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dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 25 Fév - 18:52


un négationnisme peut en cacher un autre, bis


une fois n'est pas coutume, mais puisque j'ai parlé d'un négationnisme post-ultragauche pouvant en cacher un autre, une des lettres d'André Dréan reprises par non Fides : Sous pavillon de complaisance, Bref survol des thèses révisionnistes, jeudi 3 avril 2014


N a écrit:
Bonjour T, à Montréal, nous avons eu l’occasion d’aborder de vive voix, et de façon vive, l’affaire du négationnisme qui a secoué au cours des années, au Québec et ailleurs, les cercles « révolutionnaires » d’obédience marxiste. Je comprends que la discussion t’ait agacé. Car il est pénible de s’entendre rappeler que, dans le milieu regroupé autour de la revue La Sociale, à Montréal, il y a eu, dans la foulée de l’affaire Faurisson, du recyclage des thèses révisionnistes relatives à la négation de la spécificité de l’extermination des juifs par le nazisme. Cela au nom, comme à l’ordinaire dans le milieu de l’ultragauche qui hérite peu ou prou des thèses bordiguistes, de la critique de la démocratie.

D’après toi, la discussion est désormais sans objet dans la mesure où la grande majorité des protagonistes issus dudit milieu, à l’exception de la minorité passée avec armes et bagage au fascisme, à la suite de Guillaume, ne nie plus l’existence des chambres à gaz. L’acceptation très tardive de la chose, dans la seconde moitié des années 1990, par les prétendus prophètes de la critique « révolutionnaire » du monde, suffirait donc à tourner la page du révisionnisme aux couleurs de l’ultragauche néobordiguiste. Celui-ci découlerait de quelque erreur d’analyse contingente, indépendante ou presque de la conception de l’histoire qui lui a permis de proliférer sous des couleurs « révolutionnaires ». Laquelle pourrait ressortir, pour l’essentiel, pure et immaculée du bain de merde faurissonien. A titre d’illustration de ta thèse, tu m’as conseillé de lire l’article L’ultra-gauche, le négationnisme, et le démocratisme radical, de Théorie communiste, comme modèle d’analyse marxiste de l’extermination des juifs par les nazis.

Je me suis donc plongé dans l’article en question et j’en suis ressorti atterré. Atterré par l’incroyable mauvaise foi dont fait montre l’auteur dans sa volonté acharnée de défendre contre l’évidence même les bases de la doxa néobordiguiste. Bien entendu, il est devenu impossible de nier la réalité des camps d’extermination et de les réduire à la dimension de camps de travail forcé, sous peine de rejoindre le marécage nazi dans lequel patauge avec délice Guillaume et d’ex-groupies de la librairie La Vieille Taupe. A la négation pure et simple des chambres à gaz succède donc leur reconnaissance forcée, à condition de la faire entrer aux forceps dans le cadre conceptuel d’origine, manufacturé par Bordiga et adapté aux conditions de la nouvelle époque. L’essentiel, pour les idéologues en question, c’est que le corps de doctrine qui, à leurs yeux, constitue la clé de voûte de leur rôle de « révolutionnaires », reste hors de portée de la critique, comme cela a été signalé à de multiples reprises.

Pourtant, les conséquences de la défense de la doxa sont inévitables et même prévisibles, dès que l’on tient compte de l’histoire du révisionnisme au sein du milieu « révolutionnaire ». Nier qu’il soit nécessaire de faire éclater le cadre conceptuel hérité de Marx, via Bordiga, pour comprendre le négationnisme amène d’emblée l’auteur de l’article de Théorie communiste à nier la nature de ce dernier. A prétendre qu’il relève de « l’erreur historique » et même « théorique » alors que l’histoire réelle montre à l’envi qu’il participe à la banalisation du nazisme en niant ses particularités comme mode de domination. Et donc à considérer, mine de rien, comme des révolutionnaires quelque peu égarés ceux qui, comme d’ex-membres de La Guerre sociale, tiennent encore salon avec des fascistes notoires, pour ergoter sur le nombre de juifs exterminés, alors qu’ils sont passés, avec armes et bagages, du côté de la domination.

L’article de Théorie communiste affirme que « l’extermination des juifs fut une nécessité fonctionnelle pour l’Allemagne nazie dans sa guerre à l’Est, décision étendue alors à toutes les zones occupées », ce qui revient à dire, à la suite des révisionnistes, que la liquidation des juifs relève, comme le parcage, voire la liquidation d’autres populations par le capital au cours de l’histoire, de la catégorie de moyen nécessité par la réalisation de quelque but économique et étatique. En d’autres termes, l’holocauste était la conséquence de la guerre. Mais c’est la thèse même de la dénégation !

La guerre a bien entendu facilité la réalisation de la solution finale, mais elle n’en est pas la cause. L’holocauste était même, par la mobilisation des militaires et des forces qu’il impliquait, devenu antagonique avec la poursuite de la guerre à l’Est, surtout après Stalingrad. C’est pourquoi bon nombre de maréchaux d’Hitler y étaient opposés, à partir de 1943, alors que les plus nihilistes des nazis continuaient à détourner des trains militaires pour alimenter les chambres à gaz. Chose bien connue, passée sous silence par les révisionnistes qui tentaient de ramener les camps d’extermination à la dimension exclusive de camps de travail forcé militarisés à l’extrême. Guillaume et les groupies de La Vieille Taupe, dans les années 1970, n’affirmaient rien d’autre et toutes les critiques qui pouvaient être opposées à leur vulgaire fonctionnalisme en la matière étaient repoussées au nom de la défense du « matérialisme » contre « l’idéalisme » présumé de leurs détracteurs. Ici, Théorie communiste ne fait que reprendre à son compte, défense du rôle d’idéologue marxiste oblige, le fonctionnalisme initial des néobordiguistes de La Vieille Taupe sans vouloir en partager les conséquences, en particulier en matière de négationnisme.

La suite de l’article de Théorie communiste le prouve à l’évidence :

TC a écrit:
Que le capital dans l’achèvement de son passage en domination réelle, durant la Deuxième Guerre mondiale, dans son aire centre et est-européenne ait produit l’élimination des juifs n’a rien d’inexplicable pour toute analyse critique du mode de production capitaliste : achèvement de la formation des Etats-nations ; élimination des allégeances intermédiaires à des communautés particulières face à la communauté abstraite du citoyen ; universalisation de l’individu de la société civile dans son rapport à l’Etat ; élimination d’un prolétariat rétif et organisé en partie sur cette particularisation communautaire ; concurrence à l’intérieur de la petite bourgeoisie, élimination de la particularisation de la circulation du capital argent… Tout cela s’organisant en un racisme d’Etat.

Dans l’analyse de l’holocauste en termes de classes, d’évolution du capital et de l’Etat, il y a des données réelles quoique partielles, mais l’analyse réductionniste de Théorie communiste n’épuise pas la question de l’antisémitisme, poussé au paroxysme lors de l’extermination. La revue, en réalité, brode sur le thème favori de Auschwitz ou le grand alibi, la bible des bordiguistes et néobordiguistes en la matière. Par exemple, en quoi « l’élimination des allégeances intermédiaires à des communautés particulières » au nom de la « communauté abstraite du citoyen » est-elle l’une des causes de l’extermination ? Elle aurait pu, au contraire, conduire à l’intégration des juifs à l’Etat-nation, ce qui fut d’ailleurs la tendance, en partie réalisée, même en Allemagne, à l’époque de l’unification de l’Empire par Bismarck.

Je pourrais continuer longtemps. Mais, pour l’essentiel, la critique de l’idéologie réductionniste qui est à la base des positions de Théorie communiste a déjà été faite de nombreuses fois. Il est donc évident que les principaux gourous de la revue rejettent dans les limbes de l’histoire des textes aussi argumentés que ceux de Lavacquerie, Libertaires et ultra-gauche contre le négationnisme, et même la prise de position collective moins argumentée présentée dans Les ennemis de nos ennemis…, vu que de tels textes critiquent la doxa marxiste néobordiguiste. Les ouvrages ici cités sont d’ailleurs caricaturés, comme le fait toujours Théorie communiste dès qu’il est question de polémique.[Ah bon ? Comme c'est bizarre...]

Hiver 2001.

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément...

bis

je ne reviens pas sur l'analyse du double négationnisme comme renversée de l'antisémitisme à l'islamophobie, quoi qu'on pense de la pertinence théorique de ces concepts (voir ce sujet, page précédente)

tant que tout ce petit monde n'analysera pas le choc en Occident de l'antisémitisme nazi comme celui d'un racisme à l'encontre d'une population considérée comme blanche, un racisme blanc-contre-blanc justifiant les distinctions de "génocide", "crimes contre l'humanité" utilisées à Nuremberg pour ne pas revenir en boomerang contre la ségrégation légale au USA, les colonialismes français, anglais et belges en Afrique et ailleurs, et l'Appartheid Sud-Africain qu'Israël soutiendra jusqu'au bout, on restera dans la version eurocentrée de cette histoire, un peu encombrante puisqu'elle suppose de ne pas emboucher les trompettes jumelles de l'antisémitisme et de l'antisionisme

qu'ils soient juifs ou pas, anti-ceci ou anti-cela, je m'en fous plus que de l'an 46 (Procès de Nuremberg) et de l'an 48 (création de l'État-nation d'Israël), mais quant à leurs silences multiples aujourd'hui, ils ne les emporteront pas au paradis au nom du communisme, et qu'ils alimentent l'idéologie française d'État voire le néo-fascisme identitaire européen, ce n'est qu'un symptôme mais le signe assuré de la fin d'un cycle théorique (Karl Nesic) qui a commencé dès son début, en 1975... et la preuve qu'ils sont de vieux merdeux


par Toutatis et tous les porcs français depuis nos ancêtres les Gaulois,
ils ont grave merdé. Point barre




voir en relation :

- Rosa Amelia Plumelle-Uribe La férocité blanche / Des non-blancs aux non-aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours, 2001

- Norman Ajari Pour une définition décoloniale des crimes contre l’humanité Allocution de lors du Genocide Memorial Day organisé par le PIR, 11 février 2016

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 26 Fév - 14:22


à propos d'une discussion sur Indymédia


où de droit là paraissent...

un tel texte (Avariance et dix verdissements) ne vaut pas d'être censuré, ni aucun provenant de ces milieux radicaux au sens très large puisqu'ils s'élargissent d'eux-mêmes de l'ultragauche à l'extrême droite sans rupture de continuité

la seule question qui vaille est quel sens cela prend aujourd'hui dans l'idéologie française, quel rôle ça joue, et accessoirement avec quel poids, pour savoir si cela vaut d'y remédier : ces milieux, combien de divisions ?


... en poulets à varier

Patlotch a écrit:
Réforme de l'orthographe : pamphlet ou panflhic ?
Sujet de la bac blanc 2016 : en quel français ânoncer l'insurgestion et dénoncer l.e.a bougnoul.e ?

l'approcher de manière policière, serait-elle police anarchiste (ils ont bien des églises...) est aussi vain que se demander "qui infiltre qui ?", quand leurs idées radicales, c'est-à-dire radicalement racistes à la racine, sont les mêmes, qui se sont emparées des masses à devenir force mortellement matérielle, en quoi ces milieux sont moins en rupture qu'ils ne croient où de droit là paressent

en intendant l'début de leur insurgestion,
faut ben rigoler, entrez chez papy Patlotch et...




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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 26 Fév - 18:42


réjouissons-nous sans entraves

Patlotch a écrit:
26 février 2016 à 16:48

quand même, quelque chose bouge, et je ne boude pas mon plaisir de constater qu'au nom de l'anarchisme, on puisse encore s'exprimer en esprit libre, loin des églises, sans dieux ni maîtres, ni langage obligé

le clivage est venu jusques en nos chaumières, pour le dire avec Malcom X, entre Blancs de maison et Blancs des chants, c'est la bonne nouvelle, elle est sans nom décoloniale

pour le reste, et ne pas envahir en réactif robot roboratif, à suivre ici ou


source Indymédia-Nantes




de la liberté de penser en liberté la liberté

penser en esprit libre, en homme libre, en femme libre, c'est prendre le risque de voir ses "ami.e.s" passer chez ses "ennemi.e.s". Pour se retrouver seul ? Allons donc, cette solitude-là est tellement source de rencontres réellement amies, connues et inconnues, que le jeu en vaut bien la chandelle, qui n'est pas morte



Au clair de la lune, mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plume, pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu.
Ouvre-moi ta porte, pour l'amour de Dieu.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 26 Fév - 20:14



« Fatigue... »

Chaud a écrit:
26 février 2016 à 15:04

Les plus-radical-que-moi-tu-meurs c'est un peu comme des enfants en crise perpétuelle : "j'existe ! j'existe ! j'existe !". "Oui on t'a entendu Kévin, mais là on discute s'il te plaît".

Toujours le même besoin de se distinguer, donc. Pas de la société comme ils veulent le faire croire, mais de leur milieu d'appartenance.

Pendant tout un temps c'était simple ça passait par l'idéologie, la posture ou la pratique politique. "Regarde, ces flics, porcs, assassins, je vais leur jeter un caillou, ouais, un véritable caillou" "Mais, Kévin, on est que deux, entourés de retraités" "Et alors, tu crois que ça va éteindre ma rage de guerrier de l'existant ?"

Sauf que les discours et les pratiques radicaux se sont diversifiés (notamment en dehors du milieu anarchiste). Alors ça devient plus dur de se distinguer.

Alors quelle est la dernière provocation qui peut attirer les projecteurs sur eux ? Qu'est-ce qui est vraiment inacceptable ? Flirter avec le discours faf ou avec la pratique police, bien sûr.

C'est ça la petite opération ici. Un texte de critique, non, de délation, sous couvert de bons mots, oui. Honnêtement qu'est-ce qui est intéressant ici, qu'est-ce qui attire l'œil ? Le développement sur La guerre véritable, Pascal et Daesh ? pfff. Ou, comment ils expliquent qu'en fait celui qui écrit ça, c'est untel, et qu'il est pote avec unetelle, qui organise ceci, qui émeute cela, qui clashe avec celui-ci, etc. Un pur truc pour flatter le lecteur ("héhé, j'ai compris, moi j'en suis"), et pour flirter avec les limites de l'acceptable (la délation). Avec au passage quelques remarques sur l'islam, l'islamophobie, etc., (les mêmes choses qui ont valu à la Discordia de se faire tagger sa vitrine récemment). Sauf qu'ici, les auteurs terminent même en assumant de manger... du porc ! Hoo.. Ça frissonne dans les chaumières gauchistes... À quand une "cantine populaire" vraiment désirante-décadente donc avec du pâté. Ha mince les identitaires l'ont déjà fait.

Bon.
Donc là, on regarde l'état du monde, du pays, de ce que vous voulez (pour faire vite : état d'urgence, Syrie, attentats, réchauffement climatique, loi travail, Calais, nddl, etc.).. Puis on regarde l'état du débat révolutionnaire en France tel que nous le donne à voir ce texte...

Ouais, vous faites pitié les gars...


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mer 2 Mar - 18:52


après la Discordia, la Concordia !

on a les relais qu'on mérite



Paris : une librairie anarchiste dégradée par des anarchistes qui l’accusent d’islamophobie

trouvé dans les liens de Indymédia-Nantes...

.
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 4 Mar - 20:44


le négationnisme des marxistes et anarchistes eurocentristes actuels
est un racisme, un anticommunisme


quand j'affirme que le négationnisme des marxistes et anarchistes eurocentristes actuels est un racisme, c'est une condamnation sans appel : théorique, politique et morale, autant que des fascistes,

aujourd'hui, il n'y a absolument aucune sorte d'excuse, chez ceux qui veulent penser une perspective révolutionnaire, pour conserver d'aussi lourds préjugés, que l'universalisme prolétarien ou humaniste incolore ne fait qu'entériner. Aucune excuse parce que cela fait plus d'un siècle qu'existent des textes de théoriciens non-blancs sur ces questions, et que ne pas s'y être intéressé témoigne d'un désintérêt, d'un mépris traduisant un sentiment de supériorité des théoriciens européens. Cela ne peut relever de l'ignorance ou attribué à l'inconscient qu'un certain temps...

il y a de plus les luttes et ce qu'elles disent, de par le monde et même en France sous nos yeux

quand s'ajoute, chez certains théoriciens et militants, la critique de "communautarisme identitaire" voire d'essentialisation de l'origine raciale ou religieuse, la même rhétorique que le pouvoir d'État français, ou des identitaires blancs européens, on comprend que les mêmes s'affirment contre l'antifascisme, l'antiimpérialisme, l'antisionisme, l'antiracisme : ils ont choisi leur camp, et ce n'est pas celui du communisme, mais de ses adversaires de classe

je ne le dirais pas de Marx ou d'autres auteurs socialistes et anarchistes de son temps avec autant de fermeté, sous réserve naturellement d'inventaire, parce qu'ils avaient des préjugés communs à leur époque sans toujours les connaissances à leur disposition pour les abandonner, notamment rencontrer les populations qu'ils jugeaient inférieures, pour autant qu'ils auraient alors su les regarder telles qu'elles vivaient

Marx en Algérie, par exemple, ne fait preuve ni d'une grande ouverture d'esprit ni de sensibilité, si l'on compare aux écrits de Louise Michel en Calédonie, par exemple

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 11 Mar - 18:16


sur le blog de Temps Critiques
l'amalgame sans fin

Rectification sur les interprétations au texte, l’islamisme radical n’est pas un nouveau fascisme Christian 8 mars 2016

Christian a écrit:
L’objectif de mon texte précédant était de s’opposer au racialisme, aujourd’hui utilisé par des courants favorables à l’Islam radical comme le PIR et les théoriciens post-coloniaux...

ici, pas même une tentative d'argumenter le moins du monde, une calomnie, tout simplement, chez ceux qui sont si pressés, comme Valls auprès du CRIF, d'établir l'équation antisémitisme = antisionisme, mais si peu empressés de considérer les dégâts du racisme dans le monde quand il ne s'agit pas de leur propre communauté identitaire, juive et blanche en l'occurrence, ici chez Jacques Wajnsztejn, ailleurs chez Clément Homs de la Wertkritik

à trop vouloir prouver sans preuve, on ne prouve que son allégeance à l'idéologie de l'État et du capitalisme français dans la "guerre au terrorisme", en petit joueurs de flûte négationnistes et racistes de l'eurocentrisme blanc universel : humain, bien sûr...

pour d'autres, dont Roland Simon de Théorie Communiste, du même communautarisme identitaire mais plus discret, c'est au nom du prolétariat universel incolore qu'il accuse le PIR et Saïd Bouamama, ces salauds d'Arabes, de « communautarisme d'essence religieuse » et d'être des « entrepreneurs en racialisation », en attendant l'unité conceptuelle de son prolétariat structurellement fantasmé, pour son auto-abolition dans la communisation

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 17 Mar - 19:18


Syndicat Unifié du Bâtiment de la Région Parisienne

Construire collectivement une conscience de classe 17 mars 2016 SUB-TP-BAM RP



Notre syndicat, composé de travailleurs et de travailleuses d’origines et de cultures diverses, tente, chaque année depuis maintenant trois ans, de porter un regard critique sur une histoire sociale que nous voudrions commune.

Citation :
Nous avons choisi d’engager cette réflexion au moment du centenaire de la déclaration de la première guerre mondiale (1914). Après avoir abordé la question de l’antimilitarisme et de l’antipatriotisme dans le mouvement syndical de l’époque (2014), puis la place des femmes dans la guerre et la production (2015 ), nous aborderons cette année la question de la mobilisation des peuples colonisés, et plus largement la place de l’immigration dans la production et celle de l’internationalisme prolétarien dans le mouvement syndical.

Pour construire cette histoire commune, il faut pouvoir dépasser les clivages que des siècles de colonisation ont insidieusement installés dans l’esprit de chacun, qu’il soit, ou se considère, descendant d’un peuple oppresseur ou d’un peuple opprimé.

Si le respect, entre camarades, construit dans la lutte ou la solidarité quotidienne de classe, y participe il n’est cependant pas suffisant. Il n’est pas rare, en effet que, quand la question du rapport Nord-Sud se pose, nos camarades africains, renvoient tous les européens dans les cordes d’un colonialisme qui les déterminerait.

Nous avons donc souhaité entamer cette année de réflexion syndicale par une mise à plat de ce qui nous constitue.







La force vive du syndicat étant portée par chacune de nos adhérentes et chacun de nos adhérents actuels, nous avons décidé de tous nous représenter sous la forme d’une sorte d’immense « arbre généalogique », porteur des parcours et pérégrinations (sur 4 générations) de nos parents et familles.

Dans les faits, chacun, lors d’une Assemblée Générale du syndicat a donné sa photo, et indiqué son métier et la date de son arrivée à Paris ou en France. Dans un second temps il s’est engagé à apporter le même type d’informations sur un membre de sa famille qui l’avait précédé, et ainsi de suite (et si possible) sur trois générations.

S’est alors posé, pour quelques camarades, le choix de l’aïeul, à ainsi mettre en lumière. En effet on a parfois dans nos familles des personnalités, aux opinions sulfureuses ou aux parcours de vies moralement répréhensibles. Faudrait-il alors choisir, pour le syndicat, une branche familiale plus orthodoxe ?

Au travers de l’histoire du siècle, raconté sur la base partagée de nos histoires familiales, c’est bien dans la complexité de nos histoires familiales, de nos origines et cultures différentes que se construit notre identité collective de classe.

Que dans notre « arbre généalogique », se croisent le tirailleur sénégalais et le résistant limousin, le viticulteur languedocien et le paysan ivoirien, la grande bourgeoise antisémite et la petite bonne bretonne ou portugaise, le supporter de l’Algérie française et la baby-sitter malienne, le tonton qui préférait les teutons et celui qui aimait les tommys, le républicain espagnol et le chanteur berbère … n’en rend que plus riche notre maison commune.

Cette première étape dans le renforcement de notre identité collective servira de tremplin à notre journée commémorative du 12 novembre prochain.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 19 Mar - 22:20


un frémissement semble traduire un tournant dans les milieux se réclamant de l'anarchisme. Je le sens à plusieurs signes, qui s'inscrivent au demeurant dans un mouvement plus large mettant en cause cette idéologie, sur quoi je reviendrai ultérieurement donner quelques exemples divers

il serait dommage et injuste de ne pas en rendre compte dans ce sujet, ce qui laisserait entendre, à tort, que tous les anarchistes seraient comme ceux que j'ai ici épinglés

en voici un exemple somme toute plein d'espoir





Les groupes Regard noir et Salvador Segui sont heureux de vous annoncer la parution de la revue anarchiste Ruptures.


Citation :
La revue Ruptures  est le fruit du travail de camarades anarchistes qui en ont assez de subir l’état de leur milieu. Notre collaboration est née de rencontres et de discussions qui nous ont amenés à prendre conscience que nous avions plus de points communs que nous n’aurions pu le penser. Ce travail sera donc nécessairement tiraillé entre deux nuances de l’anarchisme, des camarades privilégiant les luttes syndicales et d’autres les luttes autonomes, dans leur combat pour le communisme anarchiste.

Rupture, tout d’abord, avec les vieilles habitudes. Ce journal se veut ouvert aux camarades d’horizons divers, qu’ils soient membres d’organisations anarchistes ou autonomes, et nous espérons que ces futurs amis rompront de même avec leurs coutumes de ne pas échanger, ou si peu, avec des membres d’organisations anarchistes.

Rupture, à nouveau, avec le militantisme d’un autre âge, qui relègue encore femmes, minorités sexuelles ou nationales au second plan, par pur désintérêt. Ce journal sera ouvert à leurs expressions et à leurs luttes, pour que l’anarchisme cesse d’être principalement l’affaire d’une minorité.

Rupture, encore, avec ceux qui pensent que l’analyse de classe est dépassée ou que la révolution – quand elle n’est pas dite «  éculée  » – sera le fait des classes moyennes. Pour nous, qui venons du prolétariat et avons choisi ce camp, la lutte des classes n’a jamais été une théorie, c’est une réalité quotidienne et violente.

Rupture, puisque l’on en parle, avec les fossoyeurs de la révolution. Tous ces camarades prétendus anarchistes raisonnables, qui ne veulent pas faire de vagues ou être malpolis  ; ces camarades qui luttent pour un anarchisme acceptable. Nous leur laissons ce terrain, nous serons la mauvaise image de l’anarchisme.

Rupture, aussi, avec l’entre-soi militant, qui rejette les nouveaux arrivants par paranoïa, sectarisme, bêtise ou élitisme. Nous te le disons, à toi qui peut-être ouvres un journal anarchiste pour la première fois : sois le bienvenu ! Nous tâcherons de te faire découvrir nos objectifs et partager nos espoirs au fil de ces pages.

Rupture, toujours, pour que l’anarchisme révolutionnaire soit une pensée de l’action, non de l’intellectualisme facile. Ce journal est autant à sa place dans une manifestation syndicale, au milieu des gaz lacrymogènes, que dans une ferme de Notre-Dame-des-Landes.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Lun 21 Mar - 8:08


s'il me fallait, sous la torture,
choisir et séparer,
ce serait
communiste en théorie
pour être
anarchiste en pratique


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 19 Avr - 14:24


un chef-d'œuvre (trotskiste) de critique eurocentriste


WSWS
Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)


Le New York Times sur la race et l'art Par Hiram Lee 19 avril 2016

Une critique parue le 3 avril dans le New York Times Book Review représente une contribution de plus à la vision raciale de l’art et de la culture devenue la marque de commerce du Times. Dans cette critique de Kill’Em and Leave: Searching for James Brown and the American Soul de James McBride, le critique et romancier Rick Moody (The Ice Storm, 1994) adopte une perspective dont les implications sont tout à fait réactionnaires.


Citation :
Moody déclare d’emblée, «Vous savez quoi? C’est une vérité indéniable que quand des auteurs afro-américains écrivent sur des musiciens afro-américains, des vérités profondes et des variétés de contexte qui sont autrement inaccessibles aux amateurs non noirs de musique du monde émergent, indépendamment de l'importance de l'audience du musicien en question.»

Il continue en célébrant les écrits de Stanley Crouch et Nelson George, deux critiques de musique afro-américains. Moody suggère par exemple que les articles de George pour Village Voice «ont amené une réflexion sur la musique noire – funk, soul et hip-hop – et l'ont élevée à un niveau qui était inaccessible à des écrivains blancs, peu importe à quel point ces auteurs pouvaient apprécier ces chansons. Cette tendance contemporaine dans laquelle des écrivains noirs revendiquent le discours de la musique noire – cette tendance croissante – est un développement indispensable pour quiconque se soucie de la musique contemporaine.»

Ceci revient à insulter les écrivains dont parle Moody. Il attribue les forces dans le travail de ces critiques à leur identité ethnique, et non pas à leurs capacités et aux méthodes intellectuelles qu’ils emploient.

Pour Moody et le milieu dont il reflète le point de vue, il existe un gouffre insurmontable qui sépare les noirs des blancs. Les critiques et le public blancs ont beau apprécier la musique de James Brown et d’autres artistes jusqu’à un certain degré, mais ils ne seront jamais capables de comprendre son contenu essentiel.

Le caractère essentiellement raciste de telles positions est d’autant plus clair quand on considère les arguments qui en découlent. Si les critiques et le public blancs sont coupés de la musique dite noire par leur «blancheur», alors le public noir doit souffrir de limitations similaires associées à ses propres origines ethniques.

Comment les éditeurs du Times répondraient-ils à l’argument de Moody s’il était présenté de cette façon-ci: « C’est une vérité indéniable que quand des auteurs blancs écrivent sur des musiciens blancs, des vérités profondes et des variétés de contexte qui sont autrement inaccessibles aux amateurs non blancs de musique du monde émergent, indépendamment de l'importance de l'audience du musicien en question. » Un suprémaciste blanc serait entièrement d’accord !

Si, par exemple, McBride n’écrivait pas sur James Brown, mais sur d’autres musiciens comme Elvis Presley, perdrait-il son acuité exceptionnelle ? Serions nous mieux avisés de lire l’œuvre d’un critique blanc, disons Greil Marcus, à ce sujet ? Ensuite, même si le père de McBride était afro-américain, sa mère était une juive polonaise. A-t-il le droit d’écrire sur d’autres sujets que les musiciens noirs ? Telles sont les questions répugnantes qui sont inévitablement soulevées lorsqu’on adopte une perspective raciste par rapport à la société et la culture.

Vers la fin de la critique, Moody en vient presque à s’excuser d’avoir une opinion sur Brown ou sur son biographe: «En tant qu’écrivain blanc qui écrit au sujet d’un écrivain noir, qui écrit sur un musicien noir, il y a assez de raisons de se demander si la nuance nécessaire est à ma disposition, moi qui écris cette critique.» Ce misérable commentaire conformiste, que Moody tente de faire passer comme étant «progressiste», donne des frissons.

Les arguments de Moody sont remarquablement similaires à ceux avancés dans les années 1960 par l’auteur nationaliste noir [sic, un peu daté comme qualification] Amiri Baraka. Dans son essai de 1960 «Jazz and the White Critic», Baraka écrivait que les critiques blancs n’avaient pas accès au contenu essentiel du blues à cause de leur identité ethnique et parce qu’ils avaient été corrompus par le bagage esthétique de la musique «blanche» occidentale. Ils étaient «des blancs incultes» imposant leurs «standards d’excellence de blanc inculte». De plus, il disait que les musiciens noirs ne valaient quelque chose que s’ils exprimaient leurs identités en tant que noirs: «Les noirs qui étaient responsables de la meilleure musique étaient toujours conscients de leurs identités en tant qu’Américains noirs et eux-mêmes ne désiraient pas devenir des Américains aux contours flous et sans caractère.

De tels points de vue ont fait énormément de mal à l’art et la culture. Pas une seule œuvre d’art substantielle n’a été créée sur la base d’une telle vision ségrégationniste du monde. De grandes œuvres d’art ne se limitent pas à de si basses restrictions. Elles explorent la vie sociale dans toute sa complexité et transmettent quelque chose d’objectivement vrai; non seulement pour les noirs ou les blancs, mais pour tout le monde.

Suggérer ainsi qu’un artiste voué à la vérité ne peut pas raconter une histoire ou communiquer une situation d’une personne d’origines différentes que les siennes, revient à tourner en dérision l’histoire de l’art. Ouvrir les yeux et regarder autour de soi est l’un des prérequis les plus élémentaires de la création d’œuvres importantes.

Il a souvent été le cas que des artistes dépassent les supposées limites de leurs propres origines pour contribuer énormément à des formes d’art qui n’avaient aucun lien avec leur expérience personnelle sociale, ethnique ou nationale. Dans les années 1950 et 1960, de jeunes musiciens blancs aux États-Unis et en Grande-Bretagne ont redonné vie au blues américain et ont été acceptés par des vétérans afro-américains du genre comme étudiants entièrement légitimes de l’art.

De grandes chanteuses noires américaines telles que Maria Anderson, Leontyne Price, Shirley Verrett et Grace Bumbry et d’autres ont fait des contributions à la musique classique vocale. Leur musique est-elle «noire» ou «blanche»? Elle n’est bien sûr ni l’un ni l’autre. C’est avec soulagement que l’on constate qu’elles n’ont jamais accepté l’argument selon lequel chanter de telles œuvres voulait dire qu’elles avaient succombé à une esthétique blanche occidentale opprimante.

Une proximité au sujet, qui comporterait peut-être un aspect national ou ethnique, peut offrir certaines vérités à un écrivain. On nous dit, «écris ce que tu connais», mais ce cliché n’est vrai que dans un sens très limité. Si l’artiste ou le critique ne va pas plus loin, son ouvrage n’atteindra jamais la plus vaste universalité. C’est particulièrement le cas en musique, où la connaissance de la nature, de ses sons et rythmes, comme le note Trotsky, «est tellement masquée, les résultats de l’inspiration de la nature sont tellement réfractés par les nerfs de l’homme» qu’elle «agit comme une “révélation” indépendante».

Si le jazz était simplement de la «musique noire», alors comment expliquer son vaste appel universel ? Sans aucun doute, en raison de ses origines, il témoigne d’une réponse historiquement spécifique à la vie, mais le jazz a fleuri en tant que forme d’art à un tel point qu’il est allé bien au-delà des conditions immédiates de sa naissance, et en effet, a transcendé ces conditions.

D’après la logique de Moody, le compositeur Richard Wagner avait bien raison dans «Le judaïsme et la musique» (1850) où il prétend que parce que «les Juifs ne parlent que les langues européennes modernes comme une langue apprise, et non pas comme une langue maternelle», cela doit nécessairement les empêcher de s’exprimer de façon idiosyncrasique, indépendamment, et conformément à sa nature». Wagner, s’exprimant en des termes que les adhérents de la politique identitaire comprendraient de nos jours, s’est dépêché de prétendre qu'une langue est l’œuvre «d’une communauté historique: celui seul qui a consciemment grandi à l’intérieur des liens de cette communauté, prend part à ses créations». C’est pourquoi les Juifs étaient «incapables d'exprimer artistiquement» leurs sentiments à travers la parole ou la chanson dans une langue européenne.

Évidemment, ce ne sont que des inepties. En fait, la distance créée par le statut d’externe ou de «l’autre» peut attribuer un avantage définitif à un artiste dans certaines circonstances. Le Juif George Gershwin a créé le plus grand opéra écrit sur la vie afro-américaine, Porgy and Bess. Et il y a aussi la question «sans grande importance» des hommes qui écrivent sur des femmes et des femmes qui écrivent sur des hommes! Quelqu’un aurait dû arracher la plume de la main de Flaubert lorsqu’il s’est mis à écrire Madame Bovary (dont l’auteur aurait dit du personnage principal «Madame Bovary, c’est moi[merci pour le conditionnel, Flaubert ne l'ayant jamais écrit...])

Ces opinions racistes, malgré l’apparence de «gauche» que leur attribuent Baraka et Moody, appartiennent historiquement à l’extrême droite [Moody je ne sais pas, mais concernant Baraka, il faut l'écrire !]. Les nazis proposaient des théories sociales racistes qui en plus de comporter des arguments insensés sur les différences biologiques entre Aryens et Juifs, déclaraient également que les différentes races possédaient des vies internes entièrement séparées, des capacités de compréhension de création, et de l’appréciation de l’art différentes. Ce n’est pas pour rien que Trotsky parlait du «matérialisme zoologique» des nazis.

La tentative de diviser la société sur la base d’origines ethniques sert des buts précis. Une fine couche de la petite bourgeoise afro-américaine veut un plus grand accès aux conseils d’entreprise, aux chaires de départements et aux positions politiques. Elle est prête à employer des méthodes de l’extrême droite, des chasses aux sorcières et de l’intimidation, pour promouvoir ses intérêts.

En même temps, les apologistes du racisme au Times et ailleurs utilisent un tel poison pour démoraliser et confondre la population, la convaincre qu’il existe un «gouffre racial» insurmontable et affaiblir la seule force capable de faire face au système capitaliste: la classe ouvrière.

En fait, les travailleurs noirs et blancs qui se côtoient sur les chaînes de fabrication, travaillent dans les supermarchés ou les hôpitaux, ont beaucoup plus en commun les uns avec les autres qu’avec les milieux aisés des classes moyennes qui font la promotion de la politique raciale afin de les diviser.

(Article paru en anglais le 4 avril 2016)


voir concernant Baraka, Google : Patlotch Baraka
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 28 Avr - 14:51


on n'arrête pas le racisme "marxiste"

Révolution et Libertés / Rosa Luxembourg : « Les guerres sont des phénomènes barbares »

dans ce texte "marxiste", hommage à la République française, Liberté, Égalité, Fraternité, à l'Académie française, à l'État d'Israël, et les amalgames habituels, pour une équation à peine plus lourde que celles d' Yves Coleman, Temps Critiques, les "anarchistes" de non-Fides et de la CNT-AIT de Toulouse... N'en jetez plus, la cour est pleine et l'enfer pavé de bonnes intentions... prolétariennes ?

Le PIR, une officine d’extrême droite

Le PIR (Parti des Indigènes de la République) est créé en 2005 dans le contexte des émeutes de banlieues suite à la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur, et de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques interdisant le port du foulard à l’école, collège et lycée.


Citation :
Toute analyse pourrait montrer que cette organisation ayant été créée par des Trotskystes, des altermondialistes et des syndicalistes aboutirait avec une certaine logique que le PIR est une organisation d’extrême gauche, notamment ancrée dans le courant “Gauchiste” (au sens léniniste du terme). L’un des objectifs de cet article consiste à mettre en avant les caractéristiques qui font du PIR possède la quasi-totalité des caractéristiques des groupuscules situés de l’autre côté de l’échiquier politique. Autrement dit, le PIR est une organisation atypique d’extrême droite.




Le terme indigène utilisé par le PIR soulève un problème majeur, l’expression n’est jamais remise en question et pourtant, il y a de la matière. Si l’indigène est considéré par Houria Bouteldja pour désigner les français issus de l’immigration et plus particulièrement ceux issus des anciennes colonies françaises.

La définition de l’Académie française du mot “indigène” affirme “Qui est originaire du pays où il vit, […] Qui est propre à un pays, en opposition à ce qui y est importé”, mais aussi “relatif aux populations autochtones d’un pays placé sous un régime colonial ou de protectorat”.

En effet, le dictionnaire considère que les indigènes sont ceux qui sont “originaires du pays dans lequel ils vivent”, la conception du “français de souche” de l’extrême droite peuvent caractériser l’indigène d’une part et d’autre part “les populations implantés dans leur pays avant la colonisation en opposition au population européenne”, donc les indigènes sont les peuples ayant été colonisés. Par conséquent, d’après les deux définitions, chaque personne est un indigène de quelqu’un d’autre. Ce confusionnisme permet d’entretenir un trouble dans la position du PIR.

La communautarisme du PIR a vocation d’isoler les personnes issues de l’immigration ou des anciennes colonies vis-à-vis de ce qu’ils appellent “le pouvoir blanc”. Leur volonté s’inscrit de ce fait plus largement dans une lutte raciale “contre la construction d’une Europe Blanche”. Très vite, la lutte contre les blancs prend une dimension importante qui trouve un écho chez les autoproclamés “indigènes”.

Le PIR a trouvé comme allié de choix, l’organisation d’ultra droite (que je qualifie de néo-nazi) Breizh Atao via son responsable : Boris Le Lay.(qui est parti au Japon, pour fuir les condamnations pénales). Les deux organisations d’extrême droite convergent sur l’idée qu’il existe une lutte des races et qu’elles existe. Allons plus loin, les deux organisations partagent également un antisémite profond.

Le PIR a trouvé comme allié de choix, l’organisation d’ultra droite (que je qualifie de néo-nazi) Breizh Atao via son responsable : Boris Le Lay (qui est parti au Japon, pour fuir les condamnations pénales). Les deux organisations d’extrême droite convergent sur l’idée qu’il existe une lutte des races et qu’elles existe. Allons plus loin, les deux organisations partagent également un antisémite profond.

“De nombreux indigènes se considèrent par ailleurs comme n’appartenant à aucune communauté particulière. Des Blancs sont partiellement indigénisés par les politiques de stigmatisation, de relégation, de discrimination qui sont menées à l’encontre des quartiers populaires” réaffirmera le PIR dans son texte fondateur du Congrès Malcolm X.

En conséquence, la lutte des races devient l’un des supports fondamentaux pour l’organisation de Houria Bouteldja. Dans le concept de la lutte des classes “racialisée”, la couleur de peau permet de distinguer la classe sociale et la condition d’une personne. On pourra dès lors comprendre que leur raisonnement affirment que les blancs sont considérés comme la bourgeoisie alors que les personnes issues de l’immigration sont vues comme le prolétariat. Houria Bouteldja affirme “Moi qui n’appartiens pas à la gauche blanche”.

Le rapprochement idéologique entre Boris Le Lay (Breizh Atao, groupuscule néonazi) et Houria Bouteldja apporte une nouvelle pierre à l’édifice. La convergence avec une organisation néo-nazie tenant évidemment de la suprématie blanche renvoi d’une manière assez logique, la volonté du PIR ne peut résider dans une lutte acharnée contre le colonialisme, les discriminations, etc. Ainsi, le PIR devient un adversaire de taille, puisque qu’il possède parmi ses “alliés objectifs” des néo-nazis. Le PIR n’a cependant jamais communiqué sur l’organisation, ni sur Boris Le Lay et on comprend pourquoi.

De même, le PIR rejette le concept de la République en réfutant l’idée de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. En se plaçant dans le camp antirépublicain, on peut dire qu’il existe nécessairement une première barrière idéologique. Dans son texte fondateur, le Parti Politique affirme que “la République est un système politique, idéologique et social basé sur les inégalités raciales au sein de l’Hexagone, à l’encontre de l’immigration coloniale et de ses enfants et plus spécifiquement des Noirs, des Arabes et des musulmans”. Si la République n’est pas parfaite, loin sans faute, ce placement connote une position fondamentale. Il n’y a que les antirépublicains qui ne peuvent qu’adhérer à ce type de discours. En parlant également de “l’état Français”, le parti de Houria Bouteldja considère la République identique au régime de Vichy. Une telle confusion ne permet que de créer des confusions supplémentaires.

La théorie avancée par Houria Bouteldja est que les discriminations sont structurelles et inégales entre elles, mettant en place une hiérarchie des discriminations. Plus loin, nous verrons que les personnes discriminées sont mises en opposition les uns entre les autres.

L’une des vidéos qui a le mérite de mettre à claire la position de Houria Bouteldja vis-à-vis du terrorisme, réside dans sa comparaison avec Mohammed Merah. Lorsque le terroriste islamiste exécute trois personnes de sang-froid devant l’école juive Ozar-Hatorah à Toulouse, cela la laisse indifférente. Est-ce au nom du concept abstrait et obscurantisme “philosémitisme” qu’elle se compare à un terroriste ? Nul ne peut le savoir, mais en fin de compte, il s’agit d’une certaine apologie du terrorisme, puisque finalement Mohamed Merah est comparé à un musulman ordinaire comme il y en a plein dans notre pays.

Le philosémitisme permet au PIR de revendiquer un antisémitisme avec une certaine légitimité. En considérant la France “juive” comme une réalité, le PIR peut affirmer que “avec les résistances du peuple palestinien qui subit depuis 1948 le joug meurtrier de L’État d’Israël,” et que de ce fait “le PIR lutte contre toutes les formes de domination impériale, coloniale et sioniste qui fondent la suprématie blanche à l’échelle internationale”. Le PIR ne reconnaît pas légitimement Israël comme un état à part entier. C’est pour cela que l’organisation participe activement à la campagne BDS.

Ainsi selon le PIR,


Citation :
“cette politique est basée sur un traitement privilégié dont bénéficie la répression de l’antisémitisme par rapport aux autres racismes. Cela contribue à creuser les oppositions entre les différentes composantes de la société française, désignant les Juifs à la vindicte des plus défavorisés dans la hiérarchie des racismes. Au bout de cette logique, on voit se profiler une offensive raciste contre les jeunes indigènes, les accusant d’être le vecteur d’un nouvel antisémitisme.”


De ce fait, selon le PIR, les discriminations antisémites sont placées au-dessus des autres discriminations.

En affirmant que “la catégorie « Juifs » ne constitue toujours pas un corps pleinement légitime de la nation et de son identité”, Houria Bouteldja va plus loin en niant l’implication des Juifs dans l’Histoire de France. On le retrouve de la même manière avec un révisionnisme sur l’Holocauste important :


Citation :
“l’État-Nation a donné aux Juifs deux missions cardinales : devenir la bonne conscience blanche et faire de la Shoah une nouvelle « religion civile » en la dépouillant de toute historicité. La commémoration de la Shoah devient en quelque sorte, un solde de tout compte. L’État paie sa dette aux Juifs et se rachète une probité morale” ou encore “les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe. Parce qu’ils bénéficient aujourd’hui d’une « racialisation positive » d’une part, et que l’amalgame entre Juifs et sionisme est constamment alimenté d’autre part, ils détournent la colère des damnés de la terre sur eux et en même temps protègent l’infrastructure raciale de l’État-Nation. Ils protègent le corps blanc. C’est là la seconde source du ressentiment anti-Juif qui, comme vous le voyez, n’a rien à voir avec l’antisémitisme européen même si parfois il en prend les formes”.


Dans le fond, le discours du PIR est très similaire à celui d’Alain Soral ou de Dieudonné, avec la convergence avec l’extrême droite musulmane et les néo-nazis de Breizh Atao, on peut fort bien conclure que le PIR est un groupuscule d’extrême droite.

Modification le 24/04/2016 :

Le 23 avril 2016, le PIR a mis en avant comme photo du jour le Cheikh Yassin. Ahmed Yassine fut le fondateur et dirigeant spirituel du Hamas (groupe islamiste terroriste). Ce lien profond entre le PIR et l’islamisme ne peut en aucun cas être assimilé à une faute, mais il s’agit d’une volonté et d’une ambition politique. Les extrême-droites sont reconnaissantes les unes des autres. D’autant qu’en ce moment, en Israël ou en Palestine, les deux pays font face à une vague d’attentats d’une ampleur sans précédent. Assumant une position clairement antisémite, le PIR est exposé à deux faits : l’un à-propos de l’apologie du terrorisme, l’autre sur la discrimination vis-à-vis des Juifs (la charte du Hamas).

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 28 Avr - 19:40


Noirs et communistes depuis un siècle

une somme incontournable : à quand des traductions ?


Black Revolutionaries in the US: Communist Interventions, vol. 2

Second volume of the Communist Interventions series, collecting debates between Black revolutionaries in the US.


This has been available on Libcom as a previous version, posted at https://libcom.org/library/black-radical-tradition. This version here is the same content, but with fewer typos and better formatting.

From the preface:
Citation :
This is the second installation of the Communist Interventions series, following up on the first volume which addresses European socialism and communism. The third volume, which incidentally has already been released, concerns revolutionary feminism. Further volumes on other subjects should follow, as well. We hope that these readers will provide the foundation for seminars and reading groups.

No person in the United States can deny that Black liberation remains a pressing issue today. The unrest in Baltimore, Ferguson, etc. underscores the persistent social ills in the USA that Blacks have been unable to escape. The task of attempting to address these grievances within a revolutionary tradition is also—however less well-known—not a new phenomenon. Radical groupings within the USA have grappled with how to emancipate American Blacks from their oppression even prior to the Russian Revolution, although the Bolsheviks’ attempt to export revolution around the globe unquestionably accelerated these efforts. It is this history which we present in the current volume, through primary sources.

Table of contents:
Citation :
1 Slavery And Capitalism
1.1 W.E.B. DuBois, Black Reconstruction (1935)

2 Socialism, Communism and the Negro Question
2.1 Marcus Garvey, An Appeal to the Conscience of the Black Race to See Itself (1923)
2.2 Hubert Harrison, What Socialism Means to Us (1917)
2.3 The African Blood Brotherhood, Program of the African Blood Brotherhood (1922)
2.4 Claude McKay, Report on the Negro Question(1922)
2.5 W.E.B. Du Bois, Application for Membership in the Communist Party (1961)

3 The Black Belt
3.1 Harry Haywood, The Negro Nation (1948)

4 Domestic Work

4.1 Claudia Jones, An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman! (1949)

5 Independent Struggles
5.1 C.L.R. James, The Revolutionary Answer to the Negro Problem in US (1948)
5.2 Richard S. Fraser, For the Materialist Conception of the Negro Struggle (1955)

6 Nationalism, Internal Colonialism and the Black Bourgeoisie
6.1 Harold Cruse, Revolutionary Nationalism and the Afro-American (1962)
6.2 Harry Haywood with Gwendolyn Midlo Hall, Is the Black Bourgeoisie the Leader of the Black Liberation Movement? (1966)

7 Automation and the Outsiders
7.1 James Boggs, The American Revolution (1963)

8 Black Power

8.1 Malcolm X, Message to the Grassroots(1963)
8.2 Stockily Carmichael, Black Power(1966)
8.3 Revolutionary Action Movement, The 12 Point Program of RAM (1964)
8.4 Robert F. Williams, Speech in Beijing(1966)
8.5 Martin Luther King, Jr., Beyond Vietnam(1967)

9 Frantz Fanon
9. Frantz Fanon, The Pitfalls of National Consciousness (1961)

10 The Black Panther Party
10.1 Huey P. Newton, The Correct Handling of a Revolution(1967)
10.2 Fred Hampton, Power Anywhere Where There’s People (1969)
10.3 Eldridge Cleaver, On the Ideology of the Black Panther Party (1969)
10.4 Huey P. Newton, On The Defection of Eldridge Cleaver from the Black Panther Party
and the Defection of the Black Panther Party From the Black Community (1971)
10.5 George Jackson, Prison Letters(1970)

11 White-Skin Privilege
11.1 Ted Allen and Noel Ignatiev, White Blindspot (1967)
11.2 Noel Ignatiev, Without a Science of Navigation We Cannot Sail in Stormy Seas (1969)

12 The League of Revolutionary Black Workers 303
12.1 James Forman, Liberation Will Come from a Black Thing (1967)
12.2 League of Revolutionary Black Workers, General Program (Here’s Where We’re Coming From) (1970)
12.3 Ken Cockrel, From Repression to Revolution(1970)

13 Black Feminism
13.1 Frances M. Beal, Black Women’s Manifesto; Double Jeopardy: To be Black and Female (1969
13.2 Angela Davis, Reflections on the Black Woman’s Role in the Community of Slaves (1972)
13.3 Combahee River Collective, The Combahee River Collective Statement (1977)

14 Reinvention and Critique of the Black Nation Thesis
14.1 Communist League, Negro National Colonial Question (1972)
14.2 Racism Research Project, Critique of the Black Nation Thesis (1975)
14.3 Congress of African People, Revolutionary Review: The Black Nation Thesis (1976)

15 The Nation Thesis Spreads
15.1 Puerto Rican Revolutionary Workers Organization, National Liberation of Puerto Rico and the Responsibilities of the U.S. Proletariat(1974)
15.2 I Wor Kuen, Revolution, The National Question and Asian Americans (1974)
15.3 August Twenty-Ninth Movement, Chicano Liberation and Proletarian Revolution (1976)



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 10 Mai - 14:26


Pepe@dndf, il est vrai loin derrière son protégé Robin, est un grand fournisseur de Collectors gratuits sur la communisation. Léon de Mattis n'entre pas en conccurrence : lui n'est jamais drôle mais, car il est, comme dit Miguel Benasayag, un « militant triste »

si Théorie Communiste s'intéresse si peu à la question raciale, à l'histoire de l'Occident comme domination historique trois siècles avant l'instauration du capitalisme comme mode de production, bref au colonialisme et à ses suites sous le capitalisme et ses traces durables jusqu'à nos jours, Pepe en donne un claire explication :

le colonialisme, c'est fini sans reste, puisque c'était avant

l'extrait suivant le dit, mais les commentaires sont garnis de ces Collectors de la communisation dont Pepe a le secret

... ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale...

Pepe a écrit:
« Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise » 30 décembre 2015

l’articulation classe/genre/race nous parait au cœur des réflexions actuelles dans le milieu de la communisation et nous tenons à signaler ce qui s’y produit de pertinent, [...] même s’il nous semble que l’articulation « distinction de genres/distinction de classes » comporte un caractère fondateur du mode de production capitaliste et la distinction de race un caractère plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire, ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale

On pourrait imaginer une civilisation chinoise qui au lieu de péricliter conquière le monde, un pan arabisme qui réussit… le racisme en aurait peut être revêtu des couleurs différentes…


pour mesurer la profondeur et la clairvoyance, structurées comme un caillou kanak, des considérations post-coloniales de Pepe, on consultera le sujet LA LOGIQUE COLONIALE : hier le COLONIALISME... aujourd'hui les COLONIALITÉS

et pour comprendre ce déni, cet eurocentrisme historique structuré comme un inconscient blanc, et ses dénégations répétitives à un degré compulsif et quasi pathologique résistant à toute argumentation sérieuse, ce sujet ou cet autre :

- DÉCOLONIALITÉ, vue des DOGMES EUROCENTRISTES : 'marxistes', 'anarchistes', féministes... ultragauche et 'communisateurs'

mais peut-être que Pepe, à force de chanter dans les églises, à trouver la foi... du charbonnier ?


J'voudrais avoir la foi, la foi d'mon charbonnier
Qui est heureux comme un pape et con comme un panier



pour nous consoler

adé a écrit:
Et si on pouvait mettre Paris dans une bouteille, il se retrouverait …au Havre. Imagine

Karl Marx : « Le travail flétri sous la peau noire, ne saurait être libéré sous la peau blanche »


la citation exacte est « Le travail sous peau blanche ne peut s'émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri. », en 1967 dans Le Capital - Livre premier Le développement de la production capitaliste III° section : la production de la plus-value absolue Chapitre X : La journée de travail

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 13 Mai - 20:14


Brochure traduite par le groupe Regard noir de la Fédération anarchiste



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 19 Mai - 18:06


"Oiseaux de passage" ou drôles d'oiseaux "anarchistes" ?

Nous n’attendrons pas la révolution pour lutter contre le racialisme

Les oiseaux de passage 17 mai 2016

Refusons le racialisme, ses assignations et sa morale à coup de marteau ! Solidarité avec la bibliothèque anarchiste La Discordia.

« Manifestement les débats que ces attaques veulent empêcher doivent avoir lieu, à propos de la religion et de sa défense, à propos du racialisme, de la ségrégation et de sa promotion – qui a le vent en poupe, comme le montre le « camp d’été décolonial » qui se prépare pour cet été et dont le site publicitaire est instructif. »

ce qui est surtout "instructif", c'est l'amalgame produit ici, au point de se demander pour qui roulent ces so-called anarchistes, puisque nulle part ils ne se démarquent du discours gouvernemental ou de l'extrême-droite identitaire

en effet ce texte est de la veille où fut brûlée à République une voiture de police, et comme un seul homme (blanc), Causeur.fr, Français-de-Souche et Gilles Clavreul, délégué interministériel à l'antiracisme, la revue Challenges... s'en prennent aujourd'hui aux mêmes, les organisateurs du camp décolonial (voir ICI)


Citation :
Fatigués du caquetage en écho des perroquets et alors que les autruches préparent un drôle d’avenir. Nous n’attendrons pas la révolution pour lutter contre le racialisme.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : " C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. "


Pour la troisième fois, dans la nuit du 21 avril, la Discordia a été attaquée. Un cap est franchi : cette fois, on ne se contente pas des tags. La volonté de nuire est certaine, les vitrines ont été brisées. Un tag est à nouveau tracé à la bombe, « raciste », comme pour se rassurer : la cible est-elle bien la bonne ? En tout cas, une fois que c’est marqué dessus… Il semble pourtant que le sens des mots tourne comme une girouette avec le vent. L’opération est à vocation performative : en vous attaquant comme racistes, racistes je vous fais. C’est nouveau, déconstruit sans doute.

L’anarchisme est donc un racisme qui s’ignore, et on ne s’en était pas rendu compte…. Ne nous y trompons pas, derrière ce qui veut se faire passer pour le nouvel anti-racisme, on retrouve des relents du vieux bolchévisme et de ses chantages mal-polarisés, les quelques restes d’un pathétique anti-impérialisme qui de sa cape mitée a déjà étouffé les espérances émancipatrices de beaucoup de révolutionnaires dans ses belles années. L’accusation de racisme est, évidemment, infamante. Pourvoyeur de cette infamie, toi qui avais comme projet d’en contaminer d’autres, sache qu’au moment où tu la portes, ce qui niche dans tes anathèmes commence par infester en premier lieu là d’où tu les profères.

Il ne s’agissait pas d’apporter une drôle de pierre à une quelconque discussion : pas de débat le lendemain. Le message est sans appel, c’est une démarche strictement punitive. Quelques ignorants, emportés par une drôle de foi, cherchent à dissuader cette bibliothèque d’accueillir toutes formes d’expressions révolutionnaires s’opposant à la diffusion du racialisme et à la promotion du religieux.

Quelques ignorants, sans doute. Qui peut sérieusement assumer cette attaque, à part de quelconques hooligans perdus dans l’aire contestataire, la tête bourrée de la confusion en cours ? Soubresaut mécanique d’un muscle crispé par un réflexe pavlovien à la vue du verre ? Le faisceau d’hypothèses est plutôt convergeant. Quand tout ceci aura un peu décanté, le dépôt n’en sera que plus perceptible. Des croyants racontent que Dieu pardonne, et pas le prolétariat. Quant à nous, et sans avoir besoin de toute cette grandiloquence, ces registres ne sont pas les nôtres.

« Les prolos sont naturellement bigots, et c’est pour ça qu’on les aime » ; « pour être anti raciste, il faut commencer par reconnaître l’existence des races » : voilà les messages absurdes qui circulent et sont attrapés par n’importe quel guignol en mal d’adrénaline, bien seul et désespéré certainement de ne plus pouvoir mettre la main sur le prolétariat. Un acte d’allumé trop sûr de lui qui pense peut être ainsi prouver à ses amis qu’il peut courageusement se payer la vitrine d’une bibliothèque anarchiste. Sans doute. Cependant, on aurait tous bien tort de minimiser ce passage à l’acte et de continuer à fermer les yeux face à cette entreprise répressive, qui vise à intimider, à faire taire et à étouffer la contestation du racialisme et de la promotion du religieux. Ces coups de marteaux, qui ne sont en eux-mêmes, qu’un geste à l’allure radicale, s’inscrivent dans la dynamique délétère, normative et normalisante, qui, des plateaux télés aux stands de la place de la République, des éditions La Fabrique aux comptes twitters des militants 2.0, des chaires universitaires aux espaces occupés, des tribunes médiatiques aux sites militants, vient porter sur le devant de la scène une nouvelle bourgeoisie avide d’empowerment, aux méthodes inqualifiables, prête à tout, et surtout à défendre la race, pour asseoir son pouvoir sur une aire militante en perte totale de repères.

Reposant sur la culpabilisation et le chantage à la « banlieue », un drôle de marché se met en place. Quelques bourgeois, of color diraient les américains, prétendent être, au delà des représentants, l’incarnation même de la banlieue, de la misère, de la révolte, des violences policières, des opprimés du monde, et, en échange de quelques coups de fouets, autorisent les militants, qualifiés de « blancs », à les soutenir, les financer, leur lécher les pieds, monter des tribunes pour eux, leur organiser des meetings… Que cela ne passe par aucune lutte, que la complainte victimaire et judiciariste envahisse le champ politique, que cela fasse côtoyer des islamistes, que cela éloigne les possibles subversifs et émancipateurs, que cela remette debout le vieux paternalisme et sa cohorte de post-staliniens, que cela foule au pieds l’histoire, plus ou moins récente, des luttes de l’immigration, qu’elles soient liées au travail, au logement, aux papiers, etc. peu importe : du passé des luttes faisons table rase ! Tant pis, cela passera dans la colonne des pertes et profits.

La voilà, l’origine du problème. On la trouve bien plutôt, d’abord, chez tous ceux qui sont en train de profiter du vide théorique et pratique actuel pour vendre, en évacuant radicalement la délicate question des perspectives révolutionnaires, un prêt à penser complètement normatif, anti-émancipateur au possible, qui part de l’assignation de chacun à sa prétendue race, ou à une prétendument nécessaire appartenance religieuse qu’il faudrait défendre comme telle. En accord avec la dynamique actuelle des pires courants gestionnaires au pouvoir, du parti socialiste, au parti communiste, éternellement en cours de rénovation, à la droite voire à l’extrême droite, on défend une nouvelle norme identitaire, qui cherche à se donner pourtant les allures de la radicalité. Et là, quand la norme et la réaction se radicalisent, on peut tous commencer sérieusement à s’inquiéter.

Aux quelques égéries racialistes, tout est permis, jusqu’au chantage à la dissociation quand il s’agit de réagir à la répression et que leur monopole n’est pas assuré, comme pour la solidarité avec ceux qui subissent la répression du mouvement en cours par exemple : soit vous acceptez notre présence et reprenez notre com’ racialiste, soit on ne s’associera pas au soutien face à la répression du mouvement social. Ce chantage pourtant inacceptable est accepté, voire applaudi, et les perroquets s’apprêtent à obéir aux injonctions intolérables de cette petite bande, pendant que les autruches enfoncent un peu plus profond la tête dans leur trou.

Voilà ce à quoi l’aire à prétention contestataire risque de se retrouver cantonnée si on ne réagit pas, et si chacun continue à faire l’autruche, ou le perroquet. Ce qu’on aura laissé faire aujourd’hui à la Discordia, on le paiera très cher plus tard. D’ailleurs, à supposer que la lâcheté cesse de servir de boussole, chacun le sait très bien, en particulier tous ceux qui ne cessent d’affirmer comme une évidence, mais dans les couloirs, un refus intransigeant du racialisme, sans pour autant le faire exister, en parole ou en actes, d’une manière ou d’une autre, ouvertement.

Alors, puisqu’il faut que cela cesse, ce dont tous les révolutionnaires, camarades ou compagnons, habitués ou pas de la bibliothèque, conviendront, il va falloir aussi cesser de fermer les yeux, comprendre ce qui se passe, et trouver le moyen, efficacement et à nombreux, chacun à sa manière sans doute, de s’y opposer.

Empêcher la diffusion et la circulation de ces manières mortifères de penser et de voir le monde est d’ailleurs une urgence si on veut contrer l’atmosphère irrespirable qui est en train de se déployer dans ce qu’il reste de l’extrême gauche. Bien loin de nous éloigner des combats actuels et à venir, c’est la condition nécessaire et préalable pour y prendre part.

Rouvrir la possibilité du débat, d’une élaboration commune et variée dans un champ fermement opposé aux communautarismes et aux positionnement identitaires, d’où qu’ils viennent, voilà ce qu’on se doit tous, d’où qu’on vienne, de défendre. Et c’est justement la manière dont la Discordia prend part, sans concessions, mais avec une ouverture certaine, à ce combat vital qui la désigne aux pitoyables bras vengeurs des défenseurs de la race, de leurs amis et de leurs fans.

Que les autruches sortent la tête des trous dans lesquels elles se sont enfouies depuis trop longtemps, que les perroquets s’émancipent pour contribuer à élaborer la langue des révolutionnaires, dans laquelle on se parle, on travaille accords et désaccords, on construit et on confronte des hypothèses subversives pour comprendre le monde et le transformer, qu’on se retrouve, enfin, pour contrer les racialistes, leur monde et leurs arrières mondes, et tout le reste.

On ne laissera pas la Discordia et ceux qui l’animent seuls face au verre brisé, aux menaces et à d’éventuelles nouvelles attaques. Manifestement les débats que ces attaques veulent empêcher doivent avoir lieu, à propos de la religion et de sa défense, à propos du racialisme, de la ségrégation et de sa promotion – qui a le vent en poupe, comme le montre le « camp d’été décolonial » qui se prépare pour cet été et dont le site publicitaire est instructif. Mais pas avec n’importe qui, et pas sur n’importe quelles bases.

Plus largement, ce qui se passe, et ne se passe pas, actuellement, est le signe clair que c’est un chantier bien plus vaste qu’il faut ouvrir, et peut être commencer par mettre à bas les fausses évidences, les accointances politiciennes, et les transactions de milieu. Soyons donc à la hauteur de la situation ! L’époque l’exige, il nous faut retisser le fil rouge pour sortir du dédale, remettre sur pied une aire révolutionnaire, avec ce qu’elle peut contenir de critiques, de propositions politiques, de pratiques à rejoindre, et cela se fera contre les racialistes, les défenseurs de l’ordre, qu’il soit religieux ou républicain, ou ne se fera pas.

PDF - 95.5 ko Les oiseaux de passage - La Discordia

Nous n’attendrons pas la révolution pour refuser les assignations raciales et religieuses dans lesquelles on veut nous enfermer.

Les oiseaux de passage.  
[Repris de La Discordia, où on trouvera d’autres communiqués de compagnons et camarades solidaires.]


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 19 Mai - 19:29


antidote anarchiste au texte précédent, chez Indymédia-Nantes


« Si c’est ça le racialisme, alors il faudra en accuser beaucoup d’anarchistes »

Nous sommes saturés par des donneurs de leçons soi-disant libertaires mais en réalité autoritaires au point de ne pas pouvoir supporter la moindre dénonciation de l’islamophobie sans employer l’insulte et notamment le mot « racialiste » censé esquiver tout débat sur le racisme. Si on lit leurs textes débités comme des litanies, on comprend que le mot « racialiste » désigne tout simplement les antiracistes non-blancs et/ou solidaires. Et comme eux de leur côté ne mènent jamais aucune lutte contre le racisme, le mot désigne en dernier ressort les antiracistes tout court. C’est précisément ce qu’on appelle islamophobie, mais ce qui est grave c’est que ça puisse toucher le milieu libertaire.

Citation :
Le fait qu’on n’entende jamais parler d’eux autrement que pour dénigrer la lutte des autres en dit long sur ce qu’ils entendent en réalité par racisme et « racialisme ». C’est pas un, c’est pas deux ou trois, c’est des dizaines d’articles qu’ils envoient sur Indymedia pour pleurer sur les malheurs d’une bibliothèque « libertaire » et ses démêlés avec des groupes rivaux qui emploient les mêmes méthodes d’exclusion.

On a trop connu les procès en inquisition de ces gens-là pour se laisser impressionner par leurs insultes. On n’est ni des racialistes, ni des culs-bénis, on dénonce la religion autant qu’eux, mais sans passer par le RACISME. La Discordia et ses « protecteurs » ont une piètre opinion des anarchistes non conformes à leurs normes, "résignés", "tristes", "mythomanes", "populistes", "casseurs respectables", etc., et vont donc leur donner des leçons de radicalité dans leurs manifs :

https://nantes.indymedia.org/articles/34377

Tout ce qu’il y avait à dire sur cette guerre picrocholine qui n’a apparemment pas soulevé l’intérêt les masses libertaires a été dit et répété des dizaines de fois, voir entre autres :

https://nantes.indymedia.org/articles/33231

https://nantes.indymedia.org/articles/34574

etc.

Alors pourquoi en remettre une louche maintenant ? En fait, pour continuer encore et toujours à insulter les libertaires antiracistes. On ne nous demande pas seulement de soutenir une bibliothèque qui fait des procès d’intention aux libertaires, mais en plus et en même temps on continue les mêmes accusations. Nous prendrait-on pour des masos ?

Cette caricature des libertaires sans la moindre possibilité d’une opinion un tant soit peu divergente, dans le style des « débats » de La Discordia, s’apparente plus aux procès staliniens qu’à des « discussions » entre libertaires. Nous assigner le rôle de religieux face à des anti-religieux est une malhonnêteté digne de Goebbels ou de Vychinski. Ce genre d’accusation : « Nous n'attendrons pas la révolution pour refuser les assignations raciales et religieuses dans lesquelles on veut nous enfermer » est particulièrement crapuleuse, et aucun-e anarchiste digne de ce nom ne l’acceptera jamais.

D’ailleurs, les libertaires se sont exprimé-e-s sur ce sujet sans que nos inquisiteurs n’en fassent jamais mention, comme s’ils n’existaient pas. Eh bien si ! Les libertaires antiracistes ET anti-islamophobes existent, ils ont même distribué un tract le mois dernier pour l’expliquer :

Depuis le début des fortes mobilisations contre le projet de loi travail Valls-El Khomri, voilà que le voile réapparait subitement dans le débat médiatique et politique, (propos de Rossignol sur la mode islamique, propos de Valls proposant l’interdiction du voile à l’université). Une nouvelle fois, les sorties islamophobes des responsables politiques, systématiquement relayées par les grands médias, font offices d’écrans de fumée permettant d’occulter les questions réellement importantes (casse du code du travail et hypothèque de notre avenir, affaire Panama Papers, violences policières,…). Tous ces sujets deviennent inaudibles, le problème devient le méchant voile ! On constate donc que le racisme n’est pas une question indépendante qui n’aurait pas de rapport avec la mobilisation actuelle, au contraire, il nous concerne tous plus que jamais.

L’islamophobie s’est installée en France, comme instrument de pouvoir visant à stigmatiser les musulman-e-s, souvent à travers la figure de l’arabe et du noir issus des quartiers populaires. L’islamophobie est le racisme qui vise le rejet des personnes de confession musulmane ou perçues comme telles. Ce racisme joue sur la peur d’une fantasmée « islamisation de la France », et pour ces raisons, son expression peut aller de la xénophobie classique jusqu’à un rejet qui se cache, consciemment ou inconsciemment, derrière la défense de la laïcité et la critique de la religion.

L’islamophobie s’est matérialisée en France, sur les plans juridique et institutionnel autour des affaires de voile (débat et de la loi de 2004 visant le foulard à l’école, 299 et lois visant le nikab, circulaire Châtel visant les mères voilées accompagnatrices de sortie scolaire).

Nous, militant-e-s libertaires, anticapitalistes, décoloniaux, internationalistes, luttons contre toutes formes de dominations d’Etat, contre le sexisme, pour une société autogérée, solidaire et égalitaire et considérons que la lutte radicale contre l’islamophobie d’Etat constitue dans la période actuelle un enjeu majeur :

– car il s’agit de la construction d’un racisme respectable, qui depuis 30 ans vise à remettre à la place d' »invisible » et de « subalternes » celles et ceux qui parmi nous, français-e-s issu-e-s de la colonisation, immigré-e-s et plus généralement les habitant-e-s des quartiers populaires racisé-e-s, chaque fois qu’il nous vient l’idée de nous révolter, de réclamer l’égalité et la justice. Pour ces raisons nous combattons également les injonctions à l’intégration-assimilation qui accompagnent l’islamophobie et toute autre forme de racisme.

– car l’islamophobie justifie la xénophobie, la chasse aux sans-papiers et aux réfugié-e-s (avec l’argument selon lequel il faudrait stopper l’immigration qui « islamiserait la France »). Au nom de la lutte contre le terrorisme on justifie la répression, le recul des libertés (Etat d’urgence actuel) on justifie les violences policières et on justifie également les guerres impérialistes (depuis 15 ans: Afghanistan, Irak, Mali, Syrie, Libye etc.), dont les vrais motifs, nous le savons, sont économiques et stratégiques (pétrole, gaz, uranium). On justifie également le soutient à l’apartheid israélien (Israël perçu comme rempart du monde libre face aux « barbares musulman-e-s »), à l’instar de la pensée du projet sioniste.

– car l’islamophobie crée et justifie des discriminations (légales, comme les lois visant les femmes voilées, et illégales, comme le délit de faciès en direction des musulman-e-s) qui soumettent toujours davantage à la précarité les travailleurs et travailleuses des quartiers populaires, contraint-e-s au déclassement professionnel par peur du chômage, et ceci pour le plus grand plaisir du patronat.

– car l’islamophobie touche avant tout les femmes en termes de violences et d’agressions. Les lois anti-voile répriment et excluent des femmes, stigmatisent et infériorisent les femmes voilées en les présentant à la fois comme victimes et coupables.On leur refuse ainsi toute parole politique, l’islamophobie a donc une très forte dimension sexiste.

– car l’islamophobie favorise la montée de l’extrême droite et de tous les courants réactionnaires, tandis que le « deux poids deux mesures » entretenu par Valls entre islamophobie et antisémitisme favorise la montée de ce dernier notamment en suscitant une forme d’hostilité intercommunautaire, qui nourrie les courants réactionnaires et complotistes divers qui n’hésitent pas à exploiter ce vieux fond de commerce qu’est l’antisémitisme.

– enfin, car comme tous les racismes, l’islamophobie divise les travailleurs et travailleuses que l’on oppose à celle et ceux des classes populaires au profit du patronat (diviser les travailleurs et travailleuses en fonction de l’origine, la couleur ou la religion et unir le patron et le travailleur blanc ou la travailleuse blanche contre l’autre, l’immigré-e, les non blanc-he-s, musulman-e-s désigné-e-s comme bouc-émissaires). Elle divise aussi les immigré-e-s, les habitant-e-s des quartiers et même les musulman-e-s entre elles/eux, mais divise également et oppose les femmes entre elles. Or pour combattre toutes les dominations, pour réclamer la justice, il faut s’unir!

Nous, militant-e-s libertaires, constatons que l’ensemble de la classe politique est traversée par l’islamophobie (au nom d’une soi-disant laïcité), y compris dans le mouvement social, l’extrême gauche et le mouvement libertaire (au nom d’un athéisme fourvoyé), et pour ces raisons nous décidons de nous engager radicalement contre l’islamophobie, de favoriser et d’accompagner l’engagement des premier(ère)s concerné-e-s et visé-e-s par ce racisme, et nous unir quelque soit nos origines sociales, raciales ou de genre , croyant-e-s et non croyant-e-s, voilées et non voilées, afin de construire la solidarité populaire dont nous avons besoin en ces temps de régression sociale et de durcissement sécuritaire, mais également afin de porter haut et fort nos aspirations communes en vu de l’émergence d’une société solidaire, égalitaire et libertaire.

Qui sommes-nous ?

Le collectif « libertaires contre l’islamophobie » regroupe des militant-e-s libertaires de tendances et d’horizons diverses, engagé-e-s dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes dont la lutte contre l’islamophobie. Encore insuffisamment reconnue par notre camp voire même contestée par certain-e-s, nous avons lancé en 2012 un premier appel « libertaire et sans concessions contre l’islamophobie » afin de provoquer une prise de conscience collective. Suite aux attentats de 2015 et de leurs conséquences, nous avons décidé de continuer à investir cette lutte plus que jamais d’actualité. Conscient qu’il est désormais temps de passer à l’offensive, le collectif « libertaires contre l’islamophobie » se donne les objectifs suivants :

- Susciter une prise de conscience collective sur cette forme de racisme qui touche l’ensemble des musulman-e-s à travers le monde et plus particulièrement les femmes.

– Se mobiliser dans les initiatives de luttes contre l’islamophobie aux côtés des premier-e-s concerné-e-s

– Participer à la construction d’un rapport de force afin de relancer un mouvement et un élan de solidarité antiraciste radicale unissant toutes les victimes du racisme d’État, sans laisser de catégorie sur le bord de la route.

– Ancrer la lutte contre l’islamophobie dans la lutte globale contre la société de classes et le système capitaliste qui la génère, de même que toutes les formes de dominations, d’oppression et d’exploitation.

– Combattre toute légitimation argumentaire islamophobe au nom des idées libertaires et ainsi opposer un message fort: « Pas d’islamophobie au nom des idées libertaires! »

Lorsque un folklore faussement libertaire est utilisé pour justifier l’islamophobie, ou lorsque cela gangrène notre camp politique tout comme l’ensemble du camp progressiste, nous disons clairement non, et seront là pour nous y opposer.

Nous tenons également à réfléchir aux causes de la « radicalisation » nihiliste et autres dérives et adhésions aux courants réactionnaires, et donc à nous engager à lutter contre ces idéologies mortifères, les bases matérielles sur lesquelles elles prospèrent.

Ajoutons à cela notre volonté de combattre les logiques d’exclusions qui apparaissent parfois au sein du milieu militant et libertaire à l’encontre des personnes croyant-e-s en générale, et musulmane en particulier. Il n’y a pas d’incompatibilité pour nous à être croyant-e ou non, pratiquant-e ou non, voilée ou non ET libertaire, même si nos points de vue peuvent diverger sur ces questions. Pas d’injonction à l’athéisme, à l’invisibilité religieuse ou à l’uniformisation pour être libertaire.

Contact : libertairescontrelislamophobie@hotmail.com

http://www.bboykonsian.com/Libertaires-contre-l-islamophobie-Tract-du-17-avril-2016_a3452.html

L’argumentaires des libertaires « qui n’ont pas peur de se dire islamophobes », leitmotiv répété ad nauseam, c’est de nous accuser de « défendre une religion » ! Vous croyez qu’on peut laisser passer ça ?

En fait, et c’est vraiment ça qui leur est reproché, LES LIBERTAIRES DÉFENDENT LES RACIALISÉ-E-S SANS SE PRÉOCCUPER DE LEUR RELIGION.

Les antiracistes, libertaires ou pas, ne demandent pas aux victimes de l’islamophobie RÉELLE (vécue, en dehors de toute croyance ou idéologie) de prouver leur athéisme avant de leur manifester la moindre solidarité !

Si c’est ça le racialisme, alors il faudra en accuser beaucoup d’anarchistes.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Dim 22 Mai - 14:58


"le flic Daeninckx" a changé son fusil d'épaule

Didier Daeninckx a écrit:
A Saint-Denis, il y a l'université, et il y a une influence assez importante d'un parti que je considère comme un parti raciste, le Parti des Indigènes de la République (PIR), qui a une très forte influence même sur les élus dans les banlieues.

Marianne / France Inter 20 mai


Houria Bouteldja a écrit:
20 mai, 08:10 ·

Didier Daenincks s'ajoute ainsi à la liste lugubre des "anarchistes" islamophobes...

Se proclamant "communiste libertaire" et, en tant que tel, supposé armé d'une solide analyse de l'Etat, Didier Daenincks vient prêter son appui à l'offensive menée de l'extrême-droite au PS contre les personnes musulmanes ou supposées l'être. Décoloniser la gauche radicale et l'anarchisme, tout reste à faire...

C'était sur France Inter ce matin où il est allé dans le sens du Figaro magazine sur Saint-Denis, un nouveau Moelinbeck et il a qualifié le PIR de parti raciste. Y'a pas que Finkie et BHL qui sont passés du col Mao au Rotary...



Ivan Khayati a écrit:

daeninckx anarchiste



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 24 Mai - 21:08


Marx, marxisme, démocratisme radical et pensée décoloniale

texte d'Emre Öngün intéressant à plusieurs titres :

- il aborde, chose rare sur le plan théorique, les rapports entre Marx, le marxisme et la pensée décoloniale, ici à travers le dernier livre d'Houria Bouteldja, et dans une controverse avec un texte d'Arian Perez. Les deux appartiennent à Ensemble, particule issu d'une scission du NPA, de morceaux du PCF, et d'écologistes...

- il le fait dans ce qui est en quelque sorte une critique du marxisme orthodoxe (contre Marx) et du démocratisme radical, ce qui recoupe mes considérations de ces dernières années, elles davantage critique de la théorie de la Communisation dont les défauts à cet égard sont bien plus paradoxaux

on peut le voir comme une étape dans l'approfondissement d'une problématique en définitive peu abordée en France tant sur le plan théorique que pour ses implications politico-stratégiques

sans autre commentaire à ce stade, il me faudra y regarder de plus près



Colonialisme, racisme et capitalisme : revenir à Marx

Emre Öngün Contretemps 20/05/2016 (existe en PDF)

Ariane Perez a publié une recension critique du dernier livre d’Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, paru aux éditions La Fabrique. Selon Emre Öngün, cette recension nécessite elle-même une critique… dont l’objet n’est pas son propos sur le livre d’Houria Bouteldja mais sa conception des rapports entre capitalisme et colonialisme/esclavagisme. Le présent texte porte donc sur cet aspect, dont l’enjeu dépasse la recension d’un livre mais porte sur des éléments fondamentaux de compréhension du capitalisme.

Citation :
Les considérations exposées par A. Perez consistent en ceci :

◦ Il existe des oppressions et des antagonismes de classe dans chaque société un tant soit peu complexe ;

◦ De son point de vue, l’enjeu pour les révolutionnaires anticapitalistes est d’être du côté des différents groupes opprimés et exploités.

Schématiquement, on peut distinguer de approches sur les questions internationales. La première consiste en une analyse globale des dynamiques contradictoires du système capitaliste. La deuxième relève de la pratique militante régulière de « solidarité ». Un groupe d'un État A détermine qu'une partie de la population dans un État B est opprimé et/ou exploité et se positionne « en solidarité ». Une réflexion stratégique internationaliste nécessite que la première dimension soit déterminante et que la deuxième dimension s'y insère. L’approche d’A. Perez consiste, au contraire, à remplacer la première dimension par une juxtaposition de « solidarités » pouvant être éventuellement être reliées par des analogies ou l’observation de similarités d’un cas à l’autre. Cet empirisme consistant à mettre bout à bout de nécessaires actions de "solidarités" ne saurait permettre de comprendre les dynamiques transformant le monde.

D’une certaine manière, le propos d’A. Perez fait de nécessité vertu en avalisant « théoriquement » les pratiques militantes de la gauche radicale qui réduisent l’internationalisme à la « solidarité internationale », ou plutôt à une multiplicité de « solidarités » diverses et variées avec des groupes dans différents pays (et qu’il faudrait « faire converger »).

Or, une myriade de solidarités plus ou moins reliées ne font pas une stratégie. L’intérêt du texte d’A. Perez est qu’en se cantonnant strictement à cela, en ignorant (volontairement ou non) les débats et apports théoriques marxistes ou même certains éléments fondamentaux de l’œuvre de Marx, non par des omissions mais par des affirmations sans détour, il éclaire le caractère néfaste de cette approche. Cela se manifeste par l’occultation des dynamiques globales du capitalisme et empêche une pleine compréhension de nos tâches en France ainsi que toute réflexion stratégique adéquate à quelque échelle que ce soit (globale ou française)
.

Ma critique du texte d’A. Perez va se développer en trois points :

- en quoi son propos consistant à nier le caractère structurant du colonialisme transatlantique européen n’offre aucun cadre d’analyse des dynamiques du système capitaliste ;

- en quoi nier ce caractère structurant empêche la compréhension du fait que des catégories et des rapports politiques élaborés dans le cadre colonial se sont étendus à des relations d’oppression non-coloniales ;

- en quoi cette incompréhension entraîne d’importants points aveugles par rapport à l’analyse de la société française et des tâches des révolutionnaires.

Le caractère structurant du colonialisme transatlantique européen pour le système capitaliste

Une grande partie des considérations d’A. Perez consiste à rappeler, d’une part, que le phénomène colonial, l’esclavagisme ou que les guerres expansionnistes ne sont pas l’apanage de l’Europe et, d’autre part, que l’exploitation et les oppressions ont existé et existent toujours au sein des sociétés colonisées. Ce propos est complété par son pendant logique : la lutte des classes est déterminante partout, y compris dans ces sociétés-là.

Il est facile de souscrire à l’assertion selon laquelle, au-delà d’un certain seuil de complexité, il existe des antagonismes sociaux dans toute société, que dans une société, il peut exister des inégalités et différents types d’oppression, capitalisme ou non, colonialisme ou non. Mais en quoi un tel niveau de généralité permet de comprendre le capitalisme (c’est-à-dire les dynamiques qui lui sont spécifiques) et donc présente le moindre intérêt pour des militants marxistes révolutionnaires ? Ainsi, la difficulté majeure du propos d’A. Perez est qu’en procédant de la sorte, elle évacue en réalité la question du capitalisme, sa genèse et son devenir, c’est-à-dire le monde dans lequel nous vivons (et que nous souhaitons détruire). Cela revient à deshistoriciser les phénomènes dont il est question avec pour effet de congédier toute velléité de stratégie révolutionnaire.

La démarche d’A. Perez implique non seulement de relativiser l’importance du colonialisme et de l’esclavage européen dans la genèse du capitalisme – et partant du monde dans lequel nous vivons –, mais même de considérer ce débat comme nul et non avenu dans la mesure où, pour Perez, les idées du livre qu'elle critique sont des élucubrations vides de sens. Comme le propos est repris sur le site de notre organisation, qui est anticapitaliste, alors même qu'il trahit une assez large méconnaissance des questions abordées, examinons de près ce texte avec un appareil critique adéquat.

Dès le début de son texte, A. Perez plante le décor dont elle ne sortira pas :


A. Perez a écrit:
Marx nous disait que l'histoire de l'humanité, c'était l'histoire des luttes des classes. Bouteldja nous dit que c'est l'histoire des Blancs asservissant les Autres, les colonisés. Qui est donc le Blanc ? Il est le produit de l'histoire occidentale qui commence en 1492 quand la race blanche s'auto-invente à partir de la traite des Noirs, nous explique-t-elle.

"Ils nous disent 1789. Répondons 1492". Loin de moi l'idée de nier l'importance symbolique de l'arrivée de Christophe Colomb sur l'île d'Hispanolia. Mais est-il bien sérieux de faire commencer l'histoire de l'humanité à cette date ? Où est donc passé l'Empire Ottoman ? Et le grand mouvement de conquête de l'Islam ? Et l'empire chinois qui faisait alors jeu égal avec l'Occident ? Et l'Inde ? Disparus.



Avant même d’aborder l’examen historique proprement dit, il est nécessaire de relever une erreur factuelle d’A. Perez. Celle-ci fait comme si considérer 1492 comme une date charnière pour la compréhension du monde (capitaliste) actuel était une lubie (guère « sérieuse ») de H. Bouteldja en lui opposant K. Marx sur ce point. Pourtant, il s’agirait plutôt de convoquer K. Marx (et quelques autres) contre A. Perez. Certes Marx et Engels ont affirmé, dans Le Manifeste du parti communiste, que « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de la lutte de classes ». Bien heureusement, son propos ne se limitait pas à cela.

En effet, au sujet de la genèse du capitalisme et de l’accumulation primitive, Marx écrit dans Le Capital :


Marx a écrit:
La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile; elle a le globe entier pour théâtre. (…) Les différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne, la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVII° siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. (…) Ce fut la traite des nègres qui jeta les fondements de la grandeur de Liverpool ; pour cette ville orthodoxe le trafic de chair humaine constitua toute la méthode d'accumulation primitive. Et, jusqu'à nos jours, les notabilités de Liverpool ont chanté les vertus spécifiques du commerce d'esclaves. (souligné par moi)1.

Dans ces passages, K. Marx accorde une place déterminante à 1492. C’est même tout le contraire : il considère que ce sont bien le colonialisme européen en Amérique (et non l’expansion des empires chinois ou ottoman, non l’histoire de l’Inde), la traite des noirs par les puissances coloniales européennes (non l’esclavagisme dans les sociétés africaines, précolombiennes ou autres) qui ont contribué directement et décisivement à l’accumulation primitive du capital. Sur cette question, K. Marx est d’ailleurs dans la lignée d’A. Smith. En d’autres termes, il ne s’agit pas pour K. Marx « de faire commencer l’histoire de l’humanité » (question qui, autant que je le sache, n’en est pas une pour lui) mais bien celle du capitalisme industriel à partir de 1492. Or, c’est la question qui devrait faire pour des révolutionnaires anticapitalistes. L’emploi du terme « aurore » de l’ère capitaliste ne saurait mieux illustrer l’approche de K. Marx.

Sans préjuger du reste de l’ouvrage de H. Bouteldja, en ce qui concerne l’historicisation du monde capitaliste dans lequel nous vivons, on ne saurait affirmer que la formule « Ils nous disent 1789. Répondons 1492 » manque de « sérieux ». Ce qui certainement n’est pas sérieux, c’est de lui opposer le nom de K. Marx. Ajoutons à cela que de nombreux travaux d’historiens marxistes ont étudié le lien entre 1492, autrement dit la colonisation des Amériques puis la traite des Noirs, et la structuration de notre monde capitaliste. Abordons brièvement deux aspects :

1) L’impact directement économique du colonialisme dans l’émergence du capitalisme

Trotsky relève que « la découverte de l'Amérique, qui d'abord enrichit et rehaussa l'Espagne, lui devint ensuite néfaste. Les grandes voies commerciales s'écartèrent de la péninsule. Les Pays-Bas s'étant enrichis, se détachèrent de l'Espagne. Après eux, l'Angleterre érigea sa suprématie sur l'Europe, et pour longtemps » 2.

En effet, « l’afflux de lingots depuis le Nouveau Monde produisit également un parasitisme qui sapa et mit fin de manière croissante aux manufactures domestiques » (traduction personnelle depuis l’anglais, Perry Anderson, Lineages of the Absolutist State). Or « le trésor américain, en l’absence d’opportunités pour l’investissement productif, stimula l’inflation en Espagne qui réduisit encore plus les possibilités pour les manufacturiers domestiques pouvant concurrencer les produits moins chers d’industries établies dans les économies à relativement faible inflation telles que la France, les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne » 3. L’effet déstructurant du trésor américain fut renforcée par l’illusion qu’elle permettrait à l’empereur Philippe II de mener une guerre intenable contre les Ottomans en Méditerranée et la Hollande au nord et à recourir à de très importants emprunts. Si bien qu’entre 1492 et la fin du XVIIe siècle, la couronne espagnole fit banqueroute huit fois.

Or, Alexander Anievas et Kerem Nisancioglu rappellent que, comme la dette espagnole était détenue par les banquiers génois qui réorientèrent le surplus sur le marché des obligations auquel avait accès le capital hollandais, « au long des XVIe et XVIIe siècles l’Espagne et le Portugal agirent comme des conduits de transfert de l’essentiel des lingots d’Amérique vers les coffres des financiers d’Anvers, Amsterdam, Londres, Paris et Gênes. L’argent du Nouveau Monde contribua à l’espace structurel géopolitique ouvert en Europe du Nord-Ouest (particulièrement la Hollande et l’Angleterre) et son développement capitaliste » 4. Le trésor américain passé dans la finance européenne joua un rôle fondamental pour le commerce avec l’Asie de la Hollande et de l’Angleterre (via leurs Compagnies des Indes orientales respectives) et l’expansion du capitalisme mondial.

Mais le caractère central de 1492 dans la structuration ne s’est pas limité à fournir les ressources financières et un marché mondial aux sociétés où un ensemble de facteurs concourraient par ailleurs à l’émergence du système capitaliste. Le colonialisme transatlantique européen a également entraîné des changements dans le domaine de la production, aussi bien dans les colonies proprement dites qu’en métropole.

2) Le colonialisme, la plantation esclavagiste, la production et l’émergence du capitalisme industriel

La plantation combinait le capital anglais, la terre américaine et les esclaves d’Afrique. Cette combinaison était sans précédent et la plantation américaine est donc fondamentalement différente des autres formes d’esclavage (et de plantations) en tant qu’unité productive orientée spécifiquement vers une production capitaliste.

K. Marx cite d'ailleurs l'esclavage de plantation comme l'un des contre-tendances à la baisse tendancielle du taux de profit. « D'autre part, les capitaux engagés dans les colonies rapportent des profits d'un taux plus élevé, parce que telle est la règle dans les pays peu avancés au point de vue économique, où l'on fait travailler des esclaves et des coolies et où l'on exploite le travail avec plus d'âpreté. À moins que des monopoles ne fassent sentir leur influence, rien ne s'oppose sous un régime de libre concurrence à ce que ces taux plus élevés contribuent à une majoration du taux général du profit » 5. Dans ce passage, K. Marx fait de la combinaison hybride de la plantation américaine un élément constitutif des lois de développement du capitalisme.

Pour légitimer sa relativisation du colonialisme européen, A. Perez invite à ne pas être « européocentrée » : « Il est d'ailleurs, assez paradoxal de voir combien Houria Bouteldja se cale sur une histoire "européocentrée" dans ses repères, 1492 étant pour elle la date pivot. Or de plus en plus se développe une historiographie qui se veut globale, qui décentre le regard pour le faire porter par exemple sur l'Asie, et qui étend à l'ensemble du monde des notions que l'on pensait spécifiques à l'Europe ou l'Occident » (et elle renvoie en note aux travaux de Jack Goody). Mais il y a là aussi une erreur : décentrer le regard, ne pas voir l’histoire de l’humanité à travers le prisme européen, est une chose ; nier le caractère globalement structurant du colonialisme européen (pour toutes les raisons exposées) en est une tout autre. Par un détournement extrêmement curieux, décoloniser la pensée revient ici à minorer l’impact du colonialisme européen !

A. Perez écrit ainsi : « il se trouve que des Blancs ont colonisé des Blancs et que des Non-blancs ont colonisé des Non-Blancs », ce qui ne peut mener qu’à relativiser la portée du colonialisme transatlantique européen. Elle cite successivement les cas du Japon vis-à-vis de la Corée et ensuite de la Chine, puis le joug colonial anglais sur l’Irlande.

D’ailleurs à ces quelques exemples, A. Perez aurait pu ajouter celui de la république turque par rapport aux Kurdes, un cas que j’ai abordé dans un entretien récent. Si ces phénomènes ont joué et jouent encore – parfois directement dans le cas de la Turquie/Kurdistan – un rôle fondamental pour les sociétés concernées, ils ne constituent pas pour autant des processus ayant structuré le monde capitaliste. La reconnaissance d’oppressions coloniales/nationales dans les pays du sud ne change donc rien à l’affaire : dans le cas du Japon par rapport à ses voisins ultra-marins et de la Turquie vis-à-vis du Kurdistan, ces oppressions interviennent tout simplement trop tardivement pour cela dans des pays déjà confrontés à un système capitaliste mondial mature (et, dans le cas de la Turquie, en se situant à sa périphérie).

Pour le cas irlandais, le joug colonial anglais est bien plus ancien et le colonialisme anglais était lié à son capitalisme national. Toutefois, cela n’explique pas l’essor initial du capitalisme en Angleterre. De ce point de vue, il est tout fait significatif que K. Marx, pourtant extrêmement sensible à la question irlandaise, la liant à la révolution sociale en Angleterre au XIXe siècle et ayant participé à des campagnes de solidarité avec les républicains irlandais, ne cite pas ce fait colonial comme constitutif de la genèse du capitalisme. Cela n’est évidemment pas un hasard puisque la petite Irlande n’était pas en mesure de fournir les ressources nécessaires à cette « aurore » du capitalisme.

L’élaboration de rapports sociaux dans le cadre colonial et leur extension à des relations d’oppression non-coloniales (racisme et « blanchité »)

Le cas irlandais permet de faire la jonction avec un autre point qu’aborde A. Perez en critique de H. Bouteldja, celle de la « blanchité ».


A. Perez a écrit:
Quant à la supériorité de la "blanchité" (sic), elle est loin d'être l'apanage des Blancs entendus comme les Occidentaux, héritiers de 1492. Là encore, si Bouteldja regardait l'Asie, elle verrait que la peau blanche est le marqueur de classes dominantes parfaitement indigènes. Il en va ainsi en Inde où les castes supérieures sont blanches et où la peau est de plus en plus foncée au fur et à mesure que l'on descend dans l'échelle des castes. Avoir un teint clair y est une véritable obsession. Même phénomène au Japon ou en Chine. Rien de colonial là-dedans. Dans des sociétés fondamentalement paysannes, le teint pâle marque celui qui ne travaille pas dehors3, alors que les paysans portent dans la couleur de leur peau, la dureté de leur vie. La couleur est ici un marqueur social : chassez la lutte des classes, elle revient au galop...

Constatons d’abord un illogisme interne au propos. La recherche d’une couleur de peau claire est indiquée comme un marqueur de différenciation sociale dans les sociétés paysannes a contrario des sociétés industrialisées (note 3 d’A. Perez « Ce fut vrai en Europe jusqu'à la Révolution industrielle qui, déplaçant les anciens paysans vers les usines, allait leur donner un teint blafard. »). En donnant l’exemple du Japon (l’une des sociétés les moins agricoles au monde !) comme exemple de société contemporaine où existerait une véritable obsession pour le teint clair, A. Perez contredit sa propre équation « société paysanne=teint clair marqueur de différenciation sociale ».

Outre ce point de détail, ce passage intervient quelques lignes après avoir évoqué le cas irlandais qui, si A. Perez l’avait abordé de manière sérieuse, aurait pu lui indiquer quelques pistes avec le cas des migrants pauvres irlandais aux États-Unis.

Dans leur ouvrage L’hydre aux mille-têtes, Peter Linebaugh et Markus Rediker indiquent que travailleurs européens, amérindiens et africains avaient des conditions d’existence à peu près similaires, ouvrant la possibilité d’une collaboration et de rébellions multiraciales tel que celle de Chesapeake en 1676. La réponse de la classe dominante fut celle de la différenciation entre travailleurs blancs et noirs, ces derniers étant systématiquement infériorisés. Pour P. Linebaugh et M. Rediker, la hiérarchisation raciale fut complète avec « la loi sur les domestiques et les esclaves » de 1705 et rendue possible par une hiérarchisation juridique entre blancs et noirs à travers l’idéologie du « racisme scientifique ». Celle-ci s’appuya sur l’œuvre de figures majeures telles que le philosophe, économiste et homme d’État William Petty, les philosophes John Locke et David Hume, ainsi que l’Église d’Angleterre. « La construction du racisme en tant que rapport de classe, et en tant qu’idéologie légitimant le diviser pour régner, était donc centrale pour la formation et la reproduction de l’économie coloniale des États-Unis » 6.

Pour revenir au cas des Irlandais, dans son livre intitulé « Comment les Irlandais sont-ils devenus Blancs ? » 7, Noel Ignatiev analyse comment les immigrés irlandais aux États-Unis, ayant la particularité d’être d’une nation d’Europe occidentale subissant un colonialisme multiséculaire, sont devenus « blancs ». Ce terme est explicité ainsi par N. Ignatiev « La qualification de ‘Blanc’ n’était pas une description physique, mais l’un des termes d’un rapport social qui ne pouvait exister sans le terme opposé. "Un travail de blanc" voulait simplement dire un travail dont étaient exclus les Afro-américains ». À partir d'une étude du cas de Philadelphie, N. Ignatiev montre que pour devenir « blanc », la plupart des immigrés irlandais, travailleurs extrêmement pauvres, ont subjugué par la violence les Africains-Américains et ont soutenu fermement le Parti démocrate, parti de l’esclavagisme aux Etats-Unis au XIXe siècle.

En tant que colonisés, les Irlandais n’étaient donc pas initialement « blancs » pour la bourgeoisie anglo-saxonne. Ils ont pu sortir de leur condition en participant à l’écrasement des seuls qu’ils pouvaient opprimer : ceux dont l’esclavage par le colonialisme européen avait constitué un élément fondamental de la genèse du capitalisme, donc de la structuration des États-Unis et désormais du monde. Pas « rien » mais beaucoup de colonial là-dedans pour peu que l’on considère l’analyse du capitalisme au-delà de formules creuses telles que « chassez la lutte des classes, elle revient au galop... ». L’exemple des immigrés irlandais illustre de manière particulièrement nette comment ce qui a été généré dans le cadre colonial peut se redéployer et concerner des populations n’ayant pas initialement de rapports coloniaux entre elles (irlandaises et africaines-américaines dans ce cas).

Mais un autre cas historique – celui du nazisme – permet cette illustration. Or A. Perez l’aborde également et écrit à son propos :


A. Perez a écrit:
Rappelons que le projet nazi de construction d'un monde nouveau passait par la colonisation de l'Est européen, Pologne et Russie en premier lieu, incluant la mise en esclavage des populations de ces régions.

C'est certainement le cas, mais sous la plume virtuelle d’A. Perez, ce rappel a pour fonction de relativiser le caractère structurant du colonialisme européen, en somme de lui opposer le nazisme comme un super-colonialisme envers les Russes et les Polonais sans que cela ait de rapport avec 1492. Pourtant, depuis Hannah Arendt, le découpage colonialisme/fascisme-nazisme est pour le moins battu en brèche. Au sujet de l’administration coloniale britannique, H. Arendt écrit dans Les Origines du totalitarisme :

Citation :
En comparaison, l’exploitation, l’oppression et la corruption font figure de remparts de la dignité humaine, car exploiteur et exploité, oppresseur et opprimé, corrupteur et corrompu vivent encore dans le même univers, partagent encore les mêmes ambitions, se battent encore pour la possession de mêmes choses.

Si bien que :

Citation :
Là à la barbe de tous se trouvaient nombre des éléments qui une fois réunis seraient capables de créer un gouvernement totalitaire sur la base du racisme. Des massacres administratifs étaient proposés par des bureaucrates aux Indes, tandis que les fonctionnaires en Afrique déclaraient qu’aucune considération éthique telle que les droits de l’homme ne sera autorisée à barrer la route à la domination blanche. (souligné par moi).

Cette continuité est également observable selon H. Arendt du point de vue de la mise en œuvre :

Citation :
Les camps de concentration eux-mêmes ne sont pas une invention des mouvements totalitaires. Ils apparaissent pour la première fois au début du siècle, pendant la guerre des Boers, et l’on continua à les utiliser en Afrique du Sud aussi bien qu’en Inde pour les éléments indésirables, les suspects dont les crimes ne pouvaient être prouvés et qui ne pouvaient être condamnés en suivant le cours ordinaire de la justice.


Domenico Losurdo poursuit la réflexion d’H. Arendt sur ce point, en approfondissant le lien entre la théorie de la suprématie blanche originaire des États-Unis, particulièrement l’œuvre de Lothrop Stoddard, et le nazisme. Les écrits de L. Stoddard cherchaient à « théoriser » « scientifiquement » l’inégalité des races à partir du contexte des États-Unis. Son principale ouvrage, Le Flot montant des peuples de couleur contre la suprématie mondiale des blancs (1920), eut un grand succès aux État-Unis (où il fut encensé par les présidents Harding et Hoover) puis influença fortement les nazis. D. Losurdo indique ainsi que « le Troisième Reich se présente comme la tentative, développée dans les conditions de la guerre totale et de la guerre civile internationale, de réaliser un régime de white supremacy [suprématie blanche] à l’échelle planétaire et sous hégémonie allemande, en ayant recourt à des mesures eugénistes, politico-sociales et militaires », avec les Polonais et les Slaves assimilés par le nazisme à des « indigènes » européens. Le colonialisme et l’esclavagisme transatlantique des européens ont ainsi été l’incubateur du nazisme et des théories de l’inégalité raciale.

L’affirmation selon laquelle « des Blancs ont colonisé des Blancs et des Non-blancs ont colonisé des Non-Blancs » est donc factuellement juste mais ne remet en rien en cause la centralité du colonialisme et de l’esclavagisme par les Européens au-delà de l’Europe, ni la centralité de 1492 comme date pivot, comme tournant historique majeur à l'échelle du monde, ni ne présente, de manière générale, un intérêt politique pour la compréhension du capitalisme contemporain ou de nos tâches en France.

Des points aveugles quant à l’analyse de la société française et des tâches des révolutionnaires

Les impasses dans lesquelles s’engage résolument A. Perez entraînent, logiquement, d’importants points aveugles concernant la France, État colonial occidental, dans la partie « Responsabilité collective héréditaire » et la partie finale « Repentez-vous car la fin des temps est proche (Tintin) » (dont le caractère sarcastique fait furieusement penser à la dénonciation de la « repentance » chère à N. Sarkozy et à quelques autres).

Dans la mesure où Perez nie le caractère structurant du colonialisme européen au sein de la société capitaliste, la portée du colonialisme français en France est circonscrite et relativisée pour aboutir un cadre conceptuel libéral avec deux catégories d’acteurs pris en compte : l’État et les individus.


A. Perez a écrit:
Ainsi, les êtres humains ne sont-ils plus responsables de leurs actes, bons ou mauvais, mais ils se voient chargés en bloc de fautes ou de crimes, vrais ou inventés, commis par leurs ancêtres, réels ou supposés. Or, autant il convient de donner une responsabilité collective à des institutions, à une collectivité et a fortiori à un État, il est clair qu'étendre cette responsabilité à l'ensemble des individus qui les composent est une dérive dont les conséquences sont incalculables, même si le passé nous en a donné quelques exemples. Ainsi, s'il est du devoir de l'État français par la voix de ses plus hautes instances de se confronter à son passé colonialiste et, par exemple, de présenter ses excuses aux peuples qui furent soumis, comme l'ont fait d'autres pays, cette responsabilité ne retombe pas sur chaque citoyen individuellement. Même, insistons sur ce point, même si sa famille, directe ou indirecte fut compromise dans ces actes.

L’État français doit agir, se confronter au colonialisme, revenir sur son passé (parce que tout de même nous appartenons à la gauche radicale) mais arrêtons-nous là, n’est-ce pas ? Chacun pris individuellement ne porte pas la responsabilité des crimes de l’État – d’ailleurs une bonne partie d’entre nous n’étions même pas nés ! Par quelle ignominie voudrait-on nous attribuer ces crimes, même ceux de nos plus proches parents ? C'est décidément un attitude injuste : embrassons-nous plutôt entre gens de bonne volonté !

Résumer la question à une dichotomie entre la responsabilité de l’État et la responsabilité individuelle, conçue en termes de culpabilité personnelle, manque la question même qui est posée par Houria Bouteldja et la pensée décoloniale. Dans une société capitaliste, il existe des rapports de classe qui s’articulent avec des rapports d’oppression multiples, notamment raciale, a fortiori dans une société ayant exercée une domination coloniale (mais cela est également vrai de sociétés européennes qui n’ont pas été impliquées directement dans la mise en œuvre du système colonial). « La construction du racisme en tant que rapport de classe, et en tant qu’idéologie légitimant le diviser pour régner », génère un privilège dont bénéficie une partie du prolétariat.

A ce propos, Lénine dans son article « L'impérialisme et la scission du socialisme » (1916), cite abondamment les échanges entre K. Marx et F. Engels au sujet du mouvement ouvrier anglais :


Lénine a écrit:
Dans sa lettre à Marx du 7 octobre 1858, Engels écrivait :

« En réalité, le prolétariat anglais s'embourgeoise de plus en plus, et il semble bien que cette nation bourgeoise entre toutes veuille en arriver à avoir, à côté de sa bourgeoise, une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois. Évidemment, de la part d'une nation qui exploite le monde entier, c'est jusqu'à un certain point logique. »
(…)
« Vous me demandez ce que les ouvriers anglais pensent de la politique coloniale. Exactement ce qu'ils pensent de la politique en général. Ici, point de parti ouvrier, il n'y a que des conservateurs et des radicaux libéraux ; quant aux ouvriers, ils jouissent en toute tranquillité avec eux du monopole colonial de l'Angleterre et de son monopole sur le marché mondial »
(souligné par moi) 8.


Dans ce cas-là, K. Marx et F. Engels ne font qu’acter le statut relativement privilégié de l’ouvrier anglais, octroyé à l'époque par la prépondérance mondiale du capitalisme colonial anglais. Ils soulignent en outre la responsabilité du mouvement ouvrier anglais, qui refuse de mener une offensive résolue contre le système colonial qui lui assure ce statut. Et si on reprend la question irlandaise (mais cette fois dans le cadre du rapport colonial avec l’Angleterre, c’est-à-dire dans un contexte où les irlandais ne sont pas devenus blancs), K. Marx écrit à son ami Kugelman :

Marx a écrit:
Ce qui est primordial, c'est que chaque centre industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais moyen déteste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L'Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l'ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande (souligné par moi).

Mais dans cet antagonisme, il n’y a évidemment pas un trait d’égalité. Dans un débat sur la possibilité d’avoir des sections irlandaises autonomes en Angleterre même, F. Engels soutient cette mesure et déclare au Conseil Général de l’AIT (Ière Internationale) :

Engels a écrit:
Lorsque les membres de l'Internationale appartenant à une nation conquérante demandent à ceux appartenant à une nation opprimée, non seulement dans le passé, mais encore dans le présent, d'oublier leur situation et leur nationalité spécifiques, d' "effacer toutes les oppositions nationales", etc., ils ne font pas preuve d'internationalisme. Ils défendent tout simplement l'assujettissement des opprimés en tentant de justifier et de perpétuer la domination du conquérant sous le voile de l'internationalisme. En l'occurrence, cela ne ferait que renforcer l'opinion, déjà trop largement répandue parmi les ouvriers anglais, selon laquelle, par rapport aux Irlandais, ils sont des êtres supérieurs et représentent une sorte d'aristocratie, comme les Blancs des États esclavagistes américains se figuraient l'être par rapport aux Noirs.

Le propos de F. Engels est terme à terme contradictoire avec ce qu’A. Perez considère dans son texte comme la quintessence de l’analyse marxiste : « Si c'est le propre même du racisme que de construire de fausses alliances de ce genre, n'est-ce pas justement notre but que de prendre en même temps ces discriminations collectives et de viser à unir, par la lutte des classes, ceux que le capitalisme préfère désunis ? »

Il manque un élément dans le propos d’A. Perez : la reconnaissance de la différenciation raciale opérée dans la classe par les capitalistes, l’existence de catégories privilégiées et la nécessité de s’y confronter. Dans cette déclaration essentielle, F. Engels part de l’existence des privilèges des ouvriers anglais par rapport aux Irlandais, en tire des conclusions politiques et fait le lien avec la question du colonialisme en Amérique (même si l’emploi du passé indique un optimisme très excessif). Il y a bien ici un enjeu collectif actuel, dans la mesure où des individus bénéficient d’un héritage social sur lequel ils n’ont guère prise, mais cet enjeu se pose, non dans les termes moraux d’une « culpabilité » ou même d’une « responsabilité », mais dans ceux, politiques, de la nécessité d'une stratégie révolutionnaire. Or celle-ci est rendue impossible par la manière dont A. Perez pose le débat.

A. Perez écrit ainsi dans la dernière partie :


Citation :
La situation que nous vivons est sombre. Une partie de la société est entraînée depuis quelques années par une lame de fond conservatrice. Les anciennes solidarités ont éclaté, les nouvelles peinent à voir le jour, c'est peu de le dire.... Cela touche toutes les communautés, les immigrés récents ou anciens comme les autres. Il n'est de voir que le résultat des dernières élections législatives en Turquie et en Tunisie dans l'immigration en France : les partis conservateurs y ont fait un score très nettement supérieur à celui du pays d'origine.

Ce passage laisse pour le moins perplexe tant il est incohérent. D’abord, A. Perez indique qu’ « une partie » de la société est entraînée par une lame de fond conservatrice… pour écrire deux phrases plus loin que cela touche « toutes les communautés », en précisant ensuite immigrés, récents, anciens, comme les autres, donc vraiment « tout le monde » pas « une partie ». Pour ensuite illustrer (?) cette lame de fond conservatrice, de l’ensemble de la société ou d’une partie (on ne sait plus), par les exemples des votes des immigrés de Turquie et de Tunisie en France par rapport à leur pays d’origine.

Outre le fait que, dans le cas des élections turques, l’affirmation est factuellement fausse et que la méthode est contestable 9, la formulation est stupéfiante : dans le pays de la « Manif pour Tous », du Front National comme deuxième parti politique, du racisme décomplexé, d’un premier ministre « socialiste » disant que l’enjeu de la période est le combat « identitaire », où un mur est dressé contre les migrants, où les violences policières sont décuplées, où une ministre parle de « nègres ayant choisi l’esclavage » et peut garder son poste, dans un tel pays A. Perez choisit de décrire « la lame de fond conservatrice » à partir des votes des immigrés lors des scrutins de leur pays d’origine. Or, si une lame de fond conservatrice traverse ce pays – et chacun peut tout à fait l’admettre –, pour quelle raison cela n’aurait-il pas impacté également les populations issues de l’immigration, pourquoi cette « lame de fond » n'aurait-elle pas entraîné « tout le monde » avec elle, immigrés compris ? Et quelle conclusions politiques faut-il en tirer ? Que s’ils sont trop conservateurs, ces populations ne méritent pas l’antiracisme ? Qu’ils doivent montrer « patte blanche » pour pouvoir être admis dans un processus d’unification de classe ? Que la classe laborieuse pourrait se passer de combattre les initiatives racistes mises en œuvre par les dominants ? Si la réponse est « non », alors quel est le sens de ce paragraphe ? Peut-être l’indice qu’aucune véritable leçon n’a été retenue des processus de division opérés de manière toujours renouvelée durant des siècles par les capitalistes et leurs idéologues, y compris au sein du mouvement ouvrier.

Cela est fort à craindre lorsqu’on lit A. Perez poser les enjeux du débat de la manière suivante : « Les historiens doivent faire leur travail, l'État doit prendre ses responsabilités, mais il en va des sociétés comme des individus, le ressassement avec tout ce que cela comporte de fantasmes n'aide guère à avancer ». Non, il n’en va jamais des « sociétés comme des individus ». Et cette formule organiciste en dit long, d'abord et avant tout en évacuant que ce qui est en jeu est bien la compréhension des dynamiques structurantes de nos sociétés capitalistes, en relativisant la question coloniale et en considérant toute réflexion lui donnant un caractère constitutif de notre monde non seulement illégitime mais assimilable à un « ressassement », à des « fantasmes ».


1. Karl Marx, Le Capital, Livre I, VIIIe section : L'accumulation primitive, Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel. Voir ici : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm
2. La révolution permanente, Appendice III, La révolution espagnole et les taches communistes, l'Espagne d'autrefois : https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp14.html.
3. Traduction personnelle depuis l’anglais, Richard Lachman, Capitalists in Spite of Themselves : Elite Conflict and Economic Transitions in Early Modern Europe.
4. Traduction personnelle depuis l’anglais, A.Anievas et K.Nisancioglu, How the West Came to Rule.
5. Le Capital, Livre III, Section III : Loi tendancielle de la baisse du taux de profit, Chapître XIV : Facteurs antagonistes. Voir : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_13.htm souligné par moi.
6. Traduction personnelle depuis l’anglais de A. Anievas et K.Nisancioglu, How the West Came to the Rule.
7. N. Ignatiev, How the Irish Became White?, Routledge, 1995.
8. Voir : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/10/vil191610001.htm.
9. Si on regarde les dernières élections en date (novembre 2015) notons d’abord que ces élections se sont déroulées dans une ambiance de violence et de désinformation qui aura touché autant sinon plus l’émigration, la remarque d’A.Perez porte manifestement sur le score de l’AKP (49,5% en Turquie contre 58,4% en France). Toutefois, A.Perez omet le MHP qui est un parti d’opposition d’extrême-droite à l’AKP et s’en distingue par l’absence de velléité de négocier avec le PKK durant toute son histoire (mais ni en terme de libéralisme, conservatisme, patriarcat, homophobie…). Or, le score du MHP est de 11,9% en Turquie et seulement 5,3% en France. Au final, le cumul AKP+MHP est de 61,4% en Turquie et de 63,7% en France, la différence n’est pas spectaculaire.



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 28 Mai - 16:59


les tours de passe-passe "anarchistes et communistes libertaires" sur l'islamophobie et l'anti-islamophobie

ou la rhétorique universaliste eurocentrée de l'anti-anti-islamophobie

dans la mesure où nous ne reconnaissons pas ici une valeur théorique au concept politique d'islamophobie, nous ne sommes pas concernés par ce texte. C'est d'une façon générale la méconnaissance, l'incompréhension ou la déformation de la pensée décoloniale qui fait procéder par approximations critiques déformant les thèses, du moins les plus sérieuses de ce courant, qui n'est pas le « tiers-mondisme » opposant « opprimés et oppresseurs », ni la critique post-coloniale. L'incapacité à penser l'histoire du passage du colonialisme au néo-colonialisme et à la période actuelle, qui est reprochée à leurs adversaires, se retourne contre ces apprentis-sorciers incapables d'analyser ni les continuités ni les discontinuités historiques dans les relations entre classes, "races", et genre (sexe social)

les lieux communs sur la critique de la religion s'accumulent sans la moindre compréhension des textes de Marx sur l'Opium du peuple, et rejoignent ainsi aisément le discours laïcard bouffe-curés, en version voile-imam-musulmans : "identitarisme", "communautarisme", "culturalisme", vision "racialiste", etc. les mêmes arguments que chez Marianne et Cie, un vernis de lutte de classe universelle en plus, car, nous répète-t-on à l'envie,« il n’existe que deux classes, celle du capital et celle du travail » [au passage il existe aussi des classes moyennes, dont sont issus la plupart de ces théoriqueurs au petit pied...], et pas de contradictions en mouvement dans la segmentation pour laquelle le racisme est un outil du capital; et par suite ce serait plié, il n'y aurait pas de dépassement possible de ce qui s'avère des identités de lutte, ni plus ni moins que l'identité de classe dans le programmatisme dont c'est encore un avatar : « prolétaires de toutes les pays [civilisés], unissez-vous », comme le signifiaient explicitement des textes de Marx et de la Première internationale]


Sur l’idéologie anti-islamophobe Vosstanie 25 mai 2016

Ce texte entend répondre à ceux qui, parmi les communistes libertaires, sont engagés dans un combat contre « l’islamophobie » et, à ce titre, prétendent interdire toute critique de l’islam et promouvoir une théorie de la « race sociale », dans un climat pour le moins générateur de tensions, d’accusations de racisme, et même d’attaques caractérisées.


Citation :
S’il date vraisemblablement du début du siècle dernier, c’est depuis peu que le terme « islamophobie » a fait une percée fulgurante comme appellation du racisme contre « les Arabes ». On passe ainsi du racisme anti-maghrébin à l’effroi ou l’horreur suscités par la religion des musulmans. Les immigrés et leurs descendants ne seraient plus rejetés pour des raisons « ethniques » mais pour leur appartenance supposée à une culture originelle identifiée à l’une de ses dimensions : la religion musulmane – qu’ils sont pourtant nombreux à ne pas pratiquer, et ceci même lorsqu’il leur arrive d’en conserver quelques traditions devenues coutumières.

Se joue là un tour de passe-passe qui assimile la « race » à la religion en tant que matrice culturelle [cette prétendue "assimilation" devrait se prouver, où ? chez qui ? dans quels textes ? car si elle existe, elle est très marginale]. On est face à une « mystification conceptuelle (…), l’assignation de tout un pan d’individus, en fonction de leur origine ou de leur apparence physique, à la catégorie de « musulmans », permettant de faire taire toute critique de l’islam, parce que celle-ci ne rentrerait plus dans la critique des religions, mais directement dans le domaine du racisme »(1). Si Claude Guillon voit du « mépris » dans cet « antiracisme des imbéciles » (2), nous y décelons surtout ce spectre qui hante la gauche : le tiers-mondisme, idéologie qui conduit à adopter de façon acritique le parti de « l’opprimé » contre celui de « l’oppresseur ». C’est ainsi que, pendant la guerre du Vietnam, dénoncer les Américains entraînait le soutien au Viet Minh et à la politique d’Ho Chi Minh, dont les comités Vietnam scandaient le nom et brandissaient le portrait à longueur de manif ; comme aujourd’hui, défendre les Kurdes peut impliquer de soutenir le PKK et de brandir le portrait d’Oçalan. Ce qu'il s’est passé pendant la guerre d’Algérie où ceux qui, voyant dans le « colonisé » l’exploité par excellence, ont soutenu inconditionnellement le FLN, s’est reproduit face à la révolution iranienne de 79 et chez les pro-Palestiniens. Le tiers-mondisme a ainsi abandonné petit à petit le prolétariat comme sujet révolutionnaire pour lui substituer le colonisé, puis l’immigré, puis les descendants d’immigrés... et enfin les croyants. [chez qui trouve-t-on une pareille caricature ? Il est aisé, effectivement, de s'en prendre aux islamogauchistes de pacotille, dont la plupart sont au demeurant des militants blancs, dans la mouvance NPA, Ensemble... et pas les organisation décoloniales dont les bases théoriques ne cessent de s'approfondir et supposent une rigueur dont Vosstany et tant d'autres sont totalement dépourvus] Le tiers-mondisme originel avait promu le relativisme culturel, ses successeurs ont adopté le culturalisme, qui prétend expliquer les rapports sociaux par les différences culturelles. C’est dans les années 80, avec la grande manipulation de SOS Racisme, que ce glissement est devenu une doctrine qui donnera naissance à toutes les dérives actuelles, jusqu’à assigner une identité musulmane à tous les immigrés « arabes » et leurs descendants.

Devant le constat du glissement opéré au sein de toute une partie de la gauche vers l’idéologie culturaliste, il est intéressant de pointer que celle-ci est devenue, après 1968, l’angle d’attaque d’un courant d’extrême-droite : la Nouvelle droite. Son rejet de l’immigration ne repose plus sur un racisme biologique mais sur l’idée d’assignation identitaire, basée sur une vision figée des sociétés dans des traditions anciennes, et sur la nécessité, comme garantie de paix sociale, de conserver des cultures homogènes. Selon les élucubrations des néo-droitiers, pour qui les conflits sont ethno-culturels et pas de classes, les Maghrébins, par exemple, assignés à la culture musulmane, doivent en conséquence rester dans leur pays d’origine pour vivre leurs traditions entre eux ! Au passage, Alain de Benoist, chef de file de la Nouvelle droite, défend des luttes tiers-mondistes et anti-impérialistes, et nie le caractère raciste de sa « défense de l’identité européenne ». Cette évolution du discours raciste est à l’œuvre depuis quelques années au sein d’une autre formation d’extrême-droite, en quête de respectabilité, le Front national, qui reprend en partie la rhétorique de la Nouvelle droite : le problème ce n’est plus les « immigrés » mais les « musulmans ».

C’est ainsi que l’on en vient, de bords a priori radicalement opposés, à adopter un discours identitaire qui considère que tous ceux qui ont un lien d’origine ou familial avec l’un ou l’autre pays du Maghreb (ou d’autres pays « arabes ») doivent se considérer comme musulmans, sous l’appellation aberrante de « Français d’origine musulmane ». Alors que ce n’est pas en raison de la religion qu’ils pratiquent ou qu’on leur prête qu’ils sont discriminés mais parce que ce sont des travailleurs immigrés ou issus de familles ayant immigré. Ce n’est pas l’identité qui est en jeu mais l’appartenance de classe. [sauf que l'identité ouvrière, l'identité de classe a disparu dans la décomposition du programmatisme ouvrier et qu'elle ne reviendra pas, ce qui limite la rhétorique de ces groupes et de certains partisans de la communisation à un discours complètement abstrait, au demeurant fréquent chez les anarchistes, dès lors qu'ils n'ont pas de critique du capitalisme comme économie politique] . Cette « origine musulmane », qui fait bondir les athées d’origine maghrébine, travestit un stigmate social en stigmate culturel. L’Etat et les media ne s’y trompent pas quand ils font du « musulman », forcément islamiste (et plus ou moins modéré ou radicalisé), la nouvelle caractérisation du membre de la classe dangereuse (3).

C’est sur ces bases que l’idéologie identitaire anti-islamophobe vient s’associer, notamment chez certains marxistes, à celle de la « race sociale », chimère universitaire d’importation récente, qui tente de plaquer ici le schéma racial et communautaire de la société américaine. Cette vision « racialiste » (4) qui prétend créer une nouvelle classe de « race » ne sert en réalité qu’à masquer, voire à nier, la réalité du rapport social capitaliste : l’exploitation des prolétaires, de tous les prolétaires, quels que soient leur origine, leur couleur de peau, leur religion et leurs us et coutumes personnels. La justification en serait que le racisme aurait été indispensable au développement capitaliste parce qu’il justifierait le colonialisme. En réalité, inférioriser l’opprimé a toujours été une stratégie de pouvoir qui s’applique à tous les opprimés quelle que soit leur supposée « race ». Maintenir dans leur condition les serfs, les paysans pauvres, les esclaves puis les ouvriers, passe notamment par les empêcher de s’exprimer et d’avoir accès à l’éducation, au prétexte qu’ils seraient trop bêtes et ignares pour cela, qu’ils appartiendraient à une catégorie inférieure. Rappelons que les Anglais ont durement colonisé et pillé les Irlandais et les Russes les Ukrainiens sans avoir besoin d’une telle justification. Et, dans leur ensemble, pillage et colonisation, tout comme l’exploitation proprement dite, n'ont pas besoin de quelconque excuse. [on appréciera le surf rapide sur toutes ces questions d'articulation entre colonialisme et capitalisme via le racisme et son évolution historique, faisant ailleurs l'objet d'études et démonstrations autrement convainquantes]

Et pourtant, le racisme existe bel et bien et le rejet du « musulman » pauvre et immigré est l’une de ses manifestations. Le discours du FN, du Bloc identitaire et de Pegida contre l’islam n’est que l’arbre qui cache la forêt : ce sont simplement des racistes qui veulent que les immigrés dégagent. L’argument culturel est sans doute plus respectable à leurs yeux que les vieilles lunes racistes basées sur des caractéristiques qui seraient innées (les Noirs sont comme ci, les Arabes comme ça…). Cette stratégie leur permet aussi de ratisser plus large, d’autant que ces mouvements exploitent à leurs fins racistes la montée réelle de l’islam radical. Si l’immigration est pour eux le fond du problème, ils se raccrochent à des arguments plus honorables tels que la défense de la laïcité ou le combat contre le sexisme. Mais, en réalité, que les immigrés (pauvres, bien sûr) soient ou non musulmans, ils sont toujours pour eux des indésirables.

Le racisme, comme la xénophobie, est un outil qu’utilisent les dominants contre les dominés. Ainsi, Fredy Perlman écrit : « les colons-envahisseurs d’Amérique du Nord avaient recours à un outil qui n’était pas, tel la guillotine, une nouvelle invention, mais qui était tout aussi mortel. Cet instrument sera plus tard nommé racisme et s’intègrera dans la pratique nationaliste (…). Les gens qui avaient abandonné leurs villages et leurs familles, qui étaient en train d’oublier leur langue et qui perdaient leur culture, qui étaient dépouillés de tout sauf de leur sociabilité, étaient manipulés afin de considérer la couleur de leur peau comme substitut à ce qu’ils avaient perdu » ; « le racisme avait été une arme parmi d’autres pour mobiliser les armées coloniales (….) et elle n’a pas supplanté les autres méthodes, elles les a plutôt complémentées » (5). Il s’agit de créer des catégories permettant de diviser pour prévenir ou écraser les rébellions et les luttes sociales. C’est ce qu’a fait, en Algérie, le gouvernement français en 1870, en octroyant par décret (la « loi Crémieux ») la nationalité française aux « indigènes israélites », les séparant arbitrairement des « indigènes musulmans ». L’appartenance « religieuse » a également été utilisée pour écraser les luttes sociales en ex-Yougoslavie avec la fabrication d’une « nationalité musulmane » inconnue, dressant les uns contre les autres des gens qui vivaient jusque-là tous ensemble.

Les divisions raciales deviennent, logiquement, particulièrement opérantes dans les périodes de crise où le revenu s’effondre et où l’emploi vient à manquer. C’est sur ce terrain que le FN parvient à conquérir les anciens bastions ouvriers de la gauche. Et, même à l’époque du plein-emploi, le pouvoir et ses media ont toujours plus ou moins entretenu la xénophobie, encourageant la stigmatisation successive de chacune des différentes vagues de travailleurs immigrés (les « Polaks », les « Macaronis », « les Portos », etc.). La grande différence était que, dans les unités de travail, la solidarité ouvrière prévalait sur les préjugés et que tout le monde travaillait et combattait au coude à coude. Mais c’était avant….

Quant au terme « islamophobie », le problème ne réside en réalité pas dans la notion elle-même mais dans l’usage qu’en font ceux qui la manipulent. On retrouve d’ailleurs les mêmes usages manipulatoires de la notion d’antisémitisme lorsque ce terme est donné pour un équivalent de l’antisionisme et achève sa course en « judéophobie », avec l’affirmation que la critique du sionisme ne peut qu’être une attitude raciste vis-à-vis des « juifs » et non une critique du caractère colonisateur de l’Etat confessionnel qu’est Israël.

L’islam politique vise, comme le dit Claude Guillon, à faire de « l’islamophobie une arme de guerre idéologique contre l’athéisme »(6) et, plus largement, un vecteur de propagande pour la religion musulmane. Les anti-islamophobes d’extrême gauche ont des positions pour le moins ambivalentes par rapport cet islam politique. Ils prétendent ainsi interdire toute critique de la religion musulmane donnée pour une pratique raciste, dans une posture moralisatrice révélatrice d’un manque d’analyse de l’évolution de l’islam politique dans le monde depuis la révolution iranienne de 1979. Quand ils n’en viennent pas à en nier l’existence même. Face au djihadisme, nos anti-islamophobes ne se laissent pas pour autant désarçonner. Après chaque attentat commis par les djihadistes en Europe (qui s’ajoute à la longue liste de leurs forfaits, notamment sur le continent africain et au Moyen-Orient), ils s’inquiètent surtout de la recrudescence d’« islamophobie » (et aussi, à juste titre, des politiques répressives) que cela risque d’entraîner et pointent comme seul responsable l’impérialisme occidental. Ainsi, selon eux, les attentats de Paris du 13 novembre 2015 ne seraient qu’une répercussion des guerres menées par l’Etat français en Irak, en Libye, au Mali… Les intérêts de ce dernier dans les enjeux géopolitiques au Moyen-Orient et en Afrique sont évidents, mais insuffisants pour expliquer l’émergence et la persistance de l’Etat islamique (7) ou de Boko Haram. Ces discours permettent tant bien que mal aux anti-islamophobes de passer sous silence les implications réelles de l’islam radical dans les attentats, ici et ailleurs dans le monde, et de nier la capacité d’initiative de leurs auteurs, jusqu’à dédouaner les frères Kouachi ou Coulibaly parce qu’ils sont prolétaires et « issus de l’immigration ». On retrouve ici l’idéologie victimaire qui assigne non seulement des individus et des groupes à des identités (les femmes, les « racisés », etc.), mais aussi à des statuts figés de victimes et d’opprimés dont il ne faudrait pas critiquer les choix et les pratiques, même les plus réactionnaires. De telles postures idéologiques amènent à occulter le caractère contre-révolutionnaire de l’islam radical qui, depuis plusieurs années, connaît en Europe occidentale (sans oublier bien sûr le Maghreb et le Moyen-Orient) une progression, même s’il reste minoritaire par rapport à l’ensemble de la population qui se dit musulmane. Alors qu’il était marginal, voire quasi inexistant, l’islam radical, dont la forme la plus courante aujourd’hui est le salafisme, s’est largement répandu.

Pour ces gentils anti-islamophobes, il s’agirait tout bonnement de considérer la religion musulmane avec la plus grande bienveillance parce que ce serait la « religion des opprimés ». Ils semblent oublier que la fonction même de toute religion est le contrôle social et, en l’occurrence, l’islam politique ne cesse d’affirmer partout sa vocation à contrôler au plus près la société qu’il entend régir. Ainsi, le salafisme occupe suffisamment le terrain dans certains quartiers urbains pauvres pour pouvoir exercer un contrôle social : pendant les émeutes de 2005, les salafistes ont d’ailleurs tenté de ramener l’ordre dans certaines banlieues. L’évolution de cette tendance s’inscrit dans un contexte de crise économique, marquée par le développement du chômage de masse, d’attaques sur les salaires mais aussi de recul des politiques sociales de l’Etat. Pour les pallier, les salafistes ont su mettre en place des réseaux d'entraide économique, ce qui leur permet d’avoir une emprise sur les populations.

Ne pas perdre de vue ce rôle des religions nous semble indispensable. « Une religion est en effet un ensemble de croyances métaphysiques qui portent en elles des règles de vie bien précises, basées sur la tradition et la morale, auxquelles l’individu doit se soumettre. Il s’agit d’un rapport social, une forme de mise au pas de chaque individu et des masses dans leur ensemble. Elle recouvre en outre un rôle de justification du pouvoir, de garant de la tradition et de l’ordre établi, plus généralement d’une certaine « pacification » sociale. Cela à travers une interprétation organiciste de la société, une exaltation des hiérarchies, le refus de l’autonomie individuelle. Souvent la religion est aussi un moyen de diriger la conflictualité sociale vers des cibles fictives, ou de la brider en faisant miroiter un paradis futur. Le paradis, ce triste mensonge qui garantit la paix pour les puissants, ici et maintenant. En donnant un espoir dans la transcendance, la religion étouffe la plupart des poussées révolutionnaires des exploités ici-bas et maintenant. Le beau passage de Bakounine, “Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître” pointe précisément le fond du problème de la religion : l’idée de divinité est la base conceptuelle de l’autorité et sa contrepartie, la foi, celle de l’acceptation de la servitude » (Cool.

Si la foi et les interrogations métaphysiques sont affaires personnelles et si l’on peut se trouver au coude à coude dans une lutte avec quelqu’un qui se dit croyant sans que cela pose problème, nous voulons pouvoir affirmer haut et fort que nous sommes athées. Affirmer notre athéisme et critiquer toutes les religions est indissociable de nos positions politiques et nous entendons librement pratiquer tant le blasphème que la dénonciation, au minimum, des pratiques religieuses et/ou coutumières coercitives, mutilantes ou humiliantes, ainsi que du statut inférieur assigné aux femmes par toutes les religions monothéistes (pour les autres, on verra une autre fois).

Enfin, précisons que, pour nous, il n’existe que deux classes, celle du capital et celle du travail. Même si, au sein de la classe exploitée, certains sont plus exploités que d'autres en raison de leur sexe et de leur origine, ils ne constituent pas une classe, ils en sont des segments créés par le pouvoir et les exploiteurs. La pensée bourgeoise, quel que soit son supposé bord politique, trouve là un moyen de diviser le prolétariat, de stimuler la concurrence entre les travailleurs et d’endiguer ainsi les luttes sociales. Parce que toute division de la classe du travail ne fait qu’affaiblir sa capacité de lutte et que la segmenter pour mieux la diviser permet à la classe du capital, particulièrement en période de crise, de jouer sur la concurrence de tous contre tous. Ce n’est pas par l’anti-racisme qu’on combat le racisme mais par la lutte des classes. Si l’on en est au point où « Penser avec la race devient un impératif incontournable » et que « tout refus de ce vocabulaire et de ce qu’il charrie sera systématiquement considéré comme de la dénégation, voire du déni, et tombera sous le coup du dispositif accusatoire » (9), cela ferait des racistes de ceux qui, comme nous, n’adhèrent pas à cette vision. Et ça nous semble un peu fort de café ! [ajoutez-y une goutte de lait, dont vous êtes biberonnés jusqu'à la moelle subtantifique de votre eurocentrisme universaliste aveugle]

Mai 2016


Flora Grim et Alexandra Pinot-Noir

(1) Cassandre, Nos « révolutionnaires » sont des gens pieux, sur le blog de Ravage Editons, https://ravageeditions.noblogs.org/

(2) Claude Guillon, Et Dieu créa l’islamophobie, sur son « blogue généraliste » Lignes de Force : https://lignesdeforce.wordpress.com/

(3) Louis Chevallier, grand historien bourgeois néanmoins passionnant, « Classes laborieuses, classes dangereuses », Perrin

(4) Terme emprunté aux auteurs de « Tiens ça glisse », sur le blog http://racialisateursgohome.noblogs.org, qui nomment « racialisation toute analyse contribuant à développer ou à diffuser une théorie de la race »

(5) Fredy Perlman , L’Appel Constant du nationalisme in Anthologie de textes courts, Ravage Editions

(6) Claude Guillon, op. cit.

(7) Pour une analyse approfondie, voir P.J. Luizard, Le Piège Daech, La Découverte

(Cool Cassandre, op. cit.

(9) « Tiens ça glisse », cf note 4


ce discours dogmatique et normatif, n'appuyant rien sur l'observation des luttes, ni en France ni dans le monde, mais ressassant ses vérités définitives, n'ira pas très loin face aux réalités sociales, raciales, et genrées. Au demeurant, cela n'existe plus que sur Internet et ne produit aucune espèce de luttes que dans leurs cervelles : voilà les "mais" des Gilles Dauvé qui n'a pas plus à dire sur les mouvements de luttes contemporains : parlons des Kurdes...

bande de guignols virtuels !

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 3 Juin - 16:07


la "communisation" en version nouvelle droite
européiste universelle de Francis Cousin
(suite)


« des continents de radicalité subversive et des continents de soumission systémique »
(le prolongement des thèses de Marx sur l'avant-gardisme universel des prolétaires des nations civilisées
vidéo Féminisme et Immigrationnisme vers 5:50)


avril 2016

Citation :
Voilà plus de trente ans que Francis Cousin s'est attaché à produire une critique radicale du spectacle mondialiste de la marchandise autocratique, de sa décadence universelle, de ses manœuvres monétaires intensives et de ses grandes manipulations terroristes étatiques. Ainsi, il en dé-voile ici la généalogie, le développement et la fin en identifiant la dialectique historique des longues durées par laquelle a pu finir par se réaliser l’économie politique de la tyrannie démocratique du mouvement de l’argent. Il est, entre autres ouvrages, l’auteur de L’Être contre l’Avoir…

En prolongement de la pensée critique des présocratiques, de Hegel et de Marx et en relation avec les luttes pratiques du mouvement communier multiséculaire, il dé-crypte le devenir du temps long dans une série de Commentaires où la pensée radicale permet à la fois de démontrer et dé-monter le mensonge quotidien qui, dans chaque fait, laisse apparaître les déterminations et les forces productives de la vie fausse…

En s’appuyant sur la tradition primordiale de la communauté de l’Être telle qu’elle exprime la vie générique du cosmos non divisé par le travail aliénatoire des échanges, Francis Cousin nous invite à nous émanciper de la liberté despotique de la vérité inversée. Oui, ce sont bien les puissances ténébreuses de l’accumulation capitaliste qui sont partout à l’œuvre et ce sont elles que l’humanité tout entière doit affronter en s’appuyant sur une conscience d’insoumission enfin retrouvée pour que la négation spectaculaire de l’épanouissement humain soit niée à son tour.

442 pages.





Extrait de l'entretien de Francis Cousin pour le documentaire "Le Sang du Père".

Alain Soral & Francis Cousin - Il faut lire Marx



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Dim 5 Juin - 18:18


le retour des bobos blancs faux-frères ennemis de l'anarchisme merdiatique

Mattis et Guillon mènent l'enquête




Claude Guillon, sur son blogue généraliste (et qu'on se le dise dans la catégorie dans la catégorie "Considérations stratégiques", « reprends intégralement un texte publié sur son blogue par Léon de Mattis », et dans la foulée sans se fouler, les anti-Marx primaires de non-Fides

étrange connivence entre l'écrivain anarchiste auteur en 2013 de « Communisation » : l’impensable projet (2013) contre l'auteur de "A mort la démocratie", "Qu'est-ce que la communisation" et "Des mesures communistes" présentées en plein mouvement... à Radio Libertaire

c'est tout simplement que nous sommes là au cœur de l'idéologie française en version anarchiste, pour ne pas dire l'aile anarchiste blanche universelle du capitalisme occidental. C'est uen confirmatiuon d'un constat jamais remis en cause parce que cruel : Francis Cousin le facho européiste de Radio Courtoisie/Egalité et Réconciliation est somme toute plus proche de Léon de Mattis et d'Yves Coleman ou Claude Guillon que de moi, quoi d'étonnant et quoi de détonnant ?



chez Mattis schéma triste

Discordia

Léon de Mattis, 1 juin 2016
Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"


Dans la nuit du 21 avril, les vitrines de la bibliothèque anarchiste la Discordia ont été brisées à coups de marteau. Les discordistes expliquent dans un communiqué que les positions qu’ils ont adoptées à l’égard de « l’islamophobie » sont la cause de cette attaque anonyme.




Citation :
La question de l’islamophobie ne devrait pourtant pas diviser les tenants d’une critique radicale du monde du capital. Ceux qui sont visés par la politique répressive de l’État et des flics dans un pays comme la France ne le sont pas parce qu’ils sont musulmans, mais parce qu’ils sont prolétaires. Qu’une partie des prolétaires se reconnaissent eux-mêmes comme musulmans ou non ne change rien à l’affaire. Le capital ne donne jamais comme telles, benoitement, les raisons de ses nécessités politiques : celles-ci apparaissent avec les idéologies qui sont la forme même de ces nécessités.

Ce devrait donc être le propre de la pensée radicale de ne pas se laisser abuser par les faux débats qui séparent droite et gauche du capital. Ce qui est en jeu, et qui explique les choix politiques de l’État français, n’est pas l’opposition entre des musulmans et des chrétiens ou entre des religieux et des laïcs, mais le rapport entre les prolétaires et la classe dominante. Perdre ce point de vue, c’est se situer ailleurs que dans la perspective de la critique radicale. C’est participer au débat qui oppose Manuel Vals à Emmanuel Todt ou Edwy Plenel.

Et dans ce débat, tout est biaisé. Ceux qui critiquent l’islam ne critiquent pas toutes les religions, mais seulement celle-ci. Ceux qui défendent l’islam dénoncent le racisme de ce qu’ils appellent l’islamophobie mais refusent de tirer les conséquences de l’inscription de ce racisme dans les rapports de classe. Ils ne relèvent jamais que l’islam n’est plus tellement une difficulté quand c’est l’islam des riches. Quant aux prolétaires des cités, ce n’est pas seulement leur religion, réelle ou supposée, qui pose problème à l’État, mais bien, à en croire le discours dominant, tout ce qu’ils font : bizness, délinquance, « incivilités »…

Il y a aussi la force de l’islam politique, dont il ne faudrait pas sous-estimer l’appétit de pouvoir. Dire que l’islam est la religion des dominés est un pur mensonge. Il y a des classes dominantes dont la religion officielle est l’islam. Il y a des dominés qui se reconnaissent comme musulmans ou chrétiens et d'autres pour qui la religion n’est en pas un élément d’identification. L’islam politique, dans ses composantes conservatrices et réactionnaires comme dans ses formes extrémistes, voudrait faire croire que les bourgeoisies des pays musulmans et les prolétaires immigrés en occident ont des intérêts communs. C’est la reprise du crédo anti-impérialiste dont on connaît le triste résultat. L’islam politique joue à l’heure actuelle le rôle que jouait les idéologies nationalistes de la période de la décolonisation : enrôler des prolétaires au service de capitalistes dans leur guerre contre d’autres capitalistes.

La religion n’est pas un phénomène divin, mais un phénomène social et politique et c’est en tant que telle qu’elle doit être analysée. La religion apporte aux appétits terrestres la justification des nécessités célestes. Comme politique, elle ne peut être autre chose que le discours auto-justificateur du pouvoir. La critique de la religion est la condition de toute critique.

Toutes ces considérations sont donc loin d’être partagées puisque la Discordia a été attaquée en pleine nuit. Quelles que soient nos divergences, tant sur le plan des idées que des méthodes, je suis dans cette affaire du même côté que les discordistes, tandis que ceux qui, voulant dénoncer les discriminations, défendent les religions se rangent à coup sûr dans le camp des dieux et des maitres.



Mattis choisit de répondre à l'écume de l'islamo-gauchisme le plus caricatural, ce qui ne casse pas trois pattes à un canard théorique. Il ne suffit pas de dire que « dans ce débat tout est biaisé » si c'est pour aboutir à une prise de position entre ruisseaux anarchistes, comme si c'était là le cœur du sujet dans la dynamique des mouvements décoloniaux et la crise de l'Occident capitaliste, eux non focalisés sur l'Islam et la religion, cette obsession idéologique française qui s'est emparée de tous les courants politiques de l'extrême-droite à l'ultragauche

Mattis ressort tous les lieux communs de cette pseudo-critique et de ce supposé "débat", à commencer par l'amalgame entre "islam politique" et le "credo anti-impérialiste", jusqu'à ce sommet d'interprétation tordue de Marx : "La critique de la religion est la condition de toute critique"... Il est symptomattis que ce soit en milieu anarchiste que l'on donne des leçons de « rapport entre les prolétaires et la classe dominante », comme si les courants anarchistes en guerre contre "l'anti-islamophobie" se distinguaient par une critique sérieuse de l'économie politique du Capital (Guillon nul en la matière, non-Fides anti-marxiste primaire, etc...) : m'est avis que la puce est dans l'oreille, qui a des murs

que l'on use abusivement du sous-concept d'islamophobie en un sens ou dans l'autre, ou qu'on le critique sur le terrain de la religion, cela ressort, du point de vue communiste, de la même erreur théorique, et conduit invariablement à la surestimation ou au déni du racisme anti-"musulman"

avec ça, pour sûr, on a franchi un grand pas dans la compréhension des articulations entre classes, "races" et religions...

mais décidément, de bon ou mal gré, Léon de Mattis n'en rate pas une, car comme le savent les avertis du personnage, il étale sa phraséologie mais demeure un bourrin au niveau intellectuel (à part des notions bidons, il n'a rien inventé, mais picoré les autres pour se faire une réputation de leader anarcho-maximots) : un bricolo de la "communisation" au nom de la lutte de classe mais sans frontières de classes, ce petit bourge passé de candidat PS à faux-cul durable de l'ultragauche activiste n'a foncièrement pas changé de "camp", il boucle ici la boucle de son "marasme" en effaçant d'un même geste la ligne de classes et la ligne de couleurs

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mer 8 Juin - 16:45


0:29 mis à jour

Collector "Corinne Cerise"


Corinne Cerise a écrit:
Non mais quel con ce Léon de Mattis. Mais c'est pas possible ça ? C'est un ramassis des clichés les plus sinistres de l'idéologie française. On croit réver. Et c'est un "théoricien" ça ? Hé bé...

Patlotch a écrit:
Ah mais quand même, à ses débuts à la fin des années 90, Roland Simon, de Théorie communiste, l'avait reconnu, 'annoncé', baptisé et pris sous son aile de géant de TC, la théorie adéquate à l'époque : « A Theorician is born ! »

disons que de fil en anguille, le born Denis/Léon s'est révélé borné, théoricien mort né, et qu'avec ses derniers textes, il s'est tiré un balle dans le pied même chez les anarchistes conséquents. Comme je disais, une sorte de sous-Corcuff qu'a des ratés à sa moto




le dernier "cycle de luttes" n'est plus ce qu'il était

cela dit, les "partisans de la communisation", dans leurs contorsions sectaires privilégiant les supposés "camarades" (?), y ont tous gagné dans leur "marasme", puisqu'à communisation via Google, la définition de Léon de Mattis vient en tête d'un cortège de plus en plus maigre et moribond sur le plan théorique : leur échec n'est pas le mien mais le leur, RS de Théorie Communiste inclus, qui souhaitait en 2012 que je me réconcilie avec cet olibrius

si Léon de Mattis passe encore pour un maître à penser la communisation et comme "leader objectif" d'un milieu anarchiste de gauche, il ne doit son succès qu'à Roland Simon, qui aurait pu il y a quinze ans mettre le holà, mais qui a fait le choix opportuniste de s'en servir via la revue Meeting : le voilà servi en retour par sa créature

nul doute qu'ils auront ensemble, à force d'erreurs d'analyse, de tricheries et de postures avant-gardistes refoulées, contribué à l'effondrement d'un concept, la "communisation", qui ne méritait pourtant pas ça



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 10 Juin - 16:06


Appel à un cortège commun pour dire Stop aux violences et à l’impunité policière lors de la manifestation contre la loi Travail du 14 juin.

Citation :
Ces dernières semaines, comme les précédentes, ont été marquées par une escalade des violences policières à l’encontre du mouvement social. Coups de matraques, ciblage de journalistes citoyens avec des grenades de désencerclement, blessures, insultes : à chaque manifestation l’usage disproportionné de la force policière semble se décupler.

Cette répression ne concerne plus seulement les quartiers, qui ont servi de laboratoire aux pratiques policières les plus dangereuses, mais l’ensemble des mouvements contestataires.

Au lieu de s’interroger sur les conséquences de cette violence institutionnelle, nombre de médias et responsable politiques essayent de décrédibiliser ces révoltes légitimes.

Ainsi, ceux qu’on appelait autrefois émeutiers se retrouvent aujourd’hui désignés sous le nom de "casseurs".

Les contextes et historiques ont beau être différents, le processus est le même : invoquer la "raison d’État" et la "légitime défense" pour justifier les actes de violences contre une population qui résiste face à un système de domination.

Cette violence illégitime est de plus en plus pointée du doigt et nous nous en réjouissons. Nous invitons l’ensemble des organisations syndicales et associatives à dépasser le cadre de la répression du mouvement social contre la loi travail pour condamner d’une même pierre les violences policières qui continuent, parallèlement, de rythmer la vie des quartiers.

C’est notre seule chance de mettre un terme à l’impunité policière et de mettre à genoux la violence d’État.

C’est en ce sens que nous appelons à être nombreux et nombreuses jeudi prochain derrière une banderole commune "Stop aux violences policières" et "Stop a l’impunité policière". En réalité, il y a un lien profond entre l’État policier que nous subissons à des degrés différents et l’État ultra-libéral que l’on nous impose chaque jour un peu plus.

Combattons ces logiques ensemble.

Collectif des familles de victimes

Signataires :
Femmes en Lutte 93
Nacira Guenif sociologue
Eric Fassin sociologue
Groupe Lesbiennes of Color (LOCs)
Françoise Vergès politologue
Madjid Messaoudene
BAN (Brigade Anti-Negrophobie)
Dip Ksocial
MAFED




les gnafrons du refus
ou l'anarchisme en version Valls "antiracisme pour Blancs universels"


Lettre ouverte à ceux qui ne voient pas de problème à marcher derrière les racialistes
dans le mouvement en cours

« Tariq Ramadan, quelles que soient les critiques que nous puissions lui faire, fait partie de l'anti-racisme politique, pour son combat contre l'islamophobie et la Palestine [...] [Tariq Ramadan est] un intellectuel musulman auquel s'identifie une grande partie des classes populaires non-blanches » Houria Bouteldja, porte-parole du PIR

« La seule haine que nous avons c'est la haine de l'injustice, c'est la haine de l'impunité policière. Je ne laisserai plus rien passer, je deviendrai comme un poison, je serai derrière eux, quel que soit le prix à payer. »
Amal Bentounsi, porte parole d’Urgence Notre Police Assassine

« Madame la juge, vous aimez citer le code pénal par ci et là, à mon tour de citer un article du nôtre, article 25, chapitre le combat continue : vous me trouverez en face de ceux qui pissent sur la justice. » Sihame Assbague, auto-porte-parole du swag

Série de propos tenus lors du « Procès de l’antiracisme politique », mauvais spectacle de stand up en forme d’éloge de la forme tribunal, à la Bourse du Travail de Saint-Denis le 25 mai 2016

« Nous allons continuer à distiller des idées progressistes, à travailler aux marges et dans les interstices, envahir le langage courant, imposer nos thèmes et nos concepts dans le débat universitaire et public. » Françoise Vergès et Gerty Dambury, Halte à la misogynie raciste !, 12 juin 2015

Contribution à la critique nécessaire de l’Appel à un cortège en commun contre les violences et l’impunité policière lors de la manifestation du 14 Juin 2016 contre la loi Travail, proposé et signé par divers militants du racialisme

le gras est dans le texte... et l'intertexte
Citation :
Un petit cénacle racialiste en pleine ascension sociale et politique cherche à imposer une hégémonie politique et culturelle, et à coloniser les représentations par un discours fondé sur la notion de « race », à travers l'assignation de tous, dans le présent, le passé et le futur, à des catégories qui varient au gré des accommodements en cours, toujours guidé par la soif de pouvoir. Toujours fondées sur le revival de la « race », qu'on reconstruit politiquement plus que socialement grâce à ses avatars « racisés », « racisation », « blancs », « non-blancs », ces catégories infâmes sont des outils idéaux pour faire oublier ce qu'on fait au nom de ce qu'on prétend être, culpabiliser, faire la leçon et s'imposer par le chantage à la légitimité victimaire et identitaire en exigeant d'être vus comme l'incarnation de la banlieue, du Sud, du prolétariat, des quartiers, des victimes des violences policières, etc. selon les lieux, et les publics. Après l'échec évident de la « Marche de la dignité » en octobre dernier, qui est loin d'avoir rallié « les jeunes des quartiers populaires » ou « les prolétaires de banlieue », après le repli sur la défense du religieux et la dénonciation de « l'islamophobie », c'est maintenant au cœur du mouvement social qu'ils cherchent à normaliser leur présence et même, comme ils l'énoncent ouvertement, à prendre le « leadership » de la contestation. Cette fois, l'opération prend place dans le moment le plus public, rejoignable et conflictuel du mouvement en cours : la manifestation, via la proposition de la constitution d'un cortège lors de celle du 14 juin, et c'est autour de la très consensuelle question des « violences policières » que la proposition se formule. Par un texte assez creux, un certain nombre de signataires dont la plupart sont universitaires, habitués des plateaux télé et racialistes, appellent à « un cortège en commun pour dire Stop aux violences et à l’impunité policière. »

D'abord, ce sont les signataires de cette initiative aux allures de radicalité qui doivent nous poser question : outre divers acteurs très institutionnels avec lesquels on aimerait ne pas partager de cortège, qu'il soit de tête ou de queue, on se retrouve en bonne compagnie avec le Parti des Indigènes de la République et ses compagnons de route, les sociologues officiels Nacira Guénif et Eric Fassin, Majid Messaoudène, élu front de gauche à la mairie de Saint Denis, la MAFED, qui regroupe, depuis que le PIR l'a constituée lors de ses dix ans pour organiser la Marche de la Dignité 1, tout ce que le petit milieu racialiste compte d'égéries « racisées » et éventuellement islamistes, la Brigade Anti-Négrophobie et le Dip Social Club, qui suivent et relaient toutes les initiatives de ce petit monde. On doit aussi supporter des entrepreneurs de banlieue qui réclament leur part du gâteau, les Pas Sans Nous, et le FUIQP dont le chef de file Saïd Bouamama, en plus d'être racialiste, collabore régulièrement avec le confusionniste actif philo-négationniste Michel Collon. Tous parlent de « race » à longueur de temps et prônent un interclassisme ségrégationniste qui sépare « blancs » et « non-blancs », à travers des pratiques scandaleuses et inacceptables comme par exemple l'organisation en non-mixité « raciale » (pour leur « camps d'été décolonial » par exemple).

Et, tant qu'on y est, pourquoi pas Eric Hazan, qui voudrait que tout le monde aime un peu certains flics, éditeur du pamphlet antisémite et philo-négationniste de Houria Bouteldja ?

Pour mémoire, même si tout le monde semble convenir du caractère infâme des positions du PIR, il faut peut-être rappeler son antisémitisme, sa misogynie, sa haine des homosexuels et du métissage, son racisme structurant, qui, si on s'y penche avec un peu de conséquence, devraient empêcher non seulement sa fréquentation, mais aussi celle de ses amis et alliés, même par pétition interposée. La moue dégoûtée que beaucoup prennent tout en signant et en côtoyant semble une réaction bien légère, si l'on prend au sérieux la nature des problèmes en question...

D'autre part, alors que la violence exercée par la police est structurelle, on peut se demander ce qu'on a à gagner à séparer des pratiques policières « violentes » d'autres, « normales », qui ne le seraient pas, comme le fait la notion de « violences policières » auxquelles il s'agirait de s'opposer. Cela a-t-il vraiment un sens d'exiger que cette police qui serait la « nôtre » cesse d'« assassiner » ? Ce dont on peut être sûr, c'est que lutter pour la punition de la police n'est en aucun cas une manière de lutter contre sa force réelle et effective ni de s'organiser contre la répression qui consolide le monde de la loi travail, et plus largement contre le rôle et la fonction de la police qui est au service du même État que la justice qu'on invoque ?

S'organiser en tant que victime, peut aussi poser question, surtout quand, en fait, il s'agit plutôt de se présenter comme victime potentielle, ou qu'on est en fait « famille de victime », catégorie la plus dépolitisée qui soit, dont la valorisation fait écho à un maoïsme français éculé, datant de l'époque où certains, sur la route de la « vérité » et de la « justice », ont aussi cherché des relais de légitimité normative et familialiste.

Enfin dénoncer « l'impunité policière », c'est toujours s'inscrire dans un champ absolument judiciariste et punitif qui impliquerait que la justice réelle, convoquée par la notion « d'impunité », soit l'horizon indépassable, et se retrouver à se plaindre radicalement du fait qu'elle fonctionne décidément mal en exigeant que les coupables soient punis plus sévèrement. Que gagne-t-on à constater que la justice ne punit pas sa police, et à revendiquer plus de punition et plus de prison ? Ne s'éloigne t-on pas ainsi absolument de la perspective de « l'impunité » pour les luttes et leurs participants ?

Des conférences de presse contre l’État d'Urgence, à Nuit Debout, en passant par des pétitions dans les journaux (avec la prétention à déterminer qui serait « casseur » ou « émeutier »), des colloques comme « paroles non-blanches » dans le bâtiment occupé de la fac de Saint-Denis, la propagande de Lundi matin, pléthore de réunions publiques, meetings, interviews et autres interventions télévisuelles, pastiches ratés de procès stupides, etc., les racialistes militent pour infuser la contestation avec leur lecture en terme de « race », donc raciste, et militent toujours aussi pour eux-mêmes, afin de prendre le pouvoir dans les luttes et de s'en servir pour acquérir du pouvoir, au-delà.

Nous sommes déjà nombreux à refuser ces catégories qui contredisent toute perspective émancipatrice et révolutionnaire, à penser que lutter contre la police, en tant que telle, ce n'est pas déplorer qu'elle ne soit pas punie, à refuser ce paternalisme qui consiste à favoriser l'organisation en tant que « famille de victime » ou sous des formes communautaures et identitaires en allant jusqu'à vanter la soumission religieuse des autres, bref à refuser de se soumettre au chantage de ces quelques bourgeois « racisés » qui voudraient se faire passer pour « les jeunes des quartiers populaires » alors qu'ils en ont très visiblement passé l'âge.

Nous ne les avons pas attendu d'ailleurs pour refuser le racisme, pour nous battre ensemble, immigrés ou pas, sans ou avec papiers, chômeurs, précaires ou salarisés, en tentant de dépasser ces catégories, seul moyen de se retrouver pour en finir avec ce monde, son capitalisme et sa police.


En cortège et ailleurs, refusons de marcher derrière les racialistes !
Poursuivons la mobilisation,
les luttes contre la loi travail, bientôt contre l'été
et son odeur de fin de mouvement !
Quoiqu'il en soit, le mouvement n'a pas à être dirigé, et certainement pas par les porteurs de cette proposition.
Pour des perspectives révolutionnaires


[/size]
Les chemins se séparent...
pour cela faudrait-il qu'ils aient été communs...
avec ces stirnériens de pacotille aux banderilles virtuelles

crossroads@riseup.net


précédent du 21 octobre 2015 : Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème

étonnant, non, que leurs "racialistes" soient si coloré.e.s... l'auteur se sent-il menacé par le racisme anti-Blanc ou par l'"homophobie" des Lesbiennes Of Color signataires ?

étonnant qu'ainsi soit épinglé le Collectif "Urgence notre police assassine", , à l'origine de cet appel du même "Collectif des familles de victimes" et à l'origine de la contre-manif interdite à République, lors de laquelle fut brûlée une voiture de police, au point qu'on ne sait plus où l'auteur (ce grand "cenacle") veut en venir, et avec qui il peut bien manifester, devant ou derrière, puisqu'il n'épargne ailleurs aucun des organisateurs du 14 juin ?

pour ce qui est des bribes de ce texte que je partagerais en cohérence avec les positions de ce forum, elles ne sauraient en changer l'essentiel, la main à plume de haine et d'amalgames mensongers qui l'a produit... Il est bien sûr relayé par non-Fides, donc Yves Coleman, Ni-Dieu-ni Maître en T-shirt, etc.

Non-Fides indique l'avoir "repris d'Indy Nantes"... qui l'a refusé


modo a écrit:
> Article refusé. le vendredi 10 juin 2016 à 14:38 par modo

Mettre dans le même panier un ensemble de gens qui veulent combattre le racisme, en focalisant sur la position d'une des composantes (le PIR) est assez malhonnète. Reconnaître l'existence du concept de "race" chez une partie de la population qui l'emploi dans un but de domination et d'exploitation ne veut pas forcément dire qu'on valide l'existence ce concept. L'argument de l'interclassisme est une des grands classiques lorsqu'on parle des tentatives d'organisation en non-mixité, les féministes l'ont déjà bien entendu de la part des parternalistes. Enfin, parler de "colonisation" des représentations, c'est plutôt dégueulasse.

ça bouge...

les anarchistes conséquents ne veulent plus être pris pour des cons par des cons' pir...


des réponses appropriées ont été apportées ici et dans les commentaires

Citation :
Nous sommes à un moment d’offensive sans précédent de l’Etat et des différentes formes de pouvoir pour faire taire toute pensée différente et toute contestation de l’ordre établi, du capital et de la pensée dominante. Déchaînement islamophobe, criminalisation du BDS et de toute critique d’Israël, extrême droite qui se permet tout, retour aux valeurs sexistes et racistes de mixité forcée et d’assimilation au modèle occidental…

Ce qui est remarquable, c’est le renfort inespéré apporté à cette campagne haineuse par des personnes qui n’ont visiblement rien d’autre à faire que retourner à leurs fantasmes paranoïaques contre les ennemis du Monde libre et républicain. Si l’esprit Charlie commence à s’estomper dans la population, il est de plus en plus vivace dans une frange « radicale » qui supporte de moins en moins qu’on puisse se révolter sans passer par leurs critères idéologiques incontournables.

On en a soupé des Mondialisme.org, non-fides, discordia et autres complotistes obsessionnels qui ne semblent pas avoir d’autre passion dans la vie. Si les personnes qu’ils ne supportent pas sont acceptées dans des manifestations ou des marches, ça ne regarde que les intéressé-e-s et sûrement pas des donneurs de leçons professionnels qu’on ne voit que dans la critique, et jamais dans l’action.

Ce n’est pas nouveau, et on remarquera que comme par hasard c’est à ces moments de répression intense qu’interviennent nos « super-radicalistes » pour achever le boulot du pouvoir !
[...]
Pour enfoncer le clou, les « super-radicalistes » se devaient d’apporter leur note personnelle allant encore plus loin que ce que se permettent les médias du pouvoir. Sur Indymedia, bien sûr, car qui d’autre se compromettrait à laisser passer des propos aussi haineux et insultants ?

On ne saura jamais quel horrible malheur a pu frapper ces pauvres gens pour qu’ils accumulent autant de haine en si peu de lignes contre celles et ceux qui ont le malheur de ne pas penser comme eux.

« Racialistes, soif de pouvoir, « leadership » de la contestation, égéries «racisées», islamistes, confusionnistes, philo-négationnistes, interclassisme ségrégationniste, non-mixité, antisémite, caractère infâme, misogynie, racisme structurant, légitimité normative et familialiste…

Si on enlève tout ça, il n’y aura plus que vous, et personne pour vous contredire. Il vaut donc mieux que vous fassiez comme d’habitude : vous ne venez pas et vous ne manquerez à personne.

Une chose doit être claire : une critique de n’importe quelle action ou position politique est parfaitement justifiée, mais quand elle commence par désigner ses ennemis comme « racialistes » et celles et ceux qui ne les excluent pas comme « islamo-gauchistes », ce n’est même plus la peine de discuter : vous êtes nos ennemis au même titre que l’Etat et sa politique discriminatoire envers les minorités.

Vous devriez vous appliquer ce que vous préconisez pour les autres : « le mouvement n'a pas à être dirigé », et certainement pas par des « radicalistes » professionnels.

Comme vous le dites si bien : « Les chemins se séparent... » Au plaisir de ne pas vous voir dans nos luttes !



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Dim 12 Juin - 18:19


Collector bordigo-libertaire


le fer en bois des révolutionnaires anti-Patlotch

meet

info.libertaire reprend ICI les délires anti-Patlotch du "Vieux Sympathisant de la Gauche communiste internationaliste" qui me poursuit de ses aciduités sur Indymédia-Nantes et Indymédia Bruxelles. Dans le genre libertaire, on a vu mieux. Demandez le programme :

Citation :
L’intervention organisée, unie et centralisée au niveau international, pour contribuer au processus qui mène à l’action révolutionnaire de la classe ouvrière. Le regroupement des révolutionnaires en vue de la constitution d’un véritable parti communiste mondial, indispensable au prolétariat pour le renversement de la domination capitaliste et pour sa marche vers la société communiste.

CCI, fraction de la GCI... je ne sais pas par de quelle fraction se reconnaît ce "vieux sympathisant", ni laquelle le reconnaît

bref, tout ce que honnissent les anarchistes...

ainsi va la vie pour les révolutionnaires au net, où n'importe qui reprend n'importe quoi. On appelle ça "anti-confusionnisme", pas saisi pourquoi ni comment ils peuvent croire... à leur crédibilité


longue vie à ce vieux fou


et mes excuses, ce n'est pas lui, mais quelqu'un des siens

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