PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 1 Déc - 12:28




Vous avez dit « race sociale » ?


Lettre ouverte à mes camarades anarchistes
par Geoffrey 30 novembre 2015

Samedi 7 novembre 2015 à Lyon avait lieu, à la librairie libertaire « La Gryffe », une conférence intitulée « Anarchisme et Islam »

Cet article ne traitera pas du contenu de la conférence mais plutôt du débat qui en a découlé. Au cours de ce dernier une personne que je considère comme une camarade de lutte, musulmane et voilée, en est venu à parler du terme de « race sociale ». Grosse erreur ! S’en est suivie plus d’une demi-heure d’attaques envers cette camarade au cours de laquelle elle fut traitée de « racialiste », accusée d’utiliser des termes d’extrême droite. En sous texte il lui a été reproché de ne pas avoir une analyse de classe du racisme

Citation :
J’écris cet article pour enfoncer le clou. Je suis blanc et communiste libertaire comme l’écrasante majorité des personnes qui ont attaqué ma camarade. Dire ceci est central pour ce qui va suivre. Je précise aussi que j’ai l’appui de ma camarade pour écrire ce texte : elle a jugé qu’il était bon de donner mon avis d’anar blanc sur le sujet, elle a relu ce texte et je le publie parce qu’il lui convient.

L’anarchisme et l’extrême gauche en général ont un problème avec le concept de race. Et comment peut-il en être autrement puisque de prime abord ce terme peut résumer à lui seul deux périodes les plus honteuses de l’Histoire de l’Occident : la Colonisation et l’Holocauste où des millions de personnes sont mortes, les premiers Noir.e.s et Arabes, les seconds Juif.ve.s et Tziganes pour la plupart, seulement parce qu’ils étaient considérés racialement comme inférieur à l’Homme blanc et chrétien. C’est-à-dire que cette infériorité, pour les bourreaux de ces génocides résidaient dans le code génétique de leurs victimes.

On pourrait donc comprendre pourquoi l’utilisation du terme de race dans une conférence libertaire puisse susciter l’émoi. Ma camarade serait donc une nazie puisque elle utilise ce terme ?

Eh bien pas du tout.

Pour le comprendre, il est fondamental de faire la distinction entre race biologique et race sociale. Ma camarade ne croit pas en l’existence de la race biologique, elle ne croit pas qu’un peuple, qu’une ethnie, qu’une couleur de peau soit supérieure à une autre. Elle croit en l’existence des races sociales. Ce qui signifie qu’au sein d’une société structurellement raciste, les institutions de cette société et la population « racialisent » les individus. En France un.e Noir.e, un.e Arabe, un.e Rrom n’aura pas la même place dans la société qu’une personne de couleur blanche. Face au marché du travail, face au logement, face à la police, face aux différentes institutions un.e blanc.he est avantagé.e face à une personne « racisé.e ».

Il ne s’agit pas là de racialiser la question sociale, mais plutôt l’inverse, de socialiser la question raciale : d’expliquer que le concept de race, s’il n’est pas une réalité biologique est une réalité sociale : un Rrom est considéré par l’Etat français et son racisme systémique comme un Rrom en premier lieu, et non comme un « individu » et encore moins comme un « citoyen ». Ainsi, dire qu’il n’y a pas de différence entre lui est moi est au mieux de la naïveté, au pire de l’hypocrisie républicaine. Je ne suis évidemment pas supérieur à lui, mais ma place dans la société que me confère ma couleur de peau et mon identification comme étant français m’accorde sur tous les points de nombreux avantages. C’est ça la race sociale.

Alors elle est « une ennemie de classe » ?

« Elle préfère un bourgeois racisé à un prolo blanc » ?

Et bien, encore une fois c’est une mauvaise réponse.

Premièrement parce que la lutte des classes ma camarade ne la théorise pas, elle la vit au quotidien, elle fait partie des franges de la population les plus précaires et n’a donc aucune leçon à recevoir de militants qui sont pour la plupart profs.

Secondement, mes très cher.e.s camarades blancs devraient se pencher sur ce qu’on appelle « l’intersectionnalité des luttes » qui prend en compte, dans un combat pour l’émancipation, la dimension de classe, de race et de genre. Cette approche révolutionnaire, contrairement à celles qui prédominent dans les milieux anarchistes et communistes, ne croit pas en la hiérachisation des luttes au profit de la lutte des classes.

Autrement dit, toutes les luttes sont imbriquées les unes aux autres : la lutte des classes ne peut se faire et ne doit pas se faire sans lutte contre le racisme, contre le sexisme, contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, le validisme… Un patron noir et trans reste donc un patron, mais sa position d’ennemi de classe ne justifie pas par contre les attaques racistes et transphobes qu’il peut subir. Mais il n’est pas un camarade, il est bien considéré comme un ennemi de classe. Cela étant dit, le point de vue intersectionnel amène à souligner le fait que ce patron noir et trans’ est rare – la condition trans comme la condition noire étant synonyme de surexposition à la précarité sociale, et la condition blanche et bio étant au contraire sur-représentée dans la CSP chef d’entreprise…

S’ils s’étaient penchés sur ce concept ils auraient su de quoi parlait ma camarade, ils auraient su qu’on ne pouvait pas objectivement la taxer de sympathisante d’extrême droite.

Le privilège blanc

Tout ce débat pose la question du privilège blanc. Pendant la conférence, l’un des conférenciers, pour répondre à ma camarade, lui a expliqué que tout le monde dans la salle était anti-raciste, et que pour la plupart ils ou elles avaient participé a des manifestations antiracistes. Je ne doute pas ici de la sincérité des participants ni de leur engagement. Mais le racisme peut être appréhendé sous deux angles différents :

- la discrimination : le tort causé aux personnes qui le subissent, une dimension qui est connue et admise (bien que souvent sous-estimée, et dédramatisée) par l’ensemble des personnes qui se sentent concernées par la lutte antiraciste, elles ont bien intégré que les personnes victimes de racisme était donc discriminées.

- l’autre versant, beaucoup moins évident, qui est le bénéfice voulu ou non qu’en tirent les non-victimes : et notamment les personnes identifiées comme blanches, catho-laïques, de souche…

Personne ne dit que les blanc.he.s sont mauvai.se.s, qu’elles ou ils profitent volontairement du racisme structurel. Pour autant, que je le veuille ou non je profite de cet état de fait : je suis favorisé à l’embauche, dans la recherche d’appartement, j’ai moins de chance de me faire refouler de boite de nuit, de me faire suivre par un vigile dans un supermarché, de subir des contrôles policiers abusifs qui finissent souvent mal, je subis moins le mépris des institutions et des aides sociales…

Dans nos sociétés je suis considéré comme la norme, je ne suis pas racialisé, je ne suis que très rarement renvoyé à ma couleur, et n’ai donc que très rarement l’obligation de me définir en tant que tel. Ici, il n’est pas question en tant que blanc, de s’auto flageller, de culpabiliser ou d’avoir honte mais seulement de reconnaitre notre position privilégiée dans la société.

Ce privilège ne veut pas dire non plus que je ne peux pas être précaire, avoir une vie de merde, être pauvre, cela veut juste dire que l’ouvrier-e racisé-e, le ou la précaire racisé-e, le chômeur ou la chômeuse racisé-e, a un désavantage supplémentaire face à son homologue non-racisé-e. Je peux certes subir une violence symbolique tout en étant blanc, mais pas en tant que blanc : des contrôles de police que je peux subir en tant que militant, dans un cadre précis. J’ai déjà connu la violence physique, l’humiliation et le mépris de la police, mais uniquement dans un cadre militant : en dehors de ce cadre je n’ai jamais de problème avec la police.

Je peux également subir de la discrimination dans un rapport de classe avec des personnes de classes supérieures me renvoyant à mon inculture par rapport à leur norme, mais cela demeure sans commune mesure avec ce qu’ils pourraient faire subir à des personnes issues de l’immigration post coloniale et/ou des quartiers populaires. Bref : le racisme étant quelque chose d’institutionnalisé, ma couleur de peau fait tout de même de moi un privilégié.

Mes camarades blancs, qui ont une grille d’analyse n’expliquant les rapports de dominations que par le biais de la classe ont donc une grande difficulté à se définir comme privilégiés du fait de leur couleur de peau, et cela d’autant plus quand ils sont ouvriers. Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que nous ne pouvons pas connaitre la galère, mais seulement qu’à compétence et situation économique égale, notre position dans la société sera meilleure ou moins pire que celle d’un racisé.

Si mes camarades ont autant de mal à comprendre ce privilège c’est premièrement du fait de leur carcan idéologique, qui peut les enfermer dans une interprétation simpliste du monde social actuel : la France et le monde ouvrier en général ne sont plus ce que Bakounine et Marx ont connu de leur temps. Si la lutte des classes reste éminemment pertinente pour appréhender une dimension des oppressions systémiques, les torts spécifiques subis par les personnes racisées sont à prendre en compte s’il l’on veut aboutir à une réelle révolution intersectionnelle.

Mais la difficulté à prendre en compte ce privilège est avant tout entretenue par l’Etat, qui a tout intérêt à maintenir cette hiérarchisation et donc à faire intégrer, à nous personnes blanches, que nous sommes la norme. Mes camarades se braquent quasi-systématiquement et crient au racisme quand on parle de « blancs », en répondant « mais non, pas tous les blancs ! ». Le privilège blanc est à comprendre comme un système de valeur et de normalisation :ici on ne parle pas d’individus responsables de racisme, on parle d’une structuration raciste de la société qui privilégie les blancs.

Ma camarade croit donc aux races sociales, disais-je. Ce n’est en fait pas le terme exact : elle n’y croit pas, elle les vit, sachant que sa situation est encore particulière puisqu’en plus d’être une racisée, elle porte le voile, et subit donc une triple oppression raciste, sexiste et islamophobe. Corollairement, j’ai donc un triple privilège face à elle : je suis un homme blanc et rien chez moi ne laisse supposer une quelconque appartenance religieuse.

J’ai aussi le privilège de pouvoir parler de privilège blanc sans me faire taxer de raciste, sans que l’on me prenne pour un hystérique. Inconsciemment, dans la tête de mes camarades, je suis plus légitime, plus crédible. Et je m’énerve moins, car je ne suis pas touché directement, quotidiennement, à répétition, par ces attaques.

Et pourtant ce n’est pas moi la personne la plus légitime pour parler de ça, ce n’est pas moi qui vit le racisme au quotidien, mais bien ma camarade. Ceci pose un autre souci : nous avons un problème avec le fait de nous taire, d’écouter les premiers concernés sur leur propre vécu, et d’en tirer les enseignements sur nos comportements pouvant reproduire des situations de dominations paternalistes, au sein même d’un milieu qui s’est donné pour but de les combattre. La plupart d’entre nous refusent tout simplement de se remettre en question.

Le prétendu « racisme anti-blanc »

Pendant le débat un intervenant a exprimé que lui aussi dans certaines ZEP pouvait être victime de racisme… Sous-entendu : il pouvait être victime de racisme « anti-blanc », terme cher à l’extrême droite, popularisé par l’organisation « bloc identitaire » et réutilisé par la droite classique comme Jean François Copé. Alors soyons clair : le racisme anti-blanc n’existe pas. Car c’est quoi le racisme, d’abord ? Le racisme est un système d’oppressions structurelles visant les personnes racisées en s’appuyant sur des lois, sur des représentations sociales et médiatiques, sur des normes culturelles et sur une réécriture de l’Histoire, légitimant par exemple le discours colonisateur des nations impérialistes.

Par conséquent, si je peux connaitre la mésaventure de me faire insulter à cause ma couleur de peau, ou de subir des actes violents, cela reste néanmoins ponctuel, et sans commune mesure avec le racisme structurel que seul un non-blanc peut subir. Je ne peux honnêtement pas comparer un « sale blanc » avec ce que pourra subir une femme noire portant le voile, par exemple. Si je peux être confronté à des préjugés, j’ai la chance et le privilège qu’ils ne soient pas légitimé par des représentations médiatiques et des discours politiques, et qu’ils ne me coûtent pas ma scolarité, mon emploi, mon logement, ma tranquillité quotidienne.

Une femme peut me traiter de « sale mec », ou tenir des propos essentialisants, globalisants et désobligeants sur « les hommes » : pour autant il ne me viendrait jamais à l’esprit de parler d’un « sexisme à l’envers » ou d’une oppression des femmes sur les hommes – et pas davantage des pauvres sur les riches. Eh bien c’est pareil dans la relation entre blanc et non blancs : en tant que libertaire, je ne peux pas mettre un pied d’égalité le vécu des dominants et des dominés.

Si la lutte des classes et le combat contre l’Etat et le capitalisme font partie de nos priorités, la reconnaissance par l’ensemble de l’extrême gauche de l’existence d’un privilège blanc, de races sociales et leurs incidences sur les racisé.e.s est indispensable, d’abord pour ne pas reproduire les dominations présentes dans la société, ensuite pour construire une solidarité entre toutes les personnes précaires, qu’elles soient blanches ou non.




Dernière édition par Admin le Mar 26 Jan - 19:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 3 Déc - 11:01


le soldat négationniste Coleman s'en va-t'en guerre au terrorisme

Du « Black-Blanc-Beur » à la « race sociale » : la confusion s’épaissit jeudi 3 décembre 2015, par Yves

Yves Coleman a écrit:
Coup de gueule face à des "débats" bien mal entamés....

Il était une époque (le début des années 80) où toute la gauche et une bonne partie de l’extrême gauche trouvaient « génial » et « branché » d’employer des nouveaux termes comme « Black, Blanc, Beur ». Une génération et quelques années plus tard, ces termes fondés sur des phénotypes, des caractéristiques physiques (évidentes aux yeux de tous sauf des gauchistes décérébrés), font partie du vocabulaire courant de tous, à droite comme à gauche. Du rappeur Saïdou au ministre de l’Intérieur Manuel Valls, d’Alain Finkielkraut à Houria Bouteldja, d’Alain Soral à Dieudonné, tout le monde politique et intellectuel utilise ces concepts, mais aussi les « citoyens ordinaires ».

La social-démocratie française, pleine de bonnes intentions multiculturalistes dans les années 80 et tant abhorrée aujourd’hui par les partisans de la pseudo théorie de la « race sociale », a en fait préparé le terrain. Elle a mâché le travail à tous ceux qui aujourd’hui nous expliquent benoîtement que le terme de « race sociale » ne serait absolument pas lié à des phénotypes ou à des caractéristiques physiques. Ce sont les mêmes qui aussitôt affirment que les « blancs » auraient des privilèges auxquels les « noirs » ou les « non blancs » n’auraient pas accès...

Ainsi Obama serait donc un « blanc » social ? et le chômeur lillois, depuis 5 générations, qui vote Marine Lepen serait un « noir » social ? le roi d’Arabie saoudite serait un « blanc » social et un « musulman » (donc un non blanc social) et le routier lyonnais « de souche » un blanc « privilégié » mais aussi un non blanc social (puisque prolétaire) ? Qui peut croire que de telles absurdités nous aident à lutter contre l’exploitation et contre le racisme ? Indifférents à la moindre cohérence théorique, les partisans de la prétendue théorie de la « race sociale » ajoutent, à la liste établie au départ par les intellectuels identitaires anglosaxons, les « musulmans » et les « roms » au catalogue des « non blancs ».

La liste des « racisés » ressemble de plus en plus à un inventaire à la Prévert, car selon les sensibilités on peut y ajouter toutes les sous-catégories que l’on veut... Mais curieusement en France, jamais les prolétaires chinois, pakistanais, bengalis, etc... On se demande bien pourquoi...

Cette gymnastique serait comique si derrière ces manœuvres idéologiques ne gisaient pas autant de problèmes non résolus d’un point de vue théorique [sic] et politique pour tous ceux qui prétendent changer radicalement la société.

En France, le multiculturalisme a eu un aspect sympa (en dehors du fait qu’il était financé par le PS au pouvoir, donc par l’Etat). Même les Indigènes de la République reconnaissent parfois, au détour d’une interview, qu’à une époque SOS Racisme a eu un aspect positif et éducatif. Et, de leur point de vue identitaire, ils ont raison : le Parti socialiste et ses associations satellites, ses intellectuels compagnons de route ou ses propagandistes stipendiés, ses médias complices (Libération en tête) ont transformé les qualifications purement raciales de « Black Blanc Beur » en étiquettes antiracistes dans l’esprit de nombreux jeunes révoltés par la propagande xénophobe du Front national et qui prenaient lentement conscience du racisme structurel français (terme à l’époque pratiquement inconnu puisque la gauche et l’extrême gauche ignoraient superbement ces phénomènes).

Le lavage des cerveaux a commencé par la petite main jaune de SOS, les concerts antiracistes géants, la propagande médiatique antiraciste mobilisant artistes, cinéastes, musiciens, comiques, etc. Et progressivement il est apparu parfaitement normal de qualifier les hommes et les femmes selon leurs... phénotypes.

Parallèlement on a vu s’organiser une offensive dans le monde universitaire, qui après l’épuisement du structuralisme, a adopté les théories postmodernes (déconstruction, postcolonialisme, etc.). Cette offensive a pris le relais, au niveau théorique, de l’antiracisme gentillet et bisounours des années 80 qui a imprégné pas mal de monde, et ce bien au-delà des cercles militants. Les universitaires de gauche, dont les écrits étaient parfois tout aussi incompréhensibles que ceux des plus obscurs lacaniens des années 70, ont réussi à se donner une allure plus radicale en se reconnectant avec l’anti-impérialisme des années 50 et 60 et l’identitarisme plus musclé des Afro-Américains, que ce soit ceux du SNCC, des Black Panthers et d’une pléthore de mouvements nationalistes-culturels outre-Atlantique (qui sait, par exemple, en France que les Afro-Américains disposent aujourd’hui de leur propre fête de « Noël », sous le nom de Kwanza, devenue désormais une affaire commerciale juteuse et très « mainstream » alors qu’il s’agissait au départ d’une initiative très marquée par le nationalisme identitaire noir... ?).

La culture rap et hip hop afro-américaine est apparue, elle aussi, comme « super sympa » aux yeux de la gauche et de l’extrême gauche françaises. Et ce d’autant plus que le rap « français » ne se construisait pas sur des bases mono-ethniques comme aux Etats-Unis mais pluri-ethniques. Cette nouvelle évolution musicale a contribué à dépasser les discours officiels multiculturalistes parfois assez intellos et éthérés, à leur donner un côté identitaire plus affirmé, plus dur aussi au niveau verbal, comme dans les pays anglosaxons, mais de façon subreptice et inconsciente. Ce nouveau facteur de la culture de masse a rendu le terme de « Black » absolument incontournable pour les jeunes, fussent-ils maghrébins, poussant évidemment ces derniers à s’inventer une nouvelle identité et à se définir eux-mêmes comme « rebeus ». La culture rap a pris la succession de SOS Racisme ou s’est mélangée à l’antiracisme de l’Etat-PS.

Dernière influence, le nouvel intérêt pour l’islam chez les jeunes générations, intérêt qui a rajouté encore une couche de confusion et de division identitaire chez les jeunes prolétaires – d’origine maghrébine ou pas d’ailleurs...

Désormais, les jeunes peuvent combiner antiracisme virulent et sympathique (en tout cas vivement encouragé par les médias de gauche), fascination pour l’esprit revendicatif des rappeurs (qu’elle que soit leur nationalité ou leurs origines puisque le rap est devenu mondial) et plongée dans l’identitarisme religieux sous toutes ses formes (sectaire-religieuse, nationaliste ou plus politisée). Cette nouvelle quête identitaire leur est apparue d’autant plus justifiée que leur foi était maltraitée et méprisée en France par l’Etat et les médias ; cette situation de « communauté minoritaire » pouvait leur faire croire que l’islam était effectivement une religion de pauvres et d’opprimés, de « rebeus », terme quasiment synonyme de Français de seconde zone... et de troisième génération.

Les émeutes de 2005 et l’incapacité des politiques à y répondre par des mesures sociales radicales n’ont fait que confirmer et accélérer ces tendances diffuses, d’origines diverses, puisqu’elles combinaient les stratégies de l’élite politique socialiste multiculturaliste, celles des rappeurs révoltés en quête de reconnaissance médiatique et celles de certains intellectuels de gauche en quête de chaires à l’université et de places dans les médias et les maisons d’édition.

De nouvelles petites forces politiques identitaires (CRAN, PIR, CCIF, etc.) sont nées et leurs représentants les plus dotés de réseaux ont cherché à occuper le champ médiatique, avec un certain succès d’ailleurs. Les pseudo théories de la « race sociale », importées des Etats-Unis, ont donc utilement servi à ces carriéristes français pour consolider le travail de démolition multiculturaliste commencé par SOS Racisme et sa division des exploités en Blacks, Blancs, Beurs (BBB). On est passé du BBB au BNBM, Blancs-Non Blancs-Musulmans (je n’ajoute pas le R pour les Roms car jusqu’ici les courants identitaires de gauche ne sont pas sérieusement investis dans leur défense concrète, il s’agit juste pour eux d’une pose).

Le processus de justification idéologique du fractionnement identitaire des exploités selon des lignes raciales et religieuses est désormais bien au point en France, et il accompagne évidemment une évolution matérielle et sociale qui se manifeste à l’échelle de toute l’Europe.

Faute d’effectuer une nécessaire révolution mentale, et de remettre en cause leur incapacité historique à analyser à la fois les racines profondes du racisme, les politiques identitaires de gauche comme de droite dans le monde anglo-saxon (depuis déjà un demi-siècle quand même !), et l’influence multiséculaire néfaste des religions, certains anarchistes ou marxistes se sont tout à coup sont mis à traiter sur les réseaux sociaux tous les partisans, sincères ou pas, de la théorie bidon de la « race sociale » de « racistes ».

Ultime, radicale et ridicule erreur.

Ils confirment ainsi que ces défenseurs autoproclamés de « la classe » baignent encore dans le climat idéologique créé par la social-démocratie française des années 80... sans même s’en rendre compte. Ils croient qu’en traitant de « racistes » les partisans de la théorie néfaste de la « race sociale », en ne faisant pas l’effort d’étudier les origines de ces bricolages idéologiques, leurs succès et leurs avatars dans la gauche anglo-saxonne, en ne s’interrogeant pas sur les profondes transformations de la « force de travail » des pays capitalistes avancés, en ne se livrant à aucune autocritique sérieuse, ils pourront remporter la bataille politique acharnée qu’il va nous falloir mener contre ces prétendues évidences « sociales » reposant en fait sur des phénotypes et sur le « bon sens » lié à l’observation des différences physiques entre les êtres humains – traduire des « races » si longtemps enseignées ou reconnues comme ayant des bases scientifiques et biologiques.

Si nous voulons contrer la diffusion néfaste des théories de la « race sociale », il va falloir se mettre sérieusement au boulot, camarades, et ne pas vous contenter de simples invectives ! [sic]

Y.C., Ni patrie ni frontières, 3/12/2015

PS. Nous consacrerons en 2016 un numéro spécial aux "manip identitaires" de gauche et reviendrons sur ces questions plus en détail. Nous essaierons notamment de montrer comment le concept de race aux Etats-Unis n’a JAMAIS rompu avec ses bases biologiques, y compris dans les statistiques démographiques, les quotas dans les universités et dans la fonction publique et jusque dans la mention sur les passeports et les formulaires administratifs. Reprendre ce concept dans un pays comme la France qui n’a pas été structuré par l’esclavage (si l’on excepte bien sûr les Antilles) et toutes ses catégories et sous-catégories raciales, c’est donc vouloir introduire de force, sous des prétextes sociologiques, donner une légitimité pseudo scientifique aux préjugés racistes qui eux ont toujours existé dans l’Hexagone.

Ce n’est pas un hasard si le terme de "métis" n’existe pas aux Etats-Unis, ou plus exactement s’il est souvent considéré comme une insulte car il met en avant des critères raciaux biologiques. Ce qui n’est pas le cas du tout en France où il est valorisé depuis très longtemps... Considérer aussi les "musulmans" comme une "race sociale" c’est introduire une seconde équivoque tout aussi délétère.

Qui sait qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis par exemple le terme de "muslims" désigne dans le vocabulaire courant, y compris celui des gauchistes, les "Arabes" au sens le plus large (et le plus faux), et inclut donc les Turcs, les Berbères, les Iraniens, voire les Pakistanais et les Bengalis. Il s’agit donc là aussi d’un concept très vague qui mélange des références ethnobiologiques parfaitement assumées, des références nationales et une assignation religieuse arbitraire et fantasmée, trahissant une xénophobie et une ignorance crasse. Mais tout cela les partisans des races sociales n’en ont rien à faire....


Patlotch a écrit:
UN AMOUR ÉTERNEL

Marche nocturne, pour Jimmy et Aïcha, 22 mars 2003

La guerre ici soumet les mots
Ivres à l'écran des mensonges
Pour que là-bas sous mille maux
Sombrent la nuit mille et un songes

Là-bas la guerre fait la mort
Maudite à l'Irak en déluge
Quand ici préside au remord
Une pub au prix d'un grabuge

Je marche tu marches nous marche
Le monde marche Aïcha meurt
La paix ici prend sa couleur
Là-bas l'or noir paie la bomb'cash

Tu pleures nous pleure à douleur
L'humain est en deuil mais les fous
De dieux n'ont pas mis à genoux
Notre amitié black blanche beure

J'ai bien vu leur Hiroshima
Lourd son silence sourd de poche
A chaque pas brisé pour ma
Mémoire au son doux d'une cloche

Tu te souviens Jimmy des flammes
D'un village indien du Vietnam
De l'Afrique en chaînes des chiens
Pour la liberté pour le bien

Sous nos yeux le passé revient
Et pour un Empire dément
Ton désir d'amour irakien
Agonise éternellement



[center]

Francisco Goya, El 2 de mayo 1808 en Madrid, 1814

[center]


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 4 Déc - 21:21

le texte ci-dessus a également été diffusé par Servir le Peuple, Nous sommes les Nouveaux Partisans - L'Ora es Venguda

avec ce chapeau : "Race sociale" : Quand un libertaire énervé par ses camarades dit les choses plus clairement que nous n'aurions jamais pu le faire

avec quelques commentaires

Citation :
[NDLR nous préciserons ici que ce racisme structurel s'inscrit totalement dans le cadre du capitalisme et vise à fournir à ce dernier la dose de surexploitation* qu'il nécessite pour fonctionner ; étant lui-même le produit de l'impérialisme colonial (qui perdure à présent sous la forme du néo-colonialisme) qui avait le même objectif à l'époque de la "révolution" industrielle. Cette manière dont les systèmes capitalistes (États modernes et Empires) se sont construits en "Centres" (où "remonte" et se concentre la richesse) et "Périphéries" (où se concentrent l'exploitation et la surexploitation) se retrouve également dans les déséquilibres/inégalités entre territoires au sein même de l'Hexagone... en particulier les territoires (et populations) dont la conquête à travers les siècles a "fait" la "France" telle que nous la connaissons ;

et ceci jusque dans la superstructure lorsque par exemple les habitants de certains territoires sont qualifiés de "chômeurs, pédophiles et consanguins" ou de "consanguins qui crevaient dans les mines", ceux de tels autres sont vus comme des "paysans" ou comme des "feignasses" hâbleurs dont l'accent n'est pas le bienvenu dans les emplois qualifiés et bien payés, etc. etc. ;

TOUT CECI ÉTANT BIEN SÛR un "cercle de périphérisation" "supérieur" au "cercle" colonial et aux colonies intérieures (à l'intérieur de la métropole hexagonale : les racisé-e-s) qui en sont issues, non-comparable et "privilégié" par rapport à celui et celles-ci - l'ordre social structurel, en clair, ne consiste pas en des "monolithes empilés" ("les bourgeois" au-dessus des prolos, "les blancs" au-dessus des non-blancs etc.) mais plutôt en une pyramide dont le sommet est la bourgeoisie blanche hétéro-masculine (avec son petit quota d'executive women à la Parisot), formant elle-même une pyramide dont le sommet est la bourgeoisie blanche parisienne, celle dont les tours de la Défense sont le repaire.]


suite à
Citation :
Et pourtant ce n’est pas moi la personne la plus légitime pour parler de ça, ce n’est pas moi qui vit le racisme au quotidien, mais bien ma camarade. Ceci pose un autre souci : nous avons un problème avec le fait de nous taire, d’écouter les premiers concernés sur leur propre vécu, et d’en tirer les enseignements sur nos comportements pouvant reproduire des situations de dominations paternalistes, au sein même d’un milieu qui s’est donné pour but de les combattre. La plupart d’entre nous refusent tout simplement de se remettre en question.


Citation :
[NDLR exactement et c'est ce qui rend le dialogue difficile voire carrément "de sourds" à ce sujet : l'ordre social tel qu'il est établi constitue le "râtelier" d'énormément de personnes (à vrai dire presque tout le monde y bouffe, y compris les racisé-e-s par rapport aux néo-colonisé-e-s resté-e-s au "bled", d'où la volonté d'"intégration" qui en anime encore beaucoup et le mépris des "blédards" que l'on peut entendre ici ou là... exactement comme hier celui qui était "monté à la ville" pour y devenir ouvrier qualifié ou employé de bureau pouvait mépriser le "paysan" de son propre Peuple, rejeter la culture et la langue, mêler le drapeau tricolore au drapeau rouge et la Marseillaise à l'Internationale tout ça tout ça lol ;

allez voir ce qui se dit de la question bretonne sur Indymédia Nantes et vous verrez)... et cela un nombre tout aussi énorme refuse de l'admettre, a fortiori quand ils/elles ont un train de vie jugé "modeste" et ne se considèrent donc "pas du tout comme des priviliégié-e-s" (voire montent sur leurs grands chevaux : "priviliégié(e) moi !?! de quel râtelier parles-tu, connard d'intellectuel petit-bourgeois !?").]




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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Lun 4 Jan - 18:30


cette critique par la CNT-AIT Toulouse étant si caricaturale de ce que recouvre l'impérialisme et les luttes anti-impérialistes, si ignorante des thèses décoloniales, qu'elle ne vaut pas la peine d'y répondre. Je la signale comme exemple typique de ce que nous critiquons dans l'approche marxiste et anarchiste abstraite, sur fond d'un indécrottable et franchouillard eurocentrisme

on appréciera particulièrement la note [1] des groupes comme « Non Fides » ou « Temps Critiques » ont produit des textes tout à fait pertinents et intéressants... », le terme « intéressant » nous rappelle ce que nono, chez dndf, trouvait intéressant dans les discussions provoquées par une texte de Saïd Bouamama au lendemain des attentats de novembre :

- dndf 16 novembre : « Un monde immonde engendre des actes immondes »

- dndf 28 novembre « Note de lectures à propos du 13 novembre » R.S


IMPERIALISME : LA PENSEE ZOMBIE cnt-ait Toulouse 7 décembre 2015

Depuis les attentats du 13 novembre, on a vu déferler une avalanche de communiqués de la part de l’extrême-gauche (et de certains groupes anarchistes) pour expliquer que les attentats étaient une réponse à « l’impérialisme occidental » [1] et qu’il s’agissait donc, peu ou prou, de « lutte anti-impérialiste »


cnt-ait Toulouse a écrit:
Rappelons brièvement ce qu’est l’impérialisme. Ce concept, s’il n’a pas été inventé par Lénine, a nourri largement sa pensée tant et si bien qu’il en est devenu le principal théoricien. Pour les léninistes – et dans une approche quelque peu simplifiée, car le sujet est plus complexe - l’impérialisme est un mode d’action qui apparaît au moment où le capitalisme finit de se concentrer en monopoles, moment auquel les États développés se partagent le monde (notamment par l’exploitation des colonies) afin de lutter contre la «  baisse tendancielle du taux de profit  » [2]..

Or, l’histoire a montré, du moins à ce jour, que le capitalisme trouve toujours des ressources et de nouveaux marchés pour lutter efficacement contre cette « baisse tendancielle » et que les entreprises font toujours de substantiels profits, ce qui constitue un premier « accroc » aux théories marxistes-léninistes. Le non-effondrement du capitalisme depuis un siècle (malgré la prédiction marxiste), ainsi que l’innovation technologique en constante accélération, sont des preuves suffisantes de la légitimité très limitée de cette thèse..

Autre défaut du concept d’impérialisme : il met en jeu des États. La conséquence qu’en tirent les léninistes (ainsi que divers libertaires), c’est que certains « petits » États seraient à défendre contre les « gros » États impérialistes. Le problème, pour des révolutionnaires, c’est que défendre un État, « petit » ou « gros », c’est toujours favoriser sa bourgeoisie..

Les défauts pointés ici étaient déjà valables en 1916, date de l’écriture de «  L’impérialisme, stade suprême du capitalisme  » ; ils le sont encore plus aujourd’hui. Le développement économique, la mondialisation et la multi-polarisation mettent à mal les analyses léninistes qui ont tenu, malgré leurs insuffisances, le haut du pavé pendant presque tout le 20ème siècle, même si cela a conduit des «  révolutionnaires  » à défendre parfois des dictatures de la pire espèce. Ce sont ces vieux « réflexes » qui ont empêché l’extrême-gauche et certains libertaires de soutenir les révoltés pendant le printemps arabe en 2011 (puisque, en s’attaquant à leurs maîtres, ils s’attaquaient à des États «  victimes de l’impérialisme  »)..

En ce qui concerne le « 13 Novembre », nos anti-impérialistes n’ayant trouvé aucun caricaturiste à blâmer ou aucun sioniste à accuser, se sont rabattus sur le noyau dur, « historique » de leurs analyses : la faute des attentats, nous expliquent-ils doctement, revient à l’impérialisme français (et à la guerre qu’il mène au Moyen-Orient). S’il est certain que les frappes effectuées par les pays occidentaux ne sont pas pour rien dans la situation dramatique de la Syrie (notamment en déstabilisant fortement la région et en ouvrant un espace politique aux djihadistes), ces analyses oublient plusieurs facteurs déterminants dans la création et le développement de Daesch  :.

- premièrement le fait que Daesch a, en grande partie, été créé grâce à l’ouverture des prisons par Bachar El Assad en 2011, lequel a ainsi libéré des islamistes purs et durs dans le but de créer un deuxième front contre les populations qui se soulevaient contre lui et de les prendre pour ainsi dire « en sandwich ». Ce noyau de djihadistes a ensuite été rejoint par des membres du parti Baas irakien, par des transfuges du parti Baas syrien, qui misaient sur une défaite d’El Assad, puis par des renforts religieux venus d’un peu partout..

- Daesch ne se place pas essentiellement dans une perspective de développement du capitalisme, il poursuit un but avant tout religieux  : le développement d’un islam radical. Daesch n’est pas une nation. Il a une prétention universaliste et veut convertir et dominer la planète..

- Le capitalisme dans la zone contrôlée par Daesch se limite à du commerce. Il n’y a pas d’industries, et pas de projet de développement de celle-ci. Certes, Daesch vit de la rente pétrolière, mais celle-ci n’est pas une fin en soi, plutôt un moyen de s’acheter des armes et de la clientèle (au sens antique du terme)..

Nous sommes donc en face d’un groupe qui a une dimension religieuse et féodale extrêmement marquée, fort éloignée des conditions nécessaires, d’après les léninistes eux-mêmes, à la lutte anti-impérialiste [3]  !.

Cette dimension est fondamentale si l’on veut saisir le sens de ce qui s’est passé le 13 Novembre à Paris. De plus, l’analyse que nous pouvions faire des événements de janvier 2015 voit son sens renforcé : dans tous les cas, ce qui a été attaqué en novembre 2015, ce ne sont pas des cibles stratégiques, ayant un intérêt militaire, mais bien des symboles de ce qui est contraire à l’Islam. Les communiqués de Daesch que nous avons pu lire sont clairs : ont été attaqués « des blasphémateurs », « des Juifs » (pour les attaques de janvier), et « des idolâtres » (pour les attaques de novembre). Les lieux et publics visés n’avaient que peu d’importance économique, ou stratégique (militairement parlant)..

Ils avaient par contre une portée symbolique évidente. Il s’est agit de lieux de vie populaires : le stade de France, qui accueillait ce soir là de nombreux jeunes de Seine St-Denis, des bars, des restaurants et une salle de concert. Nous ne sommes pas là dans le cas d’un État qui se défend contre une attaque qui menace ses intérêts comme tentent de nous le faire croire les anti-impérialistes. Nous sommes en face d’un phénomène sectaire à vocation hégémonique (type secte Aum) qui dispose d’une puissance militaire..


[1] A l’inverse, des groupes comme « Non Fides » ou « Temps Critiques » ont produit des textes tout à fait pertinents et intéressants...

[2] Pour les marxistes, au fur et à mesure que l’histoire avance, la concurrence entre capitalistes tend à diminuer les profits des entreprises..

[3] Ajoutons, comme cela est mentionné dans d’autres articles de ce dossier que Daesch attaque violemment la Tunisie, que même les « anti-impérialistes » les plus orthodoxes ne peuvent pas qualifier d’Etat impérialiste ; et que la montée des intégrismes religieux qui ont fait le lit de Daesch est largement une conséquence de la politique Truman (impérialisme US)..


je signale que ce texte a donné lieu aux échanges habituels chez Indymédia Nantes (https://nantes.indymedia.org/articles/32840)

quelques commentaires :

La voix de son maître zombie  28 décembre 2015

zombie a écrit:
Quand la CNT-AIT réalise la synthèse entre les thèses du CCI et celles de mondialisme.org, c’est jamais triste ! Ennemis acharnés de l’anti-impérialisme, de l’anti-racisme, de l’anticolonialisme et de l’antisionisme, ils ne peuvent pas laisser passer l’occasion de dénigrer les résistances qui se sont manifestées au lendemain des attentats pour dénoncer la récupération qui en est faite par l’Etat.

N’ayant trouvé aucun antisémitisme à dénoncer ni aucun caricaturiste d’Etat à défendre, ils se sont rabattus sur la dénonciation des « anti-impérialistes », avec des guillemets, bien sûr, puisque comme leurs acolytes du CCI ils prétendent que l’impérialisme est une invention gauchiste. Il faudra dire ça aux peuples qui le subissent. Ah, mais les peuples n’existent pas non plus, encore une invention gauchiste contre-révolutionnaire.

C’est une aide inespérée pour l’Etat et l’impérialisme au moment de leurs offensives tous azimuts pour transformer les « démocraties » en Etats policiers. Merci, la CNT-AIT !

Contre les zombies de la pensée dominante Nosferatu 29 décembre 2015

ce commentateur cite un certain Patlotch

Citation :
Pour en finir avec l'islamalgame

Ces nouveaux croisés de l'athéisme laïcard font mine de croire que les marxistes se seraient ramollis, face aux religions. Que nenni. Cette tricherie tire d'un Marx lu à l'envers une religio-phobie, à priorité anti-«musulmans», c'est-à-dire alimentant la chasse aux mauvais arabes d'en-bas, dans une paranoïa prétendant combattre l'antisémitisme. Le cercle vicieux s'alimente en boucle dans la sphère médiatico-militante, faisant écran à la question sociale, parfois de part et d'autre, jusqu'à considérer comme raciste et antisémite le Parti des Indigènes mis dans le même sac que Dieudonné.

Cette radicalité anti-religieuse ne prend pas les choses à la racine, les rapports sociaux, qui est le sens du texte de Marx «la religion opium du peuple». Le concept d'islamo-gauchisme sert ainsi de paravent aux questions sociales et à la lutte des classes dans ses déterminations racialisées. Ils en rajoutent à l'idéologie, aux politiques et aux mesures liberticides du capital telles qu'elles produisent concrètement la segmentation racialisée du prolétariat.

Comment Marx est revu pour fonder l’islamophobie, Quentin Vanbaelen, Interview de Pierre Tevanian («La haine de la religion») suivie d'une discussion. On y trouve démontée l'argumentation du «marxiste» Germinal Pinalie, dont Yves Coleman recommande le blog. En mai 2013, dans un texte vidé de toute critique sociale, le soldat Coleman lumineux écrit : « Pierre Tevanian se trompe totalement de cible en attaquant et calomniant l’athéisme et les Lumières ». La boucle est bouclée : Coleman Charlie avant Charlie. Je les invite à une discussion-débat dans un «quartier sensible», je veux bien m'occuper de la sono mais pas du service d'ordre…
.
http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-663.html


une mise au point de la maison-mère de la CNT

Bien sûr que non anarcho-syndicaliste  30 décembre 2015

Citation :
Il est évident que la CNT ne se reconnaît pas le moins du monde dans ce texte. Il s’agit d’un texte de la CNT-AIT, scissionnistes « radicaux » de la CNT, dont les positions sont pratiquement les mêmes que mondialisme.org et non-fides ; ils échangent d’ailleurs leurs articles dans leurs sites respectifs.

Je précise que la CNT adhère à la campagne BDS, a signé l’appel des libertaires contre l’islamophobie avec d’autres groupes libertaires et est évidemment anti-impérialiste.

http://rebellyon.info/Appel-libertaires-et-sans

« C’est sur le terrain de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme que la CNT a décidé d’être plus présente encore : le pillage des ressources naturelles et le soutien aux régimes dictatoriaux qui répriment les mouvements sociaux sont un des piliers du capitalisme. De la Kanaky à l’Afrique subsaharienne en passant par la Palestine ou l’Amérique du Sud, des organisations syndicales existent et des travailleurs défendent leurs droits, et par-là même les nôtres. Notre internationalisme doit être cette solidarité de classe de tou-tes les exploité-es, par delà les frontières et les États qui nous divisent… »


http://www.cnt-f.org/presentation.html

Elle est donc en opposition totale avec ce texte, et il serait affligeant qu’on croie le contraire.


l'avant-garde a parlé 3 janvier 2016  

Zombie a écrit:
Puisqu’on ne « sait pas ce qu’est l’impérialisme », en effet, ça limite le débat, on se demande même pourquoi le « Vieux sympathisant » (ha, ha !) perd son temps à discutailler avec de tels ignorants, sinon pour placer sournoisement quelques pages de son catéchisme sur Indymedia… tout en dénigrant l’état d’esprit de ce site a priori antidogmatique.

Sinon, pour instruire les ignares, voici un exemple de position libertaire sur l’impérialisme, c’est pas la position de tous les libertaires, mais c’est quand même à l’opposé du CCI :

Contribution à une histoire de l’anti-impérialisme libertaire

Citation :
"Voici un excellent article sur l'implication des libertaires et anarchistes dans les luttes anti impérialistes. Une position qui n'a pas toujours coulé de source comme le montre les positions de la Fédération Anarchiste lors de la Guerre d'Algérie. On pourra regretter que l'article n'aborde ni la Guerre d'Algérie, ni les actions de la FCL(Fédération Communiste Libertaire), detruite par la répression au cours de celle-ci...

La tradition de lutte contre l’impérialisme est ancienne parmi les anarchistes, elle remonte à l’aube du mouvement, dans les années 1860-1870, et se poursuit aujourd’hui encore. De Cuba à l’Égypte, à l’Irlande, de la Macédoine à la Corée, à l’Algérie et au Maroc, le mouvement anarchiste a payé de son sang son opposition à la domination et au contrôle colonial et impérialiste.

Des anar­chis­tes ont par­ti­cipé à des luttes de libé­ra­tion natio­nale, mais ils ont tou­jours affirmé que la des­truc­tion de l’oppres­sion natio­nale et de l’impé­ria­lisme doit inclure la des­truc­tion du capi­ta­lisme et du sys­tème étatique et mener à la créa­tion d’une com­mu­nauté humaine sur des bases com­mu­nis­tes ou col­lec­ti­vis­tes. Solidaires de toutes les luttes anti-impé­ria­lis­tes, les anar­chis­tes s’effor­cent d’en faire des luttes de libé­ra­tion sociale plutôt que natio­nale. Des socié­tés anti­ca­pi­ta­lis­tes et anti-impé­ria­lis­tes qui se fon­dent sur l’inter­na­tio­na­lisme et non sur un chau­vi­nisme étroit, où les luttes au centre des Empires soient liées étroitement aux luttes des régions colo­ni­sées ou oppri­mées, et où elles soient contrô­lées par les ouvriers et les pay­sans et reflè­tent leurs inté­rêts de classe.

En d’autres termes, nous sommes soli­dai­res des mou­ve­ments anti-impé­ria­lis­tes mais nous condam­nons ceux qui veu­lent ins­tru­men­ta­li­ser ces mou­ve­ments pour pro­pa­ger des valeurs réac­tion­nai­res (tout comme ceux qui s’oppo­sent à la lutte des femmes pour leurs droits au nom d’une pré­ten­due culture) et nous nous bat­tons contre toute ten­ta­tive de capi­ta­lis­tes ou de petits bour­geois locaux pour s’appro­prier ces mou­ve­ments. Nous dénon­çons la répres­sion des mou­ve­ments anti-impé­ria­lis­tes par les États, mais nous dénon­çons tout autant le droit des États de déci­der quel­les pro­tes­ta­tions et quel­les luttes sont légi­ti­mes. Il n’y a pas de libé­ra­tion si seuls chan­gent le lan­gage ou la cou­leur de la classe domi­nante…

la suite : http://al-montpellier.over-blog.com/article-contribution-a-une-histoire-de-l-anti-im-100878020.html

C'est autre chose que les CCI/AIT qui dénoncent toute résistance à l'impérialisme pour les mêmes raisons qu'ils dénoncent l'antiracisme, l'anticolonialisme ou l'antisionisme.


on relèvera néanmoins que les théoriciens de la communisation, et spécialement le "non-anti" Bernard Lyon de Théorie Communiste, ne sont pas moins, à "ennemis" près, comme dit Zombie « ennemis acharnés l’anti-impérialisme, de l’anti-racisme, de l’anticolonialisme et de l’antisionisme, ils ne peuvent pas laisser passer l’occasion de dénigrer les résistances qui se sont manifestées au lendemain des attentats pour dénoncer la récupération qui en est faite par l’Etat. »

mon avis est qu'une théorie acharnée jusqu'à devenir désincarnée ne saurait être communiste : elle ne se met pas « en abyme », elle s'abime...

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 7 Jan - 19:59


excellente antidote au marxisme eurocentriste, ce long texte de David Roediger dresse un état des lieux, sur le marxisme et la théorie de la race qui dit autrement, peut se lire comme "des réponses apportées par des marxistes à l'articulation classes-races". En raison de la longueur, je n'importe que la présentation et la conclusion


Marxisme et théorie de la race : état des lieux David Roediger 2011, revue Période décembre 2015. Traduit de l’anglais par Jennifer Ewing

Article originellement paru dans Wulf D. Hund, Jeremy Krikler, David Roediger (dir.), Wages of Whiteness and Racist Symbolic Capital, Lit Verlag, Londres, 2011, sous le titre « Accounting for the Wages of Whiteness. U.S. Marxism and the Critical History of Race ». Publié ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.


Les théories critiques de la race sont parfois perçues comme un élément étranger au marxisme, importées des Cultural Studies ou participant de la décomposition d’une perspective matérialiste dans la théorie. Contre ce préjugé, David Roediger dresse ici l’histoire longue ainsi que le bilan des études critique de la race : des réflexions pionnières de Du Bois aux recherches menées dans le sillage de la Nouvelle gauche sur l’histoire de la blanchité par Roediger, Ignatiev ou Allen, c’est un marxisme particulièrement original, ouvert sur d’autres formes de savoir telles que la psychanalyse et toujours fondé sur l’expérience des luttes de classe qui se révèle ainsi.

[...]

plan

-- sur l'origine des critiques de la blanchité (Whiteness)
- Un projet de gauche de longue date (études de l’identité et des pratiques de la classe ouvrière blanche)
- Confluences
- Comprendre W.E.B. Du Bois
- Marxisme et psychanalyse
- Passé et présent
(conclusion)

voici cette conclusion

David Roediger a écrit:
Pour conclure, il me semble pertinent de clarifier ce que j’avance dans cet article et de faire quelques remarques sur le domaine des recherches sur la blanchité aujourd’hui, et l’impact de ses origines radicales, toujours d’actualité même s’il est diffus. Mon argument est que la gauche marxiste a fourni les premières analyses les plus influentes de la blanchité dans l’histoire des États-Unis. Je ne prétends pas ces œuvres sont complètes ou correctes par la vertu mécanique de leurs origines historico-matérialistes. D’ailleurs, nombre de leurs lacunes, en particulier dans mon travail, peuvent être liées à leur ancrage dans les débats et mouvements spécifiques que j’ai résumé dans ce texte. Un exemple de ces lacunes : le manque relatif d’intérêt à la question du genre, qu’Allen n’a mentionnée que vers la fin de sa vie. J’ai tâché tant bien que mal de remédier à ce point aveugle dans Wages of Whiteness, mais jusqu’à présent, je l’ai fait par ajouts plutôt qu’en remettant fondamentalement en cause mon analyse de l’ensemble des rapports sociaux.

Nous serions peut-être dans une meilleure position si nous avions suivi le modèle de James Baldwin sur la psychanalyse, avec ses riches dimensions de sexualité et de genre, en même temps que la race, ainsi que l’invocation de la psychologie de Du Bois. De même, comme le suggère mon échange avec Rogin, les débats marxistes classiques fonctionnent plus aisément en liant la blanchité à l’esclavage plutôt qu’au colonialisme de peuplement, un autre problème que je commence à peine à traiter dans mon travail50. De même, il semble possible qu’une attention particulière portée à la manière dont racisme s’est diffusé parmi les ouvriers blancs nous ait poussé à laisser de côté la relation entre blanchité, capital et patronat 51. Mais, si profondes que soient ces lacunes, et même si, en tant que marxistes, elles peuvent nous amener à penser que nous en avons beaucoup à apprendre d’autres théories, il reste que les erreurs et les forces considérables des premières histoires critiques de la blanchité sont venues du marxisme, à des moments politiques spécifiques.

Des travaux historiques plus récents sur la blanchité dans l’histoire des États-Unis viennent d’un contexte politique très différent. Comme je l’expose assez longuement dans mon texte de 2006 « Whiteness and its Complications », beaucoup de travail récent sur la race aux États-Unis peut être compris comme reflétant des tendances académiques. Cette recherche a beaucoup à apprendre à ceux d’entre nous qui écrivent depuis une perspective marxiste, et elle a souvent beaucoup appris de nous 52. Par exemple, le travail important de Thomas Guglielmo sur les Italo-Américains et la blanchité s’origine dans sa défense de l’affirmative action, tout comme le meilleur texte sur la blanchité des années 1990, Whiteness as Property 53, de Cheryl Harris.

Les intellectuels radicaux qui utilisent l’étude critique de la blanchité, magnifiquement, comme un élément de leurs œuvres ambitieuses cherchant à comprendre une classe ouvrière multiraciale, ont pris les devants en explorant de nouveaux chemins. En effet, les succès de Moon-Kie Jung avec son étude de Hawaï, Phylis Cancilla Martinelli et son étude de l’Arizona, l’étude de l’Oklahoma par David Chang, et l’étude des ouvrières italiennes immigrées de Jennifer Guglielmo, couvrant des lieux de production, des luttes et des communautés d’une diversité époustouflante, suggèrent tous que, de la même manière que l’étude critique de la blanchité est sortie des études éthniques, sa démarche la plus pertinente est finalement d’y retourner, vu que ses recherches ne doivent pas se focaliser sur une seule race 54.

Le travail récent qui reflète le plus mon influence développe une compréhension bien plus profonde du genre comme partie intégrante de la formation raciale et de classe 55. En plus du travail de Krikler sur l’Afrique du Sud, il existe aussi de nouvelles œuvres passionnantes sur la blanchité dans le Pacifique, reflétant des influences allant du marxisme américain à Gerald Horne, en passant par les engagements pro-indigènes et pro-immigrants d’Aileen Moreton-Robinson, Marilyn Lake et Henry Reynolds 56.

Si l’histoire critique de la blanchité est sortie d’un petit monde de marxistes américains, elle continue à avoir un impact beaucoup plus divers et beaucoup plus large. Comme ce monde plus large, elle a besoin de nouvelles luttes, de nouveaux mouvements, ainsi que des nouvelles idées qui en émergent.

51.Elizabeth Esch, David Roediger, One Symptom of Originality. [↩]
52.David Roediger, Whiteness and Its Complications, pp. B6-B8. [↩]
53.Thomas Guglielmo, White on Arrival ; Cheryl Harris, Whiteness as Property. [↩]
54.Moon-Kie Jung, Reworking Race ; Phyllis Cancilla Martinella, Undermining Race; David Chang, The Color of the Land; Jennifer Guglielmo, Living the Revolution. [↩]
55.Paul Taillon, Good, Reliable White Men ; Jennifer Guglielmo, Living the Revolution. Guglielmo et Taillon ont tous les deux travaillé avec moi en tant qu’étudiants. [↩]
56.Jeremy Krikler, White Rising ; Aileen Moreton-Robinson (ed.), Whiteneing Race; Marilyn Lake, Henry Reynolds, Drawing the Global Color Line. [↩]


à lire aussi, initialement paru dans The New Socialist Magazine n° 56 (avril-juin 2006)

Pour déracialiser, il faut penser la race (et la classe) Elizabeth Esch et David Roediger , revue Période juin 2014


- Les outils d’analyse marxistes
- La classe sans la race ?
- Leçons d’Australie
- Trois enjeux pour les militants

1. Droits et privilèges
2. Comprendre le racisme
3. Que devons-nous faire ?

Citation :
Il faut définitivement se débarrasser des approches des classes sociales qui passent outre les considérations sur la race. Eilzabeth Esch et David Roediger présentent diverses analyses de Bourdieu, Wacquant, Adolph Reed ou encore Darder et Torres, qui font volontairement l’impasse sur la race. Les auteurs proposent à l’inverse de relire plusieurs épisodes récents en Australie, en Afrique du Sud ou au Venezuela pour apprécier l’importance théorique et militante d’un antiracisme qui prenne en compte la race.
[...]

lecture conseillée, sous réserve des ajustements "politiques", comme d'habitude...

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 8 Jan - 16:43

une remarque dans La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois


jazz, philosophie et marxisme :
d'un déni esthétique à un négationnisme eurocentrique

il faudra attendre les études du philosophe et critique de jazz Christian Béthune pour sortir de ces écoutes et lectures occidentales du jazz, et j'avais alors eu quelques échanges avec lui, à propos de mes textes, qui furent publiés avant Adorno et le jazz. Analyse d'un déni esthétique (2003) Le Jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie (2008) :

à la seule vue de ces titres, on comprend bien que l'enjeu n'avait rien de limité au jazz mais qu'il entretenait des rapports étroits avec la pensée philosophique européenne jusqu'au plus haut niveau de sa formulation marxienne, Adorno, et que le terme de « déni esthétique » n'est pas sans rejoindre le déni de la question raciale par le marxisme européen en général, jusqu'aujourd'hui à sombrer, par eurocentrisme, dans un nouveau négationnisme :

nous ne tarderons pas à voir la "Contre-révolution coloniale" (Khiari, PIR) prendre des aspects de Contre-Révolution décoloniale, et nous pressentons déjà, c'est cousu de fil blanc, que ce négationnisme pourra s'exprimer aussi sous couvert de théorie communiste !

.
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 16 Jan - 16:18


marxisme décolonial, où es-tu ?

mon insistance à revenir sur ces questions peut apparaître comme "aigreur" vis-à-vis du milieu théorique de la communisation, et je ne suis pas sans m'interroger sur ma contradiction entre les considérer morts-vivants et néanmoins poursuivre la controverse, mais il y a néanmoins une enjeu :

tant que le marxisme, toutes tendances confondues - fossiles programmatistes, "communistes" démocrates radicaux, post-ultragauche et 'communisation' -, ne fera pas un priorité de l'émergence d'une pensée marxienne décoloniale, tant que des impostures théoriques eurocentristes passeront pour la pointe avancée de l'héritage de Marx, cette question sera laissée à la seule appréciation des théoriciens décoloniaux, qui considèrent, à raisons et à torts, que la pensée décoloniale englobe (subsume) la critique radicale de classe : c'est aujourd'hui pour aujourd'hui plus vrai que l'inverse

une conséquence : aucun lien organique possible entre théorisation communiste, pensée décoloniales et luttes prolétariennes dans ce cycle tel quel et au présent, dans la double crise de l'Occident et du capital


le 'marxisme' est considéré par la pensée décoloniale pour ce qu'il est
désespérément eurocentriste

le PIR, le FUIQP, Ramon Grosfoguel... n'ont aucun interlocuteur "marxiste" sérieux et conséquent, que ce soit dans les partis, dans le marxisme universitaire ou dans le marxisme marginal de gauche (left marxism = ultragauche). Il ne faut donc pas s'étonner qu'eux aussi parlent seuls, avec pour seuls interlocuteurs les prétendus communistes ou marxistes du PCF, du NPA, ou de LO. Il en découle que l'antagonisme de classe et la perspective d'abolition du capitalisme comme tel ne peuvent y être posées que marginalement, et là, le problème est effectivement 'politique'

à preuve, comme déjà dit, la recherche croisée 'marxism' et 'decolonial' ne renvoie qu'à la critique marxiste orthodoxe, et un unique texte en relation avec le néo-zapatisme*; en français, qu'à ce forum * !


‘Decolonial Marxism' and Neozapatismo: Bridging Counterhegemonic Struggles in the Global North and South
Ana Cecilia Dinerstein , Social and Policy Sciences, University of Bath, BATH, United Kingdom
July 15, 2014: 10:30 AM


sur les chemins non tracés d'une révolution communiste,
il va nous falloir de l'imagination, camarades !


le loup et le cocon cocochon des copains




* à ce jour, seul Roland Simon, modeste théoricien marxiste de la totalité et de la communisation universelle à titre prolétarien marseillais, y a vu la preuve de « Patlotch, comble du narcissisme », mais pas celle de sa connerie : d'autres savant.e.s ridicule.s ?



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 16 Jan - 17:53



suprématisme et islamophobie pas morts Indymédia Suisse Romande 10 janvier 2016

Samedi 15 mars 2014, lors du rassemblement commémorant les 10 ans de la loi du 15 mars 2004 dite « sur les signes religieux ostentatoire » (dans les faits une loi contre les jeune filles portant le foulard islamique), des militant-e-s libertaires ont décidé d’apparaître avec une banderole portant le slogan « Libertaires​ contre l’islamophobie ». Si nous avons pris cette initiative, c’est qu’il arrive parfois que la rhétorique libertaire soit utilisée, y compris dans notre propre mouvement, pour justifier un positionnement anti-islam.

Citation :
Depuis 10 ans et la première loi anti-voile, se propagent sur les plateaux télévisés et dans plusieurs organes de presse des propos qui heurtent les militant-e-s libertaires que nous sommes. Nous, libertaires contre l’islamophobie, sommes souvent aussi engagé-e-s sur le terrain des luttes antiracistes, des luttes des quartiers populaires, contre les crimes et violences policières, dans la solidarité avec la Palestine, ou encore dans le combat féministe radical…

En effet, les luttes concernant directement certaines populations, les «damnés de l’intérieur» selon l’expression du sociologue Mathieu Rigouste, sont trop souvent sous-estimées. La peur de l’islam, les discours sur les échecs de l’intégration, la mobilisation de la rhétorique islamophobe est devenue l’arme ultime permettant de justifier la politique xénophobe, répressive, inégalitaire ainsi que les discriminations ou encore les guerres impérialistes. A​ cette offensive, nous devons​ opposer une résistance totale​ et ne pas nous couper des premier-e-s visé-e-s.

C’est pourquoi des militant-e-s libertaires, détaché-e-s des préjugés qui parasitent les milieux de gauche et conscient-e-s de l’enjeu central que représente la lutte contre l’islamophobie, ont décidé à l’automne 2012, suite à la Une islamophobe de Charlie Hebdo et aux débats internes au sein de l’anarchosphère après le chahutage de Caroline Fourest à la Fête de l’Humanité, de rédiger un appel: « ​Libertaire et sans concession contre l’islamophobie » (1). C’est également dans cet esprit que nous avons décidé d’apparaître le 15 mars dernier au rassemblement initié par le Collectif Féministe Pour l’Égalité. Au-delà de l’impératif d’une opposition large à ces offensives racistes ciblant spécifiquement les musulman-e-s, la motivation de cette apparition était de porter clairement deux messages:

- Une parole politique libertaire forte contre l’islamophobie et pour la construction d’une riposte antiraciste large, afin d’unir toutes les victimes du racisme d’état (sans-papiers, immigré-e-s, français-e-s issue-s de la colonisation, roms, noir-e-s, arabes, musulman-e-s, asiatiques…) sans en laisser sur le bord de la route !

– Un refus de l’utilisation de nos arguments libertaires pour légitimer l’islamophobie, une façon de dire: Pas en notre nom!

Noyée dans un fatras d’arguments pseudo-laïques, pseudo-féministes, pseudo-progressistes avancés par des personnalités telles Michel Onfray ou l’équipe de Charlie Hebdo, émerge aussi parfois de leur discours l’auto-affirmation de leur sensibilité libertaire, en réalité l’usage d’un lexique libertaire se réclamant du combat antireligieux des anarchistes, de l’impertinence, la provocation, la liberté d’expression, etc. Quelle qu’en soit la forme, le rapprochement entre l’islamophobie de ces individus et nos convictions libertaires nous est intolérable. D’autant que cette tendance traverse également notre courant politique.


Michel Onfray et Charlie Hebdo, avatars de la gauche coloniale

Beaucoup a déjà été dit pour dénoncer Onfray et Charlie Hebdo. Mais que les média dominants n’évoquent des arguments libertaires qu’à travers leurs propos, voici qui exige une mise au point claire.

Les pages de Charlie Hebdo, montrant régulièrement les musulmans comme arriérés, misogynes, barbares ou encore meurtriers, et les femmes musulmanes systématiquement en burka, ont contribué à la construction, dans l’imaginaire de leurs lecteurs-trices (souvent plutôt de gauche), d’une perception des musulman-e-s qui coïncidant avec les représentations essentialistes de l’Islam. Rien à voir avec les caricatures qu’ils peuvent faire des adeptes du catholicisme ou du judaïsme, où la distinction entre croyant et clergé est évidente; ce n’est jamais le cas pour leurs caricatures des musulman-e-s, qui ne font aucune distinction entre un simple croyant, un imam, un « terroriste » ou djihadiste, entre une femme portant le hijab, le nikab ou la burka. En revanche elles évoquent terriblement les caricatures antisémites répandues dans la presse du XIXème siècle et dans les années 30. (2). Certes Charlie Hebdo n’est pas le seul journal à user de représentations stigmatisantes, mais la différence est qu’il s’inscrit dans une tradition journalistique iconoclaste qui puise ses prises de positions dans un courant idéologique marqué pas les idées libertaires.

Le journal tout comme Michel Onfray assume son hostilité envers les musulman-e-s comme un trait d’union entre de soi-disant « valeurs occidentales de la modernité » et des idées, combats ou acquis sociétaux libertaires. A noter également que lors de la sortie son ouvrage L’Ordre Libertaire, Onfray tenta de justifier le positionnement anti-indépendantiste et anti-FLN d’Albert Camus, auquel le livre est consacré, au nom des « valeurs » libertaires (3). Ce type d’argumentaire participe de la construction d’un espace mental colonial et/ou xénophobe à destination du « peuple de gauche », et Michel Onfray en est l’avatar sur mesure. Ses prises de positions, il les justifie philosophiquement et politiquement, par des oxymores improbables, comme par exemple se définir comme libertaire et « gaulliste de gauche »; associer à des valeurs de gauche le nationalisme suprématiste du gaullisme démontre sa croyance en l’idée d’une France, d’une Europe ou d’un « Occident » vécu comme éclairé et avancé, contrairement aux immigré-e-s et musulman-e-s, attardé-e-s et menaçant nos acquis progressistes) (4). Pour preuve cette citation: «Désormais l’Islam place des coins dans le vieux marbre d’une Europe qui ne croit plus en elle, en ses valeurs, en ses vertus, et ce avant destruction définitive» » (5).

Face à cette offensive de manipulation médiatique des idées libertaires à des fins islamophobes, l’ensemble du mouvement anarchiste n’est pas assez vigoureusement mobilisé.

Nous, militant-e-s libertaires, organisé-e-s ou non, issu-e-s de différents courants (communiste libertaire, anarchiste synthésiste ou plate-formiste, anarcho-syndicaliste, autonome, autogestionnaires, anti-autoritaire, etc), nous sommes engagé-e-s politiquement, socialement, sur le terrain, dans les luttes, sur des expérimentations autogestionnaires diverses comme les squats par exemple, des activités artistiques ou journalistiques alternatives, dans des associations, des syndicats, etc. Nous restons pourtant invisibles et inaudibles, en butte au black-out médiatique sauf lorsqu’il s’agit de nous désigner comme casseur ultragauche, anarcho-autonome ou black bloc après une manifestation violente. Ou encore de convoquer un folklore soixante-huitard hédoniste-libertin très éloigné de nos idées et nos combats,​ mobilisé à des fins d’islamophobie voire​ de promotion d’une ​identité nationale​ (6).


Dérive chez certains libertaires

Or, même si Michel Onfray n’est qu’un Tartuffe de l’anarchisme, le danger est de voir le crédit accordé par des libertaires sincères à certaines thèses islamophobe. Par exemple, la publication en 2010 aux éditions du Monde Libertaire de L’Impasse Islamique, livre d’ailleurs préfacé par Onfray, dans lequel l’auteur Hamid Zanas développe une apologie des valeurs de la modernité occidentale. Pour parer aux accusations d’islamophobie, les éditeurs avaient tenté de lancer auprès des organisations libertaires une souscription qui n’a heureusement reçu aucun soutien après lecture du texte.(7)

Autre dérive grave, la tribune offerte en 2009 à Riposte Laïque par Radio Libertaire, qui avait invité Anne Selensky et Pierre Cassen (Cool: s’il nous est peu étonnant d’entendre des discours racistes de la part de ces deux nouveaux nervis de l’extrême droite, il est en revanche atterrant d’écouter l’animateur Philippe Raulin, à l’époque secrétaire mandaté à Radio Libertaire par la FA, abonder dans leur sens quand ils tenaient des propos présentant l’Islam comme « plus sexiste que les autre religions » et menant une « offensive contre la laïcité », entre autres éloges de la civilisation occidentale. Il aura fallu attendre que Cassen et Zelensky apparaissent quelques mois plus tard au coté des Identitaires pour que le racisme de leurs propos apparaisse évident pour tout le monde. Désolé, mais ces propos étaient déjà raciste lorsqu’ils furent proférés​ sur R​adio L​ibertaire ! Et ce ne fut pas la seule fois que ce type de déclarations eut droit de cité sur cette antenne. (9)

L’occasion pour nous d’établir un parallèle avec les positionnements des anarchistes vis-à-vis de l’antisémitisme lors de l’affaire Dreyfus. Aux 19ème siècles, anarchistes et socialistes faisaient peu de cas de la question de l’antisémitisme. Certains véhiculaient même les pires clichés sur les Juifs et l’argent. Là aussi, il aura fallu que le pouvoir et l’extrême-droite de l’époque se réapproprient ce discours pour que la clairvoyance gagne le mouvement ouvrier, socialiste et libertaire (10). Aujourd’hui, l’islamophobie n’a été prise en compte par l’extrême-gauche qu’à partir du moment où Marine Le Pen et les Identitaires ont décidé d’en faire leur cheval de bataille. Or, ceci a été rendu possible parce que d’autres avaient commencé à préparer le terrain: Finkelkraut, Badinter, Ni pute ni soumise, André Gérin mais aussi Caroline Fourest, Charlie Hebdo et Michel Onfray. A l’époque, les frontières idéologiques et les arguments n’étaient pas les mêmes, et nos camarades sont tombés dans le piège.

L’emploi du terme même d’islamophobie fait toujours débat chez les libertaires comme à l’extrême-gauche. Les assertions prétextant que le terme aurait été inventé par les mollah iraniens ont fait beaucoup de dégâts. On sait à présent que ce mot, admis par ailleurs sans problème dans nombre de pays occidentaux, existait dès le début du siècle (11). Malgré cela perdure l’idée bizarre qu’il pourrait servir a empêcher la critique de la religion, voire serait une forme cachée de délit de blasphème! Comment est-il possible d’accorder la moindre valeur à ces supputations, alors que l’Islam reste une religion minoritaire en France et que le rapport de force socio-économique et politique actuel n’est pas à l’avantage des populations musulmanes?

N’importe quelle terminologie peut être récup​éré à​ des fins réactionnaires: ainsi l’accusation d' »antisémitisme » brandie​ par les sionistes pour museler​ toute critique de l’état d’Israël. Cesserons-nous pour autant d’utiliser le terme «antisémitisme» dans nos luttes​antifasciste? Non bien évidemment. Il est très triste de constater que la focale est portée sur un « risque » qui est avant tout un fantasme réactionnaire véhiculé par la droite, alors qu’au quotidien les musulman-e-s sont stigmatisé-e-s sans complexe. Les personnes discriminées seraient-elles quantité négligeable face à la supposée menace sur le droit à bouffer de l’imam?


Ni loi ni voile ?

Aujourd’hui la question de l’islamophobie est toujours sous-estimée et le niveau de mobilisation reste faible à gauche et chez les libertaires. Fort heureusement, et c’est la moindre des choses pour des organisations anti-étatistes, aucune n’a pris position pour la​ loi de 2004 ni pour celles qui ont suivi, mais la plupart ont brillé par une absence de positions. Quant à celles qui se sont prononcées contre la loi, ce fut à la manière du « ni loi ni voile ». Certes le voile possède une dimension patriarcale, en ce que jamais il n’est demandé aux hommes de se voiler, mais c’est à relever au même titre que d’autres marqueurs genrés de la domination patriarcale auxquels ne sont pas plus soumis les hommes comme les talons aiguilles, les minijupes, le maquillage, la dictature de la minceur, etc. La signification symbolique d’une tenue vestimentaire n’est jamais assignable de l’extérieur, sans consulter la personne et sans prise en compte du contexte (12). Dans d’autres cas, il serait très justement considéré comme paternaliste et sexiste de juger les femmes aliénées par essence en raison de leur choix vestimentaire ou de leur mode de vie. Mais il existe un présupposé selon lequel le patriarcat de caractère traditionaliste, religieux et puritain, serait pire que celui de caractère moderniste, qui soumet au culte de la beauté ou de l’érotisation à outrance, qui est une des formes dominante, acceptée et insidieuse du sexisme contemporain. Pour justifier le choix du « Ni-Ni », on nous parle parfois du caractère politique du voile instrumentalisé par les intégristes, les Frères Musulmans etc. Sans nier que cela puisse être une réalité notamment dans les pays où l’islam est majoritaire, user d’une telle argumentation essentialiste fait peser une charge énorme sur les épaules des femmes portant le voile, notamment les jeunes lycéennes, et entraîne des amalgames dangereux.

Pas de comparaison cependant entre le «Ni-Ni» et le silence complice voire l’approbation de l’islamophobie dans certains milieux d’extrême-gauche: dans le dernier cas ces errements sont inexcusables pour des mouvements politiques antiracistes et anti-autoritaires, dans l’autre, les lois et stigmatisations sont au moins dénoncées et c’est l’essentiel. La position « ni loi ni voile » reste malgré tout problématique, d’abord car elle renvoie dos à dos la loi et le voile, comme si porter un voile était identique à voter une loi d’interdiction. Dans un contexte idéologique particulier cela revient à donner à moitié raison aux arguments réactionnaires. Mais surtout, cette position fut aussi un prétexte, en 2004, pour ne pas rejoindre le collectif « Une école pour toutes-tous » qui luttait et mobilisait les premières concerné contre l’adoption de cette loi. Car si des militants libertaires ont pu s’y investir à titre individuel, aucune organisation ne s’est engagée dans la mobilisation. Les débats internes se sont focalisés sur le voile avant la loi et c’est ce qui a permis les fantasme sur le collectif Une école pour tou-te-s, ainsi que des accusations d’islamo-gauchisme ou d’ «alliances douteuses». Si l’on comprend bien, la possibilité d’une mobilisation était donc conditionnée, pour ces gauchistes-rationalistes-qui-ont- tout-compris, à une reconnaissance par les filles voilées de leur propre aliénation ou de leur instrumentalisation par des intégristes. Paternalisme indéniable!

Alors que si, en 2003-2004, le camp progressiste, le camp féministe, le mouvement social s’étaien​t unanimement levé, dans un rapport égalitaire, ​en soutien au musulmanes voilées, nous n’en serions pas où nous en sommes aujourd’hui, à savoir un contexte idéologique où les extrêmes droites de tous bords ne cessent de progressé et d’occuper le débat.


La question post-coloniale

Pour saisir les errements qui traversent l’extrême gauche, il faut tenter d’appréhender l’environnement dans lequel les militant-e-s ont évolué depuis plusieurs années et ce qui a façonné leur jugement. Le contexte, pour les plus âgé-e-s, c’est d’abord celui d’une époque où on a tu à l’école l’histoire de la colonisation et de la décolonisation. L’idéologie de légitimation de l’entreprise coloniale n’est pas assez connue ni analysée, or il s’agissait bien souvent d’une argumentation progressiste. Nombre de militants libertaires ont un bagage culturel et historique important sur l’histoire des luttes ouvrières, mais bien moins de connaissances sur l’histoire coloniale et décoloniale. Si la question postcoloniale était mieux traitée, nos camarades auraient probablement eu des billes pour éviter les pièges orientalistes et racistes dans lesquels beaucoup sont tombé-e-s, et qui ont permis le renforcement de cette gauche raciste aujourd’hui au pouvoir. Nous devons assumer être le reflet des contradictions d’une société qui de droite comme de gauche a toujours occulté son histoire coloniale, car c’est ce qui pèse sur les prises de positions et la perception que nos camarades ont de l’islamophobie ambiante.

Heureusement nous assistons à un renouvellement générationnel. Nous somme de plus en plus de camarades libertaires immunisé-e-s contre ces discours. Car depuis 2004, beaucoup d’analyses ont été produites, des militants progressistes n’ont pas déserté le terrain de la lutte contre l’islamophobie, et ce travail n’a pas été vain. Si pour certains de nos camarades, la jeunesse musulmane et les filles voilées restent des constructions médiatiques ou des figures aperçut parfois dans le paysage urbain, pour nombre d’entre nous, ils et elles sont ou ont été nos camarades de classes, nos voisin-e-s, nos ami-e-s, et certain-e-s sont aussi aujourd’hui nos camarades de lutte. Le regard et la relation ont évolué, la sensibilité militante à certaines questions étant liée à la proximité et non à l’abstraction idéologique : quand les personnes touchées par l’oppression ou le mépris sont vos proches, la perception ne peut pas être la même. Cela est un fait positif pour avancer ensemble malgré les difficultés, les contradictions et les oppositions.


Du combat antireligieux


Lorsque nous nous exprimons en tant que militant-e-s libertaires engagé-e-s contre l’islamophobie, bien souvent on nous renvoie au dicton « Ni dieu Ni maître », un peu comme lors de l’affaire Ilham Moussaid où la classe politique s’est empressée de rappeler au NPA la phrase de Marx « La religion c’est l’opium du peuple ». Le combat antireligieux que mène les libertaires est un combat contre l’utilisation par les états et les classes dominantes des phénomènes religieux à des fins de domination, d’exploitation, d’aliénation et de réaction, afin de maintenir l’ordre social capitaliste et patriarcal mais aussi raciste et colonial. C’est également une critique des institutions et des privilèges que s’octroient les clergés, notamment institutionnel et matériel comme le concordat en Alsace-Moselle ou le patrimoine foncier que possèdent l’église catholique et le Vatican, ou bien encore l’argent public alloué aux écoles privées confessionnelles. Enfin, nous nous opposons aux argumentations théologiques, toutes confessions confondues, lorsqu’elles servent à justifier une inégalité de traitement: levée de boucliers contre le mariage homosexuel ou une prétendue théorie du genre dernièrement, comme hier la justification de l’esclavage (controverse de Valladolid). Ces argumentations, nous les combattons au même titre qu’à travers l’histoire du XXème siècle, des arguments pseudo-scientifiques furent avancés pour justifier des hiérarchies racistes​, sexistes​, etc​ (par exemple la justification de l’homophobie​ en s’appuyant parfois sur les théories psychanalytiques de Freud). ​Justifier un traitement inégalitaire, ce n’est pas l’apanage exclusif ​des religions.

Par ailleurs il n’a jamais été question pour les anarchistes de réprimer les croyant-e-s, ni de restreindre leur liberté de culte; les anarchistes au contraire se sont souvent battu contre les persécutions subies par les minorités religieuses, et ont même parfois milité au coté de mouvements religieux: les théologiens de la libération en Amérique du sud, des associations chrétiennes en soutien aux luttes sur le logement, pour les sans-papiers, pour les Roms, etc. Être en désaccord et s’opposer à des organisations religieuses, au même titre qu’à des organisations de gauche, est une chose, mais refuser de militer auprès d’elles du seul fait de leur appartenance religieuse, de surcroît quand elles sont stigmatisées et victimes d’un traitement d’exception clairement raciste, cela n’est pas acceptable. L’anarchisme n’est pas, par nature ou par essence, haineux de la religion. L’anarchisme affirme la supériorité de la démarche critique scientifique et s’attache à démonter les argumentations qui, par la croyance en une autorité céleste supérieure et absolue, légitimerait les autoritarismes et hiérarchisations terrestres. Mais anarchisme et croyance religieuse ne sont pas inconciliables pour tou-te-s, hier comme aujourd’hui, et nous rencontrons de plus en plus fréquemment des camarades libertaires et croyant-e-s y compris musulman-e-s, pratiquant-e-s ET même voilées!

Nombre de nos camarades affichent néanmoins une haine, ou du moins une hostilité revendiquée de la religion, conforté-e-s en cela par les discours des Onfray, Fourest et autre Charlie Hebdo, qui ont orienté ce rejet vers l’Islam, syncrétisant ainsi nos belles idées avec le vieux fond chauvin franchouillard, qui a fait sienne une certaine tradition anticléricale française « bien de chez nous ». Il est temps de mettre fin à ces dérives…


En conclusion

A l’image du reste de la gauche, de l’extrême gauche et du mouvement social, certains secteurs du mouvement libertaire ont donc été «contaminée» par certain concept de cette « gauche coloniale ». Autrement dit: comment des arguments progressistes ont pu être mis au service de la xénophobie au nom de la « défense de nos acquis sociétaux face à l’envahisseur immigré aliéné » (13). Nous devons être capables de reconnaître parfois être victime de cette instrumentalisation, pour pouvoir décider d’entreprendre le travail nécessaire afin de ne pas reproduire ces logiques d’exclusion.

Les agressions contre des femmes portant le voile se multiplient, des projets de lois d’interdiction d’emploi au femmes voilées, d’exclusion des universités sont à l’étude, et ce sont encore des arguments islamophobes qui sont mis en avant pour refuser le droit de vote aux étrangers aux élections locales, en agitant l’épouvantail du « communautarisme ». (14) Toutes cette offensive idéologique et législative exigent​ une réponse intransigeante​e du mouvement social et une solidarité concrète avec les premier-e-​s concerné-e-s​, or nous en sommes encore très loin… C’est parce que nous croyons en nos idées et en​ ceux qui les portent​ que nous continuerons, comme militants libertaires, à nous mobiliser radicalement contre l’islamophobie.

(1)  http://www.bboykonsian.com/Libertaires-et-sans-concessions-contre-l-islamophobie-_a2635.html

(2)  http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/628627-charlie-caricature-mahomet-pas-du-courage-mais-du-pur-opportunisme.html

(3) alors même que la FCL (Fédération Communiste Libertaire) à l’époque s’est solidarisée avec les indépendantistes algériens et le FLN, ces militants furent porteur de valises, certains firent même de la prison (voir « L’insurection algérienne et les communistes libertaires » édition alternative libertaire)

(4) (13) Alternative libertaire « le socialo-racisme ou la gauche coloniale ») http://www.alternativelibertaire.org/?Politique-gouvernementale-Le

(5) Éditorial publié en mars 2006 sur le site personnel de Michel Onfray « Proposition de loi pour l’interdiction de Michel Onfray dans l’ensemble de l’espace public » http://lmsi.net/Proposition-de-loi-pour-l#nb17

(6) L’anarchisme est ainsi parfois intégrer au roman national français, d’avantage comme un comportement rebelle et romantico-culturelle que pour un projet politique et pratique. Par exemple Alain Soral, dans une vidéo, revendiquant son côté provocateur comme un héritage franco-français un peu anar, citant en exemple la figure du Professeur Choron… gasp !

(7)  http://www.alternativelibertaire.org/?Confus-Zanaz-L-impasse-islamique

(Cool «  http://ripostelaique.com/Anne-Zelensky-et-Pierre-Cassen.html »  http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=12&t=3429 « virage islamophobe à la FA? »

(9)  http://nantes.indymedia.org/articles/19165 « Radio libertaire ou « Radio Français d’abord » ? »

(10)  http://boutique.alternativelibertaire.org/produit.php?ref=LIVRE_DREYFUS&id_rubrique=3&PHPSESSID=01f7e10f89352b7dc5564c9f2c0f68fb « Les libertaires dans l’affaire Dreyfus »

(11)  http://rue89.nouvelobs.com/2013/08/04/islamophobie-entretien-marwan-mohammed-244734

(12) Pierre Tevanian, « du hijab à la burka » voir aussi cette video qui explique bien les choses  http://www.dailymotion.com/video/xmlzxd_interview-de-pierre-tevanian_news

(14) Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2012 en France, Jean-François Copé, secrétaire général de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), a dénoncé le « droit de vote des étrangers », promis par le candidat socialiste François Hollande, comme un « droit de vote communautariste ». Quelques semaines auparavant, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant (UMP) avait explicité ce lien entre droit de vote et communautarisme en invoquant les risques de voir, en cas d’élection d’étrangers dans les conseils municipaux, des écoles servir de la viande halal aux enfants.
L’un des principaux tracts du président sortant Nicolas Sarkozy reprenait d’ailleurs la thématique :

« Une France forte c’est une France qui dit non au communautarisme :
– avec Nicolas Sarkozy nous refusons le droit de voter et d’être élu pour les étrangers extracommunautaires proposé par François Hollande ;
– donner le droit de vote aux étrangers, c’est prendre le risque de soumettre les maires à des pressions communautaires : créneaux horaires pour les femmes dans les piscines municipales, personnel voilé dans les crèches. »  http://lmsi.net/Qui-a-peur-du-communautarisme »

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 16 Jan - 20:42


colonialisme et anti-colonialisme, impérialisme et anti-impérialisme

et les positions anarchistes, ultragauches et pour la communisation : "une honte" ?

communisme ou révisionnisme et négationnisme eurocentriques ?


souvent abordées ici de façon polémique, ces questions font clivage dans les milieux marxistes et anarchistes, avec une singulière façon de les poser commune à l'ultragauche et dans les groupes en provenant, qui se mêle aujourd'hui à la tendance assimilant l'antisionisme à un nouvel antisémitisme, participant de la condamnation sans appel des mouvements décoloniaux relevant pour eux d'un communautarisme identitaire racialisateur

entre déni, amalgames et jugements à l'emporte-pièce, aucun débat n'en pose sainement les éléments sur la table. Des désaccords resurgissent dont l'histoire dans les mouvements anarchistes et communistes est aussi vieille que le colonialisme et la colonisation mêmes


il faudra y revenir avec une question : avoir posé la question révolutionnaire d'abolition du capital et des classes comme un combat immédiat, à étapes de transition dans le programmatisme depuis Marx et Bakounine jusqu'aux années 1960, puis comme visée d'une révolution "immédiate" à partir de 1975 et des théories de la communisation héritant des positions anarchistes et ultragauche, n'a-t-il pas conduit à considérer toute lutte anticolonialiste ou anti-impérialiste comme débouchant nécessairement sur des États bourgeois nationalistes alliés des ex-puissances coloniales capitalistes ?

entre l'histoire complexe du colonialisme et la colonisation par le capitalisme occidental, et des luttes anti-colonialistes dans leurs contradictions de classe, et celle produite par ces théoriciens abstraits du passé, du présent et de l'avenir, au regard de la lecture qu'en ont faite ceux qui y participaient en 'colonisés' mais intellectuels héritant du marxisme (notamment Franz Fanon), les choses ne sont pas aussi simples que veulent bien le dire ces éternels donneurs de leçons de révolution sur un modèle universel européen ouvrier et blanc


aujourd'hui, la seule qualification des politiques et guerres des grandes puissances comme impérialistes* ou inscrites dans la continuité du colonialisme et du néo-colonialisme, et la seule évocation de ces mots et de la critique post-coloniale, de la pensée ou des luttes décoloniales**, donnent des poussées d'urticaire à ce milieu où les mots, parfois plus importants que les concepts, ne peuvent avoir qu'un seul sens, celui qu'ils leur donnent, en mouches du coche de luttes auxquels ils ne sauraient participer, pas plus au demeurant qu'ils ne sont capables d'en générer aucune, et qu'ils n'ont dans leurs rangs aucun des prolétaires dont ils ont plein la bouche, et encore moins des prolétaires racialisés

* encore faut-il savoir en historiser les usages pour savoir quelles réalités ils recouvrent. J'ai ouvert un sujet pour questionner ce concept et la pertinence de son usage aujourd'hui : ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?

** écrire comme dndf que « La notion même de « décolonial » est une interpellation politique de l’Etat...» est bien le comble de l'ignorance de ces réducteurs de têtes plus anarchistes ici que marxiens, et plus missionnaires européens que libres penseurs sans frontières de classes et de races


pour qui roulent-ils ? : il ne faudrait plus critiquer la politique des USA sous peine d'être soupçonné de complotisme et d'anti-américaniste primaire, et le faire au nom de l'anti-impérialisme serait une honte contre-révolutionnaire néo-stalinienne

ces pères fouettards sur le tard on dépassé le stade du paternalisme reproché par Césaire dans sa lettre à Thorez de démission du PCF en 1956, pour atteindre celui d'une condamnation sans appel de tout combat conséquent contre les velléités du capitalisme occidental de sauver sinon sa suprématie sa part du gâteau des richesses de ses ex-colonies. Au point de la situation française et de ce que vivent ses populations "racialisées", et particulièrement les arabo-musulmans, on se demande à quoi jouent ces piètres historiens du passé, du présent, et de l'avenir qu'ils se donnent pour être : communistes et anarchistes autant que je suis moi curé !

le résultat est, tristement, qu'ils préfèrent se considérer proches entre anarchistes anti-Marx primaires qu'entre communistes engagés dans les luttes décoloniales concrètes, contre le capitalisme et ses États, usant d'arguments parallèles à ceux des dirigeants américains et français, des milieux sionistes, et de l'utilisation par les néo-fascistes des thèses européistes anarchistes et ultragauches : preuve en est les liens entre blogs, sans rupture de continuité, et l'absence de toutes références aux marxistes non blancs et blogs décoloniaux, pour ne pas dire le silence embarrassé sur l'existence, ici, d'une pensée marxienne décoloniale, communiste et anarchiste


une autre histoire communiste libertaire :
des marxistes anarchistes et anticolonialistes

on trouve une ligne historique marxiste-anarchiste-anticolonialiste dans la tradition dite communiste libertaire avant et après la lettre, qui va de Louise Michel et des anarchistes algériens à la fin du 19ème siècle, passe par Élisée Reclus, Jean Faure, Mohamed Saïl... George Fontenis et la FCL (Fédération Communiste Libertaire) en 1954, les Groupes Anarchistes d'Action Révolutionnaire (GAAR) éditant Noir et Rouge

cette ligne passe à l'OCL et certains groupes "communistes libertaires" et anarchistes-marxistes, et quelques commentaires de ce sujet témoignent qu'elle est encore vivante

le livre de Roland Simon n'en sélectionne qu'une partie, et sur cette question c'est pour lui appliquer la norme : aucune différence entre pouvoir colonial et bourgeoisies nationales à quoi sont assimilés sans distinction de classes tous les mouvements indigènes pour l'indépendance. Les prolétaires indigènes ne sont pas plus appréciés par l'ultragauche et une majorité des anarchistes que par les colonialistes du capital eux-mêmes : cette tradition, moins ouvrière que de couches moyennes issues de la petite bourgeoisie française, perdure (voir par exemple Anarchisme en Algérie) et se mêle à l'usage interlope de la critique de l'antisionisme (voir ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP...)

à verser au dossier d'une histoire qui reste à écrire sans œillères euro-égocentrées sur l'existence de groupuscules-revues impuissants depuis un siècle ou d'un demi-, la figure de Robert Louzon, 30 juin 1882 - 8 septembre 1976), ingénieur et syndicaliste révolutionnaire français, militant anti-colonialiste communiste et libertaire : une autre idée de l'anarchisme et de l'ultragauche *

* on ne s'étonnera pas que Robert Louzon soit absent des 500 pages de L'histoire critique de l'ultragauche de Roland Simon (2015), qui aborde pourtant cette question récurrente tout au long de la période étudiée, de Marx aux années 1970-80 : Robert Louzon ne figure pas dans les notices biographiques de l'ouvrage, dont la documentation par les Chemins non tracés est pourtant soignée et des plus abondantes, mais comme tout le livre écrit l'histoire en entonnoir aboutissant à la seule conception "révolutionnaire" de Théorie Communiste, rien pour surprendre les amateurs avertis de 'communisation'


Robert Louzon
1882-1976
militant anarchiste, communiste, ultragauche
et décolonial avant la lettre

Citation :
Issu d'une famille bourgeoise, après des études scientifique, Louzon devient ingénieur. D'abord membre du P.O.S.R. (socialiste alemaniste), il évolue vers le syndicalisme révolutionnaire. En 1906, il prête l'argent nécessaire à l'achat d'un immeuble pour la CGT, action qui, une fois connue, lui vaudra de perdre son emploi.

Lié à Pierre Monatte, Louzon collabore à "La Vie ouvrière". En 1913, il s'installe en Tunisie, effectue la guerre comme capitaine, puis adhère en 1919 au parti socialiste tunisien. Il sera vite secrétaire fédéral du P.S., puis du P.C. après le congrès de Tours. En 1921, il est poursuivi pour "diffamation envers les officiers de l'armée française", puis encore en 1922, cette fois condamné à 6 mois de prison et à l'expulsion de Tunisie à sa sortie.

En décembre 1924 il quitte le P.C. après l'exclusion de Monatte et Rosmer, et en 1925, il participe à la fondation de la revue "La Révolution prolétarienne".

En août 1936, mandaté par la C.N.T espagnole il se rend au Maroc dans le but d'empêcher le recrutement de troupes pour Franco. En février 1937, malgré son âge, il combat un temps sur le front espagnol, puis collabore à S.I.A (Solidarité Internationale antifasciste).



Robert Louzon, Espagne 1937
dictionnaire des militants anarchistes




En 1939, il signe le tract de Louis Lecoin "Paix immédiate" ce qui lui vaut d'être poursuivi devant le conseil de guerre. Arrêté en 1940, il est interné un an dans un camp en Algérie.

Après-guerre, il reprend son activité militante et sera notamment l'un des signataires du "Manifeste des 121" lors de la guerre d'Algérie.

source Marxist Internet Archives





« Cent ans de capitalisme en Algérie » fut publié dans les numéros 99 et 104, du 1er mars et du 15 mai 1930, de La révolution prolétarienne, revue syndicaliste, d'abord « revue syndicaliste-communiste », puis à partir de 1930 « Revue syndicaliste révolutionnaire », fondée par Pierre Monatte à Paris, en janvier 1925.




un article de la revue Contretemps repris sur le site du PIR avec un texte de Louzon dans Bulletin communiste du 4 janvier 1923)

La gauche française et le colonialisme : « Une honte » de Robert Louzon Ian H. Birchall 4 août 2011

Ian H. Birchall, a longtemps enseigné le français à la Middlesex University. Il est l’auteur, entre autres de The Spectre of Babeuf (1997). À paraître aux éditions La Fabrique : Sartre et l’extrême gauche française (septembre 2011).




Lorsque le Parti communiste français (PCF) fut fondé à Tours en 1920, la France était encore une grande puissance coloniale, avec des territoires en Afrique, en Extrême-Orient et ailleurs. Pour adhérer à l’Internationale Communiste, le PCF dut accepter les fameuses 21 conditions, dont la huitième exigeait :

« Tout Parti appartenant à la IIIe Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de « ses » impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d’entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux. »



Ian H. Birchall a écrit:
En Algérie et en Tunisie, il existait des sections du Parti socialiste (SFIO), et après la scission de Tours des sections du PCF y furent formées. Les trois fédérations départementales d’Algérie se prononcèrent pour l’adhésion à la Troisième Internationale par 34 mandats sur 41. Mais, selon Jacob Moneta, en Afrique du Nord comme en d’autres pays coloniaux, « le mouvement communiste… n’était rien d’autre qu’un prolongement du PCF dans ces pays. Il était organisé par des Français qui vivaient sur place et le nombre des membres autochtones était peu important. Ils avaient dans l’organisation des fonctions de second ordre. » Selon Charles-Robert Ageron, « les sections d’Algérie comprenaient surtout des petits fonctionnaires (employés de chemins de fer, des P.T.T. et de l’enseignement), mais aussi des ouvriers et employés ainsi que des dockers et des petits colons. »

Les conditions votées à Tours ne suffisaient donc pas pour transformer les partis communistes du Maghreb. Le 24 septembre 1922, un rapport fut présenté au 2e Congrès Interfédéral Communiste de l’Afrique du Nord, et adopté à l’unanimité.

Le rapport jugeait que le texte de la huitième condition était « trop général » et négligeait les « conditions particulières » des différents pays. En Algérie, il fallait reconnaître que « ce qui caractérise la masse indigène, c’est son ignorance. C’est, avant tout, le principal obstacle à son émancipation ». En particulier, « le fatalisme et le fanatisme religieux » chez le prolétariat musulman s’expliquait par « l’emprise des marabouts et des confréries religieuses sur une masse totalement ignorante et éprise du merveilleux ». D’autre part, les prolétaires musulmans ne reconnaissaient nullement l’égalité de la femme et « la femme arabe elle-même se refuse à comprendre l’humiliation de son état ». De plus, les syndicats indigènes étaient « à peu près inexistants ».

Dans cette situation lamentable, « l’émancipation des populations indigènes d’Algérie ne pourra être que la conséquence de la Révolution en France ». Par conséquent, le but des communistes en Algérie n’était pas de soutenir un mouvement révolutionnaire parmi la population indigène : « La propagande communiste directe auprès des indigènes algériens du bled est actuellement inutile et dangereuse. Elle est inutile parce que ces indigènes n’ont pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d’accéder aux conceptions communistes. » La priorité était dès lors l’activité parmi les Européens syndiqués : « Le premier but à atteindre est donc l’éducation des Européens avant d’entreprendre directement l’éducation sociale du prolétariat indigène. »

Le rapport provoqua plusieurs réponses. Hadjali Abdelkader, un Algérien habitant à Paris, qui avec Messali Hadj devait fonder l’Étoile Nord-Africaine, répliqua qu’il fallait se rendre compte que « dans toutes les colonies les travailleurs indigènes, grâce à la Révolution russe, se réveillent et commencent à se grouper et chercher leur voie, afin d’arriver à briser leur chaînes ». Le PCF devait donc « faire de la propagande et du recrutement parmi les indigènes et, pour y parvenir, prendre comme plate-forme les revendications immédiates des indigènes ». Et pour conclure, il insista : « Il est temps que le Communisme ne soit plus limité à quelques Européens disséminés dans les colonies, alors qu’on laisse de côté des millions de prolétaires indigènes qui nous tendent la main. »

Au quatrième congrès de l’Internationale communiste, Léon Trotsky a condamné avec mépris les positions des communistes algériens : « Nous ne pouvons pas tolérer deux heures ni deux minutes des camarades qui ont une mentalité de possesseurs d’esclaves et qui souhaitent que Poincaré les maintienne dans les bienfaits de la civilisation capitaliste ! »

Une troisième réponse – reproduite ici – vint de Robert Louzon. Le nom de Louzon n’est guère connu aujourd’hui. Ni stalinien, ni trotskyste, il a eu peu de successeurs pour garder vivant son souvenir. Mais ce fut un révolutionnaire remarquable, qui parlait d’un sujet qui lui importait beaucoup.

Citation :
Né en 1882, Louzon devint ingénieur au gaz. Il adhéra au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire en 1900, mais fut très vite attiré par les idées des syndicats. En 1906, il prêta une somme d’argent à la CGT pour l’achat de son immeuble de la rue de la Grange aux Belles. Par conséquent, il fut révoqué de la Société du Gaz de Paris où il était ingénieur. Il participa dès le début aux réunions du noyau de la Vie ouvrière, aux côtés de Pierre Monatte et d’Alfred Rosmer.

En 1913, il partit en Tunisie, où il s’occupait d’une exploitation agricole. Il fit la guerre de 1914-18 comme capitaine de zouaves, puis revint en Tunisie. En 1919, il adhéra à la section de Tunis du Parti socialiste, laquelle vota, après le congrès de Tours, l’adhésion à l’Internationale communiste. Louzon devint secrétaire de la Fédération communiste tunisienne.


Vers la fin de 1921, la Fédération tunisienne lança un quotidien en langue arabe, le premier quotidien communiste qui ait jamais paru en langue arabe. Pour Louzon, ce fut un projet qui lui tenait à cœur ; il écrivit à son ami Amédée Dunois : « II existe ici un vaste mouvement indigène de revendications nationales. Ce mouvement embrasse toutes les classes de la population, et il est dans son ensemble extrêmement favorable au Parti communiste qu’il regarde comme le seul parti pleinement sympathique à l’émancipation politique des indigènes. Mais c’est là un mouvement national, confus par conséquent, et qui comprend, à côté d’éléments féodaux caractérisés, des éléments prolétariens également caractérisés, et surtout une grande masse paysanne composée de métayers au cinquième, véritables serfs attachés à la terre et crevant de faim. Il s’agit donc de profiter à la fois de l’état général d’excitation produit dans la population indigène par cette propagande nationale et de la sympathie dont jouit le Parti communiste pour créer, à l’intérieur du mouvement indigène, un mouvement de classe nettement ouvrier et paysan. » Lorsqu’il s’agissait de la propagande communiste auprès des indigènes, Louzon savait de quoi il parlait.

Mais si Louzon reconnaissait l’importance d’un quotidien en langue arabe, les autorités françaises le comprenaient très bien, elles aussi. Au bout de huit jours, le journal fut interdit. Pendant une dizaine de jours de nouveaux quotidiens en arabe furent lancés, chaque jour sous un titre différent ; tous furent interdits immédiatement. Puis un décret soumit toute parution d’un journal en arabe à une autorisation préalable.

En 1922, après la parution d’une brochure et d’un poème en arabe, Louzon fut poursuivi pour « attaque contre les droits et pouvoirs de la République française en Tunisie ». Il fut condamné à six mois de prison, puis expulsé de Tunisie et il devint rédacteur à L’Humanité. Mais deux ans plus tard, il démissionna du PCF après l’exclusion de ses amis Pierre Monatte et Alfred Rosmer.

En août 1936, il se rendit au Maroc afin de contacter les Marocains des comités d’action pour qu’ils tentent d’empêcher Franco de recruter des Arabes dans le Rif. Puis, âgé de presque cinquante ans, il se battit quelques mois au front aux côtés des républicains.

Après la deuxième guerre mondiale, il fit partie du noyau de la Révolution prolétarienne. Pendant la guerre froide, il eut des désaccords avec son vieil ami Rosmer. Mais en 1960, animé des mêmes principes révolutionnaires qu’en 1922, il signa, à côté de Rosmer, le Manifeste des 121 : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. » Il mourut en 1976.

L’article de Louzon, intitulé « Une honte », fut une réponse cinglante au rapport adopté par le Congrès Interfédéral. Mais si on le relit aujourd’hui, ce qui est surtout frappant est son actualité. Les arguments du rapport ont survécu. On les entendait de la part de Guy Mollet lorsqu’il défendait la présence française en Algérie, et aujourd’hui on les entend toujours chez les partisans de la guerre d’Afghanistan.

La distinction faite par Louzon reste essentielle : « Il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme d’un peuple oppresseur dont le nationalisme consiste à opprimer un autre peuple, et le nationalisme d’un peuple opprimé dont le nationalisme ne tend qu’à se débarrasser du peuple oppresseur. » C’était vrai en Algérie et au Vietnam ; cela reste vrai en Irak et en Afghanistan.

Louzon répondit très clairement à ceux qui parlaient de l’« ignorance » de la population indigène d’Algérie. On ne pouvait pas compter sur la « tutelle » française pour s’occuper de l’éducation. Trente ans plus tard, en 1950, selon les statistiques de l’UNESCO, il y avait 90 % d’analphabètes dans la population « musulmane » d’Algérie. Et en même temps, il rappelait que les Français de 1789 n’avaient pas eu besoin de savoir lire pour faire la Révolution.

Aujourd’hui encore, on parle beaucoup du « fanatisme » islamique. Mais comme nous le rappelle Louzon, il ne faut pas oublier le fanatisme chrétien, toujours très puissant dans le monde. Par ailleurs, nombre de ceux qui, en général, ne s’intéressent guère à l’oppression des femmes dans la société occidentale, nous assurent que la guerre d’Afghanistan libérera les femmes.

Et quand Louzon nous dit que le communiste « ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez », il est impossible de ne pas penser à ceux qui se croient supérieurs à celles qui portent le hijab ou la burqa.

Robert Louzon était un représentant d’une tradition internationaliste qui est pour le moins aussi importante aujourd’hui qu’en 1922.




Une honte
Robert Louzon, janvier 1923


Robert Louzon a écrit:
Le Bulletin Communiste a publié dans un de ses récents numéros un rapport sur la question coloniale présenté dans un Congrès interfédéral de l’Afrique du Nord, et approuvé, paraît-il par l’unanimité des délégués à ce Congrès.

Ce rapport est une honte pour le prétendu communiste qui l’a rédigé, et pour ceux qui, sans l’avoir attentivement lu, je l’espère, l’ont voté.

Si le Parti Communiste n’élevait contre ce rapport une vigoureuse protestation, il se rangerait, selon l’exacte expression du Congrès de l’Internationale, parmi les esclavagistes.

Le point capital du rapport, c’est la volonté affirmée de maintenir les peuples colonisés sous le joug des nations colonisatrices.

Dès les premières lignes on énonce : « II y a des peuples opprimés qui sont dès maintenant accessibles à la souveraineté, et d’autres qui ne le sont pas », « il y a des peuples en tutelle qui sont dès maintenant capables de se gouverner, et d’autres qui ne le sont pas encore ». Et comme la suite du rapport montre, à l’évidence, que pour son auteur, les indigènes d’Algérie rentrent dans la seconde catégorie, celles des peuples qui ne sont pas « accessibles à la souveraineté », qui doivent être maintenus « en tutelle », la conclusion pratique en est que la bourgeoisie capitaliste française doit continuer à régner sur les masses indigènes de l’Afrique du Nord, et à leur imposer sa « tutelle » – au besoin par les mitrailleuses – si elles tentaient de se révolter.

C’est la légitimation la plus éhontée de l’état de fait actuellement existant, c’est la condamnation la plus caractérisée des efforts faits par les indigènes de tous les pays colonisés, en Algérie aussi bien qu’ailleurs, pour s’émanciper du joug que le capitalisme occidental fait peser sur eux, c’est la proclamation du droit, pour la bourgeoisie des nations industrielles, de réaliser de « l’accumulation primitive » par expropriation des peuples agricoles non encore soumis au régime capitaliste.

Tout ceci d’ailleurs caché sous la même phraséologie hypocrite que celle dont la bourgeoisie couvre toujours les intérêts matériels qui la guident. C’est « pour servir aux peuples colonisés de précepteurs humains et désintéressés » qu’on s’impose à eux. Cela se lit dans tous les discours officiels… et dans ce rapport d’un Congrès communiste !

Le droit à la domination posé, il faut tenter de le justifier. Le rapporteur d’Alger s’y emploie en transcrivant les lamentables lieux communs qui constituent la thèse habituelle des conversations de café entre les éléments les plus arriérés de la bourgeoisie européenne d’Algérie. Il le fait sans s’apercevoir que ce qu’il dit de l’indigène s’applique tout autant au Français.

La masse indigène, dit-il, est ignorante. Pour certaines régions, la Kabylie, par exemple, cela est faux. Dans d’autres, c’est exact.

Mais la masse française est-elle savante ? Combien de Français savaient lire lorsque fut institué le suffrage universel ? En 89 ou même en 48, il n’y avait guère plus de Français qui savaient lire qu’il n’y a aujourd’hui d’Arabes qui le savent ; l’auteur du rapport estime-t-il, en conséquence, que le peuple français n’était point mûr alors pour la « souveraineté » et qu’il aurait dû rester soumis à « la tutelle » d’un monarque ou d’un peuple étranger ?

Aujourd’hui même, d’après un sénateur, M. Roustan, « sur 437 000 conscrits français, 150 000 n’ont-ils pas compris, dès lors, (qu’ils ont reçu) une instruction totalement insuffisante ». L’auteur du rapport va-t-il conseiller la mise en « tutelle » du peuple français par le peuple allemand, dont l’instruction est de beaucoup supérieure ?

Le rapport signale ensuite « l’emprise des marabouts et des confréries religieuses » sur l’esprit des indigènes. Ignorerait-on en Algérie l’emprise des prêtres et des moines sur l’esprit de la plupart des Français ? Ignorerait-on que c’est par centaines de mille que se comptent chaque année les pèlerins à Lourdes et autres lieux ? Ne se serait-on point aperçu que durant la guerre, les soldats français qui ne portaient point sur eux quelques gris-gris et refusaient, blessés, les exercices d’exorcismes des aumôniers, étaient fort rares ?

L’égalité de l’homme et de la femme n’existe pas chez l’indigène. C’est exact. Mais existe-t-elle en France ? Pas plus pour les droits civils que pour les droits politiques, il n’y a égalité entre le Français et la Française.

Enfin ! argument suprême ! d’après le rapporteur, la meilleure preuve que les indigènes algériens ont besoin d’une « tutelle », c’est que les ouvriers agricoles indigènes ne sont pas syndiqués ! Mais, connaissez-vous beaucoup de syndiqués parmi les ouvriers agricoles européens en Algérie, monsieur le rapporteur, et même en France, croyez-vous que la Fédération des ouvriers de la terre compte de bien nombreux effectifs ?

Mais surtout, comment les congressistes d’Alger ne se sont-ils pas souvenus qu’il y a près d’un siècle que la France est en Algérie ? Et comment n’ont-ils pas compris dès lors que si après un siècle de « tutelle » les indigènes sont encore dans l’état arriéré où ils les dépeignent, c’est que la « tutelle » est un moyen de domination, mais n’est pas un instrument de progrès. Une prolongation de tutelle ne fera que prolonger l’état d’ignorance et de fanatisme que l’on décrit. Pour se développer, un peuple a besoin de ne pas être sujet. La condition non suffisante mais nécessaire pour qu’un peuple progresse, c’est l’indépendance. Tenir les indigènes dans la servitude est le moyen certain de leur conserver une âme d’esclave.

Quant à l’accusation de nationalisme que porte le rapport contre ceux des indigènes qui luttent pour l’émancipation politique de leur race, elle repose sur un sophisme éhonté. C’est un sophisme que de mettre sur le même pied tous les nationalismes. Il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme d’un peuple oppresseur dont le nationalisme consiste à opprimer un autre peuple, et le nationalisme d’un peuple opprimé dont le nationalisme ne tend qu’à se débarrasser du peuple oppresseur. Il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme de l’Anglais qui veut continuer à gouverner l’Irlande, et le nationalisme de l’Irlandais qui veut se gouverner lui-même. Dans le premier cas, nationalisme signifie impérialisme, dans le second il signifie indépendance.

Celui qui, pour légitimer l’impérialisme de son peuple, dénonce comme nationaliste la volonté d’indépendance du peuple qu’il opprime, commet une hypocrisie répugnante.


Le Bulletin communiste, organe du Comité de la Troisième Internationale,
Paris, (01-1923), 1920-1933

Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme

Parlons net !

Un communiste doit avoir une mentalité communiste, non une « mentalité algérienne ». Il ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez, ou qu’il invoque le nom de Jésus au lieu d’Allah, il doit se rendre compte que vis-à-vis de l’indigène il est un « privilégié » dont le privilège ne repose en dernière analyse que sur la force des baïonnettes, que sa situation de citoyen français le met par rapport à l’indigène dans la même position « d’exploiteur » que celle où se trouve son patron par rapport à lui, et cela doit l’inciter à beaucoup de modestie. Cela devrait surtout l’empêcher d’employer pour combattre les efforts d’émancipation politique des indigènes les mêmes arguments « d’ignorance », « d’incapacité… » que ceux qui sont journellement employés par la bourgeoisie pour combattre ses propres efforts d’émancipation sociale.

Le communisme, c’est la lutte pour l’émancipation des travailleurs, de tous les travailleurs, non pour la mise en « tutelle » d’une partie d’entre eux sous la domination d’un prolétariat ou d’un capitalisme étranger. N’aurait rien de commun avec le communisme la politique qui ne tendrait qu’à obtenir des augmentations de traitements et de privilèges pour des fonctionnaires français de l’Afrique du Nord, tout fiers de porter faux col et d’avoir été à l’école.







PS : la pêche Google à anarchism decolonial, sans être miraculeuse, est toutefois meilleure qu'à marxism decolonial. En français, hors les entrées renvoyant à ce forum, voir George Ciccariello-Maher : « Les Lumières, un mensonge élevé au rang d’Universel ». "L'auteur se positionne à mi-chemin entre l'anarchisme et le communisme entend bien secouer les mouvements libertaires contemporains."
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 19 Jan - 15:29


main dans la main prise dans le sac eurocentriste
une déviation historique de l'anarchisme à Théorie Communiste



1) une normalisation anarchiste de l'idéologie française

Bibliothèque anarchiste, Paris

Islamophobie : du racket conceptuel au racket politique 26 janvier 2016

Le concept d’islamophobie est un racket sémantique et politique qui se situe au carrefour de deux camps conceptuels, celui du religieux et celui du racisme. Son but est en effet d’enlever toute légitimité à la critique de la religion musulmane (et donc, par glissement, aux religions en général), taxant systématiquement toute critique de racisme envers les croyants (réels ou supposés). De nombreux soi-disant « révolutionnaires » se sont réappropriés ce concept et, par conséquent, l’aveuglement face au rôle autoritaire et pacificateur de toute religion.

Citation :
Alors que nos pieux « révolutionnaires » nous parlent d’« islamophobie » à toutes les sauces, les fachos du printemps français nous parlent, eux, de « cathophobie », d’autres encore de « négrophobie » ou de « judéophobie ». Chacun tente son petit racket politique sur l’antiracisme. Chacun a sa petite oppression et ses petits particularismes à mettre en avant, toujours en concurrence avec ceux des autres, approfondissant les divisions entre exploités. Et surtout, plus personne ne parle de la lutte contre le racisme en tant que tel, et sous toutes ses formes.

Refuser ce raccourci conceptuel est un point de départ pour s’opposer à toutes les religions, y compris l’islam, présenté à tort par les défenseurs du concept d’« islamophobie » comme la religion des opprimés (comme le catholicisme irlandais ou le bouddhisme tibétain à d’autres époques). Il s’agit alors de nous faire passer la religion comme élément d’émancipation dans le pire des cas, et dans le moins pire, de faire passer l’idée que la religion n’est pas, en soi, un outil de domination séculaire au service de l’ordre. Derrière cela se cache l’idée que les rapports de domination, lorsqu’ils sont portés par de supposés « opprimés », deviendraient émancipateurs.

Parce que la religion reste un problème majeur pour ceux et celles qui veulent une transformation radicale de ce monde, sa critique est nécessaire, aujourd’hui plus que jamais. Parce qu’il n’y a pas de « religions des opprimés », seulement des religions qui oppriment.

Suggestions de lecture : [ça tourne en rond, avec les textes les plus mauvais, y compris du point de vue avancé]

• Claude Guillon, Et “Dieu” créa l'”islamophobie”, août 2015 [le grand retour de "l'écrivain anarchiste", voir ANARCHISME IDENTITAIRE COMMUNAUTARISTE : indé-passable ?]

• Jérôme Locura, Chers révolutionnaires, entre le sacré et le profane, il faut choisir, janvier 2016 [non fides, ou la totale "anarchiste" : anti-marxistes, anti-communisation, et anti-décoloniaux primaires]


2) le concept d'Occident n'existe pas pour la théorie de la communisation
un déni permanent depuis 1975 !

bizarrement, le concept tout aussi discutable d'antisémitisme n'a jamais dérangé ces gens-là, au contraire, et le savant de Marseille Roland Simon d'y rajouter sa sacrée couche :

A propos de Charlie : « le citoyen, l’Autre et l’Etat » R.S dndf 16 janvier 2015

R.S a écrit:
A la suite des attaques du mercredi 7 et du vendredi 9, les actes anti arabo-musulmans se sont multipliés, mais considérons plutôt l’autre face de la même pièce, l’attitude ouverte et humaniste (ce qui nous évitera les facilités de la condamnation humaniste du racisme et de « l’islamophobie »).

R.S a écrit:
La distinction est la mise en pratique réelle, empirique, quotidienne de l’universalisme du citoyen. Si l’on abandonne la baudruche d’un « vrai universalisme », l’Occident peut légitimement s’accaparer le monopole de valeurs universelles, si besoin est avec des F16 et des Rafales. L’universalisme est une production idéologique lié au mode de production capitaliste, à l’abstraction du travail, de la valeur et du citoyen. Ce mode de production est le seul universel et à pratiques idéologiques universelles, à condition que les individus correspondent aux critères de l’universalité, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas des femmes ou entretenant des liens communautaires, ethniques, raciaux, familiaux, religieux en concurrence avec l’Etat-nation.


l'effondrement d'une théorie "marxiste" sur elle-même : contre Marx !

le lien n'est pas fait entre « les valeurs universelles » que « l'Occident » n'aurait fait que « s'accaparer », alors qu'il serait « une production idéologique lié au mode de production capitaliste ». Faux ! Les valeurs universalistes occidentales sont produites progressivement depuis 1492 (l'esclavage comme "mode de production capitaliste", pauvre Marx dont R.S est un si grand expert !) jusqu'à leur formalisation philosophique par les Lumières puis politiques par la Révolution française, ceci avant que le capitalisme ne se forme comme "mode de production" à part entière

R.S le sait bien mais il lui faut comprendre cette histoire à l'envers, pour servir sa thèse du capitalisme restructuré en subsomption réelle quasi achevée, totalité globale, écrasant toutes autres contradictions, dont ici celle de "race" ou plus exactement niant les colonialités du capitalisme occidental encore dominant :

bref, le concept d'Occident n'existe pas pour la théorie de la communisation, un déni permanent


ainsi le Maître de Cavaillon met bien en cause « l'universalisme du citoyen »mais renverse bizarrement la distinction "Nous" et les "Autres", que j'avais formulée ainsi avec Amiri Baraka et Maria Angelou :« "l'homme blanc" doit écouter ses AutrEs », ce qui est évidemment un appel des Autres à "Nous", mais que R.S n'aura jamais entendu comme tel, et dont il renverse allégrement le sens, qualifié au passage d'injonction humaniste pour le besoin de sa démonstration (il l'aura asséné contre toute l'ultragauche, l'IS, Temps Critiques, Dauvé &Nesic, Astarian, moi... : Roland Simon, ou l'opium de l'anti-humanisme universel)

R.S a écrit:
L’injonction humaniste à accepter « l’Autre » présuppose l’existence de « l’Autre », sa construction comme tel et donc la hiérarchie vis-à-vis de « l’Un » qui a le pouvoir de dire qui est « l’Autre ». Entre « Nous » et « les Autres », il y a une organisation de la société qui s’impose aux individus et préexiste à chacun d’eux. Ceux qui sont invités à « accepter l’Autre » constituent la société normale, légitime. A l’origine des Uns et des Autres, il y a le pouvoir simple et brut. L’Un est celui qui a le pouvoir de distinguer.

dans tous les textes décoloniaux, de Grosfoguel à Bouamama en passant par tant d'autres, nulle "injonction", un simple constat historique et le caractériser comme "humaniste" relève d'un contre-sens inacceptable, puisque c'est justement l'humanisme universaliste occidental qu'ils mettent en cause, et c'est donc le sens que prend pour eux cette construction par l'Occident de "nous" et les autres", mais R.S ne la comprend qu'à moitié, de son seul point de vue prolétarien universaliste blanc eurocentrique avec lequel il prétend englober la totalité d'un monde dont il ne voit qu'un côté : cela s'appelle en psychanalyse une projection, celle d'un dogmatique incapable de comprendre ce que dit l'Autre, et avec R.S on le sait, point besoin qu'il soit d'une autre couleur de peau...
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 26 Jan - 7:07


un négationnisme peut en cacher un autre



j'ai titré la catégorie "L"eurocentrisme est un négationnisme". Cela évoque le négationnisme de la Shoah, et même si ça peut choquer, c'est volontaire. Je suis allé jusqu'à écrire que Dauvé, après avoir frayé avec le négationnisme dans l'histoire de la Vieille taupe, n'était pas sorti d'un négationnisme du passé colonial-anticolonialiste, mais celui-ci est commun à l'ensemble de la post-ultragauche et une partie des anarchistes : il sort aujourd'hui et crée dans ces milieux des clivages sans précédents, sur le terreau de l'idéologie française

la meilleure explication théorique du négationnisme d'ultragauche est celle qu'en donne Roland Simon dans « Ultragauche et négationnisme », un texte de TC13 (p. 37-39) en 1996, repris en 2009 en extrait dans « Histoire critique de l’Ultra-Gauche » (deuxième édition, annexe pages 463-467)

Roland Simon a écrit:
Seconde erreur, et c’est là l’essentiel : la critique de la démocratie. Non qu’il ne faille pas critiquer la démocratie, mais quand on le fait il ne faut pas se tromper d’ennemi, face au prolétariat, l’autre pôle de la contradiction, ce n’est pas la démocratie mais le capital. Dans l’impasse et le marasme théorique qui suivit la reconnaissance par la théorie communiste de la disparition de l’affirmation du prolétariat comme procès général de la révolution et base du communisme, l’humanité était venue supplanter le prolétariat. La lutte de classe avait été remplacée par l’affrontement entre la “vraie communauté humaine” et la “fausse”, entre l’activité humaine et le capital.

La « fausse communauté » c’était celle qui réunissait les individus sur la base de leur isolement et l’entérinait : la démocratie. La démocratie devenait l’ennemi intime, l’autre, du communisme. Comme forme et contenu de la société actuelle la démocratie n’était alors qu’un mensonge. La guerre sociale écrivit même dans un article qu’elle était un mensonge par rapport à ses propres idéaux (Rousseau), mensonge qu’il fallait dénoncer. Cela parce qu’entre la « vraie » et la « fausse » communauté, la base était la même, le même individu isolé de la démocratie et de l’échange marchand, considéré comme la base réelle de la société. La communauté humaine, le communisme, était la bonne relation entre ces individus dont l’activité humaine s’était libérée de sa vampirisation capitaliste, la démocratie était la mauvaise.

Voilà comment la démocratie devint l’ennemi et dans la contradiction entre prolétariat et capital se substitua au second. Son dépassement devint simple affaire de dénonciation d’un mensonge, de dévoilement, puisqu’en dessous du voile, de la forme, se trouvait déjà le même individu, l’activité humaine, l’humanité. A ce point là de la démarche et de l’impasse théorique, on ne pouvait comprendre le mouvement contradictoire des classes que comme l’affrontement entre le vrai et le faux.

c'est la meilleure explication parce qu'elle est théorique, quand toutes les autres font dans la dénonciation, ce qu'on appelle le fichisme comme dans la réponse des ultragauchistes mis en cause : Le fichisme ne passera pas, par Des anciens de La Banquise, Octobre 1999,  réponse qui ne pisse pas beaucoup plus loin que les accusateurs, et pour cause, je ne sais pas ce que sont devenus les autres, mais Dauvé n'est pas sorti de la critique de l'antifascisme et de l'antiracisme, qui est commune à tout ce milieu théorique, rhétorique, et parigorique

Citation :
Gilles Dauvé republie cependant à nouveau « Auschwitz ou le grand alibi » dans l'avant dernier numéro du Mouvement Communiste en octobre 1973, accompagné d'une déclaration vigoureusement opposée tout à la fois à l'antifascisme et à l'antiracisme

La Vieille taupe, wikipédia

cette critique a un fond juste, l'instrumentalisation idéologique de la Shoah par les puissances capitalistes occidentales, démocraties donc supposées d'essence antifasciste, ceci dès l'après-guerre avec le compromis des pays occidentaux capitalistes à Nuremberg pour qualifier les "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" sans toucher au colonialisme encore en vigueur, ni à la ségrégation raciale aux États-Unis, ni à l'apartheid en Afrique du Sud, et accompagner la création d'Israël comme « État des Juifs », poste avancé de la démocratie en Orient, comme le dit encore Manuel Valls

mais l'ultragauche ne le dit pas comme ça, puisque pour elle l'Occident, ça n'existe pas. Dans la foulée seront critiqués l'anticolonialisme, l'antiracisme, l'anti-impérialisme... dans une rhétorique coupée à la serpe dont on trouve encore l'exemple chez Théorie Communiste, dans le texte de Bernard Lyon pour Meeting n°2 en 2005 : « Nous ne sommes pas "anti" »


ultragauche et anarchisme : écrire l'histoire sur mesure

cela débouche bien sûr sur la nécessité d'écrire sur mesure une histoire de l'ultragauche pour aboutir à sa seule critique valable, celle qu'en a faite Théorie communiste, puisque dans ce livre*, chaque fois que sont abordées les luttes anti-impérialistes et anticolonialistes, c'est avec ces mêmes critères qui s'épargnent de connaître la réalité des luttes des prolétaires de ces pays-là pour leur indépendance mais aussi contre leurs bourgeoisies nationales et le néo-colonialisme qui venait comme compromis avec les ex-puissances coloniales : c'est ce clivage des milieux communistes  anarchistes européens qui resurgit aujourd'hui

* Histoire critique de l'ultragauche, Roland Simon, Senonevero 2009 rééd. 2015

j'ai montré en quoi la théorie de la communisation était fausse dès le départ. Voir du 16 au 19 janvier : colonialisme et anti-colonialisme, impérialisme et anti-impérialisme... communisme ou révisionnisme et négationnisme eurocentriques ?. Fausse sur sa propre base théorique, du fait de son aporie de la question raciale en relation à la contradiction de classe, qui doit s'analyser non comme un manque, mais pour son aveuglement eurocentrique qui lui fait interpréter l'histoire de travers, y compris celle du mode de production capitaliste, et par conséquent son présent dans les années 70, après la fin des luttes anti-colonialistes pour les indépendances. La restructuration/globalisation du capital est comprise comme ouvrant un dernier cycle de luttes avant la révolution, comme communisation



théorie de la communisation : l'erreur est arrivée, parce qu'elle était déjà là...

reconnaissons à Roland Simon d'avoir parfois eu le nez creux. Je suis tombé là-dessus par hasard, dans le même TC13 cité plus haut, dans Des luttes actuelles à la révolution, septembre 1994, p. 34

Roland Simon a écrit:
Je reconnais que, dans ma démarche, le communisme est inéluctable, mais est-ce vraiment gênant ? Le capital n'est pas éternel, je peux me tromper sur l'analyse de ce cycle et de la restructuration, à ce moment-là, ce sera pour la prochaine fois.

j'ai rappelé qu'en psychanalyse des névroses, voire des psychoses, on parle de conséquence causale, quand un événement à l'adolescence ou à l'âge adulte réveille une faille de la structure psychique et déclenche les symptômes de la maladie

la causethéorique est ici la faille eurocentrique, l'oubli de la dimension occidentale du capitalisme, ce qu'on appelle aujourd'hui la colonialité, et l'événement déclencheur est l'entrée en double crise de l'Occident et du capital, qui fait resurgir au présent, ensemble, leurs passés croisés

la conséquence, pour une théorie somme toute sérieuse, c'est qu'elle est coincée, qu'elle ne peut rien dire, ni analyser ce qui se passe sans remettre en cause son corpus, le renier en ce qu'il est faux. On comprend donc qu'en une période pourtant chargée d'histoire, l'historien Roland Simon n'ait rien produit de théorique depuis le 16 janvier 2015, à propos de Charlie, et qu'aujourd'hui, il ne trouve « rien d'intéressant » à dire

la théorie de la communisation est entrée en crise aigüe d'existence sur sa propre base théorique. Roland Simon s'est piégé par le négationnisme de l'universalisme prolétarien comme Dauvé par le négationnisme avec lequel frayait sa critique de la démocratie, « non qu’il ne faille pas critiquer la démocratie, mais quand on le fait il ne faut pas se tromper d’ennemi, face au prolétariat, l’autre pôle de la contradiction, ce n’est pas la démocratie mais le capital » (R.S, plus haut)

à "l'autre pôle", "l'ennemi" du prolétariat mondial, en tant qu'il n'est pas universel, a un double visage : l'Occident et le Capital. Pour le dire autrement, la contradiction n'avait pas qu'un double, celle de genre, mais un triple, la colonialité du pouvoir, et nous ne sommes pas entrés dans le cycle de leur dépassement simultané, car ce qui vient selon toute probabilité, avec la guerre, c'est une restructuration globale du capitalisme dans laquelle l'Occident perdra définitivement sa suprématie... à condition qu'on l'y pousse et pour ça, les prolétaires partiront partout de ce qu'ils sont différemment, c'est-à-dire différemment opprimés


PS : accessoirement, Théorie Communiste est coincé sur le plan proprement politique, comme toute la post-ultragauche, parce qu'ils ont maintenu sans y prendre garde des rapports de camaraderie privilégiée avec des tendances anarchistes qui sont des plus actives et virulentes contre tout ce qui se nomme anti-impérialiste, anti-colonialiste, post-colonial ou décolonial. Par les temps qui courent, c'est dur à soutenir, et par conséquent, c'est une mauvaise raison de plus pour se taire ou parler d'autre chose, en attendant la fin... mais pour leur peine, ils doivent partager ça avec les anars les plus incultes ou anti-Marx qui soient





HOMME DONNÉ, DIEUX VOLÉS, CLASSE PERDUE  

A Roland (Simon) et Rosa Amélia (Plumelle-Uribe)


Un valet noir sous un roi blanc a jeté son joker
Nègre bravant bradant le sort d'une boule de suif
aux faces de colons promus de vendre au nom des Juifs
la mémoire deux fois sur le marché de Nuremberg

Nos prêtres démocrates chantent la messe de l'Homme  
unicolore au monde fou de sa flemme olympique
Le vrai semblable est un moment du faux culte atlantique  
en tous genres lancé des vers accouchés dans la pomme  

D'Adam et Eve on a idée des choses ingénue  
Faut-il en rire ou en pleurer se donner tant de mal  
pour ignorer ce que l'on est sous ce bon capital
croire en ce que l'on n'est jamais qu'à s'en retrouver nu

Le conte démocratique se paiera de sa haine
du réel et fera la guerre au prix de son mensonge
Choisir c'est renoncer sortir de classe est plus qu'un songe
Les prolétaires pour la perdre ont assez de leurs chaînes


Cachan, 22 février 2005


Patlotch SORTIE DES CLASSES

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 26 Jan - 19:14


avec Georges Fontenis, Léandre Valero, Line Caminade, Pierre et Suzanne Morain, Paul Philippe...

UNE RÉSISTANCE OUBLIÉE (1954-1957)
des libertaires dans la guerre d’Algérie

le réseau de la Fédération Communiste Libertaire (ancêtre de l’OCL, Organisation Communiste Libertaire), qui dès l’insurrection algérienne de 1954, va contribuer à promouvoir la lutte anticoloniale, et par tous les moyens




2001

Un film de Daniel Goude et Guillaume Lenormant (2001) qui raconte l'histoire de l’action de la Fédération communiste libertaire (FCL) et du Mouvement libertaire nord-africain (MLNA), qui formèrent dès 1954 les premiers réseaux de porteurs de valises, en soutien à la résistance algérienne. La répression policière liquida les deux organisations en 1957. Le film donne la parole à six acteurs et actrices de cet épisode méconnu de la guerre d’Algérie.



voir en relation Anarchisme en Algérie, concernant l'histoire du mouvement libertaire pendant et après la colonisation française en Algérie (Wikipédia)


Dernière édition par Admin le Mar 26 Jan - 19:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 26 Jan - 19:27




1992

Citation :
On oublie trop souvent que les réseaux de « porteurs de valises » qui ont soutenu les indépendantistes algériens pendant la guerre n’ont pas débuté leur existence en 1957 avec l’action de Francis Jeanson puis d’Henri Curiel.

Au lendemain de l’insurrection de la Toussaint 1954 en effet, les seules organisations françaises à soutenir l’indépendance algérienne se situaient à l’extrême gauche. Il s’agissait du Parti communiste internationaliste (PCI - trotskiste) et de la Fédération communiste libertaire (FCL).

En Algérie même, le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA), lié à la FCL, entre en lutte contre l’Etat français, pour l’indépendance du pays, dès la Toussaint 1954.

La police française liquidera le MLNA puis la FCL entre 1956 et 1957. Les libertaires poursuivront néanmoins la lutte contre le colonialisme, au sein des Groupes anarchistes d’action révolutionnaires (GAAR) ou, pour les rescapés de la FCL, au sein de la Voie communiste.

Ce livre apporte les témoignages de plusieurs actrices et acteurs de cette période sombre, militants de la FCL (Georges Fontenis), du MLNA (Léandre Valéro), des GAAR (Guy Bourgeois) ou de la Voie communiste (Denis Berger).

Cette réédition d’une brochure de 1992 comprend de nombreuses photos dont certaines inédites, tirées des archives privées des camarades de la FCL, ainsi que des reproductions du Libertaire de l’époque, qui se vit infliger tant de procès par l’État français qu’il en mourut.

• Alternative libertaure, L’Insurrection libertaire et les communistes libertaires, 64 pages, éd. d’AL, 7 euros.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mer 27 Jan - 11:02


Race, class and Marxism

Keeanga-Yamahtta Taylor January 4, 2011

Marxism has been accused by its critics of misunderstanding race and downplaying the struggle against racism. Keeanga-Yamahtta Taylor sets the record straight. January 4, 2011


Coming together to challenge racism at University of California San Diego


Citation :
FOR REVOLUTIONARY Marxists, there is an inextricable link between racism and capitalism. Capitalism is dependant on racism as both a source of profiteering, but more importantly as a means to divide and rule. Racism is necessary to drive a wedge between workers who otherwise have everything in common and every reason to ally and organize together, but who are perpetually driven apart to the benefit of the ruling class.

Thus, any serious discussion about Black liberation has to take up not only a critique of capitalism, but also a credible strategy for ending it. For Marxists, that strategy hinges on the revolutionary potential of a unified, multiracial and multi-ethnic working-class upheaval against capitalism.

Marxists believe that the potential for that kind of unity is dependant on battles and struggles against racism today. Without a commitment by revolutionary organizations in the here and now to the fight against racism, working-class unity will never be achieved and the revolutionary potential of the working class will never be realized.

Yet despite all the evidence of this commitment to fighting racism over many decades, Marxism has been maligned as, at best, "blind" to combating racism and, at worst, "incapable" of it. For example, in an article published last summer, popular commentator and self-described "anti-racist" Tim Wise summarized the critique of "left activists" that he later defines as Marxists. He writes:

Tim Wise a écrit:
Left activists often marginalize people of color by operating from a framework of extreme class reductionism, which holds that the "real" issue is class, not race, that "the only color that matters is green," and that issues like racism are mere "identity politics," which should take a backseat to promoting class-based universalism and programs to help working people. This reductionism, by ignoring the way that even middle class and affluent people of color face racism and color-based discrimination (and by presuming that low-income folks of color and low-income whites are equally oppressed, despite a wealth of evidence to the contrary) reinforces white denial, privileges white perspectivism and dismisses the lived reality of people of color.

Even more, as we'll see, it ignores perhaps the most important political lesson regarding the interplay of race and class: namely, that the biggest reason why there is so little working-class consciousness and unity in the Untied States (and thus, why class-based programs to uplift all in need are so much weaker here than in the rest of the industrialized world), is precisely because of racism and the way that white racism has been deliberately inculcated among white working folks.

Only by confronting that directly (rather than sidestepping it as class reductionists seek to do) can we ever hope to build cross-racial, class based coalitions. In other words, for the policies favored by the class reductionist to work--be they social democrats or Marxists--or even to come into being, racism and white supremacy must be challenged directly.

Here, Wise accuses Marxism of: "extreme class reductionism," meaning that Marxists allegedly think that class is more important than race; reducing struggles against racism to "mere identity politics"; and requiring that struggles against racism should "take a back seat" to struggles over economic issues. Wise also accuses so-called "left activists" of reinforcing "white denial" and "dismissing the lived reality of people of color"--which, of course, presumes Left activists and Marxists to all be white.

- - - - - - - - - - - - - - - -

What do Marxists actually say?

Marxists argue that capitalism is a system that is based on the exploitation of the many by the few. Because it is a system based on gross inequality, it requires various tools to divide the majority--racism and all oppressions under capitalism serve this purpose. Moreover, oppression is used to justify and "explain" unequal relationships in society that enrich the minority that live off the majority's labor. Thus, racism developed initially to explain and justify the enslavement of Africans--because they were less than human and undeserving of liberty and freedom.

Everyone accepts the idea that the oppression of slaves was rooted in the class relations of exploitation under that system. Fewer recognize that under capitalism, wage slavery is the pivot around which all other inequalities and oppressions turn. Capitalism used racism to justify plunder, conquest and slavery, but as Karl Marx pointed out, it also used racism to divide and rule--to pit one section of the working class against another and thereby blunt class consciousness.

To claim, as Marxists do, that racism is a product of capitalism is not to deny or diminish its importance or impact in American society. It is simply to explain its origins and the reasons for its perpetuation. Many on the left today talk about class as if it is one of many oppressions, often describing it as "classism." What people are really referring to as "classism" is elitism or snobbery, and not the fundamental organization of society under capitalism.

Moreover, it is popular today to talk about various oppressions, including class, as intersecting. While it is true that oppressions can reinforce and compound each other, they are born out of the material relations shaped by capitalism and the economic exploitation that is at the heart of capitalist society. In other words, it is the material and economic structure of society that gave rise to a range of ideas and ideologies to justify, explain and help perpetuate that order. In the United States, racism is the most important of those ideologies.

Despite the widespread beliefs to the contrary of his critics, Karl Marx himself was well aware of the centrality of race under capitalism. While Marx did not write extensively on the question of slavery and its racial impact in societies specifically, he did write about the way in which European capitalism emerged because of its pilfering, rape and destruction, famously writing:

Marx a écrit:
The discovery of gold and silver in America, the extirpation, enslavement and entombment in mines of the aboriginal population, the beginning of the conquest and looting of the East Indies, the turning of Africa into a warren for the commercial hunting of Black skins, signalized the rosy dawn of the era of capitalist production.

He also recognized the extent to which slavery was central to the world economy. He wrote:

Marx a écrit:
Direct slavery is just as much the pivot of bourgeois industry as machinery, credits, etc. Without slavery you have no cotton; without cotton you have no modern industry. It is slavery that has given the colonies their value; it is the colonies that have created world trade, and it is world trade that is the pre-condition of large-scale industry. Thus slavery is an economic category of the greatest importance.

Without slavery North America, the most progressive of countries, would be transformed into a patriarchal country. Wipe out North America from the map of the world, and you will have anarchy--the complete decay of modern commerce and civilization. Cause slavery to disappear and you will have wiped America off the map of nations. Thus slavery, because it is an economic category, has always existed among the institutions of the peoples. Modern nations have been able only to disguise slavery in their own countries, but they have imposed it without disguise upon the New World.

Thus, there is a fundamental understanding of the centrality of slave labor in the national and international economy. But what about race?

Despite the dearth of Marx's own writing on race in particular, one might look at Marx's correspondence and deliberations on the American Civil War to draw conclusions as to whether Marx was as dogmatically focused on purely economic issues as his critics make him out be.

One must raise the question: If Marx was reductionist, how is his unabashed support and involvement in abolitionist struggles in England explained? If Marx was truly an economic reductionist, he might have surmised that slavery and capitalism were incompatible, and simply waited for slavery to whither away. W.E.B. Du Bois in his Marxist tome Black Reconstruction, quotes at length a letter penned by Marx as the head of the International Workingmen's Association, written to Abraham Lincoln in 1864 in the midst of the Civil War:

W.E.B. Du Bois a écrit:
The contest for the territories which opened the epoch, was it not to decide whether the virgin soil of immense tracts should be wedded to the labor of the immigrant or be prostituted by the tramp of the slaver driver? When an oligarchy of 300,000 slave holders dared to inscribe for the first time in the annals of the world "Slavery" on the banner of armed revolt, when on the very spots where hardly a century ago the idea of one great Democratic Republic had first sprung up, whence the first declaration of the rights of man was issued...when on the very spots counter-revolution...maintained "slavery to be a beneficial institution"...and cynically proclaimed property in man 'the cornerstone of the new edifice'...then the working classes of Europe understood at once...that the slaveholders' rebellion was to sound the tocsin for a general holy war of property against labor...

They consider it an earnest sign of the epoch to come that it fell to the lot of Abraham Lincoln, the single-minded son of the working class, to lead his country through the matchless struggles for the rescue of the enchained race and the Reconstruction of a social order.

Not only was Marx personally opposed to slavery and actively organized against it, but he theorized that slavery and the resultant race discrimination that flowed from it were not just problems for the slaves themselves, but for white workers who were constantly under the threat of losing work to slave labor.

This did not mean white workers were necessarily sympathetic to the cause of the slaves--most of them were not. But Marx was not addressing the issue of consciousness, but objective factors when he wrote in Capital, "In the United States of America, every independent movement of the workers was paralyzed as long as slavery disfigured a part of the Republic. Labor cannot emancipate itself in the white skin where in the Black it is branded."

Moreover, Marx understood the dynamics of racism in a modern sense as well--as a means by which workers who had common, objective interests with each other could also become mortal enemies because of subjective, but nevertheless real, racist and nationalist ideas. Looking at the tensions between Irish and English workers, with a nod toward the American situation between Black and white workers, Marx wrote:

Marx a écrit:
Every industrial and commercial center in England possesses a working class divided into two hostile camps, English proletarians and Irish proletarians. The ordinary English worker hates the Irish worker as a competitor who lowers his standard of life. In relation to the Irish worker he feels himself a member of the ruling nation and so turns himself into a tool of the aristocrats and capitalists of his country against Ireland, thus strengthening their domination over himself. He cherishes religious, social and national prejudices against the Irish worker. His attitude is much the same as that of the "poor whites" to the "niggers" in the former slave states of the USA. The Irishman pays him back with interest in his own money. He sees in the English worker at once the accomplice and stupid tool of the English rule in Ireland.

This antagonism is artificially kept alive and intensified by the press, the pulpit, the comic papers, in short by all the means at the disposal of the ruling classes. This antagonism is the secret of the impotence of the English working class, despite its organization. It is the secret by which the capitalist maintains its power. And that class is fully aware of it.

Out of this quote, one can see a Marxist theory of how racism operated in contemporary society, after slavery was ended. Marx was highlighting three things: first, that capitalism promotes economic competition between workers; second, that the ruling class uses racist ideology to divide workers against each other; and finally, that when one group of workers suffer oppression, it negatively impacts the entire class.

- - - - - - - - - - - - - - - -

How the Marxist theory of racism developed

These questions get to the heart of Marxism and really begin to address whether Marxism subsumes political questions to economic ones.

Here's how Marx described the issue of ideas themselves:

Marx a écrit:
The production of ideas, of conceptions, of consciousness, is at first directly interwoven with the material activity and the material intercourse of men, the language of real life. Conceiving, thinking, the material intercourse of men appear at this stage as the direct efflux of their material behavior...Men are the producers of their conceptions, ideas, etc....Consciousness can never be anything else than conscious existence, and the existence of men is their actual life process.

This does not mean that humans are only automatons with no thought, creativity, ideas or agency, and that life is a linear and determined existence. Human action or inaction constantly impacts and changes the environment and the world around us. But human activity is shaped by the material world. Racism is ideological, but it has tangible implications in the real world. Stating that racism is ideological does not somehow, then, render it less important, but distinguishes the difference between a question of material conditions and consciousness.

It is undeniable that some in the socialist and Marxist traditions--primarily in the 19th and early 20th century--assumed that because African Americans were overrepresented as workers, simply focusing on the class struggle would by itself liberate Black workers and the poor from their oppression. But Marxist theory on the "Black question" has certainly evolved since then. Marxism should not be conceived of as an unchanging dogma. It is a guide to social revolution and political action, and has been built upon by successive generations of Marxists.

But theory doesn't precede material and social conditions--it flows from them. In the mid-1920s, when hundreds of thousands of African Americans made their way to the urban North, socialists and communists were forced to theorize how they would relate to Black workers on a mass scale--something that had never been an issue before. Black revolutionary Claude McKay reported as a delegate to the Communist International in 1922:

Claude McKay a écrit:
In associating with the comrades of America, I have found demonstrations of prejudice on the various occasions when the white and black comrades had to get together, and this is the greatest obstacle that the Communists of America have got to overcome--the fact that they first have got to emancipate themselves from the ideas they entertained toward Negroes before they can be able to reach the Negroes with any kind of radical propaganda.

The Russian revolutionary Lenin directly intervened in the American Communist Party (CP) and directed it to immediately begin political agitation among African Americans. Thus, the founding convention of the Communist Party in 1919 stated merely that the "racial oppression of the Negro is simply the expression of his economic bondage and oppression, each intensifying the other." By 1921, after Lenin's involvement on the question, the stated approach of the CP had shifted, with its program stating:

American Communiste Party a écrit:
The Negro workers in American are exploited and oppressed more ruthlessly than any other group. The history of the Southern Negro is the history of a reign of terror--of persecution, rape and murder... Because of the anti-Negro policies of organized labor, the Negro has despaired of aid from this source, and he has either been driven into the camp of labor's enemies, or has been compelled to develop purely racial organizations which seek purely racial aims.

The Workers Party will support the Negroes in their struggle for Liberation, and will help them in their fight for economic, political and social equality...Its task will be to destroy altogether the barrier of race prejudice that has been used to keep apart the Black and white workers, and bind them into a solid union of revolutionary forces for the overthrow of our common enemy.

By the early 1940s, thousands of Blacks had joined the Communist Party. The politics of communism became the dominant political framework for most of the nonwhite world as hundreds of millions of people of color across the globe were inspired by the writings of Lenin on the rights of oppressed nations to fight for their own freedom. Lenin wrote:

Lenin a écrit:
The proletariat must struggle against the enforced retention of oppressed nations within the bounds of the given state...The proletariat must demand freedom of political separation for the colonies and nations oppressed by "their own" nation. Otherwise, the internationalism of the proletariat would be nothing but empty words; neither confidence nor class solidarity would be possible between the workers of the oppressed and the oppressor nations...

On the other hand, the socialists of the oppressed nation must, in particular, defend and implement the full and unconditional unity, including organizational unity, of the workers of the oppressed nation and those of the oppressor nation. Without this it is impossible to defend the independent policy of the proletariat and their class solidarity with the proletariat of other countries.

So it is an odd charge that Marxism is incapable of comprehending the racialized nature of capitalism, while simultaneously becoming the politics that led the vast majority of non-white national liberation movements in the 20th century. The critique of Marxism also minimizes the extent to which Black revolutionaries and the Black struggle itself shaped and impacted the trajectory of Marxist thought.

Thus, C.L.R. James, the Black revolutionary from the Caribbean and collaborator with Russian revolutionary Leon Trotsky, advanced Marxist theory when he wrote--presciently in 1948, years before the emergence of the civil rights movement in the U.S. South:

C.L.R. James a écrit:
We say, number one, that the Negro struggle, the independent Negro struggle, has a vitality and a validity of its own; that it has deep historic roots in the past of America and in present struggles; it has an organic political perspective, along which it is traveling, to one degree or another, and everything shows that at the present time it is traveling with great speed and vigor.

We say, number two, that this independent Negro movement is able to intervene with terrific force upon the general social and political life of the nation, despite the fact that it is waged under the banner of democratic rights and is not led necessarily either by the organized labor movement or the Marxist party.

We say, number three, and this is the most important, that it is able to exercise a powerful influence upon the revolutionary proletariat, that it has got a great contribution to make to the development of the proletariat in the United States, and that it is in itself a constituent part of the struggle for socialism.

In this way we challenge directly any attempt to subordinate or to push to the rear the social and political significance of the independent Negro struggle for democratic rights. That is our position. It was the position of Lenin 30 years ago. It was the position of Trotsky which he fought for during many years. It has been concretized by the general class struggle in the United States, and the tremendous struggles of the Negro people.


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The question of white workers

Much of the controversy about Marxism and race is over whether Marxist theory appropriately comprehends the centrality of race in U.S. society and beyond. But what is really at the heart of the debate is the view of revolutionary Marxists that: one, white workers do not have a privileged status in this country; two, white workers can gain revolutionary consciousness; and three, therefore a multiracial and united working-class revolution is possible.

Marxists start with the premise that all workers under capitalism are oppressed, but some workers face further oppression because of additional discrimination like racism, sexism, homophobia, anti-immigrant ideas, religious oppression, etc. Thus, in the United States, white workers are oppressed, but not to the same degree as non-white workers.

Oppression is not just an ideological tool to divide groups of workers, but has real material consequences as well. Because of racism, for example, the median household income for white families as of 2006 was over $50,000 a year. For Blacks, it was just under $32,000. By every measure of the quality of life in the U.S., whites are on the top and Blacks are on the bottom.

Marxists do not deny that these differences exist, nor do we deny that oppression means the lives of some workers are actually worse than others. For Marxists, the question is the cause of the differences. Are the disparities the result of white workers benefiting directly from the oppression of Black workers? That is, do white workers make more on average because Black workers make less?

To accept this explanation means to ignore the biggest beneficiary in the disparity in wages--employers and bosses. That employers are able to use racism to justify paying Black workers less brings the wages of all workers down--the employers enjoy the difference.

This is not to deny that white workers receive some advantages in U.S. society because they are white in a racist society. If they did not get some advantage--and with it, the illusion that the system works for them--then racism would not be effective in dividing Black and white workers.

The distinctions and differences among workers function to create a distorted view of reality that turns the traits attributed to the oppressed into a kind of "common sense," which in turn deepens those divisions. African Americans are poorer, have worse housing, go to worse schools, have a shorter life span and generally live in worse conditions, which helps to perpetuate the image in the minds of white workers that African Americans are inferior.

But the problem with so-called "common sense" is that it is based on surface appearances and information, and does not reach deeper to give a systemic explanation for the disparities that exist in society. Instead, it creates what Frederick Engels was the first to call "false consciousness."

False consciousness is simply ruling-class ideology that is used to explain away or cover up material reality. The point is that white workers, to the extent that they accept white supremacy, contribute to capitalism's ability to exploit them more effectively. The purely "psychological" advantage obscures the very real material deficit that racist oppression helps reinforce.

Du Bois explained how "false consciousness" worked in the South and why a labor movement never developed there in the aftermath of slavery:

Du Bois a écrit:
The race element was emphasized in order that property holders could get the support of the majority of white laborers and make it more possible to exploit Negro labor. But the race philosophy came as a new and terrible thing to make labor unity or labor class-consciousness impossible. So long as the Southern white laborers could be induced to prefer poverty to equality with the Negro, just so long was a labor movement in the South made impossible.

For Du Bois, racism wasn't metaphysical, nor did it exist autonomously from class. Its development is a result of one class' efforts to keep power away from another. Du Bois did come up with a famous formulation of poor whites gaining a "psychological wage"--as opposed to a material wage--from racism. But the psychological wage was to make the white worker feel superior because he wasn't Black, even though he would have nothing material to show for it.

This leads to the question: If it isn't in the interest of white workers to be racist, then why do they accept racist ideas? But the same question could be asked of any group of workers. Why do men accept sexist ideas? Why do Black workers accept racist anti-immigrant ideas? Why do many Black Caribbean and African immigrant workers think that Black Americans are lazy? Why do American workers of all races accept many racist ideas about Arabs and Muslims? If most people agree that it would be in the interest of any group of workers to be more united than divided, then why do workers accept reactionary ideas?

There are two primary reasons. The first is competition. Capitalism operates under the laws of false scarcity, which simply means that we are all told there isn't enough to go around, so we must compete with each other for housing, education, jobs and anything else valued in society. While the scarcity is false, the competition is real, and workers fighting over these items to better themselves or their families are often willing to believe the worst about other workers to justify why they should have something and others should not.

The other reason is, as Marx wrote in the German Ideology, that the ruling ideas of any society are the ideas of the ruling class. We live in a racist society, and therefore people hold racist ideas. The more important question is whether or not those ideas can change. The consciousness of workers is both fluid and contradictory because of the clash between the "ruling ideas" in society and people's lived experience. So, for example, while the media inundates people with constant images of Blacks as criminals or on welfare, people's experience with Blacks at work completely contradicts the stereotype.

The Italian Marxist Antonio Gramsci explained the phenomenon of mixed consciousness this way:

Antonio Gramsci a écrit:
The active man-in-the-mass has a practical activity but has no clear theoretical consciousness of his practical activity which nonetheless involves understanding the world in so far as it transforms it. His theoretical consciousness can...be historically in opposition to his activity.

One might almost say that he has two theoretical consciousnesses (or one contradictory consciousness): one which is implicit in his activity and which in reality unites him with all fellow workers in the practical transformation of the real world; and one superficially explicit or verbal, which he has inherited from the past and uncritically absorbed. The person is strangely composite: it contains Stone Age elements and principles of a more advanced science, prejudices all past phases of history at the local level and intuitions of a future philosophy which will be that of a human race united the world over.

Whether or not a group of workers has reactionary, mixed or even revolutionary consciousness does not change their objective and real function as exploited and oppressed labor. The question of consciousness affects whether or not workers are in a position to fundamentally alter that function through collective action.

Just because white workers, to take a specific example, may at different times fully accept reactionary ideas about African Americans does not change the objective fact that the majority of the poor in the U.S. are white, the majority of people without health insurance are white and the majority of the homeless are white. While Blacks and Latinos are disproportionately affected by the economic reality of the U.S. today, in a country that is more than 65 percent white, it is a reality they share with the majority of white workers.

This shared reality shows the potential for a united struggle to better the conditions of all workers. But by the same token, losing the battle against racism undermines the overall project of working-class revolution. As Du Bois explained in Black Reconstruction about the defeat of the post-Civil War Reconstruction policies that briefly put the power of the federal government behind equal rights for the freed slaves:

Du Bois a écrit:
The political success of the doctrine of racial separation, which overthrew Reconstruction by uniting the planter and the poor white, was far exceeded by its astonishing economic results.

The theory of laboring class unity rests upon the assumption that laborers, despite internal jealousies, will unite because of their opposition to exploitation by the capitalists. According to this, even after a part of the poor white laboring class became identified with the planters, and eventually displaced them, their interests would be diametrically opposed to those of the mass of white labor, and of course to those of the black laborers. This would throw white and black labor into one class, and precipitate a united fight for higher wage and better working conditions.

Most persons do not realize how far this failed to work in the South, and it failed to work because the theory of race was supplemented by a carefully planned and slowly evolved method, which drove such a wedge between the white and black workers that there probably are not today in the world two groups of workers with practically identical interests who hate and fear each other so deeply and persistently and who are kept so far apart that neither sees anything of common interest.
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Marxism and Black America today

Today, the need for a revolutionary alternative to the failures of capitalism has never been greater. The election of Barack Obama came 40 years after the passage of the 1968 Civil Rights Act, the last piece of civil rights legislation from the civil rights era of the 1960s. Despite the enormous shift in racial attitudes symbolized by the election of a Black president in a country built in large part on the enslavement of Black people, the condition of the vast majority of African Americans today is perilous.

For almost two years, Black unemployment has fluctuated between 15 and 17 percent. Almost 20 percent of African Americans under the age of 65 are without health insurance compared to 15 percent for the rest of the population. According to the Center for Responsible Lending, a home owned by an African American or Latino family is 76 percent more likely to be foreclosed upon than a white-owned home.

The wipeout of home ownership among African Americans threatens to widen even more the gap in median family net worth. In 2007, the average white family had a net worth of more than $171,000 compared to less than $29,000 for African American and Latino families. More than 25 percent of Blacks and Latinos languish below the official poverty line, and more than a third of Black and Latino children live in poverty.

The distressing numbers that document the full impact of racism and discrimination in the United States have no end. But while conditions across Black America threaten to wipe out the economic gains made possible by the civil rights movement, millions of white workers are meeting their Black brothers and sisters on the way down. Tens of millions of white workers are stuck in long-term joblessness, without health insurance and waiting for their homes to be foreclosed upon.

Thus, the question of Black, Latino and white unity is not abstract or academic, but must be a concrete discussion about how to collectively go forward.

For most of the 20th century, legal racism both North and South created a tension-filled cross-class alliance in the African American community that was focused on freedom and equal treatment. The legislative fruition of that in the form of legal civil rights removed the barriers to advance for a small section of Black America. To be sure, the "Black middle class" is tenuous, fragile and, for many, a paycheck or two away from oblivion, but a more stable and ambitious Black elite most definitely exists, and their objectives and aspirations are anathema to the future of the mass of Black people.

No serious Marxist organization demands that Black and Latino workers put their struggles on the backburner while some mythical class struggle is waged beforehand. This impossible formulation rests on the ridiculous notion that the working class is white and male, and thus incapable of taking up issues of race, class and gender. In fact, the American working class is female, immigrant, Black and white. Immigrant issues, gender issues and anti-racism are working-class issues and to miss this is to be operating with a completely anachronistic idea of the working class.

Genuine Marxist organizations understand that the only way of achieving unity in the working class over time is to fight for unity today and every day. Workers will never unite to fight for state power if they cannot unite to fight for workplace demands today. If white workers are not won to anti-racism today, they will never unite with Black workers for a revolution tomorrow. If Black workers are not won to being against anti-immigrant racism today, they will never unite with Latino workers for a revolution tomorrow.

This is why Lenin said that a revolutionary party based on Marxism must be a "tribune of the oppressed," willing to fight against the oppression of any group of people, regardless of the class of those affected. And this is why, despite the anti-Marxist slurs from academics and even some who consider themselves part of the left, the idea that Marxism has been on the outside of the struggle against racism in the U.S. and around the world defies history and the legacy of Black revolutionaries who understood Marxism as a strategy for emancipation and liberation.

The challenge today is to make revolutionary Marxism, once again, a part of the discussion of how to end the social catastrophe that is unfolding in Black communities across the United States.


From Black Power to the New Jim Crow
Keeanga-Yamahtta Taylor
A talk from the Socialism 2012 Conference in Chicago



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 29 Jan - 15:25


adé met son grain de sel
et remue le couteau dans la plaie du rapport classes-'races'

le passage auquel se réfère adé est

« Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise » dndf 30 décembre 2015
dndf a écrit:
l’articulation classe/genre/race nous parait au cœur des réflexions actuelles dans le milieu de la communisation et nous tenons à signaler ce qui s’y produit de pertinent, à notre avis, même s’il nous semble que l’articulation « distinction de genres/distinction de classes » comporte un caractère fondateur du mode de production capitaliste et la distinction de race un caractère plus plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire, ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale.

adé a écrit:
29/01/2016 à 13:39 | #5
« la distinction de race un caractère plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire,… »

Pour le coup il s’agit d’une « conjoncture » qui dure, dure, dure depuis quand ?

« Enfin, l’essentiel ! Tous les centres industriels et commerciaux d’Angleterre ont maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps ennemis, prolétaires anglais et prolétaires irlandais.

L’ouvrier anglais ordinaire déteste l’ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau d’existence moyen. Il se sent à son égard membre d’une nation dominatrice, devient de ce fait un instrument des aristocrates et des capitalistes contre l’Irlande et consolide leur domination sur lui-même. Des préjugés religieux, sociaux et nationaux le dressent contre l’ouvrier irlandais. Il se conduit envers lui à peu près comme les Blancs pauvres envers les »
niggers » dans les anciens Etats esclavagistes de l’Union[…] Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, en dépit de son organisation. C’est aussi le secret de la puissance persistante de la classe capitaliste, qui s’en rend parfaitement compte »
(K. Marx : Correspondance, 10: 345). in: Kevin B. Anderson « Marx aux antipodes, Nation, Ethnicité et sociétés non-occidentales »

Le capitalisme comme mode de relation est un tout: tout en lui est essentiel, rien n’est « conjoncturel », ni « circonstanciel », pas plus les hiérarchies « de genre », que celles de « races ».

Comment sinon comprendre que cette « distinction » accompagne la colonisation capitaliste, européenne, chrétienne et blanche? Comment peut-on dire, penser que cette « distinction » est conjoncturelle alors qu’elle persiste partout ?


race des travailleurs, race sociale, indigénisation tendancielle, prolétariat racialisé...

j'avais déjà soulevé ce point en 2014 et j'y suis revenu plus haut. Quelque chose dans l'importation de ce texte (me) met terriblement mal à l'aise. Certes, Marx aborde aussi cette question en parlant des Irlandais (Irlande, nationalisme, classe et mouvement ouvrier dans Marx aux antipodes de Kevin B. Anderson), et Stuart Hall dans ses travaux sur le rapport classes-'races' s'appuie sur Gramsci parlant des Italiens du Sud, c'est-à-dire qu'ils le font à partir de populations qui sont a priori de "race blanche"

par conséquent on a ici un mixte de la notion de "race sociale" comme classe des prolétaires (la « race des travailleurs » de Marx) et de celle de 'race' au sens classique du racisme ou de la racialisation, mixte dont j'ai forgé le concept de prolétariat racialisé ou Sadri Khiari, du PIR, celle d'indigénisation tendancielle dans Les Blancs indigénisés des cités populaires 28 septembre 2013

malaise parce que l'on peut se demander pourquoi dndf importe, pour aborder cette question, un texte qui la pose comme à sa marge avec des prolétaires blancs, démarche intéressante au sens du paragraphe précédent, mais évitant soigneusement le cœur du sujet c'est-à-dire avec des non-Blancs prolétarisés


malaise dans la communisation
d'un négationnisme à l'autre, bis

malaise parce que cela me rappelle le distinguo qui, au sortir de la "seconde guerre mondiale" (Nuremberg et la création de l'État d'Israël donc début de l'instrumentalisation durable et démocratique de la question juive* posée en termes nouveaux correspondant aux besoins idéologiques du capitalisme occidental), fait condamner par l'Occident capitaliste et démocratique la Shoah et l'antisémitisme, mais sans toucher au colonialisme toujours en vigueur : l'idéologie eurocentriste occidentale blanche établit une hiérarchie, le crime nazi c'est de s'en être pris à une population blanche

*dans l'inversion idéologique qui est faite aujourd'hui de l'antisémitisme, de sa version nazi à sa version islamiste, on voit que la question juive se pose aussi comme inversée, et revient dans le nez de ceux qui n'y ont pris garde, dont certains courants anarchistes et le milieu post-ultragauche. Voir plus haut 26 janvier un négationnisme peut en cacher un autre

hé bien n'est-ce pas la même idéologie que refourgue dndf, et dont relève in fine une grande partie de ce milieu anarcho-ultragauche toujours menacé de sombrer d'un négationnisme à l'autre, pour des raisons touchant évidemment à ses certitudes théoriques ?, comme plusieurs l'ont alors analysé (Roland Simon dans « Ultragauche et négationnisme » 1999, Alain Bihr certes en démocrate dans « Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire » Négationnisme : les chiffonniers de l’histoire, Editions Syllepse et Golias, 1997...)


dndf le fait sous prétexte que « l’articulation classe/genre/race nous parait au cœur de réflexions dans le milieu de la communisation », mais on ne le lit nulle part ailleurs, et si dndf ne parvient pas même à ouvrir pleinement et sainement ce débat, c'est peut-être que le problème est dans la question, et qu'il serait grand temps de la poser autrement, pour éviter le pire :


de l'ennemi principal à l'adversaire essentiel ennemi

quand dndf fait des « réserves » définissant comme suit l'ennemi : « l’acronyme PIR il y a au moins deux mots qui, pour nous appartiennent au champ lexical de l’ennemi : parti et République. », l'invitation est bien passée aux "camarades" d'hier pour continuer à s'en mêler, qui disent tout haut ce que Roland Simon écrit tout bas (un texte en préparation pour TC25, qu'il m'a passé avant que je ne l'envoie paître comme étant « vraiment, mais vraiment un pauvre type » : perso je ne fais pas dans le fichisme, mais ayant aboli la valeur de leur langage théoriquement correct, j'ai le blasphème gratuit)

Anonyme a écrit:
28/01/2016 à 17:00  « Non proche » est un euphémisme. Les antisémites, homophobes du PIR sont des « non-proche » ? Pour nous il s’agit simplement d’ennemis. C’est totalement délirant de lire cela ici.

tout le monde fait une différence de degré entre "ennemi" et "adversaire", avec normalement une conséquence : on ne parle pas avec l'ennemi, on le combat, mais l'adversaire, ou plutôt ici le concurrent sur le terrain théorique même où ce milieu est mal en point puisqu'il porte à l'ultragauche l'idéologie française, on devrait encore pouvoir lui parler voire parler avec lui, ou à défaut parler de lui en partant de ce qu'il dit, et non de ce qu'on lui fait dire


coup de pied de l'âne
au lion devenu vieux

à partir de là, dans la ligne générale qui est désormais la nôtre, ce milieu n'est certes pas un ennemi (j'ai encore ce matin importé un texte de Roland Simon, ici), mais s'il met un point d'honneur (ou de déshonneur) à être notre adversaire, nous continuerons à lui renvoyer la balle en le traitant comme tel, sans besoin nous de censurer, déformer ce qu'il dit ou passe sous silence


Gravure sur bois, parue dans le Harper's Weekly
du 15 janvier 1870, p. 48

Le Lion devenu vieux

Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le Cheval s'approchant lui donne un coup de pied ;
Le Loup un coup de dent, le Boeuf un coup de corne.
Le malheureux Lion, languissant, triste, et morne,
Peut a peine rugir, par l'âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes ;
Quand voyant l'Ane même à son antre accourir :
"Ah ! c'est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes
.


.
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 29 Jan - 20:34


« Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire »

Alain Bihr

du texte d'Alain Bihr « Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire » dans Négationnistes : les chiffonniers de l’histoire, Editions Syllepse et Golias, 1997...), je retiens ce passage et je souligne

d'Alain Bihr a écrit:
Quadruppani et Dauvé. Eux aussi justifient rétrospectivement leur épopée révisionniste par la nécessité de procéder à une critique radicale du régime démocratique et de l’antifascisme. « (…) sur le terrain de l’antifascisme, nos critiques de l’Union Sacrée n’ont, pour moi, rien perdu de leur validité (…) (car) l’antiracisme et l’antifascisme forment l’idéologie officielle de tous les dirigeants, le langage commun de tous les médias. L’antiracisme est même le discours des expulseurs des clandestins » (Notre royaume est une prison, pages 75 et 77) affirme par exemple péremptoirement Quadruppani. [dans son explication au négationnisme de l'ultragauche, Roland Simon ne verra que le fait que la critique de la démocratie prend le pas chez Dauvé sur celle du capital, reproche qu'il fera plus tard à Léon de Mattis, auteur en 2007 de Mort à la démocratie, et qui vaudra à celui-ci d'être considéré par troploin et Temps Critiques comme « loin des moins sympathiques » parmi les "partisans de la communisation" : l'antitécéisme primaire vaut bien quelque petite saloperie aussi, on l'a vu de la part de Claude Guillon, André Dréan, dialectical délinquants, Incendo Genre et classes... mais ils n'ont jamais pu m'entraîner sur ce terrain-là]

En définitive, l’entreprise génocidaire nazie s’avère tout simplement irréductible à l’économisme marxiste et à l’hyper-rationalisme hégélien servant habituellement de grille de lecture théorique à l’ultra-gauche : Auschwitz ne se laisse pas directement déduire des lois de reproduction du capital, pas plus qu’il ne rentre dans les schémas d’une histoire censée être l’œuvre d’une raison immanente.

Conclusion : comme la théorie ne prévoit pas un pareil phénomène et qu’il n’est pas question pour autant de douter de cette dernière (puisqu’elle est la seule censée pouvoir expliquer l’histoire contemporaine), c’est tout simplement que le phénomène n’a pas eu lieu. C’est ce « raisonnement » implicite qui entraînera une part de l’ultra-gauche sur la voie du négationnisme. « Raisonnement » qui en dit long sur le caractère profondément irrationnel de leur pensée, qui récuse l’épreuve du réel comme norme de vérité, irrationalisme qui n’est jamais que l’autre face de leur délire hyper-rationaliste.
[...]
Plus fondamentalement, l’incapacité de l’idéologie ultra-gauche à rendre compte de l’entreprise d’extermination nazie aura sans doute révélé certaines lacunes du marxisme en général, notamment l’insuffisance de sa théorie du politique ainsi que son aveuglement traditionnel à l’égard de la « question juive » et de l’antisémitisme, donc l’insuffisance de sa théorie du religieux 33. Sans pour autant préjuger de la capacité d’un marxisme libéré de son carcan économiste à relever le défi théorique que continue à nous lancer Auschwitz, il convenait au moins de mentionner le problème.

33. Cf. à ce sujet Enzo Traverso, Le marxisme et la question juive, Paris, La Brèche, 1990

[...]

L’idéologie ultra-gauche face à Auschwitz

Au-delà de ses positions particulières sur le fascisme et l’antifascisme, c’est l’ensemble de la matrice théorique de l’ultra-gauche qu’il convient en fait d’interroger et d’incriminer en cette affaire.

Cette matrice se réduit, pour l’essentiel, à une vulgate marxiste combinant, d’une part, un économisme convaincu que le cours du monde contemporain peut strictement se déduire des lois de fonctionnement, objectivement déterminables, du capital, inspirant du même coup une conception hyper-rationaliste de l’histoire contemporaine, versant en fait dans l’idéalisme (au sens philosophique), plus proche en ce sens de Hegel que de Marx
20 [c'est une remarque que j'ai souvent faite à propos de la dialectique selon Roland Simon, et d'un déterminisme flirtant avec l'idéalisme philosophique d'avant Marx et ses Thèses sur Feuerbach] ;

d’autre part, et d’ailleurs contradictoirement, la foi dans la capacité du prolétariat à ouvrir la voie au communisme, qui alimente quelquefois un véritable messianisme révolutionnaire [j'ai relevé cette contradiction entre affirmer l'impossibilité d'une unité prolétarienne tout en ne misant que sur sa réalisation, bien sûr à la fin de ce "cycle de luttes" dans la conjoncture produisant la communisation : dans le genre secte, on n'est pas loin des Témoins de Jéhovah].

Cependant, au fur et à mesure où cette capacité s’est trouvée démentie par le cours des événements, l’idéologie ultra-gauche s’est progressivement recroquevillée sur un économisme à tendance catastrophiste, prédisant que faute de s’être engagé dans la construction du socialisme, la civilisation contemporaine ne pouvait que s’enfoncer tout entière dans la barbarie [allusion de Bihr à Socialisme ou barbarieThéorie communiste, de son puits religieux sans fond, aura poussé le bouchon plus loin, n'envisageant pas même qu'au capitalisme succède la "barbarie" ou l'effondrement écologiste de l'espèce humaine. En 40 ans de textes, cherchez une discussion de cette question, comme de celle du féminisme avant que TC ne la découvre après toute le monde pour se considérer à la pointe de la théorie du genre, et si vous trouvez, informez-m'en zénormément] .

L’étroitesse d’une pareille matrice théorique, aggravée par le dogmatisme propre à ce milieu, ne pouvait que prédisposer l’ultra-gauche, dès lors qu’elle allait être confrontée à la redoutable tâche de comprendre (expliquer et interpréter) Auschwitz, à une dérive révisionniste puis tout simplement négationniste 21. Car, dans le cadre d’une pareille matrice, Auschwitz est tout simplement incompréhensible, pire même : inconcevable et invraisemblable.

20. Le principe de cet idéalisme est résumé par la fameuse formule hégélienne : « Tout ce qui réel est rationnel, tout ce qui rationnel est réel. »

21. Je prends ici Auschwitz dans un sens métonymique, comme symbole de l’ensemble des crimes et génocides nazis.


[...]

De l’ultra-gauche comme sectarisme révolutionnaire

Au-delà ou plutôt en deçà des positions théoriques de l’ultra-gauche, c’est sa pratique politique elle-même qu’il faut en définitive interroger si l’on veut comprendre les raisons de la dérive négationniste de certains de ses membres. Héritiers [sans ouvriers] de courants ultra-minoritaires du mouvement ouvrier, les différents groupes qui la composent se caractérisent traditionnellement par un fonctionnement politique sectaire. De la secte politique, ces groupes présentent en effet quelques uns des traits archétypiques.

A commencer par leur commune conviction d’être les détenteurs exclusifs d’une « vérité révolutionnaire » qu’ils ont pour mission de faire entendre et de propager contre le mensonge généralisé dans lequel vivrait le monde ambiant, vérité qu’il faut à la fois faire partager à tout le monde et défendre contre tout le monde. Cela conduit inévitablement au dogmatisme le plus étroit : à la rigidité doctrinale, au fétichisme des textes [j'ai relevé que les "discussions" ou "débats" ne se font que de texte à texte entre groupes-revues parfois réduites à un seul théoricien, comme les discussions universitaires, les "rencontres" ou "Summer-Meetings" tenant la fonction des "Colloques", où la majorité des "participants" sont muets, ce qui n'est pas un problème, vu que la démocratie est conchiée sous toutes formes et à la simple évocation de son nom], à la confiance aveugle en ceux qui sont censés en être les dépositaires et les interprètes autorisés (un Guillaume par exemple), à une obsession de la « pureté doctrinale » en définitive. Nous avons vu comment cette rigidité a pu conduire certains groupes de l’ultra-gauche à nier la réalité dans son essentielle complexité plutôt que de modifier leur « grille de lecture », dès lors que celle-ci s’avérait évidemment insuffisante [on ne le saura pas, puisque comme toute secte, ce dont ils ne parlent pas n'existe pas : telle la truite d'élevage, ils vous échappent des mains]




voir [et lire] aussi le roman de Roger Vaillant : La truite


Cette obsession de la « pureté révolutionnaire » n’est pas moins caractéristique d’un fonctionnement sectaire, incitant à pratiquer une sorte de fuite constante en avant dans l’hyper-criticisme (pour se distinguer des forces classiques de gauche et mêmes des « gauchistes »), encore accélérée par l’idée, classique à l’ultra-gauche, que l’effondrement du capitalisme est imminent et qu’il faut le hâter en lui portant des coups fatals [on a pu le vérifier encore dans les années 2000, avec la communisation annoncée par BL en 2020, le fiasco de l'aventure sic, etc.].

D’où par exemple la surenchère à la radicalité révolutionnaire entre les différents groupes de l’ultra-gauche, chacun étant constamment enclin à suspecter et à dénoncer chez les autres telle « tiédeur  » ou reste d’« idéologie bourgeoise » propre à les disposer au compromis ou à la déviation [quand ce n'est pas dit comme ça, c'est pensé comme ça, à preuve les sorties de Roland Simon contre Bruno Astarian ou d'autres, dont moi]. D’où aussi leur recherche délibérée de la provocation et du scandale, de surcroît seule façon de conquérir une audience en sortant de leur marginalité. Et, de ce point de vue, la cause négationniste était parfaite, et c’est pourquoi ils se sont empressés de l’épouser : pour un milieu qui avait tendance à mesurer l’authenticité et la radicalité de son engagement politique à sa capacité à faire scandale, à se mettre à dos à la fois la grande presse, l’Université mais aussi les organisations représentatives classiques du mouvement ouvrier, quelle meilleure occasion rêver ? 34

34. C’est sans doute un mélange similaire d’esprit anticonformiste, de goût de la provocation et de volonté de radicalisme politique qui explique qu’en dépit de sa dérive, Rassinier ait pu continuer à militer à la Fédération Anarchiste dans les années 1950 et que ses thèses aient pu recevoir alors un bon accueil au sein d’une part importante du milieu libertaire. L’irresponsabilité politique d’un certain « milieu révolutionnaire » n’est malheureusement plus à démontrer...

D’autant plus — et cela aussi est un trait caractéristique du fonctionnement sectaire — que cela leur aura permis de se poser en martyrs de la vérité révolutionnaire : en victimes de la persécution qui frappe partout et toujours les authentiques détenteurs de la vérité critique et de la pratique révolutionnaire. Dès lors critiques, attaques ou poursuites pénales sont autant de preuve de la vérité inaudible et scandaleuse dont le groupe est porteur : celui-ci ne peut avoir qu’autant de fois raison que les autres, tous les autres, lui donnent tort. Ressort propre à toute pensée paranoïaque.

Autrement dit, là où, en principe, l’héritage d’une pensée critique, la discussion collective et la discipline (l’auto-contrôle) du groupe auraient pu et dû éviter des dérives de cette sorte, le caractère sectaire du fonctionnement des groupes d’ultra-gauche les aura au contraire favorisés, en court-circuitant l’ensemble de ces garde-fous.

De ce point de vue, la secte révolutionnaire, dont les groupes de l’ultra-gauche constituaient dans les années 1970 et 1980 une bonne illustration, apparaît comme beaucoup plus dangereuse encore que le « parti de type léniniste », dont certains de ces groupes se voulaient pourtant une critique en acte [je ne suivrai pas Bihr sur ce terrain, parce qu'en termes d'effets de masse, il n'y a pas photos...]. Ne pouvant pas comme le second espérer prendre et exercer le pouvoir [ils ne l'espèrent pas parce qu'ils n'en ont pas l'intention, et ils ont raison], ne se plaçant pas même dans une telle perspective, n’étant pas davantage contraint comme le second à composer avec la réalité (ne serait-ce que sous la forme de l’opinion publique) dans la marche au pouvoir ou dans l’exercice réel du pouvoir [même remarque], la secte révolutionnaire peut laisser libre cours à son délire verbal [ou conceptuel et "dialectique" dans les textes graphomaniaques de Théorie communiste]. Elle compense ainsi en somme son impuissance politique réelle par un hyper-criticisme. Au pouvoir réel [ne serait-il que celui d'une puissance, d'une efficience quelconque], qui est inaccessible, elle substitue le pouvoir fantasmatique des mots, seul capable en définitive de dissoudre magiquement la réalité, fût-elle de la dimension d’Auschwitz. [ici et au-delà de cette affaire de négationnisme, la remarque vaut en général, elle est de toute actualité et c'est parce qu'il recoupe mon expérience, alors que j'étais bien naïf en découvrant ce milieu, et l'analyse que j'en ai depuis tiré, sans connaître ce texte d'Alain Bihr que je découvre aujourd'hui]


hormis le fait que je ne soutiens pas le démocratisme radical d'Alain Bihr dont j'ai écrit par ailleurs que je le considérais, à l'instar de Philippe Corcuff, comme un "anarchiste d'État", bien qu'un degré au-dessus en matière de critique marxienne de l'économie politique (La reproduction du capital, 2000, 2 tomes dont Roland Simon a également tiré, sans le dire, le plus grand profit), je partage cette analyse du sectarisme du milieu (post-)ultragauche, qui a certes par certains aspects gagné en théorie, mais par bien d'autres perdu en qualités humaines, du fait de la perte de tout lien organique avec le prolétariat en général et le milieu ouvrier en particulier

je l'ai écrit le 17 janvier à propos d'Henri Simon, comme autocritique retour sur l'expérience d'ICO information et correspondance ouvrières dans les années 60

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 30 Jan - 15:31


en différé de la hic' cité
avec
dndf, adé, pepe... et Frantz Fanon

Citation :
Anonyme 28/01/2016 à 17:00

« Non proche » est un euphémisme. Les antisémites, homophobes du PIR sont des « non-proche » ? Pour nous il s’agit simplement d’ennemis. C’est totalement délirant de lire cela ici.

dndf « Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise »

quant à la réplique de pepe, on peut lui reconnaître d'être logique, et la suivre jusqu'à un certain point. Elle entre même en écho aux condidérations de Frantz Fanon sur le racisme comme idéologie, et d'«accidentel» à «conjoncturel», on peut franchir le pas, sous réserve de ne pas faire de l'histoire-fiction...

pepe a écrit:
On pourrait imaginer une civilisation chinoise qui au lieu de péricliter conquière le monde, un pan arabisme qui réussit… le racisme en aurait peut être revêtu des couleurs différentes

Frantz Fanon a écrit:
Le problème noir ne se résoud pas en celui des Noirs vivant parmi le Blancs, mais bien des Noirs exploités, esclavagisés, méprisés par une société capitaliste, colonialiste, accidentellement blanche.

Le nègre et la psychopathologie, Peau noire, masques blancs, 1952 UQAC


1er Congrès International des Ecrivains et Artistes Noirs, 1956
amphithéâtre Descartes en Sorbonne. Source La Plume Francophone

Frantz Fanon a écrit:
Le problème racial est recouvert par une discrimination économique, et, dans une classe sociale déterminée, il est surtout producteurs d'anecdotes.

Les relations ne sont pas altérées par des accentuations épidermique. [...]

Un Noir ouvrier sera du côté du mulâtre ouvrier contre le Noir bourgeois. On a ici la preuve que les histoires raciales ne sont qu'une superstructure, qu'un manteau, qu'une sourde émanation idéologique devêtant une réalité économique.

Le colonisé en question dans Pour la révolution africaine Fanon, écrits politique 1952-1961

L'apparition du racisme n'est pas fondamentalement déterminante. Le racisme n'est pas un tout mais l'élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d'une structure donnée.

Racisme et culture, même source Conférence de Frantz FANON au congrès international des écrivains et artistes noirs, 30 novembre 1956
ina.fr audio 37mn, le passage cité est à 2:45



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 30 Jan - 22:40

.
la discussion semble enfin lancée chez dndf avec de nouvelles interventions de adé, mais pour danser le débat, c'est comme le tango...

cela dit, il ne faut pas oublier les échos entre Fanon et pepe à propos de racisme et de structure de classe. Le plus intéressant est que Fanon soit une des références essentielles du PIR, ce qui tendrait à balayer la critique d'essentialisme faite par R.S et celles de Vacarme affirmant que pour le PIR « subsume toutes les questions sous celle de la race », contre-vérité dont j'ai donné un aperçu aujourd'hui, avec une réponse de Norman Ajari dans critique communiste décoloniale de l'État-nation : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique, commentaires de 18:52 et 20:00

il faut quand même dire qu'à l'heure de la montée en Europe et particulièrement en France d'un racisme assez classiquement basé sur la couleur de peau, certains arguments à prétention théorique laissent pantois venant de supposés "communistes", tant ils paraissent "surréalistes", planant à quinze mille au-dessus de toutes réalités capitalistes observables depuis sa fenêtre, et relèvent d'un idéalisme pur jus qui n'a plus rien à voir avec Marx ni même le marxisme le plus basique

le subjectivisme prend le pas sur toute rationalité matérialiste sous des plumes qui nous avaient pourtant habitué à leurs scrupules en la matière (sic), mais il est vrai que le vécu des autres et le sien, ça fait deux : leur ressenti et leurs sentiments à « eux », quand on n'a pas en souffrir des mêmes oppressions diverses, ni même de l'exploitation dont on fait si grand cas, qu'est-ce qu'on en a à foutre, s'il est plus important d'avoir raison à tout prix ?!


comme on le voit, pas besoin de « centralisme démocratique » chez Théorie Communiste, où comme un seul homme (sur 7, c'est vrai que la direction objective est très représentative) on applique à la lettre la ligne générale posée par Bernard Lyon en 2012 dans Utérus versus Mélanine

Bernard Lyon a écrit:
Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.

des béni-oui-oui d'un parti à ceux d'une secte, il n'y a qu'un pas : il est franchi


à cette altitude, le préviseur BL ne voit plus rien

qui vivra lira *

* j'ai perdu cette nuit ma "belle-mère" japonaise

Jusques à quand donc
garderons-nous la mémoire
de la disparue
car son malheur d'aujourd'hui
sera le nôtre demain

Murasaki-shibiku
Le Dit du Genji
poème de forme tanka 5-7-5-7-7
traduit par René Siffert
pof 1986, p. 59


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Lun 1 Fév - 17:50


le docteur en PIR empire

Dialogue autour du Parti des Indigènes de la République : articulation entre antiracisme et lutte de classe mondialistem.org 31 janvier 2016, par Yves

Yves Coleman a écrit:
L’interview ci-dessus s’est déroulée en trois temps : Eric Krebbers (du groupe néerlandais Doorbraak nous a envoyé une liste de questions ; Nad a répondu aux deux premières puis Yves aux neuf suivantes. Enfin, Nad a écrit un texte que nous plaçons en avant-propos qui précise ses positions tant par rapport aux questions d’Eric qu’aux réponses de Yves.

Avant-propos de Nad

1. Sur les origines et l’évolution des Indigènes de la République (Nad)
2. Le PIR partage et propage l’idéologie identitaire dominante (Yves)
3. Critiques violentes contre la gauche mais propositions politiques très modérées (Yves)
4. Le PIR est une organisation nationaliste qui invente ou glorifie les identités ethnico-religieuses... (Yves)
5.... et qui voudrait jouer le rôle d’un think tank « décolonial » (Yves)
6. Les contorsions du PIR face à l’homophobie et au sexisme (Yves)
7. Le PIR minimise et manipule l’antisémitisme (Yves)
8. Le PIR défend les obscurantismes religieux (Yves)
9. Le PIR soutient l’islam politique (Yves)
10. Le PIR essaie de « marcher sur deux jambes » mais promeut le corporatisme ethnique et religieux (Yves)
11. Le PIR a-t-il un avenir ? (Yves)

Annexe : Sur la lutte contre l’antisémitisme en France (Yves)

que répondre ?

1) cherchez la lutte de classes
2) cherchez des arguments répondant à des arguments

Coleman assène, censure et ment énormément. Le petit soldat demi-naigri-américain de Valls mérite sa promotion comme éclaireur (d'ultragauche, svp) de l'idéologie française du capitalisme et du racisme d'État français

sans même parler de "théorie", et encore moins de "pratique", le niveau est quelque part rassurant... quant à l'éthique, on a les tics con peu



concernant l'«  articulation entre antiracisme et lutte de classe » s'agirait-il d'une "classe juive" NPNF sans partie ni frontières... de classe ? Voir La fin de la modernité juive Enzo Traverso
concernant le groupe Doorbrak et d'Eric Krebbers : ....
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Dim 14 Fév - 22:12


la communisation
de la post-ultragauche à la nouvelle droite européenne révolutionnaire


un même terreau idéologique eurocentriste
de Théorie Communiste à Francis Cousin

un ami me demande

Citation :
Quels sont les "pompages" de Théorie Communiste pratiqués par Francis Cousin ? J'ai un peu parcouru, mais je n'ai pas vraiment percuté.

ma réponse, plus complète que celle par mail

Patlotch a écrit:
il y a deux choses, le détournement explicite des formulations de Théorie Communiste (TC), comme de Temps Critiques et du situationnisme, et le discours marxien revisité post-ultragauche, mais là, il faut analyser pour voir ce qui est commun et là où ça coupe...

donc concernant Théorie Communiste, ici « De la croisade communeuse des Pastoureaux... » Par Francis Cousin Scriptoblog 23 avril 2014 : signalé à l'époque sur mon blog, ça va faire deux ans, et depuis pas une réaction de "partisans de la communisation"



c'est toujours chez Cousin un syncrétisme mâtiné de langage situ à la Debord-Vaneigem, au demeurant plutôt inventif bien que pompeux-pompant, d'éléments d'humanisme théorique à la "Temps Critiques", et dans ce texte de formulations de TC dont on voit qu'elles ont été ni plus ni moins que recopiées (en gras), le reste étant soit pris ailleurs (histoire des religions, psychanalyse...), soit de son cru et relevant des idées communes à la droite européenne identitaire et à l'anarcho-ultragauchisme incolore universel

tout y est admirablement concentré, c'est une des plus intelligentes formulations théoriques de l'idéologie française, par un homme très cultivé et connaisseur de toutes les tendances et théories communistes depuis Marx, "un type sympa et simple" au charisme indéniable et qui s'adresse, via une radio nationale d'extrême-droite ou en conférences reprises par youtube, à 100 ou 1000 fois plus de personnes que les "vrais" théoriciens de la communisation


extrait
Francis Cousin a écrit:
Notre époque en tant que synthèse effectuée de toutes les précédentes est celle où le prolétariat, luttant en tant que classe contre le Capital de la domination réalisée de la capitalisation universelle, va devoir se remettre lui-même en cause et porte le dépassement révolutionnaire de sa propre condition par la production incandescente du communisme comme l’abolition de toutes les classes, le jaillissement générique de la communauté de l’Être.

La lutte de classe entre le prolétariat et le Capital cesse d’être réformiste et régénératrice du Capital lorsqu’elle s’arrête de s’annoncer comme une simple réaction, une défense du prolétariat face au Capital sur le terrain du Capital et qu'elle se retourne réellement en contradiction pleine et entière entre le prolétariat et le Capital sur le terrain de l’humain.

Le communisme, c’est à dire la communauté de l’Être est évidemment une réalité à venir, mais c’est au présent qu’il convient d’en parler car la communisation est déjà préparée dans les luttes actuelles chaque fois que le prolétariat se heurte à sa propre existence aliénée comme classe majeure de l’aliénation, dans son action en tant que classe soumise, contre le Capital, à l’intérieur du rapport d’exploitation de la soumission, dans le cours même de ces luttes qui restructurent simplement la valeur.

Chaque fois que l’existence même du prolétariat est produite comme quelque chose d’étranger[/i] à l’humain et d’inhérent à l’argent, ce à quoi il se heurte dans sa lutte en tant que classe qui doit liquider les classes, c’est à une contrainte objective extériorisée dans l’existence même de l’économie politique et issue de son lui-même réifié contre son lui-même de vraie vie.
[...]
La crise finale est avant tout la crise concrétisée de l’implication réciproque entre le travail et le Capital, la crise de l’auto-présupposition du Capital, intégrant tout ce qui fut l’histoire passée de l’avant-Capital qui contenait toutefois le Capital depuis le troc échangiste néolithique, en tant que la détermination future est toujours nécessairement pré-contenue dans le produire antécédent.

La classe prolétarienne trouve alors, dans ce qu’elle est dans le Capital devenu infaisable, la capacité de trouver ce qu’elle est contre le Capital pour communiser le monde, au moment où, simultanément, le Capital cesse de pouvoir extérioriser la nature de classe des prolétaires comme vampirisation de leur nature humaine.

Le communisme est ce que produit le prolétariat, de par ce qu’il est dans sa contradiction avec le Capital, au moment où il abolit la capitalisation lorsque cette dernière devenue totalité du développement mondial ne parvient plus malgré l’orgie de manipulations monétaires et terroristes mises en mouvement par le gouvernement du spectacle mondial, qu’à accoucher de son autodissolution objective. La crise actuelle de suraccumulation et de saturation mondiale des marchés est la crise du taux de profit qui se présente comme crise mondiale permanente de la reproduction des rapports capitalistes en train de déboucher sur la crise de légitimation du spectacle de la marchandise en tant que tel.

Le communisme est le mouvement contradictoire terminé du mode de production capitaliste, le procès de sa caducité achevée. L’exploitation comme contradiction dialectique entre le prolétariat et le Capital se définit simultanément comme implication réciproque de ces deux termes et produc­tion de la spécificité de chacun d’eux quant à sa place historique dans le cours de la lutte des classes.


si l'on ne garde que le gras, ça donne ça, c'est du TC ou je ne sais pas lire

Citation :
Notre époque est celle où le prolétariat, luttant en tant que classe contre le Capital va devoir se remettre lui-même en cause et porte le dépassement révolutionnaire de sa propre condition par la production du communisme comme l’abolition de toutes les classes.

La lutte de classe entre le prolétariat et le Capital [cesse d’être régénératrice du Capital] lorsqu’elle s’arrête de s’annoncer comme une défense du prolétariat face au Capital sur le terrain du Capital et qu’elle se retourne réellement en contradiction pleine et entière entre le prolétariat et le Capital.

Le communisme est évidemment une réalité à venir, mais c’est au présent qu’il convient d’en parler car la communisation est déjà préparée dans les luttes actuelles chaque fois que le prolétariat se heurte à sa propre existence comme classe dans son action en tant que classe contre le Capital, à l’intérieur du rapport d’exploitation dans le cours même de ces luttes.

Chaque fois que l’existence même du prolétariat est produite comme quelque chose d’étranger à ce à quoi il se heurte dans sa lutte en tant que classe qui doit liquider les classes, c’est à une contrainte objective extériorisée dans l’existence même de l’économie politique.

La crise finale est avant tout la crise de l’implication réciproque entre le travail et le Capital, la crise de l’auto-présupposition du Capital, intégrant tout ce qui fut l’histoire passée de l’avant-Capital.

La classe prolétarienne trouve alors, dans ce qu’elle est dans le Capital la capacité de trouver ce qu’elle est contre le Capital pour communiser... le Capital cesse de pouvoir extérioriser la nature de classe des prolétaires.

Le communisme est ce que produit le prolétariat, de par ce qu’il est dans sa contradiction avec le Capital, au moment où il abolit [la capitalisation lorsque cette dernière est devenue totalité]... La crise actuelle est la crise du taux de profit, crise mondiale permanente de la reproduction des rapports capitalistes.

Le communisme est le mouvement contradictoire du mode de production capitaliste, le procès de sa caducité. L’exploitation comme contradiction dialectique entre le prolétariat et le Capital se définit simultanément comme implication réciproque de ces deux termes et produc­tion de la spécificité de chacun d’eux quant à sa place historique dans le cours de la lutte des classes.


plutôt que "communisation" dans les mots même de Théorie Communiste, on pourrait faire cet exercice de dé- et re-montage "situationniste" à la manière vitaliste de Vaneigem, ou "humaniste" façon Temps Critiques... Chacun pourrait y voir la preuve que ce n'est pas de lui ou prétendre, avec assez de mauvaise foi, que c'est complètement opposé à ses thèses et tient plus de l'autre, son concurrent en théorie de la révolution,

mais le récepteur, lui, il s'en fout, il écarquille d'abord les yeux, puis il avale et ça donne les transfuges style Max l'Hameunasse (voir plus bas), ou il gerbe, comme moi, en se disant que la communisation ne mérite pas ça

quant au maître de Marseille et à ses adeptes...


pour le reste il faut se fader les vidéos de Cousin sur Marx ou sur l'immigration comme stratégie capitaliste, pour Égalité et réconciliation de Soral ou chez Radio-Courtoisie avant la mort d'Emmanuel Ratier, journaliste proche de Le Pen. Les formules de TC reviennent ici ou là, toujours dans ce mélange dont il a le secret

d'autres thématiques renvoient davantage au genre Max L'Hameunasse et son blog In Limine, quand il a basculé de "partisan de la communisation" sympathisant de Théorie Communiste, dndf au fatras mystique européen avec les références à Nietzsche du côté de l'individu et de la nature ou de l'art, puis Proudhon, Orwell, Heidegger, Hanna Arendt... Alain de Benoist et bien sûr la critique radicale de la valeur

sur le "christianisme primitif" comme révolutionnaire, là encore, la critique décoloniale de la chrétienté occidentale comme matrice de l'eurocentrisme, notamment avec Grosfoguel, foutrait tout ça par terre autrement mieux que l'anti-religion issu du rationnalisme des lumières dont nos chers anarchistes sont si friands, en universalistes bien de chez nous


concernant la circulation dans "la nébuleuse anti-système", l'influence de Tiqqun et de l'ultragauche, il faut plutôt lire ou entendre à "Lucien Cerise"

le truc est difficile à tenir car il faut éviter la dénonciation pour tenter de comprendre. L'essentiel est donc ce qui est commun et pourquoi il est logiquement possible de refourguer du TC dans ce machin extrême-droitier : si tu veux de même que pourquoi fut possible le passage de Woland de Sic/Blaumachen à Syrisa, qui ne relevait pas pour moi d'une "trahison" - point de vue des anti-marxistes Claude Guillon, Dréan, dialectical delinquents, non-fides -, mais s'explique par un glissement théorique pour lui logique après l'échec du moment qui justifiait Sic, revue internationale pour la Communisation

une fois expurgée une sorte de "il va falloir attendre", ou à comparer leurs différentes sur- ou sous-interprétations de Marx

le commun n'est pas tant dans la référence à Marx ou à la communisation au futur, le commun est actuel, dans l'eurocentrisme et sur la question de l'immigration, des migrants, des "autres". Et là, sans la critique épistémologique proprement décoloniale, on a du mal à tisser une contre-idéologie...



pas de critique du capitalisme sans une critique de l'immigration, et vice versa



Le chaos migratoire, comme forme supérieure de la crise du spectacle marchand


« l'astuce » de Cousin consiste à mélanger l'immigration des années 50-70, pour résoudre le besoin en main-d'œuvre du capitalisme européen en pleine "croissance", immigration nord-africaine, turque et orientale ou indo-pakistanaise selon les pays européens, et le phénomène migratoire actuel provoqué par la guerre et la misère dans les pays "musulmans" de l'Afrique à l'Asie. Le problème n'est certes pas propre à l'Europe, car de tels besoins existent aux États-Unis (avec les latinos...), au Japon, mais aussi en Chine et en Asie du Sud-Est, en Indonésie je ne sais pas mais en Australie oui. La question des "colonialités" est donc différente selon les zones géographiques, mais foncièrement commune et liée à l'histoire de la domination occidentale

Théorie Communiste et Francis Cousin se trompent d'époque, mais pas de la même manière, avec plus ou moins de conscience et/ou de petits arrangements pervers de chaque côté des lignes de classes et "de couleurs"

évidemment Théorie Communiste n'est pas aussi explicite, mais comme ligoté, pétrifié, empêché de se prononcer clairement depuis des années sur la question "races"/classes, et plus encore depuis les attentats de janvier 2015, et là comme sonné par l'état d'urgence : pour des communistes, faut le faire ! En témoignent les "débats" chez dndf, qui se referment aussitôt ouverts, et attirent les "camarades" qui font la chasse au PIR et à Bouamama en des termes proches de la pensée gouvernementale anti-"communautariste" : faute d'avoir clarifier et choisi le clivage décolonial, ça reste un bordel réellement confusionniste

c'est à mon sens pourquoi Théorie Communiste ne peut pas expliquer ce glissement d'une position communisatrice post-ultragauche à une position révolutionnaire ultra-droite, puisque piégé sur son propre terrain. TC ne peut pas dire, comme en 2007, Senonevero e ben mal capito (revue Meeting), parce que Cousin a très bien compris Théorie Communiste, Temps Critiques, Debord avec le côté vitaliste de Vaneigem (l'Être contre l'Avoir...), et il en use pour faire sa sauce, une sauce dont on peut toujours dire comme le PCF après la chute du Mur de Berlin : « Nous n'avons rien à voir avec ça »

hé bien, comme répondit en 1989 Antoine Vitez, « on a toujours à voir avec ce dont on porte le nom » (le communisme), toujours à voir aujourd'hui avec ce qui reprend ses idées (la communisation), pour en faire quelque chose que l'on ne soupçonnait pas même pensable


si l'on renverse toute la perspective révolutionnaire au présent, on commence à retrouver des pistes concrètes d'activités communistes, sinon immédiatement révolutionnaires, du moins poussant aux limites mais telles qu'elles sont aujourd'hui, pas la veille (ou le lendemain) de la grande "conjoncture", apparue mondialement, de la communisation


d'un problème à cause théorique, la solution est d'abord théorique

encore faut-il reconnaître qu'il y a un problème...

sans la critique épistémologique décoloniale
pas de contre-idéologie possible à l'eurocentrisme
d'une théorie de la communisation
prise dans la nasse

.
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 18 Fév - 18:52


ce nouveau négationnisme suit la frontière entre «eux» et «nous»

que des thèses d'ultragauche aient pu alimenter, à quarante ans d'intervalles, des thèses négationnistes comme renversées des «Juifs» aux «musulmans», n'a rien d'étonnant, mais il faut remarquer que le négationnisme du génocide des juifs par les nazis allait à contre-courant de l'idéologie démocratique et antifasciste occidentale, alors que le négationnisme eurocentriste actuel de la question raciale autour de l'Islam, par la post-ultragauche anarchisante, surfe sur l'idéologie dominante française anti-«musulmans» : qu'ils soient théoriciens "communistes", "partisans de la communisation" ou militants extrêmes- et ultra-gauchistes, leurs discours et parfois leurs actes sont plus proches des flics, des sionistes et de l'Etat français que des luttes décoloniales et même des luttes des prolétaires d'en-bas

rien d'étonnant vu la composition et les origines sociales, "raciales" ou religieuses de ces groupes :

comme se couchent, couches moyennes font leur lie

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 23 Fév - 17:14


l'idéologie française en version post-post-situ


un texte franchouillard de merde, entre "amis"
: "Premières démarques révolutionnaires" : sic !

Avariance et dix verdissements

Aux amis des amis qui lui restent,
à propos de sa Guerre véritable



je ne descendrai pas dans leur cour de récréation virtuelle pour compter les points entre "amis des amis" et leurs à mi-ennemis, ni ne démonterai, sous le verni littéreux post-post-situ craquelant, une inculture historique portée ici à l'hystérie propre à ce sale milieu, qui fait sa lie

ce n'est intéressant que pour constater que le post-situationnisme et ses avatars (Tiqqun, etc.) ne sombrent pas moins que les autres dans l'idéologie française

j'ai relevé ces passages nous concernant, avec toujours les mêmes amalgames simplistes et haineux, d'Yves Coleman à dndf/TC, en passant par non-fides, Ornella Huyet, etc. et leur ressemblance avec le discours gouvernemental, supposé anti-Le Pen :

Citation :
Même si ON se croit le centre du monde, la révolution ne peut pas être cet œdipe où la société ou même l’Occident, — ce concept qu’ON partage avec les états-majors et les identitaires, fachos ou décoloniaux — ou même tous ses habitants deviendraient le père à tuer.
[...]
Les fines allusions au frontispice d’Auschwitz — dont pourrait se passer celui dont un des amis a accepté de débattre avec Saïd Bouamama, proche de Michel Collon — viennent d’ailleurs parachever l’arrière goût de merde de l’ensemble. Chercherait- ON donc à ce point à manger à tous les rateliers ? La disette fait-elle rage ? Les greniers sont-ils vides à ce point ? Serait-ce pour cela qu’on a fait venir à la Maison de la Grève (sic) il y a peu un scribouillard frères-musulmanophiles pour « déconstruire les figures contemporaines de l’Islam dans les médias » et « dresser le tableau de l’islamophobie en France et de son usage politiques » (sic) ? Même contre l’État d’urgence, contempler un tableau comme l’Origine du monde offre plus de ressources.

ON cite, pariant sans doute sur la mode décoloniale... [sic, quelle "mode", où, par qui ? Et quelle homogénéité idéologique au point d'en faire un tout indifférencié ?]


ce qui se ressemble s'assemble

vous avez compris : les "décoloniaux" sont des "identitaires" au même titre que les "fachos". Ce sont pourtant les idées (idéaux ?) de Tiqqun et de cette post-ultragauche de couches moyennes blanches qu'on retrouve chez Francis Cousin et Lucien Cerise chez Radio-Courtoisie et Soral, auprès d'Alain de Benoist, au besoin avec des emprunts à Théorie Communiste, au nom de la communisation

par contre, aucun emprunt aux "décoloniaux" chez les "fachos", et ce n'est pas demain la veille qu'on y verra recyclé du Patlotch. Se poser la question du pourquoi, c'est y répondre : ce qui se ressemble s'assemble

des petits bourgeons blancs racistes ! Signé Patlotch, dans la violence qui vient


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mar 23 Fév - 20:23


« sus au décolonial ! »

blancs et mâles petits bourgeons

ou le communautarisme identitaire français
d'ultragauche, totos, anarchistes et communisateurs

comme on le voit (se) pointer depuis quelques semaines, la mise en cause du "décolonial", en lieu et place du post-colonial, va faire florès, chez les mêmes imbéciles qui ne connaissent pas davantage la pensée décoloniale, et encore moins sa diversité, qu'il ne connaissaient les textes des post-colonial studies, ou des Cultural Studies d'origine marxiste

peu (leur) importe, puisqu'il ne s'agit pas pour eux d'en débattre avec des arguments, mais de les dénigrer en les mettant tous dans le même sac. Quand on ouvre le sac, on trouve tous ces "nègres", et l'on sait alors d'où vient le sac, par qui il est rempli et comment, à défaut de pourquoi, parce que ça, ça tient de psycho-analyse de leurs profondeurs franco-universelles


ils sont venus, ils sont tous là

ça va donc continuer, avec "identitaire", "communautariste", "antisioniste = antisémite", etc. où l'on verra, ironie du sort, se dessiner la communauté identitaire élargie de ces mêmes jeunes et vieux cons, au nom de la lutte de classe et de la révolution : Yves Coleman et mondialisme.org, Jacques Wajnsztejn et Temps Critiques, Roland Simon et Théorie Communiste, Clément Homs et la Wertkritik, dndf, Non-Fides, Vosstanie, Ornella Guyet confusionnisme.info, et maintenant les post-situs alter-tiqqunistes d'avariance...

leur lutte de classe moyenne française : avec Gilles Clavreul et Manuel Valls ?


embarquer l'anarchisme dans une idéologie d'État ?


à l'impossible, nul n'est tenu

un anarchiste averti en vaut deux !


Mad

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 25 Fév - 11:00

quelques saines réactions au texte Avariance et dix verdissements


« un exercice de Soliloque blanc des plus communs et des plus accessibles
à ce qu’il reste aujourd’hui en France d’indécrottables nostalgiques
de la Vraie Révolution Occidentale »

Martin Scriblerus a écrit:
Foin des esprits forts ! Cette avariance qui s’enorgueillit de ne point croire a tout du spectre faible...

Que de moyens déployés, et quelle sépulcrale grandiloquence pour parvenir à réduire à un véritable autisme ce qui relève tout de même, la phraséologie en moins, d’un exercice de #Soliloque_blanc des plus communs et des plus accessibles à ce qu’il reste aujourd’hui en France d’indécrottables nostalgiques de la Vraie Révolution Occidentale, qu’il s’agisse du modèle 71 modifié 68 , du modèle Makhno modifié Durutti, - ou de leurs concurrentes autoritaires. Depuis le caveau sourd et aveugle d’où nous est parvenu ce codicille, à qui donc ces derniers sous-sous-pro-situs s’imaginent-ils parler - et dans quel monde s’imaginent-ils le faire ?

Leurs invocations à jouir sans entraves en toute innocence, soigneusement rédigées dans les formes - lardées des italiques de rigueur et illustrées d’une gravure so XVIIème sentent tout de même leur formol à plein nez - et l’adhésion rassurante à plus d’un fétiche moderne désormais mal en point. Quelle misère de s’enivrer aux exhalaisons de semblables amours nécrophiles !

L’histoire, elle, n’est pourtant pas morte, mais ces gens sont plus que vieux, qui peuvent bien continuer de dormir un rêve d’émancipation passé, dans sa glorieuse poussière, et trouver à s’en étourdir à leur guise. Voire, sans risquer autre chose que de susciter un vague ennui ou une franche hilarité devant une telle pétrification de la pensée, se laisser aller lorsque l’envie leur en prend, au cynique baroque, joignant le burlesque à l’incongru, d’une telle masturbation publique...

De tels cadavres n’ont assurément plus rien à craindre de personne. J’aurai pour ma part passé quinze minutes plaisamment morbides en leur compagnie. Je leur réserve volontiers une pensée dans mes cimetières !

« Le niveau de connivence dans le mépris raciste
et de nez dans sa crasse attendu ici du lecteur,
est tout de même assez insupportable »

Martin Scriblerus a écrit:
J’ai parcouru rapidement « la guerre véritable » tout à l’heure *, avant de revenir aux avariants... Je ne doute pas que ce texte (qui ne m’a pas intéressé plus que ça, plusieurs mois après les faits) puisse mériter une critique - mais certainement pas celle proposée par ces « avariant ». Mon propos vise bien les présupposés, clichés et autres fétiches embaumés qui encombrent leur prose comme leur pose.

* le texte est ICI, il est vrai peu fascinant, de là à le traiter de "merde" (non fides ici)...

Pour le « pastiche », on a tout de même ici une esthétique convenue depuis au moins les premiers fascicules de l’EdN, il y a plus de trente ans, détournée contre l’EdN, reprise par des anti-industriels, reprise par Tiqqun, par d’autres pro situ sur le net... tout ça relève tout de même d’un exercice de style des plus nombriliste. (Et je reconnais volontiers être d’autant plus sensible à ce genre de complaisance que j’ai moi-même un goût immodéré pour la pointe de Dürer et de ses confrères. De là à figer mon propos dans une telle caricature formelle il y a tout de même un gouffre)

Citation :
ON nous assène ici que les attentats de novembre sont de bonne guerre. C’est parce que la France fait la guerre que des passants se sont fait tirer dessus, normal, rien à redire, fair play, puisqu’ON assimile ici tout un chacun à l’état qui nous gouverne

Ce passage est tout de même gênant de nombrilisme et transpire le #déni. A qui nos avariants espèrent-ils faire croire ici que les occidentaux seraient les seuls à avoir des civils tués lors d’opérations militaires ou armées visant prétendument des gouvernants ? Le niveau de connivence dans le mépris raciste et de nez dans sa crasse attendu ici du lecteur, est tout de même assez insupportable.

En effet, on n’écrit plus « jouir sans entraves » aujourd’hui.

On exprimera plutôt son adhésion à ce cliché platement hédoniste par une périphrase (qui permettra de donner plus longuement à lire l’étendue tout aussi convenue et résolument blanche de l’idée qu’on parvient à se faire du beau rôle qu’on se réserve) :

Citation :
on s’enivrera, on baisera et on lira Nietzsche, Pascal et Apollinaire bien autant qu’on voudra, en dégustant un porc royal et en rêvant d’autres perspectives

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 25 Fév - 15:35


« une honte »

à propos de islamophobie du racket conceptuel au racket politique Bibliothèque La Discordia,

extraits d'une discussion dans les Forums des survivant-es d'A.Q.N.I

Fusako Shigenobu a écrit:
bibliothèque de merde, proto-fasciste.

Bobomb a écrit:
Ouais j'reste sceptique.

Après la discordia a l'air de proposer de très bonnes brochures et des débats franchement originaux et intéressants, à ce que je vois de leur agenda.

Mais celui-ci m'a l'air une resucée du débat classique gauchiste sur le terme islamophobie, à employer ou non.

Et encore une fois on oublie tout le plus important de l'analyse libertaire de l'islamophobie qui est de dire qu'aujourd'hui le racisme colonial se perpétue avec ce discours culturel et religieux qui vient remplacer un discours biologiste/raciste primaire désuet. Alors ok pour critiquer le terme en soit, mais en les lisant j'ai l'impression qu'ils cautionnent la critique de l'islam effectuée par les médias à l'heure actuelle et la stigmatisation quotidienne des habitants des quartiers populaires du fait de leur appartenance réelle ou présumée à telle religion, et ça me gêne.

Le parallèle est toujours dégueulasse et sonne faux, mais auraient-ils tant tenus à affirmer une nécessité de la critique du judaïsme comme religion en 1930 ?

Bien sûr que c'est trop simple de juste dire ça, mais il me paraît clair que la critique de l'islam à l'œuvre dans les médias bourgeois aujourd'hui est le reflet complexe de multiples peurs face à notre futur, mais reste en place et reste si bien installée (et entretenu par les discours des institutions elles-mêmes) car politiquement elle sert le pouvoir dominant (à diviser, à jouer sur les peurs, etc.) et car elle reste un véritable stigmate des mentalités coloniales.

Or même en tant qu'anarchiste dogmatique anti-clérical et anti-religieux, il me paraît évident que la situation mérite un certain pragmatisme, qui ne doit pas être lâcheté (et ne doit pas en effet masquer les critiques de la religion, qui doivent être soutenues jusque dans les pays où justement c'est la religion des dominants).

Enfin bref sujet toujours casse gueule et complexe, et il est tard et j'suis fatigué, mais là pour le coup la discordia me semble juste rabâcher un certain nombre de présupposés largement développés sur mondialisme.org, non-fides et d'autres, sans vraiment y rajouter de complexité.

Swagluminati a écrit:
ça a l'air grave pété !

C'est quand même assez catastrophique cette controverse entre les gauchistes athées et leurs nouveaux adversaires qu'ils nomment les "racialisateurs".

ça donne des textes archis pétés qui répondent à d'autres textes archi pétés, chacun se bat pour la cause des "premiers concernés" : le prolétariat pour les uns, les personnes racisées pour les autres. A part peut-être le texte de Vacarme il n'y a absolument rien de bon qui a été produit sur la question.

Dans la discussion proposé je pari qu'on va encore reconduire le débat sur comment interpréter la phrase du jeune Marx disant que "la religion est l'opium du peuple."

Les questions que je me pose :

- Que faire quand le prolétariat dans sa majorité pratique une religion ?
- Que faire des expériences sociales et politiques comme celle de la théologie de la libération en Amérique du sud ?

Et surtout : à quel moment on comprendra que l'anticléricalisme de la gauche du XIXe siècle est quelque chose de parfaitement daté et qui, appliqué à la période actuelle n'apporte que de la merde ?

Bisou

Fusako Shigenobu a écrit:
Swagluminati a écrit:
- Que faire quand le prolétariat dans sa majorité pratique une religion ?
- Que faire des expériences sociales et politiques comme celle de la théologie de la libération en Amérique du sud ?

Pas besoin d'aller aussi loin. On peut être marxiste sans se revendiquer de la théologie de la libération (qui en Amérique du Sud est plus social-démocrate dans la théorie qu'autre chose au final) et respecter le sentiment religieux des masses, tout en portant des valeurs progressistes. Suffit de regarder la Guerre Populaire aux Philippines : un des pays les plus chrétiens (majoritairement catholiques) au monde et avec une minorité musulmane importante au Sud. Le mouvement de masse du Parti Communiste des Philippines intègrent des organisations chrétiennes sans problèmes tant qu'elles acceptent la lutte et les perspectives révolutionnaires énoncés. Dans la NPA (New People's Army) un certain nombre de guerrillero-a se disent certainement catholique, ça n'empêche pas qu'au sein de l'armée et du Parti il soit effectué des mariages homosexuels, qu'il y ait pleine reconnaissance des droits des LGBT etc. Le mouvement de femmes du PCP, Gabriela, comprend lui aussi des chrétiennes, ça ne l'empêche pas de militer pour l'avortement, pour le droit au divorce (aujourd'hui interdit aux Philippines !) etc.

Il n'y a que les gros cons pour rendre la question religieuse antagonique au sein des masses.

Fusako Shigenobu a écrit:
Ceux qui prétendent qu'il ne faut se préoccuper que de la question de la classe car c'est la contradiction fondamentale délaisse les autres contradictions tel que le racisme ou le sexisme. Ces contradictions qui existent au sein du peuple, si on les met de côté, qu'on les traite pas à bras le corps s'enveniment et deviennent des contradictions antagoniques.

Fusako Shigenobu a écrit:
Lumpen Petite Bourgeoisie a écrit:
En tout cas cette réunion est un petit succès pour eux.

Pas étonnant, le racisme a toujours eu un certain succès dans un certain milieu anar. Ils ont du être content dans leur entre-soi franchouillard et petit-bourgeois, ça devait leur manquer, c'était pas assez l'esprit des dernières manifs pour eux (pour ça qu'ils étaient obligés de passer la veille pour coller des affiches contre ceux qui "parlent de races et pas de moi petit blanc toto tenant une bibli trop radiKKKal".), quoique de toutes façon ces types là ne vont pas en manif car "le militantisme est le stade suprême de l'aliénation". C'est dingue ces gens là ressemblent plus à une secte que n'importe quelle religion, je serai pas étonné de les retrouver chez les raëliens dans quelques années.

Lumpen Petite Bourgeoisie a écrit:
Oui, l'exploitation des travailleurs, c'est la contradiction principale de la société dans laquelle je vis. Pas la répression d'une minorité religieuse dont l'Etat a besoin.

Non fides (qui a la même ligne que les boloss de la Discordia) vient pourtant de sortir un texte pour dire que le concept de classe sociale et de lutte de classe est à jeter.

Penser qu'on peut s'occuper de la contradiction principale sans traiter des contradictions secondaires c'est avoir de la merde dans les yeux et c'est transformer les contradictions non-antagoniques en questions antagoniques, les anars petit bourgeois sont des pro pour ce genre de manœuvre.

etc.

Marseille information info
Site collaboratif d’infos & luttes à Marseille

un autre texte intéressant de A.Q.N.I : La confusion qui va 25 août 2015

Citation :
1 - La question de l’antisionisme et de l’antisémitisme.
2 - La question de l’antifascisme.
3 - La question des postures militantes.
4 - De la dérive stalinienne à la dérive droitière.
5 - Racisme colonial en milieu militant : le retour de bâton.


extrait

Citation :
5 - Racisme colonial en milieu militant : le retour de bâton

Une fois cela posé, il faut bien reconnaître que le succès de ce genre de marchandise politique résulte aussi de la nullité de l’offre qui l’avait précédé, c’est-à-dire de l’impuissance du milieu radical parisien à se montrer à la hauteur des enjeux politiques qui l’attendaient, à savoir : réussir à dépasser la simple sublimation romantico- théorique de la petite classe-moyenne intellectuelle blanche qui constitue l’essentiel de sa composition sociale.

Résultat : les postures virilistes populistes et les complaisances nationalistes paraissent toujours plus tangibles que le lyrisme appelliste, le moralisme anarcho- individualiste et le baratin philosophico-marxiste indigeste de « Théorie Communiste ».

Ajoutons à cela le racisme colonial islamophobe de la gauche, y compris du milieu libertaire « mainstream » qui ont dégoûté toute une partie de leurs anciens membres, ou sympathisants, et l’on comprendra que beaucoup soient allés chercher ailleurs une analyse plus concrète que la métaphysique humaniste du gauchisme français.

L’analyse sociologique y est à la traîne derrière la philosophie, la critique du scientisme y est inexistante, la critique de l’ethnocentrisme fait à peine semblant de se montrer, aussitôt reléguée à du « relativisme culturel ». Cette pseudo-radicalité très « franchouillarde » montre extrêmement vite ses limites et déçoit rapidement par son incapacité à penser les problématiques, dès lors qu’elles sont un tout petit peu plus spécifiques que « l’émancipation de l’Humanité » enrobée de lyrisme insurrectionnaliste.

vous avez dit "racket" ?

l'auteur pointe aussi de façon lucide  quelques apories du PIR... mais pour l'heure, j'en reste à faire ce constat, l'appréciation des militants décoloniaux comme opérant un "racket" est partagé entre La Discordia et Théorie Communiste... et les échanges plus haut montrent comme moi le caractère interlope ultragauche - extrême-droite, dans l'idéologie française, en plein état d'urgence

tout cela m'évoque fortement le texte de Robert Louzon de 1923, « une honte », évoqué par un article de la revue Contretemps repris sur le site du PIR (Bulletin communiste du 4 janvier 1923) La gauche française et le colonialisme : « Une honte » de Robert Louzon 4 août 2011 (voir colonialisme et anti-colonialisme, impérialisme et anti-impérialisme et les positions anarchistes, ultragauches et pour la communisation : "une honte" ? communisme ou révisionnisme et négationnisme eurocentriques ?



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