., Lindsay, Greg, 2011, Aerotropolis: The Way We’ll Live Next, Farrar, Straus and Giroux, New York.

Kitchin Rob, Dodge Martin, 2011, Code/Space: Software and Everyday Life, MIT Press, Cambridge, MA.

Marx Karl, Manuscrits de 1857-1858, dits « Grundrisse », Éditions sociales, trad. J.P Lefebvre, 2011.

Mezzadra Sandro, Neilson Brett, 2013, Border as Method, Or, the Multiplication of Labor, Duke University Press, Durham et Londres.

Neilson Brett, 2014, « Beyond Kulturkritik: Along the Supply Chain of Contemporary Capitalism. Culture Unbound », 6(1), p. 77-93.

Reifer Thomas, « Unlocking the Black Box of Globalisation. », papier presenté à The Travelling Box: Containers as the Global Icon of our Era, Université de Californie, Santa Barbara, 8-10/11/2007.

Rossiter Ned, 2014, « Logistical worlds », Cultural Studies Review, 20(1), P. 53-76.

Thrift Nigel, 2005, Knowing Capitalism, SAGE, Londres.

Tsing Anna, 2009, « Supply chains and the human condition », Rethinking Marxism, 21(2), p. 148-76.
Williams Evan Calder, 2013, Invisible Organization: Reading Romano Alquati. Viewpoint Magazine no. 3. Url: http://viewpointmag.com/2013/09/26/invisible-organization-reading- romano-alquati/ [1.2.2014].

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mar 1 Mar - 7:58


capitalisme à crédit sur le dos des ménages



Au Japon, les ménages sont les victimes des taux négatifs Yann Rousseau Correspondant à Tokyo 29/02 à 16:15


Fin janvier, la Banque du Japon a introduit pour la première fois de son histoire, un taux d'intérêt négatif
Shizuo Kambayashi/AP/SIPA
 
Yann Rousseau a écrit:
Les possibilités de placements rentables s’évaporent. Les banques devraient augmenter leurs tarifs.

Interrogé la semaine dernière à Tokyo par des investisseurs sur les opportunités dans le secteur bancaire japonais, Brian Waterhouse, un analyste de CLSA, s’amusait à conseiller plutôt les placements dans les entreprises fabricant des coffres-forts au Japon. « Depuis l’introduction de son taux d’intérêt négatif sur une partie des réserves bancaires excédentaires, certains modèles sont en rupture de stock », rappelait l’économiste. Depuis l’annonce de la Banque du Japon (BoJ), de nombreuses familles semblent en effet préférer stocker du liquide chez elles. « Cette initiative de la banque centrale a été très mal comprise et a des conséquences financières lourdes que l’institution n’avait, elle-même, pas anticipées », explique l’analyste.

Les taux négatifs ont provoqué une chute des valeurs bancaires

Déprimé par l’appréciation du yen et la résistance de la déflation dans l’Archipel, Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, avait espéré mettre en scène sa détermination en décidant d’imposer un taux de rémunération négatif de 0,1% sur une petite partie des réserves placées par les banques commerciales auprès d’elle. Mais les marchés, extrêmement fébriles, ont cru, après 36 heures d’un apparent enthousiasme, que la mesure allait surtout entraîner un écroulement des bénéfices du secteur bancaire nippon et ont cédé en masse les actions des grands groupes bancaires. « Or, les banques commerciales ne vont être que peu touchées. Ce sont les ménages qui sont les plus pénalisés », souffle Brian Waterhouse, qui pointe les faibles montants “taxés” par la BoJ.

La rémunération des comptes courants n'est plus que de 0,001%

Anticipant une légère baisse de la rentabilité de leurs réserves excédentaires, les banques ont, en effet, réduit, dès la mi-février, le taux de rémunération des comptes courant dans le pays. Il n’est plus que de 0,001%. Dans le même temps, les rendements des obligations d’Etat se sont encore écroulés . Ils sont désormais négatifs pour tous les titres d’une maturité inférieure à 9 ans. Les bonds du Trésor à dix ans sont eux aussi passés en territoire en février. Et nombre d’acteurs du secteur financier se retrouvent contraints de freiner ou même de stopper leurs ventes de plusieurs produits de placement après avoir constaté qu’ils ne seraient plus en mesure de garantir les intérêts promis à leurs clients.

Arrêt des ventes de SICAV

Le ministère des finances a arrêté les ventes de bons du Trésor aux particuliers. Plusieurs courtiers ont cessé les ventes de SICAV et les géants de l’assurance-vie ont suspendu la promotion de certains types de contrats, très liés au marché obligataire. Près de la moitié de leurs 2.670 milliards de dollars d’actifs est actuellement investie dans des obligations japonaises, rappelle la Life Insurance Association of Japan. « Les particuliers japonais n’ont plus beaucoup d’options pour placer leurs économies », résume Brian Waterhouse.

Pour tenir leur rentabilité, les banques, comme les assureurs, du pays risquent par ailleurs de remonter, dans les prochains mois, leurs tarifs, au grand dam des ménages. Ils seront aussi tentés de vendre à bon prix à la Banque du Japon une partie de leurs stocks d’obligations qui ont vu leur valeur bondir avec le récent écroulement des rendements. Autant de mouvements qui n’encourageront aucunement la hausse des prêts que la banque centrale pensait pouvoir encourager avec son taux négatif.

Yann Rousseau @yannsan  


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Jeu 3 Mar - 3:23


à la chute programmatiste classique près, comme d'hab' avec Bibeau : « mener la grève générale illimitée pour enfin renverser le système capitaliste et construire un nouveau mode de production », le texte m'a semblé intéressant


L’IMPOSSIBLE SECONDE RÉVOLUTION INDUSTRIELLE

Publié le 2 mars 2016 par robertbibeau http://ww.les7duquebec.com



Relocalisation industrielle vers les États-Unis

Depuis quelque temps, médias, journalistes et économistes constatent que certaines entreprises américaines ferment leurs usines en Europe et les délocalisent vers l’Asie, mais aussi vers les États-Unis. On rapporte que la firme Otis, une multinationale, a fermé son usine en Europe pour en rapatrier la production aux États-Unis (1). Une puissance impérialiste en voie de désindustrialisation peut-elle inverser ce mouvement et se réindustrialiser progressivement ? Si la réponse est affirmative pour les États-Unis, on peut imaginer qu’il pourrait en être ainsi pour la France, la Belgique, la Suisse et le Canada. Nous croyons que cette réindustrialisation est possible à quatre conditions que nous identifierons par les lettres A, B, C et D.

Citation :
Ce redéploiement industriel est rendu possible et nécessaire par la combinaison de quatre facteurs concomitants. D’abord, le libre-échange (A), que d’aucuns appellent la « mondialisation des marchés sous le néolibéralisme ». Le libre-échange permet en effet aux capitalistes de fermer sauvagement telle unité de production en France ou au Canada et de la déplacer vers les États-Unis où la résistance ouvrière est moins intense (B).

Le libre-échange requiert des conditions de droits du travail et des ententes douanières particulières qui sont forgés par les fonctionnaires de Bruxelles, de Washington, d’Ottawa, de Moscou et de Pékin au bénéfice des multinationales actives dans l’espace de Schengen, dans l’aire de l’ALENA, dans la zone Asie-Pacifique (TTP), dans l’espace de l’Alliance de Shanghai et dans l’espace de l’Organisation mondiale du commerce (2). Le Collectif Plateforme contre le transatlantisme sonne l’alarme à propos des négociations en cours entre l’ALENA et l’Union européenne à propos d’une union douanière visant à constituer un marché transatlantique unique afin de faire face au dragon chinois. L’auteur de l’article fait remarquer que « Le marché transatlantique uniformise tout ce qui est nécessaire à la libre circulation marchande (biens, services, investissements, capitaux, cadre légal) d’un côté à l’autre de l’Atlantique, en choisissant de renforcer prioritairement la « libre-concurrence » (sic) et la compétitivité. Cela signifie que les marchés financiers et les firmes multinationales pourront agir de plus en plus librement sur un espace géographique de plus en plus étendu » (3). On peut en dire autant du Traité transpacifique conclu en octobre 2015 afin, lui aussi, d’intensifier la guerre économique contre le dragon chinois « Le TPP (Accord de partenariat transpacifique), qui a été signé le 5 octobre 2015 entre les États-Unis et 11 pays (Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Mexique, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam) (…) n’est autre qu’un pas de plus vers le nouvel ordre économique mondial où les grandes puissances économiques agissent en toute impunité et jouissent d’un pouvoir illimité » estime David Korten (4). Pourtant, ces textes n’expliquent pas les avantages qu’obtiennent les multinationales en redéployant ainsi leurs usines de Gent (Belgique) au Michigan ?


Réduire le prix de la marchandise « force de travail »

Depuis plusieurs années la FED américaine maintient le dollar sous la valeur de l’euro, ce qui fournit aux entreprises étatsuniennes un avantage concurrentiel évident. Les biens et les services produits aux États-Unis sont offerts moins chers aux consommateurs européens, canadiens, australiens et japonais. Encore faut-il que les couts de production soient maintenus au plus bas aux États-Unis (C), sinon l’avantage monétaire serait annulé par l’écart salarial qui historiquement était à l’avantage des travailleurs étatsuniens mieux payés, dans la grande industrie à forte productivité du moins. On peut établir le même parallèle entre les États-Unis, la Chine et l’Union européenne.

La dévaluation d’une monnaie, du dollar US par exemple, constitue une diminution de la valeur de toutes les marchandises produites aux États-Unis, y compris de la plus précieuse de toutes les marchandises, la « force de travail » (C). De plus, l’inflation, provoquée par l’injection constante de dollars dans le circuit financier américain, réduit le pouvoir d’achat des travailleurs – et réduis d’autant la valeur de la marchandise « force de travail » (C). Enfin, les capitalistes américains, avec le soutien de leur appareil d’État, ont lancé depuis des années des attaques en règle contre les conditions de travail, contre les salaires, contre les régimes de retraite et contre les conditions de reproduction de la force de travail, en réduisant les services publics notamment (C). Pendant ce temps, l’État des riches a diminué les charges fiscales des entreprises et accru celles des travailleurs, réduisant encore davantage la valeur de la marchandise « force de travail » (C). Sous ce rapport, les capitalistes monopolistes américains ont donc une longueur d’avance sur les capitalistes monopolistes européens, canadiens, japonais, raison pour laquelle on assiste à la délocalisation d’entreprises de l’Europe et du Canada vers les États-Unis. Aucun d’entre eux cependant n’a cet avantage concurrentiel face au dragon chinois qui pressure sa force de travail au maximum.

Mais les capitalistes monopolistes installés aux États-Unis ne peuvent baisser les bras et ils espèrent surmonter ce handicap. Il appert que ces assauts concertés et virulents contre le prolétariat étatsunien, et la faible résistance des prolétaires américains ont porté fruit. Aujourd’hui, non seulement la productivité des salariés (cadence de travail, nombre d’heures de travail, mécanisation-robotisation du travail, etc.), ainsi que le bas cout de reproduction de la main-d’œuvre américaine (bas salaires et avantages sociaux en régression) fournissent deux avantages concurrentiels inégalés aux entrepreneurs étatsuniens face à leurs concurrents européens, canadiens et japonais. De fait, dans certaines parties des États-Unis les salaires et les conditions de travail sont équivalents à ceux en vigueur dans certains pays « émergents » (C). La prochaine entente de libre-échange entre ces deux grandes alliances impérialistes (ALENA et Union européenne) accentuera la concurrence entre les classes ouvrières d’Europe, des États-Unis et du Canada. Quel pays vendra sa marchandise « force de travail » au plus bas prix et aux pires conditions ? Quel pays présentera la plus forte productivité, la plus grande compétitivité et donc offrira le plus fort taux de plus-value et de profits à ses actionnaires ? Voilà l’enjeu de la guerre économique que se livrent les grandes alliances impérialistes.

Ayant quasi écrasée la résistance ouvrière américaine, ayant ramené le prolétariat étatsunien à des conditions de survie où, individuellement, chaque travailleur se sent menacé par le chômage et le surendettement ; totalement isolé dans sa résistance en raison de la trahison de l’oligarchie syndicale d’affaires, chaque travailleur lutte pour sa survie personnelle et se vend au plus offrant à des conditions ne permettant même pas sa reproduction (B). Voilà l’industrie américaine enfin prête pour un second souffle, pour un « redécollage » – pour une reconquête de ses marchés et de ses zones de surexploitation du travail salarié si ce n’était d’une série de problèmes aggravants qu’il lui faudra résoudre auparavant. Attardons-nous à ces problèmes quelques instants puisque l’Europe, le Canada, le Japon, la Russie et la Chine y sont confrontés.


La concurrence interimpérialiste

Le libre-échange, requis par l’industrie, redéfinit les conditions de la concurrence impérialiste. D’une part, la Chine impérialiste maintient sa capacité concurrentielle :

1) en haussant constamment le niveau de productivité de sa main-d’œuvre salariée (budget croissant de recherche et de développement, robotisation accélérée, cadence effrénée, longue journée de travail, etc.) ;

2) en contrôlant sévèrement la lente et systématique augmentation des salaires de ses ouvriers afin de se constituer un marché intérieur ;

3) en outre, la Chine a commencé à délocaliser certaines de ses entreprises à faible valeur ajoutée et au facteur main-d’œuvre élevé, où la mécanisation-robotisation est généralisée et globalisée (vêtement, chaussure, alimentation, etc.) vers l’Asie du Sud-Est et vers l’Afrique miséreuse (Éthiopie, Nigéria). Ainsi, la Chine, malgré la guerre économique que lui livrent ses concurrents, maintient jusqu’à présent sa capacité concurrentielle face aux capitalistes américains, européens, canadiens, japonais.

D’autre part, afin de réduire la valeur de la marchandise « force de travail » l’Union européenne use des mêmes stratagèmes que les Américains soient la dévaluation de l’euro et l’inflation par l’impression de monnaie. Afin d’obtenir des hausses de productivité, les multinationales européennes accroissent la robotisation-informatisation des postes de travail, associée à l’intensification du travail. À cette batterie de mesures s’ajoutent la réduction des salaires couplée à la diminution des services publics et l’augmentation des taxes et des impôts pour les travailleurs. De plus, les États capitalistes européens réduisent les impôts et les charges sociales des entreprises afin de leur permettre de hausser leurs marges bénéficiaires. Enfin, les multinationales européennes procèdent elles aussi à la délocalisation de leurs usines vers les pays émergents afin d’obtenir des avantages concurrentiels. Bref, l’Europe, le Japon et le Canada appliquent chez eux les « solutions » qui ont semblé fonctionner aux États-Unis et en Chine. Ces solutions ont-elles ramené la croissance et la prospérité aux États-Unis, au Canada, en Europe, au Japon, en Russie et en Chine ?

Ces mesures, appliquées dans tous les pays capitalistes, avec plus ou moins d’intensité et d’efficacité, ont rétabli en partie la productivité-compétitivité de la production industrielle. Mais ces solutions ont aussi réduit le pouvoir d’achat des travailleurs dans tous ces pays mis en concurrence sauvage « libre-échangiste ». Partout, la valeur de la marchandise « force de travail » a été réduite souvent en deçà des conditions de sa reproduction élargie (C). Ces mesures déprécient les maigres économies des salariés, font fondre leurs régimes de retraite et augmentent leurs dettes. Devant cette ignominie les ouvriers européens, chinois, sud-américains, sud-africains ont déjà entrepris des grèves féroces pour résister à l’érosion de leur pouvoir d’achat et pour obtenir des augmentations de salariales compensant pour l’inflation et la perte de pouvoir d’achat. Refusant d’être surexploité ces travailleurs mettent en péril la réindustrialisation de l’Europe préviennent les chercheurs du ministère de l’Industrie de France (6).

Les capitalistes monopolistes européens – quel que soit leur drapeau nationaliste chauvin – font face à cette résistance ouvrière généralisée. Le malstrom médiatique – de concert avec les politiciens et les bureaucrates syndicaux – sont en campagne afin de démontrer, à partir des exemples grec, espagnol, portugais, italien et britannique, que les ouvriers qui ne se soumettront pas et n’accepteront pas de se serrer la ceinture et de revenir aux salaires et aux conditions de travail d’antan, et d’abandonner les « acquis », seront rejetés par le système économique omnipotent et ils seront jetés sur le pavé. Chômage et assistance sociale, soupe populaire, friperies et SDF c’est l’avenir qui leur reste. Le dilemme se résume pour un ouvrier européen : mourir de faim en travaillant ou mourir d’inanition sous l’assistance sociale (C) ? Voilà une condition de réindustrialisation qu’une partie de l’Europe ne rencontre pas encore alors qu’aux États-Unis une partie de la classe ouvrière s’est rendue aux exigences du capital et plusieurs vivent dorénavant dans les parcs, dans leur automobile ou dorment sous la tente. En faillite, près de 30% des jeunes couples travailleurs américains sont retournés vivre chez leurs parents. Aux États-Unis, depuis quelques années, maints salariés ont vu leur revenu réduit de 25 % et ça continue (7).

Puisque les travailleurs américains s’y sont résignés, pourquoi les ouvriers et les employés européens, canadiens, japonais ne s’y résoudraient pas ? Alors, de grâce, scandent les capitalistes français et leurs sous-fifres socialistes, « oubliez les 35 heures ». Aujourd’hui, « enfants de la patrie la plus-value doit être produite en métropole et extorquée patriotiquement avec la complicité des bureaucrates syndicaux ».


La dette souveraine est hors contrôle

La dévaluation du dollar US, de l’euro, du yuan, du yen, du rial, du rouble et du dollar canadien a bien entendu pour conséquence de hausser la valeur de la dette souveraine de chaque État déjà lourdement endetté. Plus un pays européen est dépendant de l’épargne et de la capitalisation extérieure à la zone euro, plus sa dette augmentera au fur et à mesure qu’il empruntera sur les marchés extérieurs. Pour les pays qui se recapitalisent et qui empruntent sur le marché européen, ce qui sera bientôt le lot de tous les pays de l’union, les dettes seront communautarisées « socialisées » (c’est là le « socialisme » que propose la gauche bourgeoise), sans qu’il ne soit nécessaire d’adopter une résolution quelconque au Parlement européen (D). Sous l’impérialisme l’intégration financière, monétaire et fiscale se réalise implicitement ce qui évidemment est déjà en force en Chine, au Japon, en Russie, au Canada et aux États-Unis (D).

Ainsi, aux États-Unis, la FED achète les obligations d’épargne du gouvernement américain et dévalue d’autant la valeur du dollar US. Il semble que la Banque centrale européenne (BCE) ait décidé de recourir au même stratagème suicidaire. En effet, ce système de financement de la dette est suicidaire puisque cette opération de renflouement des budgets gouvernementaux des pays de la zone euro à même de l’argent inflationniste ne fait que reporter la crise de surproduction – de sous-consommation – de chômage aggravé – et d’endettement public et privé – vers d’hypothétiques échéances qui ne sauraient tarder, ni être évitées.

Demain, politiciens, économistes et autres cassandres viendront expliquer qu’il faut davantage de sacrifices de la part des « citoyens-salariés » ; réclamer moins de salaires et plus de productivité-compétitivité ; exiger moins de services publics afin de réduire les déficits publics gigantesques, conséquences de l’endettement croissant. Ils demanderont de cautionner les guerres couteuses et destructrices, et finalement, ils exigeront encore plus de subventions et de dégrèvements fiscaux en faveur des entreprises en crise et des banques en faillites de manière à maintenir la compétitivité et les taux de profit élevés.


Profit accru – reproduction élargie

Ne vous méprenez pas cependant, l’objectif du développement du mode de production capitaliste n’est pas d’accumuler des profits et des capitaux. Vous vous m’éprenez sur la finalité de la guerre que se mènent les différentes alliances impérialistes. L’objectif ultime du système capitaliste est, à travers cette accumulation de capitaux, d’assurer sa reproduction élargie. C’est la loi inaltérable du système qui pousse les concurrents monopolistiques intercontinentaux à s’entredéchirer afin d’assurer leur survie, de croitre et de prospérer. La loi générale du MPC va comme suit : « accumule la plus-value (Pv), réinvestis ce capital et assure un nouveau cycle de reproduction élargi de cette matrice. Dans le cas contraire, péris et dépose ton bilan ». Voilà la recette qu’appliquent les capitalistes, peu importe le drapeau national qu’il pavoise.

Les marionnettes politiques, socialistes, libérales, conservatrices, NPD, démocrates, républicaines, lepénistes, « Communistes » chinoises, russes, ne sont là que pour réguler cette transaction économique entre d’une part les investisseurs – les preneurs de risque avec le capital public (caisses de retraite, caisses d’assurance, banques) ; et d’autre part les masses ouvrières et besogneuses dépourvues de pouvoir économique, politique, social et idéologique, sinon celui d’offrir leur marchandise « force de travail » au plus offrant contre un salaire de moins en moins conséquent et des impôts de plus en plus exorbitants.

C’est à prendre ou à laisser clame les capitalistes : nulle échappatoire au sein de ce système, même pas l’espoir de rétablir les frontières nationales de façon à se recréer ce petit milieu d’exploitation capitaliste patriotique à l’abri de la concurrence internationale, où l’exploiteur sanguinaire parle la même langue que le prolétaire.


Deux voies s’offrent aux ouvriers :

1) Suivre l’exemple étatsunien et vendre leur marchandise « force de travail » à forte productivité sous le seuil de reproductivité, et donc, mourir à petit feu tout en travaillant durement, assurant ainsi la réindustrialisation compétitive de « l’entité nationale chauvine ».

2) Résister de toutes leurs forces, rejeter tous les traités et mener la grève générale illimitée pour enfin renverser le système capitaliste et construire un nouveau mode de production.


(1) http://economieamericaine.blog.lemonde.fr/2012/10/26/pourquoi-lindustrie-americaine-se-desengage-de-leurope/ et http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-le-pdg-de-psa-peugeot-citroen-annonce-la-fermeture-d-usines-en-europe-110604349.html

(2) http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-crise-economique-la-chine-l-110893

(3) http://www.legrandsoir.info/plateforme-contre-le-transatlantisme.html

http://www.no-transat.be/

(4) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transpacifique-ou-le-regne-des-multinationales/

(5) La désinsdustrialisation de la France – PME en péril. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-desindustrialisation-de-la-france-pme-en-peril/

(6) Les salaires et les profits aux États-Unis http://www.mondialisation.ca/usa-10-chiffres-qui-disent-tout/5310915. Dans un prochain article nous scruterons cette question de la hausse de la productivité du travail si chère aux employeurs – patrons – capitalistes et financiers. http://alencontre.org/europe/france/france-apres-les-pigeons-voici-les-vautours.html


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Ven 1 Avr - 17:09


d'une discussion chez Médiapart


Citation :
LES GOUVERNEMENTS EUROPEENS SE PREPARENT A UN SCHEMAS DE PAUPERISATION DE TYPE LATINO-AMERICAIN EN EUROPE

cela me semble une évidence. Ils ne disent pas ce qu'ils savent de l'état de la crise économique, sur la base de quoi ils élaborent leurs politique. La Grèce annonce le devenir social de l'Europe, ce qui vient et se déclanchera telle une réaction en châine. Les Etats s'y préparent et cela passe par la militarisation de la police, le système carcéral industriel, et les alternatives populo-souverainistes à l'échelon national ou européen, qu'enforchent à l'uinsu de leur plein gré gauche radicale en lorgnant vers les droites

Citation :
Tout est dit, on connaît le shémas. Le néo-daladiérisme se préparerait-il à un néo-pinochisme?

je me garderais de telles comparaisons, ou alors penserais davantage à un néo-péronisme, qui eut des soutiens dans toutes les tendances politiques, y compris l'extrême-gauche, le syndicalisme... C'est peut-être ce qui ressemble le plus à ce qu'on voit, plus évidemment les thèses d'Ernesto Laclau (chez Podemos...), cad l'évacuation de la dimension antagonique de classe, le populisme et les variantes du concept "peuple-classe", un oxymore

les schémas gauche-droite et démocratie-dictature sont caducs pour rendre compte de ce qui vient, mais la critique politique française est d'un niveau bourrin sur la question : depuis Proudhon (vs Marx) elle est politiciste, s'imagine des solutions politiques sabs prendre en compte qu'elles n'ont jamais marché, sauf par compromis de classe durant les "trente glorieuses" keynésianisme, État providence, "acquis sociaux"...). C'est fini depuis 45 ans et ça ne reviendra plus
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mar 19 Avr - 13:41

Les ressources énergétiques des Balkans occidentaux : un enjeu eurasiatique
Par Alexis Troude, le 9 avril 2016

Chargé de cours à l’Université de Versailles-Saint Quentin, Alexis Troude est chercheur en géographie et en géopolitique. Il est également collaborateur à l’Institut du Monde Multipolaire et affilié au laboratoire Géographie-cités (UMR 8504).

Les Balkans occidentaux, engagés dans un processus d’intégration euro-atlantique, regorgent de ressources énergétiques insoupçonnées. Convoitées par les firmes multinationales et les puissances régionales et internationales, ces ressources expliquent en partie les guerres passées et les conflits à venir.


Citation :
LE KOSOVO et ses richesses en lignite, la Serbie en cuivre, le fer et charbon de Bosnie, voilà quelques exemples de ressources qui offrent aux Balkans occidentaux de réelles perspectives de développement énergétique. Le réseau électrique ainsi que tous les réseaux de distribution d’énergie, ont été construits sous la Yougoslavie titiste ; devenus obsolètes ou bien abîmés par les guerres des années 1990, leur renouvellement présente un enjeu important, à la fois pour les populations et les élites locales. Il donne lieu déjà aussi à une vraie bataille entre firmes transnationales et puissances d’Europe et d’Asie.


L’Europe du sud-est : une zone de fortes ressources du sous-sol

La Serbie est à la fois au cœur des réseaux de distribution d’hydrocarbures balkaniques et pourvoyeuse d’électricité aux pays voisins. Avec 8 centrales hydroélectriques et 9 centrales thermiques, la Serbie a une dépendance énergétique modérée (40 %). Les bombardements de l’OTAN de 1999 ont endommagé ce potentiel car de l’autosuffisance avant la guerre la Serbie est passée aujourd’hui à l’importation de 25 % de ses besoins en électricité. C’est ce qui a amené l’UE à verser des prêts importants ; la Serbie est entrée en 2005 dans l’ECSEE ce qui lui permet de bénéficier de crédits de 1 à 6 milliards d’euros. En dehors de l’augmentation des capacités de la centrale hydroélectrique de Djerdap sur le Danube, un important potentiel existe sur les rivières Ibar, Lim et Drina [1].

La Croatie est un pays de transit sur les différentes routes du gaz entre Asie et Europe et en même temps le pays des Balkans occidentaux à l’offre énergétique des plus diversifiées. Avec pas moins de 30 centrales hydroélectriques, les capacités hydrauliques sont importantes pour la production d’électricité (54%).

La Bosnie-Herzégovine a vu son réseau fortement endommagé par quatre années de guerre ; cela explique les aides importantes de la BERD et de la BEI qui ont octroyé plus de 230 millions de dollars aux trois compagnies électriques du pays. Sans hydrocarbures, les principales ressources énergétiques de la Bosnie sont donc l’hydroélectricité et le lignite. Le Monténégro, sans hydrocarbures, est placé en outre loin des grands tubes énergétiques ; Elektroprivreda Crne gore (EPCG) gère publiquement une énergie à 76% hydraulique.

Les ressources énergétiques des Balkans occidentaux : un enjeu eurasiatiqueKosovo. La mine de TrepcaCliquer sur la vignette pour agrandir l’image. Source : Wikipedia

En revanche, le Kosovo est aujourd’hui l’une des régions les plus riches en minerais d’Europe. Le site de Kopiliq possède la cinquième réserve mondiale de lignite et la mine de Trepca regorge de plomb, de zinc et de cuivre aux teneurs exceptionnelles. On trouve également au Kosovo de l’argent, de l’or, du nickel, de la bauxite et du manganèse. Selon un rapport de la Banque mondiale de novembre 2007, la valeur des richesses du sous-sol kosovar est évaluée à 13 milliards de dollars. Cette concentration de richesses sur un aussi petit territoire attise donc forcément les convoitises : Trepca, jusque là exploitée par l’ « Agence pour la Privatisation », doit passer sous contrôle du gouvernement du Kosovo [2].

Des acteurs multiples en confrontation : Etat, firmes privées et pouvoirs locaux

Dans les Balkans occidentaux, la privatisation des sociétés publiques a profité ces dernières années à des acteurs nationaux ou étrangers mais liés aux pouvoirs politiques en place. Par ailleurs, les réseaux de gazoducs et d’oléoducs sont l’objet de luttes économiques intenses mettant aux prises sociétés russes, américaines et même chinoises.

En Serbie, depuis le rachat de la société nationale NIS par le russe Gazprom, d’importants investissements ont permis d’exploiter 59 champs d’exploitation. Pour le gaz, le géant russe Gazprom, depuis le rachat de 2008 a mis sous dépendance la Serbie, mais en même temps a permis de couvrir les deux tiers de ses besoins en gaz. En effet, la Serbie est le pays à la plus grande partie du tracé sur son territoire, soit plus de 400 km sur une longueur totale d’environ 900 km, pour la partie terrestre.

Or cela pose problème en Bosnie-Herzégovine, où le raffinage du pétrole importé vient principalement de Serbie et se fait dans deux raffineries rachetées par le russe Zrubezhneft : cela place Sarajevo sous dépendance directe de la Republika srpska, en plus du lien avec la Serbie. Par ailleurs, un projet de rattachement à South stream (Bjelina-Novi Grad) aurait fourni à la Republika srpska du gaz en quantité non négligeable. Mais depuis le retournement de situation de décembre 2014, cela est resté lettre morte. Milorad Dodik, Président de la Republika Srpska, constate amèrement qu’« On a perdu, sous la pression de l’UE, South stream », or « Il ne nous reste que deux centrales thermiques ». La politique changeante de l’UE pousse ainsi Dodik à se tourner vers la Russie. [3]

L’électricité croate est contrôlée totalement par HEP (Elektroprivreda Hrvatske), la grande compagnie qui, malgré un plan de privatisation de 2004, donne à l’Etat le quasi monopole sur la production et la distribution de l’électricité croate. Pour les hydrocarbures, la privatisation a remodelé le paysage énergétique. Même s’il reste sous contrôle public, le projet d’oléoduc JANAF reliant Belgrade à Zagreb puis Rijeka met en partie la Croatie sous dépendance russe. Pour le gaz, même si la Croatie contrôle 40 % des besoins, INA a été racheté par l’italien ENI. Face aux avances de Gazprom pour relier la Croatie à South stream, les gouvernements croates successifs ont préféré réaliser un gazoduc la rattachant au réseau hongrois.

Le gouvernement monténégrin aimerait se rattacher à l’oléoduc Trans-Adriatic Pipeline (TAP) Turquie-Italie chapeauté par les Etats-unis, mais cela reste encore au niveau d’un projet. Les écologistes sont furieux du projet de barrage sur la Tara, qui bouleverserait l’écosystème au Monténégro et aurait des conséquences en Bosnie et en Serbie en aval [4].

Les Balkans occidentaux au cœur des stratégies des grandes puissances

Seize ans après les bombardements de l’OTAN sur la Serbie et le Kosovo, on parvient désormais à mieux cerner l’intérêt stratégique capital de ces hauts-plateaux du Kosovo, enclavés entre montagnes d’Albanie, du Monténégro et de Macédoine. A l’Est, dans la basse-Morava, le corridor X draine déjà entre Budapest et Salonique des flux commerciaux vitaux pour la Macédoine et la Serbie. A l’ouest, le corridor IV Trieste-Constantza aiguise les appétits des Russes. On comprend pourquoi les projets de tuyaux gaziers et pétroliers soutenus par Moscou (« South Stream ») contrecarrent au Kosovo le projet américain AMBO de faire transiter par les Balkans les sources d’approvisionnement en hydrocarbures en provenance d’Asie centrale.

L’Union européenne a investi, depuis 1997, huit milliards d’euros dans le corridor VIII (oléoduc, voie ferrée et autoroute). Pour l’instant, seuls deux tronçons d’autoroute sont achevés sur cet axe, hormis le tronçon Bulgarie- l’Albanie. Or l’UE est sur cet axe Est-Ouest en concurrence avec les Américains. L’oléoduc Trans-Balkans AMBO, se développe depuis 1997 entre Mer Noire et Mer Adriatique ; le gazoduc « Nabucco » doit relier Istanbul à Vienne par la Roumanie. Le retour des Russes dans cette course à l’énergie est saisissant. Depuis 2007, l’oléoduc Burgas (Bulgarie) /Alexandroupoli (Grèce) permet d’éviter la Turquie en passant par deux pays orthodoxes. Mais surtout le projet de gazoduc américain « Nabucco » est concurrencé par le projet russe du gazoduc « South Stream » [5].

Dans cette course aux carburants, l’indépendance du petit Monténégro a débouché sur une mainmise des capitaux russes sur l’économie du pays. Des hommes d’affaires russes investissent à tour de bras au Monténégro depuis 2006. Ainsi, le groupe Rusal d’Oleg Deripaska, qui serait proche de Vladimir Poutine, a racheté les mines de bauxite de Nikšić ainsi que le combinat d’aluminium de Podgorica KAP - première industrie du pays. En 2006, il a remporté l’appel d’offres pour la privatisation des mines de charbon et de la centrale thermique de Pljevlja. [6] Selon l’économiste Nebojsa Medojević, « la moitié de la richesse produite au Monténégro est aux mains des Russes ». Certes, c’est le groupe britannique E.F.T. qui est concessionnaire de ce site, mais le projet n’aurait pas été réactivé sans la pression d’Oleg Deripaska, qui veut agrandir le complexe d’aluminium KAP, énorme consommateur d’électricité : 1,4 milliard de kwh - soit l’équivalent du déficit énergétique du pays - pour une production passée à 120 000 tonnes d’aluminium par an [7]. Ce complexe est le plus grand pollueur du pays ; construit par Péchiney il y a un demi-siècle, il est très vétuste et est maintenant menacé de fermeture. Oleg Deripaska réclame 300 millions d’euros pour le rénover.

Passage obligé vers la Hongrie et la Roumanie, la Voïvodine est au débouché des tubes énergétiques balkaniques : les couloirs européens IV et X la traversent, ainsi que les tracés des futurs gazoducs « Stream » russe et « Nabucco » américain. C’est pourquoi les grands industriels autrichiens, hongrois et russes tentent de s’implanter en Voïvodine. L’autrichien O.M.V. s’était déjà intéressée en 2006 à l’acquisition d’une raffinerie à Novi Sad, et, au début de 2008, une alliance énergétique austro-hongroise était sur le point d’être conclue. Mais les Russes ont été plus rapides et ont acquis 51 % de Naftna Industrija Srbije (NIS), la compagnie pétrolière serbe, en décembre 2008. La Voïvodine est ainsi devenue le terrain d’une confrontation stratégique entre une Russie misant sur la Voïvodine comme couloir énergétique vers l’Europe et de contournement de l’ « ennemi » ukrainien » et des Hongrois de plus en plus présents sur leurs franges méridionales. Ce n’est pas par hasard que Gazprom a décidé d’installer le principal centre de stockage gazier russe des Balkans en Voïvodine.

Conclusion

Le retour en 2015 du « conflit est-ouest » est ici flagrant. South stream est mort par la pression exercée par l’UE sur un des pays récemment entré, la Bulgarie : celle-ci a déclaré en novembre 2014 ne plus vouloir des tubes gaziers russes. Poutine change alors son fusil d’épaule et propose le « Turkish stream » dès janvier 2015, qui passerait par la Turquie, la Grèce puis la Macédoine et la Serbie. Or l’UE exerce une pression constante sur ces pays du sud-est de l’Europe afin d’empêcher la réalisation du Turkish stream. Proposition d’un hypothétique « Anneau oriental », chantage aux crédits sur la Grèce et autres revification de projets UE-Etats-Unis des années 1990 (TAP ou TANAP) semblent pour le moment dissuader Gazprom et le gouvernement russe d’entamer des travaux d’envergure.

Le 15 janvier 2015, Vladimir Poutine annonçait tel un coup de théâtre, le changement du tracé de South stream par la Turquie : il mettait ainsi fin aux atermoiements des supposés « alliés » serbe et bulgare et, tel un joueur d’échec, répondait par un oukaze à la politique de sanctions menée durant l’année 2014 contre la Russie. Est-ce la fin annoncée du projet South stream ? Poutine teste ici les Européens, sachant que plus de 40 % de leurs livraisons de gaz proviennent d’Asie ; mais il montre aussi que l’Europe n’est plus l’avenir radieux tant espéré. La Russie se tourne de plus en plus vers l’Asie, pendant que la Chine s’installe dans les Balkans. Celle-ci a décidé de faire de la Serbie une plate-forme énergétique ; la Chine va construire deux centrales thermiques et un réseau ferré de trains rapides entre la Grèce et la Hongrie via Belgrade. Dans cette nouvelle « Question d’Orient », les Balkans sont devenus un centre européen du Grand jeu énergétique mondial.

Copyright Avril 2016-Troude/Diploweb.com

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Ven 29 Avr - 15:21



Le Vietnam pourrait devenir un nouveau site manufacturier mondial 29/04/2016 17:33

Avec des investissements internationaux migrant fortement de Chine vers l’Asie du Sud-Est depuis quelques années, le Vietnam voit s’ouvrir de nouvelles perspectives pour devenir un "nouveau site manufacturier mondial".


Le Vietnam possède une main-d'œuvre abondante
d’un coût faible par rapport aux autres pays de la région.

Photo : Trân Viêt/VNA/CVN

Citation :
Primo, le Vietnam est situé sur des axes de commerce international favorables à l'export de produits à grande échelle. Le pays a une position géographique stratégique dans la région, avec plus de 3.200 km de côtes bordant le golfe du Bac Bo, la Mer Orientale et le golfe de Thaïlande.

Secundo, le Vietnam s’intègre de plus en plus profondément à l'économie mondiale. En septembre 2015, le Vietnam avait conclu 11 accords de libre-échange (ALE) avec le Japon, le Chili, le Laos, la République de Corée, l’Union économique eurasiatique, l’accord de partenariat transpacifique (TPP), outre la Communauté économique de l'ASEAN (AEC). Selon les prévisions, pour la période 2016-2018, le Vietnam continuera de négocier et convenir d’autres accords de commerce bilatéraux ou multilatéraux.

Tertio, la production industrielle du Vietnam connaît une croissance stable par rapport à d'autres centres de la région. Selon Bloomberg, l’indice des directeurs d'achat (PMI) du secteur manufacturier national a augmenté régulièrement, passant de 49,3 points en décembre 2012 à 52,7 points en décembre 2014.

Quarto, dans le contexte où le Vietnam s’intègre plus profondément à l’économie mondiale, le secteur de l’investissement direct étranger (IDE) bénéficie des avantages liés à l'exportation.

Quinto, le Vietnam possède une main-d'œuvre abondante d’un coût faible par rapport aux autres pays de la région.

Sexto, une étude de Savills Vietnam sur le fonctionnement des parcs industriels à travers le pays montre que le déplacement des investissements de Chine vers les pays de l'ASEAN a aussi pour but de bénéficier des ALE. Ainsi, le groupe Microsoft a déclaré délocaliser deux usines de fabrication de téléphones Nokia en Chine au Vietnam, et investir 210 millions de dollars de plus dans la zone industrielle Vietnam-Singapour à Bac Ninh, triplant ainsi sa masse salariale. Toujours selon Savills Vietnam, environ 44% des entreprises interrogées ont choisi le Vietnam en raison de son grand marché intérieur, 29% indiquant également de faibles coûts de fonctionnement, et 18%, une main-d'œuvre abondante.

CPV/VNA/CVN


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Dim 1 Mai - 7:56


crise systémique globale du capitalisme
l'inquiétude des boursicoteurs



« c’est l’aspect politique de la crise qui domine actuellement l’agenda global
de façon impressionnante et très préoccupante »

Brésil, Europe, Iran, US, Arabie Saoudite – Retour du souverainisme national : Vers un nouveau baroud d’honneur des états-nations ?


Citation :
La crise systémique globale compose depuis bientôt 10 ans un impressionnant « canon »[1] symphonique où crise financière, crise économique, crise sociale, crise politique, crise idéologique et crise géopolitique, toutes de nature globale, jouent des lignes mélodiques semblables mais s’enchaînant de manière différée.

Nous le disons depuis de nombreux mois désormais : c’est l’aspect politique de la crise qui domine actuellement l’agenda global de façon impressionnante et très préoccupante. L’affaiblissement des Etats sous le coup de ces crises politique, combiné aux chocs géopolitiques ou économiques auxquels sont exposés ces Etats, aboutit actuellement à un repli national qui n’augure rien de bon pour la démocratie sur le plan intérieur ni pour la paix sur le plan international. Tout ceci, nous l’avons déjà vu en détail. Mais il s’agit de bien comprendre les caractéristiques de ce repli national multidirectionnel.

Crises politiques en série et fragilisation des états, dans un premier temps

Le cas le plus emblématique actuellement de cette crise politique nous est fourni par le Brésil et cette deuxième tentative des classes politiques du pays de destituer leur présidente démocratiquement élue[2]. Mais ce cas de figure, s’il touche désormais des pays modernes et de taille et d’importance globales, est loin d’être isolé. Quasi-simultanément, une tentative de destitution, finalement avortée, a touché Jacob Zuma, le président sud-africain[3]. Auparavant, bien que plus populaires comme dynamiques, nous avons assisté à des remises en question violentes en Turquie envers Erdogan[4] ou en Russie envers Poutine[5]. Bien entendu, le cas Ianoukivitch[6], en Ukraine, est à mettre dans cette même catégorie des destitutions ou tentatives de destitutions de chefs d’état élus. Même l’Europe a son exemple avec l’Italie, pays dirigé par un chef de gouvernement non élu depuis la démission contrainte d’Enrico Letta en 2014[7] (bien peu liée à une quelconque demande populaire, celle-ci). Bien entendu, toutes ces perturbations trouvent leur modèle dans les printemps arabes, même s’il est intéressant de remarquer que, au fil du temps,  les dirigeants sont expulsés dans le cadre de systèmes démocratiques de moins en moins contestables.

De manière générale, cette tendance est  à relier à l’impératif de transparence qu’impose désormais internet et à celui, également issu de la révolution internet, de réinvention de nouvelles méthodes démocratiques que nous relevons souvent dans ces pages. Indéniablement, à l’ère d’internet et des tissus sociaux globalisés et ultra-connectés, l’ancien système de validation démocratique des dirigeants politiques par élections périodiques ne suffit plus à créer une légitimité suffisante pour gouverner. De nombreux intellectuels travaillent à la réinvention des outils de la légitimation démocratique du politique, mais à ce stade, ce que les citoyens voient de ce travail n’est pas très impressionnant, consistant essentiellement en l’apparition de nouveaux partis, en reversements de dirigeants élus, et en referenda sans effet[8]. La réforme attendue sur cette question majeure est infiniment plus profonde.

Durcissement des états et abandon des principes d’ouverture et de démocratie, dans un deuxième temps

Or en l’absence de solutions, les déstabilisations politiques de plus en plus importantes auxquelles nous assistons fournissent les conditions idéales pour le durcissement des Etats, l’abandon des principes démocratiques et la mise au pas, par des intérêts autochtones ou non, des collectifs nationaux. Entre mise sous tutelle étrangère et nationalisme bon teint, partout où ces bouleversements au sommet des pyramides politiques ont lieu, les peuples ne vont pas avoir la priorité sur le débat public dans les années à venir.
Coté nationalisme, nous avons les exemples de Poutine et d’Erdogan, dirigeants endurcis par les crises qui les ont frappés. Coté mise sous tutelle, nous avons l’Ukraine, l’Egypte,…

Amérique du Sud : mise sous tutelle US ou entrée dans le XXIème siècle ?

Pour ce qui est du Brésil, nous avons anticipé il y a au moins un an dans ces pages que l’Amérique du Sud, après s’être débarrassée de ses dictatures militaires à la fin du XXème siècle, pourrait aussi avoir à tourner la page sur les révolutions populaires avant de pouvoir regarder l’avenir sereinement. Bien sûr, on est en droit de s’inquiéter d’un retour de la main-mise des Etats-Unis sur le sous-continent dans les chocs affectant les Cristina Fernandez en Argentine[9], les Dilma Rousseff au Brésil, les Nicola Maduro au Venezuela[10]… Mais tous ces politiques ont pour caractéristique d’être les héritiers de ces gauches révolutionnaires au passé indiscutablement glorieux, mais également ancré dans une histoire désormais anachronique.

Or, leurs pays ne parviendront pas à prendre la place qui leur revient dans le monde de demain tant que cette filiation pourra être utilisée contre eux. Lorsque Dilma Rousseff, en toute modernité, œuvre au renforcement du MERCOSUR ou à la contribution du Brésil à la réforme de la gouvernance mondiale via les BRICS, il est trop facile pour certains de mettre cela sur le compte d’un anti-américanisme primaire.

Alors bien sûr, dans un premier temps, les changements de régime dans ces pays vont créer de l’incertitude et un sentiment de retour en arrière, en partie justifié d’ailleurs. Mais l’Amérique d’aujourd’hui et celle des années 50 n’ont aucune mesure commune. La Chine n’est pas près de rentrer chez elle ni Internet de disparaître durablement. Et le durcissement politique que vont connaître ces pays sera équivalent à celui que tout le monde va expérimenter dans les prochaines années. Les Macri et autres Temer[11], certes amis de la finance et des Américains, auront vite fait de s’apercevoir que leurs sponsors ont les poches et la tête plus vides qu’ils croient. L’exemple italien est éloquent de ce point de vue : Matteo Renzi, mis au pouvoir en pleine crise euro-russe et très certainement poussé par des intérêts transatlantiques, a tôt fait de devenir l’un des principaux critiques des sanctions contre la Russie[12].

Iran : Vers un sort identique ?

Cela dit, ce durcissement des systèmes politiques en réaction aux risques de désordre véhiculés par les innombrables crises frappant tout le monde, n’est pas fait pour rassurer. Voici un exemple d’une remise en question politique qui aurait des conséquences dramatiques. En Iran, le dirigeant réformiste qu’est Rouhani (qui a connu en février une nouvelle victoire électorale[13]), pourrait ne pas être aussi solide en fait. Il surfe actuellement sur le succès de la levée des sanctions internationales et les perspectives d’ouverture qui s’offrent enfin à cette grande puissance. Cela dit, les lenteurs d’application de la levée effective des sanctions de la part des Etats-Unis[14] font monter en Iran un sentiment de trahison. Or, les ultra-conservateurs n’ont pas disparu du pays. Si les succès de Rouhani en matière d’ouverture économique du pays font décliner leur influence, il ne faudrait pas que l’attitude des Etats-Unis fasse perdre la face au camp réformiste et créé un regain d’influence du camp conservateur. Inutile de préciser que ce sont exactement là les circonstances qui autoriseraient Israël, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis à attaquer l’Iran, à la rescousse duquel viendraient la Russie, l’Inde et la Chine, déclenchant probablement un effet domino des plus dramatiques pour le Moyen-Orient et bien au-delà. Si l’Amérique d’Obama a prouvé qu’elle était capable de comprendre qu’il fallait éviter ce genre d’erreur, celle d’une Clinton ou d’un Cruz pourrait bien avoir cette bêtise.

Europe : Super-état ou espace d’harmonisation de politiques nationales ?

Un dernier mot sur l’Europe qui elle aussi se barricade graduellement derrière ses frontières, ses certitudes, et le modèle national qu’elle a inventé. Cela dit, dans ce cas particulier, le recours aux outils « durs » de la souveraineté (armée, police, frontières) se mobilise à deux niveaux, le niveau national et le niveau supra-national européen, en un mélange d’alliance objective et de lutte entre les deux étages du système politique unique européen. Et le continent oscille entre deux évolutions :

– l’une d’elle consiste à transférer les outils de la souveraineté au niveau européen, mettant en perspective l’émergence d’un super-état qui aura tous les attributs nécessaires pour prendre sa part à la confrontation globale qui se dessine peu à peu

– mais l’autre est beaucoup plus intéressante et réellement à l’œuvre également : le niveau européen assume en partie le rôle de gardien des valeurs européennes (celles d’après 1945, espérons-le) tout en laissant la main aux niveaux nationaux qu’elle s’attache à coordonner entre eux. Par exemple :

. dans le cas des banques italiennes, l’Europe a simplement produit une règle, légitime et compréhensible de surcroît, consistant à interdire les aides d’état au secteur bancaire[15]. Puis elle laisse les pays se débrouiller avec ça. C’est ainsi que l’Italie a mis en place un fond de sauvetage abondé par le secteur bancaire lui-même et non sur deniers publics[16]

. sur la question des frontières, les parlementaires européens proposent actuellement que les nouvelles forces douanières soient sous contrôle du Conseil de l’UE (Etats-membres) et non de la Commission ; cela dit, le niveau européen légifère en autorisant le voisin d’un pays qui déciderait de ne pas fermer sa frontière à recréer la sienne[17]

. en matière de pollution, les échecs constatés en Mer Baltique justifient aujourd’hui un rapport incendiaire de la Cour des Comptes européenne mettant la pression sur les états riverains à appliquer les décisions communes[18]

Dans les trois cas, l’Europe produit les orientations stratégiques et les règles/lois, et les Etats-membres utilisent leurs outils de souveraineté pour les appliquer. Aux deux bouts de cette chaîne de gouvernance, il y  des chantiers : d’un côté, le renforcement de l’autorité européenne en matçère d’application des règles ; et, de l’autre, l’invention du mécanisme de légitimation démocratique des orientations stratégiques décidées par le niveau européen, une fonction essentielle que le Parlement européen en l’état actuel ne parvient pas à remplir.

Dans le premier cas, on voit se mettre en place une Europe qui s’accapare les outils nationaux de la souveraineté et échoue dans son projet originel d’invention d’un nouveau modèle politique. Dans l’autre, la voie s’ouvre vers une Europe fondée sur ses Etats et responsable de leur mise en cohérence (qui n’autorise pas pour autant à faire l’économie de la démocratisation européenne).

Nous l’avons toujours dit, la voie que choisira l’Europe influencera celle que prendra le monde, notamment sur l’aspect des risques de conflictualisation globale. A ce jour, notre équipe estime que le niveau national est le plus inquiétant (montée de mouvements xénophobes, mise en berne de la démocratie, augmentation des budgets militaires,…) et que le niveau européen contribuerait plutôt, quant à lui, à maintenir le cap des principes fondateurs[19].

Monde multipolaire : D’un monde composé de grandes régions intégrées à un monde de super-puissances nationales

Mais en dehors de l’Europe dont le processus d’intégration régionale, malgré son échec sur la dimension politique, est le plus avancé au monde, l’espoir d’un monde multipolaire fondé sur de grandes régions intégrant tout le monde, est en train de disparaître sous nos yeux. On voit bien un monde multipolaire émerger mais il est composé de super-Etats menant des politiques régionales de plus en plus clairement hégémoniques :

. les Etats-Unis, bien sûr, tentant de reprendre le contrôle de ce qu’ils considèrent comme leurs deux back-yards, l’Europe et l’Amérique du Sud ;

. l’Europe, aussi en fait, en tous cas une certaine Europe qui rêve d’une gigantesque zone d’influence constituée de pays faisant allégeance et s’offrant aux entreprises d’Europe occidentale en échange de libéralisation des visas… et de promesses d’intégration éternellement déçues (Géorgie, Turquie, Ukraine….)[20] ;

. la Russie inévitablement, qui se bat pour maintenir sa sphère d’influence historique en Europe orientale, dans les Balkans, le Caucase et les républiques turcophones – dans le but notamment de repousser le plus loin possible l’encerclement auquel procède inexorablement l’OTAN depuis la chute du Mur ;

. la Chine (comme on le verra plus loin dans ce numéro de GEAB), qui s’installe dans le monde et a elle aussi besoin d’établir sa zone de sécurité autour d’elle et d’assurer les routes nécessaires à l’approvisionnement de son milliard et demi de citoyens ;

. l’Arabie Saoudite qui, en dehors des radars, avance ses pions depuis de nombreuses années, ayant transformé les principautés du Golfe en zones franches et ayant étendu, à coups de pétro-dollars, son influence idéologique dans tout le pauvre monde arabe qui ne les aime pas plus pour autant et dont les tissus sociaux souffrent considérablement de cette polarisation entre modernité occidentale et archaïsme saoudien, choix dans lequel les aspirations authentiques peinent à trouver leur place[21] ;

. l’Afrique du Sud, à son échelle, présente également des caractéristiques hégémoniques, bien peu repérées dans nos médias mais réelles et documentées[22].

D’un renforcement du nationalisme au retour des idéologies

Ce renforcement de pôles nationaux, au lieu de pôles régionaux, s’accompagne d’une idéologisation croissante de chacun de ces méga-acteurs, annonciatrice de la prochaine dimension de la crise systémique globale, qui pointe déjà son nez : la crise idéologique.

Le monde « multi-giga-pôles-nationaux » se retranche aussi graduellement derrière ses spécificités culturelles en un mouvement de rejet complet du modèle dominant occidental auquel la planète entière a dû faire allégeance pendant des décennies. Désormais la Russie revendique la légitimité de son modèle de leadership, l’Arabie Saoudite son modèle religieux, les Etats-Unis présentent une version du modèle occidental de plus en plus divergente de l’acceptation habituelle, la Chine élabore son modèle spécifique ancré dans 3000 ans d’histoire, et l’Europe, l’Europe… continue à penser ses valeurs universelles et indépassables, parangon du Bien, oubliant bien facilement l’inquisition et le nazisme.

On le voit, l’émergence de super-états aux intérêts désormais ouvertement en compétition et construisant des idéologies polarisantes n’annonce rien de bon, inutile d’élaborer là-dessus. Le jeu des postures agressives et de retranchement est lancé depuis 2014 et la crise euro-russe, toujours non résolue. Les camps ne dialoguent plus. Il est par exemple inconcevable que les négociations en cours entre les Balkans et l’UE, notamment avec la Serbie, continue à se faire en bilatéral et non en invitant la Russie à la table, faisant courir à cette région le risque d’un embrasement à tout moment.

Nouvelle gouvernance mondiale : Des raisons d’espérer tout de même

En 2014, le monde a pris le mauvais aiguillage. Il reste néanmoins des moyens de canaliser les évolutions dans des directions moins effrayantes. Tout va dépendre de la capacité de ces Etats et super-Etats à travailler ensemble, à reconstituer des enceintes de dialogue et de coopération.

Nous avons souvent parlé dans ces pages du travail de la Chine et des BRICS en matière de réforme de la gouvernance mondiale.

Actuellement, notre équipe met beaucoup d’espoir dans la conférence des pays producteurs de pétrole qui doit avoir lieu le 17 avril[23], destinée à mettre d’accord 17 pays sur un ralentissement de la production. Cette conférence va mettre autour de la table des pays aussi peu amis que possible : Russie, Arabie Saoudite, Venezuela, Iran, Mexico[24]… Pour éviter une conflagration générale à l’horizon 2020, le monde multipolaire doit acter de ses différences, reconnaître la légitimité des contraintes de chacun et chercher les terrains d’entente. Le succès ou non de la conférence de Doha incitera à l’optimisme ou au pessimisme sur le potentiel de réinvention de nouveaux mécanismes de gouvernance mondiale. A suivre donc…

Guerre ou paix, le pivot US

En effet, les Etats-Unis sont opposés à cette conférence et souhaitent la voir échouer. Il faut d’ailleurs se demander pourquoi un pays prétendument producteur de pétrole peut ne pas souhaiter le succès d’une telle initiative[25]. Mais au-delà des raisons que cet article n’a pas pour objet d’explorer, force est de constater que tous les indispensables efforts de réorganisation du monde se voient contrecarrés par les Etats-Unis. Tant que cette situation perdurera, les citoyens du monde auront du souci à se faire.

Ce qui incite à l’optimisme, c’est certains progrès tout de même dans la prise de conscience américaine de leur place dans le monde. Au nombre de ces avancées, on trouve le fait que la Fed cesse enfin de parler de remontée de ses taux et prenne cette décision dans le cadre d’une prise en compte de la situation globale. Il est assez rassurant que Yellen produise enfin un discours responsable et cohérent avec le statut de monnaie de réserve internationale du dollar[26] : on ne peut pas, d’un côté, s’accrocher à ce statut international et, de l’autre, gérer sa monnaie de manière provinciale en visant des objectifs de taux national d’inflation de 2%.

Il serait de bon ton que les Etats-Unis soient également cohérents avec leur récente arrivée au nombre des pays exportateurs de pétrole[27] et participent donc aux enceintes internationales destinées à harmoniser les politiques dans ce domaine.

Sur l’Iran enfin, pour être crédibles dans le rôle qu’ils prétendent avoir joué dans la levée des sanctions internationales, les Etats-Unis se doivent d’être les plus prompts à l’appliquer. Ou alors, des questions vont se poser : qui était à la manœuvre en fait dans cette levée des sanctions ? et quelle influence les Etats-Unis ont-ils réellement sur le plan international ? ou même chez eux d’ailleurs ?

Obama a clairement contribué à amener son pays à prendre conscience de ses responsabilités internationales et de ce que cela signifie qu’être une puissance globale dans un monde où l’on n’est plus tout seul. Mais le grand danger, c’est un grand retour de bâton : repli et provincialisation définitive des Etats-Unis qui sortent du jeu international faisant tomber un rideau de fer sur eux-mêmes dont le fracas risque de retentir très loin.

Aujourd’hui leur « establishment », comme beaucoup d’autres de par le monde, est éminemment divisé sur les pistes d’avenir que le pays doit emprunter. Comme nous l’analysons plus loin dans ce numéro du GEAB, cette division est rendue visible par le chaos complet des primaires de l’élection présidentielle à venir. Bien malin celui qui peut prédire à quoi ressemblera l’Amérique à la fin de l’année, sachant que l’option Clinton est loin d’être aussi bénigne qu’on veut nous le faire croire.

Face à cette immense incertitude, le monde se prépare, beaucoup de monde se prépare… et l’année promet de continuer à être riche en rebondissements…(Abonnez-vous pour lire l’entier bulletin GEAB 104)

——————————————————————————————–

[1] Source : Wikipedia
[2] Source : Reuters, 15/04/2016
[3] Notre équipe a suivi les deux tentatives de destitution, dont l’une, en Afrique du Sud, touche un personnage au profil beaucoup plus trouble que l’autre, au Brésil. Nous nous étions amusés à spéculer que, ironiquement, c’est le plus trouble qui échapperait à la destitution tandis que l’autre, non. Pour ce numéro du GEAB, à peu de chose près, nous ne pourrons pas être certains d’avoir eu raison à 100%, mais nous avons déjà eu raison à 50%…
[4] Source : Al Monitor, 02/06/2013
[5] Source : CSMonitor, 06/05/2013
[6] Source : KyivPost, 22/02/2014
[7] Source : The Guardian, 14/02/2014
[8] Le référendum néerlandais sur l’accord de partenariat économique EU-Ukraine fournit un bel exemple de ce genre de désillusion : des citoyens se mobilisent, obtiennent un referendum, font campagne, dépensent une énergie gigantesque, obtiennent le minimum de participation requis (30%)… tout cela pour rien car le système démocratique européen, en l’état, est bien incapable de faire quoi que ce soit d’un tel effort : la décision concerne l’Europe mais la démarche est nationale, une grosse moitié d’un tiers de néerlandais disent « non » et alors ? Les institutions totalement illégitimes qui signent ce genre d’accord, ont la partie belle à balayer d’un revers de main ces initiatives démocratiques. Non, décidément, nous sommes loin du compte pour faire valoir nos intérêts collectifs. Source : NLTimes, 07/04/2016
[9] Cristina Fernandez qui a quitté le pouvoir par respect de la Constitution se voit aujourd’hui poursuivie pour corruption alors que c’est son opposant, Macri, désormais au pouvoir, qui figure dans les Panama Papers… Source : StraitTimes, 08/04/2016
[10] Source : Washington Times, 10/02/2016
[11] Michel Temer, successeur probable de Rousseff en cas de destitution. Source : Bloomberg, 29/03/2016
[12] Source : Reuters, 16/12/2015
[13] Source : BBC, 28/02/2016
[14] Source : Step, 21/01/2016
[15] Source : Irish Times, 07/04/2016
[16] Source : Financial Times, 12/04/2016
[17] Source : EUObserver, 12/04/2016
[18] Source : EUObserver, 12/04/2016
[19] L’exemplaire réaction des médias belges aux attaques terroristes, questionnant leur système plutôt que se répandant en invectives contre l’Islam (contrairement aux médias français), nourrit ce sentiment que partagent actuellement les membres de notre équipe selon lequel l’Europe (dont Bruxelles est également la capitale) contribuerait à amortir les réactions aux événements. Source : Le Vif/L’Express, 08/04/2016
[20] Source : Visa-free.eu
[21] Nous ne parlons pas des deux autres super-puissances régionales, actuellement hors-jeu, que sont l’Iran et la Turquie. Mais derrière la domination de fait de l’Arabie Saoudite sur le monde arabe en lambeaux, se profile bien entendu, au niveau régional, l’émergence d’un Moyen-Orient multipolaire autour de ces trois puissances, et dont il convient bien sûr d’observer attentivement les évolutions.
[22] Source : South Africa’s Symbolic Hegemony in Africa, Chris Alden and Maxi Schoeman, 2014, Palgrave Macmillan
[23] Source : GulfTimes, 14/04/2016
[24] Source : Financial Times, 14/04/2016
[25] Source : CNBC, 12/04/2016
[26] Source : Bloomberg, 29/03/2016
[27] Source : Wall Street Journal, 13/01/2016


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Sam 14 Mai - 14:28


Emmanuel Todd et Keishi Saeki
sur
La crise économique mondiale et le déclin de l'empire américain

Déclin des Etats-Unis, crise occidentale et réactions de l'Europe et du Japon



Le démographe et historien français Emmanuel Todd discute avec le politologue et économiste japonais Keishi Saeki du déclin de la puissance américaine et de son impact sur les sociétés européennes et japonaise.

.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Lun 23 Mai - 11:39


théorie et pratique de l'auto-exploitation

L’auto-exploitation au volant : les camionneurs indépendants espagnols

Pablo López Calle, La nouvelle revue du travail

Cet article est une traduction de : Autoexplotación al volante : los camioneros autónomos españoles

Résumé
Citation :
Cette étude sur les camionneurs de longue distance indépendants espagnols montre que la forme juridique de la relation capital/travail n’implique pas de différences substantielles dans les relations d’exploitation capitalistes : indépendance et salariat répondent à des stratégies de rentabilité différentes ou à des formes différentes d’obtention et d’augmentation de plus-value, mais reposent bien sur une relation d’exploitation. Pour ce faire, l’article analyse les transformations du modèle productif espagnol des trente dernières années comme un modèle de « compétitivité par les coûts » basé sur l’intensification du travail et sur l’individualisation des relations salariales. La croissance de secteurs tels que la logistique et le transport de longue distance, et la figure du camionneur de longue distance indépendant sont des clés pour analyser ce processus.

Plan
Citation :
1. L’intensification du travail des camionneurs indépendants au cœur du modèle productif espagnol des trente dernières années

2. De l’intensification à l’auto-exploitation

3. L’auto-exploitation en pratique(s)

Conclusion


Citation :

« Avant, ce que voulait la majorité des gens, c’était dormir chez soi, mais maintenant, avec la crise, c’est vrai que les gens sont prêts à plus de choses. Par exemple, avant, obtenir que les gens fassent des heures supplémentaires ou travaillent le week-end, c’était très difficile, mais maintenant, c’est plus facile. »
Alberto R., responsable de la Fédération des transports des CCOO1 d’Aragon

1
Depuis plusieurs années nous assistons à la montée du débat portant sur les causes et les conséquences du processus de flexibilisation du marché du travail (Standing, 1999), dont l’un des symptômes est l’augmentation du nombre de travailleurs indépendants et d’autoentrepreneurs, qui est largement nourrie et promue par les nouvelles théories de l’entrepreneuriat et par les politiques publiques. Certains auteurs considèrent qu’il existe bien une différence substantielle entre le salariat et l’indépendance, et que l’extension qualitative et quantitative de l’auto-emploi et de nouvelles formes de travail « atypiques » est une sorte d’avant-garde de la transition vers des formes de sociabilité qui ne sont pas articulées autour de la relation salariale (Dupuis & Larre, 1998 ; Bologna, 2006 ; D’armures, 2006 ; De la Garza, 2011 ; Brown & Lighton, 2013). D’autres auteurs soutiennent, au contraire, que « nous pouvons attendre un au-delà de la relation salariale, mais pas sa régression. » (Rolle, 2003, 161)

2
Au sein de ce large débat existe une discussion plus spécifique autour de la question dite de l’« indépendance dépendante ». Ainsi, dans la présentation du numéro 5 de la Nouvelle Revue du Travail, « Indépendance et salariat. Porosité des statuts », Sophie Bernard et Marnix Dressen soulignent notamment que « l’indépendance peut dans certaines conditions être le moyen de s’affranchir de la dépendance propre au salariat » (Bernard & Dressen, 2014). Dans cet article, nous postulons qu’il peut en être ainsi pour certains travailleurs aux profils bien précis, mais que dans la majorité des cas, comme celui des camionneurs indépendants espagnols dont nous traitons ici, l’indépendance suppose plutôt une augmentation de la vulnérabilité des travailleurs et une dégradation de leurs conditions de vie et de travail.

3
Les économies de l’Europe du Sud ont été les principales victimes du processus de réorganisation productive en Europe, conduit au cours des trente dernières années par les grandes multinationales européennes et nord-américaines de biens et services de consommation de masse. La déréglementation des relations de travail, l’ouverture des marchés et la fragmentation des processus de production a permis l’externalisation de certaines activités vers le secteur des services et la délocalisation des tâches à faible valeur ajoutée vers des pays à faible coût de main-d’œuvre.

4
Ce processus de « tertiarisation » a produit à la fois des « services de pointe » et des services « basiques »2, situés aux deux extrémités des chaînes de valeur. Les premiers donnent lieu à l’émergence de nouvelles activités à forte valeur ajoutée, basées dans les pays d’Europe de l’Ouest et aux États-Unis, utilisant les nouvelles technologies et la R & D.

Les formes flexibles de recrutement et de rémunération dans ces secteurs conduisent à l’apparition d’une nouvelle « Creative Class » (Florida, 2002) composée de travailleurs plus indépendants et créatifs, disposant de plus d’initiative et de capacité d’auto-organisation. Ils réalisent des tâches basées sur la connaissance et le « travail immatériel », qui sont difficilement standardisables et qui requièrent des formes de rétribution liées aux résultats et aux objectifs, s’accommodant très bien de statuts free-lance (Lazzarato, 1997). Ces nouveaux « professionnels autonomes, souvent anciens salariés, renvoient une image extrêmement critique du travail en organisation. Le choix de leur mode d’exercice professionnel porte surtout sur les conditions et les contenus de travail. Ils sont porteurs de très fortes valeurs et exigences professionnelles : l’autonomie est pour eux la possibilité d’exercer leur activité comme ils le souhaitent, c’est-à-dire dans les conditions qu’ils souhaitent, mais aussi dans le respect de ce qu´ils estiment être de véritables normes de qualité et d’éthique » (Reynaud, 2007, 306). En somme, ces nouvelles formes d’emploi nourrissent le mythe de la « fin du travail » et du dépassement de la société salariale, et ils soutiennent également l’idée que la croissance du travail indépendant est donc une avant-garde du processus d’émancipation de la classe ouvrière (Bologna & Banfi, 2011, 16).

5
Mais l’autre visage de ces systèmes de « lean production » sont les services dits « basiques » : des activités à faible valeur ajoutée, intensives en travail physique et déqualifié, externalisées vers des secteurs et des régions à faibles coûts salariaux. Leur forme traditionnelle de rétribution est le forfait ou la vente directe du produit de leur travail. Leur indépendance apparaît bien virtuelle, tant est élevé leur degré de dépendance vis-à-vis de leurs entreprises clientes. Dans le cas d´activités telles que le transport, pour lesquelles les travailleurs n’ont pas, loin de là, le monopole de la connaissance des processus de travail, l’indépendance reflète avant tout la substituabilité du travailleur et sa dépendance à l’entreprise.

6
Afin de ne pas en rester à une proposition redondante du type « le travail indépendant génère de l’indépendance » ni à une contradiction insoluble consistant à affirmer le contraire, il nous faut poser la question de l’indépendance au-delà de la distinction entre travail salarié et travail indépendant. Bien entendu, « la dépendance propre au salariat » à laquelle se réfèrent les auteurs précédemment cités est réelle. Mais elle dérive précisément des contradictions contenues dans l’« indépendance » formelle de l’individu dans les sociétés modernes : cette « liberté négative » (Berlin, 1988, 205-211) qui fait de l’individu un être libre « y compris de mourir de faim » et l’oblige – en lui en donnant la possibilité – à entrer dans une relation de dépendance pour pouvoir survivre, en louant sa capacité de travail, pour un temps déterminé. Le travailleur indépendant est lui-même soumis à une « indépendance négative » aux caractéristiques formelles et aux conséquences réelles similaires : la liberté de ne pas être salarié a un coût, que nous allons ici analyser comme une forme d’exploitation que nous appellerons, nous y reviendrons plus loin, « auto-exploitation ».

7
C’est à partir de ces hypothèses que nous avons étudié en quoi le processus d’individualisation de la relation salariale est-il consubstantiel à l’émergence d’un type de travailleurs indépendants – « les indépendants de deuxième génération » (Bologna, 2006) – qui a principalement pris forme dans les secteurs et les activités intensives en travail physique et déqualifié. Ainsi, en Espagne, on observe clairement que « l’accès d’un travailleur au statut d’indépendant, signifie, sans aucun doute, son émancipation, mais aussi la perte de tous ses droits à la solidarité administrativement instituée entre les salariés. L’autonomie, à savoir l’abolition de toute médiation entre l’entreprise et son salarié, est immédiatement marchandisée et cédée en contrats d’entreprise à entreprise qui peuvent être aussi contraignants que les anciens contrats salariaux. » (Rolle, 2003, 160)

8
Dans cet article, nous nous concentrons donc sur le cas de la logistique, en particulier sur celui des camionneurs indépendants de longue distance en Espagne3. Nous verrons d’abord comment le développement intense du secteur de la logistique et du transport, dans le cas espagnol, est le résultat de ce modèle qui a fait de l’intensification du travail le facteur principal de compétitivité des entreprises et des travailleurs. Notre thèse est que, dans ces secteurs, la plus grande indépendance qu’implique l’individualisation des relations de travail devient un dispositif de pression pour la réduction du coût de la main-d’œuvre et la détérioration des conditions de travail (Husson, 2006). Nous montrerons ensuite comment tout cela aboutit à une situation dans laquelle le camionneur indépendant, comme paradigme de ladite individualisation de la relation salariale, doit faire de son « auto-exploitation » un instrument de compétitivité.

1. L’intensification du travail des camionneurs indépendants au cœur du modèle productif espagnol des trente dernières années

9
Le modèle de compétitivité par les coûts qui caractérise l’économie espagnole est le fruit d’un processus qui a commencé par la dérégulation des marchés internes et externes, intervenue lors de l’entrée de l’Espagne dans le marché commun européen en 1986, qui a permis l’arrivée de grandes multinationales de biens et services européennes et étasuniennes. Ces multinationales se sont d’abord implantées en absorbant les entreprises locales qui fabriquaient leurs lignes de produits, pour ensuite se concentrer sur les phases finales de production, par l’externalisation des tâches à faible valeur ajoutée vers d’autres entreprises et la centralisation des tâches à haute valeur ajoutée et des centres technologiques dans leurs pays d’origine. Ainsi, les centres de production sont installés dans des pays semi-périphériques à faible coût de main-d’œuvre, comme l’Espagne. Dans ces centres, ce sont les méthodes organisationnelles dites de fabrication légère qui sont appliquées : fragmentation des processus de production et externalisation aboutissent à des chaînes complexes de sous-traitance qui s’étendent sur de larges territoires4.

10
Dans ce contexte, la logistique et le transport occupent une place prépondérante. Au sein de l’Europe des 25, entre 1999 et 2007, la part du transport dans la valeur ajoutée a augmenté de 32,4 %, passant de 147 029,3 millions d’euros à 194 639,8 millions. L’activité de logistique et de transport, qui ne fait pas partie du cœur de métier des entreprises de production, a connu dès les années 1990 un processus d’externalisation, qui a commencé avec la création de services spécialisés dans la logistique (approvisionnement, production et distribution), qui ont ensuite été externalisés vers de nouvelles entreprises de logistique, travaillant pour plusieurs clients en même temps.

11
Ces grands opérateurs logistiques ont eux aussi mis en œuvre leurs propres stratégies de rationalisation : concentration du capital dans de grandes entreprises nationales et internationales de logistique qui sous-traitent la majorité du travail à des centres de stockage et des agences de transport. Enfin, ces agences de transport ont externalisé à leur tour les tâches de transport à de petites entreprises et à des camionneurs indépendants. Déjà en 1996, 71 % des entreprises espagnoles de transport routier de marchandises avaient seulement un véhicule, 24 % avaient entre 2 et 5 camions, et seuls 5 % avaient des flottes de 6 véhicules ou plus. 40 % des véhicules autorisés à transporter des marchandises appartenaient à des autoentrepreneurs (Colomer, 1998). Enfin, entre 1999 et 2009, le nombre d’entreprises comprenant de 1 à 2 travailleurs avait augmenté de 49 %.

Avant les gens travaillaient dans une entreprise, puis ils sont devenus indépendants, et les entreprises se sont débarrassées de tout un tas de charges... Si tu deviens indépendant, tu limites ces charges, puisque c’est toi qui les paies. Et donc les entreprises ont vu qu’elles payaient le camion, elles payaient les pannes, elles payaient le chauffeur, elles payaient tout, et elles se sont dit : « Ça ne nous rapporte pas assez d’argent comme ça, ça va nous rapporter plus de sous-traiter ça à quelqu’un », ou bien elles ont commencé à parler avec certains en leur disant : « Obtiens la licence de transporteur si tu veux continuer à travailler, et si tu fais ça, tu pourras continuer avec le même camion, on te le vend, et on te garantit du travail », mais plus comme… (Jorge S., 40 ans, Président de TRADIME [Association patronale de transporteurs routiers], camionneur salarié puis indépendant, puis patron de l’entreprise TSG [20 employés, 20 camions]

Ainsi, le dégraissage des effectifs permanents s’est effectué en externalisant le service de conduite, en allant jusqu’à proposer aux salariés permanents de devenir indépendants, et de continuer à leur donner le même travail que lorsqu’ils étaient salariés. (Eduardo H., Secrétaire chargé de l’action syndicale au sein de la fédération des transports, des communications et de la Mer de l’UGT)

12
En 2012, 40 % des camionneurs salariés travaillaient dans des entreprises de moins de 10 salariés, et les entreprises de plus de 500 salariés n’employaient que 3 % des camionneurs. En 2007, juste avant la Grande Récession, les travailleurs non salariés représentaient un tiers des actifs travaillant dans le transport routier de marchandises, alors que sur l’ensemble des actifs, la part des indépendants n’était que de 14 %. Et ces travailleurs étaient, dans leur immense majorité, des camionneurs : sur 424 244 actifs dans cette activité en 2008, environ 336 000 étaient des camionneurs (et 130 000 d’entre eux étaient indépendants). Mais la forte proportion de travailleurs indépendants parmi les camionneurs n’est que la pointe émergée de l’iceberg de la précarité et de l’instabilité sociales associées à l’individualisation des relations salariales dans cette activité. Ainsi, parmi les travailleurs salariés, 75 % étaient en CDD, et plus de 60 % de ces contrats ne dépassaient pas six mois.

13
Pourtant, le métier de camionneur, comme rouage permettant d’articuler la flexibilité (c’est-à-dire les variations rapides entre offre et demande de biens et services), est l’un de ceux qui souffrent en premier lieu, et de manière aiguë, des effets des périodes de récession économique, car il supporte une grande partie des aléas du système. Le parc de véhicules lourds autorisés à transporter des marchandises est ainsi passé de 400 000 à 349 593 entre 2007 et 2012. Le nombre d’opérations de transport, au cours de ces mêmes années, a chuté de 332 millions à 200 millions. Cela a supposé de passer de 2 408 978 tonnes de produits transportés en 2007 à 1 466 502 en 2011. Dès 2008, le nombre de demandes d’emploi de camionneur salarié s’élevait à 49 418, pour seulement 3 000 offres, et en 2011, le nombre de demandes atteignait 70 625, pour 1 737 offres. Dans le secteur du transport terrestre et les activités annexes, 14 500 entreprises ont fermé entre 2008 et 2010.

14
Le transport étant une activité dont les marges ou les différences de productivité ou de qualité sont minimes, la compétitivité s’établit autour de la charge de travail que chaque conducteur est disposé à fournir pour un prix donné – cela qu’il soit salarié avec des conditions de travail et d’emploi très flexibles ou indépendant –, comme l’explique, avec une grande clairvoyance, un délégué syndical :


Citation :
Avant, il existait un accord sur les prix maximum et minimum, en fonction de la distance et du type de marchandise. Avec la libéralisation, ça n’a pas tenu le coup. Aujourd’hui, les prix sont libres, mais bien sûr, le truc c’est que tu as beaucoup de transporteurs pour un même client ! Imagine qu’une usine ait besoin de charger, d’acheminer de la marchandise. D’accord ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Eh ben elle appelle plusieurs entreprises de transport, et elle fait baisser les enchères. « Un transport d’ici à là, à combien tu me le fais ? – À tant. – Quoi ? Mais je ne peux pas payer ça ! », et il contacte une autre entreprise, et ainsi de suite. C’est-à-dire qu’il y a une enchère à la baisse, c’est celui qui va donner le prix le plus bas qui va emporter le marché. […] Les gens sont étranglés par leurs emprunts, ne veulent pas augmenter leurs coûts, etc., etc., et c’est pour ça que les prix sont toujours au plus près des coûts, tirant à la baisse. C’est un problème d’organisation du secteur, d’un marché avec un excès d’offre, et c’est pour ça qu’il y a ces prix très bas qu’imposent les clients. (Manuel M., technicien au sein de la fédération des transports, des communications et de la Mer de l’UGT)

15
Les « bourses de charge » sur Internet, qui fonctionnent en réalité comme des enchères de transport à la baisse, sont l’archétype actuel de ces tensions :

Citation :
[Comment est-ce que ça marche, ces bourses ?] – Et bien, ce sont des enchères. Ce que font les enchères, c’est fixer un prix. Et les gens consultent ça, et font affaire, et ce sont la plupart du temps des agences. Du coup, bien sûr, si tu es une agence, et qu’à toi on t’offre 100, tu le proposes [en ligne] à 90 ; si on [un camionneur] te le prend à 90, et que tu baisses encore, et que tu trouves toujours preneur.... donc, souvent, ce sont des agences [qui mettent les annonces en ligne]. Mais l’effet a été celui-là. Et donc, devant une quantité déterminée de camions en circulation, ce système qui, en théorie, est bon, est en fait mauvais, car il fait baisser le coût du transport. En plus, nous avons ici une question traditionnelle : l’aller se fait souvent à un prix normal, mais le problème, c’est ce qu’on appelle le retour. Donc, si tu as obtenu un bon prix pour ton aller, tu peux accepter de revenir à un prix inférieur. Tu ne devrais pas le faire, mais ça se fait. Même si ça ne paie pas le gas-oil, parce que tout ce que je peux gagner en plus, c’est bien, de toute manière, je dois revenir, et un camion chargé ne consomme pas beaucoup plus de carburant qu’un camion vide, bien sûr ça consomme toujours plus, mais comme je me fais un peu d’argent... bref, c’est pour ça que les retours sont moins chers. Et ce sont les retours qui se négocient par internet. Donc, ça a été un avantage, parce que tu as finalement moins de kilomètres à vide, mais à celui qui sort de chez lui [pour conduire vers l’Espagne], et toi tu fais ton retour, tu lui fais baisser son prix d’aller aussi. Et l’effet général a été une baisse de prix. (Ramón L., camionneur indépendant, transport international, Coslada).

16
Ces bourses de charge, comme Wtransnet ou Teleroute, fonctionnent au plan national et international, grâce à des systèmes informatiques sophistiqués qui parviennent à ajuster l’offre à la demande presque en temps réel (en fonction des lieux de charge et décharge, des distances et des prix offerts et demandés, etc.). Elles permettent notamment à des clients de trouver un transporteur pour de petites charges – qu’il s’agisse d’un client unique ou de plusieurs clients réunis (groupage) – qui sont ensuite complétées par le système lui-même. Pour participer à ces bourses, les transporteurs doivent devenir membres en payant une cotisation.

2. De l’intensification à l’auto-exploitation


17
La fragmentation des processus de production et l’individualisation des relations salariales – processus qui atteignent leur intensité maximale dans la figure du camionneur « indépendant » – mettent en place les conditions d’une « auto-exploitation » avérée.

18
Cependant, avant d’entrer dans son analyse concrète, il est nécessaire de faire un détour théorique sur cette notion d’« auto-exploitation », terme que nous empruntons aux études classiques de la paysannerie. Pour Tchayanov, l’auto-exploitation, dans le cas de « l’unité économique paysanne », se réfère au processus par lequel le petit paysan propriétaire, pour préserver son indépendance organisationnelle face à un processus de « subsomption réelle » dans le système capitaliste qui le convertirait en exploitant agricole de fait5, effectue des transferts de valeur (il produit de la plus-value), en s’auto-exploitant, par l’échange de ses produits avec des produits issus d’autres processus de production ayant une composition capitalistique plus importante (Tchayanov, 1990).

19
En ce sens, l’auto-exploitation est intensification du travail, puisque les transferts de plus-value du producteur-travailleur viennent de la vente de produits ayant une « valeur individuelle » – leur coût de production – bien supérieure à leur « valeur sociale ». La valeur sociale est le temps de travail socialement nécessaire pour produire un bien déterminé, en fonction des avancées technologiques et des moyens techniques de l’époque. Le travailleur indépendant ne bénéficie pas de ces avancées et doit travailler plus pour obtenir une rémunération équivalente. Autrement dit, l’auto-exploitation du paysan résidait dans le travail supplémentaire qu’il devait fournir pour tenter de conserver son autonomie et résister à sa transformation en exploitant agricole. Ce même schéma peut être appliqué au cas du camionneur indépendant, même si sa condition d’indépendant résulte du chômage et qu’il ne possède pas a priori les moyens de production (nous verrons par la suite qu’il ne les possède pas non plus réellement une fois entré dans l’indépendance).

20
En outre, nous utilisons également le terme d’auto-exploitation en référence à l’usage croissant qui en est fait dans le cadre de la critique de l’individualisation des relations de travail qui a été promue par le nouveau discours managérial de l’employabilité. Peter Bloom affirme ainsi sans ambages que le processus actuel de déréglementation du marché du travail transforme « le fantasme de l’employabilité en désir d’auto-exploitation » (Bloom, 2013, 789). D’autres auteurs parlent de « l’exploitation réflexive », par laquelle « une personne se présente comme un objet d’échange pour l’accès à un salaire ou un statut, choisissant une vie qui est compatible avec les exigences du capitalisme libéral » (Cremin, 2010, 137).

21
Si le concept d’auto-exploitation (« self-exploitation », « selbstausbeutung ») est une contradiction dans les termes, elle permet, entre autres choses, d’analyser ce qui force les travailleurs indépendants à livrer un surtravail comme si celui-ci était le fruit de préférences ou de choix personnels. En fait, tant en espagnol (« trabajo por cuenta propia ») qu’en anglais (« self-employment »), les catégories utilisées pour définir le travail indépendant montrent clairement ce type d’autosalarisation schizophrénique (Vivant, 2013 ; Abdelnour, 2012).

22
Comme nous l’avons dit précédemment, le contrat de travail organise la vente de la capacité de travail comme une marchandise et suppose ainsi précisément la possibilité de libre établissement par le salarié d’une relation de subordination autonome et volontaire au capital. Malgré cela, l’opposition formelle entre le travail salarié et l’emploi indépendant renforce l’existence et la validité du travail-marchandise, car le travail indépendant, défini formellement « par opposition au travail subordonné », est présenté comme garantissant à tous les travailleurs la liberté de vendre ou non leur capacité de travail. Cependant, cette différenciation formelle ne détermine pas l’existence ou l’inexistence d’un rapport d’exploitation, mais la forme de ce rapport, c’est-à-dire les formes d’extraction de plus-value. Les différentes formes juridiques que prend la relation capital/travail pour une activité donnée répondent ainsi à différentes stratégies patronales de rentabilité6. Pour celles orientées vers l’augmentation de la plus-value par la réduction du « travail nécessaire » (soit par obtention de plus-value relative), l’augmentation de la productivité est fondamentale. L’innovation technologique, la qualification des travailleurs et la stabilité de l’emploi doivent alors aller de pair avec une déconnexion formelle entre la charge individuelle de travail et le salaire perçu, qui est fixe. La forme caractéristique de la relation de travail dans ce modèle de production est le statut salarial. Pour les stratégies basées sur l’augmentation de la plus-value absolue, l’intensification du travail (par augmentation du nombre de travailleurs ou de la durée et de l’intensité des journées de travail) est obtenue à partir de systèmes organisationnels classiques de déqualification des tâches (par la parcellisation et la fragmentation des processus de production) et d’individualisation de la relation de travail et des relations commerciales (à travers des activités de sous-traitance ; l’utilisation de contrats temporaires ; les formules de rémunération liées à la production individuelle et toutes les formes d’auto-emploi). De manière générale, le moyen d’assurer « l’efficacité » du travail sous cette forme « d’efficience » du capital est de lier formellement la charge de travail individuelle au revenu perçu. Il s´agit donc d’augmenter la plus-value en élargissant la masse du profit, sans changer le taux de profit (Marx, 1959).

23
Le camionneur indépendant incarne alors le degré le plus abouti de ce processus d’individualisation de la relation salariale. Si, dans le modèle fordiste-keynésien, les mobilisations collectives des salariés pour améliorer leurs conditions de travail, et par là même leurs conditions de vie, visent la diminution de la charge de travail, dans le cas des camionneurs indépendants, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs passe au contraire par une lutte individuelle destinée à augmenter la charge de travail.

24
Ainsi, ce n’est pas en soi l’indépendance formelle qui permet de dépasser la relation d’exploitation capitaliste traditionnellement associée au seul salariat : sans la propriété réelle des moyens de production – nous y reviendrons –, le statut formel ne dit rien du degré de subordination du travailleur. Les différentes formes d’extraction de plus-value se distribuent donc selon le degré d’individualisation formelle de la relation salariale, des situations les plus « stables » – où la séparation formelle entre la charge individuelle de travail et le salaire perçu est la plus importante – aux situations les plus « dérégulées ». En somme, nous parlons d’« individualisation » plutôt que de « marchandisation » ou de « libéralisation » afin de souligner que la régulation du contrat de travail, l’institutionnalisation de la négociation collective, l’avènement de la société salariale n’ont jamais supposé une démarchandisation de la relation salariale, bien au contraire. Le modèle keynésien montre bien cela : l’intervention publique sur le coût du travail a pour objectif d’obliger à ce que celui-ci se vende à son prix de marché, et non l’inverse. La protection qu’offre le statut salarial est en ce sens toujours fonction de l’absence de conditions d’égalité et de liberté sur le marché qui permettraient au travailleur d’exiger, par lui-même, la juste rémunération de son travail7. L’État, dans sa fonction régulatrice, n’agit en conséquence pas contre le marché, mais pour en corriger les imperfections : son intervention cesse quand il y parvient et qu’il est admis que le marché rétribue le travail à son juste prix (par exemple lorsque l’on considère que le chômage existant est un chômage volontaire). C’est pour cela que le statut salarial est historiquement si précaire.

3. L’auto-exploitation en pratique(s)

25
En pratique, le camionneur indépendant est en situation de concurrence avec des camionneurs salariés, et finit par gagner à peu près le même revenu. Comme le camionneur salarié, pour maintenir sa rémunération nette, en raison de la faible intensité capitalistique de cette activité et de la baisse constante du prix du transport, le camionneur autonome ne peut qu’augmenter sa charge de travail. Mais, étant donné que la productivité ne peut évoluer à la hausse, toute augmentation de la charge globale de travail non accompagnée par une augmentation au moins proportionnelle du prix de la prestation entraîne une augmentation de la plus-value transférée en termes absolus à ses « faux clients » qui, en réalité, agissent comme des employeurs, affaiblissant sa capacité de capitalisation.

26
Une telle augmentation du surtravail se concrétise de différentes façons : par exemple, à mesure que les journées de travail s’allongent, l’usure du travailleur est logiquement supérieure, et les carrières professionnelles sont plus courtes (du fait du vieillissement professionnel causé par la fatigue). Par ailleurs, le surplus de rémunérations obtenu doit être utilisé à l’entretien et au renouvellement des moyens de production. L’amélioration des moyens de production, et avec elle la possibilité d’effectuer une charge de travail en moins de temps et d’amortir ces investissements plus vite, supposent d’obtenir un meilleur rendement du travail personnel. Ainsi, le camionneur constate que ses revenus mensuels bruts augmentent, mais ce gain est absorbé par les coûts de cette amélioration :

Citation :
Le transport est très trompeur, dans le sens où on travaille beaucoup, on doit avoir beaucoup de contrats pour boucler les fins de mois, selon l’observatoire des coûts qu’établit le ministère, si tu divises les coûts par le nombre de jours travaillés, tu arrives à 200 € par jour, c’est ce que ça te coûte, et si tu y ajoutes une marge de 10 ou 15 % en fonction de toute une série de choses, parce que tu peux inclure l’amortissement du véhicule, etc., tu arrives à environ 240 €. Et donc, toi, tu dois gagner au moins 500 € par jour, pour qu’il te reste de quoi manger, payer tes frais et un peu de bénéfice. Et donc, qu’est-ce qui se passe ? Bien sûr, tu multiplies ça, et même si les sommes en jeu dans le transport sont très importantes, tu commences à déduire le prix du gas-oil, et le reste des frais, et ce qui reste, c’est très peu. D’un contrat énorme qui peut être de 10 000 € par mois, au final, une fois tout déduit, il te reste au mieux 2 000, et bien entendu, c’est un risque très grand, parce que tu dois avancer 10 000 pour au final avoir 2 000, parce que le montant du contrat tu ne le touches pas toujours tout de suite, en dépit de la loi sur les retards de paiement et de toutes nos manifestations, les retards de paiement ont augmenté, et là, je te parle de parfois jusqu’à 120 jours. Donc toi tu dois avancer l’argent tous les mois pour tes frais, toucher le solde des contrats au bout de trois mois, et en plus du fait qu’il te reste peu d’argent, la vérité, c’est que la situation est assez difficile. (Alberto R., Responsable de la fédération des transports des CCOO d’Aragon)

27
Finalement, la financiarisation de l’économie familiale est la médiation qui diffère la tension entre l’autonomie apparemment croissante et la dépendance réellement croissante du camionneur indépendant, devenu le prototype du nouvel entrepreneur. L’augmentation du degré de capitalisation du camionneur indépendant (son degré d’« indépendance ») est directement proportionnelle à celle de son degré de dépendance financière. Il doit consacrer autant que possible ses ressources (que ce soit par des investissements directs ou anticipés via des prêts) à la capitalisation la plus importante possible, pour être plus productif, mais l’endettement (accumulé lors de l’achat et du renouvellement de nouvelles technologies) augmente substantiellement le coût de ces moyens de production.

Citation :
Tu sais, quand tu te mets à ton compte avec un seul camion, tu dois acheter la carte [professionnelle de transport], aujourd’hui, elles sont bon marché, mais avant, il fallait payer entre 40 et 50 000 € en moyenne. Aujourd’hui, ça tourne autour de 30 ou 36 000. Bien sûr, si tu additionnes les 30 000 et quelques de la carte, plus le véhicule, même s’il est d’occasion, tu arrives à un investissement très important. Le camion, si tu l’achètes neuf, ça te coûte 100 ou 120 000 – je te parle d’un camion avec remorque –, si tu l’achètes d’occasion, c’est moins, mais celui d’occasion, on te le vend habituellement avec la carte, donc ça fait monter le prix. Ce que je veux dire, c’est que le pack complet pour commencer dans le transport, ça fait, en moyenne, avec la carte et tout, 150 000. Et donc, le camionneur qui travaille à son compte, il travaille comme personne, parce qu’il a mis en hypothèque ses biens présents et futurs. Parce que, même si c’est une société à responsabilité limitée, si tu n’as pas de capital de départ, ce qui arrive c’est que la banque, pour te prêter l’argent qui va te permettre d’acheter le camion, elle te fait mettre ton logement en garantie, et elle demande à tes parents de se porter garants. Et du coup, le petit entrepreneur, il tient bon bien au-delà de ce qu’il peut, il supporte. C’est ce que j’en pense. (Alberto R., Responsable de la fédération des transports des CCOO d’Aragon)

28
Le travail des camionneurs indépendants ne peut se comprendre indépendamment du travail total et de la stratégie productive et reproductive de l’unité économique familiale - à l’image des travaux menés sur le monde paysan. Dans bien des cas, les femmes ne se chargent pas seulement des tâches domestiques, mais elles effectuent aussi un travail d’administration (certaines préparent l’examen permettant d’obtenir le statut de transporteur indépendant ; tiennent la comptabilité et la facturation de l’entreprise ; négocient avec les banques les différents prêts ; suivent les commandes, etc.). En outre, il est fréquent qu’un camion soit conduit par les fils et les frères du camionneur titulaire de la carte professionnelle. Ainsi, l’organisation et l’assignation des tâches, les investissements, les stratégies de formation des jeunes ne dépendent pas d’une rationalité entrepreneuriale destinée à maximiser le profit, mais plutôt à assurer une activité à tous les membres de l’unité économique familiale et à organiser le travail en fonction des savoir-faire pratiques et des tâches à réaliser, tant dans la sphère productive que dans la sphère reproductive. Le coût de cette perte relative de rentabilité ou de compétitivité contribue à ce que nous appelons l’auto-exploitation.

29
Ainsi, le camionneur indépendant serait l’échelon le plus précaire d’un continuum de situations de travail affectées par les fortes tendances à la flexibilisation et à l’individualisation en cours dans les relations salariales, continuum au sein duquel il serait certainement difficile d’établir une distinction analytique pertinente entre l’indépendance et le salariat. Ces deux statuts sont bien plutôt les deux extrêmes dans la gradation de la formalité relationnelle que peuvent revêtir les relations d’exploitation. C’est le degré d’appropriation des moyens de production, qui fait de leur indépendance une indépendance vulnérable, qui permet l’« auto-exploitation » vers l’intensification du travail au-delà des limites imposées généralement par les régulations du marché du travail associées au statut salarial.

30
Cette position très ambiguë dans les relations de travail est un reflet de la position de ces travailleurs dans le processus de production : la valeur d’usage de leur travail est leurs propres disponibilité et substituabilité. Le travail de transport est un travail improductif (au sens où il ne produit pas de plus-value) dont le bénéfice consiste à soustraire une quantité déterminée de plus-value obtenue par les producteurs des marchandises transportées8. Le représentant d’une association patronale l’explique à sa façon :

Citation :
Le problème du transport, c’est qu’on ne peut pas créer le service que l’on rend, c’est que nous sommes subsidiaires, c’est que, si je produis quelque chose, tu peux créer de nouveaux marchés, mais le transport est une conséquence d’une activité extérieure, dans laquelle je ne peux intervenir. […] C’est le problème qu’on a, c’est qu’en étant un maillon, ils nous voient comme un coût, et pas comme quelque chose qui ajoute de la valeur, c’est pour ça que les prix ne dépassent pas le minimum possible. C’est-à-dire que le transport, du point de vue du consommateur [le producteur client du transporteur], ce n’est pas vu comme quelque chose qui donne la possibilité de vendre ses produits et tout ça, ce qui est, je le crois, le cas, mais c’est vu comme un coût, peu importe qui achemine les produits parce qu’il semble que ça n’ajoute pas de valeur au produit, alors que si, mais bon... (Jorge S., Président de TRADIME [association patronale de transporteurs routiers], camionneur salarié puis indépendant, puis patron de l’entreprise TSG [20 employés, 20 camions])


31
Cette particularité permet de comprendre certaines des tensions et contradictions spécifiques auxquelles est soumise cette activité : c’est un travail essentiellement manuel et solitaire, très peu touché par la tendance à la division technique et sociale du travail ; la compétitivité s’établit à partir de l’intensification du travail, puisqu’il y a moins de marge que dans d’autres activités pour augmenter la productivité au travers d’investissements techniques ; de plus, sa volatilité (dont une partie est due à son propre développement), la fluctuation de ses prix (qui est sa raison d’être) et l’atomisation entrepreneuriale empêchent ou limitent l’augmentation de la capitalisation. Mis en relation avec ce qui précède, le développement même de cette activité génère ses propres tensions ou limites à moyen et long terme, car il se base sur les différences de prix entre différents lieux, différences que l’activité elle-même tend à diminuer.

Citation :
Le transporteur n’a pas de sécurité, c’est sûr qu’aujourd’hui personne n’a la sécurité de l’emploi, mais dans le transport c’est encore plus dur, les prix... fluctuent toujours, les prix libres... parce que les marchandises que tu transportes, elles aussi elles changent de prix, et un trajet que tu fais pour un tarif donné, il peut te venir quelqu’un qui le négocie à la baisse, ou ils [les clients] peuvent te le demander le lendemain pour un tarif moindre, parce que ça n’est plus rentable de le transporter à ce prix-là. (Honorio S., 40 ans, Patron d’une entreprise de transport familiale[10 employés], Coslada)

32
En outre, la position sociale du camionneur est également porteuse d’un degré élevé de violence systémique, comme cela est par exemple le cas régulièrement depuis plusieurs années à la frontière franco-espagnole autour de la question du transport maraîcher : le camionneur vit des transferts de valeurs qui se réalisent entre processus productifs inégaux, soit du fait d’une capitalisation différente, soit du fait de coûts du travail différents.

33
Les fortes contraintes sur leurs conditions du travail que supportent les camionneurs indépendants de longue distance sont présentées par ces derniers comme résultant de leurs propres préférences. Beaucoup parmi nos enquêtés ont souligné l’importance de « ne recevoir d’ordres de personne » et leur sentiment de parvenir à sauvegarder une forme d’autonomie au travail. Cette perception subjective incarne une forme de résistance à leur auto-exploitation objective. Paraphrasant la « liberté négative » dont parle Berlin dans sa critique de la liberté sans contraintes, intrinsèque à l’ordre libéral, nous pouvons parler, pour qualifier cette indépendance très vulnérable, d’indépendance négative (Berlin, 1988, 205-211). Le statut d’indépendance apparaît alors, paradoxalement, comme la forme la plus aboutie du fétichisme portant sur la relation salariale. Une certaine psychologisation-intériorisation du conflit capital-travail en découle, menant à la culpabilisation du travailleur lui-même quant à sa propre souffrance au travail, et à la neutralisation des mobilisations collectives (Linhart, 2009).

34
Par exemple, la régulation collective pour limiter l’intensification du travail est aussi nécessaire aux camionneurs que la pression pour surmonter individuellement ces limitations. Ainsi, on observe de multiples pratiques de contournement des règles visant à limiter la durée et l’intensité du travail. C’est notamment le cas par le travail invisible et l’utilisation de différentes astuces techniques : l’aimant pour dérégler le tachygraphe – appareil censé limiter les heures de conduite et déterminer des pauses, en enregistrant la vitesse et les temps dédiés à la conduite, au repos, etc. ; les pratiques de cabotage et les systèmes de relais ; voyager à deux pilotes et se relayer tout en conduisant ; conduire des véhicules de petit tonnage pour compléter la journée ; avoir un deuxième emploi, etc.

35
Comme toujours, la réglementation des conditions de travail par les autorités, qui fixe la valeur formelle du travail, est secondaire par rapport à la demande de travail fixée par le marché. Au cours des dernières années, les instances nationales et communautaires ont promu une législation spécifique destinée à ces « salariés déguisés »9. Mais les indépendants du secteur du transport, du moins en Espagne, sont restés hors du champ de cette législation, et dans bien des cas de leur propre fait. En effet, une augmentation des protections légales suppose une diminution relative des trajets réalisés, et ce surcoût doit être soustrait de leur revenu pour continuer à être compétitif. À la réglementation répondent ainsi des changements dans l’organisation du travail que des réglementations postérieures tenteront de réguler. Le travailleur autonome a par exemple une relation très ambivalente avec la police : elle est un atout pour la sécurité des camionneurs et pour limiter la concurrence entre eux, mais elle est une limitation à l’« auto-exploitation » des camionneurs et à leur degré de compétitivité. Il s’ensuit une spirale stressante de sanctions, qui résulte de la dialectique entre des règles de contrôle et de sécurité de plus en plus denses et des stratégies de plus en plus sophistiquées des conducteurs pour contourner ces contrôles. Cependant, tout ceci augmente de façon exponentielle l’usure associée à cette activité10. Le stress de la prise de risques physique est intensifié par les risques de sanctions pénales. Un fort sentiment de culpabilité, qui ne s’exprime que dans la sphère intime, s’ensuit également : culpabilité d’enfreindre la loi, de se mettre en danger et de mener une forme de concurrence déloyale en faisant diminuer les prix en vigueur.

36
Ces tensions ont augmenté avec la crise économique. Par exemple, alors qu’en 2005, un grand pourcentage des infractions à la circulation étaient dues à l’absence de papiers (27 000 infractions pour absence de carte de transport, l’infraction alors la plus commune), en 2009, les procédures ouvertes pour cette raison s’étaient réduites à 10 000, tandis que la somme de celles dues à des déficiences du tachygraphe et aux temps de conduite et de repos est passée de 30 000 en 2005 à plus de 50 000 en 2009.

Conclusion

37
Au final, le camionneur indépendant et les petites entreprises de logistique supportent la lourde charge des systèmes de lean production du fait de la flexibilité inhérente au modèle du juste-à-temps généralisé à l’ensemble de l’industrie. Cette étude de cas, en plus de donner à voir les conditions de travail et de vie d’une profession courante et facile d’accès pour les classes populaires durant les années du « miracle économique espagnol » (1995-2007), permet d’analyser certains des traits structurels du modèle productif dans son ensemble. Elle permet également de comprendre en partie la rapide et dramatique augmentation du taux de chômage de longue durée depuis 2007 pour des travailleurs sans qualification qui se sont lancés dans le transport indépendant avant la crise, et se retrouvent sans activité, et sans droits au chômage11.

38
Le chômage massif qui s’est développé en Espagne à partir de 2007 du fait de la fuite des capitaux productifs vers les pays émergents (Ibáñez & López Calle, 2012) a touché avant tout les travailleurs qui avaient des contrats temporaires, des salaires de base très faibles, des salaires variables très instables, qui ne cotisaient pas ou très peu à la sécurité sociale ou s’étaient mis à leur compte. La formation de cette armée de réserve dépourvue de protections n’a fait qu’accentuer la spirale de l’intensification du travail comme forme principale de survie pour beaucoup de travailleurs (de fait, à partir de 2012, le taux d’accidents du travail augmente12), ce qui en retour a accéléré la croissance du chômage, difficilement compensée par la création d’une série de statuts de sous-emplois par les dernières réformes du Code du travail (López Calle & Briales, 2015).


Bibliographie

Abdelnour Sarah (2012) : L’Auto-entrepreneur aux marges du salariat. De la genèse aux usages d’un régime dérogatoire de travail indépendant, Thèse de doctorat, Florence Weber (dir.), Paris, EHESS.

Algava Elisabeth, Catherine Cavalin et Sylvie Celerier (2012), « La singulière bonne santé des indépendants », Travail et Emploi, n° 132, 5-20.

Berlin Isaiah ([1958] 1988), Cuatro ensayos sobre la libertad, Madrid, Alianza Editorial.

Bernard Sophie et Marnix Dressen (2014), « Penser la porosité des statuts d’emploi », La Nouvelle Revue du Travail, n° 5. [En ligne] http://nrt.revues.org/1830

Bloom Peter (2013), « Fight for your Alienation : The Fantasy of Employability and the Ironic Struggle for Self-Exploitation », Ephemera, 13(4), 785-807. [En ligne] http://www.ephemerajournal.org/contribution/fight-your-alienation-fantasy-employability-and-ironic-struggle-self-exploitation

Bologna Sergio (2006), Crisis de la clase media y posfordismo. Ensayos sobre la sociedad del conocimiento y el trabajo autónomo de segunda generación, Madrid, Ed. Akal.

Bologna Sergio et Dario Banfi (2011), Vita da freelance. Il lavoratori della conoscenza e il loro futuro, Milan, Ed. Feltrinelli.

Boyer Robert et Michel Freyssenet (2001), Los Modelos productivos, Buenos Aires/Mexico, Lumen Humanitas.

Burchell Brendan, Damien Cartron, Péter Csizmadia et al. (2009), Working Conditions in the European Union : Working Time and Work Intensity, Luxembourg, Office for Official Publications of the European Communities.

Castellanos Mari Luz et Andrés Pedreño (2006), Nuevos braceros del ocio : sonrisas, cuerpos flexibles e identidad de empresa en el sector turístico, Madrid/Buenos Aires, Miño y Dávila Editores.

Castillo Juan José (2007), El trabajo fluido en la sociedad de la información, Madrid/Buenos Aires, Miño y Dávila Editores.

Castillo Juan José et Pablo López Calle (2007), « Una generación esquilmada : los efectos de las reformas laborales en la vida y trabajo de los jóvenes madrileños », Sociedad y utopía : Revista de ciencias sociales, n° 29, 293-312.

Castillo Juan José et Pablo López Calle (2003), Los Obreros del Polo. El entorno productivo de VW-NAVARRA : una cadena de montaje en el territorio, Madrid, Ed. Complutense.

Castillo Juan José (dir) (2005), El Trabajo Recobrado. Una evaluación del trabajo realmente existente en España, Madrid/Buenos Aires, Miño y Dávila Editores.

Chaumette Patrick (1998), « Quel avenir pour la distinction travail dépendant/indépendant ? », dans Alain Supiot (dir.), Le Travail en perspectives, Toulouse, Octarès, 79-88.

Cremin Colin (2010), « Never Employable Enough. The (imp)Possibility of Satisfying the Boss´s Desire », Organization, 17(2), 131-149.

Colliot-Thélène Catherine (1977), « Notas sobre el estatuto del trabajo productivo en la teoría marxista », dans Crítica de la economía política, n° 3, Barcelona, Ed. Fontrama, 93-112.

Colomer Juan Vicente (dir.) (1998), El transporte terrestre de mercancías : organización y gestión, Valencia, UPV.

D’Amours Martine (2006), Le Travail indépendant. Un révélateur des mutations du travail, Québec, Presses universitaires du Québec.

De La Garza Enrique (2011), Trabajo no clásico, organización y acción colectiva, 2 vol. , Mexico, Plaza y Valdés.

Dupuis Yves et Françoise Larré (1998), « Entre salariat et travail indépendant : les formes hybrides de mobilisation du travail », Travail et Emploi, n° 77, 1-14.

Ernst et Young (2009), European Outsourcing Survey 2008.

Florida Richard (2002), The Rise of the Creative Class, New York, Basic Books.

Grimwade Nigel (1989), International Trade, London, Routledge.

Husson Michel (dir.) (2006), Travail flexible, salariés jetables. Fausses questions et vrais enjeux de la lutte contre le chômage, Paris, La Découverte.

Ibáñez Rojo Rafael et Pablo López Calle (2012), « Financiarización y relación salarial : estrategias de rentabilidad y conflictos de clase en la semiperiferia del sistema-mundo », dans Luis Enrique Alonso et Carlos J. Fernández Rodríguez (eds.), La Financiarización de las relaciones salariales. Una perspectiva internacional, Madrid, La Catarata, 186-210.

Jounin Nicolas (2008), Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, Paris, La Découverte.

Keynes John Maynard ([1942] 1968), Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Paris, Éditions Payot & Rivages.

Lazzarato Mauricio (1997), Lavoro Inmateriale. Forme di vita e produzione di soggetivitá, Verona, Ed. Ombre Corte 97.

Linhart Danièle (2009), Travailler sans les autres ?, Paris, Le Seuil.

Leighton Patricia et Duncan Brown (2013), Future Working : the Rise of Europe’s Independent Professionals, London, EFIP.

López Calle Pablo (2011), La Desmovilización general. Jóvenes, sindicatos y reorganización productiva, Madrid, La Catarata.

López Calle Pablo et Álvaro Briales (2015), « La producción de desempleo en España como dispositivo de reactivación de la Economía », Revista de Economía Crítica, n° 20, 124-148.

López Calle Pablo et Rojo R. Ibáñez (2013), « La conformación del modelo productivo español : el caso paradigmático de la industria del software », Revista Lan Harremanak, Revista de Relaciones Laborales, nº 28, 46-64.

Marx Karl ([1867-1894] 1959), El Capital, Mexico, Fondo de Cultura Económica.

Reynaud Emmanuèle (2007), « Aux marges du salariat : les professionnels autonomes », dans François Vatin (dir.) (2007), Le Salariat. Théorie, histoire et formes, Paris, La Dispute.

Rubin Isaak Illich (1974), Ensayos sobre la teoría marxista del valor, Buenos Aires, P & P.

Segui Crespo Maria del Mar et al. (2010), Análisis de la literatura científica en materia de trabajo y salud : Sector transporte terrestre de mercancías, Madrid, Ministerio de Trabajo, Instituto Nacional de Seguridad e Higiene del Trabajo, Observatorio de Condiciones de Trabajo.

Rolle Pierre (2003), « Por un análisis ampliado de la relación salarial », Cuadernos de Relaciones Laborales, 21(2), 145-175

Standing Guy (1999), Global Labour Flexibility. Seeking Distribuitve Justice, Macmillan, Palgrave.

Tchayanov Alexander ([1925] 1990), L’Organisation de l’économie paysanne, Paris, Libraire du Regard.

Van Ark Bart et Nicholas Crafts (Eds), (1996), Quantitative Aspects of Post-War European Economic Growth, Cambridge, Cambridge University Press.

Vivant Elsa (2013), « Être autoentrepreneur, c’est pas si facile. Les ambiguïtés d’une nouvelle catégorie juridique », intervention aux journées d’étude « Le travail indépendant : santé et conditions de travail », 18 septembre, Paris. [En ligne] https://hal-enpc.archives-ouvertes.fr/hal-01183759

Haut de page


Notes

1 Les interlocuteurs syndicaux rencontrés sont issus de l’UGT et des CCOO. Les Comisiones Obreras, CC.OO., sont le syndicat traditionnellement proche du parti communiste espagnol PCE. L’Union General de Trabajadores, UGT, est le syndicat traditionnellement proche du parti socialiste ouvrier espagnol PSOE. Les CCOO et l’UGT sont les deux syndicats très largement majoritaires dans l’ensemble du monde du travail, dont le secteur du transport et de la logistique.

2 Note de traduction : en castillan, la domination de ces deux types de services est encore plus parlante : les services « avanzados » (avancés) s’opposent aux services « retrasados » (attardés).

3 Cette recherche s’est déroulée dans la commune de Coslada, dans la périphérie madrilène. Coslada est un exemple type de la transformation de l’économie espagnole, d’une économie industrielle en une économie de services. Coslada a longtemps été une importante région industrielle (marquée par la production de camions au sein de la ville-usine Pegaso, pur produit des plans franquistes de développement). Le démantèlement du secteur métallurgique a laissé place à l’un des principaux centres de distribution et de transport du pays. Au point que selon le ministère des Travaux publics, plus de la moitié des flux internationaux de marchandises qui arrivent en Espagne et un tiers des flux nationaux passent par le Port Sec ou le centre de transport de Coslada : 71 % des emplois du secteur de la logistique et du transport de la communauté de Madrid se concentrent autour de Coslada. Une trentaine d’entretiens semi-directifs approfondis ont été menés en 2010-2012 avec des responsables syndicaux et patronaux du secteur, ainsi qu’avec des camionneurs et des épouses de camionneurs ayant des statuts, des qualifications et des tâches variées.

4 Notre groupe de recherche étudie ces processus en Espagne depuis une vingtaine d’années, à partir d’études de cas sur différents secteurs d’activité, notamment l’industrie automobile (Castillo & López Calle, 2003), la fabrication de logiciels (Castillo 2007 ; López Calle & Ibáñez, 2013), l’industrie agroalimentaire et le tourisme sur la côte méditerranéenne (Castellanos & Pedreño, 2006) ; sur la relation entre la fragmentation des processus productifs et la démobilisation de la classe ouvrière (López Calle, 2011) ; ou encore à partir de projets collectifs comme celui sur le travail invisible en Espagne (Castillo [dir.], 2005). Pour plus de références, voir la page du groupe Charles Babbage en sciences sociales du travail, de l’université Complutense de Madrid : https://www.ucm.es/grupo-charles-babbage

5 Transformation que supposait la capitalisation de son exploitation par la rationalisation du travail avec de nouvelles méthodes et de nouvelles technologies, provoquant une baisse du recours au travail de l’unité familiale, ou l’embauche de membres de celle-ci comme salariés sur d’autres exploitations à plus forte capitalisation ou dans l’industrie, afin d’augmenter la productivité de sa propre capacité de travail, autrement dit pour augmenter la rémunération horaire du travail des membres de l’unité familiale.

6 Sur le fond de ce débat, nous pouvons retrouver la question classique consistant à se demander si ces deux statuts correspondent à deux modes de production ou si ce sont deux formes de production dans un même mode de production (Sweezy & Dobb, 1950). Il ne s’agit en revanche pas ici de se demander si la figure du paysan est une réminiscence féodale ou un produit du capitalisme dans sa phase d’accumulation primitive, mais bien d’examiner l’émergence de ces formes anciennes d’emploi du fait des évolutions du processus d’accumulation au début du xxie siècle. Cela permet de se demander si ces nouvelles formes de travail annoncent la transition vers un nouveau mode de production, ou sont plus simplement un symptôme d’évolution des pays occidentaux vers des formes de production de plus-value basées sur l’intensification du travail, au sein du système capitaliste.

7 C’est-à-dire lorsque le travailleur ne perçoit pas une « rémunération équivalente au produit attribuable à sa productivité marginale ». (Keynes, 1942, 18)

8 En principe, le travail productif est une activité qui, en plus de produire une valeur d’échange – et pour autant qu’elle est une valeur d’usage, une utilité –, génère de la plus-value. Ainsi, le travail productif ne se distingue pas du travail improductif par sa plus ou moins grande utilité – qui est supposée existante en considérant une activité comme un travail (qui crée de la valeur) –, mais par sa condition de générateur ou non de capital. En conséquence, cette activité est improductive si on la considère isolément, depuis le point de vue des acteurs, mais elle sert à la production plus large de plus-value dans le processus complet de production, du point de vue de l’observateur (Colliot-Thélène, 1977 ; Rubin, 1974).

9 Le salariat déguisé est « appréhendé par le droit au travers du critère de la subordination juridique permanente, qui se décline dans la jurisprudence via l’examen de la propriété des instruments de travail et de la participation aux risques et aux bénéfices » (Chaumette, 1998, 79).

10 Nous ne pouvons développer ici les analyses menées sur les effets de cette activité sur la santé des travailleurs, tant en termes de dommages subis – comme dans le cas des taux importants d’accidents – qu’en termes de nombreuses maladies professionnelles, fatigue, usure, vieillissement précoce (Segui Crespo, 2010). S’y ajoutent les difficultés pour les travailleurs indépendants pour prendre des jours d’arrêt de travail (Algava, Cavalin & Célerier, 2012).

11 Ainsi, entre 2007 et 2014, le nombre de chômeurs est passé de 1 863 200 à 6 278 200 ; le taux de chômage est passé de 7 à 25 %, alors que dans le même temps le taux de couverture par l’assurance chômage passait de 78 % à 58 % des chômeurs.

12 Les chiffres sont passés de 2 949 accidents pour 100 000 travailleurs en 2012, à 3 111 en 2014, et les chiffres du premier trimestre 2015 montrent eux aussi une augmentation de 0,4 % (Ministerio de Empleo y Seguridad Social, 2015).

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Lun 23 Mai - 13:45


les discussions sur ce que sont le prolétariat, le prolétariat productif, la classe ouvrière, etc. revenant de façon récurrente, voici un texte de Robert Bibeau qui rappelle quelques banalités marxiennes de base et fourmille de données chiffrées

on ne le prendra pas ici comme base d'une discussion théorique, certains points pouvant être discutables, d'autant que l'auteur s'inscrit certes dans une perspective révolutionnaires, son point de vue demeure programmatiste (pouvoir d'État du prolétariat, etc.)

la question complexe de ce qu'est dans le capitalisme restructuré, en subsomption réelle, le prolétariat productif et son articulation avec celle de la subjectivation révolutionnaire sont abordées par ailleurs


L’EXPANSION DE LA CLASSE PROLÉTARIENNE

Robert Bibeau les7duquebec 18 mai 2016


Notre définition de prolétaire est concise : « Est prolétaire celui qui n’a que sa force de travail à mettre en marché et à monnayer. » C’est une définition large, elle inclut pratiquement tout le salariat (excluant les cadres), les chômeurs, les sans-travail non recensés en quête d’emplois. C’est une définition à la fois sociale et économique. Si tout travailleur productif est salarié, en revanche tout salarié n’est pas un travailleur productif. Certains salariés sont même des exploiteurs, dès lors qu’ils administrent le système d’exploitation de l’homme par l’homme, les cadres et leurs sous-fifres attachés à la gouvernance par exemples (1). Marx a écrit « Par rapport au capitaliste financier, le capitaliste industriel est un travailleur, travailleur en tant que capitaliste, c’est-à-dire un exploiteur du travail d’autrui » (2).


Citation :
Qu’est-ce qu’un prolétaire productif, c’est-à-dire, qu’est-ce qu’un créateur de plus-value ?

« Pour distinguer le travail productif du travail improductif, il suffit de déterminer si le travail s’échange contre de l’argent proprement dit ou contre de l’argent-capital (des moyens de production) ». À partir de cette définition, Marx donne l’exemple du littérateur prolétaire de Leipzig et de la cantatrice travaillant pour un patron, ils deviennent tous les deux des travailleurs productifs en ce qu’ils valorisent le capital ; il dira la même chose dans une note du tome I de son livre Das Kapital sur un enseignant qui travaille dans le secteur privé.

En effet, on a trop souvent cette idée que seul le prolétariat industriel est créateur de plus-value parce qu’il crée des marchandises commercialisables. Marx, et c’est tout l’objet du Capital, démontre que seul « est productif le travail qui valorise directement le capital et ainsi produit de la plus-value ». À contrario, un artisan qui confectionne un bout d’étoffe, qu’il troquera contre une hache, effectue un travail utile, mais, du point de vue du mode de production capitaliste il n’effectue pas un travail productif, c’est-à-dire un travail valorisant le capital générateur de plus-value (3). De même pour un enseignant, qui réalise un travail utile, former la prochaine génération de travailleurs salariés-exploités, mais ce travail n’est pas productif – il ne produit pas de plus-value. L’enseignant, l’infirmière, le secrétaire sont des travailleurs salariés socialement utiles mais non producteurs de plus-value. Leur salaire origine du surtravail spolié aux prolétaires productifs.

Ainsi, l’industrie de l’armement produit des biens qui ne sont pas des marchandises parce que ces produits ne contribuent en rien à la reproduction du capital. Ces biens – ces « valeurs » ne servent pas à valoriser le capital, d’où ce secteur industriel est considéré comme parasitaire, non productif, vivant au crochet du travail salarié productif. Au contraire, l’industrie militaire absorbe et détruit de la valeur marchande (valeur d’échange) et contribue à approfondir la crise économique systémique. Si la classe capitaliste mondiale maintient un important dispositif militaire parasitaire, ce n’est pas pour le plaisir de faire la guerre, ou pour se distraire, ou pour faire des profits, profits qu’elle spolie aux autres secteurs industriels. C’est que la classe capitaliste parasitaire n’a pas d’autres choix en prévision du jour où ses concurrents monopolistiques multinationaux tenteront de s’emparer de ses espaces d’extraction des ressources, de ses marchés, ou de ses zones d’exploitation de la plus-value. Elle devra alors les terroriser grâce à son infrastructure militaire. En prévision du jour également où la classe prolétarienne paupérisée tentera de secouer le joug de son aliénation en quête d’émancipation. Il faudra bien, ces jours pas si lointains, que le plein poids de la loi bourgeoise, de la mitraille et de la répression étatique capitaliste s’abattent sur le dos de cette classe en révolte.

Un évènement historique gigantesque

Au cours des années 1990, un phénomène capital s’est produit à l’échelle internationale avec l’entrée sur le marché mondial concurrentiel de la grande bourgeoisie chinoise, indienne, et de celle de l’ancien bloc soviétique, ce qui a conduit à doubler en quelques années la force de travail en concurrence sur le marché du travail salarié (4). En termes d’économie politique et en termes de lutte de la classe prolétarienne, cet évènement fut le plus important depuis la nuit des temps. Pourtant, peu d’analystes en ont apprécié l’incroyable portée. Par cette expansion des moyens de production, sans commune dimension dans l’histoire du mode de production du capital, l’impérialisme complétait l’aménagement de la totalité des territoires et des forces productives dans le monde et assurait leur incorporation aux rapports de production capitalistes hégémoniques. Par cet évènement incommensurable, l’impérialisme terminait sa phase d‘expansion (un siècle après le pronostique des bolchéviques) et l’impérialisme ne pouvait alors qu’amorcer sa phase déclinante n’ayant plus aucune « terre nouvelle » (sic), plus aucune nouvelle force de travail à spolier pour valoriser le capital déprécié (5). Le mode de production capitaliste n’a pas fini d’en ressentir les effets qui mèneront certainement à sa destruction.

Cet évènement est la raison fondamentale pour laquelle le début du XXIe siècle est une période marquée par le déclin économique et politique, et, conséquemment la décadence sociologique et idéologique du capitalisme. Marquer aussi par un grand pessimisme traumatique qui voit surgir en Occident des théories fumeuses telles : « La fin de la classe ouvrière ; la mort du Marxisme ; l’apogée des luttes de libération nationale et anti-impérialistes bourgeoises (sic) ; l’émergence d’une soi-disant classe moyenne ; l’embourgeoisement de l’aristocratie ouvrière stipendiée (sic) ; l’émergence d’une nouvelle gauche démocratique, citoyenne et républicaine (sic) ; les théories complotistes et mystiques de fin du monde civilisé ; la guerre des civilisations ; la fin de l’histoire » et autres fadaises idéalistes reflets du déclin de la classe bourgeoise occidentale devant la montée en puissance du capital monopoliste multinational venu d’Orient et la croissance du contingent oriental et du contingent africain du prolétariat international.

Cette croissance de la classe prolétarienne s’est produite en très peu de temps. Si la montée en puissance de l’impérialisme américano-atlantique a nécessité deux guerres mondiales et presque un siècle d’expansion (1890 – 1975), l’entrée en scène de la dernière phase de l’impérialisme corporatistes-capitaliste n’aura nécessité qu’une cinquantaine d’années (1975 – 2020) et une guerre mondiale (à venir !) À l’évidence, l’histoire du mode de production capitaliste s’accélère. On peut anticiper qu’en 2020 environ, la Chine aura remplacé la première puissance impérialiste mondiale (USA) et que son déclin sera déjà amorcé au milieu d’une crise économique, systémique et permanente, et parmi des guerres régionales en cascades, jusqu’à et y compris une possible troisième guerre mondiale catastrophique. Mais avant d’aborder ces questions, examinons les données en ce qui concerne les effectifs du prolétariat international.

L’expansion de la classe prolétarienne dans le monde

« Ces jalons posés nous pouvons maintenant voir ce que représente au niveau mondial le prolétariat dans son ensemble, le prolétariat salarié (en soustrayant les chômeurs) et le prolétariat créateur de valeur (ce qui est plus compliqué, les statistiques mondiales à ce sujet étant difficiles à obtenir). Par élimination nous allons essayer de donner une vision plus large que les statistiques du Bureau international du Travail (BIT) et de l’Organisation internationale du Travail (OIT), et pour la France du Tableau de l’économie française de l’INSEE qui est plus précis » atteste Gérard Bad (6).

Mais attention, ces différents documents ne tiennent pas compte du fait que, selon l’OCDE, plus de la moitié de la population active mondiale travaille au noir (le travail au noir – clandestin – est source de plus-value absolue). Les États bourgeois complices de l’évasion fiscale de leurs patrons milliardaires et des multinationales monopolistes sont grandement préoccupés par l’évasion fiscale des petits salariés, les serveuses de restaurants et les journaliers. Prenez note toutefois, que nous retrouvons dans ces emplois sous-payés – non déclarés –  une importante contre-tendance à la baisse du taux de profit à laquelle il faut ajouter les 168 millions d’enfants asservis et comptabilisés dans le monde. Également, il ne faut pas oublier que l’agriculture est le premier pourvoyeur d’emplois, soit 40 % de la population active mondiale classés « travailleurs autonomes » (sic). Il y a forcément dans ces 40 % d’exploités du servage agraire une part importante de travailleurs agricoles qu’il faudrait normalement ajouter aux statistiques du prolétariat mondial.

Les données de l’OIT permettent d’estimée le salariat à l’échelle mondiale. Dans les zones « avancées » il a progressé d’environ 20 % entre 1992 et 2008, et il stagne depuis l’intensification de la crise systémique du capitalisme. Dans les zones « émergentes », il a augmenté de près de 80 % sur la même période (graphique 1).  On retrouve des données analogues, mais encore plus marquées, pour l’emploi dans l’industrie manufacturière. Entre 1980 et 2005, la main-d’œuvre industrielle (productrice de plus-value) a augmenté de 120 % dans les régions « émergentes » et diminuées de 19 % dans les régions dites « avancées » (7).

Le même constat ressort d’une étude récente du FMI qui calcule la force de travail dans les secteurs exportateurs de chaque pays. On obtient une estimation de la force de travail mondialisée, celle qui est intégrée à la chaine de production de valeurs (capital productif et non parasitaire de laquelle il faudrait exclure les travailleurs de l’industrie de l’armement ce qui pénaliseraient encore davantage les pays « avancés »). La divergence est encore plus marquante : entre 1990 et 2010, la force de travail globale, ainsi calculée, a augmenté de 190 % dans les zones « émergentes », mais de seulement 46 % dans les régions développées (graphique 2). Il faut toutefois convenir d’une différenciation qualitative entre ces salariés. Si dans les zones « émergentes » ces salariés s’ajoutent aux forces productives industrielles et manufacturières génératrices de plus-value (même si ce n’est que pour des tâches d’assemblage), dans les zones développées les salariés à haute productivité, produisant des marchandises de haute qualité, s’additionnent aux travailleurs tertiaires des services de proximité et ceux des services parasitaires (petits boulots précaires, temporaires et mal payés, dans la restauration, l’hôtellerie, le transport, l’alimentation, l’entretien et les services de sécurité). Présentement les multinationales du capital « émergent » déploient des efforts pour hausser la productivité du travail salarié et pour assurer la montée en gamme de leur production et de leur consommation. Elles refont en somme, en accéléré, le parcours qu’elles ont fait du temps de leur développement en régions capitalistes « avancées ».



La tendance inéluctable à la globalisation du mode de production (la phase impérialiste du mode de production capitaliste comme l’esclavagisme et le féodalisme en vécurent auparavant) conduit donc à la formation d’un capital mondial, d’où l’importance des circuits bancaires de transferts du capital financier appelés « paradis – Panamas – fiscaux » 8 –; à la consolidation d’un marché mondial, d’où la signature de multiples traités de libre-échange (9), et, conséquemment, à l’expansion d’un prolétariat précarisé et mondialisé dont la croissance se fait principalement dans les régions dites « émergentes ». Ce processus s’accompagne d’une tendance à la salarisation et à l’urbanisation de la force de travail dans le monde entier, ce qui comprend la paysannerie chinoise, indienne et africaine, peu à peu arrachée à leurs terres et à leurs villages et concentrée dans des bidons villes délabrés, contexte urbanisé de leur aliénation de salarié. Ce qu’atteste le taux de salarié (la proportion de salariés dans l’emploi) qui augmente de manière constante, passant de 33 % à 42 % mondialement au cours des 20 dernières années (graphique 3). L’impérialisme moderne, sous le mode de production capitaliste, est bien caractérisé par la mondialisation des rapports de production hégémoniques capitalistes.

Graphique 3: Taux de salarisation dans les pays « émergents »

La dynamique de l’emploi dans le monde, illustré par le graphique 4, peut être résumée ainsi : Entre 1992 et 2012, quasi-stabilité ou faible progression de l’emploi dans les zones capitalistes « avancées » et augmentation dans les régions capitalistes dites « émergentes » : +40%, comprenant un salariat en croissance (salariat : +76 %, autres modes d’emploi : +23 %).

Graphique 4

Pour l’année 2012, les données de l’OIT conduisent à la répartition suivante de l’emploi mondial en milliards d’individus :

Emplois dans les zones «avancées» 0,47
Emplois salariés dans les zones «émergentes» 1,11
Autres emplois dans les zones «émergentes» 1,55
Emploi mondial total 3,13

La classe ouvrière mondiale est très segmentée par catégories, par revenus et par régions géographiques, en raison d’écarts de salaires considérables, et d’une mobilité restreinte, malgré les multiples efforts que déploie le capital pour la poussée sur les sentiers des réfugiés et sur les chemins de l’exil forcé afin de la soumettre aux nouvelles conditions d’exploitation international du capital. Les capitaux quant à eux ont obtenu une liberté de circulation à peu près totale grâce d’une part aux multiples traités et accords de libre-échange, et d’autre part, grâce à une vague sans précédent de fusions, d’OPA et d’agrégation monopolistique des entreprises capitalistes que nous avons illustrées dans les chapitres précédents (10). C’est le propre des fusions-acquisitions qui concentrent et centralisent le capital de restaurer pour un temps le taux de profit moyen en éliminant une pléthore de capitaux non performants (les concurrents les plus faibles). C’est ce qui s’est passé en 2008, quand les fusions-acquisitions, OPA et autres malversations du capital atteignirent 1 600 milliards de dollars US en Europe et 1 800 milliards dollars aux États-Unis. Il en résulta une baisse relative du nombre de travailleurs, les salariés n’étant après tout que la forme variable du capital (Cv). Selon une étude du Bureau international du Travail (BIT), la croissance économique mondiale en 2007 a été de 5,2 %, tandis que celle du nombre de travailleurs n’a été que de 1,6 %, la différence s’expliquant par l’inflation monétaire et par les progrès en matière de productivité (étude citée dans Le Figaro du 24 janvier 2008). Depuis le début de 2014, il y a une nouvelle frénésie de fusions-acquisitions dans le monde, c’est-à-dire une nouvelle vague de liquidation d’une masse de capitaux constants (Cc) – morts – et de travailleurs vivants – capital variable – (Cv) en excès dans le système de production et d’échanges.

Dans ces conditions, la mondialisation-globalisation de l’économie requiert de mettre virtuellement en concurrence internationale les travailleurs de tous les pays, mondialisant de ce fait la lutte de résistance du mouvement prolétarien. Cette pression concurrentielle s’exerce autant sur les salariés des pays « avancés » que sur ceux des pays « émergents » concurrents et se traduit par une baisse tendancielle de la part des salaires dans le revenu mondial global (Graphiques 5 et 6). Cette figure démontre que le capital variable – le capital vivant, unique source de plus-value –  prend encore moins d’importance dans la composition du capital par rapport au capital constant – mort – non générateur de plus-value. Preuve s’il en était besoin que le mode de production capitaliste creuse sa propre tombe. Pire, la prochaine étape dans la négociation des accords de libre-échange internationaux visera à obtenir une plus grande mobilité – continentale d’abord, et internationale ensuite – du prolétariat (du capital variable) afin d’accroitre la concurrence salariale et de réduire encore plus son importance relative, ce que l’Union européenne a déjà accompli sur le continent européen, prenant ainsi une longueur d’avance sur les anciennes puissances impérialistes concurrentes (USA, Japon, Canada, Australie, Russie) mais déjà en retard sur les nouvelles puissances émergentes qui constituent des marchés unifiés de grandes importances (Chine 1,3 milliard de consommateurs et 800 millions de salariés éventuels et l’Inde, 1,4 milliard de consommateurs et 850 millions de salariés virtuels). Tout ceci donne une idée du manque de vision des bobos altermondialistes, des réformistes et des gauchistes petits-bourgeois qui s’offusquent de la tombée des barrières tarifaires et législatives (droit du commerce, droit du travail, droit social, droit fiscal, judiciarisation de la répression, militarisation de l’économie, etc.) plaçant tous les moyens de production et toutes les forces productives « nationales » en concurrence internationale. Pas plus qu’il n’est opportun de dénoncer les ouragans et les typhons, il n’est pertinent de quémander des allègements aux conséquences de l’internationalisation de l’impérialisme globalisé qui ne peut qu’avancer, pousser par ses propres contradictions inexorables. Il y a longtemps que le prolétariat affirme que les forces productives ne peuvent s’épanouir à l’intérieur des rapports de production bourgeois trop étroits. Il faudra simplement mettre fin à ce mode de production moribond qui ne peut et ne pourra jamais fonctionner de manière différente qu’il ne fonctionne présentement.

Enfin, les graphiques 5 et 6 marquent le Te Deum de ce mode de production basé sur la valorisation de la plus-value et la reproduction élargie du capital. Alors que la masse totale des salariés prolétarisés augmente constamment, la part des salaires dans le revenu mondial diminue radicalement (11). Gardant en tête le principe qu’une marchandise se vend à son cout de production (ou de reproduction élargie dans le cas de la marchandise force de travail) cette donnée statistique signifie que depuis les années 1970 environ, le moment de l’inversion de la courbe ascendante du mode de production capitaliste globalisé, la force de travail se vend et s’achète en moyenne en dessous de son cout de reproduction social. Voilà le post mortem des théories opportunistes à propos de l’aristocratie ouvrière embourgeoisée et stipendiée ; des classes moyennes lénifiantes ; de la mort de la classe prolétarienne et de la théorie du dépassement du capitalisme (sic). Voici l’acte final de la tragédie capitaliste mondialisée. Quand un mode de production ne permet plus aux forces productives qu’il renferme de se déployer et de faire fructifier les moyens de production, mais qu’au contraire il les entraine vers leur dévalorisation et leur autodestruction, alors, ce mode de production doit disparaitre, sublimer par un nouveau mode de production plus performant. Ce graphique résume à lui seul les forces en jeux dans la révolution prolétarienne à venir.


Graphique 5 :  Part des salaires dans le revenu mondial 1970-2010


En % du PIB. Calculs à partir de Stockhammer, 2013 (12).

Graphique 6

Salaire-pib

Références

◾(1) Gérard Bad.  « Quel autre monde possible ?». Claude Bitot (note de lecture). Décembre 2008. http://www.mondialisme.org/spip.php?article1467
◾(2) Le Capital. Chapitre 23. Tome 3.
◾(3) Un chapitre inédit du « Capital ». Édition 10/18. P. 224-233-238.
◾(4) Gérard Bad. La classe productrice de plus-value à l’échelle mondiale (I) http://www.mondialisme.org/spip.php?article2057. 10.2014. Texte paru dans Echanges n° 146 (hiver 2013-2014). La suite dans Echanges n° 148.
◾(5) Nous avons écrit cette partie du texte à partir du papier intitulé : La formation d’une classe ouvrière mondiale. Note hussonet, n°64, 18.12.2013. URL: http://hussonet.free.fr/chronik.htm
◾(6) Richard Freeman. « China, India and the Doubling of the Global Labor Force: Who Pays the price of Globalization? ». The Globalist. Juin 2005.  ILO, Key Indicators of the Labour Market (KILM).
◾(7) John Smith. « Imperialism and the Law of Value ». Global Discourse [Online], 2: I, 2011.  FMI. Jobs and growth: analytical and operational considerations for the Fund. Mars 2013.  URL: https://globaldiscourse.files.wordpress.com/2011/05/john-smith.pdf
◾ 8 http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-panama-papers-la-fraude-frauduleuse/ et http://www.les7duquebec.com/7-au-front/levasion-fiscale-et-les-paradis-fiscaux/
◾(9) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transatlantique-letat-dune-resistance et  http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transpacifique-ou-le-regne-des-multinationales/  et  http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-2-2/a-nouveau-sur-les-accords-de-libre-echange/
◾(10) http://www.les7duquebec.com/?p=215790&preview=true et  http://www.les7duquebec.com/7-au-front/deflation-le-dernier-tourment-avant-la-grande-depression/
◾(11) Engelbert Stockhammer. « Why have wage shares fallen? ». ILO. Conditions of Work and Employment Series. No. 35, 2013.  URL:  http://www.ilo.org/travail/whatwedo/publications/WCMS_202352/lang–en/index.htm
◾(12) Engelbert Stockhammer. « Why have wage shares fallen? ». ILO. Conditions of Work and Employment Series. No. 35, 2013.  URL:  http://www.ilo.org/travail/whatwedo/publications/WCMS_202352/lang–en/index.htm  



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Dim 29 Mai - 13:37


à propos de "capitalisme africain"

Les Fonds vautours et le bradage des terres arables, sur fond d’évasion de capitaux

René Naba les7duQuébec 24 mai 2016

L’Argentine a conclu le 1er Mars 2016 un accord avec les fonds vautours, qui bafoue les résolutions de l’ONU sur les dettes souveraines et ressemble fort à une extorsion. Les vautours ont dicté leurs conditions en contrepartie d’un rabais de 25%

Argentine, Grèce, Afrique… Les Fonds vautours fondent, tels des rapaces, sur les proies offertes à eux par les lois d’airain de l’hypercapitalisme, dans la pure tradition du capitalisme sauvage qui a marqué l’essor de la société industrielle occidentale, lors de la conquête de Far West américain et le pillage coloniales des autres continents.



Retour sur ce phénomène particulièrement sur le rôle perverse du fonds Elliott du milliardaire Paul Singer.

René Naba a écrit:
L’argentine, 3e pays d’Amérique du sud à subir les rigueurs du formalisme juridique des États-Unis et de son ordre ultra capitaliste

La décision de la Cour suprême des États-Unis, en juin 2014, enjoignant à l’Argentine de régler sa dette à ses créanciers au taux nominal et non au taux effectif remet en mémoire la nature fondamentalement prédatrice des Fonds vautours.
L’Argentine est le 3e pays latino-américain, après le Pérou et le Nicaragua, à subir les rigueurs du formalisme juridique des États-Unis et de son ordre ultra capitaliste. Le continent sud-américain a été, en effet, le premier terrain de chasse de ces «fonds-charognards». En 1999, le Pérou a été contraint par la Cour d’appel de New York à payer 58 millions de dollars au fonds vautour Elliott Associates pour une dette rachetée seulement à 11 millions de dollars. La même année, une juridiction étasunienne a condamné le Nicaragua à payer 87 millions de dollars pour une dette rachetée par le fonds Leucadia à 1,14 million de dollars, soit une plus-value de 7500%.

La crise de la dette a constitué une aubaine pour les fonds vautours, qui leur a donné la possibilité de racheter pour une bouchée de pain des créances impayées sur les pays en développement et accroître leurs gains en les attaquant en justice, une fois que ces pays auront retrouvé un peu d’oxygène financier.

Ce fut un véritable coup de tonnerre dans le ciel argentin. Buenos Aires, qui avait fondé tous ses espoirs sur la Cour Suprême américaine, a vu sa condamnation confirmée dans le procès qui l’oppose à des fonds spéculatifs. La Cour a refusé de s’impliquer dans cette affaire, qui a pris des allures de psychodrame planétaire. L’Argentine doit donc rembourser 1,3 milliard de dollars à ces fonds.

Le fonds Elliott du milliardaire Paul Singer

Elliott est le plus célèbre d’entre eux. Fondé par le milliardaire américain Paul Singer, il a connu la notoriété par un coup de maître: Mettre la main sur des titres obligataires argentins lorsque ceux-ci ne valaient quasiment rien, du fait de la faillite du pays en 2001, et obtenu de la justice américaine une décision favorable. Les juges de New York ont ordonné à Buenos Aires de rembourser le fonds à 100 %, et non à hauteur du prix que celui-ci a réellement payé.

Plus rocambolesque encore, les juges ont déclaré que la seule façon légale d’échapper à cette injonction était, pour l’Argentine, de ne plus payer aucun de ses autres créanciers. En somme, de se déclarer en défaut de paiement.
Un comble pour un pays qui est passé par deux accords de restructurations de dette, en 2005 et 2010, et qui vient, après des années de négociations de conclure un accord pour apurer sa dette envers le Club de Paris (qui réunit la France, l’Allemagne, le Japon..). L’Argentine, dont les réserves de changes fondent, craint de devoir rembourser beaucoup plus que 1,3 milliard de dollars si d’autres investisseurs s’engouffrent dans la brèche.

L’Afrique, proie de choix des Fonds vautours et sa parade «La facilité africaine de soutien juridique»

L’Afrique est, elle aussi, depuis des années la proie préférée des fonds vautours: ces fonds d’investissement privés qui extorquent en toute légalité des ressources financières vitales pour le développement des pays du Sud. Leur méthode consiste à racheter à très bas prix, sur le marché secondaire de la dette, des dettes de pays en développement à leur insu pour ensuite les contraindre par voie judiciaire à les rembourser au prix fort, c’est à dire le montant initial des dettes, augmentées d’intérêts, de pénalités et de divers frais de justice.

Ces prédateurs de la finance, basés majoritairement dans les paradis fiscaux, auraient déjà engrangé au minimum 2 milliards de dollars. Leur funeste entreprise pointe en justice une dizaine de pays africains dans une cinquantaine de procès. Pour y parer, une structure de soutien a été mise sur pied œuvre sinon pour neutraliser les raids des fonds vautours, à tout le moins en réduire les effets: La «Facilité africaine de soutien juridique» (en anglais ALSF: African Legal Support Facility) désigne le Fonds international initié par la BAD pour fournir l’assistance juridique aux États attaqués par les fonds vautours. Constitué le 29 juin 2009 à Tunis, ce Fonds n’est pas exclusivement destiné aux pays africains puisqu’il sera mis à la disposition de tous les États membres de la BAD (77 au total dont 53 africains) mais aussi aux pays non-membres qui en feraient la demande comme ceux d’Amérique latine, victimes également des fonds vautours.

L’évasion fiscale: une hémorragie substantielle

Aux fonds vautours se superpose l’évasion fiscale. L’hémorragie est substantielle, infiniment supérieure au budget affecté aux dépenses d’infrastructure en Afrique. 90 milliards de dollars quittent, en fraude, chaque année l’Afrique pour enrichir les riches pays occidentaux ou se nicher dans les paradis fiscaux, appauvrissant d’autant le continent, dont le déficit annuel de financement de l’infrastructure s’élève à 31 milliards de dollars par an.

En surcroît aux nombreux maux dont pâtit l’Afrique, un mal est plus que tout autre corrosif et ravageur : l’incivisme en ce que l’Afrique, plus que tout autre contient, a subi de plein fouet les effets pervers de la colonisation, la dépossession et l’exploitation. La situation est si alarmante que l’Union Africaine a invité les états membres de l’organisation continentale africaine pour prendre les mesures appropriées pour freiner la fuite des capitaux qui prennent la dimension d’une hémorragie. La somme exportée au titre de flux financiers non déclarés par les pays en développement, chaque année, est «près de dix fois les flux d’aide internationale annuelle et deux fois le montant de la dette annuelle des pays en développement», indique un rapport du Consortium pour la recherche économique en Afrique (CREA), publie par la revue «Afrique Asie», en date de Mai 2014.

Les milliardaires d’Afrique

Autre incongruités: l’Afrique compte 55 milliardaires, un nombre supérieur aux prévisions encore qu’il s’agit d’une «estimation basse», estime le fondateur de Ventures, Chi-Chi Okonjo dans son édition en date du 7 octobre 2013.

Le Nigeria est le pays qui en compte le plus, avec 20 milliardaires ayant généralement fait fortune dans le pétrole. Viennent ensuite l’Afrique du Sud et l’Égypte, avec respectivement neuf et huit milliardaires parmi leurs concitoyens.
Si l’Afrique compte de plus en plus d’hommes très riches, la crise mondiale et la pauvreté ne reculent pas pour autant. L’Afrique sub-saharienne, qui comptait 205 millions d’habitants vivant dans un état d’extrême pauvreté (avec moins de 1,25 dollar par jour) en 1981, en comptait 414 millions en 2010, soit plus du double, selon la Banque mondiale. Selon Ventures, certaines grandes fortunes du continent refusent d’évoquer leur richesse parce qu’elles souhaitent rester discrètes sur leurs affaires et que leurs relations avec le pouvoir ne sont pas toujours claires. Cela explique peut-être pourquoi le classement 2012 de Forbes, qui retrace en quelques lignes le parcours des plus grands millionnaires d’Afrique, ne donne pas exactement les mêmes résultats.

Les deux magazines s’accordent néanmoins sur l’homme le plus riche d’Afrique. Il s’agirait de l’entrepreneur nigérian Aliko Dangote. Ce dernier serait à la tête d’une fortune de 20,2 milliards de dollars. Son empire industriel comprend des usines de farine, de sucre, d’autres denrées alimentaires et du ciment.

Le Maroc compte, à lui seul, 6 milliardaires dans le Top 50: Othman Benjelloun, Miloud Chaabi, Anas Sefrioui, Moulay Hafid El Alami et Alamy Lazraq, ainsi que le surprenant Aziz Akhannouch. Le ministre de l’Agriculture et propriétaire du groupe Akwa détient une fortune estimée à 1,4 milliards de dollars.

Ce conglomérat marocain de plusieurs milliards de dollars a des intérêts dans le secteur pétrolier, le gaz et les produits chimique, ainsi que les médias, l’immobilier et l’hôtellerie. Othman Benjelloun reste, toutefois, une nouvelle fois en tête au niveau du royaume avec 2,8 milliards de dollars. Sur le plan africain, il est classé en 10e position alors qu’il était 7e en 2012. Le président de la BMCE et propriétaire de l’assureur RMA Watanya est suivi de Miloud Chaabi qui détient une fortune estimée à 1,9 milliard de dollars. Le numéro 2 au Maroc arrive en 17e position sur le continent contre une 12e place un an auparavant.

La première femme en 24e position du classement

Selon Ventures, Folorunsho Alakija, également nigériane, serait la femme la plus riche d’Afrique. Cette dernière n’apparaît cependant qu’en 24e position dans le classement de Forbes. Sa compagnie pétrolière, Famfa Oil, exploiterait un des blocs pétroliers offshore les plus prolifiques du Nigeria. Styliste de formation, elle aurait obtenu ce dernier à un prix relativement bas en 1993 grâce à son amie Maryam Babangida, épouse de l’ancien dirigeant militaire Ibrahim Babangida.

Du côté de l’Afrique du Sud, les cinq plus gros milliardaires sont des Blancs âgés de plus de 60 ans. Ils ont fait fortune dans la finance et la distribution et tirent une large partie de leurs revenus de leurs investissements à l’étranger (Londres, New York, Zurich). Classé 5e dans Ventures et 2e dans Forbes, Nicky Oppenheimer doit sa fortune, estimée à 6,5 milliards de dollars, aux mines de diamants dont il a hérité et dont il s’est séparé récemment.

Le capitalisme : Un grand avenir en Afrique, sous réserve de la globalisation des entreprises africaines


L’Afrique dispose d’un immense potentiel, propulsé par la démographie, la productivité et le capitaux: 6 des 10 pays du monde ayant la plus forte croissance sont africains et, en 2012, cinq ont dépassé la Chine et vingt et un l’Inde, alors que l’Afrique contribue encore pour moins de 2% aux échanges mondiaux.

En dépit de ces handicaps, le capitalisme a un grand avenir en Afrique, sous réserve que les entreprises africaines deviennent «globales». Le constat, catégorique, émane du très sérieux «Boston Consulting» dans un rapport de 2010 intitulé «The African Challengers».

Masquant mal sa vision ultra libérale de l’Afrique, la prestigieuse institution nous ressert la rengaine du consensus de Washington et son prolongement le consensus de Bruxelles, si désastreux en coûts humains pour l’économie occidentale avec ses quatre prescriptions (privatisation, déréglementation, dérégulation, fléxibilisation). Le développement, l’éducation et le niveau de vie suivront si les pays «suppriment les barrières des investissements étrangers», estime le rapport sans trop se préoccuper de l’intérêt des populations ou de la concordance de leur intérêt et celui des entreprises.

Le credo est rodé: L’avenir de l’Afrique repose sur la globalisation de ses entreprises. Pour le Boston Consulting Group (BCG) cela ne fait aucun doute. «Le capitalisme produit des gagnants et des perdants, et il y aura certainement des moments difficiles en chemin pour les compagnies africaines» mais peu importe finalement puisque «le futur est radieux pour un continent qui commence à peine à contracter ses muscles capitalistes», prédit le rapport.

Les Lions, plus forts que les Tigres ou le BRIC.

Les auteurs expliquent que la vision d’une Afrique qui a été «au plus bas tellement longtemps qu’il sera difficile de remonter un jour» est aujourd’hui dépassée. Le continent a connu une croissance économique de 5,3% en moyenne entre 2000 et 2008. En 2009, au moment où les économies occidentales et, dans une moindre mesure asiatiques et sud-américaines, reculaient, l’Afrique voyait son PIB augmenter de 2%. Entre 2000 et 2010, les exportations ont progressé de manière constante. «En termes d’espérance de vie, d’alphabétisation, et de niveau de vie, les Lions Africains sont comparables aux pays du BRIC ou aux Tigres Asiatiques» et «la facilité pour faire des affaires est approximativement similaire», est-il écrit. Parmi les «lions africains», sélectionnés sur la base de facteurs socio-économiques dont le PIB, figurent l’Algérie, l’Égypte, la Libye, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud et le Botswana.

Corruption

Deux cas illustrent cette forme lancinante de la gangrène africaine: Le Sénégal en ce que son président d’Abdoulaye Wade, fut un universitaire brillant, professant un enseignement marxiste en contradiction avec son comportement à son passage au pouvoir. La Guinée Équatoriale en ce que le président de ce pays parvenu un tardivement à la richesse pétrolière a développé un comportement de «parvenu».

Sénégal: Les fonds acquis de manière illicite par Karim Wade sont estimés à 700 milliards FCFA. Une fortune amassée au moyen de prises illégales d’intérêt dans plusieurs sociétés s’activant au Sénégal dans les secteurs des transports aérien et maritime.
La justice a par ailleurs saisi 47 milliards d’une ex-sénatrice du PDS Aida Ndiongue, 47 milliards 675 millions FCfa, découverts par des enquêteurs dans sept coffres, des comptes bancaires et des sociétés appartenant à la femme d’affaires proche de l’ancien président Abdoulaye Wade, dont «des bijoux d’une valeur estimative de 15 milliards de FCfa.

Guinée équatoriale: La justice française a saisi, en septembre 2011, une quinzaine de voitures de luxe : Ferrari, Maserati, Porsche, Bentley… appartenant toutes à Teodoro Nguema Obiang (TNO), dit Teodorin, fils du Président de Guinée Équatoriale. En février 2012, ce sont 3 pleins camions de biens de luxe, dont du mobilier d’époque, des œuvres d’art, des bouteilles de vin millésimé.

Les transferts de fonds


Les émigrés africains transfèrent chaque année 40 milliards de dollars dans leurs pays d’origine, mais le manque d’information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d’agir pleinement sur le développement. Selon l’ONG Overseas Development Institute, L’Afrique perd entre 1,4 et 2,3 milliards de dollars par an en frais de transferts excessifs, selon Overseas Development Institute.

«L’Afrique subsaharienne est la région la plus pauvre au monde mais elle essuie les frais de transfert les plus élevés. Les frais sont en moyenne de 12% sur les transferts de 200 dollars US, ce qui équivaut quasiment au double de la moyenne mondiale», précise cette ONG basée à Londres. L’ODI cite le «manque de concurrence» pour expliquer ces coûts élevés, puisque seules deux sociétés de transfert de fonds -Western Union et MoneyGram- contrôlent le marché des virements à l’étranger. «Cette surtaxe sur les transferts détourne les ressources dont les familles ont besoin pour pouvoir investir dans l’éducation, la santé et la construction d’un avenir meilleur. Elle fragilise un lien vital pour des centaines de milliers de familles africaines», estime Kevin Watkins, le directeur de l’ODI.

Le rapport calcule que l’alignement des frais pour les Africains sur la moyenne mondiale produirait suffisamment de revenus pour financer la scolarisation de quelques 14 millions d’enfants, soit presque la moitié des enfants non scolarisés en Afrique subsaharienne, et pour fournir de l’eau potable à 21 millions de personnes.

Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d’environ 10 % en moyenne en Afrique, où il peut même atteindre 25 %, contre 5,6 % en moyenne dans le monde.

L’agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu’ils n’en ont aujourd’hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L’IFAD vient de signer un accord avec l’Universal Postal Union pour travailler en ce sens.

D’autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d’effectuer des transferts d’argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de micro-finance à opérer ces envois de fonds.

Dans toute l’Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l’IFAD. Surtout au lieu d’un simple mécanisme de consommation, « cela créerait une dynamique locale d’épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l’économie », estime l’institution.

À la lumière de la jurisprudence concernant l’Argentine, il y a fort à parier que de nouveaux fonds vautours vont faire surface, tant est lucratif ce «business de la dette». La Facilité africaine de soutien juridique ne sera certainement pas en mesure de secourir tous les pays tombés dans l’escarcelle des fonds vautours. D’autres mesures devront être prises pour stopper l’hémorragie et enfin éradiquer ces prédateurs.

La lutte contre les fonds vautours doit se mener partout, au Sud comme au Nord. Pour être efficace, les États ont intérêt d’adopter immédiatement des lois visant à enrayer leurs actions mortifères. Une gangrène que ne saurait compenser l’important flot de transfert opéré par les migrants africains à destination de leur natal, de l’ordre de 40 milliards de dollars par an, soit la somme équivalente aux intérêts de la dette payés annuellement par l’Afrique à ses créanciers.

Autre plaie de l’économie africaine : le bradage des terres arables

Depuis 2006, près de 20 millions d’hectares de terres arables ont fait l’objet de négociations dans le monde car d’ici à 2050, la production agricole devrait croître de 70 % pour répondre à l’augmentation de la population, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Mais cette offensive sur les terres ne se fait pas sans dérapages. Le recadrage des investissements s’impose, faute de quoi ils risquent de déséquilibrer le pays cible, à l’image des visées du coréen Daewoo à Madagascar.

Aux fonds souverains d’états soucieux d’assurer leur stratégie d’approvisionnement, parmi lesquels les pays du Golfe ou la Chine, se sont ajoutés des investisseurs privés, locaux ou étrangers. Les acquisitions de terres se sont accélérées avec la crise alimentaire de 2008. L’Arabie saoudite a mis sur pied une société publique pour financer les entreprises privées du royaume qui achètent des terres à l’étranger.

Au Mali, les nouvelles mises en culture bénéficient surtout aux investisseurs libyens. L’octroi de 100 000 hectares à la société Malibya, liée à l’ancien dirigeant libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, a fait grand bruit. « Les hectares des Libyens sont au début des canaux d’irrigation, ils seront servis en eau avant nous ». Les producteurs redoutent aussi les intentions des Chinois de développer la canne à sucre, gourmande en eau. Ils en cultivent déjà 6 000 hectares et contrôlent la sucrerie Sukala, résume Mamadou Goïta, de l’ONG malienne Afrique verte.

Fonds vautours, évaporation de recettes, corruption, gabegie des transferts des fonds des migrants, bradage des terres arables. L’Afrique est-elle condamnée à demeurer un tonneau des danaïdes?



Citation :
Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).


Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Lun 6 Juin - 14:30




en avant en avance « le prolétariat des zones centrales du capitalisme mondialisé » ? *

« Prolétaires de tous les pays civilisés, unissez-vous ! »

à quand l'abolition de l'avant-garde occidentale éclairée ?



* où sont les « zones centrales », qu'est-ce que cela peut même signifier ? Les pays qui ne sont plus massivement ceux de la production de marchandises mais le lieu des prises de décisions ? Et qui nourrit le monde "central", la "périphérie" ? Dans son livre sur la Chine, Astarian voyait la communisation s'engager... aux États-Unis...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Jeu 30 Juin - 18:00


critique de l'économie politique : des chiffres à suivre

c'est bien connu, le capitalisme vit à crédit, mais sur le dos de qui ?

200 000 milliards d’euros de dettes publiques et privées à travers le monde

Record historique depuis 1945 ! Une bulle qui fait froid dans le dos !


07 juin 2016

Jamais dans l’histoire économique nous nous sommes retrouvés si endettés. Pays riches et en voie de développement confondus le poids de cette dette s’élève à près de 200 000 milliards d’euros. Pour les zones économiques avancées, la situation est devenue alarmante puisque le taux d’endettement atteint en moyenne 95% du PIB national.

Citation :

Parmi, les mauvais élèves des économies les plus fortes, figure la France, elle se classe 19e des pays les plus endettés au monde, avec un fardeau supérieur à 97% de son PIB brut fin 2015.




Le problème vient également de la croissance. Aujourd’hui, nous le savons tous, l’économie mondiale tourne quasiment à l’arrêt. Le pourcentage de création de richesse ne suffira pas à juguler la marche inexorable de l’augmentation des dettes.

Selon une estimation du McKinsey Global Institute, il faudrait que la France puisse générer 4% de croissance pour espérer voir la dette se résorber.



L’action de la BCE ne sera pas suffisante

Mario Draghi n’est pas éternel, ni immortel. Même si le programme de rachat des titres des dettes publiques a eu pour effet de faire chuter les taux d’emprunt de l’ensemble des pays européens, les dettes des états explosent.



D’ailleurs sur un plan mondial, on constate que les taux d’intérêts s’effondrent, mais que les dettes des ménages et des entreprises s’envolent littéralement depuis 2008. La hausse serait évaluée à près de 70 000 milliards de dollars sur les 9 dernières années écoulées. Du jamais vu en 70 ans !

Une dette des ménages qui enfle



Dans la plupart des pays développés, la dette des ménages grossit. Cela s’explique notamment par la baisse des salaires et l’allongement des durées de taux d’emprunts pour des crédits immobiliers. Ceux-ci représenteraient plus également dans la part du budget allouée par les ménages. Le ratio atteint 87% pour la France, et jusqu’à 260% en ce qui concerne les pays nordiques.

Une dette des entreprises colossale

Le contexte économique est globalement défavorable. Récemment, j’ai écris un article sur la multiplication des faillites d’entreprises qui se propagent à une vitesse folle, affectant d’autres secteurs que celui des matières premières, de l’énergie ou du pétrole.  



A ce propos, la Chine est particulièrement pointée du doigt en ce moment même. De nombreux spécialistes ont rué dans les brancards, et il y a de quoi ! L’endettement des entreprises chinoises s’élèverait à environ 13 000 milliards de dollars ! Un record au niveau mondial ! Tous les plus grands experts ont donc manifesté leur crainte, car l’empire du milieu maintient une économie qui est en phase de ralentissement nette. Cela constitue un véritable danger d’un point de vue macro économique.

Une tendance déflationniste généralisée

Tout le système est bidonné. Il repose sur le fait qu'en s'endettant encore et d’avantage, cela permettra de relancer la croissance, et qu’à terme l’inflation sifflera la fin de la récréation. Que nenni ! Les Trente Glorieuses sont révolues. En réalité, nous sommes passés à un contexte déflationniste durable.

Notre destin est entre les mains des banquiers centraux. Bien malin, celui qui pourra dire comment la situation va évoluer. Il est donc important de prendre des décisions afin de sécuriser ses actifs ou préserver son pouvoir d’achat. Dans la rubrique patrimoine, nous vous mettons à disposition des outils supplémentaires qui permettent de répondre à cet enjeu crucial. L’avenir est dangereux et incertain mais il existe encore des solutions fiables pour sauver les meubles en cas de nouvelle crise.

William Finck



Citation :
Ce seuil vient d’être franchi pour la première fois. Le taux d’endettement, qui représente plus de 86% des revenus, atteint lui aussi des records

Les foyers français sont de plus en plus endettés. Le phénomène n’est pas nouveau mais les ménages viennent de franchir un cap en la matière. Pour la première fois, leur dette cumulée dépasse la barre des 1.200 milliards d’euros.

Fin septembre, elle s’élevait à 1.209,7 milliards d’euros selon les derniers chiffres de la Banque de France. Sachant qu’il y a environ 28 millions de ménages en France, cela représente une moyenne de plus de 43.000 euros par foyer.

Quand la dette augmente trois fois plus vite que les revenus

En 5 ans, cet encours de dettes a augmenté de 17%. Et sur 10 ans, il a véritablement explosé avec une hausse de 72,5%. Or en face, les revenus n’ont pas suivi la même pente. Le revenu disponible n’a progressé que de 6,7% en 5 ans et de 24% en 10 ans. Autrement dit, depuis 10 ans, l’endettement des ménages a augmenté trois fois plus vite que leurs revenus.

Le taux d’endettement montre très clairement cet alourdissement relatif de la dette. De 62% en 2005, le taux d’endettement des Français (par rapport à leurs revenus) est passé à 78,5% en 2010 et atteignait 86,1% en septembre dernier. Là encore, il s’agit d’un record.

Le poids de l’immobilier

Les Français sont mêmes devenus plus endettés que leurs voisins d’outre-Rhin dès la fin de l’année 2013. Les ménages allemands ont en effet enclenché la marche arrière en matière de dette depuis 15 ans et affichent aujourd’hui un taux d’endettement voisin de 82%.

Il est bien évident difficile de ne pas rapprocher l’endettement croissant des Français des prix de l’immobilier. La hausse des années 2000 a contraint de nombreux ménages à accroître leur taux d’effort. D’ailleurs, cela se ressent aussi dans les statistiques du surendettement, qui comportent de plus en plus de dettes immobilières.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Ven 1 Juil - 23:28



"déglobalisation en marche" ?

j'aurais préféré présenter l'info par un autre canal qu'un article venu du Mexique et par le Réseau Voltaire, mais comme il est dit, l'Occident médiatique angoissé par le Brexit avait les yeux ailleurs

je ne sais pas trop ce que recouvre pour l'auteur le concept de "déglobalisation", auquel je préfère restructuration globale, parce que je ne vois pas la perspective d'une perte de la relative unité de l'économie politique mondiale du capitalisme


L’Inde et le Pakistan entrent dans le Groupe de Shanghai le jour du Brexit

par Alfredo Jalife-Rahme La Jornada (Mexique) Réseau Voltaire 1er juillet 2016

Pour le professeur Alfredo Jalife-Rahme, le principal géopoliticien latino-américain, la concomitance de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et de l’entrée de l’Inde et du Pakistan dans l’Organisation de coopération de Shanghai marque le basculement du monde. Désormais, la déglobalisation est en marche.



L’Organisation de coopération de Shanghai représente désormais les deux tiers de la population mondiale. Elle comprend la première économie mondiale (la Chine) et la première puissance militaire conventionnelle (la Russie).

Citation :
La chute du Mur de Berlin en 1989 avait imposé l’unipolarité stratégique des États-Unis, et la globalisation financière toxique, ce qui a répandu une inégalité monstrueuse, aux niveaux local, régional et global, assortie de chômage massif et d’une austérité asphyxiante.

Le Brexit, un demi-siècle après l’étape pernicieuse de dérégulation thatchériste, et vingt-sept ans après la chute du Mur de Berlin, ouvre le chemin à une douloureuse déglobalisation  [1] ; cela implique des changements géostratégiques, et accentue le dynamisme de la multipolarité.

Le Brexit constitue la plaque tectonique en mouvement : et cet ébranlement aura des conséquences profondes pour le nouvel ordre global que je qualifie de tripolaire : États-Unis, Russie et Chine.

À court et moyen terme, le Brexit équivaut à la chute du Mur de Berlin.

À plus long terme, à l’échelle du temps long de Fernand Braudel, c’est un anti-Waterloo : c’est un renversement de tendance par rapport à la trajectoire ascendante de la Grande-Bretagne depuis sa victoire militaire décisive, il y a 201 ans, dans l’ancienne Belgique, devenue précisément siège d’une Union Européenne en voie de dislocation.

Pour l’éditorialiste du Global Times chinois, « le futur paysage de la politique globale va probablement conduire des changements d’envergure, comparables à ceux dont on a la trace dans l’histoire géologique avec la fracture de l’ancien super-continent Gondwana il y a 180 millions d’années » [2].

Les pions dispersés de l’UE vont se partager entre la Russie et les États-Unis, la Chine restant à l’arrière-plan.

Dans la façon dont les trois super-puissances racontent la chose, se dessine peut-être le noyau du nouvel ordre global qui va naître du Brexit : les États-Unis disent que c’est la Russie qui a gagné, la Chine assure que c’est le dollar qui a gagné et l’euro qui a perdu, tandis que la Russie assure que c’est la Chine qui a gagné.

De façon prémonitoire, trois jours avant le Brexit, le diabolique méga-spéculateur George Soros —qui a sérieusement contribué au démantèlement de l’Union européenne et de l’euro, en maniant à sa guise migrants et capitaux mobiles—, entrevoyait déjà la Russie comme la puissance globale émergente, dans le mouvement même de la vaporisation de l’Union [3].

Le Premier ministre de Hongrie, Victor Orban, avait déjà souligné la responsabilité de Soros, quand il a favorisé la crise migratoire du Proche-Orient afin de faire couler l’Europe [4].

Ce n’est pas par hasard si Soros est déjà l’un des principaux bénéficiaires du tsunami financier causé par le Brexit, pour avoir misé sur l’effondrement de la Bourse et la hausse de l’or [5].

Maintenant, Soros fait le pari d’anéantir la principale banque allemande/européenne, la Deutsche Bank, de façon à avantager les banksters de Wall Street et de la City [6].

Mon article de l’année dernière aura été prémonitoire : « La Grande Bretagne quitte l’Europe pour la Chine : une alliance géofinancière avec hollandisation », tandis que la complémentarité des plus grandes réserves de devises de la Chine avec le savoir-faire financiériste de la City construit l’échafaudage multipolaire pour le nouvel ordre géofinancier du XXI° siècle [7].

Proche de ma façon d’aborder le sujet, c’est Thierry Meyssan, directeur du Réseau Voltaire, qui ajoute que le Brexit, appuyé par la reine d’Angleterre et la réorientation de la Grande-Bretagne vers le yuan chinois, équivaut à la chute du Mur de Berlin et accélère la redistribution des cartes de la géopolitique mondiale [8].

Dans mon article précédent [9], je soulignais la simultanéité géostratégique suivante : le jour même où l’UE commençait à imploser, le groupe de Shanghai (OSC) se réunissait, pour son seizième sommet, à Tachkent (Ouzbékistan), où se sont retrouvés le tsar Vladimir Poutine et le mandarin Xi, et ils approuvaient le protocole d’adhésion de deux grands poids lourds nucléaires : l’Inde et le Pakistan [10]. C’est bien la fin d’une ère [11].

En fait il y a eu deux poussées géostratégiques dans la mesure où, le lendemain du Brexit et après avoir assisté au sommet du Groupe de Shanghai à Tachkent, Poutine a réalisé une visite de deux jours en Chine, pour y approfondir les liens stratégiques avec Xi.

Et ces deux rencontres, celle de Tachkent et celle de Pékin, ont été escamotées par les médias désinformateurs de l’Occident angoissé.

Avec son sarcasme légendaire, le tsar Poutine, sept jours avant le Brexit, admettait, lors de la réunion financière de Saint-Pétersbourg, que les États-Unis « sont encore probablement la seule superpuissance mondiale », au moment où il « se prépare à travailler avec celui qui héritera de la présidence à Washington, quel qu’il soit », sans pour autant « accepter que les États-uniens lui dictent la conduite à tenir » [12].

Le jour même du Brexit, deux puissances nucléaires du sous-continent indien étaient admis dans le Groupe de Shanghai, ce qui veut dire : 110 à 120 ogives nucléaires pour l’Inde [13], et de 110 à 130 ogives pour le Pakistan [14].

Le Daily Times en déduit que l’adhésion du Pakistan est fort significatif, sur la scène géopolitique en plein bouleversement [15].

Avec moins d’enthousiasme cependant que le Pakistan, The Hindu exulte à l’idée que l’Inde et le Pakistan vont être des membres de plein droit de l’OSC ; on peut supposer que la Chine parraine le Pakistan, et la Russie l’Inde [16].

Or tout n’est pas rose dans le Groupe de Shanghai, car, selon Yang Jin, de l’Académie des Sciences sociales de Chine, la « crise financière globale, les prix en baisse des matières premières de première nécessité (staple commodities) et la détérioration des échanges qui découle des sanctions économiques appliquées à la Russie ont exercé des effets négatifs sur la stabilité (sic) et l’économie des membres de l’OCS », alors que « les grandes puissances (autrement dit les États-Unis, et plus précisément le « plan Brzezinki ») sont intervenus en profondeur dans les affaires régionales, perturbant les intérêts conjoints des membres de l’OCS », ce qui « a rendu difficile leur coopération circulaire » ; car à côté du binôme des superpuissances que sont la Chine et la Russie, quatre pays centre-asiatiques (Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan) qui en sont membres, se disputent territoires, ressources en eau et ethnicité [17].

L’adhésion de l’Inde et du Pakistan au Groupe de Shanghai va-t-il lui donner un nouvel élan, après seize sommets décevants ?

Le problème de l’élargissement de l’OCS est qu’elle doit définir son objectif principal, la met face à un dilemme : constituer un bloc de sécurité militaire euro-asiatique pour contrecarrer l’Otan, ou intégrer sans plus un vulgaire bloc mercantiliste.

Le rapprochement entre l’ours russe et le dragon chinois, voilà l’évènement. Le People’s Daily affirme que l’association entre la Chine et la Russie sera un tournant implacable (sic) [18], tandis que Cao Siqi explique que la Chine et la Russie fortifient la stabilité globale et ont atteint un consensus contre l’hégémonie US [19].

Dans le Global Times, un éditorialiste considère que la pression des États-Unis resserre les liens entre la Chine et la Russie, alors que Washington est incapable d’abattre le dragon chinois et l’ours russe en même temps [20].

L’ancien régime est mort, vive la nouvelle ère !

Alfredo Jalife-Rahme

Traduction
Maria Poumier

Source
La Jornada (Mexique)



[1] Hacia la desglobalización, par Alfredo Jalife-Rahme, Jorale/Orfila (2007), ISBN 978-9685863223.

[2] “Shock waves of UK exit’s impact will rearrange the face of global politics and markets”, Anbound, The Global Times, June 27th, 2016.

[3] “Soros sees Russia emerging as global power as EU fades”, Andy Bruce & Kit Rees, Reuters, June 20th, 2016.

[4] “Hungarian Prime Minister accuses billionaire investor George Soros of trying to undermine Europe by supporting refugees travelling from the Middle East”, Jennifer Newton, Daily Mail, October 30th, 2015.

[5] “Billionaire Soros Was ‘Long’ on Pound Before Vote on Brexit”, Francine Lacqua & Sree Vidya Bhaktavatsalam, Bloomberg, June 27th, 2016.

[6] “Soros had Deutsche Bank ’short’ bet at time of Brexit fallout”, Arno Schuetze, Reuters, June 28th, 2016.

[7] « Gran Bretaña abandona a EU por China : alianza geofinanciera con "holandización" », Alfredo jalife-Rahme, La Jornada, 25 de Octobre de 2015.

[8] « Le Brexit redistribue la géopolitique mondiale », Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 juin 2016.

[9] “Brexit : ganó el nacionalismo británico/Perdió la globalización/Derrota de Obama/Triunfo de Putin”, Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 26 de Junio de 2016.

[10] « Ташкентская декларация », Сеть Вольтер, 24 июня 2016.

[11] « "Un nuevo significado, un nuevo peso" : La organización que unirá casi a la mitad del planeta », Russia Today, 24 de Junio de 2016.

[12] « Presidente ruso Putin dice acepta rol de superpotencia de EEUU, diluye elogios a Trump », Grigory Dukor, Reuters, 17 de Junio de 2016.

[13] “Indian nuclear forces, 2015”, Hans M. Kristensen & Robert S. Norris, Bulletin of Atomic Scientists, September 1st, 2015.

[14] “Pakistani nuclear forces, 2015”, Hans M. Kristensen & Robert S. Norris, Bulletin of Atomic Scientists, September 1st, 2015.

[15] “Pakistan’s entry at SCO significant in changing geopolitical scenario”, Daily Times, June 26th, 2016.

[16] “India, Pakistan become full SCO members”, The Hindu, July 11th, 2015.

[17] “SCO needs to overcome diverse demands”, Yang Jin, Global Times, June 26th, 2016.

[18] “China, Russia pledge "unswerving" partnership”, People’s Daily, June 27th, 2016.

[19] “China, Russia to strengthen global stability”, Cao Siqi, Global Times, June 27th, 2016.

[20] “US pressure spurs closer Sino-Russian ties”, Global Times, June 27th, 2016.


Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mer 6 Juil - 14:24


une difficulté pour mesure l'évolution de l'économie politique globale est due à la transnationalité des capitaux notamment pour les multinationales quelque soit leur pays d'ancrage

parler d'économies émergentes ou de l'évolution de la Chine en tant que pays, États-nations, et parler de l'émergence de groupes qui ne sont plus à base occidentale sont deux choses différentes. Il est question dans cet article de « la montée en puissance depuis 10 ans des multinationales de pays émergents face à leurs concurrents occidentaux »



Les multinationales émergentes vont dominer le monde

Adrien Schwyter Challenges 06-07-2016

Selon un rapport du BCG, la montée en puissance des multinationales de pays émergentes est quasiment inéluctable. Explications avec Romain de Laubier, directeur associé du BCG Paris. BCGSelon un rapport du BCG, la montée en puissance des multinationales de pays émergentes est quasiment inéluctable. Explications avec Romain de Laubier, directeur associé du BCG Paris.

Le Boston Consulting Group (BCG) fait le point dans son rapport "Global Leaders, Challengers and Champions: the Engines of Emerging Markets" sur la montée en puissance depuis 10 ans des multinationales de pays émergents face à leurs concurrents occidentaux. Romain de Laubier, directeur associé du BCG Paris analyse les enjeux de cette montée en puissance qu'il juge inéluctable. En conseillant aux multinationales occidentales de s'intéresser aux méthodes de leurs concurrentes émergentes.

Citation :
Pourquoi les multinationales de pays émergents occupent-elles aujourd’hui une place si importante dans l’économie ?

Je suis au BCG depuis 10 ans et c’est en 2006 que nous avons réalisé notre première étude sur le sujet. Ce phénomène des "Global Challengers" (chiffre d’affaires de plus d’un milliard de dollars et une part importante réalisée à l’étranger) était un phénomène émergent, sans mauvais jeux de mots, en 2006. Il s’amplifie grandement aujourd’hui. Ce sont aujourd'hui des entreprises réellement concurrentes de celles des pays occidentaux, car elles continuent de croître très rapidement, malgré la conjoncture récente. Elles n’ont pas été affectées par la crise de façon majeure.


Parmi ces "Global Challengers", on trouve beaucoup d’entreprises B to B. Certaines entreprises de bien de consommation commencent également à émerger avec des entreprises de transport aérien notamment.

Certains groupes ont aussi réussi à passer de Challenger à Leader de leur secteur, comme Johnson Electric pour la construction de moteurs en Chine, Tata consultancy service qui concurrence des entreprises comme IBM en Inde et Tata Motors, le plus grand fabricant automobile indien, qui a racheté Jaguar-Land Rover en 2008. De nombreuses entreprises indiennes de médicaments génériques ont également émergé dans l’industrie pharmaceutique.

Quels sont les secrets de la réussite de ces entreprises ?

Tout dépend en réalité de chaque secteur. Mais pour devenir un leader global, les recettes sont d’avoir une vision et une culture d'entreprise. Il faut également adopter un modèle opérationnel flexible. Bien sûr, ces entreprises savent gérer et retenir les talents ainsi que valoriser l’innovation. Elles ont également un "modèle go to market" à travers certaines acquisitions. Il existe beaucoup de choses à apprendre à ce sujet pour les entreprises occidentales qui sont souvent plus rigides dans la manière d’évoluer dans leurs marchés.

Pourquoi les entreprises occidentales sont-elles en perte de vitesse ?

L’enjeu principal est le marché domestique des entreprises occidentales qui est en croissance plus modérée. Certaines d’entre elles se sont focalisées sur l’optimisation des opérations dans leurs pays d’origine au détriment de l’international. Par ailleurs, si la vague des pays émergents n'a pas pris tout le monde par surprise, elle paraît aujourd'hui plus forte qu'attendue. Les entreprises occidentales ne se sentaient pas menacées. Il leur faut désormais redevenir agiles.



N’est-ce pas en réalité un combat perdu d’avance face aux entreprises émergentes qui bénéficient d’une dynamique positive ?

La conjoncture n’est pas facile ces dernières années. Pourtant les entreprises émergentes continuent à croître de 13 à 15% par an. Et elles ne sont pas les seules à croître. 1 500 entreprises constituent dorénavant les "Global Champions". Elles sont un peu plus petites et locales. Leur taille augmente de 18 à 20% par an avec une profitabilité plus importante. Il existe bien un côté inéluctable à ce phénomène. Mais cela ne veut pas dire que les entreprises occidentales ne peuvent pas croître sur certaines niches.



Quelles zones géographiques sont concernées par cette montée en puissance des entreprises émergentes ?

Concernant les "Global Challengers", on retrouve des pays bien connus comme la Chine, l’Inde ou encore le Brésil. Ce n’est pas une surprise car ces pays sont sur leur rythme de croisière. Mais on voit également émerger des pays d’Afrique comme le Nigeria, l’Egypte ou le Maroc. L’Asie du Sud Est, est aussi une zone "d’émergence". L’Indonésie, par exemple, tire profit de son agriculture et de ses biens de consommation.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mar 12 Juil - 9:15


un texte intéressant, qui rejoint, pour ce que j'en ai compris, les analyses récentes de Michael Roberts


Le capitalisme mondial à la dérive

Alertes rouges : des signes d’implosion dans l’économie mondiale

Jorge Beinstein

Jorge Beinstein est un économiste argentin, professeur à la Université de Buenos Aires

Citation :
A la fin du mois de mai, durant la réunion du G7, Shinzo Abe, premier ministre japonais, a annoncé l’imminence d’une grande crise mondiale [1],, et le commentaire le plus partagé par les médias fut qu’il s’agissait d’une position alarmiste exagérée, reflet de la situation difficile de l’économie japonaise. De toutes manières, ceux qui admettent l’existence de dangers mais qui en général les attribuent aux déséquilibres financiers de la Chine, à la récession au Brésil et aux turbulences européennes, ne manquent pas. La situation aux Etats-Unis mérite à peine des commentaires prudents distants de tout alarmisme. Néanmoins, le cœur de la dernière grande crise mondiale (en 2008) fut l’explosion de la bulle immobilière étatsunienne, maintenant les experts ne perçoivent pas là bas de bulles en pleine expansion au point d’exploser mais tout le contraire : activité financières, industrielles et commerciales, croissances anémiques et autres signaux d’apparence tranquillisants qui éloignent l’image d’une quelconque euphorie sans contrôle.

Mais il est impossible d’ignorer la réalité. Les produits dérivés financiers forment la composante décisive de la trame spéculative mondiale, seules cinq banques des Etats-Unis d’Amérique plus la Deutsche Bank ont accumulé ces actifs fragiles pour quelque 320 milliards de dollars, [2] équivalent à peu près à 4,2 fois le PIB mondial de 2015, ce qui représente 65 % de la totalité des produits dérivés de la planète enregistrés en décembre 2015 par la banque de Bâle. Cette hyper-concentration financière devrait être un signal d’alarme et le panorama s’aggrave quand nous constatons que la masse financière en question se dégonfle de manière irrésistible : en décembre 2013, les dérivés mondiaux atteignaient environ 710 milliards de dollars, à peine deux ans plus tard, en décembre 2015, la Banque de Bâle enregistrait 490 milliards de dollars …En seulement 24 mois, 220 milliards de dollars se sont évaporés, un chiffre équivalent environ à 2,8 fois le Produit Brut Mondial pour 2015.

Il ne s’agit pas d’un accident, mais du résultat de l’interaction perverse, au niveau mondial, entre la spéculation financière et la dite économie réelle. Pendant une longue période cette dernière a pu soutenir une décélération graduelle en évitant l’écroulement, grâce à la financiarisation du système qui a permis aux grandes entreprises, aux Etats et aux consommateurs des pays riches de s’endetter et ainsi de consommer et d’investir. Le déclin de la dynamique économique des capitalismes centraux a pu être ralenti (mais pas inversé ) pas seulement par le monde de la finance, l’entrée de plus de 200 millions d’ouvriers chinois mal payés sur le marché mondial a permis d’approvisionner les pays riches avec des produits à bas coûts et la chute du bloc soviétique a offert à l’Occident un nouvel espace colonial : l’Union Européenne a été élargie vers l’Est, les capitaux venant de l’Europe et des États-Unis ont étendu leurs marchés.

C’était ainsi que les États-Unis et leurs associés - vassaux de l’OTAN ont continué avec les dépenses militaires et les guerres, les masses de capitaux accumulés bloqués par une demande progressant de moins en moins , ont pu être rentabilisés en achetant des titres de dette ou en jouant à la bourse ; les grandes banques et les méga-spéculateurs ont gonflé leurs actifs avec des opérations financières complexes légales et illégales. Les néolibéraux soulignant qu’il s’agissait d’un « cercle vertueux » où les économies réelles et financières progressaient en se soutenant mutuellement, mais la fête a été finie lorsque se sont réduites les capacités de paiement des débiteurs accablés par le poids de leurs obligations.



La crise de 2008 fut le point d’inflexion. En décembre 1998, les produits dérivés mondiaux atteignaient environ 80 milliards de dollars, soit 2,5 fois le Produit Mondial Brut de l’époque, en décembre 2003, ils atteignaient 200 milliards de dollars (5,3 fois le PMB) et vers le milieu de 2008, en pleine euphorie financière, ils sont passés à 680 milliards (11 fois le PMB), la récession de 2009 les a fait tomber : vers le milieu de l’année en question, ils avaient baissé à 590 milliards (9,5 fois le PBM). L’euphorie spéculative était terminée et à partir de là les chiffres nominaux ont stagné ou ont monté très faiblement, réduisant leur part relative en Produit Mondial Brut : en décembre 2013, ils tournaient autour de 710 milliards (9,3 fois le PBM) et ensuite s’est produit le grand dégonflement : 610 milliards en décembre 2014 (7,9 fois le PMB) pour chuter en décembre 2015 à 490 milliards (6,2 fois le PMB).

L’apparent « cercle vertueux » avait montré son vrai visage : en réalité, il s’agissait d’un cercle vicieux où le système parasitaire financier avait progressé grâce aux difficultés de l’économie réelle avec laquelle il se droguait tandis qu’il la chargeait de dettes dont l’accumulation a fini par refroidir son dynamisme, ce qui a bloqué, à son tour, la croissance de la bulle financière.

La première étape d’interaction expansive annonçait la deuxième phase d’interaction négative de refroidissement mutuel actuellement en cours, qui à son tour annonce la troisième étape de refroidissement financier marchant vers la faillite et les croissances anémiques, la stagnation et la récession molle de l’économie réelle, s’approchant vers la dépression prolongée, comme part du probable dégonflement entropique de l’ensemble du système.



La financiarisation totale de l’économie fait que sa contraction comprime, réduit l’espace de développement de l’économie réelle. Le poids des dettes publiques et privées, la volatilité croissante des marchés soumis au cannibalisme spéculatif, de grandes banques sur la corde raide et d’autres facteurs négatifs étouffent la structure productive.

D’autre part, le système mondial n’est pas réduit à un ensemble de processus économiques, nous nous trouvons devant une réalité complexe qui inclut une vaste variété de composantes mises en relation (géopolitiques, culturelles, militaires, institutionnelles, etc.), cela signifie que la crise peut se déchaîner depuis différentes géographies et différents foyers d’activité sociale. Par exemple, un fait politique comme la décision de l’électorat britannique de sortir de l’Union Européenne aurait pu être le détonateur, comme l’anticipait George Soros qui attendait un « Vendredi noir » suivi par une réaction en chaîne de turbulences hors contrôle, si le jeudi 23 juin triomphait le Brexit [3], la catastrophe ne s’est pas produite mais aurait pu survenir... bien que la secousse fût assez forte [4].

Cela pourrait être une vague de protestations sociales en Europe plus étendue et radicalisée que celle survenue récemment en France ou la chute de la Deutsche Bank qui accumule des titres volatiles pour environ 70 milliards de dollars, presque équivalent au Produit Mondial brut [5]. De même pour l’économie italienne, qui offre sa part de risques affectée par la dégradation accélérée des banques cernées par les impayés de leurs débiteurs qui atteignaient en mars 2016 environ 200 milliards d’euros (équivalent à 12 % du Produit Brut italien) [6]. Et bien sûr le Japon apparaît comme un candidat important à l’écroulement avec une dette publique de 9 milliards de dollars qui représente 220 % de son PIB, parce qu’ il n’a pas réussi à sortir de la déflation et que ses exportations perdent en compétitivité [7]

Les États-Unis au centre de l’économie mondiale (surtout de leur hypertrophie financière) sont naturellement le moteur potentiel des futurs orages mondiaux. Là, les signes récessifs se sont accumulés ces derniers mois : depuis la tendance persistante à la baisse de la production industrielle dès fin 2014 [8], jusqu’à la croissance continue des dettes industrielles et commerciales impayées (qui ont déjà atteint le niveau de fin 2008 – augmentant presque de 140 % entre le dernier trimestre de 2014 et le premier trimestre de 2016) [9], en passant par la chute de l’ensemble des ventes (grossistes, détaillants et industriels) sur le marché interne depuis le dernier quadrimestre de 2014 [10] et des exportations depuis novembre de la même année [11].

Nous devons ajouter à cela une dette publique nationale qui continue d’augmenter, dépassant la barrière des 19 milliards de dollars (presque 106 % du produit national brut) qui ajoutée aux dettes privées arrive à 64 milliards de dollars (3,5 fois le produit national brut de 2015) [12], et aussi de clairs signes de détérioration sociale comme le fait qu’environ 45 millions de personnes reçoivent actuellement des aides alimentaires de la part de l’État [13], l’agence chargée du suivi des programmes alimentaires gouvernementaux, Food Research & Action Center (FRAC), soulignait dans son dernier rapport que « plus de 48,1 millions d’Us-américains vivent dans les foyers qui luttent contre la faim » [14].



Pour un nombre croissant d’experts -surtout les spécialistes en sujets financiers- la question décisive n’est pas si la crise va se produire ou non, mais quand va-t-elle arriver ? Pour certains, cela pourrait prendre la forme d’une explosion financière à la manière de celle survenue en 2008 ou lors d’événements précédents de ce type, pour d’autres ce qui va arriver est une grande implosion du système.

Surviennent deux hypothèses extrêmes, la première d’entre elles c’est que l’accumulation des détériorations devrait générer tôt ou tard un saut qualitatif dévastateur, l’histoire du capitalisme est marquée par une succession de crise de grandeur distinctes, en regardant vers le passé il serait raisonnable de supposer un dénouement sous la forme d’une hyper crise.

La deuxième hypothèse est que la perte de dynamisme du système n’est pas un phénomène passager mais une tendance lourde qui oblige à dépasser l’idée de grande turbulence subie, du tsunami meurtrier et à introduire le concept de « décadence », de vieillissement prolongé, de dégradation civilisationnelle, ce qui n’exclut pas les crises mais les intègre à un parcours en déclin où le système s’éteint, en se disloquant, en devenant chaotique, en perdant vitalité, rationalité.

[personnellement, je vois plus de probabilité à la seconde hypothèse. Tout en prenant mes distance avec le termes de "décadence", trop connoté en théorie communiste, la "dégradation civilisationnelle" et la "perte de vitalité" sont des évidences]


Larry Summers, ex-Secrétaire du Trésor des États-Unis, a récemment relancé avec une grande répercussion médiatique la théorie de «  la stagnation séculière » selon laquelle les grandes puissances traditionnelles entrent dans une ère de stagnation productive prolongée entraînant l’ensemble du système mondial [15], reprenant de cette façon les idées d’Alvin Hansen exposées en pleine crise des années 1930. Pour leur part des universitaires importants comme Robert Gordon [16], Tyler Cowen [17] ou Jan Vijg [18] étayaient ce point de vue depuis la vision de l’inefficacité croissante du changement technologique en termes de croissance économique, ce dernier établissant un parallèle entre la décadence US et celles de l’empire romain et de la Chine dans l’ère de la dynastie Qing (au milieu du XVIIe siècle et debut du XXe siècle). En 1970, quand a débuté la longue crise mondiale qui arrive jusqu’à nos jours, Orio Giarini et Henri Loubergé, alors à l’Université de Genève, avaient élaboré l’hypothèse des « rendements décroissants de la technologie » à partir du traitement d’une grande masse d’information empirique [19], pour sa part l’historien Fernand Braudel remarquait que la grande crise de cette décennie était le commencement d’une phase cyclique descendante de longue durée [20]. Depuis un point de vue marxiste Roger Dangeville, aussi à cette époque, affirmait que le capitalisme ainsi que le système global était entré dans son étape sénile [21], j’ai repris cette hypothèse depuis la fin des années 1990 [22] qui plus tard a été reprise par Samir Amin* [23] et d’autres auteurs.

* dans un texte publié le 6 juillet, Samir Amin analyse LE BREXIT ET L’IMPLOSION DE L’UNION EUROPEENNE  La souveraineté nationale : à quelles fins ?. S'il part de constats que tout le monde peut faire, ses présupposés théorico-politiques le portent à une conclusion impossible à) suivre : La souveraineté nationale au service des peuples, et qui rejoint étonnamment le mélange de marxisme tiers-mondiste et de populisme étatiste qui prêterait à celui-ci, comme en Amérique latine, des vertus anticapitalistes et décoloniales

Maintenant les signaux d’alarme se multiplient, depuis les dérèglements financiers graves jusqu’aux perturbations géopolitiques chargées de guerres et de déstabilisation, et depuis les crises institutionnelles jusqu’ aux déclins économiques. Les analystes occidentaux s’émerveillaient en 1990 devant le spectacle de l’implosion de l’URSS, il est probable que dans pas longtemps ils commenceront à être épouvantés devant des catastrophes beaucoup plus grandes centrées sur l’Occident.

Jorge Beinstein* pour El Correo de la diáspora

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la diáspora. Paris, le 9 juillet 2016.

Contrat Creative Commons


Notes [liens dans l'original]


[1] Philippe Mesmer, «  L’alarmisme de Shinzo Abe surprend le G7 », Le Monde, 26.05.2016.

[2] Tyler Durden, « Is Deutsche Bank The Next Lehman ? », Zero Hedge y Michael Snyder, « Financial Armageddon Approaches », INFOWARS.

[3] Antoine Gara, « George Soros Says Brace For ’Black Friday’ If Brexit Vote Succeeds », Forbes, Jun 21, 2016.

[4] Wolf Richter, « European Banks Get Crushed, Worst 2-Day Plunge Ever, Italian Banks to Get Taxpayer Bailout, Contagion Hits US Banks », Wolf Street, June 27, 2016.

[5] Michael T. Snyder, « Will Deutsche Bank Survive This Wave Of Trouble Or Will It Be The Next Lehman Brothers ? », Smarter Analyst, May 23, 2016.

[6] Jeffrey Moore, « Will Italian banks spark another financial crisis ? », Global Risk Insights, March 7, 2016.

[7] Takashi Naakamichi, « Japan emerges as key victim in fallout from Brexit », Market Watch,June 27, 2016.

[8] « Industrial Production and Capacity Utilization ». U.S. Board of Governors of the Federal Reserve System, June 15, 2016.

[9] Worlf Richter, « Business Loan Delinquencies Spike to Lehman Moment Level », May 19, 2016.

[10] FRED - Federal Reserve Bank of St. Louis, Total Business Sales.

[11] U.S. Census Bureau, « U.S. International Trade in Goods and Services ».

[12] FRED - Federal Reserve Bank of St. Louis, All Sectors ; Debt Securities and Loans

[13] United States Department of Agriculture, Food and Nutricion Service.

[14] FRAC, Food Research & Action Center, « U.S. Makes Progress Addressing Food Hardship, but One in Six American Households Still Struggle to Put Food on the Table », June 30, 2016.

[15] Laurence. H. Summers, « Reflections on the New Secular Stagnation Hypothesis », Secular Stagnation : Facts, Causes, and Cures, CEPR Press, 2014.

[16] Robert J. Gordon, « Is US Economic Growth over ? Faltering Innovation confronts the six Headwinds », NBER Working paper series, 18315, August.2012. « The turtle’s progress : Secular stagnation meets the headwinds, Secular Stagnation : Facts, Causes, and Cures », CEPR Press, 2014.

[17] Tyler Cowen, « The Great Stagnation », Dutton, 2011.

[18] Jan Vijg, « The American Technological Challenge : Stagnation and Decline in the 21st Century », Algora Publishing, 2011.

[19] Orio Giarini y Henri Loubergé, « La Civilisation technicienne à la dérive.Les rendements décroissants de la technologie », Dunod, Paris, 1979

[20] Fernand Braudel, « Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe XVIIIe Siècle », tome I, Armand Colin, Paris, 1979.

[21] Roger Dangeville, « Marx-Engels. La crise », Editions 10/18, Paris 1978

[22] Jorge Beinstein, « La larga crisis de la economía global », Corregidor, Buenos Aires, 1999 y « Capitalismo senil. A grande crise da economia global », Record, Rio de Janeiro, 2001.

[23] Samir Amin, « Au-delà du capitalisme sénile », PUF, Paris, 2002.



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Ven 22 Juil - 10:59


La croissance du secteur privé dans la zone euro est tombée en juillet à son plus bas niveau depuis début 2015, la solide performance des deux principales économies du bloc, l'Allemagne et la France, ne compensant pas la faiblesse observée dans les plus petits pays, montrent vendredi les premiers résultats de l'enquête mensuelle Markit auprès des directeurs d'achats.


Usine Renault à Dieppe. La croissance du secteur privé dans la zone euro est tombée en juillet à son plus bas niveau depuis début 2015, la solide performance des deux principales économies du bloc, l'Allemagne et la France, ne compensant pas la faiblesse observée dans les plus petits pays, montrent les premiers résultats de l'enquête mensuelle Markit auprès des directeurs d'achats. /Photo prise le 1er septembre 2015/REUTERS/Philippe Wojazer ((c) Reuters)

Citation :
Si les résultats de l'enquête sont meilleurs qu'attendu par les économistes interrogés par Reuters, le ralentissement de la croissance est susceptible d'accentuer les inquiétudes des responsables économiques et monétaires de la zone euro, confrontée à la perspective de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne depuis le vote britannique du 23 juin.

L'indice PMI composite "flash" de la zone euro a reculé à 52,9 en juillet, au plus bas depuis janvier 2015, après 53,1 le mois dernier alors que le consensus des économistes interrogés par Reuters le donnait en baisse à 52,5.

Un chiffre supérieur au seuil de 50,0 dénote une expansion de l'activité.

"L'indice principal a progressé pour l'Allemagne et la France mais il baisse pour l'ensemble de la zone euro, les autres pays enregistrant la plus faible croissance de l'activité depuis décembre 2012", a précisé le chef économiste de Markit, Chris Williamson. "Il y a une nette indication d'une détérioration des taux de croissance en Italie et en Espagne".

L'indice préliminaire pour le secteur manufacturier ressort en recul à 51,9 contre 52,8 en juin et 52,0 attendu par les économistes interrogés par Reuters.

Le PMI "flash" des services, est en baisse à 52,7, également au plus bas depuis janvier 2015, contre 52,8 le mois dernier et 52,3 attendu par le consensus des économistes.

* En ALLEMAGNE, la croissance du secteur privé a atteint son plus haut niveau de l'année en juillet et la première économie de la zone euro ne semble pas affectée pour l'instant par les conséquences du vote britannique en faveur du Brexit.

L'indice PMI composite "flash" a progressé à 55,3 en juillet, au plus haut depuis décembre 2015, après 54,4 le mois dernier. Le consensus des économistes interrogés par Reuters le donnait en baisse à 53,7.

Cet indice, qui prend en compte à la fois l'activité manufacturière et celle des services et représente donc plus des deux tiers de l'économie allemande, reste bien au-delà du seuil de 50 distinguant croissance et contraction de l'activité, un seuil au-dessus duquel il évolue depuis maintenant 39 mois consécutifs.

L'indice préliminaire pour le secteur manufacturier ressort toutefois en recul à 53,7 contre 54,5 en juin et 53,5 attendu par les économistes interrogés par Reuters. Il est pénalisé par un recul des nouvelles commandes et des embauches.

Le PMI "flash" des services, au contraire, progresse avec l'augmentation de l'activité pour atteindre 54,6 contre 53,7 le mois dernier et 53,2 attendu par le consensus des économistes.

Les perspectives d'activité dans le secteur ont toutefois touché un plus bas de neuf mois, ce qui souligne que certaines entreprises craignent un ralentissement de la croissance.

Malgré cela, Chris Williamson a estimé que les perspectives de l'économie allemande restaient encourageantes et que le vote sur le Brexit n'avait eu que très peu d'impact. Il a ajouté que la croissance de l'économie allemande devrait s'établir à 0,5% au troisième trimestre si les indices se maintiennent à leurs niveaux actuels.

En FRANCE, l'activité dans le secteur privé s'est stabilisée en juillet après son repli de juin, la légère croissance des services venant une nouvelle fois compenser la contraction dans l'industrie.

L'indice PMI composite s'est établi à 50,0.

Il s'inscrit en légère progression par rapport à son niveau du juin (49,6), un mois marqué par un climat social tendu sur fond de contestation du projet de loi Travail et dépasse les prévisions des économistes interrogés par Reuters, qui l'attendaient en moyenne à 49,2.


(Marc Angrand pour le service français)


Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mar 9 Aoû - 11:11


devoir de vacances : un peu d'écopo

une longue interview de Michael Roberts à propos d'un livre récent, intéressante dans la mesure où elle présente un condensé de ses positions, alors que ses textes habituels sont assez difficiles à lire (pour un non habitué de la critique de l'économie politique en anglais), truffés de graphiques et courbes qui peuvent laisser l'impression d'un certain économicisme. Pourtant, la lutte des classes n'est jamais très loin chez cet auteur, qui ne présente d'ailleurs pas comme un théoricien de la lutte communiste, mais qui fait son boulot comme héritier du Capital : orthodoxe ? Voire...

j'ai déjà évoqué les controverses de Michael Roberts avec David Harvey, à propos de la baisse tendancielle du taux de profit, dont le premier est un observateur des plus sérieux car un farouche défenseur de cette "loi" marxienne, comme donc de la "loi de la valeur"

j'ai grand plaisir à importer ce texte dans ce sujet, 5ème des plus abondés sur 232, une occasion de remettre à leur place ceux qui prétendent que je néglige le capital comme économie politique, sa critique et la lutte de classe contre l'exploitation capitaliste*, pour proposer un salmigondis classe-race-genre : les mêmes qui, comme par hasard, ne parlent jamais de critique de l'économie politique, et au demeurant fort peu de l'exploitation du prolétariat ni d'ailleurs de la domination masculine

* CLASSES et CAPITAL : comme 'ÉCONOMIE POLITIQUE', pas de 'CAPITALISME' sans EXPLOITATION du PROLÉTARIAT :: TRAVAIL et EXPLOITATION : QUID DU 'PROLÉTARIAT' ?
: 27 sujets dans cette catégorie, la plus alimentée parmi les entrées thématiques, et qui n'est pas située en haut du plan pour rien, mais signifier ce que structure à dominante dans le capital veut dire



The Long Depression – an interview

Michael Roberts blogging from a marxist economist August 2, 2016  

Mark Kilian from de Socialist, a Dutch socialist journal, talked to me about my new book, the current economic stagnation, the prospects for another recession and the way out for capitalism.  Here is the English translation of the interview kindly provided by Mark and edited by me.

Citation :
MK: Our government says the economy recovers. At the same time, we see that Greece continuously needs ‘rescue packages’ and there are now problems in Italy. What is the state of the world economy?

MR: The development of the world economy since 1945 has not been harmonious, not gone in a straight line upwards. There has been a series of booms and recessions. By that, I mean a decline in national income or the national output of a country for at least six months or longer, before recovery and growth resumes.

But what is different about the recent period, is that we had a very big slump in 2008-9 after the international banking crash. The Great Recession, which lasted for 18 months, was the biggest since the 1930s.  As a result, all the major economies in the world, including the Netherlands, saw a sharp decline in their national income and national output.  Every time that happens millions of people have their lives ruined, they lose their jobs and possibly their homes because they cannot pay the rent or mortgage. On top of that, governments introduced whole ranges of measures, of cuts in welfare and public services, which damaged population as well.  Also, all that period of decline is a permanent loss. If there had been no slump, output and income would have been higher, jobs would have been better. That can never be recovered.

And the difference this time compared to other crises is that the recovery from the Great Recession has been incredibly weak. It is the weakest economic recovery in these since the 1930s. From the end of the Great Recession, after seven years, most economies have hardly recovered to the level they were in 2007. That shows how slow it’s been.

Take Italy: the IMF has presented a report that is truly shocking. Not only does Italy have a major banking crisis which could come crashing around the banks’ ears fairly soon unless the government bails them out, but the IMF reckoned that Italy’s GDP and output would not get back to the level of 2007 until 2025! That’s two lost decades of output, income, jobs and better conditions for the Italian people. That’s how bad the recovery has been in Italy.

Output, employment, and people’s incomes in most economies and for most people have not recovered to the 2007 level.  According to a new report by McKinsey, the management consultants, two-thirds of households in the 26 OECD economies have lower living standards in 2015 compared to 2005!

So this is a really weak recovery and, in my view, there is every danger before we get back to the levels we have seen before, if we ever do, that the world economy will slip into yet another slump in the next year or two.

MK: In your new book you describe three depressions: that of the years 1873-1897, 1929-39 and the present one.  Is there anything we can learn from this?

MR:  In my view, this is not a normal recession, but a depression. That’s different from the normal slumps. That does not happen very often. In the history of modern capitalism, of the 19th century until now, there have only been three major depressions. In a depression, recovery is so weak that economies do not return to the same growth rates or even the level of output that previously existed, except for a very long time.

There was a big slump in 1873 in Britain, Germany and the US, the major capitalist economies then. There was no real strong recovery after that. There were a series of slumps which went on for the next 20 years.  That was a depression: a low level of growth and a series of slumps. It took a really long time before sustained recovery was possible.

The second depression is called the Great Depression. This began with the collapse of the stock markets in the US in 1929, similar to the collapse of the housing market in the US in 2007. After the crash in 1929 the US, the largest capitalist economy in the world, went into the most severe depression. There was prolonged mass unemployment, and there was no real recovery during the 1930s.  The only thing that turned it around was that the US entered the Second World War, alongside Britain, against the so-called Axis powers. Government production was increased, which led to the economic growth and recovery. So only war brought recovery in the 1930s. In my view, we are in a similar period. It’s going to take some drastic changes in order for capitalism to recover at all.

MK: Your choice of words suggests that state-led production can be different from capitalist production?

I think there’s a distinction to be made here. Keynesian economists reckon the solution to these slumps is that the government should spend more money on welfare, or give money to business to invest, or carry out its own programs of production itself and thus get people into work. This will boost the capitalist economy and get it going again. That’s the Keynesian solution to these crises.

It was tried briefly and half-heartedly in the 1930s by Roosevelt in the US under the so-called New Deal. It wasn’t really tried in this current recovery. Most governments have operated on cutting government spending.  I am not advocating the Keynesian solution. It might help for a while, but it would also eventually cut into the profitability of the business sector and actually could, under certain circumstances, make things worse.

When I’m talking about government production, I mean government taking over control of the major part of the investment program of the economy. So the big companies would become part of a state-led, ideally state owned, operation. In World War II, in effect, that’s what happened. The big companies were told: ‘You cannot produce cars any more, you’ve now got to build tanks.’  That was direct government control for the war effort. In a way, it ended capitalist production for profit and replaced it with government-led production. The capitalists still made money and profits, but they were completely controlled and directed by the military state in order to carry out a war.  The analogy here is that capitalism no longer operates on the basis of the interests of the capitalist sector, but what was regarded as in the interests of society at that time.

Now a socialist answer, rather than a Keynesian one, is that we need governments to take over the major sectors of the economy to produce for social needs rather that for profit. That means controlling the investment and ownership of all the major banks and other big companies. That is drastically different from what the Keynesians propose now and goes even further than in wartime.

MK: Many people see the long boom after 1945 as a ‘normal’ situation. But how do we explain the boom?

That is an important part of my book; why there are booms and slumps. The period from 1945 to the mid-60s was an exceptional period; it is called the ‘golden age’ of capitalism. There was quite good growth, more or less full employment, many countries developed a better welfare state, free education even to university level, free health services, state housing programs; better pensions etc.

But that was an exceptional period. Why? What drives growth under capitalism is the ability to make profits. The health of the capitalist economy depends on what happens to the profitability of capital, the rate of profit on every investment made by capitalists.  At the end of World War II, as the result of the physical destruction in Europe, of most of the machinery, factories, etc., and a massive amount of labour available at cheap rates, profitability rocketed in Europe for the capitalist combines as they restarted. And they got cheap (even free) credit from the US.  In the US there had been a devaluation of old capital, so new capital came up with new technology that was extremely profitable, and there was a huge expansion of labour force. The same applied to Japan. Across the board world capitalism had a high level of profitability for investment.

But in the mid-60s profitability began to fall quite sharply up to the early 1980s. This period is called the profitability crisis. Marx’s theory of crises under capitalism is that, if profitability is the driving force behind growth, it can’t keep on rising. As capitalism expands and accumulates capital, there is a tendency for profitability to fall. This is a key law in the political economy that Marx discerned. And in that process of the falling rate of profit capitalism gets into in trouble and crises develop more frequently.

The ‘golden age’ of the 1950s and 1960s gave way to crises. I was young then and I remember that this time was a period of big struggles by the labour movement as profitability fell and capitalism tried to drive the workers down. Workers fought because they had a lot of gains that they did not want to give up and trade unions were relatively strong.  Eventually the unions were crushed in the recessions of the early 1980s and the labour movement was shackled and defeated in many battles. Capitalism then tried to raise profitability through cuts in public spending, privatizations, the exploitation of the labour force, removing all the protections of the labour force, globalisation etc. This neoliberal period was the last 20 years of the 20th century.

So the ‘golden age’, was a special period when profitability was very high because of a world war, then followed by a large decline in profitability, and then up to the end of the century big efforts of capitalism – with some success – to increase profit rates again.

MK: So what you’re actually saying is that the crisis of the mid-60s validated Marx’s theory of the falling rate of profit and then neoliberalism mobilized some of the counteracting tendencies that Marx also described, in order to restore profit rates?

That’s a good way to put it. Marx’s law of profitability says that as capitalism expands, there is a tendency of the rate of profit to fall. But there are ways to counteract that, for a time. Under a capitalist society value comes only from the exploitation of labour, people who work under the control of capitalist owners so that they can sell the commodities on the market, and they can make a profit. They will use more machinery and plant, and new technology to keep the down the cost of labour, but in so doing they reduce the amount of profit per investment. Profit, and value in general, according to Marx comes only from people working, it does not come from machines. Machines produce no value unless you put them to work. That requires human labour unless you have a society with only robots – but that’s another story.

So there is a contradiction between raising productivity of labour through more investment in technology and sustaining profitability. This can be overcome for a while by exploiting workers harder, for longer hours, making them work more intensely, introducing new technology, expanding trade, trying to occupy poorer countries, and use their resources – there are various ways in which the counteraction can take place. These counteracting factors operated strongly during the 1980s and 1990s, to reverse the very low rate of profit that capitalism had reached.

Profitability did recover, but not anywhere near to the level of the ‘golden age’. From the late 1990s the Marxist law of profitability began to operate again, and despite all attempts of the capitalists, it began to slip back in the major economies. That created the conditions for further crises and slumps of the 21st century. The capitalists tried to avoid that by a huge credit boom, by pumping loads of credit, inventing new ways to speculate in the financial markets and keeping profits up for a section of the capitalists. But underlying profitability did not recover. You can speculate on stock markets but you don’t create anything. You just try to pinch money off others, so to speak, and create an apparent improvement.

Take today. The US stock market has reached an all-time high (in nominal terms). At yet we look at the state of growth and production in the major economies and that’s really slowing down. Profits are stagnating and yet the stock market is booming. That shows the division between what Marx called ‘fictitious capital’ and what is really going on in the capitalist process.  That division reached an extreme in 2007, a gap between stock market prices, house prices, speculation in financial markets and what was actually happening with the profitability of capital.  Then came the crash.

This is the process that I try to describe in the book. The book tries to provide some indicators for readers to look at.  Some economists focus on the financialisation: the increase in that sector relative to the productive sectors. A popular argument is that the financial sector and the banks should be regulated or curtailed.  But that’s not enough, that’s a bit like trying to control a tiger in a cage with only a piece of paper. There is no surety that the banks will behave with regulation. Only recently, the US financial regulators investigated the activities of HSBC, the big UK bank, which laundered money for Mexican drug cartels for years. They made billions of pounds out of this. It was discovered, but the authorities were told not to intervene and not to fine HSBC because it might bring the banking system down. That shows that regulating the banks is totally useless. It changes nothing, so they will continue in the same way.

The only way to deal with that is to take over the banks, to bring them into public ownership through control by the bank workers and by wider democratic control of society as a whole, so that banks become a service: providing people loans for what they need, for small businesses, and to lend to improve the productive potential of the economy, not to speculate in financial markets and assets, or to engage in tax haven scandals and money laundering, as they have been doing in recent decades – and will continue to do, even with regulators around.

The other point about this is that the financial crash wasn’t just a banking crisis. A financial crisis is not isolated from what is happening in the productive sector of the economy: manufacturing, technology, places actually making things that circulate, on which banks then speculate. Banks do not make money except between themselves, value must come from somewhere else. The banking crash was really a symptom of the fact that the productive sectors of the capitalist economy were no longer profitable enough to support this house of cards. Those who argue that it was only a financial crisis and that the solution lies in controlling the financial sector, ignore the true nature of the crisis and so can’t actually solve it.

MK: Can you say that the financial sector adds to the instability of the system?

Clearly, for it has become larger and more important. As profitability fell in the 1960s and 1970s and remained relatively low in the productive sectors in the neoliberal period, one of the counteracting factors was to shift investment into the financial sector, banks and other institutions, to make profits at the expense of investment in the productive sector. Productive investment as a percentage of output declined in most economies in the 1980s and 1990s. That is an indication of the weakness of the capitalist economy towards the end of the 20th century, the need to divert to finance and elsewhere. So yes, it is an important part of the process of the crisis. But at the same time, it’s a symptom of the inability to get profitability up.

MK: The Great Recession of 2007-2009 was not foreseen by economists?

The book has a section that would be funny if it were not so tragic. The economics profession, the economic institutions and other ‘experts’ did not see the Great Recession coming, quite the reverse. Central banks and governments were convinced that everything was fine, and if there was a problem that could be solved easily.

When the crash came, they were unable to explain why it had happened. They remained in denial and thought it would end quickly, which it did not. They were unable to explain why that was, and even now they cannot really know what to do to get things going again. The institutions, central banks and governments are still struggling to get this recovery up above the weak level where it is, because they do not understand what happened and what to do about it.

There were one or two people who did recognise the dangers in the early 2000s. They saw the huge housing bubble in the US and that that could not possibly last; some who saw a huge increase in private credits, a financial sector which they also saw as dangerous. So one or two radical economists outside the consensus, recognised the real dangers.  And a one or two Marxists, raised the idea that, despite the huge boom in house prices and credit, beneath it the profitability situation was worsening and there were contradictions that would produce a crash.

One of those was Anwar Shaikh. He predicted a big crash and a depression as a result. I made a similar forecast in 2005-6. I argued that there was a conjunction of cycles coming together: declining profits, a peak of the housing market, and a general depressionary cycle which was named after the Russian economist Kondratieff.  All those cycles were coming together in a depressive downturn. That suggested to me that there could be a quite serious slump, I thought in 2009-10. I was a little late because it came earlier. So a handful of people saw this crisis coming, 99 percent of the economists did not.

MK: You compare the position of the US today to that of Great Britain during the last crisis of the 1930s: holding on to hegemony while simultaneously being undermined economically. How does that work out for the coming period, for example could China take over that role?

The US, the biggest economy, has had a slightly better recovery than Europe or Japan, which have been struggling, and many of the emerging economies like Brazil, Russia, South Africa. They are in recession and have not recovered at all. The US is doing slightly better, but still growing only at about 2 percent per year since 2009. It used to be 3.5 percent on average in the period since 1945, and sometimes faster in the golden age.

This is a very weak recovery and it seems to be petering out. While the depression continues, rivals which do better get into in a position to challenge the hegemony that the US has had economically. The US economy has declined relatively economically anyway over the last 30 years.  It no longer has the same share of manufacturing output in the world, compared to Germany or Japan, and of course China, which has been the fastest growing economy for the last 20 years, and what has become a great economic power now.

Even in other parts of the economic spectrum – services, technology – the US has got rivals as well. The US is still superior because it has a massive financial sector, which controls and supplies capital around the world. That gives it, along with Britain – another big finance capital centre – control, despite its weaker productive position, through the expansion of the credit realm.  And it is by far the biggest military power, bigger than all the other military powers put together, which gives it, again, a strong position. You can use the analogy of the Roman Empire, which also began a relative decline compared to its rivals outside the empire, but continued to have hegemony for hundreds of years because it had a Roman army and huge financial resources. America is in a similar position, but it is getting rivals.

Capitalism faces some key challenges over the next 20 years. The first is climate change and global warming, which is a serious problem which capitalism is not doing anything about. This really threatens the future of the human race and the planet, unless something is done.

Also there are huge inequalities in wealth and income in the world which create enormous social tensions. Over the past 25 years, the inequality in income and wealth globally has reached a level that we have not seen for probably 150 years.

And there is also the slowdown in productivity: the failure of capitalism to expand the productive forces to provide what people need. Technology has not expanded to the level of what is possible, and productivity growth is very weak.

All these factors threaten the future of capitalism to meet the needs of people and the ability of the US to maintain its hegemonic position. So the rivalries between the big capitalist powers will increase and also between the US and China, because China is a major threat in trade and production, and probably in finance and technology in the future. These are the increasing contradictions that exist in capitalism, even threatening the existence of the planet.

MK: You devote a separate chapter to the eurozone. That is particularly relevant since the Brexit. Over the past 15 years we saw a sharpening of the contradiction between North and South, in particular Germany on the one hand and Greece, Spain and Ireland on the other. How would you extrapolate that?

The project of the European Union was a plan of the leading strategists of the European capital after 1945. They did not want another war, no more division of Europe. They wanted to develop the capitalist base within Europe, as one united force that could rival on a world scale with the US and Asia, particularly Japan at that time.  They wanted to end petty wars between nations that became world wars, and to unite, to use the resources of labour and capital across Europe and develop a European-wide capital to rival the rest of the world. That was the plan.

They first introduced the customs union, breaking down the tariffs between the three or four biggest economies, including the Netherlands, later developed the Common Market (EEC),, so that trade was expanded in all other areas, not only tariffs but common regulations, rates and conditions for trade within Europe. And then the European Union itself, which meant political institutions were set up to integrate Europe into one force.

The biggest step forward was to introduce a single currency for at least those core parts of the EU prepared and able to join. The Germans agreed that the powerful D-Mark would be integrated into a euro currency, with France, Italy and other economies, including the Netherlands. It was seen as a necessary step to integrate Europe further as a force in the world.

But it is very difficult to develop one currency under capitalism, one union, when capitalism, while it expands its productive forces, also drives things apart. So the weaker economies in a capitalist union actually get weaker relative to the stronger ones. That’s how capitalism works. It doesn’t actually help the weak to come towards the strong. So the weaker economies within that bloc, especially in the euro bloc, were even worse off relatively after the formation of the euro than before. They went backwards relatively while the main gainer of the euro was the core, Germany in particular.

The Great Recession exposed these fissures in the eurozone.  The euro project was like a train that is shoved off the track by the economic crisis.  It’s very difficult to put the train back on the track again because so many of the weaker countries fell off and the stronger countries were not prepared to bail them out.

The euro project would only work if you had a full fiscal union, a full federal union, as in the US. But remember, the US achieved that only after a terrible civil war that crushed opposition in the slave-owning South. The idea of a full fiscal union where everyone pays the same taxes, where there is one government, one currency applied across the board: that is not possible in Europe at the moment, particularly after the Great Recession. In fact, the opposite is the case: the risk is that the euro project and the EU project could break up, particularly if there is another slump in the future.

Brexit is an example of that tension. British capitalist strategists had never been fully keen on the idea of European integration. It still had illusions that Britain was powerful enough to go on its own, or it could be a junior partner of American capitalism and so didn’t need to be integrated in Europe to progress. The British ruling class was divided between those who thought that Europe was the answer and those who thought it was better to be on their own or with the US.

That division came to a head with the Great Recession, when Europe had a huge euro debt crisis, Greece, Spain and Italy fell into deep depression and the Franco-German leadership failed to provide support for these countries as part of the EU project. So some British capitalists said: ‘Well, Europe’s not really where we can make a profit; we’re better off on our own.’ This political split came to a head with the referendum.  In many ways, this will be a complete disaster for British capitalism; with its strategists not knowing which way it’s going to go.

MK: In the book you suggest that no depression is permanent. So is there a way out for capitalism?

Some Marxists say that we are in a permanent stagnation or depression. I don’t agree. In the past, capitalism has shown it can find a way out, if it can restore the conditions for a higher rate of profit, as it did after World War II and at the end of the 19th century depression.

How do you do that?  The only way is to restore profitability.  That means destroying the value of old capital which is no longer productive. It means getting ‘lean and mean’, cutting off the old bad plants in your garden and allowing new ones to grow. Of course, this will be at the expense of everybody’s jobs and livelihoods, because we’re talking about human beings losing their jobs as a result of closing down factories and businesses, mergers, selling off the assets, displacing workers and reducing the overall level of production to reach higher profitability. A slump, maybe a series of slumps, can do that.  Until then we’ll continue with this depression. The system needs to get rid of a lot of debt, smash a lot of banks, close a lot of old industries and companies. That’s horrible, but that’s what capitalism does to revive itself.

Then capitalism could get a new lease of life and use all the new technologies that everyone is talking about – robots, automation, the Internet of things; all these kinds of technology that can be expanded – and also exploit new areas of the world which still have large amounts of cheap labour which can be used in conjunction with this technology.

Maybe the political and economic conditions for such a new lease of life for capitalism could happen in, say, the next decade as a result of further slumps, but only if working people in the countries which will suffer from this, are unable to change the situation in any way, and the capitalists and their strategists and political representatives remain in power.

But even if that happens, capitalism is not going to solve its problems indefinitely. In fact, it is getting more and more difficult for them to have a new lease of life and expand, with global warming, low productivity, rising inequality, and with less and less areas in the world to exploit that aren’t already proletarianised, urbanized and part of the global capitalist system. There’s less room for capitalism to expand. It is getting close to its use-by date in historical terms.  But it could have another period of expansion in the next 20 years even so.

Michael Roberts’ new book, The Long Depression, is available

on Amazon US at:

https://www.amazon.com/Long-Depression-Marxism-Global-Capitalism/dp/1608464687/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1470050664&sr=8-1&keywords=the+long+depression

And on Amazon UK at:

https://www.amazon.co.uk/Long-Depression-Michael-Roberts/dp/1608464687/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1470050707&sr=8-1&keywords=the+long+depression

And if you don’t want to buy it from Amazon, then you can get it from Haymarket Books, the publisher, direct at:

http://www.haymarketbooks.org/pb/The-Long-Depression

je n'ai pas lu en détail cette entretien. Je note qu'en conclusion, Michael Roberts n'exclue pas que le capitalisme puisse repartir dans les décennies qui viennent, et même si pour lui il ne pourra plus aller très loin, il n'en tire pas des plans sur la comète révolutionnaire

traduction Patlotch

Citation :
MK : Dans le livre, vous suggérez qu'aucune dépression n'est permanente. Alors le capitalisme a-t-il un moyen de s'en sortir ?

Certains marxistes disent que nous sommes dans une stagnation permanente ou une dépression. Je ne suis pas d'accord. Dans le passé, le capitalisme a montré qu'il peut trouver un moyen de s'en sortir, s'il peut rétablir les conditions d’un taux de profit plus élevé, comme il l’a fait après la seconde guerre mondiale et à la fin de la dépression du XIXe siècle.

Peut-être que les conditions politiques et économiques existent pour qu'un tel regain de vie pour le capitalisme arrive, disons, dans la prochaine décennie par suite d’autres glissements de terrain, mais seulement si les personnes qui travaillent dans les pays qui vont en souffrir, sont incapables de changer la situation d'une façon ou d'une autre, et que les capitalistes, leurs stratèges et représentants politiques restent au pouvoir.

Comment tu fais ça ? Le seul moyen est de restaurer la rentabilité. Cela signifie détruire la valeur du vieux capital qui n’est plus productive. Il doit se « lean and mean », couper les mauvaises herbes dans son jardin et permettre aux nouvelles de se développer. Bien sûr, ce sera au détriment des emplois et des moyens de subsistance, pour tout le monde, parce que nous parlons d’êtres humains qui perdent leur emploi en raison de la fermeture d’usines et des entreprises, des fusions, de la braderie les actifs, du déplacement des travailleurs et de la réduction du niveau global de la production pour atteindre une rentabilité accrue. Un ralentissement, peut-être une série de glissements de terrain, peut le faire. D’ici là, nous allons continuer avec cette dépression. Le système a besoin, pour se débarrasser d’une partie de la dette, de casser un grand nombre de banques, de fermer beaucoup de vieilles industries et entreprises. C’est horrible, mais c’est ce que le capitalisme fait pour se relancer.

Et puis le capitalisme pourrait obtenir un nouveau bail de vie en utilisant toutes les nouvelles technologies dont tout le monde parle – robots, bureautique, l’Internet des objets ; toutes ces sortes de technologies peuvent être étendues – et également exploiter les nouvelles régions du monde qui ont encore de grandes quantités de main-d'œuvre bon marché pouvant être utilisées en conjonction avec cette technologie.

Mais même si cela arrive, le capitalisme ne va pas résoudre ses problèmes indéfiniment. En fait, il devient de plus en plus difficile pour lui d’avoir un regain de vie et de se développer, avec le réchauffement climatique, la faible productivité, la montée des inégalités et avec de moins en moins moins de zones au monde à exploiter qui ne sont pas déjà prolétarisées, urbanisées et partie prenante du système capitaliste mondial. Il y a moins de place pour le capitalisme pour s’élargir. Il se rapproche de sa date limite de consommation en termes historiques. Mais pour autant il pourrait avoir une nouvelle période d’expansion dans les 20 prochaines années.


de ce court extrait, on voit que Roberts 1) considère que la subsomption réelle n'est pas totale, 2) qu'il n'exclue pas une reprise, même s'il ne la pose pas en termes de restructuration 3) qu'il n'est pas insensible aux souffrances du prolétariat et considère comme capitale son intervention par des luttes contre l'État du capital. Une possible « nouvelle période d’expansion dans les 20 prochaines années », c'est exactement ce à quoi je pense en considérant que la phase actuelle est celle d'une restructuration mondiale liée à la perte de suprématie du capitalisme occidental dans le capitalisme mondial/global

voilà, si je ne produis pas moi-même de critique de l'économie politique, ce qui suppose d'en faire un métier à part entière, je suis attentif à ce qui se produit de plus matérialiste dans le sens des travaux de l'auteur du Capital, davantage qu'aux considérations philosophantes et généralistes à coups de gros concepts et de vieux dogmes prémâchés ou de nouveautés surlecutantes (Négri est par exemple partisan d'un quasi-abandon de la critique de l'économie politique, il l'écrit explicitement, de mémoire dans Empire). Roberts a la modestie de s'en tenir à son job, et de ne pas insister sur sa mise au service d'une théorie politique de l'alternative sans rupture, comme la plupart des économistes (post-)trotskistes par exemple (Michel Husson, Antoine Artous, Alain Bihr...), des "marxistes" de la mouvance démocratiste (ATTAC, Jean-Marie Harribey...), et des jeunes loups qui montent à la Lordon, bradeurs de l'héritage radical de Marx et guide suprême du prolétariat dans l'impasse des populismes "de gauche" souverainistes


The Long Depression / Marxism and the Global Crisis of Capitalism

Citation :
Setting out from an unapologetic Marxist perspective, The Long Depression argues that the global economy remains in the throes of a depression. Making the case that the profitability of capital is too low, and the debt built up before the Great Recession too high, leading radical economist Michael Roberts persuasively presents his case that this depression will persist until the profitability of capital is restored through yet another slump.

source
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mer 10 Aoû - 10:18

Dans sa tentative de restructuration ,le capital mondial crée un mouvement contradictoire ,il augmente l'exploitation partout et en meme temps il augmente le prolétariat (travailleurs,chômeurs etc) par la suppression accélérée de la paysannerie pauvre ,exemple 4 millions de paysans pauvres colombiens sont devenus prolétaires car ils ont perdu leurs terres et ont été obligés de se réfugier dans les bidonvilles de Bogota etc,sapant par là la base matérielle de la guérilla... Au niveau mondial personne n'a fait le total car ça n'intéresse personne sauf le Capital.

resultat de cette hausse vertigineuse de la masse prolétaire mondiale, une hausse de la lutte des classes partout mais masquée…. qu'il s'agit de révéler ?

La situation argentine révèle la contradiction que doit gérer le capital pour remonter son taux de profit :

Créant par la meme un mouvement prolétaire de masse forcement de masse; puisque les 700% de hausse touchent tous les foyers argentins :

Hausse des prix du gaz et de l'électricité : les Argentins dans la rue par Aude Villiers-Moriamé RFI -

Citation :
05 août 2016
http://www.rfi.fr/ameriques/20160805-argentine-manifestation-ruidazo-hausse-prix-gaz-electricite-buenos-aires

BUENOS AIRES - En Argentine, la grogne monte face aux hausses spectaculaires des prix du gaz, de l'eau et de l'électricité. En quelques mois, les factures ont fortement augmenté, jusqu'à 700 % dans certains cas ! Le nouveau gouvernement libéral justifie cette mesure par le besoin de réduire les subventions pour rééquilibrer les comptes publics. Mais pour les Argentins, qui se serrent déjà la ceinture pour faire face à l'inflation, c'est la goutte qui fait déborder le vase. Plusieurs manifestations se tenaient jeudi 4 août au soir à travers tout le pays et notamment à Buenos Aires, la capitale.

Le vacarme est assourdissant. Place de l'Obélisque, en plein centre de Buenos Aires, les manifestants tambourinent sur des poêles et des casseroles. C'est ce que l'on appelle un cacerolazo, une manifestation typiquement argentine. « 500 % d'augmentation pour l'électricité, 500 % pour le gaz... Je n'ai pas payé, explique à RFI Alberto Rubinstein, âgé de 67 ans. Il a eu une mauvaise surprise en ouvrant ses factures le mois dernier. On n'a pas suffisamment d'argent pour vivre. Je ne peux plus aider financièrement mes enfants ! C'est une situation qui nous affecte tous ». Paula Rodriguez, elle, est venue manifester en famille ce jeudi soir. « On gagne le même salaire que l'an dernier, et plus de la moitié passe maintenant dans nos factures d'électricité et de gaz. On ne s'en sort plus, nous explique-t-elle. Là où avant on pouvait mettre un peu de côté, aujourd'hui c'est impossible ».

Une mesure difficile mais nécessaire: voilà comment le gouvernement de Mauricio Macri justifie ces augmentations. Mais pour Alejandro Bodart, député pour le Mouvement socialiste des travailleurs, il n'est pas question de toucher aux subventions publiques. « On ne devrait pas parler d'augmentation... Beaucoup de gens disent que les tarifs étaient trop bas. Mais on parle de droits là, s'indigne-t-il. C'est comme l'éducation et la santé. Les gens ont le droit d'avoir du gaz et de l'électricité. Et on devrait en garantir l'accès à tous ». Les manifestants espèrent que la justice leur donnera raison. L'augmentation du prix du gaz est pour le moment suspendue et la Cour suprême doit se prononcer sur la légalité de cette mesure d'ici la fin du mois.

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mer 10 Aoû - 11:25


salut vlad2 de retour. Juste pour dire que la protestation en Argentine contre la hausse des prix du gaz et de l'électricité a fait l'objet de la traduction par Adé d'un article et de photos (Argentina: Todo el país se sumó al gran RUIDAZO contra el tarifazo de Macri y el ministro Aranguren (Todas las fotos), ICI le 6 août




Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Mer 7 Sep - 13:38


une texte simple et d'excellente tenue, comme le prouve la photo  cat ...


 

Citation :
Critique de l’économie politique

Il n’échappera sans doute pas à un certain nombre de nos lecteurs que nous allons souvent nous référer à une tradition intellectuelle que l’on appelle grossièrement le marxisme.
Cependant, cette tradition constitue une discipline en soi, et qui porte un nom spécifique : la critique de l’économie politique.
Mais qu’est- ce que la critique de l’économie politique ?

Certains font parfois de la critique de l’économie politique une science, ce qui nous paraît discutable pour des raisons épistémologiques : le débat n’est pas inintéressant mais fera peut- être l’objet d’un article spécifique.

Pour le moment nous nous contenterons de dire que la critique de l’économie politique est une pensée critique, c’est-à-dire une pensée qui n’accepte pas d’idée, de concept, de catégorie comme allant de soi, mais va au contraire chercher à les analyser comme des constructions, résultants d’un processus.

Ainsi, pour prendre l’exemple des catégories économiques : la valeur [1] n’est pas une substance que l’on peut extraire du sol ou cueillir sur les arbres, de même que l’argent n’est que du métal, du papier, voir de simples chiffres sur un écran d’ordinateur).

La critique de l’économie politique va donc se poser les questions de base comme : qu’est ce que la valeur ? Qu’est ce que l’argent ? etc.

Partant de ces réflexions, la critique de l’économie politique va analyser les catégories économiques comme des rapports sociaux.

Réification

Pour prendre un exemple, ce que la valeur exprime c’est un rapport social spécifique, à savoir l’échange. On dira que la valeur est la médiation de ce rapport, parce que ce rapport social se fait à travers elle, mais la valeur n’a pas de signification en- soi, elle exprime simplement un rapport d’échange entre deux individus.

Le fait que les catégories économiques ne sont pas des objets mais des rapports sociaux ne nous est pas évident au quotidien. Les êtres humains considèrent ces catégories comme si elles désignaient des objets ayant une existence en soi. On appelle ce phénomène la chosification ou encore la réification, c’est-à-dire le fait de voir des catégories exprimant des rapports sociaux comme des catégories désignant des objets concrets [2].

Il resterait encore un terme voisin à étudier, celui de « fétichisme de la marchandise » mais ce terme n’étant pas nécessaire pour le moment nous nous réservons l’opportunité de lui consacrer un article à part ultérieurement. Nous allons pour le moment en rester à ce qui touche le plus directement les problématiques de racialisation dans une perspective de classe, et pour ce faire nous allons voir le mot exploitation.

Exploitation

Exploitation possède la même origine étymologique que le mot exploit et désigne le fait d’accomplir ou d’exécuter, il prend le sens plus général de faire valoir ou de tirer profit de quelque chose ou quelqu’un.

Christine Delphy définit l’exploitation de façon très large comme « appropriation du travail d’autrui » [3] et cette définition, assez générale et simple, nous convient pour le moment.

On définira donc l’exploitation économique comme le fait que, dans une société donné, une partie de la population travaille pour le profit [4] d’une autre.

Les hommes ne sont donc pas égaux dans la production, il existe des rapports sociaux dans la production économique, et de ces rapports dérivent les classes sociales.

Rapports de production et classes

On identifie trois grands types de rapports de production dans l’histoire :

L’esclavage, c’est-à-dire un rapport de production où le corps de l’esclave est totalement approprié par le maître qui en dispose selon son bon vouloir. Ce rapport de production était dominant sous l’antiquité.

Le servage, c’est-à-dire plus ou moins un type de rapport de production entre un seigneur et ses serfs, rapport de production que l’on rencontre pendant toute la période médiévale notamment, mais qui fait actuellement débat et que nous nous contenterons donc de survoler ici [5].

Enfin, le rapport de production capitaliste, le salariat, c’est-à-dire un rapport de production dans lequel ce n’est plus le corps du travailleur qui est approprié mais sa force de travail qui est achetée, ou plus exactement son temps de travail [6]. Ce rapport fait exister deux classes économiques (le capitaliste et le travailleur, ou le patron et le salarié) et qui fonde deux classes sociales principales, la bourgeoisie et le prolétariat.

A noter qu’un modèle de rapport de production ne remplace pas un autre : l’esclavage et des formes de féodalisme continuent d’exister sous le capitalisme, dans certaines parties du globe, parce qu’il s’agit des modalités d’organisation du travail qui correspondent le mieux aux besoins locaux d’accumulation du capital par la bourgeoisie.

Le salariat n’est donc pas le seul et unique type de rapport de production sous le capitalisme, il est simplement le modèle dominant de rapport de production.

L’exploitation de la force de travail du prolétaire permet une valorisation du capital avancé par les capitalistes : c’est à dire qu’elle permet de « créer » de la valeur supplémentaire, la plus-value, qui est accumulée par les capitalistes.

Genre

Le débat demeure complexe actuellement sur la question du genre, c’est à dire des rapports hommes/femmes, et leur intrication avec le capitalisme.

Comme il ne s’agit pas de notre sujet rappelons simplement ici les généralités : les courants marxistes issus de l’ultra- gauche [7] qui travaillent sur le sujet actuellement font du capitalisme et du genre une dynamique unique.

En résumé très bref : le capitalisme fonctionne sur l’exploitation de la population, c’est à dire de l’ensemble de la force de travail disponible pour produire et accumuler la plus-value.

Mais cette force de travail doit elle même être produite et reproduite, d’une double manière : quotidienne (il s’agit des tâches dites « domestiques », qui permettent d’entretenir et de reproduire la force de travail jour après jour dans le cadre du foyer) et générationnelle (c’est à dire reproduire la population, donc la force de travail, en faisant des enfants).

Le groupe des femmes et le dispositif du genre renvoient à cette production spécifique [8] .

Ainsi le genre et la classe ont une spécificité, ces catégories revoient fondamentalement à la force de travail : sa double reproduction (le genre) et sa valorisation (la classe).

Quand à la catégorie de race nous renvoyons à notre article sur le sujet.

Les surnuméraires, La surpopulation relative – Qu’est ce que l’approche matérialiste de la question raciale ? (pas encore lu)


A LIRE :

Pierre Salama & Jacques Valier. Une introduction à l’économie politique. (Petite collection Maspero). 1976.

Jacques Valier. Une critique de l’économie politique. Tomes I & II. (Petite collection Maspero).1982.


———-

NOTES

———-

[1] Pour aller plus loin :
http://www.tantquil.net/2014/04/12/quest-ce-que-cest-la-valeur-premiere-partie/

[2] Pour aller plus loin :
http://www.tantquil.net/liste-des-notions/

[3] Christine Delphy. Pour une théorie générale de l’exploitation. Deuxième partie. p104. (CAIRN Info).

[4] Evidemment, la notion de profit étant elle-même une catégorie économique, se rapportant à la valeur, donc à un rapport social, cette définition est extrêmement limitée.

[5] Pierre Bezbakh. Pour en finir avec « le mode de production féodal » in L’Homme et la société, n°. 65-66. 1982.

[6] Pour aller plus loin :
Moishe Postone. Temps, travail et domination sociale. (Editions Mille et une nuits).
http://www.tantquil.net/2015/04/28/quest-ce-que-cest-la-force-de-travail/

[7] Nous pensons à la revue Théorie Communiste.

[8] Pour aller plus loin :
Christine Delphy. L’ennemi principal. Tome 1 & 2. (Editions Syllepse).
Incendo. Genres et classes. Numéro hors série. Octobre 2012.
Théorie Communiste. N°23 ; N°24 ; N°25. (Editions Senonevero).

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Ven 9 Sep - 10:38

Lancement ? du débat mondial sur la necèssité d'un plan de la révolution possible ou guerre inévitable ?

Citation :
Insurrection and Production

An empirically heavy mind-game for the debate on working class strategy: First steps in a six-month revolutionary transition period in the UK region

http://libcom.org/blog/insurrection-production-29082016

Cette réflexion est encore plus nécessaire suite aux récents événements de Syrie ou à partir de 2012, les usines d'Alep, etc, ont été déménagées en Turquie par les mafias locales au bénéfice des "Tigres d'Anatolie" en remerciement d'années de sous traitance et d'exploitation fructueuses…


Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Ven 9 Sep - 12:16


traduction partielle du texte importé de Libcom par Vlad2 :
Insurrection and Production

Citation :
An empirically heavy mind-game for the debate on working class strategy: First steps in a six-month revolutionary transition period in the UK region

a) the reality of recent struggles with a brief review of the 2010/11 uprisings from a revolutionary perspective

b) the revolutionary essence of capitalism: short remarks on the debate about ‘surplus population’ (riots) vs. ‘global working class’ (global production) to tackle the question of what capitalism’s main revolutionary contradictions are

c) the material (regional) divisions within the working class: some thoughts on the impact of uneven development on how workers experience impoverishment and their productive power differently

d) the regional backbone of insurrection: empirical material about the structure of essential industries in the UK region

e) whether anyone can say ‘communism?’: brief conclusions on revolutionary transition

f) the basic steps of organising revolution: what would a working class revolution have to achieve within the first months of its existence

g) revolutionary organisation. Here we propose that this perspective on ‘revolution tomorrow’ does not leave us untouched today, for it asks for certain organisational efforts in the here and now. We sketch out what those could be.

Un jeu d’esprit lourd d'empirisme pour le débat sur la stratégie de la classe ouvrière : premiers pas dans une période de six mois de transition révolutionnaire dans la région de UK [United Kingdom = Royaume  Uni][/i]

a) la réalité des luttes récentes avec un bref examen des soulèvements dans une perspective révolutionnaire 2010/11

b) l’essence révolutionnaire du capitalisme : courtes remarques sur le débat sur la « population excédentaire » (émeutes) vs « classe ouvrière globale » (la production mondiale), pour s’attaquer à ce que sont les contradictions révolutionnaires principales du capitalisme

c) les divisions matérielles (régionales) au sein de la classe ouvrière : quelques réflexions sur l’impact du développement inégal et la façon dont les travailleurs vivent différemment leur appauvrissement et leur puissance productive

d) le pivot régional d’insurrection : matériel empirique sur la structure des industries essentielles dans la région de UK

e) la question de savoir si quelqu'un peut dire « communisme ? » : Résumé des conclusions sur la transition révolutionnaire

f) les étapes de base de l'organisation de la révolution : ce que serait une révolution de la classe ouvrière à réaliser dans les premiers mois de son existence

g) organisation révolutionnaire. Ici, nous proposons que ce point de vue sur la « révolution de demain » ne nous laisse pas intact aujourd'hui, car il réclame certains efforts d’organisation dans l’ici et maintenant. Nous esquissons ce qu'ils pourraient être.

bref, dans le genre "premières mesures révolutionnaires" en continuité de "l'insurrection qui vient" (mais un peu plus tard qu'annoncée), ça plane à quinze mille, et si la question est de le poser en théorie, elle l'est ici à mon avis fort mal : on est dans le projet programmatique, quel que soit son contenu par ailleurs (désolé, je n'ai pas encore lu l'article, et ce genre de plans sur la comète n'est pas vraiment ma tasse de thé depuis que j'ai saisi ce qu'était la religion de la révolution hors-sol)

il n'y a de "débat mondial sur la nécessité d'un plan de la révolution possible" que pour une poignée de rêveurs idéalistes qui se pensent missionnés pour ouvrir sans attendre les voies de la révolution communiste, et si "la guerre" est probablement "inévitable", l'alternative n'est pas entre elle et une révolution avant, mais dans l'après-guerre l'avancement probable de la restructuration en cours du capitalisme mondial. Y aura-t-il ouverture d'une fenêtre révolutionnaire ? Dauvé et Nesic avaient me semble-t-il avancé cette hypothèse; personnellement et sur la base de ce que je comprends maintenant, les chances sont assez minces

PS : ce texte est très faiblement axé sur une critique de l'économie politique, condition pour savoir où nous en sommes dans la crise, mais j'ai la flemme de déplacer cette discussion

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6302
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Dim 11 Sep - 16:25


Hic Salta/Bruno Astarian publie Value and its abolition « abridged translation of L’abolition de la valeur, to be published in 2016 by Editions Entremonde, Genève »

bonne nouvelle donc que cette publication, produite par un théoricien de la communisation et des moins controversées parmi ses "partisans". L'intégrale en français est disponible sur le site




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?   Jeu 15 Sep - 14:47


critique de l'économie politique des médias : de la plus-value ?


Value, Rent, and the Political Economy of Social Media

Jacob Rigi & Robert Prey,
The Information Society An International Journal, Routledge PDF septembre 2015

Jakob Rigi
Department of Sociology and Social Anthropology, Central European University, Budapest, Hungary
Robert Prey
Department of Journalism and Media Studies, University of Groningen, Groningen, The Netherlands

Citation :
Fuchs (2010, 2012) argues that users of social media produce value and surplus value in the Marxian sense. Arvidsson and
Colleoni (2012) critique this hypothesis, claiming that Marx’s theory of value is irrelevant to the regime of value production on
social media platforms in particular and in informational capitalism in general. They claim that the affective relations and
financial speculations that generate value on social media are not dependent on labor time. This article critically engages Fuchs,
and Arvidsson and Colleoni, by revisiting Marx’s theory of value. Contra Fuchs, we argue that audiences do not produce value and
surplus value—neither for social nor for mass media. Contra Arvidsson and Colleoni, we argue that so-called affective
relations (philia) do not produce value either. Instead we demonstrate that social media generate revenue from four primary sources—by leasing advertisement space to generate advertisement rent, by selling information, by selling services to
advertisers, and by generating profits from fictitious capital and speculative windfalls. All four, we argue, can be adequately
explained by Marx’s theory of value.

In this article we critique the argument that users of social media can be understood in the Marxist sense to be laboring to produce value for social media. Instead we argue that the expansion of social media needs to be understood in line with the expansion of rentier capitalism in general. We thus attempt to demonstrate the utility of analyzing the political economy of social media through Marx’s conceptions of rent and “fictitious capital.”

Our point of entry is a recent, and very lively, debate between Fuchs (2010; 2012) and Arvidsson and Colleoni (2012, hereafter Arvidsson and Colleoni). The first section of this article summarizes this exchange within the context of the “audience commodity” debate, which was initiated by Dallas Smythe in 1977. In the section that follows we summarize Marx’s theory of the general form of surplus value at the point of production and its particular manifestations in the realm of distribution. This summary is necessary because the source of both Fuchs’s and Arvidsson and Colleoni’s mistakes, we believe, is their confusion of the general form with its particular manifestations. In the third section we critique Fuchs’s claim that “prosumers” produce value and surplus value
in two steps. First, we deal with media revenues from advertisements. We show that the claim that audiences or “prosumers” produce value and surplus value is mistaken for both mass media and social media. We argue that the price of an ad is a rent paid for advertising space/time, the magnitude of which primarily depends on the sociocultural profile of the audience. Second, in regard to social media, we show that the exchange value of the data that is provided by prosumers tends toward zero.

Therefore, we argue that any price applied to such data is best understood as a rent extracted through various mechanisms of monopoly.

Finally, we critique Arvidsson and Colleoni in two subsections. First, dealing with Arvidsson’s (2006; 2009) concept of brand value, we argue that the claim that affective relations produce the value of brands and advertisements is mistaken. We show that the so-called added value of the brand is a combination of extra profit, monopoly rent and speculative windfalls. Using Marx’s distinction between value and price we argue that affective relations, though critical for branding and advertising, do not produce new value but instead transfer value from some commodities to others. Second, we reject Arvidsson and Colleoni’s claim that Marx’s theory
of value is irrelevant since the so-called market value of social media companies depends on financial operations.

Discussing stock exchange, fictitious capital, and speculation, we instead demonstrate that although the largest portion of incomes generated in the stock exchange does not originate from surplus value, the production and realization of surplus value are the raison d’être of financial operations.

[...]


Revenir en haut Aller en bas
 
ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 6 sur 7Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  Suivant
 Sujets similaires
-
» Mac addiction quand tu nous tiens!
» Centralisation de la TNT , jacobinisme quand tu nous tiens !
» Picard Picard quand tu nous tiens !
» Odeur de vomi, quand tu nous tiens!
» sécu quand tu nous tiens........... (pb de CMU)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: CLASSES et CAPITAL comme économie politique/exploitation du prolétariat-
Sauter vers: