PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» 7. LE LIVRE : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)
Aujourd'hui à 18:31 par Patlotch

» 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?
Aujourd'hui à 18:26 par Tristan Vacances

» la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences...
Aujourd'hui à 11:39 par Patlotch

» vous avez dit "OUVRIER" ?
Aujourd'hui à 11:09 par Patlotch

» sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme
Aujourd'hui à 10:41 par Patlotch

» 8. poèmes, fables et contes pour en causer
Hier à 19:45 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Hier à 19:22 par Patlotch

» JAZZ, BLUES, R'n'B, SOUL, RAP... pour "double paire d'oreilles"
Hier à 17:58 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Hier à 17:45 par Patlotch

» 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes
Hier à 16:31 par Patlotch

» 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose
Hier à 15:03 par Patlotch

» 0. un livre ? Une théorie est apparue... Diffusion, réception... débats ?
Ven 20 Oct - 16:44 par Tristan Vacances

» FÉMINISME et MARXISME : SEXES, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, Sara Farris, Elsa Dorlin...
Ven 20 Oct - 16:24 par Patlotch

» LA NOUVELLE GAZETTE DES VANNES (Franzoseur Zeitung)
Ven 20 Oct - 15:36 par Patlotch

» CLASSES SOCIALES et AUTRES RAPPORTS SOCIAUX, de sexes, races, nations, générations... Documents
Ven 20 Oct - 13:01 par Patlotch

» CATASTROPHES INDUSTRIELLES et POLLUTIONS
Ven 20 Oct - 9:35 par Admin

» ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
Ven 20 Oct - 9:19 par Admin

» au-delà du vrai et du faux, tragique comédie
Jeu 19 Oct - 14:02 par Patlotch

» l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte
Jeu 19 Oct - 12:57 par Patlotch

» OUTRE-MER : outre frontière de races, classes et sexes ?
Jeu 19 Oct - 12:43 par Patlotch


Partagez | 
 

 DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 9 Mai - 10:35


avertissement : je distingue le concept d'indigènes, prolos racialisés, de la stratégie politique du PIR, Parti des indigènes de la République, appellation ironique ou auto-dérisoire provocatrice, qui prétend les représenter sur le terrain de la politique institutionnelle et médiatique


voir en relation DÉCOLONISER l'ANARCHISME... Les anarchistes, le racisme et l'antiracisme, l'antisémitisme et l'antisionisme, le colonialisme et les luttes décoloniales

il n'y paraîtra pas de prime abord, mais la critique déconoloniale, et ses concepts théoriques critiques, ont plus à voir avec la théorie de la communisation qu'avec les normes et dogmes marxistes ou anarchistes orthodoxes. Cette théorisation est neuve, ne sort justement pas du monde universitaire dominée par l'eurocentrisme ou l'extériorité aux approches des "autres", et il n'est pas encore neutralisé par la dérive américaine des Études Post-Coloniales ou des Subaltern Studies, pourtant issues du marxisme, dans les approches de l'intersectionnalité sans structure à dominante et sans enjeux de luttes concrètes. Ainsi, Ramon Grosfoguel, un des fondateurs de ce courant théorique intervenait le 8 mai 2014 à Paris sur le thème "Modernité, décolonialité et capitalisme" la vidéo n'est pas complète, mais les mots sont importants. D'autres textes et vidéos permettront de s'en faire une idée ou des usages plus combatifs

Sic a écrit:
C’est l’impossibilité pour les prolétaires de s’affirmer sur la base de ce qu’ils sont dans cette société, ainsi que les nouvelles formes de lutte des femmes ou de luttes concernant la « race » (ou contre la racialisation) qui se manifestent de plus en plus nettement depuis les années 60, qui ont rendu caduques les notions de « dictature du prolétariat » et de « période de transition ».

on pourrait repartir de cette affirmation, et tenter d'aller plus loin. Ce qui est dit là, je suppose, n'a pas été écrit à la légère. Autrement dit, cela a un contenu théorique, même si c'est un peu court pour voir lequel. Je le lis comme sensiblement différent du corpus de TC, et je laisse provisoirement de côté la lutte des femmes (qui ne fait d'ailleurs pas référence ici au 'genre'), parce que cela me semble à la fois une évidence et un acquis théorique de l'ensemble du milieu 'communisation, même si la rupture dans Sic s'est faite sur ce point (en fait sur la position de TC, ce qui n'est pas un rejet de la problématique même d'émancipation contre les hiérarchisations sociales à base 'sexuée')

je considère «  luttes concernant la « race » (ou contre la racialisation) qui se manifestent de plus en plus nettement depuis les années 60, qui ont rendu caduques les notions de « dictature du prolétariat » et de « période de transition » ». C'est un peu difficile à comprendre sans plus de développement, car le lien n'a pas été fait (j'ignore d'éventuels débats sur la question dans Sic)) : en quoi ces luttes rendent-elles caduques la "dictature du prolétariat" et la "période de transition" ? Jusque-là, pour la théorie de la communisation, c'est "strictement" le mouvement même de la lutte de classe, la fin du programmatisme et de l'identité de classe, et "réciproquement" la restructuration du capital, qui conduisaient à ce résultat. Ici, c'est autre chose, qu'a priori je ne comprends pas, et que j'essaye de reconstruire, même si ce n'est pas le sens que lui donne Sic (qui nous éclairera, je pense)

l'important ici c'est « depuis les années 60 ». Pour les femmes, c'est la nouvelle vague de féminisme, je laisse de côté pour la raison indiquée plus haut, nous y reviendrons. Pour les 'races' c'est la pleine période post-coloniale, la sortie du colonialisme territorial (fin des colonies) dans les pays "sous-développés" et le mouvement de libération noire aux USA, puissance capitaliste la plus "développée" alors, puissance occidentale, de pouvoir blanc politique et économique. Je ne vois pas en quoi cela entraînerait, en soi, la "fin de la période de transition", ou même celle d'un programmatisme révolutionnaire, parce qu'il n'est pas démontré que les "colonisés" auraient, pour conquérir leur émancipation, à abandonner la perspective du pouvoir, qu'ils n'ont jamais eu, ou faussement eu depuis dans le néo-colonialisme. Celui-ci n'est pas un capitalisme endogène mais un mixte à mainmise occidentalo-capitaliste sur les ex-colonies, toujours à domination raciale blanche (période dont l'Afrique pourrait être en passe de sortir aujourd'hui, cf aussi Amérique du Sud, et cette sortie ne se fera bien sûr pas hors du capitalisme. De là à la condamner comme illusion nationaliste, on peut toujours, mais autant aller se coucher, en théoricien, en abandonnant toute possibilité d'un combat communiste dans le monde tel qu'il est, non tel qu'on le rêve en "communisateur")

vers une reformulation théorique d'ampleur ?

il va ici nous falloir un effort théorique considérable, parce que si nous acceptons cette idée, la perspective historique à moyen terme ne serait pas celle de la communisation, et ne se réduirait pas à envisager la question uniquement sous l'angle de la possibilité ou de l'impossibilité d'une restructuration du capitalisme. Le poser comme ça interdirait de pouvoir penser ce qui se joue actuellement dans le monde. Cela ne rend pas faux à terme la perspective communisatrice, mais en repousse sérieusement les échéances historiques

entre les deux, il existe plus, qualitativement, plus qu'une "médiation temporelle" sur le front de classe, dans l'implication réciproque capital-prolétariat. L'angle mort n'est plus seulement de savoir où en est le prolétariat dans la perception de l'appartenance de classe comme "contrainte extérieure"

la dimension 'raciale' prend alors une importance déterminante, on peut dire structurelle, par le fait qu'elle exige la fin de la domination blanche occidentale sur le monde, qui ne se subsume pas entièrement sous le capitalisme comme économie politique, mais comme "pouvoir", État au sens le plus conceptuel du terme, essence et forme du pouvoir, donc du racisme, pouvoir sur l'autre jugé inférieur, et construction idéologique 'descendance du pouvoir d'Etat à la société civile, aux rapports sociaux jusqu'au niveau interindividuel. Pour faire pendant à la formule provocatrice de TC concernant les hommes et les femmes : tous (toutes) les Blanc.he.s dominent tou.te.s les non -Blanc.he.s

or cette histoire n'est pas exactement celle du capitalisme en tant que tel, et rien ne fait avancer la théorie que de dire "en subsomption réelle", le capital a avalé tout ça, n'y revenons plus, un prolétaire n'a pas de couleur... Eux ne l'entendent pas de cette oreille, parce que cette histoire, leur histoire de "colonisés" commence en 1492, c'est celle de la "modernité" qui se poursuit au présent (voir sa critique "post-moderne" mais aussi le sens particulier que lui donne Sadri Khiari. Voir Internationalisme décolonial, antiracisme et anticapitalisme. Ici, le fait qu'un tel théoricien en reste à envisager une période de transition dans la capitalisme n'est pas fondamentalement le problème théorique que cela nous pose, Marx était programmatiste...)

par conséquent, nous retombons là sur un des concepts, ou plutôt sa critique, telle qu'il apparaît au centre de la théorisation fondant la stratégie du PIR ou d'autres mouvements équivalents dans le monde (cf l'entretien avec Sadri Khiari dans la nouvelle revue "Nous" : Les 10 ans du PIR : quel bilan tirer ? / « Nous avons à nous libérer de la modernité », qu'il faut lire en essayant d'ôter des lunettes d'un marxisme non pas "orthodoxe", mais primaire voire secondaire)

si mon intuition est juste, alors ce que j'ai appelé "rupture dans la théorie de la communisation" doit examiner ces questions en profondeur, et ne peut qu'aboutir, référence encore à TC, à une théorie encore plus "lourde"

retour à Sic

pour revenir à l'affirmation de Sic, qu'il ne s'agit pas de sur-interpréter, mais à laquelle il faut bien trouver un sens théorique :
- soit elle a été écrite un peu rapidement, parce qu'elle ne trouve pas en elle-même sa logique (les luttes contre la racialisation vers la fin de la période de transition)
- soit elle pose quelque chose de profondément juste, mais qui aboutit pour moi à un autre résultat, et celui-ci excède l'unilinéarité* du cheminement de la crise à la révolution sur la base de l'exploitation économique du prolétariat. Cela ne signifie pas une étape de transition dans la sortie du capitalisme, mais au sein même du capitalisme une période historique que nous n'aurions pas envisagée comme nécessaire

* par ce terme d'unilinéarité, je fait allusion aux « thèmes multilinéaires » de Marx selon KB Anderson dans Marx aux antipodes

pour moi, ce serait une petite découverte au-delà de ce que j'entendais par tenir compte de la dimension 'raciale' des luttes, dépassement de classe des identités de luttes, schéma globalement valable, mais schéma, raccourci historique relativement à ce qui serait devant nous avec la perte de suprématie occidentale. Celle-ci ne passera pas comme une lettre à la poste, et nous ne pourrons couper à des conflits raciaux où la 'race' serait le facteur principal. Autrement dit, ici, il ne faudrait pas minoriser le facteur racial par rapport au facteur social

j'ai conscience d'avancer quelque chose pour le moins déstabilisant sur le plan théorique, d'autant que ça renvoie à la critique immédiate des "communautarismes", que résume la formule du "marxiste" Jean-Loup Amselle : « Vous avez aimé la lutte des classes, vous allez adorer la lutte des races ». Cela me porte à être davantage soupçonné encore d'être un sous-marin du PIR, mais je dois dire que vu comme ça, je ne leur dois rien, je ne fais que constater après-coup la possibilité qu'ils n'aient pas entièrement tort sur le plan théorique et stratégique, dans la perspective communiste même


Dernière édition par Admin le Dim 15 Mai - 22:37, édité 24 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: ravage du vide théorique et du déformisme radical   Sam 9 Mai - 11:39

à titre d'exemple de la réception de ces questions théoriques.

De la banalisation des thèses ethno-différencialistes et communautaristes en milieu militant Sur Angela Davis et le Parti des indigènes de la république, les concepts universitaires et la réalité (et quelques notes sur Ferguson et Baltimore) Ravage Édition (une visite s'impose pour voir la grande considération portée à la critique de classe du capitalisme)

il suffit de lire le texte De la banalisation des thèses ethno-différencialistes et communautaristes en milieu militant pour constater qu'au-delà de formules ravageuses, il n'apporte aucun argument à l'appui de son tir à boulets blancs sur tout ce que pourraient inventer des penseurs non-blancs échappant au paradigme de la critique occidentale "révolutionnaire". On ne s'étonnera pas que ce « contributeur du négatif » renvoie à la lecture d'Yves Coleman, de Sans Patrie ni Frontières, aussi creux dans sa critique de classe du capitalisme qu'obsédé par l'antisémitisme d'extrême-gauche et si peu disert sur les racismes actuels et leur sens, ou encore affirmant la parenté des thèses du PIR avec celles du Front National : L'idéologie française se porte bien, y compris dans sa forme prétendue anarchiste

ce qui est un peu dommage, mais raté, c'est de prétendre opposer le peu de choses intéressantes de son article - à propos de Ferguson et Baltimore - aux analyses qu'en faisait Angela Davis elle-même, hier soir précisément, au Meeting du PIR où ce donneur de leçon, s'il y était venu, n'aurait peut-être pas vu que des « gauchistes et intellectuelle.s petits-bourgeois »

la question théorique, en somme, c'est qu'on ne peut justement pas assimiler la critique décoloniale, héritée du marxisme post-colonial, à la remontée du même contenu que l'anti-colonialisme ou du tiers-mondisme historiques, pour une raison simple, c'est que la période actuelle est celle de la fin de la suprématie occidentale sur le monde, au sein du capitalisme tout du moins. Par conséquent, ceux qui se livrent à des anathèmes plus qu'à une critique théorique sérieuse devraient se poser la question : n'est-ce pas eux qui se trompent d'époque ?

Citation :
Les anarchistes et antiautoritaires conséquent-e-s devront bien tôt ou tard laisser les élites intellectuelles à leurs débats et pseudo-polémiques dans les amphis des universités sur et autour de la « décolonisation » de l’anarchisme, la « post-colonialité », le capitalisme « occidental » et les nouveaux concepts à naître dans leurs milieux, se traduisant toujours en logiques théoricistes et politicardes, et permettant à quelques élu(e)s de capitaliser sur leurs prétendues découvertes. Et surtout cesser de les inclure dans les analyses et les textes qui servent à leurs combats. Picorer quelques idées-concepts sur la « race » et les « communautés » n’aide en rien à l’action contre ce monde : l’impuissance de celles et ceux qui abreuvent leurs textes et communiqués de ces notions, et leur absence d’effet sur les luttes importantes de l’époque suffisent pour s’en convaincre. Récemment, la révolte de Ferguson et ses prolongements ont démontré l’inutilité des concepts en vogue et de celles et ceux qui les utilisent comme base pour des regroupements idéologiques.

à propos d'Angela Davis, je ne laisserai pas passer cette saloperie doublée d'une ignorance toute mâle blanche, visant à voir la domination masculine chez les 'autres', comme toute l'affaire du voile en a témoigné depuis 15 ans en France, y compris des féministes... petites bourgeoises, qu'on retrouve aujourd'hui chez les identitaires, ou pire. Christine Delphy a au moins compris ça

Citation :
Il est plus commun d’insister sur l’héroïsme de certaines des icônes Black Panthers, largement célébrées par le spectacle et le gauchisme mondial depuis les années 70, que sur les fortes tendances virilistes et autoritaires en son sein, ou sur les luttes sanglantes que se livrèrent ses bureaucrates dans les années 70, qui furent en partie à l’origine de son éclatement

qui parle là des Black Panthers, sur lesquels Angela Davis a tiré un trait depuis longtemps, et alors que le problème évoqué du "virilisme" fait précisément toute la spécificité du Black Feminism ? Hier soir encore, Angela Davis a particulièrement insisté sur le fait que les minorités sexuelles non blanches et en leur sein les femmes (homosexuelles ou trans) étaient la cible privilégiée de la police américaine, et la catégorie dans laquelle on trouvait le plus de victimes de la violence (dans et hors les prisons)

il sera un jour temps que ces apprentis sorciers qui se réclament de l'anarchisme ou de l'extrême-gauche se demandent pourquoi, sur la question raciale, ils usent systématiquement de la même argumentation que les fascistes et les racistes qui se revendiquent comme tels

aucune surprise de constater que l'on retrouve la même argumentation dans le Huffington Post
Le contraire du "philosémitisme" Liliane Kandel à qui on doit ces deux perles : « Il me semble néanmoins que le mouvement des femmes a bien travaillé : pour l'essentiel, dans les pays occidentaux, le féminisme a gagné.» "Le centre de gravité du féminisme s'est déplacé" Le Monde 19 octobre 2011. « je suis toujours surprise par la qualité de haine qu'Alain Finkielkraut suscite chez un certain nombre de personnes - sur les plateaux télé, dans les blogs, voire sur les listes "amicales" d'internet...» 20 octobre 2013

Liliane Kandel a écrit:

Le 8 mai 2015, le PIR (Parti des Indigènes de la République) fête ses dix ans d'existence. Invitée vedette: Angela Davis. C'est l'occasion de revenir sur l'évolution récente des positions de ce courant, et de ses compagnons de route.

Le 7 janvier 2015, douze personnes -dessinateurs et collaborateurs de Charlie hebdo, agents de police, agents de maintenance- étaient massacrées de sang froid par les frères Chérif et Saïd Kouachi.

Le 9 janvier, ce fut le tour de la policière stagiaire Clarissa Jean-Philippe puis des quatre clients juifs de l'épicerie casher de la porte de Vincennes de tomber sous les balles d'Amedy Coulibaly. Les trois assassins prétendaient agir au nom de l'islam.

Le 11 janvier, près de quatre millions de personnes manifestaient ensemble, pacifiquement, leur horreur des massacres, du fanatisme et de l'intolérance; ce fut la plus grande manifestation que la France ait connue depuis la Libération.

Les fausses notes, puis les réserves, la contre offensive enfin ne tardèrent pas. Une semaine après le massacre, Le Monde leur consacrait une double page. On y lisait qu'un "hebdo satirique n'est pas la France", et que "certains usages de la liberté d'expression sont offensants". D'aucuns réclamaient que le "droit à l'outrance s'applique à tous", et notamment aux négationnistes (Dieudonné, sans doute un oubli, n'était pas cité). Des universitaires lançaient un définitif "Non à l'union sacrée!" (celle du 11 janvier!) laquelle, selon eux, ne servait qu'à "désamorcer les colères sociales". Des militants du PIR, secondés par des journalistes, proclamaient: "Plus que jamais il faut combattre l'islamophobie". Le fanatisme, le terrorisme islamiste venaient de tuer 17 personnes; à peine étaient-ils mentionnés, du bout des lèvres, dans l'un des articles: les vrais ennemis s'appelaient union sacrée et islamophobie.

Bientôt, Mediapart publia l'appel à un meeting le 6 mars, là encore "contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire". Parmi les signataires, on relevait, en un étrange amalgame, les noms du PCF, du NPA, d'"Ensemble!", d'EELV, d'ATTAC, mais aussi du CAPJPO-EuroPalestine, des Indigènes de la République ou encore de l'UOIF, et de Participation et Spiritualité Musulmane. Les deux derniers avaient soutenu la Manif pour tous et refusaient le droit à l'avortement. Une grande partie des autres signataires avaient combattu depuis la première heure la loi de 2004 sur l'interdiction ("islamophobe") des signes religieux à l'école.

Les féministes furent cette fois les premières (et presque les seules) à réagir, avec véhémence. Certaines, alliées traditionnelles voire membres actives des groupes signataires (tels Attac ou le NPA) dénoncèrent d'emblée "des alliances contre nature". Elles se refusaient à "lutter contre le racisme avec des misogynes et des homophobes" et s'indignaient de voir, parmi les participants au colloque, des associations "militant activement contre la laïcité et contre l'émancipation des femmes". Elles rageaient: "Des partis et organisations 'de gauche' abandonnent les femmes? Les femmes s'organisent sans eux!". 25 associations féministes de toutes tendances dénoncèrent "la récupération de trop" ! A la veille de la Journée Internationale du Droit des Femmes le 8 mars, toutes ressentaient cet appel comme une véritable trahison de la part des organisations de gauche partenaires du meeting.

Caroline Fourest, compagne de longue date de Charlie, laissa éclater sa colère. A ces "progressistes qui crachent sur les morts du 7 janvier", elle rappelait que, depuis cette date, "les équipes de protection sont débordées par le nombre de cibles à abattre, d'amis menacés, en pleine explosion". Elle demandait: "les signataires de l'appel, habituellement si opposés entre eux, étaient-ils 'ensemble' contre le fait de nous protéger? 'Ensemble' pour nous traiter d' 'islamophobes'? 'Ensemble' pour refuser le droit au blasphème? 'Ensemble' pour légitimer l'intégrisme et l'extrême droite musulmane? 'Ensemble' pour refuser de soutenir Charlie Hebdo?"

Seul EELV, après un débat interne houleux, retira sa participation en raison de la présence d'organisations par trop "sulfureuses", notamment l'UOIF et le PIR, laquelle brouillait totalement le message que le meeting prétendait envoyer.

Celui-ci eut lieu, devant plusieurs centaines de personnes. Selon les témoins on y déplora autant le traumatisme du petit Ahmed, 8 ans, convoqué au commissariat pour avoir dit "je suis avec les terroristes" ou celui des mères voilées interdites d'accompagnement scolaire, que l'assassinat des dessinateurs de Charlie.

Et, dans la foulée, on appela à une grande manifestation pour le 21 mars, journée mondiale de lutte contre le racisme. Cette fois, les organisations les plus "sulfureuses", UOIF, CCIF ou PIR ne figuraient plus parmi les signataires. Certaines y appelaient néanmoins, de leur côté. Le PIR publiait, ainsi, un appel intitulé: "Non au(x) racisme(s) d'État, non au philosémitisme d'État!"; l'on y dénonçait "le traitement privilégié dont bénéficie la répression de l'antisémitisme par rapport aux autres racismes,... [traitement qui désigne] les Juifs à la vindicte des plus défavorisés dans la hiérarchie des racismes". Traduisons: si Myriam Monsonego, les trois Sandler, les quatre clients de l'épicerie casher sont morts, la faute en revient non à des islamistes fous mais....au "philosémitisme d'Etat", gauche et droite confondues, dont Merah, les Kouachi et Amedy Coulibaly sont les premières et principales victimes [1].

On aurait tort de croire à une initiative calamiteuse, un tract composé à la va- vite par un rédacteur moins précautionneux dans ses formulations qu'à l'ordinaire. Car la lutte contre ce "philosémitisme d'Etat" semble bien faire partie des nouveaux thèmes de mobilisation du PIR, longuement développés par Houria Bouteldja lors d'une conférence faite à Oslo le 3 avril: "Racisme (s) et philosémitisme d'Etat ou comment politiser l'antiracisme en France?";

ILS NE NOUS PARDONNERONT JAMAIS LE MAL QU'ON NOUS A FAIT

"Contre le philosémitisme d'Etat"! A-t-on pris la mesure de ce slogan, surgi deux mois après les massacres de janvier (et, manifestement, en réaction à ceux-ci)? En a-t-on mesuré la portée, et les résonances historiques? Les conclusions inéluctables? Suffit-il de souligner dans un amer sourire que, si l'antidote au "racisme d'Etat" est incontestablement l'antiracisme -d'Etat et/ou l'antiracisme citoyen-, l'antidote au "philosémitisme d'Etat" ne saurait être que... l'antisémitisme -antisémitisme d'Etat (exemple: Vichy) ou, pire encore, antisémitisme de masse (exemple: un pogrom)? Suffit-il de hocher la tête et d'affirmer, avec une sinistre Schadenfreude: "on le savait" ou: "enfin leur antisémitisme éclate au grand jour"? Je ne le pense pas. Car, si "antisémitisme" il y a (et pour autant que ce terme ait aujourd'hui le même sens pour tous ceux qui l'utilisent), ce n'est clairement pas celui des années 30, ni celui du facétieux fondateur du FN; ce n'est pas non plus celui, gras et glauque, de Dieudonné et de son acolyte Soral, ni celui des négationnistes, banalisateurs ou relativistes de tous ordres.

Le problème du PIR est ailleurs, et H. Bouteldja l'explique très clairement: "Je crois, dit-elle, qu'après la Seconde Guerre mondiale... et progressivement et de manière accélérée dans les années 1980, l'État-Nation a donné aux Juifs [une mission]: devenir la bonne conscience blanche, et faire de la Shoah une nouvelle 'religion civile' en la dépouillant de toute historicité." [2]

Les Indigènes de la République et leurs proches, dans leurs discours du moins, ne haïssent pas les Juifs en tant que tels (j'en ai connu qui avaient toujours un excellent ami juif, qui adoraient les histoires juives, prisaient les livres des frères Singer voire même, à l'occasion un concert de musique klezmer...). Leur haine virulente, l'objet unique de leur ressentiment est ailleurs: c'est la Shoah. Ou, plus exactement, sa signification historique et philosophique dans la mémoire et la conscience collective européenne. La Shoah comme inconcevable dans la pensée des dominations -persécutions, discriminations ou injustices de tous ordres-, comme événement impossible à rabattre sur les injonctions militantes rituelles de la lutte "contre tous les racismes".

Comme le disait à peu près un personnage de l'admirable trilogie d'Axel Corti Welcome in Vienna, les Indigènes de la République non plus "ne nous pardonneront jamais le mal que l'on nous a fait". Et cela n'a rien à voir avec la (trop fameuse) "concurrence des victimes". Cela a à voir avec l'incapacité de sortir d'une doxa omniprésente, et le refus farouche de penser l'histoire, le monde, l'extrême, autrement qu'en termes de rapports dominants / dominés.

Une étude récente (cf Libération du 17 avril), notait un "retour à l'antisémitisme classique des années 30". On aurait tort de négliger, pour autant, cette forme, autrement plus insidieuse, de l'antisémitisme moderne: la haine de la Shoah. Elle est largement partagée, bien au-delà des seuls Indigènes de la République.

______________________________________
[1] On remarquera la proximité notable de ce discours avec celui, prétendument plus savant, d'E. Todd dans son dernier livre "Qui est Charlie?"

[2] H. Bouteldja, ibid. Elle ajoute qu'il les aurait investis d'une seconde "mission": "devenir les porte-paroles de l'Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d'un autre État-Nation colonial: Israël, qui, lui, a pour mission de garantir les intérêts occidentaux dans le monde, (les rendant ainsi ) complices de ses crimes"

Christine Delphy a écrit:
Déjà à cette époque [MLF années 70] je ne comprenais pas pourquoi certaines s’en prenaient au Coran et aux musulmans. Et un jour j’ai compris : elles sont féministes mais elles ont des préjugés anti-arabes et anti-musulmans. Préjugés qui viennent de la société mais qui viennent aussi de leurs propres opinions : elles soutiennent les politiques colonialistes de l’Etat d’Israël, qui s’appuient sur ce racisme et le suscitent. De plus Claudie Lesselier, Liliane Kandel, Catherine Deudon et Françoise Picq, mettent en concurrence l’oppression des femmes et l’oppression des Juifs  – alors que personne ne leur demande de choisir.


Dernière édition par Admin le Sam 9 Mai - 18:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: un nouveau dogme révolutionnaire universel anarchiste... blanc ? de Jarach à Yves Coleman   Sam 9 Mai - 15:37

autre exemple Ravage Édition publie la brochure L'essentialisme et le problème des politiques d'identité 2013, de Lawrence Jarach, dont les Bases de données anarchistes reprend les Thèses préliminaires pour une discussion plus approfondie sur l’essentialisme et le problème des politiques d’identité. Tout le texte est intéressant et brillamment argumenté... d'une façon générale hyper-radicale qui ne mange pas de pain. En voici la chute :
Lawrence Jarach a écrit:
Les essentialistes, en levant à peine les yeux sur la personne qu’ils ont désignée comme l’Autre, savent déjà tout ce qu’ils ont besoin de savoir sur cette personne. Les séparatistes, les nationalistes, les anti-impérialistes - tous des essentialistes - appellent cela "Libération".

l'argumentation est subtile, puisqu'elle retourne en son contraire, la dénonçant à la manière d'Yves Coleman comme une confusion, tout ce qui peut faire participer de la substance anarchiste de ces thèses critiques du racisme. Quelques exemples :

Thèse 2. « Pour la ou les personnes qui subissent du racisme, du sexisme ou d’autres formes d’oppression, l’essentialisme peut être perçu comme une formidable perspective de défense et de renversement des valeurs. Ainsi, le discours contre-essentialiste sur les politiques d’identité reprend ces catégories qui, historiquement, sont des catégories servant à dénigrer et subordonner les personnes mais essaye de les transformer en catégories de glorification. [...] Toujours dans la logique de renversement des valeurs, les contre-essentialistes renvoient les caractéristiques définitoires de "l’Autre" aux membres du groupe oppresseur, les rendant identifiables visuellement et faisant d’eux des ennemis. Le sentiment d’appartenir à un groupe qui a opprimé ou à un groupe qui a été opprimé est immatériel. L’essentialisme n’est pas la chasse gardée des oppresseurs. ». Qui a quelque peu lu Fanon ou Baldwin, ou même Césaire, sait très bien qu'il s'agit d'une bêtise. Il y a belle lurette que les intellectuel.le.s noir.e.s ont dépassé ce schématisme, et plus récemment inventé de nouvelles catégories critiques pour une théorisation adéquate du problème, c'est à dire de leurs luttes d'émancipation sur le front qui les concerne en tant que tels

- Thèses 5 : « Franz Fanon, Ernesto “Che” Guevara, Patrice Lumumba et bien d’autres libérationnistes nationaux du Tiers Monde, et d’autres encore moins populaires parmi les anarchistes (tels que Castro, Tito et Mao), ont inspiré des générations de révolutionnaires autoproclamés dans la métropole impériale à lutter contre la discrimination, le racisme, le colonialisme et l’oppression. Il est également clair que ces nationalistes du Tiers Monde pensaient, écrivaient et agissaient dans un cadre étatiste, souvent marxiste-léniniste, ce qui revient à dire staliniste. Malgré cela, certaines personnes parmi les anarchistes continuent à être attirées par ces figures et à trouver leurs discours crédibles du fait que, en leur temps, ces nationalistes ont gagné des combats anti-impérialistes. Mais au fond, quel anarchiste serait en faveur de l’impérialisme ? » Un petit coup supllémentaire de déshistoricisation, un de plus aux "marxisme" assimilé au stalinisme (une invariance rappelant le "marxisme orthodoxe" de Dréan...). Cerise sur le gâteau, l'anarchiste est par essence anti-impérialiste, il peut rester chez lui tranquillement pendant que les 'Autres' se coltinent leur ennemi dans leurs luttes...

- Thèse 7 : « En Europe et aux États-Unis, les mouvements de libération ethnique et de genre de la fin des années 60 et du début des années 70 ont tiré leurs éléments idéologiques et leurs justifications de ces combats anti-colonialistes. La rhétorique de la libération des pays du Tiers Monde était constamment utilisée, si bien que beaucoup d’afro-américains, quelques femmes ainsi que d’autres groupes qui s’identifiaient en tant qu’oppressés ont commencé à dire qu’ils étaient des "colonisés de l’intérieur". [...] »

- Thèse 8 « Les nationalistes noirs ont déclaré que le racisme blanc était l’Ennemi et quelques uns ont logiquement franchi l’étape suivante et fait des Blancs (réduits à une catégorie hermétique construite uniquement sur la génétique et la race) l’Ennemi.» Qui parle ici de nationalisme noir ? Le PIR ne construit pas la catégorie "blanc" sur la génétique de la race, mais sur leur existence sociale-historique

- Thèse 10 « Les anti-impérialistes, comme les bons marxistes-léninistes qu’ils sont, n’ont rien à redire à la science. » Angela Davis évoquait au contraire les nouvelles thèses scientifiques tentant de démontrer l'existence biologique des races

- Thèse 11 « L’auto-définition du groupe paraît être en accord avec les principes anarchistes d’auto-organisation et de libre-association. L’identité pensée par les contre-essentialistes peut même être comprise comme une tentative de se réapproprier une communauté basée sur l’appartenance, détruite avec l’instauration du capitalisme industriel (lui-même fondé sur la division du travail, l’atomisation et l’aliénation des individus qui en résulte). Toutefois, le contre-essentialisme reste problématique car il propose une identité construite sur l’idéologie de la victimisation.» il suffit de lire les textes du PIR pour voir que dès le départ, ils ont dénoncé cette posture, et que cette idée était présente dès les années 1920 chez CLR James, concernant les races comme lieu d'un rapport conflictuel à part entière

Angela Davis, encore, ironisait hier soir sur le fait qu'avec le post-racisme dans lequel est censé être entré l'Amérique depuis l'élection d'Obama, il n'y aurait plus de racisme, où seulement les monstres reconnus comme tels. Elle faisant remarquer que parfois, l'idéologie produit la réaction inverse, et c'est justement à quoi nous assisterions avec Ferguson et Baltimore : le retour des conflits raciaux et d'une pensée radicale sur le sujet

autrement dit, et comme dans tous ses milieux pas "communautaristes" pour deux sous, mais si préoccupés par l'antisémitisme, qui frappe souvent leur communauté, nous constatons un déni aux 'Autres' de parler en leur nom, de théoriser en leur nom, et de se battre pour défendre leurs intérêts immédiats : touche pas ma blanchitude !

la naissance d'un nouveau dogme universaliste révolutionnaire, qui lave plus blanc, variante anarchiste* de l'universalisme prolétarien à base marxiste ?

* comme de bien entendu, qui se ressemble s'assemble, Claude Guillon/Lignes de force fait la promotion du numéro spécial de Sans Patrie Ni Frontières, tout cela au nom de la lutte contre le fanatisme religieux ou la religion tout court qui « accroît la division au sein des exploités et des opprimés »(Mouvement communiste), et l'analyse de Temps Critiques en prime. De critique de classe et de critique du capitalisme contemporain, aucune. C'est devenu une pétition de principe, 'on' sait bien que... CQFD : rendez-vous au tas de sable : l'idéologie française

mais on ne tardera pas de comprendre qu'il s'agit de l'émergence d'une nouvelle forme de racisme tranquille, adéquate au moment de la perte de suprématie occidentale et des privilèges de couches moyennes qui l'accompagnent dans la crise générale du capitalisme. Les intérêts matériels dirigent le monde, pas les idées, même les plus généreuses. Si ces résistants émérites au réveil des "racisé.e.s" ne le comprennent pas par eux-mêmes, d'autres le leur feront saisir sur le front


Dernière édition par Admin le Sam 9 Mai - 18:07, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 9 Mai - 16:18

une réponse à ses pourfendeurs des "communautarismes identitaires" : Yann Kindo (Luttes Ouvrières), Yves Coleman (NPNF), Germinal Pinalie* (Multitudes), "Temps Critiques", "Lieux communs", etc.

* voir Les identitaires de gauche, généalogie d'une dérive, Mediapart 15 janvier 2015

je ne saurais trop alerter les camarades de prendre garde avant de s'engager sur ce terrain glissant... le voies de l'idéologie française sont si peu impénétrables, par les temps peu critiques qui courent, qu'on peut se retrouver à l'insu de son plein gré en fort mauvaise compagnie... un "communisateur" averti en vaut deux

Martin Scriblerus a écrit:

Il y a longtemps que cet auteur [Yann Kindo] s’est distingué par ses engagements technolâtres et scientistes. Typiquement, sur la question de la critique des biotechnologies, Yann Kindo a recours à une forme de confusionnisme qui consiste à utiliser quelques critiques faciles à l’encontre d’une poignées de personnes qui s’y prêtent remarquablement pour discréditer l’idée même de critique des biotechnologies ou du scientisme.

De fait, il réduit toutes les positions critiques des biotech aux plus superficielles et maladroites qu’il ne manque pas de trouver complaisamment relayées médiatiquement - et emporte avec elle la critique sociale qui peut soutenir les plus conséquentes et radicales.

Il en va de même avec son discours « marxiste » - comme de celui de « Germinal Pinalie ». Ce genre de pinailleurs de l’exégèse marxologique s’avère curieusement infoutus de critiquer les rapports de force et leurs manifestations présentes. (La manière dont Kindoo prétend en finir avec Pierre Tévanian en prétendant réduire sa critique de la propagande laïcarde à une mauvaise traduction choisie de Marx est un brillant exercice de jésuitisme)

Leur lecture en termes de simple « paradigme identitaire » des positions critiques décoloniales indique clairement leur volonté de ne pas comprendre , et de rendre incompréhensibles ces critiques
Ils s’en tiennent à celles des apparences qui peuvent le plus opportunément servir leur discours. Ce sont à proprement parler des philistins : ils tirent prétexte d’apparences soigneusement mises en scène pour renvoyer les inférieurs au discrédit qui leur est dû au sein des rapports de domination présents

Germinal Pinalie et Yann Kindo participent sous un langage marxien d’un banal backlash : ce qui les distingue, c’est l’habillage marxien de leur haine et leur mépris envers les luttes autonomes des racisés, ou envers les critiques du scientisme.

L’habillage d’érudition et la prétention à la rigueur intellectuelle sont chez de tels auteurs un leurre, qui sert à établir une démarcation entre celleux qui pensent bien en se référent aux bons textes (ou aux bonnes traductions), et les autres.

De ce point de vue, leur « critique marxienne » se ramène bien trop souvent une plate explication des désaccords et des disputes par l’ignorance ou la bêtise des autres : les indigènes, ou celleux qui prennent au sérieux leurs arguments (à les lire, si Germinal ou Yann ne veulent pas comprendre ce que les indigènes et celleux qui les soutiennent disent , c’est bien parce que ces derniers sont bêtes) et non par l’identification des intérêts matériels en jeu - tu parles d’une « pensée matérialiste » ! De fait, les seuls intérêts matériels qu’identifient nos Pinalie-Kindoo chez celleux qu’ils dézinguent s’avèrent au mieux révoltants de mesquinerie.

Je tiens pour ma part que de tels auteurs sont sur des positions identitaires blanches, et que seule une telle position de dominant peut mener quelqu’un à se prétendre se prétendre, avant même toute réflexion critique, affranchi des « questions d’identités ».

Qu’au contraire, partir de la réalité implique de reconnaître que l’universalisme et le scientisme désincarné dont de tels auteurs se drapent sont une posture et une imposture visant à dissimuler et conforter des rapports sociaux de domination dont ils sont les privilégiés.

J’ajouterai que de telles postures se retrouvent aussi bien plus à gauche - chez un Lawrence Jarach, par exemple, ou au sein de la revue "Temps Critiques - postures dont la superficialité théorique opportune lorsqu’il s’agit de taire d’où parlent ses auteurs, et de nier leurs privilèges, se trouve dissimulée soit sous une façade de vocabulaire radical affranchi (Jarach), soit sous un monceau d’indigent verbiage « critique » (T.C.), sert aussi à l’occasion de cache-sexe idéologique au naturalisme affligeant des PMO et Cie.

On retrouve le même propos radicalement intéressé et la même confortable hostilité aux « identités » chez les post-situs (tout de même quelque peu fossilisés) de « lieux communs ».

Ces lignes sont bien trop lapidaires et succinctes, mais je n’ai pas envie de perdre plus de temps que je n’ai déjà dû en consacrer à pareils philistins.



Dernière édition par Admin le Mer 24 Fév - 19:42, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 9 Mai - 16:35

en relation, où l'on retrouve les mêmes, et quelques autres, mon coup de gueule du 7 avril dernier, dans Discussions sur la communisation

Patlotch a écrit:
double déni social et racial... au nom de Marx

une haine pathologique (de soi ?), typiquement "métisse", de couches moyennes aisées ayant fui la ségrégation aux USA et les luttes d'émancipation des années 50, ou héritière de la collaboration arabo-colonialiste en Afrique du Nord (analysée par Fanon dans Peau noire, masque blanc) : leurs rejetons en France parlent du haut d'un « le racisme, je connais... »... On en trouve à l'extrême-droite comme à l'extrême-gauche et dans le courant communisateur, qui se proposent avec les mêmes arguments classieux de clarifier la « confusion identitaire et communautariste ». Qu'ils commencent donc par s'occuper de leur (double) face

même rhétorique et même haine de type « harki » (« le PIR stipendié par le FLN »), à la Bougrab, subie hier encore au téléphone de la part d'un ex-ténor de Meeting et autres Summer-Kampf "communisateurs", tout aussi ignorants de l'histoire, des textes fondateurs du marxisme post-colonial et subalterne, et du fond des débats actuels : ça pue dans le "milieu", et tout ce petit monde le sait, se tait comme il se terre, planqué à l'abri des concepts comme le bobo pepe-dndf « la racialisation arrive ensuite dans le temps », donc dans la « structure » qui hante son cerveau sclérosé mais d'un genre très "classe"

on a les mêmes figures petites bourgeoises créoles aux Antilles*, dont un maître à penser le "marxisme" de Yves Coleman, à non-penser la classe, est Germinal Pinalie* « je suis Charlie » de bonne famille, idéologue au nom de Marx (!) du déni de 'la question indigène'. Voir le fond de l'argumentaire dansLes identitaires de gauche, généalogie d'une dérive, ou Les mots de Marx sont importants (sur la haine de la religion)(lire aussi la discussion et l'interview de Tévanian), mais accrochez vos ceintures marxiennes, car c'est culotté de coton, et lisez Marx aux antipodes... Ici nous sommes vraiment dans un combat qui se joue au sens fort aussi bien sur un terrain théorique que sur le terrain social, où, jusqu'ici, le « courant communisateur » a ramé par son absence... à contre-courant du combat de classe tel qu'il se présente racialisé

* un symbole en est l'association 'Tous créoles'  « Guadeloupéens et Martiniquais de toutes couleurs et de toutes classes sociales...» - dont était membre le papa, Pierre Pinalie, chassez ces identités que je ne saurais voir...

alors, Bernard Lyon, BL de Théorie communiste, toi qui prétendais « affirmer de façon très nette voire, polémique » que la race risquait de « secondariser » le genre*, toi qui est « pas antiraciste », toi qui assure qu'il n'y a « rien » à faire, toi qui conseilles aux « partisans de la communisation » de résister à « l'accusation d'attentisme »... toi qui,  comme la Wertkritik et Temps Critiques, soutiens fondamentalement le même effacement des couleurs et origines autres que les tiennes, blanche et juive, toi si près de tes singuliers intérêts familiaristes que tu as changé de nom à l'état-civil, t'es où ? Toujours aussi schizo, entre « vivre normalement » et « vouloir la révolution » en 2020 ? Tsss...

* « Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre » Utérus vs Mélanine

** mes ami.e.s et connaissances : Jacubowiez, Schwartz, Wekstein, Levy, Simon (dsl), Halimi, Klein, Korn, Kolb, Goldman, Benedetto, Pozner, Sitruk, Rangell, Wiener, Seligman, Rybak... ils n'étaient pas anars de gauche, tu crois que c'est pour ça qu'ils n'ont pas changé de nom ?

lavez vos linges sales entre vous, « camarades » confrontés comme jamais à la honte d'être et n'être pas ce à quoi malgré vous vous identifiez, vous qui considérez au nom de votre universalisme prolétarien qu'« il ne faut pas partir du perso », vous singulièrement infoutus de vous en abstraire, protégeant ceux qui vous ressemblent, couleurs, origines et théories réunies, vous « camarades » de vous-mêmes, prenez votre temps : la vie et les luttes de classe, les combats communistes, sont ailleurs, et ne vous attendent pas
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Angela Davis, le capitalisme, le communisme et la question du parti   Dim 10 Mai - 14:07

on peut comparer la stratégie politique du PIR aux positions d'Angela Davis, puisqu'elle a une formation marxiste

concernant ses années de formation
Wikipédia a écrit:
C’est dans ce nouvel environnement qu’elle entend pour la première fois parler du socialisme, s’avouant notamment fascinée par les expériences utopiques, comme celle de Robert Owen. Elle lit le Manifeste communiste qui la conduit « à replacer les problèmes du peuple noir dans le contexte plus large d’un mouvement de la classe ouvrière ».

Elle est introduite au sein d’une organisation de jeunesse marxiste-léniniste nommée Advance. C’est sa première expérience du militantisme. Elle y côtoie des amies de longue date comme Margaret Burnham ou Mary Lou Patterson mais rencontre aussi à cette occasion Bettina Aptheker, la fille de l’historien communiste Herbert Aptheker dont le domicile accueille la plupart des réunions du groupe16. Elle participe aux manifestations de soutien au mouvement des droits civiques qui connaît un nouvel élan avec la campagne de sit-in initiée le 1er février 1960 à Greensboro. Davis a cependant le sentiment d’avoir quitté le Sud au moment où le mouvement prenait véritablement de l’ampleur et en éprouve une vive frustration. Elle se range néanmoins à l’avis de ses parents qui lui enjoignent de finir son année scolaire à New York.

Études supérieures

En 1962, elle obtient une bourse pour étudier à l’université Brandeis dans le Massachusetts. Elle est l’une des trois étudiantes noires de première année. Davis décrit cette première année comme une année d’isolement qu’elle « cultive de façon quelque peu romantique », se plongeant notamment dans les œuvres des existentialistes français (Jean-Paul Sartre, Albert Camus…). Son année universitaire est marquée par une série de conférences de l'écrivain James Baldwin sur la littérature qui est interrompue par la crise des missiles de Cuba ; Baldwin refuse de poursuivre son exposé mais s’exprime sur le conflit lors d’une assemblée générale, aux côtés du philosophe Herbert Marcuse que Davis entend pour la première fois. Elle occupe divers emplois pour financer un voyage en Finlande où se déroule le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. Elle s’arrête à Londres et passe quelques jours à Paris et à Lausanne. À Helsinki, elle se montre particulièrement impressionnée par l’énergie dégagée par la représentation que donne la délégation cubaine.

Lors de sa deuxième année à Brandeis, elle étudie la littérature et la philosophie française contemporaine ; Sartre en particulier continue de susciter son intérêt. Elle voit Malcolm X haranguer un amphithéâtre composé quasi exclusivement d’étudiants blancs, en leur annonçant la prochaine punition divine de leurs pêchés envers les Noirs.

À l'issue de son cursus, Davis obtient une prolongation de sa bourse pour suivre le programme français de troisième année du Hamilton College. En septembre 1963, elle passe ainsi un mois à Biarritz. C’est dans la station balnéaire française qu’elle apprend l’attentat qui a frappé l’église baptiste de sa ville natale de Birmingham où quatre jeunes filles sont tuées [référence]. Trois étaient de proches connaissances. Refusant d’y voir le résultat d’un comportement extrémiste isolé, elle analyse « cet événement violent et spectaculaire » comme l’expression paroxystique de « la routine quotidienne, souvent monotone, de l’oppression raciste ». Elle passe novembre à Paris, puis l’été à Francfort où elle assiste à des conférences de Theodor W. Adorno. Sa formation intellectuelle se poursuit : elle lit Marcuse et de retour à Brandeis se rapproche du philosophe après avoir assisté à sa série de conférences sur la pensée politique européenne depuis la Révolution française. Sur ses conseils, elle décide de partir étudier la philosophie à Francfort. Elle quitte les États-Unis en 1965, au milieu des émeutes de Watts.

En Allemagne, elle côtoie des étudiants allemands membres de l’Union socialiste allemande des étudiants, participe à des manifestations contre l'intervention militaire américaine au Viêt Nam ou contre la projection du film documentaire italien pro-colonisation Africa Addio et visite régulièrement Berlin-Est.

Pendant son séjour en Allemagne, le mouvement de libération des Noirs connaît de profondes évolutions et tend à se radicaliser dans le sillage du slogan Black Power. Frustrée de ne pouvoir participer à l’effervescence militante qui semble régner dans son pays, elle décide de rentrer aux États-Unis à l’issue de sa deuxième année en Allemagne. Marcuse, désormais en poste à l’Université de San Diego, accepte de reprendre la direction de sa thèse, initialement tenue par Adorno.

À son arrivée à San Diego, elle est privée de tout contact au sein du mouvement noir californien et adhère en désespoir de cause à l’organisation radicale des étudiants du campus dont l’action se tourne principalement vers la lutte contre la guerre du Viêt Nam. Elle subit à cette occasion sa première arrestation à la suite d'une distribution de tracts. Souhaitant s’impliquer dans une action spécifique à destination des Noirs, elle travaille à organiser un conseil des étudiants noirs de l’université de San Diego, jusqu’alors inexistant. Sa première action est de participer à un comité de soutien à Ed Lynn, un soldat qui avait lancé une pétition contre la discrimination raciale dans l’armée.

Son implication militante lui révèle la profonde désunion du mouvement de libération des Noirs et les très fortes rivalités qui le traversent. Elle-même occupe une position très minoritaire au sein du mouvement.

Sur le plan des objectifs, elle s’oppose au séparatisme de certaines des organisations du Black Nationalism qui pensent que la libération du peuple noir doit passer par une séparation de la société blanche et la fondation d’une Nation Noire sur le sol américain ou africain. Sur le plan des moyens, elle refuse la méthode consistant à exacerber les antagonismes entre Noirs et Blancs dans le but de provoquer des soulèvements spontanés similaires à ceux de Watts ou de Détroit dans lesquels certaines organisations voyaient les prémices d’un soulèvement généralisé du peuple afro-américain.

Elle n’en refuse pas moins l’intégrationnisme qui fut la position de Martin Luther King. Le marxisme constitue un des éléments centraux de son positionnement : elle pense que la lutte de libération des Noirs doit s’insérer dans le mouvement révolutionnaire dont le socialisme constitue l’horizon. Or le marxisme est rejeté par une grande partie des organisations nationalistes qui le désigne, à l’image de Stokely Carmichael, le leader du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), comme étant « la chose de l’homme blanc ». Les Blancs ont d’ailleurs été écartés des leviers de commande du SNCC à partir du printemps 1966. Pour les nationalistes, les Noirs ne doivent compter que sur leurs propres valeurs, leurs propres analyses et leurs propres forces pour se libérer.

Si Davis affiche son marxisme, elle hésite plus longuement avant de s’affilier au mouvement communiste. Elle met cette réticence initiale sur le compte de son parcours militant. En Allemagne notamment, elle s’est imprégnée d’un discours libertaire très critique à l’égard du communisme soviétique. Elle finit par adhérer en 1968 au Che-Lumumba Club, une section du Parti communiste des États-Unis d'Amérique réservée aux Noirs. Elle rejoindra aussi le Black Panther Party dont la position révolutionnaire se caractérise par un égal refus de l’intégrationnisme et du séparatisme.

Une autre composante de son identité militante est son féminisme. Ce dernier est en partie nourri par son parcours militant au cours duquel elle se heurte au sexisme d’une partie du mouvement nationaliste noir voire d’une partie des organisations auxquelles elle appartient. On lui reproche notamment le rôle de leader qu’elle est amenée à assumer au sein du mouvement. Pour l’organisation United Slaves de Ron Karenga ou le poète Amiri Baraka (alors nommé Leroi Jones), le leadership masculin est un moyen pour les hommes noirs de regagner leur dignité face aux Blancs. La place des femmes au sein du mouvement ne peut être par conséquent que subordonnée à celle des hommes : les tâches domestiques et l’inspiration des leaders masculins sont les rôles qui leur sont dévolus. Davis estime au contraire qu’un authentique mouvement de libération doit lutter contre toutes les formes de domination : l’homme noir ne peut se libérer s’il continue d’asservir sa femme et sa mère.

En France, Angela Davis dénonce ce qu'elle considère comme un acharnement contre le voile musulman qui le transforme en outil de résistance, et rend certaines femmes voilées « plus féministes » que celles qui ont entrepris de les dévoiler. En mars 2013, lorsque François Hollande fait part de sa volonté d'interdire le voile dans les crèches, elle se joint à des femmes musulmanes et des intellectuelles pour dénoncer une « loi raciste » qui « vise d'abord les femmes, et devrait aboutir à exclure les plus vulnérables d'entre elles du monde du travail et de l'éducation. »

sur le capitalisme et la nécessité d'un parti, interview à l'Humanité, 3 avril 2013
Angela Davis «  Il s’agit toujours de lutter contre le capitalisme »
Angela Davis a écrit:
Entretien réalisé par Marie-José Sirach Traduction Dominique Widemann

Femme, noire, activiste, communiste, universitaire, Angela Davis fut de tous les combats pour la défense des droits civiques aux États-Unis. Traquée par le FBI, elle est arrêtée en 1971. Avec la cinéaste Shola Lynch, qui lui consacre un film, elle revient sur ces années et son insatiable engagement contre les inégalités.

Lors de votre arrestation, en 1970, Nixon est au pouvoir. Reagan est gouverneur de la Californie. Imaginiez-vous, à cette époque-là, qu’un président noir puisse être élu en Californie ?

Angela Davis. C’était alors tout à fait inconcevable. Les luttes de cette époque, et notamment les luttes pour les droits civiques, ont, me semble-t-il, posé les fondements de cette élection. Robert Kennedy, avant d’être assassiné, avait prédit : « Les États-Unis auront un président noir dans quarante ans. » Martin Luther King plaçait cette espérance à vingt ans. L’élection d’Obama marque l’achèvement d’un cycle historique mais elle n’a pas modifié les fondamentaux politiques. Jusqu’alors, je n’avais jamais soutenu un candidat démocrate. J’avais toujours appelé à voter pour le candidat ­communiste ou indépendant. Mais là… Les gens qui ont voté Obama n’ont pas mis la pression nécessaire pour orienter sa politique dans le sens que nous souhaitions, plus progressiste, plus à gauche. Pour preuve, il a maintenu l’intervention en Afghanistan. Il n’a pas fermé le bagne de Guantanamo. Il n’a pas mis en place le plan de santé publique pourtant indispensable et si attendu. Le soutien critique est le seul moyen d’infléchir sa politique et d’intervenir sur le cours de l’histoire.

La tactique de l’accusation au cours de votre procès semble avoir agi comme un révélateur pour votre engagement féministe. Pour paraphraser Simone de Beauvoir, diriez-vous : on ne naît pas féministe, on le devient ? [sic... Beauvoir a dit "on ne naît pas femme, on le devient "]

Angela Davis. Le contexte du procès était lié à mes affiliations politiques, au fait que j’étais communiste, proche des Black Panthers, que j’enseignais la philosophie marxiste à l’université de Californie et que je prenais la parole en public pour dénoncer les violences policières et les conditions d’emprisonnement des Noirs dans mon pays. Aux États-Unis, tout cela relève de la liberté de pensée et d’expression. L’accusation ne pouvait pas reposer sur cet axe durablement, d’autant que le mouvement d’opinion qui me soutenait était d’une grande ampleur. On ne touche pas aux droits fondamentaux de la Constitution américaine comme ça. Le procureur ­Harris a donc changé de stratégie. Il a écarté l’argument politique pour utiliser un argument machiste : j’étais sur les bancs des accusés parce que j’entretenais une relation amoureuse avec George Jackson, incarcéré à la prison de Soledad, membre des Black Panthers. Surtout pas pour mon engagement politique. J’aurais donc, selon Harris, prémédité et fourni les armes de la prise d’otage visant à le libérer comme une femme folle d’amour. Je savais bien que j’étais là parce que j’étais communiste.


Au lendemain de votre libération, au Madison Square Garden, vous lancez un appel à poursuivre la résistance… Cet appel est-il toujours d’actualité ?

Angela Davis. Fondamentalement oui. Les prisonniers politiques existent toujours. Certains de ceux qui sont incarcérés aujourd’hui l’étaient déjà au moment où j’étais en prison il y a quarante ans dans des conditions toujours aussi terribles. Ce que nous avons compris depuis, c’est que les différents combats que nous menons, qu’il s’agisse de sauver l’environnement, de lutter contre les injustices sociales et économiques, contre le racisme et la violence, pour les droits des homosexuels, pour la paix, doivent être globalisés à l’échelle de la planète. Il s’agit toujours de lutter contre le capitalisme.

Votre combat en faveur des prisonniers politiques est le nœud gordien de votre engagement. Aujourd’hui, Mumia Abu-Jamal ou encore Leonard Pelletier sont en prison depuis de très longues années. Est-ce à dire que la situation n’a en rien changé ?

Angela Davis. Elle a changé en partie. Après des décennies de combat, ­Mumia est sorti du couloir de la mort. Bien sûr, il aurait dû être libéré mais, grâce à l’action de masse, aux liens qui se font, nous avons au moins sauvé sa vie.

L’Amérique des années 1970 est traversée de grands mouvements pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam. À partir des années 1980, on a le sentiment d’un grand vide militant. Peut-on parler d’une résurrection, d’une nouvelle prise de conscience politique avec des mouvements comme Occupy Wall Street ?

Angela Davis. Il faut se souvenir que dans les années 1980 ont eu lieu de profondes modifications structurelles, l’effondrement de certaines industries majeures, la fermeture de nombreuses usines, les délocalisations. Le chômage commence à se développer fortement à ce moment-là, singulièrement dans la communauté noire. Aujourd’hui il est devenu massif. À partir de ces années-là, la drogue envahit les quartiers pauvres. Les prisons se remplissent d’autant plus qu’elles sont privatisées et que l’incarcération devient rentable. La santé est privatisée. L’éducation est à l’abandon. D’énormes attaques sont portées contre les populations pauvres et noires.

Aujourd’hui, un mouvement comme Occupy Wall Street représente en effet une prise de conscience. Les gens n’ont plus peur. Ils n’ont plus peur de critiquer ouvertement le capitalisme et il faut remonter aux années 1930 pour retrouver cette force de contestation politique. Occupy Wall Street est très vivace mais il existe beaucoup d’autres mouvements contestataires, même s’ils sont moins visibles
.

Shola Lynch. Il y a quarante ans, il existait encore des moyens de production et donc des emplois. Beaucoup de jeunes avaient accès à l’éducation. Ceux qui aujourd’hui font partie d’Occupy Wall Street n’ont accès, contrairement à leurs parents, ni à l’un, ni à l’autre. Il y a aussi une part de désespoir.

Angela Davis. Les organisations de gauche sont en perte de vitesse, mais il y a une conscience de masse plus réceptive aux idées progressistes. C’est ce qui a permis l’élection d’Obama et ouvre de nouvelles possibilités.

Précisément, que pouvez-vous nous dire sur les forces communistes aux États-Unis ?


Angela Davis. Les vestiges de l’anticommunisme sont toujours très vivaces. Des réflexes incroyables perdurent, en particulier sur les questions sociales. Même Obama est accusé d’être un « socialiste » ! Je pense qu’il y a une meilleure réception des idées communistes aujourd’hui, en particulier depuis la crise financière. Occupy Wall Street a canalisé le besoin d’être plus critique à l’égard du capitalisme. Les jeunes y sont plus réceptifs.

Si nous avions un Parti ­communiste plus grand, plus fort, plus de personnes nous rejoindraient. Aujourd’hui, les militants continuent de s’engager pour la santé, l’éducation, ­l’environnement, contre les expulsions, le racisme, les violences policières… Beaucoup de militants communistes sont investis dans Occupy Wall Street, et avoir rendu ce mouvement visible a été un sacré défi. Le bipartisme est un frein. Il faudrait créer un parti progressiste qui rassemble toutes ces forces.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: décolonialisme et communisation : problème théorique   Dim 10 Mai - 14:56

nous avons ainsi posé les caractéristiques théoriques, stratégiques et politiques de la mouvance qui exprime, tente de représenter les luttes contre le racisme des indigènes eux-mêmes, de façon plus ou moins explicite contre le capitalisme, et dans des rapports divers à la tradition marxiste et communiste. Et nous avions auparavant évoqué les arguments, critiques de l'antiracisme et de l'anti-impérialisme ou de l'anti-fascisme, de leurs détracteurs, marxistes, anarchistes, ultragauches, féministes, etc.

trois choses peuvent être affirmées :

1) on ne saurait confondre l'antiracisme par solidarité de qui n'en est pas 'victime' et les luttes contre le racisme de qui en est la cible : c'est une première limite de la critique de l'anti-racisme, dans la mesure où elle aboutit purement et simplement à dénier le droit à l'auto-défense de populations soumises à la domination, la sur-exploitation, etc.

la critique de l'antiracisme humaniste universel se retrouve prise à son piège, l'expression d'un antiracisme prolétarien ou anti-communautaire au nom de l'unité de la classe

http://patlotch.com/wit-icons/trois-singes.jpg
le courant communisateur prépare la guerre de classe

pour le moins, c'est une aporie critique, pour le pire un jeu dangereux avec l'idéologie racialiste dominante (ici l'idéologie française), dont on a relevé les errements, et l'argumentaire rejoignant plus d'une fois soit celui des identitaires ou de l'extrême-droite, soit celui du 'sionisme' en tant que soutien à Israël comme "avant-garde de la démocratie" au Moyen-Orient (la formule est de Manuel Valls, à vérifier)

2) les luttes contre le racisme de qui en sont 'victimes', même organisées, ne peuvent faire l'objet globalement de la même critique que le citoyennisme, l'alternative démocratique radicale, même quand elles recoupent, parce que la spécificité du problème racial dans la question de classe les déportent vers d'autres fondements et une autre perspective d'émancipation. Leur problématique de transition politique n'est pas celle de la transition visée par la théorie de la communisation. Elle est à relier avec mon approche du dépassement des identités de lutte, dans le primat des luttes auto-théorisantes sur la théorie surplombante des théoriciens

si ce n'est pas avec la politique du PIR que nous avons à débattre, c'est néanmoins avec les positions théoriques et les concepts critiques dont ce parti déduit une stratégie politique qui n'engage pas la validité théorique des thèses décoloniales. Ici nous établissons la même distinction qu'entre toute théorie et son usage, y compris par ses auteur.e.s mêmes (cf mise au point de Roland Simon au sujet de Caliban et la sorcière)

3) ces critiques 'marxistes' ou 'anarchistes', chargées de haine chez certains, se distinguent par l'absence d'analyse du capitalisme contemporain, de critique de son économie politique, et des positions de classe tout sauf claires, pétition de principe posée comme prétexte

caractérisées par leur faiblesse théorique, leur méconnaissance du sujet, leur incompréhension ou leur déformation des positions qu'ils attaquent d'un point de vue fondamentalement non concerné... ces critiques ne nous servent à rien pour comprendre et saisir les enjeux des luttes revendiquées décoloniales

par conséquent, du point de vue de la théorie de la communisation, tout le travail théorique est à faire, et c'est cela qui est proposé et engagé ici, dans cette partie du forum, qui n'en est pas le tout...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Jeu 14 Mai - 11:58

reprise ici de intervention Prolétariat : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

il s'agit ici d'avancer à la fois dans la critique interne/externe de la théorie classique de la communisation, et dans la proposition de pistes théoriques pour sortir de sa sclérose. Aujourd'hui, à partir du concept de prolétariat, de son rapport à la « classe ouvrière », de ses usages et mésaventures sans perspective communisatrice

Karl Nesic a écrit:
- La classe ouvrière. D’abord, personne n’a jamais affirmé que le prolétariat se résumerait à la classe ouvrière. Karl Nesic Et maintenant ? 2012

adé a écrit:
Les révolutions socialistes, que ce soit celle de Russie ou celle de Chine, ont été l’œuvre de masses surtout paysannes, on sait comment elles ont été remerciées : famines en URSS (notamment en Ukraine), « Grand Bond en Avant » en Chine, c’est-à-dire prolétarisation forcée ( exit les « petits mondes anciens »), plusieurs millions de morts dans un cas comme dans l’autre…
T.C [Théorie Communiste] n’a pas vu venir l’individu-masse, et a continué à penser comme si le « prolétariat » était un invariant, comme s’il était (le prolétariat) porteur de communisme. Eh bien non…  adé dndf 13 mai
j'ai réagi sur le fond dans Communisation et 'Critique de la Valeur' : entre 'vases vides' et 'outres gonflées' par le vent

Roland Simon a écrit:
La communisation est le processus d’intégration de l’humanité au prolétariat en train de disparaître. Comment on intègre l’agriculture pour ne pas avoir à échanger avec les paysans ? Comment on défait les liens échangistes de l’adversaire pour lui imposer la logique de la communisation des rapports et de l’emparement des biens ? Comment on dissout par la révolution le bloc de la trouille ? ... La stricte délimitation du prolétariat par rapport aux autres classes... Dans ce processus d’unification ce sont des masses énormes de prolétaires qui sont embarquées dans le mouvement et qui ne sont pas des ouvriers. C’est-à-dire que la contradiction qui entraîne l’abolition de la valeur c’est la contradiction du capital comme contradiction en procès, mais cette contradiction en tant que force vivante c’est la contradiction entre surtravail et travail nécessaire, c’est-à-dire le prolétariat au sens strict de classe ouvrière

depuis quelques temps, j'ai suggéré que TC, notamment, redéfinisse ce qu'il entend par "prolétariat", comme il l'a fait pour "communisme" (mouvement vs moment historique), et sorte d'usages par trop ambivalents

concernant la paysannerie, adé n'a pas tort, qui rejoint les craintes exprimées par André Dréan, et ma critique renouvellée dans le sujet "la production paysanne et l'exploitation capitaliste" Claude Faure 1977

Patlotch a écrit:
un texte particulièrement intéressant et formateur à la critique de l'économie politique, dans un domaine où elle est toujours controversée : la paysannerie dans le capitalisme. Dans la mesure où la périodisation de l'histoire de capital est, dans la théorie de la communisation, lié au notion de subsomption formelle et subsomption réelle (du moins chez Théorie Communiste), l'approche ci-dessous permet de s'en faire une idée assez concrète mais toujours en vigueur aujourd'hui, posant la question de l'unité du Mode de production capitaliste (MPC), à laquelle l'auteur répond sans ambiguïté, mais avec finesse

c'est aussi l'occasion de revenir sur la validité de la loi de la valeur, sur l'articulation production-reproduction du capital et du prolétariat, et d'autres thématiques familières aux lecteurs des textes théoriques

autre aspect, en corollaire, la nature du travail paysan comme "quasi-salarié" et celle des luttes qu'il peut mener contre le capital. L'enjeu est, comme déjà évoqué, celui des formes d'unité que peut prendre le prolétariat dans le processus de communisation, et là, comme je le soutiens par ailleurs, nous nous écartons sensiblement du schéma tracé par Théorie Communiste quant à l'absorption, de gré ou de force, de la paysannerie au prolétariat, ce qui suppose d'abord que les paysans, ou une forte partie des travailleurs-paysans, ne seraient pas des prolétaires...

ici, l'on retrouve l'intérêt de Marx dans la lecture dialectique de Bertell Ollmann (cf Patlotch problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode, celle de K.B. Anderson dans Marx aux antipodes, Nations ethnicité et société non occidentales : des thèmes multilinéaires

on retrouve ma formulation les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution

et tout cela entre en résonnance forte avec les concepts de la critique décoloniale (DÉCOLONIALITÉ et COMMUNISATION : en finir avec la suprématie blanche occidentale ET le capitalisme, dont il est aisé de vérifier qu'elle s'appuie sur des réalités et des mouvements sociaux autrement plus présent et massifs que la théorie de l'écart de Théorie Communiste

que tout cela ne colle pas avec le concept étroit de prolétariat =~ classe ouvrière des théoriciens de la communisation, marxistes ici plus orthodoxes que Marx - particulièrement la vision de Théorie Communiste -, ne signifie pas que le concept de révolution par le prolétariat, « classe communisatrice » selon « un glissement sémantique » expliqué par RS dans le même texte), tout cela donc ne signifie pas que le concept de prolétariat révolutionnaire serait incompatible avec la nécessité de dépasser, entre la crise et la communisation, les colonialités, et de produire le dépassement des identités de luttes dans lesquelles se forgent la subjectivation révolutionnaire

par petite provocation, laissons conclure un théoricien pas vraiment proche de « nous »

Alain de Benoist a écrit:
il n’y a de perspective révolutionnaire que lorsqu’une reconstruction idéologique radicale rencontre un mouvement social réel. Il me semble qu’on en est encore loin Alain de Benoist. « Le FN aurait tout intérêt à abandonner ses positions jacobines BreizhInfo 27 mars 2015»

que cela nous plaise ou non, la reconstruction idéologique radicale que je propose, utiliser les concepts critiquees de la décolonialité pour ouvrir aux réalités présentes la théorie de la communisation, cette proposition est plus ancrée dans les réalités du monde actuel que jusqu'ici cette théorie de la communisation, et les luttes sur lesquelles je la fonde, luttes de prolétaires en un sens non réduit à la classe ouvrière, luttes de femmes 'racialisé.e.s' et décoloniales, luttes contre l'appropriation et pour la sauvegarde de la terre nourricière... ces luttes sont un mouvement social réel

rien ne dit qu'elles conduisent, du moins à court ou moyen terme, à « l'insurrection généralisée » et à la « communisation simultanée à l'échelle mondiale » dont rêvent les "communisateurs". Mais comme disait Marx, c'est celles que nous avons « sous les yeux », et si elles annoncent quelque chose, c'est bien une étape, une transition dans l'histoire même du capitalisme, avant que puisse être envisagée une révolution générale d'abolition du capital

Angela Davis, aux dix ans du PIR, eut ce mot de la fin : « Exigeons l'impossible ! ». En 68, c'était « Soyons réalistes, exigeons l'impossible !» Elle ajoute, à Nantes : « Et dire que l’on me reproche à moi de prêcher par excès d’optimisme ! »

au fond, la Théorie de la communisation n'aurait-elle pas été, jusque-là, qu'une théorie gauchiste de la révolution ? , des mots plus radicaux que tout le monde, et un objectivisme délirant et dérivant en participation à des activités groupusculaires dont tel « leader objectif », haut-fonctionnaire de carrière, finit au sommet de l'État et de l'économie grecque du réformisme capitaliste d'État (cf pour ou contre la communisation ? un débat de 2012 et suites... à propos de Woland tombé de Sic en Syrisa)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Contre la racialisation ?   Jeu 14 Mai - 19:12

ayant trouvé cette discussion sur Indymédia Nantes, Contre la racialisation,

? a écrit:
Sont fêtés ce 8 mai 2015 les 10 ans d'un groupuscules d'universitaires racialistes, le « Parti des Indigènes de la République », à la Bourse du travail de St Denis. Heureusement sans assises militantes et politiques concrètes, ce groupe bénéficie pourtant d'une visibilité assez importante et en tout cas disproportionnée. Pire, il profite d'une complicité larvée dans certains milieux politiques, malgré ses positions racialistes, racistes, homophobes et antisémites Ils sont également partisans du religieux, et défendent l'islam politique.
Cette accointance avec des lambeaux de l'extrême gauche est sans doutes rendue possible du fait d'un certain vide politique, d'une culpabilisation importante à l'endroit de la banlieue et des immigrés ; tout cela prend place dans une période de confusion bien répandue. Au niveau international, générant encore d'autres effets de disproportion de visibilité, ils sont relayés par d'autres universitaires œuvrant dans les « post colonial » et « gender » studies.
En réaction aux positions politiques du PIR on peut voir différents tags sur la Bourse du travail de St Denis et alentours.

PIR dégage.
Ni religion, ni racialisation, vive le communisme.
Ni parti, ni indigène, ni république, vive la révolution.
Nique la race, vive la lutte des classes, red panthers.
Racialisteurs vous êtes des microfascistes
Bouteldja, Soral, Dieudonné, Degagez
Si vous en avez vu d'autres ou si vous avez des photos n'hésitez pas à les publier

je n'ai pas vu ces tags sur la Bourse du travail à Saint-Denis... par contre je constate (voir les liens en marge) qu'Indymédia Nantes s'ajoute à l'État, aux fascistes, aux "sionistes", et à la police, pour s'en prendre aux 'indigènes' de la République, d'en bas comme d'en-haut, et à Angela Davis qui, je pense au-delà de tous désaccords entre "camarades", n'a pas de leçon à recevoir de ces parvenus de Nantes, haut lieu d'une bourgeoisie  française qui a bâti sa fortune dans la traite et le commerce triangulaire (pré-capitaliste). Qu'ils aillent donc à Ferguson ou Baltimore soutenir leurs positions "anarchistes" radicales

qsfd a écrit:
C’est un véritable festival anti-PIR sur Indymedia, à croire qu’on a enfin trouvé l’ennemi commun capable de fédérer de l’extrême droite à l’extrême gauche au moment où l’union sacrée autour des valeurs de la République et de Charlie commençait à s’essouffler.

Rien n’est négligé, depuis le petit facho de service (« Bouteldja, Soral, Dieudonné, Degagez », bonjour l’amalgame !) jusqu’à l’intello de 17:36 censé donner des arguments un peu plus élaborés mais toujours aussi cons. Bien que n’étant pas au PIR et ne partageant pas forcément leurs points de vue, il ne m’est pas possible de laisser sans réagir de futurs petits Goebbels imposer leur loi sur les médias alter. On connaît vos amis, et on sait aussi reconnaître les « antifascistes » aux méthodes de fascistes, idiots utiles du pouvoir dont les seuls ennemis sont exactement ceux du pouvoir.

Même avec Valls, Fourest ou Coleman, vous ne nous faites pas peur :

De l’usage réactionnaire de la notion d’« antiracisme de classe » par Yves Coleman

Patlotch a écrit:
« Antiracisme de classe » ou lutte de classes des racialisés ? identitaires ou identifiés ?

Décidément, Yves Coleman est bien pratique, avec ses gros sabots : « Acquérir une vision claire des différentes formes de racisme et de leurs rôles. Et réfléchir à ce que pourrait être un antiracisme de classe »

Bien pratique pour des considérations dépassant sa personne et son militantisme spécialisé dans la dénonciation, non de l'Etat et du capital, mais des militants d'extrême-gauche.

Tout l'article est construit avec l'idée que le racisme est... une idée. Il s'agirait de s'en faire la bonne pour élaborer le bon «antiracisme», de préférence de gauche ou d'extrême gauche, en prenant en compte des « analyses de sociologues, historiens et spécialistes de sciences sociales, universitaires, économistes... ». Notons au passage que pour Yves Coleman, F. Fanon, Malcolm X, Stockely Carmichael, Huey Newton, Angela Davis sont des « identitaires », un qualificatif qui trouverait grâce à lui une valeur rétro-active pour tous ceux qui ont mené depuis des siècles leurs luttes contre leur esclavage, leur colonisation ou leur ségrégation institutionnelle en France... Le Noir sur-exploité qui se bat le fait parce qu'il est exploité, pas parce qu'il est noir, mais s'il est plus sur-exploitable, c'est parce qu'il est noir.

Il ne vient pas à l'idée d'Yves Coleman que les premiers concernés par le racisme sont les "victimes" du racisme, et qu'eux ne se définissent pas comme « antiracistes ». L'antiracisme vient d'une extériorité compassionnelle au problème de classe et de race. À l'inverse, c'est toujours partant de leur situation concrète, de leur situation sociale, économique ou de leur confrontation à la répression policière, que ces populations racialisées entrent en luttes, des luttes qui ne se caractérisent pas par des revendications «identitaires», mais plutôt à visée dés-identitaires. Au fond, ils ne demandent pas un soutien « antiraciste de classe » à leur luttes. Une telle posture finalement morale n'est bonne qu'à soulager la conscience militante blanche... ou assimilée [...]

« Penser l'histoire et le présent des identités dans leurs rapport aux classes sociales et à leurs antagonismes »


Vouloir définir un « antiracisme de classe », c'est vouloir donner des leçons de classe aux racialisés. C'est oublier que le racisme réel est un rapport social, et comme tout rapport social dans le capitalisme, une rapport de classe en lui-même de par son intérêt pour le capital, non par une quelconque prise de conscience apportée par une posture militante qui ne mange pas de pain... noir. D'autant quand on passe son temps, comme Yves Coleman, à flinguer tous ceux qui justement sont pris dans la tourmente et les tourments d'être, non pas «identitaires», mais identifiés par leurs couleurs de peau.

[/b]http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-608.html

j'ai laissé ce commentaire :

Patlotch a écrit:
Publié: le jeudi 14 mai 2015 à 21:09 par Patlotch  

Bonjours,

Puisque qsdf a eu l'amabilité de donner un lien vers mon site, je me permets quelques précisions. Je ne suis pas un intello universitaire, et agir en communiste contre le racisme, cela me concerne depuis 45 ans

J'ai écrit un premier texte, avec dossier, début 2014, suite à une critique interne/externe du "Courant communisateur"
la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale
http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-517.html

concernant "la question indigène", qui ne se limite pas au PIR (heureusement), une rubrique :
'la question indigène' et la 'communisation' : vous avez dit 'rouges bruns' ? bizarre, bizarre...
http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-504.html

et pour prendre les choses de façon plus approfondie, mais ouverte à la discussion, j'ai créé un forum
COMMUNISATION et DÉCOLONIALITÉ
http://civilisation-change.forumactif.org/

la question des luttes dites "décoloniales" n'en ai qu'une partie mais quoi qu'il en soit, ne saurait être abordée pour moi hors d'une perspective communiste, féministe, anarchiste, écologiste... d'abolition du capital

Merci de votre intérêt, de votre visite éventuelle, et de votre participation si le cœur vous en dit, mais pas pour des échanges superficiels et finalement assez "confus" comme on les voit se multiplier

bon courage dans les luttes

Patlotch


Dernière édition par Admin le Ven 15 Mai - 16:48, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
ContrAttaK
Invité



MessageSujet: des dogmes marxistes et anarachistes ?   Jeu 14 Mai - 23:06

salut,

Je te trouve dur de mettre en cause «les dogmes marxistes et anarchistes». Cela donne l'impression qu'en dehors de la Théorie de la communisation, alors que tu la juges globalement eurocentriste, tout le marxisme et tout l'anarchisme relèverait de ce que tu critiques chez certains.

Côté "marxistes", tu te réfères toi-même à WEB Dubois, Angela Davis, Stuart Hall, Raymond Williams, et d'autres, en insistant sur le fait qu'ils sont marxistes et que les Etudes Post-Coloniales ont été dévoyées de leurs fondements marxistes par l'Université.

Côté "anarchistes", tu as évoqué Élisée Reclus et William Morris, qui sont deux des pères fondateurs d'une écologie radicale et libertaire avant la lettre, le second ayant même inspiré l'Ultra-gauche

à propos d'Élisée Reclus, connu pour ses travaux de géographe http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lis%C3%A9e_Reclus#G.C3.A9ographe_et_anarchiste
Wikipédia a écrit:

Militant de la Première Internationale et communard

En septembre 1864, les deux frères Élie et Élisée adhèrent à la section des Batignolles de l’Association internationale des travailleurs fondée le 28 septembre à Londres (AIT, Première Internationale).

En novembre de la même année à Paris, Élie et Élisée rencontrent Bakounine avec qui ils entretiennent des liens amicaux et politiques forts. Ils militent ensemble à la Fraternité Internationale, société secrète fondée par Bakounine. En 1865, Élisée se rend à Florence, où il revoit Bakounine et fait la connaissance de révolutionnaires italiens.

En 1867, Élisée participe à deux réunions internationales : du 2 au 7 septembre, deuxième Congrès de l’Association internationale des travailleurs à Lausanne et du 9 au 12 septembre, premier Congrès de la Ligue de la Paix et de la liberté à Genève. Du 21 au 25 septembre 1868 il participe activement au 2e Congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté, à Berne. Il y fait une intervention que l’on considère généralement comme sa première adhésion publique à l’anarchisme. Élisée, Bakounine et quelques autres s’opposent à la majorité des congressistes sur la question de la décentralisation. Ils en tirent les conséquences et quittent la Ligue.

En 1868, il adhère à l’Alliance internationale de la démocratie socialiste fondée par Bakounine et admise, en juillet 1869, par le Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, au nombre des sections genevoises. Le 6 juillet et le 17 août 1869 à Londres, Élisée assiste, à titre d’invité, à une séance du Conseil général de la Première Internationale.

En 1869, il publie chez Pierre-Jules Hetzel son Histoire d’un ruisseau.

En 1869, il s’engage comme volontaire au 119e bataillon de la Garde nationale, puis dans le bataillon des aérostiers, dirigée par le photographe Nadar qui devient un ami intime.

Soucieux de donner un foyer à ses filles, confiées à deux de ses sœurs à la suite de la mort de sa femme Clarisse le 22 février 1869, Élisée et Fanny Lherminez déclarent s’accepter librement l’un l’autre pour « époux » en mai 1870 lors d'une réunion de famille à Vascœuil.

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, puis de la Commune de Paris, Élisée s’engage activement dans l’action politique et militaire. En décembre, il participe, avec André Léo, Benoît Malon et son frère Élie Reclus, à la création du journal La République des travailleurs. Il tente de se présenter aux élections législatives du 8 février 1871 à Orthez, sans succès. Après la proclamation de la Commune, le 28 mars 1871, il s'engage comme volontaire dans la Fédération de la Garde nationale. Le 4 (ou 510) avril 1871, à l'occasion d'une sortie à Châtillon, il est fait prisonnier les armes à la main, par les Versaillais9.

Emprisonné au camp de Satory à Versailles, il est rapidement transféré au fort de Quélern puis sur l’île de Trébéron (en rade de Brest), avant de revenir en banlieue parisienne pour y être jugé. Il connaît en tout une quinzaine de prisons en onze mois de captivité (avril 1871-mars 1872).

Bannissement en Suisse

Le 15 novembre 1871, le 7e Conseil de guerre le condamne à la déportation simple (transportation) en Nouvelle-Calédonie.

Une pétition internationale regroupant essentiellement des scientifiques anglais et réunissant une centaine de noms (dont Darwin), obtient, 3 février 1872, que la peine soit commuée en dix années de bannissement9. Élisée Reclus se refuse à signer un recours en grâce. Sa peine sera remise le 17 mars 1879.

À la suite de sa commutation de peine, Élisée et sa famille séjournent en Suisse, à Lugano (1872-1874), La Tour-de-Peilz (1874-1875), Vevey (1875-1879) et surtout Clarens (1879-1890).

Il assiste au congrès de la Paix de Lugano (septembre 1872), et fonde une section internationaliste en 1876 à Vevey, avec son ami cartographe Charles Perron, qui dessine pour lui dans la Nouvelle Géographie Universelle. La section publie un journal, Le Travailleur, prônant notamment l'éducation populaire et libertaire.

En février 1874, sa compagne Fanny meurt en couches, ainsi que leur nouveau-né prénommé Jacques. Le 10 octobre 1875, il s'unit à Ermance Gonini veuve d’un cousin Trigant-Beaumont de la mère des Reclus, et mère adoptive d'une fille d'un couple de sauniers charentais, Sophie Guériteau dite Georgette Gonini (qui s'unira en 1889 au graveur William Barbotin). Héritière d’une petite fortune, Ermance fait construire une maison à Clarens, au bord du lac Léman (1876-1879), où la famille s’installe de 1879 à octobre 1890.

Communiste libertaire

En Suisse, il est membre de la Fédération jurassienne où il acquitte sa cotisation de membre « central ». Il entretient des relations suivies avec Michel Bakounine dont il publie et préface, en 1882, Dieu et l'État, puis avec Pierre Kropotkine dont il fait la connaissance en février 1877. Une grande amitié le lie en outre à James Guillaume.

En 1873 et 1874, il collabore à l’Almanach du peuple, et en 1877, à La Commune. Le 19 mars 1876 à Lausanne, il affirme son communisme libertaire lors d’une réunion commémorative de la Commune de Paris. Le 3 juillet 1876, à Berne, il assiste aux obsèques de Bakounine et prononce un discours funèbre. Au printemps 1877, il lance à Genève, la revue Le Travailleur, avec son camarade et collaborateur Charles Perron, Nicolas Joukovsky et Alexandre Oelsnitz, dans laquelle ils se déclarent « an-archistes ».

Amnistié en 1879, il reste à Clarens où il collabore au journal Le Révolté dirigé à Genève par Pierre Kropotkine et François Dumartheray, puis par Jean Grave. Les persécutions de la police suisse conduisent au transfert du titre à Paris en 1885.

Les 9 et 10 octobre 1880, il participe au congrès de la Fédération jurassienne. Il y définit son communisme libertaire, « conséquence nécessaire et inévitable de la révolution sociale » et « expression de la nouvelle civilisation qu’inaugurera cette révolution », et qui implique notamment « la disparition de toute forme étatiste » et « le collectivisme avec toutes ses conséquences logiques, non seulement au point de vue de l’appropriation collective des moyens de production, mais aussi de la jouissance et de la consommation collectives des produits » (Le Révolté, 17 octobre 1880).

En 1883, les autorités tentent de l'impliquer dans le procès mené, à Lyon, contre Kropotkine. Il est présenté comme son collaborateur dans l'organisation du « parti anarchiste international » qui pourtant, par définition, ne se prête guère à une discipline ni à une hiérarchie. Il écrit au procureur général pour se mettre à sa disposition et finalement les poursuites sont abandonnées.
Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 15 Mai - 12:58

ContrAttaK a écrit:

Je te trouve dur de mettre en cause «les dogmes marxistes et anarchistes». Cela donne l'impression qu'en dehors de la Théorie de la communisation, alors que tu la juges globalement eurocentriste, tout le marxisme et tout l'anarchisme relèverait de ce que tu critiques chez certains.

Côté "marxistes", tu te réfères toi-même à WEB Dubois, Angela Davis, Stuart Hall, Raymond Williams, et d'autres, en insistant sur le fait qu'ils sont marxistes et que les Etudes Post-Coloniales ont été dévoyées de leurs fondements marxistes par l'Université.

Côté "anarchistes", tu as évoqué Élisée Reclus et William Morris, qui sont deux des pères fondateurs d'une écologie radicale et libertaire avant la lettre, le second ayant même inspiré l'Ultra-gauche

concernant le marxisme, ou les théoriciens marxistes, si j'ai donné cette impression, c'est bien malgré moi, puisque cette question est centrale dans mon texte Communisation 2015 : ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution  (je l'ai renommé récemment pour faire ressortir cette dimension qui était présente sans être nommé "décolonialité")

concernant les anarchistes, et particulièrement les deux que tu cites, que je connais un peu, tu apportes des éléments montrant qu'ils annonçaient l'écologisme radical, mais pas alimentant une critique de l'eurocentrisme des révolutionnaires européens dans une perspective libertaire ou anarchiste

il faut comparer ce qui est comparable, en quantité comme en qualité. je ne vois aucun texte anarchiste aujourd'hui arriver à la cheville de leurs pères fondateurs, que ce soit Kropotkine, Reclus, Morris ou Malatesta ou le très sous-estimé Gustav Landauer. J'en vois beaucoup citer leurs textes en morceaux décontextualisés, déshistorisés, comme des mantras ou des sourates du Coran, de la même manière que des "marxistes" citent Marx

alors non, je n'observe pas un esprit défricheur ni rien de nouveau de ce côté-là, plutôt une sclérose intellectuelle, une jeunesse ignorante et suffisante, assénant ses certitudes : des dogmes, des normes révolutionnaires. Mais je ne demande qu'à me tromper No
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Ven 15 Mai - 15:45

Angela Davis pour les 10 ans des Indigènes le JSD.com 12 mai, et commentaires

encore un florilège de critiques, la plupart de droite ou carrément identitaires de souche, mais ça permet de comparer avec celles qui viennent des antifas, anti-confusion, et autres anars virtuels

les titres des commentaires ? ans commentaire : Inquiétant / quelle calamité / PIR=une organisation raciste institutionnalisée...

quelques-unes émergent, je retiens celle-ci

Citation :
Bravo Didier Majid et Bally  

Merci aux élus d'élever le niveau de débat politique. Cet évenement à Saint-Denis est chargé de sens au regard de l'histoire de la ville et des populations de diverses origines notamment opprimées. Merci encore d'avoir permis un espace d'expression en rupture avec la pensée hégémonique eurocentrée par l'introduction des théories décoloniales, des concepts de races sociales, de décolonialité du pouvoir et d'expériences vécues des racisés.

En lisant les réactions ci-dessus, je constate une incompréhension totale et un refus de penser. Vos réactions sont à l'image de l'ordre dominant lorsque vous reprenez les critiques des médias et certains politiques. Ce sont les dominés qui définissent leurs formes de lutte et de résistance. Visiblement vous ne supportez pas la perte de parler à la place des autres. "quelle calamité" sachez que le pir est une organisation politique sans pouvoir qui n'a pas les moyens ni les privilèges d'imposer une hégémonie.

La décolonialité vous inquiète, posez-vous des questions !




Dernière édition par Admin le Mer 24 Fév - 19:43, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
AliKha
Invité



MessageSujet: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage   Sam 16 Mai - 12:46

Ali Khalid Abdullah

Ali Khalid Abdullah a écrit:

Le mouvement Anarchiste dans le monde entier est composé de plus de blancs que de personnes de couleurs. La grande majorité des textes Anarchistes sont écrits et publiés par des blancs. De plus, l’ensemble du mouvement anarchiste, bien qu’affirmant être représentatif de tout le monde, s’est révélé être moins que ce qu’il prétend.

Le mouvement Anarchiste doit commencer à s’autocritiquer si nous voulons construire un mouvement qui représente vraiment tout le monde - si nous projettons sincèrement de combattre et renverser toute forme de racisme, de kapitalisme, la société de classe.

Le mouvement Anarchiste doit s’élargir en direction des communautés NéoAfricaines d’Amérikkke, des communautés noires en Afrique et partout où l’on trouve des gens de couleur, que ce soit en Grande-Bretagne, en Amérique du Sud et Amérique Centrale, dans les îles des Carraïbes, ou à d’autres endroits. Ceci doit être effectué sinon le mouvement Anarchiste ne peut pas et ne va pas se développer et ne restera qu’un petit mémorial de ce qu’il aurait pu devenir.

En Amérikkke, les Peuples Noirs, Latinos, Indigènes (Amérindiens) sont sujets à des traitements bien pires que les autres populations, pourtant, le mouvement Anarchiste ne se manifeste pas dans ces communautés. Les Anarchistes ne développent par de relations avec les leaders, les activistes ou les groupes d’action politique noirs, et le manque de pratique de la part des Anarchistes montre une contradiction claire avec les principes directeurs de leur pensée.

Les communautés Noires, Latinos, Indigènes ne sont pas invitées aux meetings anarchistes, et ne reçoivent généralement pas de soutien de la part des anarchistes. Pourquoi ? Pourquoi des gens se définissant comme anarchistes ou Anti-autoritaires mènent-ils des vies séparées des gens qui sont quotidiennement victimes des abus du gouvernement et de la société qu’ils prétendent haïr ? Il y a là un problème.

L’Anarchist Action Collective à Eugene, dans l’Oregon, aux USA, m’a envoyé un flyer intitulé " Pourquoi l’Anarchie ? " qui expliquait en dix points le besoin de changements libertaires. Dans ce tract, le fait qu’il existe " une crise de plus en plus profonde à tous les niveaux " était mentionné, mais pas le fait que les Anarchistes doivent se tenir prêts et s’impliquer dans les luttes des personnes de couleurs. Le texte n’expliquait pas ouvertement comment les anarchistes doivent se confronter aux pratiques raciales de la politique raciste amérikkkaine, qui se concrétise par des attaques contre des adultes et des jeunes noirs par le système policier et le système judiciaire.

Il ne déclarait pas que les Anarchistes ont le DEVOIR et la RESPONSABILITÉ de s’unir avec les gens de couleur et vivre loin des riches banlieues blanches où si peu de noirs et autres gens de couleurs vivent. Les Anarchistes doivent faire cela si ils veulent lutter quotidiennement au côté des gens dans le besoin. Connaître ce problème et ne pas agir CONCRÈTEMENT individuellement ou collectivement revient au même que de s’en foutre. Pourquoi est ce que les populations Noires, Latinos, Indigènes ou Asiatiques devraient soutenir, lutter et travailler au côté des anarchistes si leur avis n’est pas pris en compte, si elles ne sont pas reconnues, aidées, soutenues dans leur misère et estimées pour ce qu’elles sont ?

En temps qu’Anarchiste et NéoAfricain, je trouve tout à fait regrettable le fait que le mouvement Anarchiste ne soit pas complètement impliqué dans la lutte et la coopération main dans la main avec mon peuple.

Je trouve triste le fait que les Anarchistes adhèrent à telle ou telle idée sans compter un nombre significatif de Noirs, de Latinos, d’Indiens ou d’Asiatiques à l’intérieur de leurs collectifs. Pourquoi ce mouvement n’a-t-il pas adopté des mesures plus progressives et plus efficaces pour toucher ces gens ? Ces gens de couleur ? Et pourquoi ne lit-on et ne s’intéresse-t-on qu’à ce que de vieux anarchistes ont lu ou réalisé alors qu’il en existe actuellement qui s’expriment bien, qui sont intéressant-e-s, dont on pourrait s’inspirer, lire les textes et mettre en pratique les idées et méthodes ?

Si nous ne sortons pas de ce cercle de groupes à ultra-majorité blanche pour rassembler des individus de toutes les races et représenter tous les intérêts, nous ne serons pas un mouvement efficace et nous allons nous refouler sur des anciennes valeurs en excluant des personnes qui pourraient contribuer et apprendre du mouvement Anarchiste ici en Amérikkke et dans le monde.

Nous devons repenser notre approche et notre vision globale. Les anarchistes devraient se situer là où l’oppression est la plus grande. Les anarchistes devraient construire leur base et diffuser leurs idées - rallier des opinions à notre cause, nos buts et nos objectifs - là où l’oppression est la plus terrible. Nous ne devons pas fuir la réalité en nous isolant des plus malheureu-x/ses et des plus dépossédé-e-s. Ce qui a rendu l’Anarchisme étranger à de nombreuses personnes de couleurs est le manque d’action dont j’ai parlé. Bien sûr il y a des personnes de couleur qui sont anarchistes et croient en ses principes, mais nous sommes relativement peu nombreu-x/ses. Cela doit changer !

On laisse souvent entendre que " les Anarchistes sont incroyablement plus militant-e-s ". De toute manière, lorsque je vois la police raciste tirer sur des noirs - des Néo-Africains - je pose la question : " Où sont les anarchistes lors des manifestations massives ? " Pourtant, je lis ou j’entend constamment parler dans les infos de blancs masqués, se revendiquant anarchistes, qui jettent des briques ou des bouteilles sur des McDonald’s. Je peux souvent lire des articles sur des grands groupes de personnes se revendiquant anti-autoritaire qui pratiquent l’Action Directe pour sauver des arbres, des espèces sauvages menacées ou des écosystèmes en danger (ce qui est important), mais pourquoi ne mettent-ils pas autant de passion lorsque l’on touche à la question du traitement inhumain de gens à qui on reproche d’être de couleur ? Il y a quelque chose de fondamentalement contradictoire dans ce tableau. C’est étrange. Mais si je peux le constater, alors des millions d’autres noirs, latinos et indiens le constatent également.

La marginalisation des populations non-blanches dans la société comme dans les milieux militants n’est pas une spécialité des Etats-Unis. Ce texte ne s’adresse donc pas qu’aux blanc-he-s américain-e-s mais bien à l’ensemble des libertaires des pays riches qui tombent trop souvent dans l’autocongratulation et oublient les discriminations du capitalisme auxquelles ils/elles ne sont pas soumis-es.

Citation :
Ali Khalid Abdullah est un anarchiste afro-américain qui est détenu depuis 12 ans dans les prisons du Michigan (États Unis) pour des actions menées contre un grand trafiquant de drogue empoisonnant sa communauté. Sa peine extrêmement longue (pour une action qui n’a entraîné ni morts ni blessés) est une conséquence directe de ses idées et de son militantisme politique. Aux USA, quand on est anarchiste et noir, on a juste le droit de se taire et de contempler passivement la destruction de sa propre communauté.

Ali dénonce sans relâche l’acharnement du système carcéral américain contre les minorités et contre les révolutionnaires, il entretient une correspondance avec des dizaines d’organisations et est membre-fondateur du Political Prisoners of War Coalition (PPWC), une organisation de détenus qui dénoncent la prison et le système politique américain. Il a écrit à plusieurs reprises sur l’histoire, la théorie révolutionnaire et la critique sociale. Il est resté un opposant ferme -malgré la répression et la marginalisation - du patriarcat, de l’hétérosexisme, du racisme, des destructions écologiques et du capitalisme. Autant de prétextes pour que les juges le maintiennent enfermé et pour que l’Administration Pénitentiaire se venge d’un détenu qu’elle n’a jamais réussi à faire plier.
Revenir en haut Aller en bas
Karim Ram
Invité



MessageSujet: Lettre ouverte d’un anarchiste indigène à un anarcho-colon   Sam 16 Mai - 13:04

Lettre ouverte d’un anarchiste indigène à un anarcho-colon
Pour en finir avec le communautarisme majoritaire et le suprémacisme européen
Karim Ramadan 14 août 2005

Karim Ramadan a écrit:

La loi sur le voile n’a pas seulement dévoilé de force des adolescentes qui n’avaient rien demandé. Elle a aussi dévoilé, au sens figuré, la gauche et l’extrême-gauche française. Elle a notamment montré à quel point des « athées » militants, des « laïcards » et des « anti-cléricaux » farouches pouvaient se révéler pieux et soumis au nouveau Clergé que constitue la Télévision ; à quel point des adversaires proclamés de « l’intégrisme » ont promu l’adoration intégriste d’une « Laïcité » mythifiée, allant jusqu’à forcer des adolescentes à se découvrir ou à se déscolariser. Elle a enfin dévoilé les libertaires [1] : au lieu de défendre le principe inaliénable de la liberté de conscience et le droit à l’éducation pour tou-te-s, la majorité des « anarchistes » ou « libertaires » français a accepté [2] (et parfois même approuvé) une loi répressive qui frappait des femmes, pour la plupart pauvres et victimes du racisme. Ils ont accepté par la même occasion que ce soit l’Appareil d’État qui mène le combat anti-religieux, traditionnellement dévolu, dans la tradition anarchiste, à l’individu et aux collectifs militants. Le texte qui suit, issu d’une liste de discussion anticolonialiste de la mouvance libertaire [3], s’en prend à cet anarchisme franco-français plus anti-religieux qu’anti-étatiste et plus autoritariste que libertaire. Il le qualifie de colonial, en des termes véhéments, mais qui nous paraissent hélas adaptés aux dérives qui se font jour jusque dans la mouvance libertaire française - on est tenté de dire franchouillarde...


Salut,

Ton intervention paternaliste [4] montre l’énormité dutravail a accomplir chez les anars francais et chezl es petits colons de gauche en général. Ton monologue est basé sur une hystérie politique, sur un intégrisme et un sectarisme politique abject. De plus tes accusations ridicules montrent ton ignorance des groupes et individus que tu calomnies. Ma compréhension de l’éthique libertaire, c’est de commencer par savoir de quoi et de qui on parle, de fonder son commentaire sur une expérience personnelleou sur une communauté de vécu d’une situation. (Sans avoir besoin pour autant d’être un spécialiste)

Visiblement, certains colons de gauche, de la secte FA [5]à la secte LO, ont une éthique à géométrie variable. La violence machiste dans certains congres de la FA devrait pourtant amener une réflexion sur les pratiques et les discours face au patriarcat puis, qui sait, rêvons toujours, peut-être un jour sur le racisme...

Mais je ne perdrais pas une seconde a répondre aux accusations proférées et aux amalgames [6]. Simplement, je te souhaite de relire quelques mots que tu as tapé sur ton clavier : « liberté de conscience ».

Des réactions racistes et arrogantes sur cette liste [7], aucune n’offre de critique argumentée du texte de Sadri Khiari [8].

Idem, aucune argumentation pour étayer les accusations dégueulasse et policières envers l’Appel, envers l’UOIF ou envers Tariq Ramadan - qui sont en plus amalgamés, ce qui est une autre pratique journalistique et policière qu’endossent volontiers les colons de gauche quand il s’agit de fermer sa gueule au bougnoule qui-n’a-pas-son brevet-d’universalisme. Pourtant, les élites françaises sont maîtres dans l’art de la production intellectuelle strictement « négative » (élaboration d’un discours centré uniquement sur la déligitimation de toute tentative de modification de l’ordre social, politique ou culturel).

On voit le résultat dans cette France minée par le cynisme, l’Apartheid, et secouée épisodiquement par un activisme citoyenniste et corporatiste des classes moyennes appauvries de la communauté dominante et des fonctionnaires de l’état colonial.

D’ailleurs, un colon libertaire français s’est essayé récemment à cet exercice d’éditorialiste à gages, du genre Philippe Val, contre l’appel des indigènes. Son argumentation était prévisible : l’appel serait un sursaut du tiers-mondisme marxiste (allié au complot islamiste). Au moins a-t-il essayé de rationaliser son refus de confronter ce qui fait de sa posture celle d’un petit colon et d’un nouvel « antisémite-islamophobe » : endoctrinement eurocentriste, narcissisme identitaire de la communauté dominante, culture chrétienne refoulée et « laïcisée », richesse de la praxis libertaire
figée dans le sectarisme de la pensée-slogan.

La pensée-slogan devrait pourtant être le domaine réservé de la publicité, de l’État, des rituels religieux et de leurs messages autoritaires. Mais on le sait, elle remplace souvent la pensée autonome et critique, surtout lorsque le militant « de gauche » ou « libertaire » réveille en lui le colon et l’éducation suprémaciste dans laquelle il baigne depuis sa naissance - et de laquelle il pense s’absoudre magiquement par l’activisme « antifasciste », par le paternalisme  « antiraciste » ou encore par le tiers-mondisme léniniste-populiste. Chez le libertaire, c’est souvent pire, puisque le non-autoritarisme formel peut renforcer la rigidité du discours et le refus de mettre à l’épreuve son propre regard sur les réalités sociales.

Par contre, je ferai suivre ta lettre de petit colon à quelques ami-e-s indigènes, qu’ils-elles n’oublient pas ce qu’ils savent déjà : les ennemis politiques les plus hypocrites et fanatiques sont à gauche, des caviards PS aux prêcheurs laïcistes, léninistes ou
« anarchistes ». Je met parfois des guillemets parce que je ne me résouds pas, en tant qu’anar, à limiter l’anarchisme et ses diverses réalités mondiales au seul discours sclérosé de quelques militant-e-s français.

Les indigènes ne peuvent compter que sur eux-mêmes et ne s’attendre à aucune solidarité militante, sauf celle bourrée d’arrières-pensées électorales de quelques zombies rescapés du trotskysme électoral ou des Verts.

P.-S.

Notes

[1] Par "les libertaires", nous entendons les trois grandes organisations qui se disent libertaires : la Fédération Anarchiste, la CNT et Alternative Libertaire. Cette dernière se distingue par une prise de position contrela loi anti-foulard, mais elle n’a pas plus que les autres pris part à la mobilisation contre cette loi. L’OCL (Organisation communiste Libertaire) a également pris des positions contre cette loi. Seuls quelques militants de l’OCL et de la CNT, minoritaires au sein de leur organisation, se sont engagés contre cette loi et pris part à la dynamique Une école pour tou-te-s. Certain-e-s ont aussi signé l’Appel des indigènes de la République.

[2] Au sens où ils n’ont opposé aucune résistance, n’ont pris part à aucune des mobilisations organisées contre la loi anti-foulard. Ils n’ont notamment pas rejoint le Collectif Une école pour tou-te-s, pourtant mobilisé sur des bases libertaires. Cf. la Charte de ce collectif, et P. Tévanian, Tentative de cartographie (textes en ligne sur www.lmsi.net)

[3] Nous reproduisons ci-dessous le message auquel répond Karim Ramadan. Il est paru sur la liste de discussion « néocolonialisme_france », une liste d’orientation libertaire consacrée à la dénonciation de la « Françafrique ». Il est signé par un militant de la Fédération anarchiste, dont nous avons choisi de ne pas mentionner le nom, l’important n’étant pas de stigmatiser un individu mais de critiquer un discours. Voici son contenu, entrecoupé de quelques commentaires :
Citation :

« Ci-dessous, un article du "Monde libertaire" à propos des "indigènes". Analyse que je partage. Je tiens à souligner qu’il
faut en finir avec les tentatives d’intimidation qui consistent à traiter de "colonisateur" et de "raciste" toute personne tenant à défendre le principe de laïcité et luttant contre toute forme d’intégrisme religieux, qu’il soit chrétien, musulman ou autre. La laïcité est la vrai cible de cet appel (qui soutient le voile). »

Remarque : cette dernière affirmation est un pur mensonge. La lecture de l’Appel en question montre que la laïcité n’est à aucun moment la « cible », pas plus que le voile n’est « soutenu ». Une phrase dénonce la loi excluant de l’école les élèves qui portent le voile, ce qui est tout à fait différent. Cette dénonciation vient au milieu d’une dizaine d’autres, portant sur des problématiques dans lesquelles le voile est totalement absent.

Citation :
« Elle est pourtant la seule façon de garantir la liberté de conscience et permet de croire ou de ne pas croire et de préserver tout système collectif des critères religieux. Songez à l’Irlande du Nord par exemple qui souffre toujours du manque de laïcité. Je suis libertaire, donc "ni dieu ni maître". Les luttes pour l’émancipation s’opposent de la même manière contre les chrétiens anti-IVG que les islamistes comme Tarik Ramadan et l’UOIF. Renseignez-vous sur les discours sur l’homosexualité
des prédicateurs comme les frères Ramadan et ceux de l’UOIF - c’est aussi homophobe et écoeurant que feu-Jean-Paul II et le pape actuel ! ! ! »

Remarque : cette affirmation est elle aussi mensongère. Tariq Ramadan a beau refuser de reconnaître une égale légitimité aux unions homosexuelles et hétérosexuelles, il a beau s’opposer à l’égalité des droits matrimoniaux et parentaux entre homosexuels et hétérosexuels, il n’a pas à notre connaissance tenu des propos haineux comme ceux de Jean-Paul II, reproduits sur ce site dans la rubrique « Etude de cas » (sous-rubrique : « Homophobies »). Quant à Hani Ramadan, peut-être a-t-il des positions plus violentes sur l’homosexualité, mais il n’est pas signataire de l’Appel des indigènes. Disqualifier un texte politique en invoquant les positions du frère de son 1300ème signataire, cela nous paraît très éloigné du rationalisme dont se réclame la mouvance libertaire...
Citation :

« Le discours identitaire des "indigènes" rejoint celui du Bloc identitaire. Nous sommes selon leur logique avant tout des "indigènes" ou des "français de souche" et non plus tous des déscendants d’immigrés. On cherche à creuser un fossé héréditaire selon des origines que personne n’a choisi. Où sont les solidarités de classe là-dedans ? Ces logiques nient toute problématique de luttes sociales et anticapitalistes. Elles font donc le jeu et le bonheur du Medef. Cette logique, c’est la mort des solidarités des salariés. »

Remarque : là encore, nous renvoyons à la lecture de l’Appel des indigènes, suffisante pour mesurer l’abjection de l’amalgame « Indigènes = Bloc identitaire ». Cet Appel ne creuse aucun fossé ; il constate l’existence d’un fossé, et l’indifférence générale que suscite son existence. Il appelle donc à une mobilisation pour le supprimer. Quant aux solidarités de classe, loin de les condamner à « mort », il y appelle dans sa conclusion.

Citation :
« Derrière les "indigènes", il y a Ramadan (voir le CMF - collectif des musulmans de France), leur appel a été diffusé par Oumma.com (site pro-Ramadan). La lutte anti-coloniale - nécessaire et légitime - est ici instrumentalisée au service d’une idéologie des plus exécrables - celle des Frères musulmans - où la vision d’un islam totalitaire cherche à dominer une population dont ils s’autoproclament les "propriétaires". Les premières victimes sont les femmes et les "indigènes" font du voile une de leur revendication. »

Remarque : tout cela est mensonger. Mensonger par omission pour ce qui concerne Tariq Ramadan (simple signataire) et le CMF (l’un des trente individus ou collectifs initiateurs de l’Appel) ; pure fiction pour ce qui concerne le voile : le port du voile n’est pas « revendiqué » par l’Appel des indigènes. C’est la liberté individuelle - un principe on-ne-peut-plus libertaire - qui est défendue : le droit de porter un foulard si on l’a décidé ainsi, sans risquer d’être stigmatisée, insultée, exclue et déscolarisée. Enfin, nous mettons au défi ce camarade de la FA de trouver dans l’Appel des indigènes la moindre trace d’une velleité d’ « Islam totalitaire ». Une lecture attentive montre au contraire que si l’on peut caractériser les sources idéologiques qui sous-tendent cet Appel, c’est l’anticolonialisme bien entendu, mais également l’idéologie libertaire !

Citation :
« Comment ne pas voir dans ce voile l’affichage de la soumission de la femme à l’ordre patriarcal et religieux ? »

Remarque : La réponse est évidente : on peut suspendre ce jugement (foulard = affichage d’une soumission à l’ordre patriarcal) tout simplement à partir du moment où une femme qui le porte nous dit le contraire : qu’elle a choisi de le porter pour de tout autres raisons, qu’elle refuse toute soumission à quelque homme que ce soit, et qu’elle combat l’ordre patriarcal. Dès lors, quelles que soient les autres dimensions du foulard, y compris les usages et significations patriarcales et sexistes qui s’y rattachent, les choses deviennent forcément plus complexes. À moins bien entendu de refuser toute valeur à la parole d’une femme portant le foulard. Ce qui n’est à notre sens ni très féministe, ni très libertaire.

Citation :
« On peut aussi souligner à propos de l’histoire de la colonisation que la république n’a pas chercher à "laïciser" les
colonies. Le statut "personnel" permettait très bien au musulman de vivre sous juridiction musulmane - du moins dans certaines colonies (Les Comores et, jusqu’à récemment, Mayotte). Dire que la laïcité est "néocoloniale" est donc une manipulation inadmissible. »

Remarque : nous sommes là encore dans le pur mensonge : l’Appel des indigènes - que, décidément, nous ne pouvons que conseiller de lire ! - ne prétend à aucun moment que la laïcité est néo-coloniale. Il dit tout autre chose : que le néo-colonialisme s’est manifesté dernièrement en se drapant de manière « frauduleuse » derrière la bannière de « la laïcité ».

L’article du Monde Libertaire (n°1396 - 28/4/2005)  :

« L’Appel... ou la voix des amis de Ramadan » Par Georges Lecardinet - Groupe Sacco et Vanzetti de la Fédération anarchiste
Citation :

« Depuis quelques semaines, « l’Appel des indigènes » circule. Il provoque de nombreux remous dans les associations et partis politiques. Les « intellectuels de solidarité », inévitables et inconditionnels soutiens, ont rapidement apposé leurs signatures. La lecture attentive laisse apparaître pourtant un texte d’instrumentalisation avec une logique politico-religieuse. Nous avons affaire à une attaque contre la laïcité et non à une juste condamnation du colonialisme. »

Remarque : Nous sommes là encore dans le pur mensonge. La laïcité n’est nulle part attaquée dans l’Appel des indigènes. C’est vérifiable en lisant cet appel.

Citation :
« De nombreux militants refusent non seulement de travailler pour l’UOIF, mais organisent la riposte. »

Remarque : le mensonge implicite concernant la présence de l’UOIF dans la mouvance des indigènes de la République dénote non seulement une profonde malhonnêteté intellectuelle, mais aussi une ignorance crasse du champ associatif musulman. Car l’UOIF est non seulement absente de l’initiative des indigènes, mais plus que cela : antagoniste. Cette organisation adopte en effet de longue date une posture d’allégeance à l’État républicain. Elle est notamment partie-prenante du Conseil Français du Culte Musulman, monté par Nicolas Sarkozy... que critique l’Appel des indigènes !

Citation :
« Tout le monde s’accorde pour affirmer que l’égalité des droits n’est toujours pas une réalité malgré les belles envolées républicaines, mais certains découvrent un texte pour le moins pensé et politique dès le départ. Partout les laïques font face aux adeptes “une laïcité ouverte aux religions”. Le comité national du MRAP du 15 mars 2005, après un débat houleux sur « l’Appel des indigènes », arrive à déclencher comme réaction, l’apparition publique (et pour la première depuis sa création) d’une tendance. Les laïques lassés des prises de positions religieuses de la direction se regroupent et lancent un site :http://avenirdumrap.over-blog.com/ Les Verts se divisent sur la décision de leur direction de rencontrer les initiateurs de « l’Appel ». Des responsables du parti, A. Lipietz, A. Boumediene, et S. Coronado le signent dès le départ. A. Filippetti estime ouvertement que ce texte vise à « ethniciser les problèmes sociaux » et que « c’est un pas supplémentaire vers le communautarisme » ; nombre de militants alertés demandent que les Verts organisent vite un débat « de fond » sur le sujet, ce à quoi s’engage Y. Wehrlingen faisant rapidement savoir à l’AFP que les Verts « ne signent pas ce texte et ne le signeront certainement pas ». La LCR, de son côté, inquiète que le parti se laisse entraîner par les adeptes de combat type « une école pour tous », réagit par sa Direction Nationale. Le n° 2106 de Rouge publie la position majoritaire de la DN, critique envers « l’Appel ». L’Union Départementale CGT, comprenant l’enjeu de « l’Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial »,
refuse de prêter les salles pour ces fameuses assises qui devaient se tenir à la Bourse du Travail de Paris, le samedi 16 avril. »

Remarque : il est amusant de voir un libertaire préférer des arguments d’autorité aux arguments sur le fond. Il est plus amusant encore de voir à quelle autorité il fait allégeance pour la circonstance : la minorité réactionnaire du MRAP (dont le site, auquel renvoie cet article, est d’une affligeante pauvreté, et n’a rien trouvé d’autre à opposer à l’Appel des indigènes que la publication en ligne d’un pamphlet national-républicain tiré de l’hebdomadaire Marianne !), les dirigeants de la gauche plurielle et de la LCR (la Commission Immigration et l’organisation de jeunesse de la LCR ayant, pour leur part, pris parti publiquement en faveur de l’Appel des indigènes) et la Direction régionale de la CGT (alors que des militants CGT sont aussi signataires - et même initiateurs - de cet Appel).

[4] L’auteur s’adresse à l’auteur du texte reproduit dans la note 1
[5] Fédération Anarchiste
[6] Les principaux amalgames ou accusations sont relevées et commentées par le collectif Les mots sont importants dans la note 1
[7] L’auteur fait allusion à la liste de discussion "anticolonialisme-france". Il tient à préciser que tous les contributeurs de cette liste n’ont pas versé dans la diabolisation des indigènes de la république.
[8] Il s’agit du texte « L’indigène discordant » (en ligne sur le site www.lmsi.net), que Karim Ramadan avait adressé sur la liste de discussion "anticolonialisme-france"

en relation : Pourquoi si peu de personnes de couleurs dans le mouvement anarchiste ? Ali Khalid Abdullah
Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 16 Mai - 15:42

Citation :
importé de "la vie du forum..."

Lizzagarate a écrit:
Mais voyez-vous je pense la même chose que vous sur la stratégie politique du PIR. Or cette stratégie ne saurait se comprendre, à mon avis, sans questionner dans le même mouvement la pertinence du fond théorique.
toujours difficile de remonter dans ce sens, par exemple de ce que les "marxistes" et autres "communistes" ont fait de Marx... mais c'est pourtant à Marx qu'on impute jusqu'au stalinisme

alors imputer à Grosfoguel, théoricien porto-ricain, ce qu'en fait en théorie le trotskyste Khiari (rappelons qu'ils sont fanas de l'idée de "période de transition", même s'il ne s'agit plus de la même que chez Trotsky. La LCR/NPA a relooké ça en socialisme libertaire avec l'aide de Corcuff...), ce n'est pas évident du tout. En tout cas rien n'interdit d'en faire autre chose que Khiari et le PIR, étant donné que je mets au centre la perspective communiste globale, et non sous le seul angle de la décolonialité. Par exemple Grosfoguel a donné une conférence intitulée « "Modernité, décolonialité et capitalisme.». Je ne vois pas le PIR le faire...

ce serait comme de mettre toute la critique post-coloniale dans le même sac, alors que la dérive universitaire aux USA a vidé le contenu marxiste de départ chez Stuart Hall et Raymond Williams. J'ai abordé ces questions dans le monde et le capital, l'Occident et les autres  en janvier/février derniers

on peut prolonger cette question du rapport entre théorie et stratégie politique

si l'on dénie à la théorie de la colonialités/décolonialité sa pertinence d'analyse du capitalisme actuel dans une perspective marxiste, pourquoi le fait-on avec les théoriciens marxistes de la quatrième internationale, par exemple, tiré de WSWS France, Le socialisme et la lutte contre la guerre 6 mai 2015
David North a écrit:
Les contradictions objectives du capitalisme fourniront une impulsion puissante à la radicalisation de la classe ouvrière. Mais nous devons intervenir dans les luttes en développement afin de leur conférer une orientation socialiste révolutionnaire consciente. La grande tâche, et, en fait, l’incontournable responsabilité, à laquelle sont confrontés tous ceux qui comprennent la situation historique et qui sont d’accord avec la perspective et le programme du socialisme international, est de faire « la guerre à la guerre, » de rejoindre la Quatrième Internationale, et d’aider à la bâtir en tant que Parti mondial de la révolution socialiste.

la théorie de la communisation critique à juste titre tout ce qui relève du programmatisme prolétarien ou de son héritage dans le démocratisme radical. Elle critique aussi ceux qui utilisent le concept de communisation sans l'avoir compris, pour en tirer justification d'interventions immédiates "communisatrices", mettant en avant des "réalités du communisme" présentées non comme des luttes, un mouvement, mais comme des réalisations, un monde post-capitaliste avant la lettre

on voit bien que l'on ne peut pas imputer à une théorie l'usage qui en est fait stratégiquement ou politiquement. Une théorie ne peut être invalidée que si elle se révèle déconnectée des réalités sociales, et en montrant par des arguments théoriques quelles sont ses erreurs sur ce plan : il y a effectivement lutte ou confrontation idéologique dans la sphère des idées

on voit bien que le problème se pose autant pour le marxisme en général, y compris pour la théorie de la communisation, que pour les thèses décoloniales. Mais celles-ci sont posées au présent de luttes actuelles, alors que la communisation ne peut l'être qu'en tant que perspective communiste révolutionnaire

nous voyons donc plus clairement comment ces deux conceptualisations, la communisation et la décolonialité, loin de s'opposer ou de se contredire intrinsèquement, peuvent être complémentaires et renforcer réciproquement leur pertinence théorique et leur efficience dans des luttes de classe décoloniales, justifiant la nécessité d'activités communistes dans les luttes, et d'interventions au niveau théorique dans ces deux champs croisés

Counterlogistics and the Communist Prospect Jasper Bernes Endnotes#3 2013

Jasper Bernes a écrit:
But what, then, of strategy? If theory is the horizon which opens from present conditions of struggle, strategy is something different, less a horizon than a prospect. Strategy is a particular moment when theory reopens to practice, suggesting not just a possible but a desirable course of action. If a horizon places us in front of a range of possibilities, the strategic moment comes when struggles reach a certain crest, an eminence, from which a narrower set of options opens up — a prospect. Prospects are a middle ground between where we are and the far horizon of communisation.

Jasper bernes a écrit:
Mais qu'en est-il, alors, de la stratégie ? Si la théorie est l'horizon qui ouvre à partir du présent les conditions générales de lutte, la stratégie est quelque chose de différent, moins un horizon qu'une perspective. La stratégie est un moment particulier, quand la théorie rouvre la pratique, suggérant non seulement possible mais souhaitable un parcours d'action. Si un horizon nous place devant un éventail de possibilités, le moment stratégique vient quand luttes atteignent une certaine crête, une éminence, d'où un ensemble plus restreint d'options s'ouvre, une perspective. Les perspectives sont un moyen terme entre où nous sommes et l'horizon lointain de la communisation.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Yves Coleman Nègre blanc en Charlie ultra-gauchiste   Dim 17 Mai - 12:28

soyons juste ! Il y a quand même, en France, un "Noir" célèbre dans les milieux anarchistes : Yves Coleman, métis franco-américain ultra-gauchiste nourri aux mamelles de la secte LO et de l'antiracisme universel du MRAP, grand nettoyeur des « tares de l'extrême-gauche », et rédacteur en chef de sa revue "Sans Patrie ni Frontières"... de classe, quoi qu'il en dise

s'il a tant de succès auprès de certains anarchistes ou libertaires, et bien que tous ne tombent pas dans le panneau, c'est peut-être justement en raison de la couleur de sa peau, qui lui confère comme une sorte d'autorité "naturelle" dans un milieu où, comme le relève Ali Khalid Abdullah , « il y a si peu de personnes de couleurs »

les débats font rage sur Indymédia-Nantes, et certains réagissent sainement :

- « Ni Dieu, ni Charlie, ni Coleman ! » (« Tout ce fatras idéologique pour défendre Charlie et l'union sacrée ! »

- Ah, Coleman et l'anti-impérialisme… Tout un poème !  « Ce qu’on peut constater à propos du soutien objectif de Coleman au sionisme est également vrai pour ses délires sur l’anti-américanisme, l’anti-impérialisme, l’antiracisme, l’anticolonialisme…»* ou « Petit bréviaire du négationnisme colemanesque »

* on ne s'étonnera pas que les « camarades communisateurs » proclamant « Nous ne sommes pas "Anti" » ne se soient jamais démarqués de cette dérive, puisqu'au fond, ils nagent encore dans les eaux troubles post-ultragauche, entre vieilles querelles sur les ambiguïtés négationnistes de Dauvé, et toujours refoulement du racisme privilégiant la dénonciation de l'antisémitisme (Yves Coleman et Temps Critiques cul et chemise, et rivalisant en la matière avec Clément Homs pour la Wertkritik cf rubrique #Racisme - homophobie - antisémitisme ) : un négationnisme peut en cacher un autre, mais ces milieux-là se disputent les deux

- contre les « moralisateurs et nouveaux jésuites du mouvement anarchiste»

roro a écrit:
Les grands inquisiteurs ont décidé pour nous des termes qu’il faut employer et de ceux qu’il faut bannir sous peine d’être traités de soutiens de la religion (en réalité d’UNE religion, qui canalise l’union sacrée de l’extrême droite à l’extrême gauche contre l’ennemi commun).

Yves Coleman, Manuel Valls, Caroline Fourest ou Philippe Val ont décrété que le combat contre l’islamophobie était interdit et le mot même condamné, et leurs partisans, dans leurs mouvances respectives, se sont servilement empressés d’obtempérer. Les plus remarquables par leur langue de bois et leur jésuitisme sont sans conteste les « anarchistes ». Jouant sur les mots, dans un exercice sémantique que n’aurait pas désavoué Big Brother, se prévalant de la tradition des « anciens » et de règles immuables (mais soigneusement sélectionnées), ils se permettent de juger ceux qui poursuivent les combats qu’ils ont abandonnés depuis longtemps contre le racisme, le colonialisme, l’impérialisme et les luttes dans les quartiers, pas assez idéologiquement corrects pour leur purisme maladif. Un purisme qui leur fait rejeter toutes les luttes concrètes et rechercher l’« anarchisme » chez des Coleman ou des Charlie Hebdo plutôt que chez ceux qui ont signé les appels contre leur islamophobie cachée et honteuse : [suit une série de liens]

ça me rappelle les clivages entre degrés de "noirceur" et contradictions d'intérêts entre esclaves et affranchis, où naturellement bénéficiaient d'un traitement (d'une traite) allégé ceux qui étaient issus du métissage maître-esclave, dans une dialectique subtile vieille comme le monde. A titre de référence historique :

De Saint-Domingue à Haïti : hégémonie française et lutte pour l’indépendance Florent Bonaventure 2009 PDF

extrait
Florent Bonaventure a écrit:
Les mulâtres et les Noirs libres forment deux groupes en pleine ascension au cours du XVIIIe siècle, à la fois démographiquement (on recense 26 000 libres de couleur contre 35 000 Blancs en 1788) et économiquement :
beaucoup sont de petits cultivateurs ou des artisans, certains sont planteurs, propriétaires de vastes domaines et d’esclaves, surtout à l’ouest et au sud de la partie française. Selon Julien Raimond, leur représentant à Paris depuis 1785, les mulâtres posséderaient près du tiers des terres et du quart des esclaves de l’île.

Ils bénéficient également des bonnes grâces du pouvoir royal, qui les estime depuis leur participation énergique à la guerre d’indépendance américaine. Leur prospérité et leur concurrence économique n’ont cessé d’inquiéter les colons blancs qui, au fur et à mesure des années, ont bafoué de plus en plus ouvertement les dispositions du Code noir.

À ces métis et à ces Noirs qui ont le tort de réussir selon les normes du système colonial et qui ne cherchent qu’à s’intégrer à l’élite dominante, les colons blancs opposent une barrière raciale pour ne pas « mettre à parité les deux couleurs » (Malouet) : la ségrégation leur apparaît soudain nécessaire à la sauvegarde de la société coloniale esclavagiste. Les interdictions professionnelles se multiplient entre 1724 et 1772 : exclusion des hommes de couleur des charges d’officier dans la milice, de l’administration coloniale (1767), interdiction d’exercer les métiers de chirurgien, de juriste ou d’orfèvre.

Cette mise à l’écart se double de discriminations politiques (ils ne sont pas représentés dans les assemblées) et vestimentaires (interdiction de porter l’épée, d'afficher une tenue luxueuse…). Beaucoup de mulâtres émigrent en France, où le préjugé de couleur n’existe pas encore et tentent d’attirer l’attention du roi, dont les tentatives de réformes sont efficacement contrées par les colons (renvoi du gouverneur Bellecombe en 1784, supposé trop favorable aux mulâtres).

Ce faisant, les Blancs s’aliènent un groupe social qui ne se réclame pas contre l’esclavage – puisqu’il en vit –, mais contre sa propre infériorisation. Et ils irritent un allié potentiel en cas d’insurrection des esclaves.

Yves Coleman raconte lui-même d'où vient son antiracisme "color-blind" dans Saïd Bouamama, un sociologue au service du hijab... juillet 2004
Yves Coleman a écrit:
Commençons par deux anecdotes personnelles. Mon père, mon oncle et ma tante ont définitivement quitté les Etats-Unis et émigré après 1945 parce qu’ils ne supportaient ni qu’on les étiquette comme Noirs (qu’on les « essentialise », dirait notre distingué sociologue), ni que toute leur vie affective, matérielle et professionnelle soit conditionnée par leur appartenance « raciale » (rappelons qu’à l’époque les rapports sexuels entre individus de « race » différente étaient passibles de lourdes peines de prison dans un certain nombre d’Etats, que l’accès au droit de vote, à l’instruction et à la plupart des emplois qualifiés était interdit aux Noirs américains, etc.). Pour des raisons philosophiques et politiques, ils étaient délibérément colour blind, « aveugles aux couleurs », et refusaient de considérer les différences de pigmentation comme des critères de classification valable des êtres humains.

Quand je militais au MRAP dans les années 60 en France, cette association antiraciste était à l’époque, elle aussi, « aveugle aux couleurs ». Nous dénoncions toute théorie des races, toute classification des êtres humains selon leur couleur de peau, leur prétendue origine ethnique ou leur religion. Nous nous fondions bien sûr sur l’universalisme républicain « à la française » mais aussi sur les résultats d’un colloque de l’Unesco, « La science face au racisme » qui avait établi de façon définitive, du moins le croyions-nous à l’époque, qu’il n’y avait plus aucune raison de caractériser les individus selon leur couleur de peau - même si les manuels scolaires français diffusaient encore de belles photos des « races jaune, "rouge", noire et blanche ».

autrement dit, c'est la thèse simpliste, puisque les races n'existent pas - ce que vient d'entériner la Constitution française en supprimant le mot 'race' sur proposition de François Hollande -, il convient de se battre contre tout ce qui pourrait racialiser les luttes de classes. Il n'est donc pas surprenant qu'après les attentats parisiens, Yves Coleman ait glissé un peu plus dans le camp Charlie franco-universel. La République française ayant plus que jamais besoin de ses Nègres blancs, elle peut compter sur le roitelet Coleman, neveu pire que son Oncle Tom, qui au moins ne tapait pas sur ses frères et sœurs
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Dim 17 Mai - 12:42

en relation dans décolonialité, vue des 'marxismes' et 'anarchismes' dogmatiques... et la 'communisation' ?


Rantanplan Coleman sauve la vie de ni dieu ni maître, sur un scénario de René Goscinny(un Juif pas très orthodoxe)

Lettre ouverte d’un anarchiste indigène à un anarcho-colon
Pour en finir avec le communautarisme majoritaire et le suprématisme européen
Karim Ramadan 14 août 2005

Karim Ramadan a écrit:

La loi sur le voile n’a pas seulement dévoilé de force des adolescentes qui n’avaient rien demandé. Elle a aussi dévoilé, au sens figuré, la gauche et l’extrême-gauche française. Elle a notamment montré à quel point des « athées » militants, des « laïcards » et des « anti-cléricaux » farouches pouvaient se révéler pieux et soumis au nouveau Clergé que constitue la Télévision ; à quel point des adversaires proclamés de « l’intégrisme » ont promu l’adoration intégriste d’une « Laïcité » mythifiée, allant jusqu’à forcer des adolescentes à se découvrir ou à se déscolariser. Elle a enfin dévoilé les libertaires [1] : au lieu de défendre le principe inaliénable de la liberté de conscience et le droit à l’éducation pour tou-te-s, la majorité des « anarchistes » ou « libertaires » français a accepté [2] (et parfois même approuvé) une loi répressive qui frappait des femmes, pour la plupart pauvres et victimes du racisme. Ils ont accepté par la même occasion que ce soit l’Appareil d’État qui mène le combat anti-religieux, traditionnellement dévolu, dans la tradition anarchiste, à l’individu et aux collectifs militants. Le texte qui suit, issu d’une liste de discussion anticolonialiste de la mouvance libertaire [3], s’en prend à cet anarchisme franco-français plus anti-religieux qu’anti-étatiste et plus autoritariste que libertaire. Il le qualifie de colonial, en des termes véhéments, mais qui nous paraissent hélas adaptés aux dérives qui se font jour jusque dans la mouvance libertaire française - on est tenté de dire franchouillarde...


Salut,

Ton intervention paternaliste [4] montre l’énormité dutravail a accomplir chez les anars francais et chezl es petits colons de gauche en général. Ton monologue est basé sur une hystérie politique, sur un intégrisme et un sectarisme politique abject. De plus tes accusations ridicules montrent ton ignorance des groupes et individus que tu calomnies. Ma compréhension de l’éthique libertaire, c’est de commencer par savoir de quoi et de qui on parle, de fonder son commentaire sur une expérience personnelleou sur une communauté de vécu d’une situation. (Sans avoir besoin pour autant d’être un spécialiste)

Visiblement, certains colons de gauche, de la secte FA [5]à la secte LO, ont une éthique à géométrie variable. La violence machiste dans certains congres de la FA devrait pourtant amener une réflexion sur les pratiques et les discours face au patriarcat puis, qui sait, rêvons toujours, peut-être un jour sur le racisme...

Mais je ne perdrais pas une seconde a répondre aux accusations proférées et aux amalgames [6]. Simplement, je te souhaite de relire quelques mots que tu as tapé sur ton clavier : « liberté de conscience ».

Des réactions racistes et arrogantes sur cette liste [7], aucune n’offre de critique argumentée du texte de Sadri Khiari [8].

Idem, aucune argumentation pour étayer les accusations dégueulasse et policières envers l’Appel, envers l’UOIF ou envers Tariq Ramadan - qui sont en plus amalgamés, ce qui est une autre pratique journalistique et policière qu’endossent volontiers les colons de gauche quand il s’agit de fermer sa gueule au bougnoule qui-n’a-pas-son brevet-d’universalisme. Pourtant, les élites françaises sont maîtres dans l’art de la production intellectuelle strictement « négative » (élaboration d’un discours centré uniquement sur la déligitimation de toute tentative de modification de l’ordre social, politique ou culturel).

On voit le résultat dans cette France minée par le cynisme, l’Apartheid, et secouée épisodiquement par un activisme citoyenniste et corporatiste des classes moyennes appauvries de la communauté dominante et des fonctionnaires de l’état colonial.

D’ailleurs, un colon libertaire français s’est essayé récemment à cet exercice d’éditorialiste à gages, du genre Philippe Val, contre l’appel des indigènes. Son argumentation était prévisible : l’appel serait un sursaut du tiers-mondisme marxiste (allié au complot islamiste). Au moins a-t-il essayé de rationaliser son refus de confronter ce qui fait de sa posture celle d’un petit colon et d’un nouvel « antisémite-islamophobe » : endoctrinement eurocentriste, narcissisme identitaire de la communauté dominante, culture chrétienne refoulée et « laïcisée », richesse de la praxis libertaire
figée dans le sectarisme de la pensée-slogan.

La pensée-slogan devrait pourtant être le domaine réservé de la publicité, de l’État, des rituels religieux et de leurs messages autoritaires. Mais on le sait, elle remplace souvent la pensée autonome et critique, surtout lorsque le militant « de gauche » ou « libertaire » réveille en lui le colon et l’éducation suprémaciste dans laquelle il baigne depuis sa naissance - et de laquelle il pense s’absoudre magiquement par l’activisme « antifasciste », par le paternalisme  « antiraciste » ou encore par le tiers-mondisme léniniste-populiste. Chez le libertaire, c’est souvent pire, puisque le non-autoritarisme formel peut renforcer la rigidité du discours et le refus de mettre à l’épreuve son propre regard sur les réalités sociales.

Par contre, je ferai suivre ta lettre de petit colon à quelques ami-e-s indigènes, qu’ils-elles n’oublient pas ce qu’ils savent déjà : les ennemis politiques les plus hypocrites et fanatiques sont à gauche, des caviards PS aux prêcheurs laïcistes, léninistes ou
« anarchistes ». Je met parfois des guillemets parce que je ne me résouds pas, en tant qu’anar, à limiter l’anarchisme et ses diverses réalités mondiales au seul discours sclérosé de quelques militant-e-s français.

Les indigènes ne peuvent compter que sur eux-mêmes et ne s’attendre à aucune solidarité militante, sauf celle bourrée d’arrières-pensées électorales de quelques zombies rescapés du trotskysme électoral ou des Verts.

P.-S.

Notes

[1] Par "les libertaires", nous entendons les trois grandes organisations qui se disent libertaires : la Fédération Anarchiste, la CNT et Alternative Libertaire. Cette dernière se distingue par une prise de position contrela loi anti-foulard, mais elle n’a pas plus que les autres pris part à la mobilisation contre cette loi. L’OCL (Organisation communiste Libertaire) a également pris des positions contre cette loi. Seuls quelques militants de l’OCL et de la CNT, minoritaires au sein de leur organisation, se sont engagés contre cette loi et pris part à la dynamique Une école pour tou-te-s. Certain-e-s ont aussi signé l’Appel des indigènes de la République.

[2] Au sens où ils n’ont opposé aucune résistance, n’ont pris part à aucune des mobilisations organisées contre la loi anti-foulard. Ils n’ont notamment pas rejoint le Collectif Une école pour tou-te-s, pourtant mobilisé sur des bases libertaires. Cf. la Charte de ce collectif, et P. Tévanian, Tentative de cartographie (textes en ligne sur www.lmsi.net)

[3] Nous reproduisons ci-dessous le message auquel répond Karim Ramadan. Il est paru sur la liste de discussion « néocolonialisme_france », une liste d’orientation libertaire consacrée à la dénonciation de la « Françafrique ». Il est signé par un militant de la Fédération anarchiste, dont nous avons choisi de ne pas mentionner le nom, l’important n’étant pas de stigmatiser un individu mais de critiquer un discours. Voici son contenu, entrecoupé de quelques commentaires :
Citation :

« Ci-dessous, un article du "Monde libertaire" à propos des "indigènes". Analyse que je partage. Je tiens à souligner qu’il
faut en finir avec les tentatives d’intimidation qui consistent à traiter de "colonisateur" et de "raciste" toute personne tenant à défendre le principe de laïcité et luttant contre toute forme d’intégrisme religieux, qu’il soit chrétien, musulman ou autre. La laïcité est la vrai cible de cet appel (qui soutient le voile). »

Remarque : cette dernière affirmation est un pur mensonge. La lecture de l’Appel en question montre que la laïcité n’est à aucun moment la « cible », pas plus que le voile n’est « soutenu ». Une phrase dénonce la loi excluant de l’école les élèves qui portent le voile, ce qui est tout à fait différent. Cette dénonciation vient au milieu d’une dizaine d’autres, portant sur des problématiques dans lesquelles le voile est totalement absent.

Citation :
« Elle est pourtant la seule façon de garantir la liberté de conscience et permet de croire ou de ne pas croire et de préserver tout système collectif des critères religieux. Songez à l’Irlande du Nord par exemple qui souffre toujours du manque de laïcité. Je suis libertaire, donc "ni dieu ni maître". Les luttes pour l’émancipation s’opposent de la même manière contre les chrétiens anti-IVG que les islamistes comme Tarik Ramadan et l’UOIF. Renseignez-vous sur les discours sur l’homosexualité
des prédicateurs comme les frères Ramadan et ceux de l’UOIF - c’est aussi homophobe et écoeurant que feu-Jean-Paul II et le pape actuel ! ! ! »

Remarque : cette affirmation est elle aussi mensongère. Tariq Ramadan a beau refuser de reconnaître une égale légitimité aux unions homosexuelles et hétérosexuelles, il a beau s’opposer à l’égalité des droits matrimoniaux et parentaux entre homosexuels et hétérosexuels, il n’a pas à notre connaissance tenu des propos haineux comme ceux de Jean-Paul II, reproduits sur ce site dans la rubrique « Etude de cas » (sous-rubrique : « Homophobies »). Quant à Hani Ramadan, peut-être a-t-il des positions plus violentes sur l’homosexualité, mais il n’est pas signataire de l’Appel des indigènes. Disqualifier un texte politique en invoquant les positions du frère de son 1300ème signataire, cela nous paraît très éloigné du rationalisme dont se réclame la mouvance libertaire...
Citation :

« Le discours identitaire des "indigènes" rejoint celui du Bloc identitaire. Nous sommes selon leur logique avant tout des "indigènes" ou des "français de souche" et non plus tous des déscendants d’immigrés. On cherche à creuser un fossé héréditaire selon des origines que personne n’a choisi. Où sont les solidarités de classe là-dedans ? Ces logiques nient toute problématique de luttes sociales et anticapitalistes. Elles font donc le jeu et le bonheur du Medef. Cette logique, c’est la mort des solidarités des salariés. »

Remarque : là encore, nous renvoyons à la lecture de l’Appel des indigènes, suffisante pour mesurer l’abjection de l’amalgame « Indigènes = Bloc identitaire ». Cet Appel ne creuse aucun fossé ; il constate l’existence d’un fossé, et l’indifférence générale que suscite son existence. Il appelle donc à une mobilisation pour le supprimer. Quant aux solidarités de classe, loin de les condamner à « mort », il y appelle dans sa conclusion.

Citation :
« Derrière les "indigènes", il y a Ramadan (voir le CMF - collectif des musulmans de France), leur appel a été diffusé par Oumma.com (site pro-Ramadan). La lutte anti-coloniale - nécessaire et légitime - est ici instrumentalisée au service d’une idéologie des plus exécrables - celle des Frères musulmans - où la vision d’un islam totalitaire cherche à dominer une population dont ils s’autoproclament les "propriétaires". Les premières victimes sont les femmes et les "indigènes" font du voile une de leur revendication. »

Remarque : tout cela est mensonger. Mensonger par omission pour ce qui concerne Tariq Ramadan (simple signataire) et le CMF (l’un des trente individus ou collectifs initiateurs de l’Appel) ; pure fiction pour ce qui concerne le voile : le port du voile n’est pas « revendiqué » par l’Appel des indigènes. C’est la liberté individuelle - un principe on-ne-peut-plus libertaire - qui est défendue : le droit de porter un foulard si on l’a décidé ainsi, sans risquer d’être stigmatisée, insultée, exclue et déscolarisée. Enfin, nous mettons au défi ce camarade de la FA de trouver dans l’Appel des indigènes la moindre trace d’une velleité d’ « Islam totalitaire ». Une lecture attentive montre au contraire que si l’on peut caractériser les sources idéologiques qui sous-tendent cet Appel, c’est l’anticolonialisme bien entendu, mais également l’idéologie libertaire !

Citation :
« Comment ne pas voir dans ce voile l’affichage de la soumission de la femme à l’ordre patriarcal et religieux ? »

Remarque : La réponse est évidente : on peut suspendre ce jugement (foulard = affichage d’une soumission à l’ordre patriarcal) tout simplement à partir du moment où une femme qui le porte nous dit le contraire : qu’elle a choisi de le porter pour de tout autres raisons, qu’elle refuse toute soumission à quelque homme que ce soit, et qu’elle combat l’ordre patriarcal. Dès lors, quelles que soient les autres dimensions du foulard, y compris les usages et significations patriarcales et sexistes qui s’y rattachent, les choses deviennent forcément plus complexes. À moins bien entendu de refuser toute valeur à la parole d’une femme portant le foulard. Ce qui n’est à notre sens ni très féministe, ni très libertaire.

Citation :
« On peut aussi souligner à propos de l’histoire de la colonisation que la république n’a pas chercher à "laïciser" les
colonies. Le statut "personnel" permettait très bien au musulman de vivre sous juridiction musulmane - du moins dans certaines colonies (Les Comores et, jusqu’à récemment, Mayotte). Dire que la laïcité est "néocoloniale" est donc une manipulation inadmissible. »

Remarque : nous sommes là encore dans le pur mensonge : l’Appel des indigènes - que, décidément, nous ne pouvons que conseiller de lire ! - ne prétend à aucun moment que la laïcité est néo-coloniale. Il dit tout autre chose : que le néo-colonialisme s’est manifesté dernièrement en se drapant de manière « frauduleuse » derrière la bannière de « la laïcité ».

L’article du Monde Libertaire (n°1396 - 28/4/2005)  :

« L’Appel... ou la voix des amis de Ramadan » Par Georges Lecardinet - Groupe Sacco et Vanzetti de la Fédération anarchiste
Citation :

« Depuis quelques semaines, « l’Appel des indigènes » circule. Il provoque de nombreux remous dans les associations et partis politiques. Les « intellectuels de solidarité », inévitables et inconditionnels soutiens, ont rapidement apposé leurs signatures. La lecture attentive laisse apparaître pourtant un texte d’instrumentalisation avec une logique politico-religieuse. Nous avons affaire à une attaque contre la laïcité et non à une juste condamnation du colonialisme. »

Remarque : Nous sommes là encore dans le pur mensonge. La laïcité n’est nulle part attaquée dans l’Appel des indigènes. C’est vérifiable en lisant cet appel.

Citation :
« De nombreux militants refusent non seulement de travailler pour l’UOIF, mais organisent la riposte. »

Remarque : le mensonge implicite concernant la présence de l’UOIF dans la mouvance des indigènes de la République dénote non seulement une profonde malhonnêteté intellectuelle, mais aussi une ignorance crasse du champ associatif musulman. Car l’UOIF est non seulement absente de l’initiative des indigènes, mais plus que cela : antagoniste. Cette organisation adopte en effet de longue date une posture d’allégeance à l’État républicain. Elle est notamment partie-prenante du Conseil Français du Culte Musulman, monté par Nicolas Sarkozy... que critique l’Appel des indigènes !

Citation :
« Tout le monde s’accorde pour affirmer que l’égalité des droits n’est toujours pas une réalité malgré les belles envolées républicaines, mais certains découvrent un texte pour le moins pensé et politique dès le départ. Partout les laïques font face aux adeptes “une laïcité ouverte aux religions”. Le comité national du MRAP du 15 mars 2005, après un débat houleux sur « l’Appel des indigènes », arrive à déclencher comme réaction, l’apparition publique (et pour la première depuis sa création) d’une tendance. Les laïques lassés des prises de positions religieuses de la direction se regroupent et lancent un site :http://avenirdumrap.over-blog.com/ Les Verts se divisent sur la décision de leur direction de rencontrer les initiateurs de « l’Appel ». Des responsables du parti, A. Lipietz, A. Boumediene, et S. Coronado le signent dès le départ. A. Filippetti estime ouvertement que ce texte vise à « ethniciser les problèmes sociaux » et que « c’est un pas supplémentaire vers le communautarisme » ; nombre de militants alertés demandent que les Verts organisent vite un débat « de fond » sur le sujet, ce à quoi s’engage Y. Wehrlingen faisant rapidement savoir à l’AFP que les Verts « ne signent pas ce texte et ne le signeront certainement pas ». La LCR, de son côté, inquiète que le parti se laisse entraîner par les adeptes de combat type « une école pour tous », réagit par sa Direction Nationale. Le n° 2106 de Rouge publie la position majoritaire de la DN, critique envers « l’Appel ». L’Union Départementale CGT, comprenant l’enjeu de « l’Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial »,
refuse de prêter les salles pour ces fameuses assises qui devaient se tenir à la Bourse du Travail de Paris, le samedi 16 avril. »

Remarque : il est amusant de voir un libertaire préférer des arguments d’autorité aux arguments sur le fond. Il est plus amusant encore de voir à quelle autorité il fait allégeance pour la circonstance : la minorité réactionnaire du MRAP (dont le site, auquel renvoie cet article, est d’une affligeante pauvreté, et n’a rien trouvé d’autre à opposer à l’Appel des indigènes que la publication en ligne d’un pamphlet national-républicain tiré de l’hebdomadaire Marianne !), les dirigeants de la gauche plurielle et de la LCR (la Commission Immigration et l’organisation de jeunesse de la LCR ayant, pour leur part, pris parti publiquement en faveur de l’Appel des indigènes) et la Direction régionale de la CGT (alors que des militants CGT sont aussi signataires - et même initiateurs - de cet Appel).

[4] L’auteur s’adresse à l’auteur du texte reproduit dans la note 1
[5] Fédération Anarchiste
[6] Les principaux amalgames ou accusations sont relevées et commentées par le collectif Les mots sont importants dans la note 1
[7] L’auteur fait allusion à la liste de discussion "anticolonialisme-france". Il tient à préciser que tous les contributeurs de cette liste n’ont pas versé dans la diabolisation des indigènes de la république.
[8] Il s’agit du texte « L’indigène discordant » (en ligne sur le site www.lmsi.net), que Karim Ramadan avait adressé sur la liste de discussion "anticolonialisme-france"


Dernière édition par Admin le Dim 17 Mai - 12:46, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Dim 17 Mai - 12:45

en relation dans décolonialité, vue des 'marxismes' et 'anarchismes' dogmatiques... et la 'communisation' ?

ayant trouvé cette discussion sur Indymédia Nantes, Contre la racialisation,

? a écrit:
Sont fêtés ce 8 mai 2015 les 10 ans d'un groupuscules d'universitaires racialistes, le « Parti des Indigènes de la République », à la Bourse du travail de St Denis. Heureusement sans assises militantes et politiques concrètes, ce groupe bénéficie pourtant d'une visibilité assez importante et en tout cas disproportionnée. Pire, il profite d'une complicité larvée dans certains milieux politiques, malgré ses positions racialistes, racistes, homophobes et antisémites Ils sont également partisans du religieux, et défendent l'islam politique.
Cette accointance avec des lambeaux de l'extrême gauche est sans doutes rendue possible du fait d'un certain vide politique, d'une culpabilisation importante à l'endroit de la banlieue et des immigrés ; tout cela prend place dans une période de confusion bien répandue. Au niveau international, générant encore d'autres effets de disproportion de visibilité, ils sont relayés par d'autres universitaires œuvrant dans les « post colonial » et « gender » studies.
En réaction aux positions politiques du PIR on peut voir différents tags sur la Bourse du travail de St Denis et alentours.

PIR dégage.
Ni religion, ni racialisation, vive le communisme.
Ni parti, ni indigène, ni république, vive la révolution.
Nique la race, vive la lutte des classes, red panthers.
Racialisteurs vous êtes des microfascistes
Bouteldja, Soral, Dieudonné, Degagez
Si vous en avez vu d'autres ou si vous avez des photos n'hésitez pas à les publier

je n'ai pas vu ces tags sur la Bourse du travail à Saint-Denis... par contre je constate (voir les liens en marge) qu'Indymédia Nantes s'ajoute à l'État, aux fascistes, aux "sionistes", et à la police, pour s'en prendre aux 'indigènes' de la République, d'en bas comme d'en-haut, et à Angela Davis qui, je pense au-delà de tous désaccords entre "camarades", n'a pas de leçon à recevoir de ces parvenus de Nantes, haut lieu d'une bourgeoisie  française qui a bâti sa fortune dans la traite et le commerce triangulaire (pré-capitaliste). Qu'ils aillent donc à Ferguson ou Baltimore soutenir leurs positions "anarchistes" radicales

qsfd a écrit:
C’est un véritable festival anti-PIR sur Indymedia, à croire qu’on a enfin trouvé l’ennemi commun capable de fédérer de l’extrême droite à l’extrême gauche au moment où l’union sacrée autour des valeurs de la République et de Charlie commençait à s’essouffler.

Rien n’est négligé, depuis le petit facho de service (« Bouteldja, Soral, Dieudonné, Degagez », bonjour l’amalgame !) jusqu’à l’intello de 17:36 censé donner des arguments un peu plus élaborés mais toujours aussi cons. Bien que n’étant pas au PIR et ne partageant pas forcément leurs points de vue, il ne m’est pas possible de laisser sans réagir de futurs petits Goebbels imposer leur loi sur les médias alter. On connaît vos amis, et on sait aussi reconnaître les « antifascistes » aux méthodes de fascistes, idiots utiles du pouvoir dont les seuls ennemis sont exactement ceux du pouvoir.

Même avec Valls, Fourest ou Coleman, vous ne nous faites pas peur :

De l’usage réactionnaire de la notion d’« antiracisme de classe » par Yves Coleman

Patlotch a écrit:
« Antiracisme de classe » ou lutte de classes des racialisés ? identitaires ou identifiés ?

Décidément, Yves Coleman est bien pratique, avec ses gros sabots : « Acquérir une vision claire des différentes formes de racisme et de leurs rôles. Et réfléchir à ce que pourrait être un antiracisme de classe »

Bien pratique pour des considérations dépassant sa personne et son militantisme spécialisé dans la dénonciation, non de l'Etat et du capital, mais des militants d'extrême-gauche.

Tout l'article est construit avec l'idée que le racisme est... une idée. Il s'agirait de s'en faire la bonne pour élaborer le bon «antiracisme», de préférence de gauche ou d'extrême gauche, en prenant en compte des « analyses de sociologues, historiens et spécialistes de sciences sociales, universitaires, économistes... ». Notons au passage que pour Yves Coleman, F. Fanon, Malcolm X, Stockely Carmichael, Huey Newton, Angela Davis sont des « identitaires », un qualificatif qui trouverait grâce à lui une valeur rétro-active pour tous ceux qui ont mené depuis des siècles leurs luttes contre leur esclavage, leur colonisation ou leur ségrégation institutionnelle en France... Le Noir sur-exploité qui se bat le fait parce qu'il est exploité, pas parce qu'il est noir, mais s'il est plus sur-exploitable, c'est parce qu'il est noir.

Il ne vient pas à l'idée d'Yves Coleman que les premiers concernés par le racisme sont les "victimes" du racisme, et qu'eux ne se définissent pas comme « antiracistes ». L'antiracisme vient d'une extériorité compassionnelle au problème de classe et de race. À l'inverse, c'est toujours partant de leur situation concrète, de leur situation sociale, économique ou de leur confrontation à la répression policière, que ces populations racialisées entrent en luttes, des luttes qui ne se caractérisent pas par des revendications «identitaires», mais plutôt à visée dés-identitaires. Au fond, ils ne demandent pas un soutien « antiraciste de classe » à leur luttes. Une telle posture finalement morale n'est bonne qu'à soulager la conscience militante blanche... ou assimilée [...]

« Penser l'histoire et le présent des identités dans leurs rapport aux classes sociales et à leurs antagonismes »


Vouloir définir un « antiracisme de classe », c'est vouloir donner des leçons de classe aux racialisés. C'est oublier que le racisme réel est un rapport social, et comme tout rapport social dans le capitalisme, une rapport de classe en lui-même de par son intérêt pour le capital, non par une quelconque prise de conscience apportée par une posture militante qui ne mange pas de pain... noir. D'autant quand on passe son temps, comme Yves Coleman, à flinguer tous ceux qui justement sont pris dans la tourmente et les tourments d'être, non pas «identitaires», mais identifiés par leurs couleurs de peau.

[/b]http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-608.html

j'ai laissé ce commentaire :

Patlotch a écrit:
Publié: le jeudi 14 mai 2015 à 21:09 par Patlotch  

Bonjours,

Puisque qsdf a eu l'amabilité de donner un lien vers mon site, je me permets quelques précisions. Je ne suis pas un intello universitaire, et agir en communiste contre le racisme, cela me concerne depuis 45 ans

J'ai écrit un premier texte, avec dossier, début 2014, suite à une critique interne/externe du "Courant communisateur"
la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale
http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-517.html

concernant "la question indigène", qui ne se limite pas au PIR (heureusement), une rubrique :
'la question indigène' et la 'communisation' : vous avez dit 'rouges bruns' ? bizarre, bizarre...
http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-504.html

et pour prendre les choses de façon plus approfondie, mais ouverte à la discussion, j'ai créé un forum
COMMUNISATION et DÉCOLONIALITÉ
http://civilisation-change.forumactif.org/

la question des luttes dites "décoloniales" n'en ai qu'une partie mais quoi qu'il en soit, ne saurait être abordée pour moi hors d'une perspective communiste, féministe, anarchiste, écologiste... d'abolition du capital

Merci de votre intérêt, de votre visite éventuelle, et de votre participation si le cœur vous en dit, mais pas pour des échanges superficiels et finalement assez "confus" comme on les voit se multiplier

bon courage dans les luttes

Patlotch
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Patlotch
Invité



MessageSujet: la version 'Radio-Nostalgie' de la communisation selon Théorie Communiste   Mar 19 Mai - 6:16

il serait injuste de mettre en cause chez les seuls anarchistes les dérives racistes que sont de fait les représentations prétendues a-raciales des luttes d'émancipation, particulièrement contre le racisme. Le syndrome du prolétariat blanc incolore distribuant au monde entier  ces leçons universelles de libération n'est pas un privilège de milieux prétendus anarchistes ou libertaires, ayant adopté, comme dieu et maître, l'idéologie française héritée des Lumières et de la Révolution bourgeoise

en effet, comme nous l'avons vu dans discussions sur la communisation et les activités révolutionnaires dans les luttes d'émancipation entre le 28 février et le 12 mars 2015, le concept de communisation, sous son nom même, a fait l'objet d'une théorisation à part entière par le dénommé Francis Cousin, familier de Radio Nostalgie, radio préférée des identitaires de souche et autres catholiques intégristes

Patlotch a écrit:
conclusion provisoire sur Francis Cousin et la communisation

à partir des textes et vidéos que j'ai pu consulter, j'en arrive à me faire cet avis sur notre "philo-analyste" :

pour le positif

- une vulgarisation, à partir de Marx et malgré une tendance à le déshistoriser dont il se défend, de thèses proches de la communisation, présentées avec un certain souffle et sa faconde plutôt sympathique et empathique. Il traverse les diverses conceptions de la révolution, entre celles structuralistes de Théorie communiste et celles humanistes de Temps critiques, tout en évitant l'opposition de révolutions à titre prolétarien ou humain

- s'y ajoutent des considérations ontologiques intéressantes qui permettent de théoriser le communisme dans l'arc complet de l'histoire de l'humanité, mais là, mes compétences sont insuffisantes pour valider ou non certains points. Je retiens néanmoins son opposition entre sacré/profane et "sacral" dont le concept semble lui être propre comme la définition du communisme, non comme société, mais « Communauté organique de l'être » et là sa lecture de Marx est plutôt féconde sans tomber dans l'humanisme théorique

- le fait que le concept de communisation puisse passer par un autre langage n'est pas sans apporter un peu d'air frais dans le débat, encore faut-il trier le bon grain de l'ivresse du 'vrai' dans la cuisine du Cousin

pour le négatif

- en commun avec les théories de la communisation, l'ethnocentrisme, mais à l'opposé sa dérive racialiste concernant l"immigration", d'où son succès dans les milieux interlopes ou pour faire court « rouges-bruns », malgré quelques contradictions évidentes, notamment le fait que Cousin ne soit ni nationaliste (FN FdeSouche...), ni européiste (Alain de Benoit...)

sur les affiches collées par La Dissidence française au Musée de l'Immigration : "une solution: re-migration", "le multiculturalisme est un échec et mène la France à la guerre civile", "l'immigration de masse met en péril notre civilisation et l'avenir de notre peuple", "la re-migration est la seule solution pour éviter un embrasement général"

cela suffit à recouper avec le discours "marxien" de Cousin prétendant que le capital européen a fait venir les immigrés pour empêcher les prolétaires européens de faire leur révolution. Le but était effectivement la pression sur les salaires et la sur-exploitation dans les conditions de la séparation OP/OS, mais dans les années 60, cela n'a pas alors fait décoller le chômage en Europe. De plus, contrairement à ce que prétend Cousin, au Japon, le fait que les travailleurs soient "soumis" n'empêche que les entreprises ont recours à l'immigration pour des raisons démographiques compte-tenu du vieillissement de la population

les théories "radicales" de Francis Cousin et Lucien Cerise (nationaliste transfuge de l'ultra-gauche comme il dit, voir la nébuleuse anti-système dans la crise politique du capital en France) ont comme fonction de brouiller les pistes au niveau intellectuel, afin de  fournir un fond théorique aux activistes : Vincent Vauclin, leader de La dissidence française, vient de l'extrême-gauche
ce ne sont certes pas  « les vieilles lunes  du négationnisme » (adé-dndf), mais c'est bien « maintenant » et les causes ne sont pas sans rapport avec l'affaire qui n'a pas épargné Dauvé. Mais aujourd'hui, le négationnisme nouveau, c'est la question indigène, suivez mon regard...

- s'y ajoute, nonobstant l'humilité qu'il revendique, une posture dans laquelle ses livres et interventions seraient les seules à permettre de s'y retrouver, et finalement le silence sur ses emprunts manifestes à des théoriciens qu'il ne nomme pas, au point qu'il pourrait prétendre faire de façon impersonnelle, comme TC dans sa modestie, la « théorie adéquate à l'époque » (Charrier)

- son usage immodéré bien qu'inventif et parfois plaisant des procédés de langage situationnistes ne cache pas les limites et incohérences de la référence tant pour la critique du capital que pour la théorisation de la révolution

- enfin, pour ce que j'en ai saisi, sa tendance à utiliser sa conceptualisation de façon descendante pour interpréter toute lutte, phénomène ou événement, n'est pas sans flirter avec l'idéalisme et se révèle plus déterministe que réellement creusée dialectiquement à partir de particularités dans lesquelles se produisent de façon diversifiée les avancées des luttes permettant de préciser la théorie de la communisation

affres à suivre


il serait toutefois hasardeux de le voir comme un « confusionniste » de plus, et sa critique de l'antifascisme et de l'antifascisme comme « religions du capital », sa vision des politiques comme « extrêmes gauche et droite du capital » sont plutôt salutaires en matière de critique radicale de la politique et de l'économie

il ne sera pas inutile de suivre le parcours et la réception de ce petit nouveau sur le marché communisateur français

ici, je n'ai aucune raison de jeter un voile pudique sur le fait que des morceaux de la théorie de la communisation aient pu ainsi se retrouver appréciées d'éditeurs de Radio Nostalgie. Ce ne sont pas mes thèses mais, dans leur langage même, celles de Théorie Communiste, et ceci en toute cohérence théorique, sinon éthique. Et c'est la question raciale qui rend possible cet amalgame, justement parce qu'elle est la grande aporie du corpus de TC. Cousin n'est pas davantage accusable de racisme que les membres de Théorie Communiste, puisque la question sera réglée plus tard, quand le prolétariat trouvera son unité incolore pour s'auto-abolir

on a le Cousin qu'on mérite Twisted Evil
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Amselle, Corcuff, encore un effort pour vous reconnaître blancs   Mar 19 Mai - 12:30

une petite mise au point concernant Jean-Loup Amselle, Philippe Corcuff, et Les Indigènes de la République, à propos du livre de Jean-Loup Amselle, Les nouveaux rouges-bruns, le racisme qui vient à qui je fais allusion dans 'la question indigène' et la 'communisation' : vous avez dit 'rouges bruns' ? bizarre, bizarre...

Malik Tahar-Chaouch, du PIR, y répond ici
Les « rouges- bruns » du PIR répondent à Amselle, gardien de l’universalisme blanc J'en donne plus bas le début et la fin

quant à Corcuff, il répond à une interview sur le site Confusionnisme.Info (sic), et je ne donne que le passage concernant ce livre, où Corcuff dit ses accords et divergences avec Amselle, précisément au sujet du PIR

Philippe Corcuff a écrit:
Confusionnisme.info : L’anthropologue Jean-Loup Amselle aborde des questions proches des vôtres dans un livre paru à peu près en même temps, Les nouveaux rouges-bruns – Le racisme qui vient. Quels sont vos principales convergences et divergences ?

Philippe Corcuff : Tout d’abord, je dois dire que Jean-Loup Amselle est un des chercheurs contemporains les plus stimulants, qui nous a fournis des ressources anthropologiques mettant en cause les pentes essentialistes conduisant à appréhender les cultures comme des essences, c’est-à-dire des ensembles homogènes, stables et fermés. Or ce culturalisme essentialiste constitue une des matrices actuelles de l’extrême droite, comme l’ont mis en évidence Régis Meyran et Valéry Rasplus dans leur ouvrage sur Les pièges de l’identité culturelle. Amselle a nourri cette anthropologie anti-essentialiste et anti-culturaliste grâce aux notions de « métissage », puis de « branchements ».

Si on en vient aux Nouveaux rouges-bruns proprement dit, Amselle est un des rares à prendre la mesure des dangers en jeu dans les bricolages confusionnistes actuels. Et, par exemple, nos analyses sur des figures comme Zemmour et Soral se rejoignent largement. Il fournit, par ailleurs, des éléments complémentaires utiles par rapport à mon propre travail qui connaît inévitablement des limites. C’est tout particulièrement le cas à propos des appuis anthropologiques du néoconservatisme et ce qu’il nomme « le primitivisme », c’est-à-dire une vision nostalgique, idyllique et homogénéisante des sociétés les plus anciennes.

Cependant nos démarches révèlent aussi des différences, voire des divergences. Des différences, car il ne retient pas l’angle comparatif des années 30. Il reconnaît, certes, à plusieurs reprises « des ressemblances » entre les deux moments, mais insiste sur « des différences majeures », liées aux « caractéristiques originales » de la période actuelle. C’est différent, mais pas contradictoire avec mon propre usage du raisonnement analogique, pointant à la fois des proximités et des dissemblances.

Et les divergences ? Je lui reproche d’amalgamer trop de choses dans la catégorie « rouges-bruns », comme par exemple Michéa – sur lequel je me suis déjà expliqué précédemment – ou les Indigènes de la République et plus largement les thématiques dites « postcoloniales ». Le postcolonial, c’est-à-dire l’attention aux effets contemporains des colonisations comme aux analogies entre période coloniale et période actuelle dans les discriminations de certains secteurs de la population, est plus composite qu’il ne le dit. Il peut parfois conduire à essentialiser des catégories de populations, mais il est aussi et surtout un support d’élargissement de la pensée critique et émancipatrice à une pluralité de formes de domination, au-delà de la seul domination de classe, comme l’ont été le mouvement féministe vis-à-vis de la domination masculine et le mouvement homosexuel face à l’hétérosexisme. Il nous invite alors, comme le féminisme, à penser les interactions et les intersections entre domination de classe, domination masculine, domination postcoloniale, etc. Ce que ne permettent d’ailleurs pas les Indigènes de la République en tendant à faire de la contradiction postcoloniale la contradiction principale de nos sociétés à laquelle les autres contradictions devraient se soumettre [faux, voir ma réponse plus bas]. Mais ce travers n’a pas grand-chose à voir avec le fait de les classer, de manière erronée, parmi « les rouges-bruns » ! D’ailleurs, Amselle lui-même a un travers assez analogue aux Indigènes de la République en semblant faire de la contradiction de classe la contradiction principale, à la manière des marxismes traditionnels, mais à rebours des originalités de sa propre anthropologie.

Mon principal bémol, donc, vis-à-vis des Nouveaux rouges-bruns concerne l’extension trop large du domaine de ces « rouges-bruns ». C’est comme si, pris par la passion polémique, Amselle ne l’a contrebalançait pas suffisamment par les nuances d’analyses offertes par son œuvre anthropologique. Toutefois, globalement, nous nous retrouvons dans le même camp anti-essentialiste et inquiet face aux menaces néoconservatrices, confusionnistes et « postfascistes » actuelles.

reconnaissons à Corcuff de ne pas faire l'amalgame, comme Amselle ou Yves Coleman, autre référence de Confusionnisme.Info. Cela dit, et indépendamment de la réponse de Tahar-Chaouch pour le PIR, Corcuff se trompe en affirmant les que « les Indigènes de la République en [tendent] à faire de la contradiction postcoloniale la contradiction principale de nos sociétés à laquelle les autres contradictions devraient se soumettre ». C'est tout simplement faux, et cela vient précisément de l'incapacité de Corcuff, comme d'Amselle, de se placer du point de vue de ceux qui s'expriment en tant qu'individus ou communautés indigènes, en tant qu'"Autres" de l'Occident et de son idéologie post-coloniale ou de la colonialité : tout est apprécié selon les critères englobant du point de vue dominant, et le dominé n'a pas le droit d'avoir le sien. C'est précisément le fond des théories de la colonialité/décolonialité dont s'inspire le PIR, c'est la position classique de WEB Dubois, de Césaire, de Fanon, et de tous les théoricien.ne.s ou combattant.e.s non-blanc.he.s contre le colonialisme occidental et depuis

Corcuff imagine, en bon idéologue occidental, qui lui s'exprime au nom de ses critères situés mais valant pour le monde entier, que le PIR ferait de même. Hé bien non, le PIR s'exprime en tant que représentation politique autonome des indigènes, en tant que parti (ce qui peut être être critiqué), en tant que dominé.e.s par l'idéologie du capitalisme occidental et de ses colonialités depuis le 15ème siècle. Le PIR se place du point de vue des indigènes, et non d'un point de vue universaliste voulant « soumettre aux autres ses contradictions ». Il n'y a pas dans la théorie de la décolonialité ni dans la politique du PIR, le même défaut que dans l'idéologie occidentale, partagée en ceci par Amselle et Corcuff et autres marxistes sur ce point orthodoxes, l'idée que les contradictions s'appliqueraient partout dans un même rapport à tout le monde, quelle que soit l'appartenance de classe, et de 'race', soit la couleur de peau ou la situation dominée ethniquement

tel est pris qui croyait prendre, car Corcuff est évidemment inconscient de sa propre idéologie, de son ignorance d'appartenir, comme les « gens de couleur », à une 'race' de fait, la race blanche. Depuis un siècle, avec le marxiste américain WEB Dubois notamment, est théorisée la « ligne de couleur », mais les Blancs en général ne veulent pas la voir : le prolétariat de Corcuff et Amselle, comme de bons nombres de marxistes, est incolore, et eux sont censés en porter de façon neutre l'universalité

autrement dit, il n'y a pas véritablement "une question indigène", mais d'abord "la question blanche", et tant qu'elle ne sera pas comprise, que les Blancs ne passeront pas de l'autre côté du miroir, alors l'autonomie, ou l'auto-organisation des indigènes sera légitime, justifiée, et la démarche la plus efficace. Tout se passe comme pour le genre, quand des hommes, des militants politiques, n'acceptent pas que les femmes s'auto-organisent pour leur émancipation cf L’auto-organisation des femmes BL/TC/Meeting

Ramon Grosfoguel : « Le communautarisme en France est surtout un communautarisme blanc» décembre 2006

Malik Tahar-Chaouch a écrit:

Dans le numéro d’octobre 2014 de la revue Lignes, consacré aux nouvelles extrêmes-droites, et dans son dernier livre, Les nouveaux rouges-bruns. Le racisme qui vient, Jean-Loup Amselle prolonge son entreprise de déconstruction de l’ethnicisation du débat public et des conflits sociaux en France, en s’en prenant directement au Parti des indigènes de la République qui, selon lui, rejoindrait paradoxalement le Front national et Farida Belghoul, Dieudonné et Alain Soral, au sein de cette tendance.

Ses attaques ont été relayées dans la presse de gauche, notamment par Laurent Joffrin dans Libération. Pourtant, cette charge n’a rien d’original: Jean-Loup Amselle nous adresse les reproches qu’on nous fait continuellement, très souvent sans nous avoir vraiment lus, en radotant les mêmes lieux communs qui reposent sur les mêmes postulats idéologiques. Nous profitons donc de cette nouvelle salve pour, à notre tour, situer et déconstruire.

Jean-Loup Amselle développe trois angles d’attaque principaux :

1) Nous serions une expression, parmi d’autres, de l’approche racialiste et identitaire des conflits qui traversent la société française, procurant ainsi des armes à l’extrême-droite, au détriment de l’universalisme républicain des droits humains dont dépendrait le combat contre le racisme.

2) Nous contribuerions de la sorte à la substitution des enjeux objectifs de ces conflits, assimilés par lui à la question sociale et économique, par la mise en scène médiatique de ces conflits en termes ethniques.

3) En nous définissant comme « indigènes », « noirs » et « arabes », nous ne ferions donc que propager la « stigmatisation » raciste dont nous sommes l’objet, alors qu’il faudrait plutôt en déconstruire les qualificatifs essentialistes, en nous assumant comme des citoyens à part entière de la République française.
[...]
Bref, n’en déplaise à Amselle, en nous définissant comme « indigènes », nous nous sommes pour la première fois désignés nous-mêmes, en assumant notre condition collective dans l’ordre postcolonial blanc, dont la République et son universalisme relèvent. Nous avons rompu avec le sens commun imposé qui, sous couvert de sa formation scientifique, envahit les reproches convenus qu’il nous adresse, comme tant d’autres. Et détrompons-le, si tant est qu’il ait des oreilles pour entendre et des yeux pour voir : en faisant tomber nos masques blancs, nous en avons aussi profité pour retirer les plumes qui étaient plantées sur nos crânes. Nous n’avons d’ailleurs fait ainsi qu’anticiper son propre conseil : « Sois ce que tu deviens ! »
Revenir en haut Aller en bas
tranchiste
Invité



MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Mer 20 Mai - 18:38

Les anarchistes vivent dans leur monde de leurs orgas et leurs revues, un monde le plus souvent virtuel, et l'entre-soi de liens en liens sur leurs blogs. Ils accordent une importance démesurée à leurs propres affrontements avec la police et les fascistes, avec quoi ils se distribuent leurs médailles. Ils sont obsédés par leurs références historiques dépassées, à des figures qui avaient une autre pertinence théorique et une autre présence dans les luttes de classes. De fait, ils n'ont aucune influence sociale, aucune prise dans les luttes réelles, et sont complètement absents dans les quartiers populaires autant que dans les usines et le salariat, sauf isolément, où ils ne la ramènent que fort peu.

Il n'est donc pas étonnant qu'ils subissent l'emprise de l'idéologie dominante, jusqu'à surfer sur la vague anti-arabe avec les meilleurs prétexte contre l'antiracisme et l'anti-impérialisme, mais sans voir d'où ils en parlent, à l'abri.

Il vaut mieux ne pas leur donner trop d'importance, car cela déplace les enjeux sur lesquels tu insistes par ailleurs.
Revenir en haut Aller en bas
Lenininuche
Invité



MessageSujet: Le parti se renforce en s'épurant   Mar 26 Mai - 23:46

Quel forum ! Plus l'adminicastreur précise sa pensée, plus il fait fuir ceux qu'elle pourrait intéresser.

Lénine a écrit:
« Le parti se renforce en s'épurant » Que Faire ?

Lenininuche
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés   Sam 6 Juin - 14:52

Quelques observations sur un reportage de Politis à propos de l’anniversaire des dix ans du PIR, Malik Tahar-Chaouch, membre du PIR, 5 juin 2015

Malik Tahar-Chaouch a écrit:


Le reportage d’Erwin Manach « Les Indigènes de la République dans une « lutte des races sociales » » dans Politis (l’un des rares médias nationaux à ne pas avoir boycotté un événement politique pour le moins original : 100 % féminin [il y avait pas mal d'hommes dans la salle, et j'en étais], 100 % non-blanc [il y avait pas mal de Blanc.he.s dans la salle, et j'en étais], fêtant les 10 ans d’une organisation politique autonome avec la présence d’une figure majeure du mouvement noir américain, Angela Davis) est autant significatif d’un effort grandissant de certains secteurs de la gauche française pour mieux comprendre les luttes indigènes que de la difficulté qui persiste à les appréhender dans les grilles de lecture en vigueur[1].

Il est tout à fait légitime que le journaliste donne son point de vue sur l’événement auquel il a assisté. En revanche, cela devient problématique quand se dissimulent derrière ce point de vue des appréciations qui prétendent rendre compte de la sensibilité politique du PIR et de ses sympathisants alors qu’elles traduisent surtout les préjugés de l’auteur.

Nous voudrions surtout revenir sur un commentaire insidieux du reportage qui jusque-là s’en tenait aux faits. À la fin de son article, Erwin Manach écrit en effet : « Alain Soral, pamphlétaire antisémite et d’extrême droite, et son « Égalité et réconciliation » sont « timidement » hués par la foule, plus prompte à huer Philippe Val, Caroline Fourest et Alain Finkielkraut. »

L’insinuation est claire. Elle renvoie à l’argument de tendances dominantes de la gauche française, en particulier développé par Jean-Loup Amselle, selon lequel le soralisme et le PIR seraient des expressions contradictoires d’une même dérive ethnique et identitaire du débat politique français, au détriment des vrais combats émancipateurs dont cette gauche serait porteuse[2].

Le procédé est sournois car l’auteur émet un jugement politique, sans avoir à l’assumer, ni à le soutenir. En quelque sorte, la moins grande animosité perçue du PIR et de ses sympathisants vis-à-vis de Soral seraient la preuve de cette proximité paradoxale avec l’extrême-droite antisémite[3], au détriment d’autres courants – quand même moins infréquentables[4] – de la politique française.

Pourtant, il ne faut pas aller chercher très loin pour trouver des textes du PIR qui mènent une critique sans concessions du soralisme et surtout en des termes qui empêchent les raccourcis ainsi ébauchés entre l’extrême-droite antisémite et la dénonciation  du philosémitisme d’Etat par le PIR[5]. Certes, l’auteur n’oublie pas de mentionner aussitôt la charge d’Houria Bouteldja contre Soral. Il ne nie pas non plus que ce dernier ait été hué. Il introduit seulement un jugement de valeur, subjectif et irréfléchi, sur la « qualité » supposée des sifflements/applaudissements alors même que la partie du discours d’Houria Bouteldja consacrée à la critique radicale d’Alain Soral est accueillie par une ovation[6]. De plus, il oublie de penser que, s’il y a eu de très fortes réactions face à d’autres figures de l’actualité comme Fourest ou Finkielkraut, c’est parce qu’elles sont hégémoniques dans l’espace médiatique et légitimées par une partie de la gauche (d’où une bataille politique cruciale), tandis que le combat contre Soral, que nous menons depuis longtemps et sans relâche[7], est plus consensuel. Bref, l’essentiel est d’entretenir l’équivoque, sans complètement trahir les faits et les paroles.

Or, le PIR combat le racisme dans toute l’étendue du champ politique blanc, en particulier l’extrême-droite et ses déclinaisons, Soral en étant une, ainsi que ses expressions à gauche qui, en même temps qu’elles prétendent s’opposer à l’extrême-droite, y trouvent un alibi à leur propre défense du privilège blanc, en se rapprochant parfois dangereusement de ses positions. Par ailleurs, elles constituent un obstacle à la constitution d’une majorité décoloniale, où certains secteurs de gauche pourraient s’insérer.

Nous avons aussi déjà répondu aux accusations du type de celles qui nous ont été lancées par Amselle et bien d’autres[8]. Nous n’y reviendrons donc pas. Toutefois, il est quand même bon de rappeler le mobile de ces raccourcis. La mise en évidence du privilège blanc et de la colonialité de la pensée et des pratiques qui structurent le champ politique français va de l’extrême-droite jusqu’à la gauche paternaliste, même définie comme « radicale ». Dès lors, cette dernière perd le monopole des luttes pour l’émancipation. Pire encore : ses idéaux émancipateurs et les lectures politiques qui les sous-tendent se trouvent profondément remis en cause.

Il est donc de bonne guerre que cette gauche assimilée par nous avec l’extrême-droite à la domination blanche, veuille nous associer avec l’extrême-droite, comme si – sous couvert d’universalisme (national-républicanisme, lutte des classes, etc.) – elle n’était pas elle-même impliquée dans les dérives identitaires qu’elle dénonce[9]. En effet, celles-ci sont davantage l’expression de la radicalisation de la défense du privilège blanc que le « fait » des indigènes, à tort renvoyés à elles, quand ils s’insurgent contre ce privilège. Il existe, en ce sens, des vases communicants entre les contenus de certains positionnements gauchistes, républicains et d’extrême-droite, notamment face à nous, ceux-ci bien concrets et aucunement supposés ou imaginaires. En somme, on crée des confusions entre des approches qualitativement incomparables de la fracture raciale, afin de ne pas avoir à considérer la lutte des races sociales, où on défend farouchement ses intérêts objectifs[10].

En rompant avec le champ politique blanc, le PIR a certes rompu avec le clivage droite / gauche, tel qu’il s’est configuré dans la trajectoire du privilège blanc. Toutefois, il n’a pas fermé la porte à la construction d’un pôle anticolonialiste large et à l’articulation des luttes en ce sens, dans la mesure où la gauche radicale rompe avec le consensus postcolonial et raciste, où s’inscrivent ses recommandations paternalistes à notre égard[11]. Il n’a même cessé de rappeler, à la suite de Sadri Khiari, que « (…) parce qu’elle est le partenaire indispensable des indigènes, la gauche est leur adversaire premier »[12] ; ceci retourne complètement l’argument quant à l’affinité « secrète » et paradoxale (hallucinée !) du PIR avec l’extrême-droite, au détriment de la gauche.

Au rapport fixé par cette sentence entre la lutte décoloniale et la gauche blanche, cette dernière confrontée à ses propres paradoxes et à ses propres impasses, continuera-t-elle encore longtemps à répondre par son propre monologue ?


Notes

[1] http://www.politis.fr/Les-Indigenes-de-la-Republique,31089.html

[2] http://www.editions-lignes.com/LES-NOUVEAUX-ROUGES-BRUNS.html

[3] Ce que l’auteur souligne, non sans arrière-pensées, après avoir succinctement présenté la dénonciation du philosémitisme d’Etat par le PIR.

[4] Même s’ils ne sont pas forcément tout à fait, ni tous fréquentables. On méconnaît l’opinion de l’auteur qui a l’avantage de ne pas avoir à s’énoncer, mais on soupçonne que le racisme de gauche, à la Fourest, mériterait d’être moins hué.

[5] Fatouche Ouassak, Pourquoi je soutiens Alain Soral,  Malik Tahar-Chaouch,  Soral, le petit soldat de l’« empire ». A propos de la dénonciation du philosémitisme d’État par le PIR, il faut lire l’excellente réponse de Norman Ajari, philosophe proche du parti, face aux attaques essuyées par Houria Bouteldja : Le contraire de la « haine de la Shoah ». Sur un billet de Liliane Kandel.

[6] A partir de la minute 31’20 : http://indigenes-republique.fr/discours-dintroduction-dhouria-bouteldja-lors-des-10-ans-du-pir/

[7] Houria Bouteldja dénonce le rapprochement de Dieudonné avec l’extrême-droite

[8] http://indigenes-republique.fr/les-rouges-bruns-du-pir-repondent-a-amselle-gardien-de-luniversalisme-blanc/

[9] Par exemple : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2015/05/26/amour-de-la-france-physique-pour-ainsi-dire-charnel/

[10] De fait, il existe à gauche tout un arsenal d’arguments “sociologisants”, afin de délégitimer les combats du PIR, depuis des positions sociales pour le coup véritablement paradoxales.

[11] « Pour la gauche, la question n’est pas de se rénover ni d’être plus radicale dans une matrice finalement inchangée, mais d’engager en son propre sein une véritable révolution culturelle. Je ne doute pas de la générosité de certaines de ses composantes, mais en politique la générosité n’est jamais très loin du paternalisme et ce dernier de la domination. Il lui faudra donc rompre avec l’illusion de sa propre universalité comme il lui faudra apprendre qu’elle n’est pas l’expression d’un même peuple des opprimés mais une expression, parmi d’autres, d’un privilège blanc qu’elle doit apprendre à combattre si elle aspire à rendre concevable une alliance politique entre les classes populaires blanches et les classes populaires issues de l’immigration, autour d’un projet susceptible d’asseoir la souveraineté effective d’un peuple à la fois un et multiple. » : http://indigenes-republique.fr/le-peuple-et-le-tiers-peuple/

[12] « La gauche antiraciste contemporaine rêve parfois d’une France sans discriminations mais elle n’envisage pas que cela doit signifier une transformation profonde de la « propre personnalité » de la France. Car la gauche qui exige de l’indigène qu’il n’oublie pas la lutte des classes, le féminisme et l’écologie, est aveugle à sa propre situation. Elle ignore qu’elle est piégée par la République nationale et postcoloniale. Il ne s’agit pas d’enjoindre la République à être cohérente avec elle-même ou avec ses principes fondateurs – dont on sait les ambivalences – mais d’en franchir les limites. Les indigènes n’ont que faire de la « solidarité antiraciste » des Blancs. Nous ne sommes pas sympathiques. Je hais le paternalisme encore plus que la haine. Les indigènes veulent bien au contraire aider les blancs qui aspirent à se libérer des filets du postcolonialisme dans lequel ils ne cessent eux-même de s’empêtrer. Encore faudrait-ils qu’ils comprennent enfin que l’émancipation des post-colonisés est la condition de leur propre émancipation. Sans doute devra-ton les y forcer…. Ainsi, parce qu’elle est le partenaire indispensable des indigènes, la gauche est leur adversaire premier. Et puis allez!, puisque vous y tenez tant, je vais vous le dire : nous ne sommes pas racistes, nous ne sommes pas sexistes, nous ne sommes pas antisémites, nous ne sommes pas homophobes, nous ne sommes pas pour l’inégalité de classe et nous détestons la pollution! Mais nous ne le sommes pas parce que nous partagerions vos « valeurs ». Nous ne le sommes pas parce que vos valeurs montrent constamment leurs limites en se pensant supérieures à la pensée des autres peuples et qu’elles sont pour cela impuissantes à changer le monde. Nous ne le sommes pas parce que nous irons au-delà de vos valeurs. Avec vous, Contre vous. Tel est, doit être, le pari fou, aberrant, excessif des indigènes; mais aucune rupture dans l’histoire ne fut pas folle, aberrante, exces sive.” Source : « Pour une politique de la racaille. Immigré-e-s, indigènes, jeunes de banlieue », Sadri Khiari, pages : 151-152, 2006, éditions Textuel.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Paradoxes anarchistes sur la « question juive »   Jeu 9 Juil - 16:48

Paradoxes anarchistes sur la « question juive»
À contretemps
, n° 35, septembre 2009
Sylvain Boulouque a écrit:
Si, depuis l’affaire Dreyfus, la « question juive » s’est invitée, à dates régulières, dans l’histoire du mouvement libertaire de langue française, elle a le plus souvent été perçue comme embarrassante par une certaine tradition anarchiste attachée à son imaginaire universaliste et anti-étatique. Et, de fait, elle l’était, comme le prouve la teneur des débats et polémiques qui – sur la valorisation du sionisme, sur l’émigration juive en Palestine et sur la création de l’État d’Israël – occupèrent, même marginalement, à diverses époques de cette histoire, les colonnes de sa presse. L’étude que nous publions ci-après a le mérite de remettre en mémoire, dans sa continuité, cet embarras anarchiste, mais aussi d’offrir un panorama assez complet de la perception – souvent paradoxale – que certains militants libertaires eurent de cette « question juive ».

Il peut sembler surprenant d’entendre un militant anarchiste dire : « J’éprouve un profond sentiment d’amitié envers l’État d’Israël. » Ce militant, Nicolas Tchorbadieff [1], de son vrai nom Jossif Sintoff, est né le 23 octobre 1900 à Plodiv (alors Philippopoli), en Bulgarie, et entra très jeune dans le mouvement libertaire. Réfugié en France en 1923, il poursuivit ses activités politiques dans les groupes anarchistes juifs. Résistant, il reprit son action militante après la guerre. Décédé le 6 juillet 1994, ses cendres furent transférées en Israël, selon ses dernières volontés.

Cet itinéraire est sans doute révélateur d’une sensibilité particulière, car les anarchistes n’adhèrent pas, par principe, aux doctrines étatistes. Pourtant, la naissance du sionisme a provoqué en leur sein d’âpres débats qui soulignent la difficile adaptation du mouvement, dans son ensemble, aux problèmes contemporains, et l’attachement de certains militants à leurs origines juives. La singularité de l’attitude de ces anarchistes, telle qu’elle ressort de la comparaison avec les positions des autres libertaires, est révélatrice des modes de construction de l’imaginaire d’un mouvement marginal quant à son influence politique. Ces polémiques ont rebondi au gré des événements [2].

De l’Affaire au sionisme : Bernard Lazare

L’affaire Dreyfus, dont une des conséquences fut la naissance du sionisme politique, entraîna de nombreux débats dans le mouvement anarchiste et suscita de nouveaux clivages. Confrontés à cette question, les anarchistes durent accepter un débat sur la question nationale et les identités, débat que leur positionnement idéologique – l’internationalisme et le rêve d’une fraternité universelle – les engageait plutôt à dédaigner. Ce phénomène demeure d’autant plus paradoxal que les premières interrogations surgirent chez l’un des leurs, Bernard Lazare [3], qui théorisa le sionisme, non pas autour du projet de création d’un État juif, comme Théodore Herzl, mais dans une optique libertaire.

Lors d’une conférence prononcée, le 6 mars 1897, devant l’Association des étudiants israélites russes [4], Lazare se livre à une analyse de l’antisémitisme et à une réflexion sur le sionisme. C’est dans ce cadre qu’il formule le concept de nation juive devant recouvrir l’ensemble des classes sociales, sans pour autant redonner aux juifs bourgeois ou émancipés le rôle qu’ils ont acquis dans la société de la fin du XIXe siècle. Il conteste l’argument selon lequel cette notion relèverait des antisémites : « Parmi les juifs qui nient l’existence d’une nation juive, beaucoup sont poussés par la crainte des conséquences » [5]. Après s’être arrêté sur les racines de l’antisémitisme – qu’il attribue pour une grande partie au christianisme [6] – Lazare réfute la thèse de l’émancipation des juifs en terre chrétienne et présente un autre modèle de société :

Bernard Lazare a écrit:
« Je crois qu’un jour, l’humanité sera une confédération de groupements libres, et non organisés suivant le système capitaliste ; de groupements libres dans lesquels la distribution de la richesse et les relations du travail et du capital seront tout autres qu’elles sont aujourd’hui » [7].

Mais son espoir en la révolution salvatrice s’arrête à cette croyance. Pour Lazare, la lutte contre l’antisémitisme demeure prioritaire : « Le juif qui ne se lève pas devant l’antisémitisme, s’enfonce dans un degré d’abjection morale » [8]. Pour lui, l’affaire Dreyfus et les risques d’une prise de pouvoir par la « tourbe réactionnaire » (Sébastien Faure) confèrent des devoirs aux juifs. Sa critique de la communauté juive se fonde sur un refus de l’ « assimilationnisme » des juifs émancipés qui ont oublié qu’ils avaient aussi été des parias. Car si Lazare prône une prise de conscience de la part des juifs de France, il propose également une solution face à la menace permanente de persécution antisémite : la voie d’un ailleurs ouverte par l’immigration juive vers une nation libre. C’est ainsi, explique-t-il, que les juifs doivent recouvrir leurs droits collectifs. À ses yeux, la volonté de créer un État juif en Palestine n’est pas contradictoire avec l’internationalisme :

Bernard Lazare a écrit:
« Être internationaliste cela veut dire abolir la constitution économico-politique des nations actuelles, car cette constitution n’est faite que pour défendre les intérêts privés des peuples ou plutôt des gouvernants, aux dépens des peuples voisins ; supprimer les frontières, ce n’est pas faire un unique amalgame de tous les habitants du globe. Une conception familière du socialisme international et même de l’anarchisme révolutionnaire, n’est-elle pas la conception d’humanité fragmentée, composée d’une multitude d’organismes cellulaires » [9].

Cette attitude ne saurait signifier en aucun cas, pour Lazare, une volonté de recréer un État avec des structures telles qu’elles existent en société capitaliste. La théorie anarchiste préconise la libre fédération des peuples et des individus, et c’est dans cette vision qu’il faut replacer son apport au sionisme. Lues et étudiées par quelques militants, ses positions vont entraîner un débat sur une possible acception libertaire du sionisme.

C’est ainsi que, dans le sillage de Lazare, d’autres libertaires vont devenir sionistes [10]. Si le cas de Mécislas Goldberg (1869-1907) [11] demeure marginal, il n’en va pas de même de celui de Henri Dorr, de son vrai nom Lucien Weil (1865-1914) [12], militant d’envergure nationale. Rédacteur du Père Peinard, le journal anarchiste dirigé par Émile Pouget [13], de 1889 à 1894, Dhorr rejoignit l’équipe du Libertaire de Sébastien Faure [14]. Pendant l’Affaire, il affirma un sionisme culturel et incita les juifs libertaires à s’engager dans cette voie. En retour, sa démarche suscita de vives critiques. En effet, si, dans leur immense majorité, les libertaires ont choisi de prendre la défense du Capitaine puis de la République – au point d’assurer le service d’ordre lors de réunions publiques en soutien au président Émile Loubet [15] –, l’affirmation d’une identité juive et d’un engagement sioniste, même développée dans une optique libertaire, entrait en conflit avec les conceptions traditionnelles de l’anarchisme.

Comme les prises de position sur l’affaire Dreyfus [16], ce débat polémique, bref par sa durée et limité par la quantité d’articles qu’il suscite, ne concerne – insistons sur ce point –qu’un groupe restreint de militants, quelques individualités. Les clivages qui en émanent ne s’effectuent pas de manière similaire. Si la nature spécifique de l’antisémitisme est, en partie ou totalement, reconnue, il faut bien admettre que les hommes qui défendent le plus fermement l’idée d’une immigration juive – est-ce un hasard ? – sont, bien évidemment, victimes au premier chef de l’antisémitisme ambiant [17]. Le rapport des autres militants avec le judaïsme ne peut être établi [18]. Les opinions se partagent en deux groupes : les partisans d’une immigration juive et ses détracteurs. Les échanges de points de vue se font par l’intermédiaire de la presse libertaire, qui est le lieu par excellence de la discussion.

1899 : un débat anarchiste sur le sionisme

Un an après la prise de position publique de Bernard Lazare en faveur d’un sionisme libertaire, le débat s’instaure dans la presse libertaire. Il durera environ six mois. Une première réponse est apportée par J. Degalvès [19], qui développe une analyse différente de celle de Lazare quant aux causes de l’antisémitisme. Si Degalvès reconnaît le rôle de bouc émissaire dont les juifs sont victimes depuis des siècles, il se refuse à admettre une quelconque spécificité de l’antisémitisme. Intégré au fonctionnement des sociétés capitalistes, l’antisémitisme participerait, à ses yeux, d’une même volonté, assumée par les dirigeants de toutes les époques, de chercher une issue dérivative à la révolution. Examinant les positions de l’Église, de Drumont et de son « Libre torchon » dans les crises qui secouent la société, il conclut : « Cette ligue de fripouilleries s’adressant à toutes les bêtises, procède absolument comme ses aînés des siècles d’autrefois… et nos juifs ou les vicaires de ce fameux syndicat, dont tout le monde (antisémite) parle et que personne n’a jamais vu » [20]. Quant à sa conception de l’action du mouvement anarchiste, elle s’énonce ainsi :

J. Degalvès a écrit:
« C’est pour cela que nous anarchistes, ennemis jurés de toutes les banques, de tous les cultes et de toutes les armées, nous sommes non seulement avec l’ex-officier Dreyfus en particulier, mais avec les juifs en général, parce que, quand on crie “Mort aux juifs”, ces syllabes résonnent à nos oreilles comme “Vive l’Inquisition ! Vive le sabre ! Vive le goupillon !” » [21].

Ce disant, Degalvès rejette l’idée d’une immigration juive en Palestine. Elle serait, selon lui, une illusion, un dérivatif à une solution beaucoup plus large : celle de l’émancipation humaine. Autrement dit, la révolution doit l’emporter sur les particularismes. Cette affirmation est d’autant plus significative qu’elle revient, en effet, comme réplique récurrente chaque fois que les anarchistes se heurtent à l’examen d’un phénomène nouveau.

Dans son article, Degalvès fait allusion aux conférences organisées par les « Étudiants Juifs Révolutionnaires Internationalistes ». Il s’agit, en réalité, des ESRI (Étudiants Socialistes Révolutionnaires Internationalistes) [22], groupe qui devait parfois utiliser ce sigle dans le cadre de leurs activités. Les ESRI se sont, en effet, prononcés, sur le sujet qui nous intéresse et ont même publié un rapport sur ce thème – « Antisémitisme et sionisme » [23] – pour le Congrès ouvrier international de 1900, à la préparation duquel ils ont pris une part active [24].

Analysant l’antisémitisme, ses manifestations, son impact et envisageant des solutions au problème, le rapport part de l’étonnante hypothèse suivante :
Degalvès a écrit:

« Un socialiste, un anarchiste peuvent-ils logiquement être antisémites ? Doivent-ils même se mêler à un mouvement antisémitique, avec l’espoir de détourner ce mouvement de son but primitif vers un résultat plus conforme à leur aspiration ? » [25].

Voir des militants se poser une telle question dans le cadre d’un texte préparatoire à un congrès ouvrier permet légitimement de s’interroger sur l’état d’esprit du mouvement lui-même. Et cela indépendamment du fait que les ESRI écartent immédiatement cette hypothèse pour reprendre l’argumentation de Bernard Lazare, dénonçant le caractère réactionnaire de l’antisémitisme et insistant sur les dangers que comporterait une telle entente contre nature :

Bernard Lazare a écrit:
« On sent à quel point une telle alliance est impossible ; et combien plus chimérique serait une alliance avec une classe dont la révolte d’intelligence ne peut s’élever au-dessus de l’antisémitisme » [26].

« Marcher avec les antisémites, c’est s’engager aussi dans le nationalisme, qui n’est qu’une autre forme de la même duperie » [27].

Mais si les ESRI critiquent, de manière claire et nette, l’antisémitisme, ils refusent tout autant l’immigration en Palestine : « Nous pensons que le sionisme est sinon une lâcheté, au moins une faiblesse » [28]. Ils développent, en effet, une argumentation tendant à faire de l’antisémitisme un phénomène bien moins important qu’il n’y paraît. Quant à leur réfutation du sionisme, elle repose, d’une part, sur des considérations relatives à la pauvreté de la terre en Palestine [29] – présentée comme aride – et, d’autre part, sur la nécessité de préserver les forces militantes là où elles sont :
ESRI a écrit:

« Nous ne sommes pas sionistes parce que l’émigration des juifs diminuerait la masse prolétarienne active. Enlever les prolétaires juifs à la cause révolutionnaire, c’est enlever à cette cause un de ses éléments les plus énergiques, les plus intelligents, les plus conscients » [30].

Même si les ESRI l’expriment de manière différente, cette appréciation révèle, encore une fois, les difficultés auxquelles sont confrontés les anarchistes lorsqu’ils sont placés face à une problématique nouvelle n’entrant pas dans un cadre idéologique préétabli. Par ailleurs, la composition des ESRI – dont les membres sont proches des milieux syndicalistes révolutionnaires et qui placent l’action sociale au-dessus de tout – peut expliquer cette analyse recouvrant à la fois un déni identitaire, une sur-valorisation de la question sociale et, enfin, l’espoir d’une révolution imminente salvatrice.

Ce débat sur l’antisémitisme va s’enrichir d’une autre polémique, qui rejoint en bien des points celle sur l’immigration juive en Palestine. Elle est initiée, dans Le Libertaire, par Henri Dhorr, qui réclame « le droit d’être juif » [31].

Lorsque Henri Dhorr affirme la nécessité du particularisme juif, il reprend l’argumentation de Bernard Lazare et rejette les aspects négatifs de l’assimilation, « la disparition de l’antisémitisme par la suppression des juifs ». Dressant un parallèle entre les révolutionnaires et les antisémites, qui tous deux envisagent la suppression du judaïsme – les uns par anticléricalisme, les autres par haine des juifs –, Henri Dhorr, comme Lazare, lie le phénomène antisémite à l’ancestrale haine envers les juifs. Parallèlement, il condamne l’idée d’une possible suppression des religions minoritaires par le reniement de la foi de leurs croyants, ce qui ne serait qu’une manière de céder « aux injonctions de la caste religieuse dominante ».

Henri Dhorr s’attaque, par ailleurs, aux libertaires qui prétendent que, « quand on appartient à la grande famille révolutionnaire, (…) on est autant de la terre, on n’appartient à aucune race spéciale, on n’est ni juif, ni aryen, on est homme tout simplement, et le libertaire ne saurait être juif » [32]. Pour Dhorr, cette affirmation, qui conduit directement au renoncement de tout particularisme, nie la spécificité de l’antisémitisme et l’ampleur de son phénomène. Et d’affirmer :

Henri Dhorr a écrit:
« Les distinctions de race sont stupides, mais la faute n’en est pas à ceux qui en sont victimes. Il ne dépend pas des vaincus de proclamer la fraternité. Un juif aura beau proclamer la fusion des races, il n’en sera pas moins juif aux yeux de ses ennemis ; au contraire, son révolutionnarisme le désignera davantage à leurs persécutions » [33].

Dans ce contexte – et comme Lazare qui se revendique d’un peuple de parias –, Dhorr se doit de déclarer : « Mon droit d’être juif, c’est mon devoir de dire que je le suis » [34]. De fait, cette analyse adopte une perspective en totale contradiction avec les réflexions et les attitudes du mouvement libertaire, ces deux militants considérant que des priorités existent et que celles-ci ne peuvent être niées au nom de luttes plus lointaines et plus incertaines.

La semaine suivante, un article de Ludovic Malquin paraît dans Le Journal du peuple. L’auteur affirme ne pas comprendre la position de Dhorr et se prononce, quant à lui, pour un combat globalisant les luttes et permettant d’arriver à l’anarchisme [35]. Contestant le droit à la différence juive, Malquin nie la spécificité culturelle du judaïsme et compare la solidarité juive à une solidarité militaire, qui lui semble être un obstacle pour arriver à l’anarchisme. Le second point que Malquin réfute est l’oppression spécifique des juifs ; pour lui, l’oppression est liée à l’appartenance sociale et aux conceptions politiques des personnes.

Dans le même numéro du Journal du peuple paraît la réponse de Dhorr à Malquin. Il y réaffirme son appartenance au peuple juif et précise que, s’il rejette les religions, il est convaincu qu’il existe, même chez les croyants, des esprits qui peuvent combattre à ses côtés :

Henri Dhorr a écrit:
« Athée je suis et je voudrais que tout le monde le fût, et je prêche l’athéisme. Mais j’affirme que la révolte est toujours révolte, même lorsqu’elle n’émane pas d’anarchistes, et que la lutte contre l’intolérance religieuse est toujours révolutionnaire, même lorsqu’elle émane de croyants » [36].

Une fois encore s’opposent deux conceptions de l’anarchisme : l’une sectaire, qui ne le conçoit que dans un cadre restreint ; l’autre, ouverte, qui se fonde sur une perspective plus large et tournée vers l’extérieur. Par ailleurs, dans sa réplique à son contradicteur, Dhorr se déclare heurté par le second point de l’argumentaire développé par Malquin, qu’il juge profondément dangereux :

Henri Dhorr a écrit:
« Ta comparaison ne saurait viser la solidarité des coupables et des non-coupables. Tu sais bien que je ne me solidariserai jamais avec le crime. La solidarité que je préconise, c’est la solidarité dans la revendication du droit, non contre le droit » [37].

Pour conclure, Dhorr s’attache à relever la contradiction inhérente aux révolutionnaires quand, concernant les juifs, ils leur reprochent soit de ne pas se défendre, soit de le faire en tant que juifs quand, comme tout groupe opprimé, ils se révoltent. Enfin, face aux critiques de Malquin, Dhorr réitère, comme une profession de foi, son « droit d’être juif ».

Peu de temps après, dans le même Journal du peuple  [38], Dhorr réaffirmera, comme Lazare, que la grâce de Dreyfus – qui reste un juif assimilé – n’est pas « l’enterrement de l’antisémitisme ». Paraphrasant Lazare, il écrira :

Henri Dhorr a écrit:
« De même que l’antisémitisme est le plus puissant dérivatif à la Révolution, la Révolution est la seule barrière qu’on puisse opposer utilement à l’antisémitisme. Les juifs qui ne sont pas révolutionnaires sont traîtres à leur propre cause. Puissent-ils s’en apercevoir à temps » [39].

Positionnements sur le sionisme

Ce débat spécifique au sionisme et à la judéité porte, à vrai dire, un certain nombre de questionnements propres au mouvement anarchiste de la fin du XIXe siècle, où l’espoir messianique en une révolution imminente est, alors, présent dans tous les esprits. « La Révolution aura lieu avant dix ans », écrit ainsi Kropotkine. Cette attente du moment révolutionnaire, où la Sociale réalisera les espérances libertaires et résoudra tous les problèmes, structure en profondeur la vision que les anarchistes ont de la société. Ceux qui, comme Lazare ou Dhorr, essayent de trouver une issue immédiate pour les plus opprimés, se voient confrontés à de vives critiques, qui relèvent de la même démarche intellectuelle que celles émises lors de l’affaire Dreyfus ou lors du débat sur l’entrée des anarchistes dans les syndicats [40]. Les militants orthodoxes ne veulent œuvrer que pour l’anarchie. L’ennemi, c’est le capitaliste, juif ou chrétien, comme l’écrivent régulièrement Émile Pouget ou Jean Grave. Développées au sein de leur mouvement par des libertaires soucieux de chercher des solutions à des problèmes quotidiens n’entrant pas forcément dans le cadre d’une construction théorique préétablie, les positions défendues par Lazare et Dhorr posent évidemment problème aux anarchistes orthodoxes. Mais elles posent également un problème de reconnaissance à Lazare et à Dhorr, que leurs compagnons de lutte perçoivent, parfois, comme s’étant détournés de la cause ou dévoyés dans une autre cause.

À travers ce débat sur la question du sionisme, les anarchistes se voient, par ailleurs, confrontés à la question nationale, tabou des tabous pour ces internationalistes qui ne conçoivent les nations que comme garantes de l’ordre bourgeois. Pourtant, les pères fondateurs de l’anarchisme – à l’exception de Proudhon – reconnaissent la nation comme une entité intrinsèque à toute communauté, tout en condamnant sa forme étatique [41]. Le distinguo disparaîtra avec leurs épigones français et la grande majorité des militants qui, raisonnant dans le cadre d’un État-nation déjà constitué, gommeront les dimensions spécifiques de la question nationale.

Si les thèses favorables à une conception libertaire du sionisme restent très minoritaires dans le mouvement anarchiste, leurs partisans n’en seront pas pour autant exclus. Dans les décennies suivantes, cette question, toujours traitée de manière marginale, resurgira périodiquement. Ainsi, L’Encyclopédie anarchiste, parue entre 1930 et 1934, et coordonnée par Sébastien Faure, consacre, directement ou indirectement, quatre entrées à la « question juive » : « Israélites », « Ghetto », « Judaïsme » et « Sionisme ». Les notices reprennent, pour l’essentiel, les anciens arguments des ESRI : le sionisme est une idée noble, car il permet aux juifs d’échapper aux persécutions et, par la colonisation agricole et les fermes collectives, rend possible un développement égalitaire de la société, mais, dans le même temps, il ajoute des barrières nationales, perçues comme autant d’entraves à l’internationalisme et à une possible révolution. Sur ce point, le discours libertaire n’évolue pas, comme le corrobore le témoignage d’Arnold Mandel, alors membre d’un groupe de l’Union anarchiste :

Ernest Mandel a écrit:
« Dans le milieu anarchiste, on pouvait faire librement des exposés sur n’importe quel thème, avec n’importe quelle approche, sans censure aucune. On risquait simplement la contradiction. Je proposais donc aux camarades de leur parler du sionisme dont, juifs y compris, ils ignoraient tout. […] Je n’étais pas sioniste au sens de la doctrine herzlienne […] J’étais anti-étatique.
[Mandel expose les arguments qu’il a développés.] »

Quand j’eus conclu, surgit […] la contradiction. On s’étonna qu’un camarade anarchiste pût trouver sympathique une doctrine politique qui n’était rien d’autre qu’un projet d’État. […] Le nationalisme c’était le choix de l’absurde […]. Nous en restâmes sur notre désaccord. Critiqué, je ne fus pas blâmé. Les anarchistes ne demandaient à personne d’être dans la ligne » [42].

Cette proposition demeurée sans lendemain – Mandel s’éloignera, d’ailleurs, des groupes libertaires fin 1937 – illustre la difficulté qu’ont les anarchistes à intégrer à leurs perspectives révolutionnaires l’existence de stades intermédiaires. Cela dit, Mandel insiste sur un élément important pour appréhender la sociabilité libertaire : les groupes anarchistes sont d’abord des groupes d’affinités, ce qui permet à chacun de leurs membres de se livrer, en regard de positions officielles aux contours souvent flous, à des analyses hétérodoxes.

On trouve, par exemple, une illustration de cette diversité de points de vue dans l’analyse du conflit judéo-arabe de 1936-1939, qui contribuera à radicaliser et à conflictualiser les approches. D’un côté, dans Le Libertaire, Jules Chazoff attaque le sionisme, qu’il assimile à un détournement de l’idée même de révolution, dénonce sa mainmise sur la Palestine et condamne l’exploitation dont seraient victimes les Arabes [43]. Quelques semaines plus tard, Robert Louzon adopte un point de vue similaire dans La Révolution prolétarienne, en qualifiant de « colons » les émigrés juifs arrivant en Palestine  [44]. La virulence manifestée par ces deux prises de position provoque, en retour, de nombreuses réactions chez les anarchistes juifs. Le Groupe anarchiste juif de Paris [45] rappelle, comme Bernard Lazare un demi-siècle auparavant, que le sionisme représente une étape émancipatrice, prémisse d’une révolution future. De son côté, Ida Mett, de son vraie nom Ida Gilman (1901-1973) [46], rompt avec le « noyau » de La Révolution prolétarienne pour protester contre la « souillure » antisémite de Louzon [47].

À l’examen de ces débats apparaissent deux constantes du mouvement libertaire – et, plus largement, du mouvement ouvrier : d’une part, la rémanence, en son sein, d’un courant minoritaire réceptif à un antisémitisme mélangeant anti-judaïsme et anticapitalisme ; d’autre part, lié à son attachement à l’universalisme, un rejet de l’existence de minorités nationales [48]. Enfin, pour ce qui concerne les anarchistes juifs, le conflit entre idéologie et identité ne se révèle que dans la confrontation avec les autres composantes du mouvement libertaire. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le mouvement des kibboutzim et la naissance de l’État hébreu créent une configuration suffisamment nouvelle et inattendue pour remettre ce schéma en cause.

La naissance de l’État d’Israël

Dans l’immédiat après-guerre, trois organes composent, pour l’essentiel, la presse libertaire : Le Libertaire, qui représente tous les anarchistes, Le Combat syndicaliste, d’orientation anarcho-syndicaliste, et Ce qu’il faut dire, de tonalité pacifiste. La naissance de l’État d’Israël suscite de nombreux articles. Les libertaires cherchent à répondre aux questions liées à la guerre de 1948, aux enjeux internationaux, à la naissance d’un État juif et, corrélativement, s’interrogent sur la possibilité d’une présence anarchiste au Proche-Orient.

Agrémenté d’entretiens avec des représentants des diverses composantes du sionisme, un reportage datant d’août 1950 présente un panorama, par ailleurs critique, sur le sujet. L’auteur y évoque brièvement la présence libertaire : « Les anarchistes, eux, diffusent à Tel-Aviv des journaux en yiddish d’origines diverses : Freie Arbeiter Stimme  [49] (La voix du travailleur libre) et Der Freie Gedank (La pensée libre), et également un périodique anarchiste en langue russe, édité par des émigrés » [50]. Ces titres sont, pour l’essentiel, publiés dans le monde anglo-saxon ou en France. Pour les militants du Groupe anarchiste juif de Paris, le mouvement de défiance initiale manifesté lors de la création du nouvel État se voit rapidement compensé par leur vive sympathie pour les kibboutzim. Dès lors, ils estiment que l’État d’Israël représente une terre d’accueil possible [51] et certains d’entre eux partent s’y installer. Ils participeront à la fondation de l’hebdomadaire Problemen [52], dirigé par Alexandre Thorn et Yosef Loden, dont l’un des principaux correspondants, David Stettner, reste en France. Il faut, néanmoins, préciser que ce groupe d’affinité, qui fonctionne comme une amicale dont l’activité prioritaire est d’aider les anarchistes vivant dans les pays de l’Est [53], occupe une place marginale au sein du mouvement anarchiste. En témoigne le faible écho que trouve le Groupe anarchiste juif de Paris dans la presse libertaire. C’est donc à titre individuel que ses militants livrent aux autres libertaires analyses et informations sur la situation en Israël et les kibboutzim.

La guerre et la naissance d’un nouvel État relèvent de réalités qui, par définition, ne peuvent que heurter les anarchistes. Contraints de se déterminer face à elles, ils font alors appel aux référents traditionnels de la pensée anarchiste, comme le pacifisme, en appliquant sur l’actualité une grille de lecture idéologiquement connotée, notamment dans sa dimension antireligieuse :

Citation :
« Le sang coule en Palestine où l’on se dispute une étroite bande de terre brûlée par le soleil, une terre qui ne doit son prestige qu’au témoignage illusoire de cette escroquerie mystique qui en fit la terre promise » [54].

Si ce genre de discours reprend, pour partie, l’ancien argumentaire des ESRI en lui surimposant une vision pacifiste, certaines analyses, plus en phase avec la conjoncture internationale et le naissant danger induit par les rivalités « impérialistes », tentent d’ouvrir de nouvelles perspectives. C’est ainsi qu’apparaît, dans la presse libertaire, le thème de l’émergence nécessaire d’un « troisième front » capable de s’opposer aux logiques hégémoniques de l’Ouest et de l’Est :

Charles Cortvrint a écrit:
« Nous avons l’espoir que, dans un Proche-Orient pacifié grâce à un équilibre des forces et à une conjoncture impérialiste favorable, les forces sociales déviées de leurs buts essentiels vers des objectifs raciaux et nationaux, se réveilleront [...] Entre le “Schalom” des communautaires juifs et le “Salam” des cultivateurs arabes, il n’est de différences qu’à Londres, à Washington ou à Moscou » [55].

L’auteur de cet article, Charles Cortvrint, plus connu sous le pseudonyme de Louis Mercier (1914-1977), est parti combattre en Espagne en 1936 dans la colonne Durruti. Déserteur au début de la guerre mondiale, il s’engage dans les Forces françaises libres, en 1942, où il opère pour le service d’information de Radio Levant, tout en travaillant pour l’OSS, l’ancêtre de la CIA. Après la guerre, il participe à la création de Force ouvrière et au Congrès pour la liberté de la culture [56]. L’itinéraire libertaire de Louis Mercier, qui n’est pas juif, est sans doute l’un des plus originaux qui soit [57].

Si Mercier, qui était par ailleurs l’un des militants les mieux informés de la situation régionale au Proche-Orient, avance déjà l’hypothèse de « troisième front » dans un article précédent [58], l’essentiel de ses attaques est nettement dirigé contre les visées communistes :

Charles Cortvrint a écrit:
« Pendant des années, les communistes ont mené une campagne contre les “fascistes” [59] juifs, disciples de Jabotinsky, mais aujourd’hui ils donnent une grande place à l’action de l’Irgoun Zvai Leumi dirigée contre la Grande-Bretagne. Toute lutte contre Londres est présentée par Moscou comme une lutte progressiste » [60].

Parallèlement, Mercier met en garde les militants libertaires contre les jugements trop hâtifs :

Charles Cortvrint a écrit:
« Nous connaissons d’authentiques militants révolutionnaires juifs qui agissent dans les groupes terroristes parce qu’ils défendent en premier lieu leur droit à l’existence [...] Si les meilleurs Arabes et les meilleurs Juifs en sont à se replier sur des positions et des activités nationalistes, c’est parce qu’il n’existe dans le monde aucune internationale ouvrière et révolutionnaire capable de présenter aux écrasés un espoir, une foi, une issue » [61].

Soucieuse d’être en cohérence avec la pensée libertaire, l’analyse proposée par Mercier offre l’indéniable intérêt d’informer les militants sur la marche des événements, tout en mettant en lumière la complexité de la situation. On ne s’étonnera donc pas que nombre d’anarchistes, plus attachés aux schémas explicatifs traditionnels, ne la partagèrent pas. À leurs yeux, le nouvel État d’Israël ne pouvait être que source de guerre : « En Palestine, l’État apporte l’indiscutable preuve qu’il provoque la guerre du fait même de sa présence » [62]. Refusant de choisir un camp – « seul le rejet de tout nationalisme et l’entente libre et fraternelle des populations travailleuses pourront sauver la Palestine de la barbarie qui va en s’étendant [63] » –, ces militants se rallient donc au vieux discours anti-étatique archétypal et normatif de l’anarchisme : Israël possède les caractéristiques néfastes de tout État.

Cela dit, si le déclenchement de la guerre et la création de l’État d’Israël suscitent protestations et critiques, il n’en demeure pas moins que bien des anarchistes fondent de grands espoirs sur les kibboutzim, présentés comme un « contrepoids important aux volontés capitalistes ou à l’envahissement de l’État » [64].

La société idéale des kibboutzim

S’étant toujours intéressés aux expériences de travail collectif et aux modes de vie alternatifs conçus comme autant de lieux d’expérimentation de la société future, les libertaires se passionnent rapidement pour les kibboutzim. Ils y voient une terre d’imagination, un nouveau rêve. Nombreux sont, en effet, les témoins qui, dans la presse libertaire française et internationale, rendent compte de séjours ou d’installations dans ces collectivités agricoles et insistent sur leur caractère libertaire – réel, imaginé ou projeté. George Woodcock exprime, par exemple, sa vive sympathie pour les « collectifs palestiniens » qui ont mis « en application la théorie anarchiste : la décentralisation et la suppression du profit individuel » [65]. De la même façon, analysant les formes de travail collectif des kibboutzim, Jean Maline laisse entendre que les progrès sociaux qu’ils engendrent constituent une illustration pratique du principe anarchiste « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins » [66].

Par ailleurs, quelques militants d’origines diverses, notamment espagnols, s’installent en Israël et travaillent dans les kibboutzim. Ainsi, l’historien Élie Barnavi raconte l’itinéraire d’un certain Ramón, militant anarchiste arrivé en Palestine en 1948. Il a participé à la guerre d’Indépendance dans une brigade composée d’immigrants de diverses nationalités, dont quelques libertaires, qui rejoignent, par la suite, divers kibboutzim  [67]. D’autres militants opèrent la même démarche, souvent pour des raisons familiales. Tel est le cas de Joseph Ribas, militant de la Confédération nationale du travail, qui a combattu pendant la guerre civile espagnole, où il fut grièvement blessé. Après plus de dix ans passés en France, Ribas part avec sa femme et ses deux enfants pour Jérusalem, puis s’installe au kibboutz Hahotrim, au sud de Haïfa, où il retrouve, selon ses dires, le même mode de vie que dans les fermes collectivisées espagnoles [68].

C’est, en partie, à travers ce type de témoignages que Gaston Leval [69] et Augustin Souchy donnent à la presse libertaire de nombreux renseignements sur les conditions de vie dans les kibboutzim. Alors fonctionnaire au Bureau international du travail (BIT), Souchy se rend en Israël, en 1952, et publie un livre – Le Nouvel Israël, un voyage dans les kibboutz  [70] –, où il compare, lui aussi, les kibboutzim aux collectivisations espagnoles. Plus marginalement, les anarchistes individualistes adeptes de la révolution sexuelle publient un reportage consacré à « la famille, l’enfant et les relations sexuelles dans les kibboutzim » [71]. Ce mouvement est amplifié par d’autres récits comme celui que publie, six mois durant, Le Combat syndicaliste [72]. L’auteur y dresse un tableau empreint d’une sympathie affichée pour les réalisations communautaires et les acquis sociaux conquis par la Histadrout.

Ainsi, mis en valeur – et idéalisés – dans la presse libertaire de l’époque, les kibboutzim et, de manière plus générale, les formes de travail collectif se voient assimilés à des sociétés libertaires à part entière. En ce sens, l’existence des kibboutzim constitue bien un facteur déterminant dans la reconnaissance de l’État d’Israël par des anarchistes dont, parallèlement, l’objectif – le dépassement du cadre national et étatique – demeure inchangé. Dans cette perspective, les kibboutzim, pierre angulaire de ce dispositif, alimentent l’imaginaire anarchiste en lui évitant d’avoir à remettre en cause ses traditionnels fondements en matière d’anti-étatisme, par exemple. C’est bien par ce biais que les anarchistes juifs sont, d’une certaine manière, parvenus à conjuguer leur identité culturelle et leur engagement idéologique.

Avec le temps, la critique libertaire se fera, certes, plus acerbe vis-à-vis de l’État hébreu, mais, plus proche en cela de la tradition socialiste que communiste, le discours produit par les anarchistes sur le conflit israélo-palestinien évitera de céder à la mythologie révolutionnaire anti-impérialiste des autres groupes de l’extrême gauche.

Sylvain BOULOUQUE


[1] Sur Nicolas Tchorbadieff : notre notice « Nicolas Tchorbadieff », Gavroche, n° 79, janvier-février 1995, pp. 22-23.

[2] Ce texte est une version refondée de quatre études précédentes : « Les anarchistes, le sionisme et la naissance de l’État d’Israël », Gavroche, n° 101, septembre-octobre 1998, pp. 15-18 ; « 1899 : un débat sur le sionisme dans le mouvement anarchiste », in : Philippe Oriol (textes réunis par), Bernard Lazare anarchiste et nationaliste juif, Paris, Honoré Champion, 1999, pp. 173-180 ; « Les paradoxes des anarchistes face au sionisme et à la naissance de l’État d’Israël », Archives juives, 2003-1 (volume 36), pp. 100-108 ; « Anarchisme et judaïsme dans le mouvement libertaire en France. Réflexions sur quelques itinéraires », in : Amedeo Bertolo (coordonné par), Juifs et anarchistes, Paris - Tel-Aviv, Éditions de l’Éclat, 2008, pp. 113-124.

[3] Nom de plume de Lazare Marcus Manassé Bernard (1865-1903). De et sur Bernard Lazare : Bernard Lazare, Juifs et antisémites, Paris, Allia, 1992 ; Nelly Wilson, Bernard Lazare, Paris, Albin Michel, 1986 ; Jean-Denis Bredin, Bernard Lazare. De l’anarchiste au prophète, Paris, De Fallois, 1993 ; Philippe Oriol (textes réunis par), op. cit., 1999 ; Philippe Oriol, Bernard Lazare, Paris, Stock, 2003 ; notre notice « Bernard Lazare », Archives juives, n° 33/1, premier semestre 2000, pp. 121-126.

[4] Le texte de sa conférence parut l’année suivante : « Le nationalisme juif », Publications du Kadimah, n° 1, Paris, Stock, 1898. Texte réédité dans Bernard Lazare, Le Fumier de Job, Strasbourg, Circé, 1990, et dans Bernard Lazare, Juifs et antisémites, op. cit.

[5] Le Nationalisme juif, op. cit., p. 96.

[6] Bernard Lazare préparait un ouvrage sur le rôle de l’Église dans le développement de l’antisémitisme.

[7] Le Nationalisme juif, op. cit., p. 102.

[8] Ibidem.

[9] Ibid. p. 105.

[10] Pour plus de détails, voir Philippe Oriol, op. cit., 1999, ainsi que Zosa Szajkowski, « L’antisémitisme et le mouvement ouvrier français à l’époque de l’affaire Dreyfus », Tsafon, n° 16, 1994, pp. 26-68.

[11] Catherine Coquio, « Une mutation politique pendant l’affaire Dreyfus. Mécislas Goldberg en 1898-1899 », in Archives juives, n° 27/ 1, premier semestre 1994, pp. 45-57.

[12] Sur le parcours de Lucien Weil, dit Henri Dhorr : Jean Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (désormais DBMOF), Paris, Éditions Ouvrières, vol. 15, 1977, pp. 336-337.

[13] Émile Pouget, qui dans un premier temps refusa de prendre la défense du capitaine Dreyfus, rejoignit la cause du dreyfusisme au cours de l’année 1897.

[14] Sébastien Faure (1858-1942) fut le fondateur du Libertaire, auquel succéda Le Journal du peuple, créé par l’entremise de Bernard Lazare, avec le soutien du Grand Rabbin Zadoc Kahn, pour aider les anarchistes engagés dans le combat dreyfusard.

[15] Cf. Philippe Oriol, « Du Libertaire au Journal du peuple : une affaire sans Dreyfus », dans Littérature et nation, numéro hors série, 1997, Publications de l’université de Tours, Actes du colloque Représentations de l’Affaire, Tours, 1997, pp. 61-72.

[16] Sur le mouvement anarchiste et l’affaire Dreyfus : Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Paris, Maspero, 1975, tome 1, pp. 331-342 ; Gaetano Manfredonia, « Pour ou contre la République », in Les Anarchistes et la Révolution française, Paris, Éditions du Monde libertaire, 1990, pp. 235 et suiv. ; Sébastien Faure, Les Anarchistes et l’affaire Dreyfus, présentation de Philippe Oriol, Paris, Éditions CNT-Région parisienne, 2002 ; Jean-Marc Izrine, Les Libertaires dans l’affaire Dreyfus, Toulouse, Le Coquelicot, 2004.

[17] C’est notamment le cas de Henri Dhorr, qui prend conscience de son appartenance au peuple juif au moment de l’affaire Dreyfus.

[18] Avant de présenter les arguments avancés dans ce débat, il nous faut préciser que notre méconnaissance de la langue nous a empêché d’étudier les réactions des groupes anarchistes juifs yiddishophones. Sur ce sujet, nous renvoyons à : Nancy Green, Class Struggle in the Pletzl. Jewish Immigrants Workers in Paris 1881-1914, Université de Chicago, 1980 et à la revue Itinéraire – n° 3, 1988, consacré à Rudolf Rocker –, plus particulièrement à l’article de Heiner Becker, « Escale à Paris ». Dans les deux cas, les auteurs insistent sur le fait que les anarchistes juifs ne voulaient pas militer avec les anarchistes français, les considérant antisémites.

[19] Sur J. Degalvès : DBMOF, op. cit., vol. 11, 1975. J. Degalvès, « Les Juifs », Le Journal du Peuple, n° 45, 21 mars 1899.

[20] Ibid.

[21] Ibid.

[22] Cf. Jean Maitron, « Le groupe des Étudiants Socialistes Révolutionnaires Internationalistes de Paris (1892-1902) », Mouvement social, n° 46, janvier-mars 1963. Dans cette étude, l’auteur note – p. 10 – que, parmi les invités des conférences mensuelles des ESRI, figurait Bernard Lazare.

[23] « Antisémitisme et sionisme », supplément littéraire aux Temps Nouveaux, Éditions de l’Humanité nouvelle, Paris, 1900, pp. 274-279.

[24] La liste complète des nombreuses brochures produites par les ESRI a été établie par Jean Maitron : Le Mouvement anarchiste en France – t. 2, pp. 345-346. La plupart d’entre elles sont des rapports pour le Congrès ouvrier révolutionnaire international de 1900. Désigné parfois sous les termes de « congrès anarchiste international », « congrès antiparlementaire international » ou « congrès ouvrier révolutionnaire international », ce congrès – dont les suppléments littéraires des Temps Nouveaux ont publié les rapports préparatoires -– ne s’est jamais tenu.

[25] « Antisémitisme et sionisme », p. 274.

[26] Ibid. p. 278.

[27] Ibid. p. 279.

[28] Ibid. p. 278.

[29] Ibidem. Cet argument sera repris terme à terme par le théoricien libertaire Pierre Kropotkine [cité par Michael Confino (Lettres présentées et annotées par), Anarchistes en exil. Correspondance inédite de Pierre Kropotkine à Marie Goldsmith, 1897-1917, Paris, Institut d’études slaves, coll. « Cultures et sociétés de l’Est », vol. 22. Lettre du 30 juin 1907, p. 296]. Il faut souligner que Kropotkine accorde une supériorité au modèle politique et culturel issu de la Révolution française. En 1914, il appellera même à la défense de la France au nom de la défense de cet héritage.

[30] Ibidem.

[31] Henri Dhorr, « Le Droit d’être juif », Le Libertaire, n° 6, 24 au 30 septembre 1899.

[32] Ibidem.

[33] Ibidem.

[34] Ibidem.

[35] Ludovic Malquin, « À propos du droit d’être juif », Le Journal du peuple, n° 7, 1er octobre 1899. Sur Ludovic Malquin (1864-1904), de son vrai nom Louis Malaquin : DBMOF, op. cit., vol. 13, 1975.

[36] Réponse de Henri Dhorr à Ludovic Malquin, Le Journal du peuple, n° 7, 1er octobre 1899.

[37] Ibidem.

[38] Henri Dhorr, « Ohé les juifs », Le Journal du peuple, n° 11, 31 octobre 1899.

[39] Ibidem.

[40] Sur le refus du syndicalisme chez certains militants anarchistes : Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit.

[41] Notons, et ce n’est pas une coïncidence, que la majeure partie des théoriciens libertaires ont inscrit leur pensée dans le mouvement des nationalités de la seconde moitié du XIXe siècle. Tel n’est pas, là encore, le cas de Proudhon.

[42] Arnold Mandel, Nous autres Juifs, Paris, Hachette, 1978, pp. 83-86.

[43] Jules Chazoff, « Quand Israël règne », Le Libertaire, n° 615, 18 août 1938, et « Les Juifs et la Palestine », Le Libertaire, n° 617, 1er septembre 1938. Sur Jules Chazoff : DBMOF, vol. 22, 1984, pp. 220-221. De son vrai nom Chazanoff (1891-1946), Jules Chazoff, militant libertaire et rédacteur au Libertaire depuis le début des années 1920, est le rédacteur des notices relatives au judaïsme dans L’Encyclopédie anarchiste. Il fut arrêté en 1944, interné à Drancy et libéré du camp par l’arrivée des Américains.

[44] Si Robert Louzon (1882-1976) n’est pas anarchiste, plusieurs militants libertaires ont participé à La Révolution prolétarienne. Louzon a, dès ses débuts dans le militantisme, pris des positions antisémites. Cf. Michel Drouin, « Une thèse exemplaire au paroxysme de l’affaire Dreyfus : la première enquête scientifique sur le prolétariat juif », pp. 45-53, in : Cahiers Jean Jaurès, n° 138, octobre-décembre 1995.

[45] « La question juive et la Palestine », Le Libertaire, n° 618, 8 septembre 1938. Nous n’avons pu retrouver le nom de tous les militants de ce groupe – près de cinquante au total, mais les principaux animateurs sont David et Golda Stettner, Golda Konstantin, Charles Fieber, David Jacobs, Yohef Kahan, Israël Rubin, Shmuel Ringel, Rosa et Jacques Doubinsky et Léa et Nicolas Tchorbadieff. Ces militants forment l’armature du groupe qui publie, de 1949 à 1961, le journal Der Freie Gedank (La pensée libre).

[46] Sur Ida Mett : DBMOF, vol. 33, 1988, p. 393 ; notre notice « Ida Gilman, dite Mett, médecin et anarchiste », Archives juives, vol. 34, 2001/2, pp. 126-127.

[47] Lettres d’Ida Mett à La Révolution prolétarienne, sans date [début novembre 1938], 13 novembre 1938 et 18 février 1939, fonds Nicolas Lazarévitch, Institut international d’histoire sociale (IISG) d’Amsterdam.

[48] Ce refus ne concerne pas spécifiquement l’affirmation d’un nationalisme juif. Dans le cas français, il semble attaché à la présence d’un modèle jacobin, latent et souvent inconscient chez les libertaires.

[49] Groupe libertaire juif américain dont l’hebdomadaire a cessé de paraître en 1981.

[50] Moishé Chaym, « Départ en Israël », Le Libertaire, n° 237, 11 août 1950. Ce militant écrit sous un pseudonyme que nous n’avons pu percer. Il semble s’agir d’un libertaire marseillais ayant recueilli les impressions des immigrants.

[51] Témoignage de Claude Doubinsky [juin 1996], qui a assisté aux réunions du Groupe anarchiste juif de Paris. Traditionnellement assez proches des positions du Bund, les libertaires yiddishistes évolueront vers une attitude de sympathie non dénuée de critique vis-à-vis de l’État d’Israël.

[52] Problemen a cessé de paraître en 1993.

[53] Entretiens avec Nicolas Tchorbadieff réalisées entre 1992 et 1996. Témoignage de Claude Doubinsky.

[54] Samuel Vergine, « Massacres en terre promise », Ce qu’il faut dire, n° 56/57, 20 mai 1948. S.Vergine, de son vrai nom Louis Dorlet (1905-1989), est l’animateur de revues d’orientation pacifiste.

[55] Damashki, « La paix serait-elle proche en Palestine ? », Le Libertaire, n° 128, 6 mai 1948.

[56] Sur le Congrès : Pierre Grémion, Intelligence de l’anti-communisme. Le Congrès pour la liberté de la culture, Paris, Fayard, 1995.

[57] Dans la presse libertaire, Louis Mercier utilisa notamment, avant la guerre, les pseudonymes de Charles Ridel et Couramy et, après la guerre, ceux de Damashki et Santiago Parane. Sur Mercier : Présence de Louis Mercier – Atelier de création libertaire, 1999 –, qui rassemble des textes de David Berry, Amadeo Bertolo, Sylvain Boulouque, Phil Casoar, Marianne Enckell et Charles Jacquier ; À contretemps, n° 8, juin 2002, disponible en ligne

[58] Santiago Parane, « Pour une action internationaliste. Le creuset palestinien », Le Libertaire, n° 83, 26 juin 1947.

[59] Ibid. Notons que le terme est utilisé ici pour reprendre la caractérisation communiste, non pour s’en prendre aux héritiers de Vladimir Jabotinsky, chef du courant sioniste-révisionniste.

[60] Ibid.

[61] Ibid. Même s’il lui arrive de céder parfois à une lecture plus stéréotypée de la situation – « Palestine 1948 », Le Libertaire, n° 111, 8 janvier 1948 –, Mercier développera le même type d’argumentation subtile dans ses articles ultérieurs, notamment dans « Le jeu impérialiste et les réalités sociales en Proche-Orient », Le Libertaire, n° 177, 15 avril 1949.

[62] Éric-Albert, « Palestine terre stratégique », Le Libertaire, n° 133, 11 juin 1948. La même terminologie est utilisée dans d’autres articles : « Guerre officieuse en Palestine », Le Libertaire, n° 130, 21 mai 1948 ; « Luttes stériles », Le Libertaire, n° 136, 2 juillet 1948.

[63] Gaston, « Juifs et Arabes sacrifiés par les “grands” », Le Libertaire, n° 131, 28 mai 1948. L’auteur – Georg Scheuer – est un militant d’origine autrichienne, initialement proche de l’extrême gauche. Il est l’auteur de Seuls les fous n’ont pas peur, Paris, Syllepse, 2001.

[64] « La raison d’État en Israël », Le Libertaire, n° 211, 13 mai 1950.

[65] George Woodcock , « Les collectifs palestiniens », Le Libertaire, n° 123, 1er avril 1948. George Woodcock (1912-1995) est un militant anarchiste anglais. Il est directeur de la revue Now  et auteur de Kropotkine, le prince anarchiste, Paris, Calmann-Lévy, collection « Traduit de », 1953. Il est aussi l’ami de George Orwell et de Manès Sperber.

[66] Jean Maline, « Les communes libres en Israël. Leur caractère, leur vie », Le Libertaire, n° 203 et n° 204, 18 et 25 novembre 1949. Il nous a été impossible de savoir si Jean Maline était un pseudonyme.

[67] Elie Barnavi, « Les ennuis de Ramón ou les ambiguïtés de la nationalité israélienne », M, Mensuel, Marxisme, Mouvement, n° 61-62, mai-juin 1994, pp. 14-17 ; et témoignage de Ramón, Tel-Aviv, août 1996. Nous avons, selon son désir, conservé son pseudonyme.

[68] Témoignage de l’intéressé (Hahotrim, août 1996). Joseph Ribas devient correspondant du titre anarcho-syndicaliste AIT (mensuel de l’Association internationale des travailleurs), où il signe une chronique consacrée aux célébrations du quarantième anniversaire de la Histadrout – n° 37, janvier 1961. Dans le Bulletin intérieur de la Fédération anarchiste , il décrit les conditions de vie dans les kibboutzim – n° 55, mars 1965. En 1972, il publie une brochure sur le même sujet (Ruta, deuxième formule, troisième année, mars 1972).

[69] Gaston Leval, de son vrai nom Pierre Piller (1895-1978). Son engagement aux côtés des anarchistes espagnols date de la guerre de 1914-1918 durant laquelle il est insoumis. Il joue un rôle important dans les organisations libertaires espagnoles. Il participe également à la collectivisation des terres pendant la guerre civile espagnole. Il rentre en France en 1938 et fonde, après la guerre, diverses revues. Il est l’un des correspondants attitrés de la presse libertaire espagnole.

[70] Augustin Souchy (1898-1984), militant anarchiste allemand réfugié en Espagne en 1933, puis en Amérique latine. Son livre est édité, en espagnol (Mexico), en 1953, puis publié, sous le même titre, en allemand, en 1984. Il se rend également en Israël en 1962 et 1979.

[71] L’Unique, n° 51, 1er septembre 1950.

[72] Ces articles – « Impression d’Israël » – paraissent, en série, dans Le Combat syndicaliste, du n° 56 – 23 février 1951 – au n° 63 – 1er juin 1951. L’auteur y est présenté comme un « typographe parisien révolutionnaire éprouvé », syndiqué depuis 1907. Il a été malheureusement impossible de retrouver l’identité de ce témoin.


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: la faillite du matérialisme abstrait, Norman Ajari   Mar 14 Juil - 21:56

Vacarme critique les Indigènes : la faillite du matérialisme abstrait Norman Ajari PIR 12 juillet 2015

Paru dans le dernier numéro de la revue Vacarme, l’article « Pour une approche matérialiste de la question raciale » prétendait dérisoirement faire le procès des thèses défendues par le PIR en l’accusant notamment d’antisémitisme. Pour répondre à ces attaques, nous avons souhaité exercer notre droit de réponse de manière claire et argumentée. La rédaction de Vacarme a décidé de verrouiller le débat en refusant de publier ce texte.


texte intéressant en tant que tel, parce qu'après les "oublis" remarqués de Temps Critiques, les apories du milieu radical de la Communisation, que les marxistes de la Wertkritik soient épinglés par le PIR, sur le plan théorique, pour leur orthodoxie eurocentriste au sujet du rapport entre capitalisme et racisme, c'est le début d'une déconfiture de ce qu'Ajari appelle le matérialisme abstrait et moi l'universalisme prolétarien

Norman Ajari a écrit:
« Ce sont toujours les meilleurs et les plus nobles qui sont le plus détestés, car ils sont sincères et appellent les choses par leur nom. C’est là une faute impardonnable pour le genre humain qui ne hait jamais tant celui qui fait le mal, ni le mal lui-même, que celui qui lui donne son vrai nom. » Giacomo Leopardi, Pensées.

Méfiez-vous des idées qui font plaisir car c’est le « besoin de faire s’exprimer la souffrance [qui] est la condition de toute vérité »[1]. Les enthousiasmes disproportionnés qui ont processionné derrière une critique du Parti des Indigènes de la République parue récemment[2] confirment, mieux qu’un long discours, la justesse de cette maxime d’hygiène intellectuelle. La jubilation empressée de certaines mascottes de la « gauchosphère », brandissant fièrement telle citation, parvenant en toute hâte à des conclusions voulues définitives, a effectivement peu de rapport avec la vérité. Ce sont leurs propres opinions, exténuées d’avoir été battues et rebattues, que les contempteurs du PIR ont pu contempler dans le texte qui les a tant contentés. Elles étaient approximativement exprimées en des termes qu’eux-mêmes auraient employés à l’identique. Leur narcissisme ne s’étalera pas plus longtemps à nos dépens. L’article en question ne mérite pas qu’on y réponde ; la publicité qui l’entoure, elle, l’exige.

Les Indigènes de la République viennent de fêter leurs dix ans ; ils n’ont jamais ménagé leur public. En 2005, lycéen dans une petite ville de province, je me souviens d’avoir été interpellé par l’appel « Nous sommes les Indigènes de la République » et ébranlé dans la routine de mes idées par la radicalité de leur discours. C’est par fidélité à cet affect vieux de dix ans que j’écrirai. N’ayant pas participé à la fondation du mouvement et n’ayant aucun fait d’arme glorieux à faire valoir, je n’aurai d’autre ambition que de rappeler avec le plus de justesse possible la vitalité du discours du PIR. Au contraire de ceux que j’attaquerai, je ne perçois aucune rente sur le mensonge. L’article mal titré « Pour une approche matérialiste de la question raciale » paru dans les pages de la revue Vacarme, malgré la médiocrité de son argumentaire et de son contenu, servira de prétexte à cette fin.

Ce n’est pas moins de trois auteures qui ont uni leurs forces pour le rédiger. Le casting, en l’espèce, est loin d’être indifférent. C’est même un ingrédient clef de la rhétorique. L’association des signatures de trois « descendantes de musulmans et de juifs d’Algérie » devait, par contraste, mettre en évidence le sectarisme machiste et arabo-centré du PIR. Car c’est bien de cela qu’il sera question. Elles l’écrivent : « Surfant sur les durcissements identitaires, [le PIR] propose une lecture systématiquement culturelle voire ethnicisante des phénomènes sociaux. Cela l’amène à adopter des positions dangereuses sur l’antisémitisme, le genre et l’homosexualité. » Quelle réputation ces militantes croient-elles flétrir, qui s’imaginent-elles indigner, en qualifiant les positions du PIR de « dangereuses » ? Et surtout, dangereuses pour qui ? Ce qui est certain, c’est qu’elles ne le sont pas pour les raisons ici alléguées. « Sexistes, antisémites, homophobes : bienvenue chez les Indigènes », tel aurait pu être, traduit dans l’humour de caserne des ultras du PSG, le titre de l’écrit savant du tonitruant trio de Vacarme.

Ces allégations, sont-elles étayées de preuves ? Je prouverai qu’il n’en est rien et que ce papier vise à contenter les convaincus ou à désinformer les lecteurs distraits. Sans surprise, la première étape s’est déjà produite ; épargnons-nous donc la seconde. Soulignons enfin que les auteures se présentent comme « féministes et communistes ». Qu’elles ne se déclarent pas antiracistes n’a rien d’étonnant : elles cherchent à dissoudre l’antiracisme dans le bain de leurs propres ambitions qui, pour être « matérialistes », ne le sont sans doute pas au sens qu’elles revendiquent.

Une rhétorique plutôt qu’une méthode

La forme de l’article en question ne rachète pas plus le contenu que l’inverse. Toutefois, pour procéder avec ordre, commençons par la cause du mal qui saute le plus immédiatement aux yeux : la méthode. Ou, plus justement, l’absence de toute méthode, au profit d’une rhétorique et de ce que Bourdieu appelait le discours d’importance. Deux éléments indispensables à tout texte visant à convaincre lui manquent : d’une part une administration de la preuve et de l’autre une effort argumentatif pour démontrer les thèses avancées.

On ne peut pas faire aux Indigènes le reproche de ne pas s’exprimer suffisamment. Leur site regorge de textes théoriques, de commentaires et de communiqués liés à l’actualité, de prises de parole. [les textes référencés sont accessibles dans l'original] Une quantité significative de ces billets a été rassemblée voilà deux ans dans un épais volume intitulé Nous sommes les Indigènes de la République, paru aux Éditions Amsterdam. Il faut y ajouter les ouvrages de Sadri Khiari, notamment Pour une politique de la racaille (2006), La Contre-révolution coloniale en France (2009) et Malcolm X stratège de la dignité noire (2013). Pour que les critiques adressées au PIR soient recevables, elles auraient dû s’appuyer sur des citations de ces écrits, sur des analyses sourcées – bref, sur des preuves. Or malgré cette abondance de matériaux, seul un texte sur Dieudonné est effectivement cité, visiblement choisi pour les sous-entendus faux et malveillants qu’il permet de faire planer. Hormis cette exception, « Pour une approche matérialiste de la question raciale » se contente de périphrases orientées, de reformulations hasardeuses et laisse parler l’imagination des auteures. Pour faire passer leurs insinuations pour des thèses solides, le trio emprunte à Immanuel Kant, qui n’en demandait pas tant, son fameux als ob (comme si). Inutile de préciser qu’elles n’en feront pas le même usage : « Tout se passe comme si les prolétaires racisés qui subissent le plus violemment le racisme étaient instrumentalisés » ; « Tout se passe comme si les “indigènes sociaux” ne pouvaient sortir de leur position de subalternes qu’en redoublant la racialisation de leur position dans le capital. » Voilà comment sont amenées des conclusions arbitraires : rien n’a été prouvé, cité, démontré, mais c’est comme si. Et les auteures de monologuer, se confrontant moins aux propos des Indigènes qu’à l’idée vague et déformée qu’elles s’en font.

La seconde chose qui frappe, c’est la litanie des « il faut », brandis lorsque les arguments font défaut. Dès lors que le renoncement à tout effort pour convaincre en recourant à la preuve est consommé, la nécessité s’y substitue. Elle jaillit périodiquement, comme un coucou d’une horloge suisse. « Il faut maintenir une lecture de classe du racisme » ; ou encore : « il faut à la fois reconnaître ce qui se passe actuellement, et sortir de l’ombre les violences subies dans le passé ». De subtiles variantes sont à noter : « Penser un racisme systémique doit permettre d’articuler race et genre, race et classe. » Ces impératifs éthiques arbitraires, que rien ne vient jamais justifier et qui ne tiennent debout qu’en vertu de leur propre évidence supposée, tombent sur le lecteur comme des averses – mais l’article n’offre aucun abri. Pour paraphraser Debord, on nous parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : « il faut », espérant qu’on veuille bien le croire. Ce paternalisme des fausses évidences ne nous convaincra pas ; voilà dix ans que les Indigènes lui ont tourné le dos.

Un soliloque extravagant, qui se tire de l’impasse par quelque deus ex machina dès qu’il se découvre pris au piège de ses propres roueries : voilà ce qui tient lieu de méthode à notre terrible trio. C’est donc sans peine qu’il peut conclure que la « lecture des Indigènes de la République de la question du racisme […] semble finalement assez faible », sans rien n’en avoir jamais examiné. L’épouvantail de papier que les auteures bricolent pour mieux l’abattre est effectivement si fragile que même le cocktail de platitudes et de sophismes qu’elles lui opposent suffit à triompher. On va voir à présent que si les positions réelles du PIR avaient été convoquées, au lieu de leur caricature, il en eut été autrement.

Désarticulation décoloniale

Le trio est plus obsédé par les articulations que ne l’est n’importe quel rhumatologue. L’articulation, dans le sens où il l’entend, c’est la combinaison des dominations de classe, de genre, de race, liées à la sexualité. L’injonction à l’articulation, qui se donne ici comme une fin en soi, le PIR la connaît bien. L’article « Pour une approche matérialiste de la question raciale » ne fait que confirmer les analyses de Sadri Khiari, qui soulignait que dès lors qu’elle n’est pas panachée, nouée à d’autres formes d’oppression sociale, la question raciale est d’emblée inadmissible dans le discours de la gauche radicale[3]. Puisque le PIR se donne pour objectif premier de lutter contre les continuités, les résurgences et les transformations du racisme colonial, on l’attaquera sur tout le reste : son approche du capitalisme, des questions de genre et de sexualité, son discours sur l’antisémitisme. En somme, ce qu’on reproche au PIR, c’est de se donner ses propres objets et objectifs. C’est de ne pas se soumettre de bonne grâce aux injonctions à échanger sa ligne contre le brouet mitonné par notre trio féministo-communiste. Toutefois, ce qu’il semble ignorer, c’est que ces sujets ne sont pas des points aveugles : les Indigènes les traitent à partir du paradigme décolonial qui est le leur. La pensée décoloniale n’est pas l’obnubilation par le seul thème du colonialisme ; c’est un effort pour donner à sa vision du monde la profondeur historique nécessaire pour agir et raisonner en se libérant de veilles routines politiques.

Elle part de l’hypothèse qu’à partir de 1492, avec la « découverte » puis la conquête de l’Amérique, naît un projet de civilisation européen dont la supériorité intellectuelle, morale et physique du Blanc sera le rouage essentiel. Or ce rouage, bien que rouillé, n’a pas encore fini de faire tourner la machine coloniale. L’Europe naît à ce moment-là, de ce moment-là ; elle n’a jamais cessé d’en récolter les fruits. « Avec l’approche décoloniale, ce qui compte, c’est […] la conscience du fait que les formes modernes du pouvoir ont produit (tout en les occultant) des technologies de la mort, qui affectent de façons différentes sujets et communautés. Le tournant décolonial permet aussi de réaliser que les formes du pouvoir colonial sont multiples ; que l’expérience, ou la connaissance, propres aux sujets les plus concernés par le projet de mort et de déshumanisation moderne, sont d’une importance capitale si nous voulons comprendre les formes modernes du pouvoir et proposer des alternatives. »[4] Ce que disent les Indigènes, c’est que c’est à partir de ce paradigme, qui prend en compte le projet de la suprématie blanche sur lequel se fonde la modernité elle-même, que les questions de sexe ou d’économie méritent d’être envisagées pour être pertinentes dans les vies des habitants du Sud global et de leurs diasporas. Ce ne sont pas des pièces rapportées, accumulées en une rassurante concaténation des dominations. Elles s’intègrent dans l’orbite d’une théorie cohérente qui, sans les ignorer, ne cherche plus sa légitimité dans la pratique et la pensée politique européenne.

L’intersectionnalité, nom savant de l’étude de l’articulation, est un concept que l’on doit aux féministes africaines-américaines. Or il arrive de plus en plus fréquemment que cette théorie d’abord antiraciste soit aujourd’hui retournée contre les femmes indigènes qui en sont les héritières légitimes. Dans la France d’aujourd’hui, le chantage à l’intersectionnalité est devenu un instrument de police idéologique qui permet de disqualifier ceux qui ne prêtent pas allégeance à l’agenda politique dominant. Les accusations d’homophobie ou d’antisémitisme, sont les armes de ce combat-là. Force est de reconnaître, aussi désolant que soit ce constat, qu’une part significative du discours intersectionnel français est formellement semblable à l’universalisme républicain (bien que leurs contenus diffèrent). Il cherche à consacrer la supériorité morale de celles et ceux qui le prônent, en les confortant dans l’illusion d’une légitimité sans borne. Articuler à tous propos la classe, la sexualité, le genre et la race, c’est s’assurer d’avoir son mot à dire sur tout, et d’être rarement contredit. Jack of all trades, master of none, le prêcheur intersectionnel répondra « classe » ou « genre » quand on lui parlera race, et vice versa, installant son petit universalisme par accumulation de points de vue, où son avis seul sera pleinement légitime. Les Indigènes désarticulent ce devenir funeste d’une théorie émancipatrice, qui ne bénéficie alors qu’à ses propagandistes professionnels.

Sur le capitalisme

La citation qui suit s’annonce comme une immense accumulation de contrevérités : « Ce racisme marque de manière matérielle et symbolique l’espace métropolitain européen. Néanmoins, la grille de lecture strictement décoloniale que nous propose le PIR nous empêche de comprendre les dynamiques actuelles, où ce racisme n’existe qu’en lien avec le développement capitaliste à l’échelle du monde. À ce titre, l’histoire coloniale est derrière nous, même si elle laisse des traces. L’Occident, c’est-à-dire les centres historiques d’accumulation capitaliste menacés par la crise, perpétue, à travers la “chasse aux terroristes”, la continuation d’une structuration de l’exploitation à l’échelle mondiale. Par exemple les guerres pour l’accès aux ressources naturelles (pétrole ou minerais “stratégiques”). Mais ce qui se joue également, c’est l’intensification de l’exploitation dans tous les segments de classe, à commencer par les plus fragiles. Ce processus d’appauvrissement et de marginalisation finit par engloutir des sujets qui ne sont pas noirs, arabes ou descendants de colonisés. »

Le trio adopte l’idée anticapitaliste la plus classique selon laquelle le capitalisme aurait entraîné, au gré des besoins de l’accumulation, divers processus de racialisation (je ne m’attarderai pas sur sa tendance à appuyer lourdement sur l’origine sociale de la race comme sur une trouvaille brillante – dans un débat sur le PIR cela revient, en termes de pertinence, à rappeler que l’eau mouille ou que le soleil chauffe). Or il n’est pas absurde, dans une perspective décoloniale, de formuler exactement l’hypothèse inverse : c’est le capitalisme qui naît du racisme. J’ai évoqué plus haut la conquête des Amériques. L’étape historique suivante, celle de la traite transatlantique, est ici décisive. Ce ne sont pas de nébuleuses « dynamiques actuelles » qui lient le racisme aux échanges économiques globaux : il en va ainsi depuis le XVIe siècle ! Les remarques de CLR James selon lesquelles les plantations de la Caraïbe préfigurent les usines de l’ère industrielle sont aujourd’hui bien connues. L’historien Marcus Rediker va plus loin encore dans ses recherches sur le navire négrier qui, selon lui, fut « l’élément central d’un ensemble de bouleversements économiques profonds et interdépendants qui furent essentiels à l’essor du capitalisme »[5]. En effet, le négrier, liant intimement accumulation et répression, était à la fois une factory, c’est-à-dire un établissement commercial itinérant, et la première forme de prison moderne, en un temps où elle n’existait pas encore sur la terre ferme.

L’histoire du droit des gens et du droit international, de Hugo Grotius à Carl Schmitt, montre que le privilège des institutions, des terres, et finalement des peuples européens dans l’imaginaire politique précède logiquement et historiquement le capitalisme. Il en est, à la lettre, la condition de possibilité. Ce sont ces doctrines qui permirent les massacres des amérindiens et la traite, aussi bien que le second colonialisme moderne. Trop occupées à brandir les concepts marxiens les plus élémentaires (croit-on vraiment nous enseigner le fétichisme de la marchandise ?) comme si elles venaient tout juste de les inventer, les auteures n’envisagent pas que c’est depuis la perspective décoloniale que le « développement du capitalisme à l’échelle du monde » se laisse penser le plus rigoureusement. Comme le rappelle à juste titre Nelson Maldonado Torres, la colonisation a été « le modus operandi de la globalisation »[6]. Contrairement à ce qu’asserte le trio, le PIR ne « subsume » pas « toutes les questions sous celle de la race ». Écrire cela, c’est encore sous-entendre que ce serait affaire de choix. Le PIR constate que la race est fondatrice de la modernité comme de l’accumulation capitaliste, et il en tient compte.

En outre, les clichés médiatiques assimilant le néocolonialisme contemporain aux seules « guerres pour l’accès aux ressources naturelles » en dit long sur la méconnaissance de nos spécialistes autoproclamées d’économie politique. Entre les zones d’extraction minérale privatisées, sécurisées par des private military contractors et les conséquences délétères des politiques d’ajustement structurel, il y a pourtant des analyses consistantes à relayer et à poursuivre[7] (et je ne pense ici qu’au seul continent africain). D’autant que dans les pays où les mesures d’ajustement ont été mises en place, l’incapacité dans laquelle s’est trouvé l’État de financer le compromis social l’a souvent conduit à compenser cette perte de contrôle par une intensification de la répression et un recours accru au racisme et la xénophobie en guise de ciment national[8]. À l’heure où des plans d’ajustement ciblent les nations européennes, l’étude des expériences du Sud global dans la perspective décoloniale pourrait sembler précieuse, mais nos auteures la délaissent. Pourtant le fond n’a pas encore été atteint. Leur sophisme le plus grossier réside dans l’idée que l’extension à la population blanche d’une précarité autrefois propre aux descendants de colonisés invaliderait les analyses du PIR, les signalant comme dépassées. Ce raisonnement laisse perplexe : on feint de croire que l’extension et l’intensification d’un phénomène équivaut en réalité à sa disparition. Si j’apprends le Mandarin, vais-je précipiter l’écroulement de la République Populaire de Chine ? Le phénomène d’indigénisation des Blancs des quartiers, qui a bien été étudié par Sadri Khiari[9], confirme au contraire la justesse de la perspective décoloniale.

On peut donc finalement répondre à l’insinuation faussement candide du trio : « Tout se passe comme si les “indigènes sociaux” ne pouvaient sortir de leur position de subalternes qu’en redoublant la racialisation de leur position dans le capital. Comme si les jeunes issu-e-s de l’immigration coloniale n’avaient pas le droit, eux, elles aussi, de s’interroger sur l’organisation du travail, sur la propriété des moyens de production, l’exploitation… » Premièrement, on ne redouble rien du tout. Nos brillantes marxologues saisiront la référence si j’affirme que l’enjeu est plutôt de passer de la race en-soi, en butte à tous les coups et produite par leur répétition, à la race pour-soi, politisée et organisée. Deuxièmement, au contraire des rhumatologues politiques, le PIR n’interdit à personne de s’interroger sur quoi que ce soit. Par contre, et c’est bien là le problème, il se réserve le droit d’apporter des réponses.

Sur le genre


La parole est à l’accusation : « Selon ce raisonnement donc, une indigène sociale ne peut pas développer des outils de lutte et de revendication en fonction de son actualité présente, de son genre, de sa sexualité. Elle doit se référer éternellement à sa position post-coloniale ; ses modèles d’émancipation n’appartiennent qu’au passé. Si elle se prend à défendre d’autres causes ou à articuler, par exemple et au hasard, race et genre, c’est qu’elle adopte l’agenda des Blancs. »

Un texte de Houria Bouteldja que le trio se garde bien de citer aurait pu apporter quelque éclairage à ces conclusions brumeuses[10]. Elle ne s’y prononce pas quant à l’idée de savoir s’il faut ou non être féministe. Ce qui désarçonne nos auteures, qui rêvent de déplacer les plaques tectoniques de l’histoire à grands coups de « il faut » et de « tu dois », c’est que le PIR n’émet pas d’injonctions, qu’il n’aboie pas d’ordres. Quand il propose la notion de « féminisme décolonial », il ne s’agit pas d’une nouvelle norme, mais d’un outil pour penser race et genre au-delà de l’injonction à l’articulation qui cherche à faire du terme « féminisme » le synonyme rigoureux de « progrès ».

Une représentation commode de ces enjeux tend à présenter le féminisme comme un front de modernisation, en lutte contre des archaïsmes liés au patriarcat. Le paradigme décolonial pose ce problème différemment. Selon lui, féminisme et patriarcat appartiennent à un même espace-temps : celui de la modernité européocentriste et coloniale. Cet espace-temps est devenu mondial, et avec lui la version européenne du patriarcat, différemment acclimatée en fonction des régions. Cela ne signifie pas que les sociétés précoloniales auraient été des paradis peuplés de « bons sauvages » et dénuées de toute forme d’inégalité. Seulement, ce ne sont plus ces formes pré-modernes d’inégalité qui prédominent aujourd’hui. Vaincues, rétamées par le colonialisme, ces épistémologies ont été investies ou remplacées par la modernité européocentriste. Une alternative se présente alors pour qui souhaite  toujours envisager un projet émancipateur. Aucun de ses membres n’est, dans l’absolu, plus légitime que l’autre, et tout est ici affaire de situation. D’une part, le féminisme classique, qui se tient à l’intérieur de ce même paradigme pour y faire naître des potentialités libératrices. De l’autre, le féminisme décolonial dont parle Bouteldja. Ce dernier, se basant sur les héritages combinés des féministes de couleur et des politiques anticoloniales, se bat pour sortir du paradigme lui-même.

Le PIR ne cherche pas à empêcher qui que ce soit d’adhérer au projet du féminisme classique ; il reconnaît sa légitimité dans son ordre propre. Toutefois, il suggère que le projet décolonial est plus pertinent pour le Sud global et ses diasporas victimes du racisme. Et il ne peut rester de marbre face aux attaques dont il fait l’objet, pas plus que devant les diverses formes de racisme ou de tentations hégémoniques qui caractérisent certaines interventions féministes. Comme l’annonce un titre fameux de Christine Delphy, les féministes ont un « ennemi principal » : le patriarcat. Les Indigènes en ont un autre : la modernité raciste et européocentriste, dont le patriarcat est l’un des versants.

Ce thème permet d’aborder rapidement une autre rumeur qui court à propos du PIR : son soi-disant « éloge des couples non-mixtes », qui consisterait à « limiter autant que faire se peut les unions entre “racisés” et “Blancs” »[11]. Premièrement, le PIR n’a pas pour ambition de légiférer sur les choses de l’amour ; contrairement au SOS racisme des pires moments, il ne suggère pas que c’est en faisant grincer les ressorts de nos matelas que nous changerons le monde. Deuxièmement, force est de constater que dans ces discours critiques, les « couples mixtes » que l’on croit attaqués sont ceux qui impliquent un Blanc : qu’Arabes, Noirs, Asiatiques, Sud-Américains se prennent de passion les uns pour les autres n’intéresse personne. Or c’est cette assimilation de la « mixité » à la blancheur que dénoncent les Indigènes. Il en découle, troisièmement, qu’il n’y a rien à gagner à sacrifier à ce mythe : ces mariages soi-disant « mixtes » ne sont ni plus honorables, ni même plus mixtes, que les autres. Ils sont simplement plus blancs. Fanon qui, dans Peau noire, masques blancs, critique longuement le désir intéressé de blancheur des Antillais, se maria lui-même avec une femme blanche. Y a-t-il une morale à en tirer ? Aucune, sinon peut-être que ses recherches lui permirent d’aimer une femme, plutôt que son propre rêve de « lactification ». Partant de la même question des mariages « mixtes », Serge Halimi, entonnant un air répété ad nauseam, reproche aux Indigènes de provoquer « la division permanente des catégories populaires »[12]. C’est de la pensée magique : le PIR ne provoque rien, il pointe une division réellement existante. Les appels à l’unité qui ordonnent aux indigènes de disparaître dans la masse procèdent d’un fétichisme de l’harmonie sociale (toujours gagnée sur le dos des minorités) dont j’espère qu’il est un des  tous derniers dupes.

Sur l’antisémitisme[13]

Voyons à présent ce que les trois auteures ont à opposer au PIR concernant la « question juive » : « L’antisémitisme moderne a une dimension systématique. Il explique un monde menaçant et devenu rapidement trop complexe. Lié au conspirationnisme, il se présente comme la clé interprétative de toute la violence et du non-sens qui fonde la dynamique d’un ordre social sans autre but que sa propre reproduction. Cette explication du monde apparemment délirante a des effets bien réels. L’identification des juifs à l’argent, à un pouvoir abstrait et menaçant, perdure. Dans les moments de crise sociale, il revient en force, même à gauche. L’école allemande de la Wertkritik tente de comprendre ce lien tendanciel entre certaines formes de critique anticapitaliste et l’antisémitisme. »

Quelques lignes plus haut, le PIR était accusé d’être insuffisamment préoccupé par les transformations récentes du capitalisme, mais l’opportunité de lui imputer un nouveau crime le travestit soudain en chaînon manquant entre anticapitalisme et antisémitisme. Le trio navigue au radar. Il emprunte au courant philosophique postmarxiste de la Wertkritik et à Moishe Postone leur critique d’un « antisémitisme structurel ». Selon cette doctrine, l’antisémitisme contemporain procéderait toujours d’une même métonymie : l’assimilation du Juif à l’abstraction, à une puissance abstraite, occulte et impalpable, mais omniprésente. Ce cadre suppose que le discours qui s’est cristallisé au moment du national-socialisme conserve aujourd’hui toute sa pertinence analytique : le Juif incarnerait toujours le capitalisme financier, déconnecté du sang et du sol, opposé au vitalisme de l’industrie comme à celui de la race pure. Ce modèle strict permet d’isoler l’antisémitisme de toutes les autres formes de racisme, en le traitant comme un phénomène absolument singulier[14].

Tout l’effort du trio consistera à plaquer cette définition peu convaincante de l’antisémitisme sur les analyses des Indigènes : « Lutter contre l’antisémitisme, ce serait lutter contre le philosémitisme. Finesse dialectique mise à part, on retrouve là la vieille idée que les juifs, liés au pouvoir, tirent les ficelles ! » Aussi peu accoutumé à la dialectique qu’à la finesse, voilà ce que le trio retient de l’analyse du PIR selon laquelle l’État alimente la division entre les communautés racialement dominées[15]. C’est que nos auteures sont prises au piège d’un paradoxe de leur usage de la Wertkritik. L’« explication du monde apparemment délirante » dont elles prétendent faire l’exégèse semble contagieuse.  À la manière de la conscience malheureuse hégélienne, elles sont tellement fascinées par le flou rassurant de leur propre idée de l’antisémitisme qu’elles finissent par se confondre avec sa définition. Dans leur discours, ce n’est plus le Juif, c’est l’antisémitisme qui devient une menace abstraite. On veut le découvrir partout, surtout là où il n’est pas : dans le discours du PIR. Cette accusation, qui est l’une des plus grave qu’on puisse proférer, visait à discréditer définitivement les Indigènes sans effort. Mais cette perfide manigance médiatique est éventée.

Enzo Traverso, dont le trio cite un ouvrage, montre dans La Fin de la modernité juive que l’après seconde guerre mondiale, sans bien sûr signer la fin de l’antisémitisme, marque l’entrée dans une ère où il ne constitue plus le ciment de la socialité européenne qu’il fut trop longtemps. Bien au contraire, l’Europe postfasciste se rachète une virginité en s’organisant de plus en plus autour de cette religion civile que devient la mémoire de l’holocauste[16]. C’est ce phénomène, examiné au prisme de ses conséquences sur la vie des indigènes, que Houria Bouteldja a qualifié de philosémitisme. Le « philosémitisme » dont parle le PIR n’a, de près ou de loin, rien à voir avec un quelconque pouvoir juif, mais tout à voir avec l’instrumentalisation du « nom juif » – c’est-à-dire avec son impouvoir. La première caractéristique du philosémitisme, c’est précisément que ce ne sont pas les Juifs qui « tirent les ficelles », mais l’européocentrisme. Le philosémitisme est un antisémitisme, je me suis déjà exprimé à ce propos[17]. Mais, comme il ne se confond pas avec l’archétype grossier de « l’antisémitisme structurel » (puisque le philosémitisme valorise un idéal d’occidentalisation) le trio est incapable de l’analyser. C’est ainsi qu’il en est réduit à allonger la pensée de Bouteldja dans le lit de Procuste de la Wertkritik, dans l’espoir de crédibiliser une accusation d’antisémitisme qui ne convainc pas.

Malgré une grande déférence à leur égard, les auteures prennent la peine de préciser en note qu’elles ne partagent pas les positions des auteurs de la Wertkritik quant à Israël. Il faut dire que les opinions de ces derniers sont si farfelues qu’une telle indication est moins à porter au crédit de l’esprit critique du trio qu’à celui du sens commun le plus élémentaire. Plus significatif est le degré de la divergence. Les termes dans lesquels s’exprime la condamnation d’Israël sont soigneusement choisis : « Nous critiquons comme telles les exactions à Gaza, dans les territoires, la colonisation galopante en Cisjordanie, à Jérusalem Est. » Présentant ces crimes comme les excès regrettables d’une situation normale, le trio cherche à faire oublier que l’État d’Israël est un pur produit du colonialisme britannique. Il cherche à faire passer son sionisme modéré, son sionisme tempéré, pour un projet émancipateur. Comme l’explique Youssef Boussoumah dans une conférence éclairante, la création de cet État s’est moins présentée comme une « solution nationale à la violence antisémite » que comme une solution coloniale, pour laquelle la destruction des Juifs d’Europe constitua un événement légitimant et in fine une aubaine[18]. Comme le prouvent suffisamment les divers sujets que j’ai précédemment traités, il n’y a pas au PIR de « focalisation unique sur la question palestinienne, alimentée par les nostalgiques du panarabisme et les gauchistes français ». Mais le PIR est un parti décolonial, or Israël et colonialisme sont indissociables (et, que je sache, ni la nostalgie ni le panarabisme ne sont des crimes de droit commun).

De Hannah Arendt à Jean-Paul Sartre, en passant par Jean Améry, l’histoire des idées compte de nombreuses analyses pénétrantes des ressorts de l’antisémitisme. Que les affabulations de la Wertkritik aient été mises en avant renseigne sur le sens tout métaphysique que le trio donne à cette « économie politique » dont il a plein la bouche. Plus subtils, Horkheimer et Adorno distinguaient, dans leur Dialectique de la Raison, deux formes d’antisémitisme. D’une part celle, obsessionnelle et meurtrière, des nazis. De l’autre, celle des libéraux qui partent du principe que les Juifs constituent un groupe sans caractéristiques particulières, sinon l’opinion ou la religion. Postulant, à tort, l’unité réalisée des humains, cette thèse « sert à faire l’apologie de l’état de chose existant »[19] en négligeant les conséquences de l’existence des différences. La structure de cet antisémitisme libéral, dont l’objet n’est aujourd’hui plus les Juifs mais les indigènes, se retrouve dans l’argumentaire du trio. Elle explique sa critique assurée de « l’essentialisme ».

L’essentialisme est-il un humanisme ?

Liée à celle du manque d’articulation, l’accusation d’essentialisme est la seconde critique massive formulée par le trio. Selon lui, le PIR « essentialise les fameux “Indigènes sociaux”, les subalternes qu’il prétend représenter ». Une précision vient plus loin : « cette essentialisation des Arabo-musulmans ne laisse de place à aucune autre identification au sein des indigènes. C’est toute la limite du programme du PIR esquissée dans la notion d’“internationale domestique” : une suprématie de la race qui annule en fait toute autre articulation, race et classe, race et genre, race et sexualité. Selon ce raisonnement donc, une indigène sociale ne peut pas développer des outils de lutte et de revendication en fonction de son actualité présente, de  son genre, de sa sexualité ».

L’incongruité de l’usage du syntagme « suprématie de la race » à propos du PIR apparaît avec d’autant plus de netteté que, depuis la tuerie négrophobe de Charleston, la France entière connaît la signification et la brutalité de l’idéologie suprémaciste blanche. L’arbitraire de cette assimilation illustre une fois de plus la confusion dans laquelle se trouve le trio – confusion dont on s’apprête à explorer une nouvelle facette.

« Essentialisme » est l’un de ces concepts qui connaissent un destin étrange. Autrefois catégorie philosophique, il tend à se transformer en lieu commun journalistique. Son caractère embarrassant ne tient pas à quelque trahison d’une supposée pureté conceptuelle, mais à la capacité d’un tel mot à ensorceler le discours en donnant des apparences de profondeur et d’acuité à des idées triviales qui, différemment formulées, auraient frappé par leur indigence. Comme souvent, ce qui inquiète ici, c’est le consensus. En effet, dans le discours militant de gauche, le terme d’essentialisme n’est convoqué que sous une seule forme, à une seule fin : l’accusation. Lorsqu’il surgit dans le débat, c’est qu’on a basculé dans le régime de l’inculpation.

Le PIR ne se reconnaît pas dans la catégorie d’essentialisme et cherche à la dépasser. Mais ils reconnaissent que les « anti-essentialistes » oublient souvent deux points importants. D’une part, ils n’admettent pas que ceux qui se disent essentialistes ont raison sur un point : ils insistent sur la finitude, et notamment la finitude de la mémoire. Il n’est pas possible d’avoir accès à une culture infinie. Nul ne peut échanger sa mémoire contre une autre, ni devenir une sorte d’accumulation illimitée de toute la diversité universelle. Mais les essentialistes cherchent à absolutiser cette finitude, à en faire une norme contraignante, ce que les Indigènes condamnent. Cela conduit au second oubli des anti-essentialistes : ils ne distinguent pas les « essences » (c’est-à-dire les attachements, ce à quoi tiennent les individus et les groupes, leur mémoire) et la contrainte d’adopter des normes de comportement (l’interdiction de toute transformation, de toute créolisation).

Les Indigènes, dans la déclaration de leurs principes, évitent ces pièges : « Malgré leurs conditions communes et leurs intérêts communs, les indigènes ne constituent pas une entité homogène. Des communautés différentes existent en leur sein, ayant des origines diverses, des parcours historiques spécifiques, des cultures, des spiritualités et des attentes particulières. De nombreux indigènes se considèrent par ailleurs comme n’appartenant à aucune communauté particulière. Des Blancs sont partiellement indigénisés par les politiques de stigmatisation, de relégation, de discrimination qui sont menées à l’encontre des quartiers populaires. Ils sont par ailleurs dans une démarche de solidarité voire d’identification avec les indigènes. »[20]

La philosophie des Indigènes cherche à s’épargner deux écueils, qui prennent la forme de deux injonctions. D’un côté, l’alliance de la contrainte et de l’essence (« Reste ce que tu es ! »), et de l’autre la contrainte d’être sans essence (« Deviens rien ! »). Le PIR envisage une essence sans contrainte, c’est-à-dire la reconnaissance des attachements, des croyances dans lesquelles sont pris les individus et les groupes, la finitude de leur mémoire. Mais aussi la connaissance du fait que ces attachements eux-mêmes peuvent devenir mortifères, et ne méritent jamais d’être pris pour des fins en soi. Les temps, les circonstances changent, et il peut être nécessaire de se détacher, d’abandonner ce qu’autrefois l’on a cru ; mais il n’y a pas de révolution mémorielle. La transformation est possible, pas le devenir rien. Frantz Fanon comparait ce processus à l’émergence de la maturité. L’adolescent rêve d’échapper à toutes les règles, de tout tenir de lui-même. Mais l’erreur serait de s’imaginer, au contraire, que devenir adulte revient à suivre des règles définies, à savoir se conformer. En vérité, être adulte c’est connaître son héritage, mais savoir qu’il est possible de le trahir, c’est-à-dire d’enfreindre les règles pour en établir de nouvelles, pour faire advenir le mieux. Faire vivre son essence, c’est-à-dire sa mémoire, sans jamais en être l’esclave, voilà une position décoloniale. La politique indigène, comme le souligne Sadri Khiari, ne vise pas l’homogénéité[21].

Je risque d’être accusé de mauvaise foi si je n’évoque pas une autre acception du terme « essentialisme ». En effet on reproche parfois au PIR d’essentialiser les objets de ses critiques : la République par exemple. Je répondrai simplement qu’elle s’essentialise fort bien toute seule.

Les racines de leur haine

Un pan de la gauche, c’est le cas du trio, voue aux Indigènes de la République une véritable haine qui, comme on vient de le voir, comporte une part irrationnelle. Et les accusations viennent après coup, comme les rationalisations d’une phobie : « il faut que le PIR soit bourgeois, il faut qu’il soit sexiste, il faut qu’il soit antisémite. » Pourquoi ? « Parce que je le hais ! » C’est ainsi qu’une mauvaise réputation fait son chemin, qui prête au PIR un pouvoir menaçant, presque illimité. On en est donc réduit à s’interroger sur les causes réelles de cette détestation, qui n’apparaissent jamais au grand jour, mais dont on discerne les contours. Ainsi, c’est plein d’aigreur que le tiercé perdant de Vacarme grommelle, dans un accès de sincérité inattendu, que la « politisation opérée par le PIR a lieu dans un va-et-vient entre une conférence à Oslo pour le gratin intellectuel mondialisé et une manifestation à Barbès ». Que le PIR dialogue sur un pied d’égalité avec des intellectuels, sans rougir de sa propre doctrine, puis passe à l’action contre le sionisme aux côtés des indigènes avec lesquels il a tout en commun, voilà bien ce que cette gauche jalouse et rhumatismale s’est depuis des décennies révélée incapable de faire.

Cette gauche-là hait le PIR parce qu’il existe. Sa rancune ne procède pas du mal qu’il lui fait, mais elle ne lui pardonne pas de ne pas lui vouer l’admiration qui lui fait tant défaut. Sa pratique religieuse et incantatoire de la politique se trouvant dans l’impasse, elle cherche des coupables. Or son erreur est d’avoir pris ses principes, sa morale généreuse, fondée sur la défense de tous les opprimés en vrac (prolos, femmes, homos, indigènes, etc.), pour une perspective et un projet politique. Cet idéalisme s’étant révélé impraticable sur le terrain, ceux qui le prônent en sont réduits à persifler sur quiconque privilégie la cohérence plutôt que l’orgueil. Cette frange de la gauche française crache sur le PIR comme elle retweet sur Podemos : pour oublier qu’elle ne peut pas. Au lieu de faire des Indigènes l’objet de sa colère, elle devrait chercher les causes de sa propre impuissance.

Ce que nos adversaires croient savoir, nous le savons mieux qu’eux ; seulement, nous n’en avons plus l’usage. L’article du trio évoque l’économie politique à chaque ligne, comme un mantra, mais ne la fait jamais, se contentant d’une litanie d’anecdotes et d’une poignée de concepts marxiens connus des élèves de terminale. « Matérialisme » n’est alors qu’un mot de passe, qui dit à cette gauche-là « je suis de votre côté ». Les Indigènes, pour leur part, ne font pas de courbettes. Ils n’ont pas de gages de bonne conduite à donner. Pour emprunter l’idée de Malcolm X, vu d’ici bien sûr, le PIR semble minoritaire. Mais le tiers-monde, le Sud global d’aujourd’hui, est son horizon. À ce titre il se tient avec la majeure partie du monde, et du côté de l’avenir.

Norman Ajari

Notes

[1] Adorno Theodor W., Dialectique négative (1966), trad. Collège de philosophie, Paris, Payot, 2003, p. 29.

[2]  Malika Amaouche, Yasmine Kateb & Léa Nicolas-Teboul, « Pour une approche matérialiste de la question raciale ».

[3] Khiari Sadri, « Les mystères de l’ “articulation races-classes” » .

[4] Maldonado Torres Nelson, « Actualité de la décolonisation et tournant décolonial », in : Bourguignon Rougier Claude, Colin Philippe et Grosfoguel Ramon (dir.), Penser l’envers obscur de la modernité. Une anthologie de la pensée décoloniale latino-américaine, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2014, p. 47.

[5] Rediker Marcus, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite (2007), trad. Aurélien Blanchard, Paris, Seuil, 2013, pp. 69-70.

[6] Maldonado Torres Nelson, « Actualité de la décolonisation et tournant décolonial », art. cit., p. 44.

[7] Ferguson James, Global Shadows. Africa in the neoliberal world order, Durham – Londres, Duke University Press, 2006.

[8] Comaroff Jean et Comaroff John, Zombies et frontières à l’ère néolibérale. Le cas de l’Afrique du Sud post-apartheid, trad. Jérôme David, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2010 ; Prashad Vijay, Les Nations obscures (2007), trad. Marianne Champagne, Montréal, Écosociété, 2009.

[9] Khiari Sadri, « Les blancs indigénisés des cités populaires » .

[10] Boutelja Houria, « Féministes ou pas ? Penser la possibilité d’un “féminisme décolonial” avec James Baldwin et Audre Lorde » .

[11] « Vous avez dit Soral ? ».

[12] Halimi Serge, « Comment échapper à la confusion politique » .

[13] Je remercie chaleureusement Selim Nadi qui m’a fait bénéficier de ses lumières à propos de Postone et de la Wertkritik. Les analyses qui suivent sont largement redevables de ses recherches.

[14] Postone Moishe, « Antisémitisme et national-socialisme ».

[15] Bouteldja Houria, « Qu’adviendra-t-il de toute cette beauté ? ».

[16] Traverso Enzo, La Fin de la modernité juive, Paris, La Découverte, 2012.

[17] Ajari Norman, « Le contraire de la “haine de la Shoah”. Sur un billet de Liliane Kandel ».

[18] Boussoumah Youssef, « Le sionisme expliqué à nos frères et à nos sœurs ».

[19] Horkheimer Max et Adorno Theodor W., La Dialectique de la Raison (1969), trad. Éliane Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974, p. 250.

[20] PIR, « Nos principes ».

[21] Khiari Sadri, « L’indigène discordant ».

voir d'une façon générale le sujet contre l'antiracisme universel prolétarien et le matérialisme abstrait, les luttes des indigènes, le PIR en ses limites
Revenir en haut Aller en bas
 
DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 6Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
 Sujets similaires
-
» Histoire de la police française
» rhinophinringite
» les pousseurs et porteurs...
» Photos Kiddy Comfort Pro (4* crash test TCS) - groupe 1/2/3
» [EXERCICES] Muscler et raffermir la Poitrine et les Bras

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: DÉCOLONISER pour des COMMUNISMES pluriversels sans frontières ni classes :: L'EUROCENTRISME actuel EST UN NÉGATIONNISME RACISTE réel-
Sauter vers: