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dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui

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MessageSujet: critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui   Mer 6 Mai - 17:07

L’intervention et le courant communisateur BL pour le SummerMeeting 2008
Théorie Communiste, BL a écrit:
L’intervention et le courant communisateur, 18 juin 2008, par B.L.

En dépit de son titre, cette note pour une discussion n’aborde pas la question de l’intervention à proprement parler, mais porte plutôt sur le devenir social du concept-clé de notre théorie : la communisation. C’est à dire sur formation d’une situation dans laquelle on doit envisager qu’une forme d’intervention est possible avec toutes les réserves quant à l’emploi de ce terme, désignant une action venue de l’extérieur et arrivant dans un cadre qui l’accueille ou la repousse.. Il ne s’agit pas de rejeter tout le travail à faire autour de l’affirmation d’une théorie révolutionnaire, de sa diffusion, de la constitution de noyaux plus ou moins stables sur cette base et des activités de ces noyaux. Cependant, au terme « intervention », il faut préférer la description de l’activité de partisans de la communisation, engagés dans des luttes de classe avec les conflits et les écarts qui les traversent

Cette activité se situe dans le cours quotidien de la lutte de classes réellement, concrètement productif de son propre dépassement comme révolution communiste, il faut comprendre ces activités comme produites dans ce cours comme une de ses déterminations pratiques, comme un de ses éléments, et cela dans ses caractéristiques théoriques (au sens restreint) elles-mêmes. Cette production théorique n’existe pas en soi, en tant que corps constitué, face et précédant ce cours immédiat, c’est pourquoi la théorie doit être perçue comme élément réel des luttes. La situation à l’issue de la restructuration est telle qu’il n’y a plus de base pour l’affirmation du prolétariat en vue de libérer le travail productif. Le travail immédiat (le seul productif de plus-value) n’est plus l’élément essentiel du procès de travail, même s’il reste, et restera toujours, essentiel au procès de production en tant que production de plus-value. Il n’existe plus d’identité ouvrière propre face au capital et confirmée par lui. Maintenant, l’existence sociale du prolétariat est, et reste, face à lui comme étant le capital même. La contradiction du prolétariat au capital est alors immédiatement contradiction à sa propre nature d’être une classe du capital, le rapport au capital qui définit le prolétariat comme classe apparaît comme une contrainte exercée par le capital.

Le dépassement du capital est unitairement abolition des classes et donc du prolétariat dans l’abolition du capital, dans la communisation de la société qui est ainsi abolie comme communauté séparée de ses membres. La société c’est la communauté séparée de ses membres, elle est toujours société de classes incarnée par la classe dominante. L’abolition de la classe dominante, la classe du capital, est abolition de l’Etat et de la société qu’il représente en tant qu’Etat du capital. Les prolétaires abolissent le capital en produisant contre lui une communauté immédiate à ses membres, ils se transforment en individus immédiatement sociaux, dans des relations interindividuelles et transindividuelles immédiates. Relations entre individus singuliers et groupes affinitaires qui ne sont plus chacun l’incarnation d’une catégorie sociale, même les catégories supposées naturelles mais données par la société comme les sexes sociaux de femme et d’homme. L’abolition des classes, l’abolition de la société, c’est aussi immédiatement l’abolition de son caractère sexué, caractère qui existe comme domination masculine assignée certains en tant qu’hommes médiant l’exploitation capitaliste de la capacité enfantante de la moitié des humains, la production de la force de travail, assignée comme fonction à certaines en tant que femmes. L’abolition des classes est l’abolition des hommes et des femmes qui sont des fonctions sociales assignées.

Ce procès de la révolution est communisation, production du communisme sans transition autre que la révolution elle-même. Il n’y a pas d’étape entre la révolution et le communisme : ni socialisme, ni une quelconque forme de pouvoir ouvrier ou de gestion ouvrière stable. La situation actuelle du rapport de classe est le produit de l’ensemble du procès historique du capital : comme exploitation, comme mode de production, comme économie, comme société capitaliste, comme Etat, c’est-à-dire comme contradiction permanente (l’exploitation), irréductible et s’approfondissant, entre la classe capitaliste et le prolétariat. Dans les cycles de luttes antérieurs, le prolétariat, en implication réciproque avec le capital, produisait le dépassement communiste de manière adéquate au contenu de sa contradiction avec le capital. Cette révolution – bien qu’impossible dans ses propres termes - était le dépassement réel, dont l’impossibilité n’existe comme évidente que du point de vue du dépassement que la contradiction de classe produit maintenant. Avec la mise en place de la situation présente, le prolétariat n’oppose plus au capital la positivité que le capital lui confirmait : être la classe du travail productif. Le prolétariat projetait son affirmation en programmant une étape historique de développement libre de la productivité et donc de la caducité de la valeur. Cette étape transitoire au communisme était l’intégration nécessaire par le prolétariat du devenir, sous son contrôle, de l’arc historique du capital. Cette période pouvait être conçue comme Etat ouvrier (par les marxistes) ou comme gestion communale ou syndicale (par les anarchistes), cela ne changeait rien à l’essentiel. L’impossibilité de cette intégration de l’arc du capital, était l’impossibilité de l’auto-exploitation car l’exploitation est toujours le rapport de classes distinctes.

En Russie très vite, après quelques tentatives d’autogestion, il se créa une nouvelle classe exploiteuse à partir des structures révolutionnaires, parce que la bourgeoisie avait été chassée, mais le travail productif était toujours à développer. Ce fut la contre-révolution adéquate à la révolution programmatique, pas moins sanglante ou moins barbare qu’une contre-révolution plus visiblement bourgeoise. C’est à cause de la nature de cette contre-révolution que l’ultra-gauche a été incapable de voir que ce qu’elle appelait capitalisme d’Etat était quand même vraiment le socialisme. Car cette contre-révolution spécifique ne rétablit pas la propriété privée, elle résolut le problème de l’impossibilité de l’auto-exploitation ouvrière en inventant l’exploitation par l’Etat ouvrier et sa classe entrouverte à la promotion ouvrière, le Parti. C’est ce type absolument spécifique de développement capitaliste qui expliquait l’attachement que lui manifestait une grande partie de la classe ouvrière des pays du capitalisme bourgeois classique. Cette forme « programmatique » (on aurait pu dire « travailliste » - en anglais « labourist » - s’il n’y avait eu préemption du Labour party) de la lutte de classe est maintenant globalement dépassée (ainsi que sa contre-révolution) et l’horizon est totalement et simplement capitaliste. Le « socialisme réel » (qui était réellement le socialisme, c’est-à-dire l’économie capitaliste étatisée à idéologie ouvrière et à marché du travail non-libre) s’est effondré dans la restructuration de la domination réelle où elle n’avait plus sa place. Il apparaissait que la domination réelle était directement antagonique à sa péréquation à priori et à son non-marché du travail. Le socialisme s’étant tout de même articulé au capitalisme libéral mondial, la restructuration mondiale l’a liquidé, sa disparition fut si soudaine qu’elle donna l’impression hallucinante qu’il s’était évaporé aux soleils de Tchernobyl et de l’Afghanistan pour se perdre dans les ténèbres insondables de la « guerre des étoiles » de Reagan.

Cette disparition et celle concomitante du mouvement ouvrier ont éternisé le capital dans le champ de l’économie et de la société, le seul champ temporel qui peut exister jusqu’à leur abolition. Dans cette éternisation du capital, le Démocratisme Radical a, à la fois, enterré et suppléé au programmatisme en renvoyant aux luttes de classe leur propre limite : sa propre existence comme classe est, pour le prolétariat, la limite à dépasser de sa lutte en tant que classe. Le démocratisme radical est alors la construction pour elles-mêmes des limites réelles des luttes comme corpus de revendications et de « solutions » au problèmes du capital : exigence de l’adéquation du capital à son idéologie qui prône la démocratie et l’égalité sociale, démocratie totale, économie solidaire et développement durable. Le démocratisme radical a sans doute connu l’apogée de son d’existence dans les années 1995 à 2003, il constitue néanmoins un obstacle que les luttes auront à bousculer. La caractéristique actuelle de la contradiction de classe qui est de ne pas permettre l’existence d’un « au-delà » (socialiste) du capital dans le présent du capital, pose à la fois son éternisation et la détermination de son abolition.

Dans les luttes de classe, le caractère revendicatif ne peut pas se dépasser sur sa propre base, dans la crise du rapport d’exploitation, la prise en main d’unités du capital s’impose comme une nécessité de survie immédiate, et implique le développement de l’autogestion d’autres d’éléments, eux-mêmes indispensables à la survie de ces premiers emparements. Ce mouvement s’impose à lui-même sa poursuite comme lutte, il devient son propre but comme poursuite de la lutte.

L’expansion conflictuelle, dans et contre le capital, des emparements d’éléments de tous ordres de la société capitaliste, ce développement de l’autogestion, se contredit lui-même, comme autogestion, par le développement en son sein d’un dépassement de l’échange, par la gratuité et l’unité dans la lutte des éléments saisis. Il se constitue une communauté de prolétaires qui ne veulent plus l’être et qui se transforment par la lutte en individus singuliers immédiatement sociaux. L’autogestion, l’auto-organisation, se dépassent en communisation : elles se dépassent en refusant toute stabilisation qui serait une forme de ré-étatisation et d’économie de crise potentiellement contre-révolutionnaire. Ce dépassement est lutte interne simultanée à la lutte contre la société capitaliste.

La communisation est révolution dans la révolution.

Elle est lutte des prolétaires pour leur unité dans la lutte, lutte dans laquelle ils cessent d’être des prolétaires ! La communisation n’est pas la réappropriation des capitaux par leurs prolétaires, ils ne se réapproprient rien, les capitaux sont décapitalisés radicalement, ils ne sont plus propriété, ils sont désobjectivés comme capital, comme réification de rapports sociaux, ils sont ramenés à leur éventuelle utilisation pour la lutte comme moyen de vie et/ou d’extension de la décapitalisation.

La communisation réelle n’est pas l’application pratique d’une anticipation théorique abstraite. Le concept de communisation n’est pas une invention intellectuelle répondant à une situation sociale pratique invivable et muette, il est le produit de la ressaisie autocritique des luttes qui, depuis les années 60, montrent la fin du programme, par l’absence de toute volonté d’affirmation étatique des prolétaires, Les luttes montrent aussi au travers d’activités changeantes, émeutes, grèves sans revendications dans les années 70, activités d’écart et émeutes encore, des années 90 et 2000 le refus actif - contre le capital - de la condition prolétarienne, y compris au sein de l’autogestion .

L’élaboration de la théorie de la communisation s’est faite au cours de l’entrée en crise du mode de production capitaliste à la fin des années 60 et du commencement du procès de restructuration contre-révolutionnaire du capital à partir du début des années 70. Elle est le dépassement de la contradiction dans laquelle était enfermée l’Ultra-gauche qui critiquait les formes de l’affirmation et de la montée en puissance du prolétariat (parti de masse, syndicat, parlementarisme) tout en conservant la révolution comme affirmation de la classe. Elle est également le dépassement de l’impasse de l’autonomie ouvrière, heureusement moins sanglante, des années 60/70. La critique partielle et formelle de l’ultra-gauche prônant encore l’affirmation directe par les conseils ouvriers se radicalise alors en théorie de l’autonégation d’un prolétariat théorique toujours vu comme révolutionnaire par nature, prolétariat théorique révolutionnaire, nettement distingué de la classe ouvrière réelle aliénée, qui ne pouvait être vue que défendant le travail salarié. Cette conception d’une contradiction prolétariat/classe ouvrière a débouché – la restructuration se poursuivant et l’identité ouvrière disparaissant – sur l’abandon de l’idée d’une nature révolutionnaire du prolétariat, même cachée sous la classe ouvrière. La contradiction prolétariat/classe ouvrière a été une façon transitoire de sortir de l’impossibilité de l’affirmation de la classe, cette pure lutte de concepts supposait que la nature du prolétariat ne pouvant se manifester qu’en détruisant toutes les formes d’existence de la classe dans la société capitaliste, classe qui pouvait même être appelée « capital variable ».

Toute affirmation d’une nature révolutionnaire, même sous la forme de l’affirmation d’une pure négativité, est dépassée quand la révolution comme production du communisme est le moyen même de la destruction du capital, et de l’abolition des classes. Production dans laquelle aucune nature du prolétariat ne s’exprime, dans laquelle seule la contradiction des classes est à l’œuvre, et où le communisme est produit contre le capital, tout simplement parce qu’il est consciemment nécessaire pour la lutte contre l’exploitation et contre la crise même de l’exploitation. La critique cohérente du capital, incluant son procès historique, est actuellement indissociable de l’affirmation de la perspective communisatrice. Cette critique systématisant le contenu des écarts dans la limite des luttes est en polémique avec les anarchistes de gauche et les partisans immédiatistes du communisme. La théorie de la communisation à venir, comme dépassement de l’autodéfense des prolétaires contre le capital qui s’attaque à leur reproduction immédiate, ne se présente pas comme solution, comme choix stratégique que les prolétaires devraient faire.

La perspective communisatrice existe comme moyen d’auto-compréhension du mouvement de dépassement de la lutte défensive simplement socialisatrice, maintenant cette perspective est un renforcement des activités qui posent le dépassement en critiquant l’auto-organisation et l’autogestion de l’économie par les travailleurs. La perspective communisatrice est une articulation entre le caractère théoricien des luttes et la production « théorique » au sens restreint. C’est dans cette situation qu’existe un champ d’expansion épidémique du concept de communisation.

L’élaboration poursuivie de la perspective communisatrice implique qu’elle intègre maintenant la nécessité de devenir incontournable parmi toutes sortes de partisans d’une révolution, voire même, comme disent modestement les démocrates radicaux, d’une transformation sociale. Le programme ouvrier révolutionnaire n’existe plus, le Démocratisme Radical aura été sa disparition et ce qui en a subsisté comme forme politique (sous - politicienne) de la limite des luttes. Dans ce cycle l’articulation avec les luttes immédiates doit donc être pensée à partir des éléments théoriques suivants :

- La théorie comme élément réel des luttes.

- Le caractère théoricien des luttes.

- La formation d’écarts dans le caractère de classe des luttes, c’est-à-dire dans leur limite, identique à leur nature même d’être de classe.

- L’apparition d’un courant théorique communisateur.

- La production du dépassement sur l’ensemble du cycle, ayant débuté dès les années 70.

- Le dépassement comme non-transcroissance des luttes nécessitant une rupture.

- La crise économique comme crise du rapport d’exploitation, comme crise de la reproduction des classes.

L’élément synthétique peut être l’existence du courant communisateur.

Sans doute peut-on articuler l’action des partisans de la communisation avec l’apparition d’écarts, sans les considérer du tout comme des déclencheurs mais plutôt comme des « dénicheurs ». La situation implique la formation d’écarts dans les luttes : les communisateurs ont par nature des atomes crochus avec ces potentialités.

On ne peut pas penser que la communisation se fasse sans qu’elle se nomme. Le devenir hégémonique du concept n’est en aucune façon une condition à la communisation, dont la détermination est la crise révolutionnaire du rapport d’exploitation. Cependant, le procès de dépassement communisateur aura vu le concept se répandre, dans la conflictualité au sein des luttes au sein de l’auto-organisation. Dès maintenant, il y a une bagarre entre ce que le courant communisateur avance et les restes fossilisés de l’ultra-gauche conseillo-bordiguiste. Certes, ces restes sont insignifiants mais il y a aussi, sinon bagarre, du moins polémique avec un courant immédiatiste-alternativiste qui est bien moins négligeable. L’hégémonie du concept passe maintenant par l’analyse autocritique des luttes en cours et non par la critique déjà dépassée du programme.

Cette bagarre et cette polémique ne sont pas destinées à populariser le concept, qui porte sur le sens des luttes, sur le sens du cours du capital, sur le débouché des luttes dans la crise qui vient, mais elles le diffusent et ce concept peut être intégré par bien des schémas a priori de révolution. Il peut être synonyme de collectivisation, d’autogestion (si, si, je l’ai vu !). Il peut être synonyme de constitution de l’unité des prolétaires en lutte. Les prolétaires en lutte créent entre eux des rapports nouveaux dont la médiation est la lutte contre la médiation, le capital, la désignation de cette unité dans la lutte comme communisation signifie, pour ceux qui l’utilisent, qu’ils font le lien direct entre les luttes actuelles et la révolution, ce qui est essentiel, mais ce lien est ici marqué d’immédiatisme, il autonomise la dynamique de la période, et en construit l’idéologie, qui débouche inévitablement sur un mode de vie alternatif, ce n’est pas le mode vie qui est à critiquer, c’est la posture interventionniste qui en découle. Les tendances plus ou moins immédiatistes auront tort jusqu’à ce qu’elles aient raison, mais alors ça se saura ! Le terme de communisation a été aussi considéré comme plus clair qu’anarchosyndicalisme, sans voir d’opposition entre eux. Le terme peut fonctionner comme une étiquette politique, et on la collera à tous ceux qui parleront de communisation, ils seront des communisateurs comme on peut être trotskiste ou ultra-gauche, c’est ainsi et il faut « faire avec ».

Le développement du concept, que le courant communisateur élabore en permanence, est aussi le développement d’un réseau de petits groupes et d’individualités qui n’est pas homogène et qui comprend des divergences, mais encore plus divergentes seront, comme on l’a vu, les réappropriations du concept au-delà de ce réseau. Les divergences, voire les contradictions, dans la compréhension du concept, désignant l’abolition positive du capital par les prolétaires s’autotransformant en individus immédiatement sociaux.sont inévitables mais ne sont porteuses aucune possibilité de « fausse route » pour la communisation réelle, car le concept ne crée pas le mouvement : il est une auto – saisie nécessaire du mouvement. Le courant communisateur se développe en liaison (quelle qu’en soit la forme) avec les luttes, ses concepts sont utilisés pour intégrer ces luttes à une perspective, cette utilisation génère des divergences et des interprétations qui peuvent être, immédiatistes, alternativistes, idéologiques ou étonnamment productives !

La théorie de la communisation, dans sa liaison avec les luttes de classe, produit l’eau dans laquelle elle nage, c’est le devenir banal de cette théorie qui est déjà un élément réel des luttes, qui lui permettra d’être, de plus en plus, la théorie critique de luttes de plus en plus théoriciennes. La diffusion du concept de communisation sera l’unification des deux formes de la lthéorie et leur permettra d’avoir une langue commune . Cette diffusion permettra des polémiques et fera émerger, dans les luttes, une expression possible de la perspective de dépassement qui ne sera pas, comme c’est souvent le cas maintenant, un implicite à décrypter.

Attendons-nous à être surpris et dérangés par le succès de la communisation.
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MessageSujet: Re: critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui   Jeu 7 Mai - 11:19

No Pasaran a écrit:
Citation :
c’est pourquoi la théorie doit être perçue comme élément réel des luttes
tu peux préciser l'expérience de TC qui dit ça en chiant sur les communistes ?
yakalir a écrit:
en attendant, la théorie est perçue comme un élément réellement illisible, et qui lutte s'en bas les couilles
nous attendrons vos arguments, ou vous un autre lieu pour causer comme ça. À la prochaine, direct poubelle sans explication, mieux à faire. Merci
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MessageSujet: critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui   Jeu 14 Mai - 16:26

Le moment actuel http://riff-raff.se/texts/fr/sic1-le-moment-actuel

RS a écrit:
L’essentiel de la critique de l’intervention comme question réside dans l’abstraction de la pratique et l’objectivation de la lutte des classes qui se répondent réciproquement. La « Pratique » acquiert en tant que telle, en tant qu’entité, un sens face à son complément, tout aussi abstrait, la lutte de classe comme situation. Les pratiques particulières en tant que telles ne sont plus que des manifestations occasionnelles de La Pratique comme abstraction. C’est là le fondement même de la question de l’intervention, c’est-à-dire de l’intervention comme question et de sa compréhension de la théorie comme « arme » qui fait retour à la pratique. La théorie n’a pas à prouver son utilité. La théorie est incluse dans le caractère autocritique des luttes, le rapport critique de la théorie a changé. La production théorique appartient à une pratique qui n’est pas « la nôtre » et à une théorie qui également n’est pas « la nôtre ».

à l'Ouest du nouveau ! l'insurrection c'était hier

The day after the insurrection / On First Revolutionary Measures, radical philosophy jan/feb 2015


montage Patlotch 2 janvier 2015


l'insurrection venue d'Outre-Atlantique n'est pas arrivée dans les campagnes françaises où le Comité Invisible (L'insurrection qui vient 2007) se remet du réveillon de lëoN ('Réveillons-nous !'). Nul doute que cette froide vision des « First Revolutionnary Measures » va relancer la passion triste de Léon de Mattis, pour qui la communisation, c'est prendre des mesures (Les mesures communistes 2012); la passion gaie d'Eric Hazan & Kamo dans les salons parisiens (Premières mesures révolutionnaires 2013), et les échanges essentiellement incontournables dans les milieux des moyennes (classes) : autour de leurs nombrils, ils vont pouvoir mesurer la révolution d'après-demain, avec l'avantage que c'est moins difficile que se mesurer au capital d'aujourd'hui
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MessageSujet: vous avez dit intervention ?   Ven 15 Mai - 12:02

merci d'y avoir pensé. C'est à (re)lire dans le contexte du texte complet et de l'époque de Sic, quand TC était en dialogue avec des "interventionnistes" en maque d'une théorie justifiant leurs activités

comme TC le disait déjà dans ce texte, ce moment est dépassé, et pour moi, cela annonçait autant que les désaccords sur le genre l'inévitable rupture de Sic. Pour la suite, je ne partage pas l'analyse ultérieure de TC pour qui nous serions alors entrés dans une séquence, une sorte de parenthèse, de sous-période dans ce "cycle de lutte", comme si allait en ressortir un retour à son mouvement normé par la théorie, qui a produit une sorte d'idéologie programmatique de la communisation

il y a eu, confirmé par ce qui se passe depuis les attentats parisiens de janvier 2015, une bifurcation, un tournant sans doute d'ampleur historique, dont nous ne pouvons voir encore sur quoi il débouchera (voir, en relativisant son point de vue démocratique alternatif, les observations d'Alain Bertho ne sont pas ininitéressantes

Alain Bertho a écrit:
La réponse à ce drame n’est certainement pas une figure de l’ordre, fût-elle républicaine. La réponse viendra d’une figure alternative et contemporaine de la révolte, une révolte qui ne se place pas sur le terrain de la négation de l’avenir, de la négation du passé et de la haine de la pensée

la montée en puissance et en présence sur le terrain des luttes des mouvements "indigènes", y compris sous leurs aspects « islamisation de la révolte radicale » (Bertho) traduisent une ou des formes d'intervention politique, qui ne sont pas bien sûr d'un contenu d'abord communiste, sans parler d'être "révolutionnaire" dans une période qui ne l'est pas...

il est étonnant que les critiques marxistes ou anarchistes, en France, n'aient pas davantage fait le parallèle avec ce que fut en Amérique latine la Théologie de la Libération ("Pour la pratique, l'instrument d'analyse et d'observation utilisé est inspiré du marxisme, même si les théologiens de la libération se distancent quasiment tous de l'idéologie marxiste. Elle prône la libération des peuples et entend ainsi renouer avec la tradition chrétienne de solidarité.")

le PIR n'est pas le Hezbollah ni les Frères musulmans, mais ceux-ci doivent leur enracinement populaire à leurs actions de solidarité, la dimension caritative d'un "Secours populaire" ou d'un "Secours catholique", mais dans une situation de guerre. On peut penser encore à la forte implantation du Parti Communiste Japonais sur une base comparable, qui a permis sa résistance électorale (Le Japon est-il l'avenir du communisme ?)

plutôt que de dénoncer, en termes proche du pouvoir d'État, de la droite et de son extrême, « l'islamo-gauchisme », ou vouloir « combattre la racialisation » en surfant ainsi sur l'idéologie française de l'universalisme abstrait relooké "prolétarien" ou "Sans patrie ni frontières"*, les aspirants révolutionnaires radicaux, sans perspective que nihilisme quoi qu'ils en prétendent,  seraient mieux inspirés de méditer cette phrase d'Alain Bertho : « La réponse viendra d’une figure alternative et contemporaine de la révolte, une révolte qui ne se place pas sur le terrain de la négation de l’avenir, de la négation du passé et de la haine de la pensée »

* on pourra juger du contenu "de classe" de la dernière livraison d'Yves Coleman à la simple lecture du sommaire de Ni patrie ni frontières n° 50/51- Nos tares politiques n° 4 (à paraître en juin 2015) : il n'y a pas un article critique du capitalisme, pas un seul fondé sur les luttes sociales, une charge tous azimuts contre ceux qui sont déjà les cibles des racistes identitaires, des fascistes et des Républicains de toutes tendances politiques : pour qui roule Yves Coleman ?

la véritable alternative à une montée du terrorisme islamique est effectivement dans « la politisation de l'antiracisme en France », et cela ne peut se faire que par une intervention politique et militante. Tous les partis d'extrême-gauche y ont échoué, et je ne sache pas que les anarchistes soient fort présents dans les banlieues françaises, alors même qu'on en voit, du moins sur Internet, étaler leur "islamophobie" (ici le terme est adéquat)

certes ce n'est pas ce dont nous rêvions, mais c'est ce qui se passe sous nos yeux, toute résistance, politique ou idéologique, à la montée de ce phénomène, qui n'est pas que français, est vaine, car il n'est pas produit par l'intervention militante du PIR ou des associations gravitant autour dans les banlieues. Ce phénomène est un produit de la crise économique, sociale, politique, morale, du capital en crise en ce qu'il est fondamentalement enraciné, historiquement, dans l'histoire de la colonialité. C'est en ceci qu'il produit des luttes portant la perspective décoloniale, et qui peut dire qu'elle serait en elle-même incompatible avec le mouvement communiste, alors même que les théories qui sont sous-jacente viennent aussi, pour partie, du marxisme ?

cela ne nous éloigne qu'en apparence de la question de l'intervention, pour nous y ramener par le haut, c'est-à-dire par une activité communiste dans les luttes à potentialité de masse, et non par quelques activistes en mal de révolution immédiate
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MessageSujet: conscience de la nécessité : volontarismes, activismes, et désastres   Ven 15 Mai - 13:28

un pas de côté avec le philosophe français préféré de Marx : Diderot, Jacques le fataliste lu par Italo Calvino, dans Pourquoi lire les classiques, Points 1984

Italo Calvino a écrit:

Diderot avait eu l'intuition que justement l'on pouvait tirer des conceptions du monde les plus rigoureusement déterministes une force faisant avancer la liberté individuelle, comme si la volonté et le libre choix ne pouvaient être efficaces qu'en s'ouvrant un passage dans le dur roc de la nécessité. Cela avait été vrai dans les religions qui élevaient le plus la volonté de Dieu au-dessus de celle de l'homme : cela allait être vrai aussi dans les deux siècles qui suivraient celui de Diderot et qui verraient de nouvelles théories aux tendances déterministes s'affirmer dans la biologie, dans l'économie et dans la société, dans la psyché. Nous pouvons dire aujourd'hui qu'elles ont ouvert la voie à des libertés réelles précisément lorsqu'elles établissaient la conscience de la nécessité, alors que les volontarismes et les activismes n'ont abouti qu'à des désastres.
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MessageSujet: Re: critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui   Ven 3 Juil - 10:16

importé du sujet sur le "dépassement produit", qui a évolué hors de cette question de l'intervention

un texte extrait de 1981 : Il faut planter les haricots quand les lilas sont en fleur du groupe PIC : Pour une Intervention Communiste, «groupe communiste se rattachant au communisme de conseils et ayant existé de 1973 à 1982», queue de l'ultragauche historique. D'autres en savent plus que moi... Intéressant dans notre contexte, puisque posant l'alternative : intervenir ou pas ?

PIC Pour une Intervention Communiste 1981 a écrit:
L’INTERVENTION

La question de l’intervention est fondamentale. C’est-à-dire qu’elle mérite peut-être d’être resituée a un niveau fondamental : nous reprochons au capitalisme d’être un monde où l’homme ne peut pas intervenir sur sa propre histoire, bien qu’elle reste le résultat de son activité et nous voulons un monde où cette histoire ne soit plus subie. En dehors de brefs moments où les masses font irruption et bousculent l’ordre établi. Celui-ci ne se maintient que parce qu’il empêche les hommes de faire leur propre histoire. Il est cet empêchement. La nouveauté capitaliste est cependant de ruiner l’illusion suivant laquelle la société serait conduite par quelque entité divine et de donner à croire aux membres de cette société qu’ils peuvent la conduire par le biais de la politique.

La question n’est donc pas tant de savoir s’il faut ou non agir et secouer la passivité ambiante que de voir comment le capitalisme arrive à se nourrir de l’activité des hommes tout en les empêchant d’agir au sens plein. De définir aussi les raisons de fond et les circonstances qui permettent de rompre avec cet état de fait.

Le révolutionnaire est par définition contre la société mais il ne faut pas non plus oublier qu’il est dans cette société, qu’il en est le produit et qu’il en reste toujours un élément. La révolution elle-même ne peut être que le produit de la société qu’elle détruit, une action de la société sur elle-même.

Tout cela peut sembler d’une plate banalité, tellement évident qu’il n’y a pas à y revenir. Pourtant c’est un point à souligner sans cesse car précisément la politique vit de cet oubli. On pense pouvoir modifier la société en se mettant à une place qui lui serait extérieure et on s’intègre en fait à son fonctionnement et à sa régulation. Régulièrement une analyse de type "matérialiste" coexiste avec un position "idéaliste" : le parti, l’organisation, la conscience, l’intervention prennent une autonomie magique par rapport au mouvement de société sur lequel ils pourraient ensuite réagir. Leur croissance et aussi leur nature ne sont plus comprises comme faisant intégralement partie de la réalité sociale. Celle-ci pourra juste être considérée comme un terrain qui entravera ou favorisera leur développement.

La théorie communiste doit comprendre que l’on n’échappe pas à réalité sociale et que même l’intervention révolutionnaire, non seulement se fait dans certaines conditions, mais est un rapport de la société à elle-même. On ne peut supposer l’existence d’un point d’appui extérieur à la société pour la soulever. C’est ce que fait la politique. Le paradoxe est que ceux qui défendent l’ordre social croient que l’on peut en quelque sorte y échapper et que ceux qui sont contre cette société ne peuvent s’en concevoir que comme partie intégrante.

Bien sûr, cette société n’est pas immuable. Elle n’est pas une réalité homogène ou monolithique. Elle ne développe pas que des différences mais aussi des contradictions.

Elle passe de très fortes périodes d’intégration à des phases où elle n’arrive plus à s’unifier et où peuvent surgir des oppositions plus ou moins radicales. Dans le jeu complexe où s’affrontent les forces sociales, l’action de fractions très réduites peut parfois jouer un rôle décisif comme tel ou tel corps dans une réaction chimique mais ces groupes restent des résultantes sociales et ne peuvent soudain se renforcer ou avoir un impact important qu’en fonction d’une réalité sociale générale.

Nous sommes nous-mêmes un produit social et ne pouvons avoir de l’influence qu’en fonction d’une situation qui nous dépasse. Le tout est de le comprendre et que cette compréhension soit pratique. On ne réglera pas grand chose en répétant que la réflexion ne suffit pas et qu’il faut agir. L’activisme, la volonté de forcer le cours des choses mène au suicide (de Ravachol à Baader) et en général à l’opportunisme. Des tas de gens militent pour changer le système et en fait renforcent surtout des appareils syndicaux et politiques qui en sont les gardiens. Par là ils sont bien en deçà et même se retournent contre ceux qui se contentent de réagir ici ou là à l’exploitation et l’oppression.

L’opposition entre la théorie et la pratique qui se révèle souvent dans une incitation à l’intervention, non seulement oublie qu’il vaut mieux comprendre ce que l’on fait mais aussi que la théorie doit elle-même être conçue en terme d’intervention. Ne pas être réduite à un commentaire de la réalité mais être immédiatement tranchante. Et si elle n’est pas ça ce n’est pas en la distribuant aux masses, à force répétée et sous forme de tracts qu’on la rendra agissante.

Intervenir c’est chercher à transformer un minimum ce qui nous entoure. Encore une banalité mais qui vaut le coup d’être creusée. Il y a des appareils dont le but premier et permanent est leur propre renforcement. Mais, sans faire trop de psychologie, il faut aussi remarquer que la société capitaliste désapprend aux hommes à agir et à prendre des initiatives, tout au moins en dehors du cadre restreint et contraignant du salariat. Le refus de la passivité peut s’accompagner d’attitudes cependant inconséquentes, peu douées ou carrément névrotiques. Il s’agira plus de se défouler ou de se prouver à soi-même que l’on agit que d’agir véritablement.

Évidemment ces attitudes d’individus ou de groupes ne peuvent être séparées des conditions générales qui offrent plus ou moins de facultés d’actions.

Notre position est que, dans la période actuelle, même s’il est nécessaire d’établir un minimum de permanence dans nos liens, il ne faut pas chercher à intervenir à tout coup. Surtout en réduisant l’intervention pratiquement à la seule diffusion des textes. On peut vouloir pour chaque événement faire connaître "le point de vue communiste". Mais à notre avis c’est une erreur symétrique à celle de ceux qui prétendent qu’il n’y a absolument rien à faire aujourd’hui. Il faut intervenir quand véritablement on a les moyens théoriques et matériels. Tenter d’être percutants. Ne pas s’user en faisant de notre activité une routine.

Ceux qui voudront agir à tout prix dans une situation défavorable s’useront sans succès. S’ils se renforcent et qu’il leur semble avoir un impact, cela pourrait être simplement parce qu’ils se renient en tant que révolutionnaires, tant dans leurs objectifs que dans leur mode de fonctionnement.

A quel propos agir ? Comment ? Dans quelle perspective ? Il n’y a pas à attendre le début de la communisation pour commencer à agir en tant que révolutionnaires et d’ailleurs peut-être que s’il fallait l’attendre, elle ne viendrait jamais puisque son avènement dépend quand même de la formation de fractions sociales. Par contre il faut toujours souligner que nos possibilités d’action et notre renforcement -qui s’entretiennent mutuellement- dépendent aussi des perspectives que nous mêmes et d’autres auront quant aux possibilités du capital de régler ou non ses problèmes.

Il y a un certain nombre d’enjeux où l’on peut établir un rapport avec le communisme. Donnons trois exemples :

1) Les mouvements de squatter : il est facile de comprendre qu’il est légitime de passer par dessus la propriété pour se loger.

2) L’opposition aux mesures et aux discriminations anti-immigrés et en général à tout ce qui vise à fermer les frontières, aux regains de patriotisme.

3) Les mouvements contre l’armée dans la mesure où ils ne prêchent pas une réforme de cette institution.

Cependant il ne faut pas oublier que ces mouvements ont très peu de force propre pour faire reculer le capitalisme. Ils sont actuellement coupés de la masse du prolétariat et seraient souvent prêts à chercher des aménagements pour peu qu’on veuille les leur accorder.

La question clé reste celle de définir une attitude à l’égard de la lutte élémentaire du prolétariat telle qu’elle se présente dans les entreprises. Et cette question est liée à l’idée que l’on se fait du rapport entre lutte de classe élémentaire et communisme.

Sans remettre en cause le rôle du prolétariat dans la révolution ou la participation des révolutionnaires en tant que prolétaires ayant des problèmes de prolétaires, aux grèves et autres formes d’action "économiques", certains pensent que nous n’avons rien à faire ou à dire de ces luttes en tant que révolutionnaires. Elles sont en deçà d’une critique communiste et donc ne nous concernent pas directement, ou de manière théorique : il faut se contenter d’en apprécier les effets divers sur la marche du système.

On débouche là sur la théorie de la double casquette : révolutionnaire en dehors des conflits du travail, et ne pouvant être que réformiste durant ces conflits. Et l’on suppose que un "conflit du travail" ne peut se mener que d’une seule façon. Ce qui est faux, car, à moins que l’on se trouve dans une grève-bidon où le mieux est d’en profiter pour prendre un petit congé, il y a des alternatives différentes qui se présentent lors de ces conflits. Tant en ce qui concerne les objectifs que les modes d’action. Et un révolutionnaire ne peut être indifférent aux choix possibles. Et une association de révolutionnaires se doit de dégager des positions les plus générales possibles sur ces questions. Ce qui ne lui interdira pas de dire éventuellement dans un moment historique donné comme en mai 1968, que toute revendication est devenue absolument contre-révolutionnaire.

Mais, puisqu’on en est aux revendications, une distinction s’impose : la lutte élémentaire et la lutte revendicative ne sont pas identiques, bien qu’en général assimilées. On sait que certaines grèves démarrent et même se terminent sans que des revendications soient formulées : ce sont des réactions à une situation jugée insupportable. Mais la lutte élémentaire ne se confond pas non plus avec la grève qui peut en être un moment privilégié. Elle est la résistance continue des ouvriers à l’extraction de plus-value. La formulation des revendications découle des limites de cette résistance ou lutte élémentaire, mais il ne faut pas les assimiler.

La lutte élémentaire ne peut pas non plus être assimilée au réformisme. Même si la formulation de revendications peut déjà être tenue pour une démarche réformiste, et si les ouvriers qui luttent ou résistent ne peuvent voir de "solution" que réformiste. Ce n’est pas une distinction de pure forme : suivant les époques historiques, le lien évolue entre luttes élémentaires et réformisme. Ce dernier se révèle plus ou moins capable, a plus ou moins les moyens de récupérer la lutte élémentaire pour la rendre compatible avec le fonctionnement de l’économie.

Dans une première phase, disons avant 1914, le réformisme ouvrier pouvait sembler avoir des potentialités révolutionnaires. Et les révolutionnaires prenaient place à la gauche de la social-démocratie ou dans les syndicats. Le réformisme mettait en avant de grandes réformes (la journée de 8 h) mais sans prétendre réorganiser la société capitaliste, comme avec les programmes de nationalisations ultérieurs. Les révolutionnaires d’alors avaient quand même tendance à être des réformistes radicaux. Puis la social-démocratie s’est de plus en plus intégrée au fonctionnement du capitalisme. On ne peut même plus dire qu’elle a trahi. Le fossé entre réformisme et révolution est bien tranché. Oui, mais il ne faut pas pour autant identifier lutte élémentaire et réformisme. Sans faire de la lutte élémentaire une "critique communiste", il ne faut pas pour autant la rejeter du côté du réformisme.

Il arrive que ce réformisme ne puisse plus encadrer les mouvements de la base et se retourne ouvertement contre elle. Il arrive aussi que la base ne colle plus aux objectifs que lui propose le réformisme. Il y a eu des grèves sauvages, mais ce mouvement peut se traduire d’une façon plus générale à cause de transformations d’ensemble de la société, ou parce qu’une situation particulière précipite cet antagonisme latent.

Entre le moment où le réformisme commence à perdre le contrôle des masses (localement comme au Portugal hier ou en Pologne aujourd’hui) et l’émergence d’un mouvement capable de détruire le salariat, il peut s’écouler toute une période. Et les révolutionnaires doivent bien prendre parti par rapport à ce que fait le prolétariat. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire applaudir à n’importe quelle initiative dès qu’elle échappe un tant soi peu au contrôle des partis politiques et des syndicats. Certaines actions peuvent ouvrir le chemin de la révolution et marquer un antagonisme réel au système, défiant l’économie et l’État. D’autres, au contraire, entraînent la classe vers la voie de garage, l’enchaînant à l’entreprise et à l’État.

Il y a un lien fondamental entre lutte élémentaire et communisme, entre l’action de résistance à la valeur et la négation de la valeur. Le communisme est déjà en germe dans cet antagonisme immédiat : la classe qui se forme comme telle. Même si la force de l’ordre existant lui permet de maîtriser cet antagonisme et si le réformisme peut domestiquer ou organiser la récupération des mouvements élémentaires.

Il y a ceux qui nient clairement que le prolétariat soit ou soit encore le sujet révolutionnaire. Il y a ceux qui l’admettent mais ne voient finalement dans la révolution qu’un prolongement de leur réformisme. Il y a aussi ceux qui admettent que le prolétariat soit le sujet révolutionnaire mais en vidant cette proposition de son contenu. La révolution n’est plus liée à ce qu’est la classe, à sa fonction de support de la valeur qui se renverse en négation de la valeur.

Le prolétariat sera masse de manœuvre pour un parti ou un programme qui lui recèlera l’essence révolutionnaire. Ou alors, position symétrique, on identifiera la révolution au déchaînement de l’activité des masses, même si celle-ci ne prend pas les mesures indispensables à son émancipation et ne se dresse pas contre le salariat et l’État. Ces deux positions ne doivent pas faire seulement l’objet d’une critique qui resterait idéologique, mais être reliées à une phase historique où la perspective communiste s’absentait et où, de fait, activité prolétarienne et communisme se dissociaient.

Le prolétariat peut être invoqué mais sans que soit reconnu réellement son lien avec le communisme. Ainsi par exemple il sera défini comme l’ensemble de "ceux qui n’ont pas le pouvoir", la classe dominante sera ramenée aux dirigeants, et la révolution sera principalement le pouvoir de tous.

On reconnaîtra aux "ouvriers" qu’ils joueront le premier rôle dans la révolution parce qu’ils occupent, de par leur fonction productive, une position de force. Mais sans que l’on explique pourquoi ils pourraient utiliser cette position de force dans un sens communiste. L’opposition fondamentale serait celle entre l’humanité d’une part, la valeur d’autre part. Elle se substitue à la lutte de classe et oublie que le rapport concret de l’humanité à elle-même est la valeur. De telles positions amènent d’ailleurs certains (Castoriadis ou Camatte) à dire ouvertement que la révolution ne sera pas prolétarienne. Il y a aussi ceux qui font une distinction bien tranchée entre le prolétariat "en soi" objet du capital, et le prolétariat "pour soi" sujet de la révolution. Mais le prolétariat tel qu’il apparaît dans les insurrections ne peut être tel qu’en fonction de ce qu’il est dans la société capitaliste. Une division tranchée entre deux états n’explique rien.

Se préoccuper de la lutte élémentaire du prolétariat, y intervenir et la soutenir, ne signifie nullement qu’il faille se lancer dans un activisme débridé "en direction des entreprises" parce qu’il serait de notre devoir révolutionnaire de soutenir toute lutte ou grève qui ne serait pas complètement bidon. Et en se contentant d’ajouter qu’il importe de faire un pas de plus et d’abolir le salariat.
C’est en tant que révolutionnaires et non en tant que "bonnes sœurs rouges" ou en tant que concurrents des réformistes que nous sommes concernés. La question n’est pas d’enlever la direction des luttes élémentaires aux réformistes ou d’insuffler la conscience révolutionnaire qui manque. Le problème est celui d’une époque où les réformistes entrent en opposition de fait avec cette lutte et où aussi cela peut entraîner le développement de noyaux révolutionnaires dans la classe. Cette situation et ces révolutionnaires existant, alors il faut savoir ce que l’on fait.

Le danger serait, sous prétexte de ne pas être indifférents à ces luttes, d’aller aider les prolétaires à s’y enfermer. Ce que font les gauchistes et autres réformistes radicaux. Aussi il n’y a pas à formuler de "programme de transition" avec des mesures plus ou moins irréalistes dans le cadre capitaliste mais qui ne seraient pas révolutionnaires, comme le font par exemple les trotskystes. Il n’y a pas non plus à appeler les ouvriers à s’organiser sur les lieux de travail en organisation de lutte économique révolutionnaire éventuellement relayée par une organisation politique. Vouloir refaire ce qui s’est fait en Allemagne. Même si peuvent se développer des organes de lutte non syndicaux ou antisyndicaux dans les entreprises, même si des groupes de travailleurs communistes peuvent s’y former, le centre de gravité des fractions révolutionnaires doit être extérieur aux entreprises et il faut s’organiser sur les tâches générales du mouvement.

Pour finir sur ce sujet de l’intervention, celle-ci dépend des perspectives qui semblent ou non s’ouvrir. Un certain pessimisme a pu succéder à l’optimisme qui régnait cela fait presque une décennie. La crise n’a pas été sans conséquences mais elle n’a pas encore vraiment provoqué de grands mouvements prolétariens en Occident. Même sur le plan électoral il n’y a pas eu de glissement général à gauche. Ce qui aurait pu manifester sous une forme mystifiée un désir de changement.

Cette stabilité politique ou cette oscillation sans évolution peut s’expliquer en partie par le fait que la gauche n’a pas de remède à la crise. Ses solutions de type Keynesien sont dépassées et elle n’a pas d’idéal à proposer. Mais la droite et son néolibéralisme n’arrivent pas à régler les problèmes de fond. Là aussi s’exprime l’impasse dans laquelle se trouve le capital qui ne pourra pas laisser la situation se dégrader en se contentant d’amortir les chocs.
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MessageSujet: Re: critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui   Ven 3 Juil - 10:18

(suite 2 mai 2015)

ce qui me frappe dans ce texte (qui a 34 ans !), c'est que peu de choses ont changé dans la façon de poser la question de l'intervention en relation aux luttes. Je dois avouer que je m'en sens plus proche que des dérives qui ont conduit à scléroser le rapport théorie/pratique, et à critiquer systématiquement l'intervention, assimilée au militantisme gauchiste ou réformiste/syndicaliste. La différence devient confuse au point qu'on ne sait plus trop ce que sont les "communistes", s'il en faut ou pas, et en quoi leur activité se distingue d'un activisme volontariste et parfois "immédiatiste" (on peut faire la révolution demain matin)

PIC avance la notion de "lutte élémentaire" des luttes revendicatives :

PIC 1981 a écrit:
Mais, puisqu’on en est aux revendications, une distinction s’impose : la lutte élémentaire et la lutte revendicative ne sont pas identiques, bien qu’en général assimilées. On sait que certaines grèves démarrent et même se terminent sans que des revendications soient formulées : ce sont des réactions à une situation jugée insupportable. Mais la lutte élémentaire ne se confond pas non plus avec la grève qui peut en être un moment privilégié. Elle est la résistance continue des ouvriers à l’extraction de plus-value. La formulation des revendications découle des limites de cette résistance ou lutte élémentaire, mais il ne faut pas les assimiler.

La lutte élémentaire ne peut pas non plus être assimilée au réformisme. Même si la formulation de revendications peut déjà être tenue pour une démarche réformiste, et si les ouvriers qui luttent ou résistent ne peuvent voir de "solution" que réformiste. Ce n’est pas une distinction de pure forme : suivant les époques historiques, le lien évolue entre luttes élémentaires et réformisme. Ce dernier se révèle plus ou moins capable, a plus ou moins les moyens de récupérer la lutte élémentaire pour la rendre compatible avec le fonctionnement de l’économie.

c'est à mettre en relation avec notre conviction qu' « il ne peut y avoir transcroissance des luttes revendicatives », et en même temps que le dépassement ne peut être produit que sur la base des luttes élémentaires (formule que n'utilise pas les "communisateurs"). Autrement dit, il y a une dynamique, et des limites, dans la formulation de Théorie Communiste

il faut avoir des lunettes déformantes pour prétendre, comme Vosstanie dans le texte importé, que ce serait "anti-dialectique". De même, la critique qui est faite de "déterminisme" fait peu de cas de cette contradiction en mouvement dans l'antagonisme entre capital en crise et luttes de classe

d'autres, comme (Temps Critiques), voient un malaise dans la posture de TC, qui ne pourrait pas trop critiquer les luttes revendicatives sans se mettre en contradiction avec cette idée de dépassement produit. Mais comme le fait remarquer Dietrich Ross à Jacques Wajnsztejn dans un échange récent Des rapports entre théorie et pratique, rapport que je critique par ailleurs comme posant d'emblée et figeant la séparation, point de vue du théoricien séparé qui voudrait du haut avoir quelque influence sur les pratiques de ceux d'en-bas

Dietrich Hoss 3 mars 2015 a écrit:
Toi et tes amis de Temps critiques voient une « révolution du capital » achevée, la société totalement « capitalisée ». Dans une telle orientation on est bien sûr « bien en mal de dégager quelle est la contradiction contemporaine motrice », « les contradictions anciennes et même les nouvelles n’apparaissent plus comme antagoniques mais comme englobées. » A partir d’un tel constat maintenir une position dialectique –même négative à la Adorno- te semble avec raison difficile.

Temps Critiques
en vient maintenant à remettre en cause la notion même de dépassement Critique du « dépassement » – Partie IV – raison, totalité et universalité, tout en fantasmant sur sa "révolution à titre humain" dont il ne peut trouver les prémisses nulle part, ayant évacué la lutte de classes, la dialectique, et le "marxisme orthodoxe", label passe-partout qui fait un tabac chez tous les pourfendeurs de la théorie de la communisation, de la Wertkritik à Dréan

soyons juste avec les deux Jacques (Wajnsztejn et Guigou). Il ont vu dans la manifestation charliste du 11 janvier des raisons d'espérer : L'ÊTRE HUMAIN EST LA VÉRITABLE COMMUNAUTÉ DES HOMMES Quelques dits sur l'événement de janvier 2015 à Paris

la boucle est bouclée, dirais-je, d'une imposture à prétention révolutionnaire, quand elle se noie dans les eaux tricolores de la Révolution bourgeoise de 1789-93-99. On lira avec intérêt, à ce sujet, 1789-1799 : Révolution bourgeoise et luttes de classes en France. Entretien avec Sandra C.

autrement dit, il va falloir ré-investir le concept de "dépassement produit" qui est à mon sens un des concepts clés, tant pour l'analyse que pour les activités poussant les luttes à leurs limites
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MessageSujet: la 'communisation' de l'idéologie française par le RCA, Réseau Communiste Anti-gestionnaire   Ven 3 Juil - 16:21

ne serait qu'anecdotique si ces "camarades" n'étaient pas, ou ne se croyaient pas des plus proches et des plus inspirés par la théorie de la communisation, et particulièrement Théorie Communiste, dans la petite diaspora autour du « courant communisateur », entre théoricisme et activisme, "intervention" étant leur maître-mot

n'étant que là où ils sont, ils se proposent d'intervenir là où ils ne sont pas : « Quel terrain et quel mode d’intervention ?[/b] Par exemple quel intérêt de s’intégrer dans des luttes sur les CRA, les prisons ou de faire d’autre actions de solidarité tournées vers des groupes sociaux dont on ne fait partie ? Cela pose aussi la question de quel soutien extérieur aux luttes déjà existantes, ou à celles que l’on voudrait voir exister » (sic)


rien donc de très nouveau, une queue d'activisme post-sic dans des milieux sociaux analogues

mais ce que je voulais relever ici de plus grave, c'est la position de ces so called "communistes" de tendance communisatrice, quant aux  « Nationalisme et communautarisme en période de crise. Volonté de discuter de deux phénomènes en expansion depuis la crise. La montée d’un nationalisme populiste dans les discours face aux prétendues causes de la crise (mondialisation, finance, étrangers…), de l’extrême droite au front de gauche (voir plus loin). Et en parallèle le réflexe communautaire comme réflexe de survie pour de larges franges du prolétariat

ironie du sort pour ces anti-fascistes de la dernière pluie idéologique, que l'obsession du « communautarisme identitaire » vient d'abord des identitaires de souche, et autre Riposte laïque, c'est-à-dire de l'extrême-droite interlope degauche, et qu'elle fait désormais parti de la vulgate anti-communautariste "radicale", où se singularisent Yves Coleman et... Temps Critiques...

autrement dit, leur position est strictement la même que celles des anarchistes et autres issus de l'ultragauche, rêvant de l'unité prolétarienne, et conspuant ces sales prolos racialisés qui entendent s'auto-organiser et se battre sur la base de leurs intérêts immédiats, et non pour les beaux yeux bleus de ces blancs qui se croient rouges, mais ne font qu'intégrer des éléments de "communisation" mal digérés à l'idéologie française

Le programme des rencontres d’été pour un RCA, Réseau Communiste Anti-gestionnaire 8 juin 2014  Tant Qu'il...

Du 9 au 15 juillet prochain, près de Montauban, auront lieu les rencontres d’été pour un Réseau Communiste Antigestionnaire (RCA)

le programme (extraits)
RCA a écrit:
— Amorce d’un bilan des luttes de précaires et chômeurs de ces dernières années. Comment organiser la solidarité de classe en évitant les écueils de la charité, de l’assistanat et/ou de l’entre-soi ? Comment articuler l’auto-défense collective avec une perspective révolutionnaire ?

— Retour sur les luttes et initiatives de solidarité ainsi que les luttes en réponse aux besoins. Quel terrain et quel mode d’intervention ? Par exemple quel intérêt de s’intégrer dans des luttes sur les CRA, les prisons ou de faire d’autre actions de solidarité tournées vers des groupes sociaux dont on ne fait partie ? Cela pose aussi la question de quel soutien extérieur aux luttes déjà existantes, ou à celles que l’on voudrait voir exister.

La centralité de la question de genre dans la lutte des classes aujourd’hui. Quelles luttes des femmes ? Quelles perspectives révolutionnaires ?

- Réflexion autour des propositions d’activités à mettre en place avec le réseau

Nationalisme et communautarisme en période de crise. Volonté de discuter de deux phénomènes en expansion depuis la crise. La montée d’un nationalisme populiste dans les discours face aux prétendues causes de la crise (mondialisation, finance, étrangers…), de l’extrême droite au front de gauche (voir plus loin). Et en parallèle le réflexe communautaire comme réflexe de survie pour de larges franges du prolétariat.


le folklore au service de la révolution ?

Patlotch a écrit:
communisation, esprit de l'escalier ? (de mon blog faut rigoler... 21 décembre 2014)

un escalier à double révolution...

... j'en veux un pour Noël, histoire d'abolir en 2015 et les classes et le genre. L'escalier à double révolution est à la montée aux cieux ce que Théorie  Communiste est à la double contradiction révolutionnaire. Pour qui ne comprend pas l'« implication réciproque entre Capital et Prolétariat » (qu'ils vont ensemble au paradis et en enfer), rien ne vaut un dessin

quoi qu'il en soit en théorie, c'est en pratique un genre d'escalier qui fait classe. Mettant Wikipédia au service de la révolution, je lis et commente :

« L'escalier [...] a la particularité d'être constitué de deux escaliers en un »
: la double contradiction...

Théorie Communiste a écrit:
« La contradiction entre le prolétariat et le capital suppose celle entre les hommes et les femmes, de même que celle-ci suppose la première, l’exploitation. Nous retrouvons notre formule : quatre éléments, deux contradictions, une dynamique. Mais cette formule s’enrichit du fait qu’aucune des deux contradictions n’est telle sans l’existence conjointe de l’autre. C’est du surtravail que viennent les hommes et les femmes, leur distinction donc leur contradiction ; c’est du même surtravail que viennent les classes et leur contradiction. L’existence du surtravail, c’est l’existence de deux contradictions. Chacune a dans l’autre non seulement sa condition mais encore ce qui la fait être une contradiction, c’est-à-dire un procès remettant en cause ses propres termes dans leur rapport. Cette existence conjointe qui fait de chacune une contradiction n’est pas une rencontre ou une somme mais existe pour chaque contradiction dans ses propres termes, dans son « langage ».» Tel Quel


Citation :

« Les deux hélices sont imbriquées l'une dans l'autre sans jamais se croiser » : un seule différence, l'escalier est pratique, l'abolition est théorique

« En revanche un jeu d'ouverture permet de s'apercevoir de l'un à l'autre » : comme dans le courant communisateur, se regarder dans "l'angle mort"

« La raison d'être de ce « double escalier » est probablement d'éviter les engorgements notamment pour se rendre aux « terrasses » : le "préviseur" a horreur du vide et des foules

« Ils ont inspiré l'escalier à double hélice du siège central du Crédit lyonnais inauguré en 1878... » : pour abolir l'argent, d'abord en avoir ?

auto-injonction contradictoire contre autogestion




si « le communisme n'est pas un état de choses qu'il convient d'établir, un idéal... mais le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses » (Marx/Engels IA), appeler à un « cortège révolutionnaire » (appel de Toulouse) et défiler avec une banderole proposant d'attendre ce qui est mouvement, c'est aussi fort que de vouloir des thunes, action revendicative par excellence. L'un dans l'autre et dans le temps, on appelait ça réformisme attentiste. Autrement dit un escalier qu'on fait semblant de monter alors qu'on le descend, ou l'inverse si l'on préfère
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MessageSujet: Re: critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui   Dim 5 Juil - 8:43



« La révolte consiste à refuser de se laisser gouverner par des institutions

Max Stirner - 1806-1856



sondage 2013 ou 2014 ?
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MessageSujet: le trostkisme, ce dogme militant contre l'auto-organisation du prolétariat   Mar 7 Juil - 23:15


le trostkisme, ce dogme militant contre l'auto-organisation du prolétariat

Qu'est devenu le prolétariat ? Sandra NPA 6 juillet

le militantisme est l'opium du militant

on pourrait dire des trotskystes comme de Laurent Fabius de Le Pen en 1984, qu'ils posent de bonnes questions mais y apportent de mauvaises réponses, mais ce n'est pas même ça. Leurs constats ne sont pas toujours plus faux que d'autres, y compris les nôtres de façon empiriques, mais leurs analyses complètement décalées, et surdéterminées par leurs présupposés programmatistes et leur avant-gardisme militant : là où ils croient être en avance, est leur retard... à la conscience : le militantisme est l'opium du militant

Sandra a écrit:
Analyser la structure du prolétariat, comprendre ses transformations, est un travail fondamental pour une intervention efficace des anticapitalistes, dans la lutte de classe. [comme si la lutte des classes, c'était l'intervention efficace des anticapitalistes...]

Les limites de la contribution ne permettent qu'une approche partielle, limitée ici au cadre hexagonal, à un prolétariat représentatif des pays riches et développés. [on ne lui fait pas dire...]

Ce qu'on peut dire c'est que depuis le développement du capitalisme et de manière plus effective depuis les 50 dernières années le prolétariat des pays capitalistes a considérablement évolué.

Les prolétaires, celles et ceux qui pour vivre vendent leur force de travail, manuelle ou intellectuelle sont beaucoup plus nombreux aujourd'hui. Le salariat n'a cessé de se développer à mesure que l'emploi indépendant diminuait fortement et aujourd'hui environ 75 % de la population, fait partie du prolétariat.

Ce prolétariat a cependant profondément changé, quant à sa composition, ses caractéristiques. Dans les années 60, la main-d’œuvre était très majoritairement ouvrière, masculine, peu qualifiée. C’était la grande entreprise industrielle qui dominait, marquée par une organisation du travail de type fordiste avec essentiellement des contrats de travail à durée indéterminée, à temps plein, un prolétariat plus homogène partageant dans sa grande majorité les mêmes conditions de vie.

Le prolétariat aujourd'hui est complexe, diversifié, éclaté. Moins d'un emploi sur quatre est ouvrier. La diminution continu de l'emploi industriel, le phénomène de tertiarisation de l'économie font qu'aujourd'hui l'essentiel du prolétariat des pays développés est en grande partie composé d’employés. Marx n'a par ailleurs jamais identifié le prolétariat aux uniques « cols bleus », au prolétariat industriel. [je souligne en gras, pour les "camarades" qui rêvent du non-prolétariat produit par les prolétaires stricto censure classe ouvrière]

Cette croissance de l'emploi tertiaire a par ailleurs favorisé la multiplication du nombre de petites entreprises. D'une manière générale le salariat est aujourd'hui éclaté. Une grande partie des salariéEs se repartit dans des établissements de moins de 49 salariéEs. La fragmentation « post fordiste » de l'organisation du travail, l'internationalisation de la production ont produit entre autre l’éclatement des grandes structures de production, l’hétérogénéité des normes d'emploi et l’émiettement du salariat. La sous-traitance s'est considérablement accrue. Les patrons ont également de plus en plus recours aux travailleurEs détachés.

Sans oublier une cordonnée essentielle de la situation, le chômage et la précarité ont explosé.Une partie croissante du prolétariat est reléguée en dehors de la production. Si le CDI reste encore la norme largement dominante, le CDD , l'intérim, les vacations... ont fortement progressé depuis les années 80.

La féminisation de l'emploi est également une caractéristique du prolétariat aujourd'hui. Le taux d’emploi des femmes est maintenant très proche de celui des hommes. Cette fraction du prolétariat, concentré dans le secteur tertiaire cumule discriminations, précarité et occupe l'essentiel des emplois à temps partiel.

Il faut prendre en considération ces évolutions profondes car le morcellement de la condition du prolétariat met à mal son identité, tend à le fragiliser en tant que force sociale, et rend l'organisation de celui-ci plus difficile. Sa capacité à mener des combats tant au niveau des entreprises qu'à une échelle plus large reste en recul très net par rapport aux années 1970.

Le précariat, le chômage de masse pèse particulièrement sur la capacité d'une partie croissante du prolétariat, fragilisé, insécure à s'organiser, se syndiquer se politiser qui est désaffilié du mouvement ouvrier organisé.

Les conséquences se mesurent en terme du recul important de la grève, donc de la capacité de blocage de l’économie, de la difficulté de coordonner les mouvements, d'organiser les luttes, de les étendre. Les travailleurEs sont également de plus en plus éloignés des centres de décision ce qui amenuise leur pouvoir.

Ces évolutions ne sont cependant pas le seul produit des mutations économiques et sociales, ce sont également des choix politiques conscients de la bourgeoisie se traduisant par une entreprise de démassification ouvrière, notamment la destruction de bastions ouvriers d'avant-garde, l'individualisation des salariéEs, leur mise en concurrence organisée par la multiplication des statuts … La destruction des systèmes de solidarité basés sur la socialisation du salaire participe aussi à détruire le commun.

La crise de direction du mouvement ouvrier, les échecs de la gauche radicale sont aussi des facteurs qui pèsent sur la division du prolétariat aujourd'hui. [bof...]

La question essentielle reste de savoir comment les anticapitalistes peuvent agir de manière la plus efficiente possible pour unifier politiquement cette immense force sociale si éclatée, si peu consciente de sa force ? [militants, passez votre chemin, nous n'avons plus besoin de vous, crevez de vos conneries et laissez-nous agir comme nous l'entendrons]

Les occupations de lieux publics, les luttes contre les GPII... ces cadres de luttes situés en dehors de l'espace de travail peuvent constituer des lieux de rencontre, de convergence des exploitéEs, non pas dans une logique substitutive parce que la grève reste l'arme la plus efficace du prolétariat, mais conjugué à celle-ci. [bla bla bla, convergez cons tous ensemeble- tous ensembleus... de travail]

Nous devons donc être particulièrement disponible à ce qui peut émerger d’une telle réalité, car il n'y a pas atonie, les conflits existent, mais ils prennent parfois de nouvelles formes, investissent de nouveaux espaces et le prolétariat se trouve aussi en mouvement là où on ne l’attend pas. [et, du fait que vous y arrivez toujours en retard, on ne vous attend plus]

Sandra (Nantes)


Le militant au 21e siècle DDT21
Gilles Dauvé a écrit:
Ouvriers anonymes au Brésil fabriquant des masques de Guy FawkesLes situationnistes avaient fait du refus du militantisme une banalité de base, et cette critique a été résumée en 1972 dans Le Militantisme, stade suprême de l’aliénation.1

Pour nous, militant n’est pas une insulte réservée à ceux avec qui nous n’aurions rien en commun (comme petit-bourgeois autrefois dans la bouche de nombreux militants). Certains camarades peuvent verser dans le militantisme : ne cherchant pas la perfection, nous n’y voyons pas forcément un motif suffisant de rupture.

Dans la critique situationniste, militer signifiait sacrifier sa vie à une cause, nier ses besoins et désirs personnels et se soumettre à une doctrine. Et surtout, croire possible de transformer le monde à force d’agir sur lui par toujours plus d’interventions, de réunions et de mots. Le militant est un volontariste doublé d’un productiviste.

Quarante ans après, en quoi le militant a-t-il changé ? Avec quelles conséquences pour notre critique du militantisme ?

Du sacrifice à l’hédonisme

Militer, à l’origine, c’est faire la guerre : le militant est un soldat politique, mais le mot prend son sens moderne avec les syndicats et partis de masse, contemporains de la démocratie.

On milite alors sur le mode du travail, objet d’un « culte » au 19e siècle, et longtemps au 20e : le travail a une valeur sacrée, et l’Internationale situationniste n’était pas la première à noter les aspects religieux du militantisme.

De nos jours, le travail est si ancré dans nos vie et nos têtes (y compris celle du chômeur) qu’il n’a plus besoin de culte. En Occident, le sacrifice est désormais moins prôné que l’hédonisme. Du coup, le militant change. En politique, l’austérité affichée est passée de mode et l’ennui a cessé d’être une preuve de sérieux. Lutter implique de s’amuser, faire la fête, voire ne faire que cela. Par exemple, pour les intermittents, organiser un pique-nique festif est une « action » mise au point par la « Commission actions » au même titre que l’occupation des locaux de la CFDT.

Évidemment, la lutte de classes en entreprise laissant peu de place à la jouissance, il reste possible au militant syndical d’adopter des comportements sacrificiels. Il en va autrement du militant politique, pour qui agir est un choix, voire un loisir : dans les démocraties occidentales, l’individu contemporain visant son propre plaisir refuse la négation de soi. Quel militant du NPA ou du PC actuel fait-il don de sa vie personnelle au parti ?

Missionnaire

La dimension religieuse n’a pas disparu pour autant : il faut un règne du Mal (l’argent-roi, par exemple) pour qu’advienne la libération.

L’Apocalypse (dévoilement ou révélation, en grec) suppose Satan, « prince du monde », donc un capitalisme chaque année visiblement plus oppressif.

Pour abattre le monstre, s’il est passé de mode de chercher à devenir dirigeant, comme autrefois les groupes trotskystes fondés pour former les cadres du futur parti, si donc le militant n’ambitionne plus d’être chef, il continue à se croire mieux conscient que les autres, se juge indispensable et s’attribue une mission. Il ne recrute plus : il informe (voir plus loin sur activisme et cyber-activisme).

Horizontalité

Bien au-delà du cercle de ceux que l’on appelle les « autonomes », n’importe quel militant de gauche ou d’extrême-gauche se revendique aujourd’hui peu ou prou de l’autonomie. Le goût pour la liberté de nos contemporains n’y est peut-être pas pour rien, mais le déclin des médiations et des médiateurs reflète surtout une crise des appareils de gestion de la défense du travail salarié, – partis socialistes et syndicats. Les bureaucrates ont beaucoup plus de mal qu’autrefois à remplir leur fonction conciliatrice. Cet affaiblissement participe à l’ébranlement de la croyance en une société structurée autour du travail et animée par des classes en conflit, et permet à la théorie de la domination de s’imposer aux dépens de l’analyse de classe : il n’y aurait plus de centre de gravité social, seulement une articulation de rapports de force dans tous les domaines, le « monde du travail » n’étant que l’un d’entre eux.

Foucault et Bourdieu l’écrivaient inlassablement : tout se résumerait aujourd’hui à des dispositifs de pouvoir et de contrôle.

Avec deux conséquences.

D’abord, le pouvoir exerçant sa domination à travers une multitude de pratiques, puisqu’il est omniprésent, y compris en nous, à ce qu’il paraît…, sa critique s’opèrerait dorénavant sur un ensemble de lieux (ou d’identités) dont aucun ne détermine les autres : travail, genre, race, culture, santé, environnement, etc., finie l’hégémonie supposée de la classe ouvrière.La priorité devient moins de centraliser d’en haut les luttes que de descendre à leur niveau, par un militantisme distancié et fragmenté en mobilisations successives : on soutient des sans-papiers, on dénonce le Traité transatlantique, on défile contre le FN…

Ensuite, pour « faire converger les luttes », la démocratie s’impose comme moyen de réunir les domaines séparés : mais une démocratie de base, directe, locale aujourd’hui, après-demain universelle. Au vote, on préférera le consensus, conforme au refus de la violence proclamé par les sociétés démocratiques : médias, police, État, université, etc., ne sont plus à abattre mais à se concilier.

Dans les faits, l’horizontalité se résume généralement à la démocratie du micro-baladeur. Une des organisations un temps emblématiques du renouveau, ATTAC, fonctionne sur un mode remarquablement anti-démocratique, et la règle du consensus résistera toujours mal à un désaccord de fond.

Expertise


La contestation contemporaine se méfie des théories générales, mais il lui faut ses experts : spécialistes en économie, géographie, sociologie, écologie, droit, etc., sans oublier les indispensables organisateurs professionnels (abordés au paragraphe suivant).

L’ancien mouvement ouvrier et socialiste, stalinien surtout, sélectionnait des dirigeants, de préférence d’origine ouvrière, incarnant en eux la lutte de classe à la façon d’un travailleur intellectuel collectif synthétisant tout le passé et le présent du prolétariat et de l’humanité. Maurice Thorez faisait autant autorité en matière culturelle qu’en stratégie politique. Maintenant, il n’y a plus de place pour un savoir total porté par un parti de classe: l’expert ne l’est que dans son domaine.

Inévitablement, la perte de la totalité suscite de nouveaux spécialistes : experts en complexité, en pluralité, en transversalité, en contextualisation, affairés à gérer la coexistence d’identités concurrentes, autant alliées que rivales.

Une tâche primordiale de ces « bons » experts est de réfuter les « mauvais », ceux de l’État ou du MEDEF, jugés malhonnêtes, partisans ou incapables, mais des deux côtés, il s’agit d’être réaliste, de prouver chiffres en main qu’un autre budget, une gestion alternative ou un meilleur accord de l’UNEDIC serait possible.

Profession : radical

Quand le mouvement ouvrier et socialiste ressemblait à une contre-société, il entretenait ses propres professionnels : journalistes, permanents, gestionnaires d’associations, de coopératives, etc. La démocratie parlementaire se doublant aujourd’hui d’une démocratie sociale, les pouvoirs publics ou parapublics et une myriade d’organismes privés jouent un rôle intégrateur et pourvoyeur d’emplois : des pays aussi différents que la France et les États-Unis développent l’un et l’autre les associations, « le social », les ONG et une nuée de médiateurs. Le travail social devient une arme politique, et l’école un secteur d’intervention, de même l’entreprise : des intervenants y viennent dénoncer le sexisme, le racisme ou l’homophobie, sans se rendre compte qu’ainsi ils renforcent les lieux où se reproduit ce qu’ils prennent pour des préjugés.

Une démocratie sociale se devant de comprendre ses contradictions, une armée de chercheurs se penchent sur les conflits, grèves, émeutes, théories radicales, groupes gauchistes… Il s‘écrit ici un mémoire sur les trotskystes en Moselle, là sur les exclus de l’IS. Rien n’est neutre : les maths fournissent le trader en algorithmes, l’ornithologie contribue à fabriquer de futurs super-soldats.2 Si le 19e siècle a inauguré la sociologie des foules, aujourd’hui la police est partenaire de la recherche en science du contrôle des masses.

L’étude se combine à la pratique. L’expertise technico-sociale donne lieu à une gamme variée d’emplois, appelés movement jobs en Angleterre : « organisateur » salarié d’un syndicat, conférencier professionnel sur le racisme en tournée dans les écoles, chercheur anti- discrimination financé par l’Union Européenne, sociologue travaillant en entreprise pour aider à résoudre les conflits, magazine ou colloque radical subventionné par des fonds publics ou privés, celui par exemple de la Fondation Rosa Luxembourg dépendant de Die Linke, etc. « Une fois que les frontières entre l’engagement politique et la façon de gagner de l’argent sont devenues floues, il devient impossible de faire la différence entre ce que les gens pensent et ce qu’ils expriment pour des raisons professionnelles.»3

Le révolutionnaire professionnel d’antan était payé par le parti: l’État ou un organisme privé le salarie ou subventionne aujourd’hui, arrangement inacceptable par les militants des années 70. Le rejet des partis a progressé, celui de l’État a reculé.

Le nouvel esprit du militantisme est d’ailleurs conforme à une image fort répandue du capitalisme contemporain, qui serait formé de réseaux décentralisés en unités chacune organisée autour d’un projet et fonctionnant quasiment en autonomie. Ce néo-capitalisme appellerait un nouveau type d’action calqué sur le même mode : chaque groupe activiste agirait avec son objectif, horizontalement, sans hiérarchie, pour ensuite seulement se coordonner avec d’autres. « Le bureaucrate est remplacé par le manager. Plus libertaire, il insiste sur l’autonomie et la responsabilité individuelle. Mais il impose les normes du capital avec l’efficacité, la rentabilité, la performance. » 4 L’absence de hiérarchie entre groupes n’empêche pas la possibilité d’une hiérarchie à l’intérieur de chacun, même s’ils sont informels.

Activité, activisme… et militantisme

Participer à un mouvement social, petit ou grand, 15 heures par jour pendant plusieurs semaines, c’est vivre une activité intense. L’activiste, lui, croit indispensable et possible d’entretenir en permanence une action subversive. D’ailleurs la théorie également a ses activistes, pour qui leur écriture est une condition nécessaire de la révolution.

Quoiqu’il se dise rarement militant et ne sacrifie pas sa vie à la politique, l’activiste contemporain a pour idéal d’être de toutes les actions, toutes les manifs, toutes les occupations, pour y rappeler chaque fois la permanence de la lutte de classes et l’exigence de la révolution. Or, agir à tout prix conduit à intervenir là où l’on n’a aucun point commun effectif avec l’objet visé, donc à se trouver extérieur à la lutte à laquelle on veut participer. Reste à inventer des palliatifs pour y entrer malgré tout.

Vouloir absolument parler à un monde qui reste sourd aux sollicitations, conduit à crier pour se faire entendre, à en rajouter, à miser sur la volonté, à interpréter toute situation comme une urgence : l’action décolle de la réalité alors qu’elle s’imagine en plein dedans. C’est cette séparation qui caractérise le militantisme (non des comportements sacrificiels qui sont accessoires). Avec pour effets : routine, contrainte, spécialisation, voire hiérarchie… la politique commence à ressembler à un travail.

Évidemment, il existe des degrés, une zone grise où l’acharnement à agir dérive vers l’activisme “militant” sans en être.

Les faiblesses du mouvement lui sont imposées par la situation. Notre intention n’est pas de tracer une démarcation entre militant limité et révolutionnaire authentique. Un groupe de chômeurs en lutte qui tient une table de presse hebdomadaire devant la CAF, et aide à régler des problèmes administratifs, glisse-t-il sur la pente du militantisme ? Que dire de camarades qui créent une bibliothèque pour dynamiser un quartier et favoriser les solidarités présentes et futures ?… Tout dépend du devenir de cette lutte et de ce quartier.

Cyber-activisme

Un trait commun du milieu radical, c’est de croire que mondialement les prolétaires vivent de plus en plus mal tout en luttant de plus en plus : si « la révolution » n’arrive pas, qu’est-ce qui manque ? Pour beaucoup, ce sont les liens qui font défaut : il s’agit donc d’y contribuer. Non pas en créant le noyau d’un futur parti, simplement en favorisant l’organisation, et d’abord en promouvant les sources et les canaux d’information.

Les médias c’est nous, entend-on souvent. Ô combien ! Le cyber-activisme fonctionne sur le même modèle que les médias. Simplifier, grossir, répéter : un journaliste résumait ainsi la presse dite populaire. Hélas ce slogan anime plus d’un site à ambition révolutionnaire. A la manière des reportages aujourd’hui visibles sur des écrans omniprésents, le lecteur-spectateur est mis devant un défilement incessant d’événements tous aussi essentiels les uns que les autres, alors même que leur infinie succession atteste leur caractère éphémère et les vide de sens.

« Rien à voir avec la télé ! », nous dira-t-on, « car ici le spectateur est aussi acteur : nos sites interactifs montrent des gens qui s’informent mutuellement et interagissent entre une grève à Turin et une émeute à Manille… ! »

Il va de soi pour les participants à une action d’en diffuser les images, notamment sur les réseaux sociaux. Mais à supposer – cas exceptionnel qui dépend très peu de nous – que les grévistes turinois communiquent avec les émeutiers manillais, la question serait l’effet possible de cet échange sur leurs luttes respectives.

Cette question, le cyber-activisme ne se la pose pas, car il partage l’illusion que communiquer, c’est agir.

Pire, voulant battre les médias sur leur terrain, le média radical les imite : urgence systématique (donc obsolescence inévitable), répétition, accumulation, sensationnalisme par recherche du fait frappant et de l’image-choc, qui en général ne signifie rien. Que prouve la photo d’un visage ensanglanté ?

Ce que le cyber-activisme a de positif (l’information transmise, les liens entretenus) est en grande partie stérilisé par son fonctionnement : il nous fait vivre dans la représentation d’un monde en perpétuelle révolte, sinon en insurrection, un monde fantasmatique, véritable univers parallèle digne des romans de Philip K. Dick… mais mieux vaut ne pas trop confondre fiction et révolution.

Auto-école & vulgarisation


Au fond du militantisme, on retrouve la foi en l’éducation forcément libératrice.

École de parti, université d’été, stage, manuel, abrégé… aujourd’hui comme hier, le militant reste un éducateur, qui suit les modes éducatives de son temps. Fini le cours magistral, l’école contemporaine place l’élève « au centre du projet éducatif ». On ne bourre plus le crâne, on met en autonomie, on aide l’apprenant à « devenir sujet » en le laissant trier une profusion de données et d’opinions, sur papier ou sur écran, grâce notamment aux innombrables conférences en ligne sur Youtube.

On corrige les comportements du militant, et on lui apprend à se corriger seul, contre le vocabulaire patriarcal par exemple. Une vidéo explique comment débattre, une brochure comment parler avec une femme sans lui couper la parole.

Malgré tout, si moderne soit-il, le pédagogue ne peut s’empêcher de penser à la place de son élève et, pour lui, enseigner revient à vulgariser.Devant une idée, la première réaction du militant est de se demander comment il pourra l’utiliser. Il « instrumentalise » la théorie.

Quand, au printemps 1847, Marx faisait devant des ouvriers les exposés publiés ensuite sous le titre Travail salarié & capital, il ne résumait pas les thèses des socialistes d’alors. Il les synthétisait en essayant de les comprendre pour que le mouvement les dépasse. Au contraire, les sites qui s’attachent à présenter les bases du marxisme (ou de l’anarchisme), les concepts critiques fondamentaux, l’analyse de la crise, etc., répètent ce que l’on sait déjà, le confirment, réduisant la compréhension à son plus petit commun dénominateur, à ce qui semble acquis, évident, dénué d’enjeu théorique ou pratique. Le lecteur savait que le salarié était exploité, et se doutait que la finance n’est pas la cause profonde de la crise : on vient maintenant de lui en fournir la démonstration. Comme à la fac, il y a une coupure entre « enseignement » (pour la masse) et « recherche » (pour ceux qui lisent les textes réputés difficiles).

« D’où parles-tu ? »…

… aurait-on demandé autrefois.

Le jeu de massacre n’a aucun intérêt. Nous ne nous croyons pas plus malins que le voisin, ni n’imaginons dépasser les contradictions de la critique radicale par la magie d’une dialectique qui prendrait ce qu’il y a de bon chez chacun (l’énergie de l’un, le souci d’informer de l’autre, la reproduction de vieux textes chez le troisième…), en se gardant des défauts rédhibitoires présents chez tous.

En tout cas, n’espérons pas construire aujourd’hui l’organisation qui sera prête demain quand « ça va péter ». Rester disponible, c’est souvent le mieux que l’on puisse faire, en s’informant, mais sans nez collé à l’écran, en agissant, mais pas forcément tous les jours. Dans la nécessaire diffusion des informations et thèses radicales, informations et thèses elles-mêmes n’ont pas plus d’importance que les liens tissés par leur circulation, liens utiles un jour, mais qu’il serait impossible et vain de formaliser aujourd’hui. Si l’inertie collective est un obstacle à la révolution, certains types d’action peuvent aussi entretenir la passivité.

Comme le dit un proverbe prolétarien, « ce ne sont pas les révolutionnaires qui feront la révolution, mais la révolution qui fera les révolutionnaires ».

G.D.


1 Trois ans plus tard, l’OJTR (Organisation des Jeunes travailleurs Révolutionnaires) publiait une Suite retraçant la genèse du texte et sa propre histoire, et expliquant qu’en 1972, alors très influencée par le conseillisme, elle avait mal perçu « le caractère néfaste de la conception démocratique-conseilliste-autogestionnaire»: « Le principe constitutif de la démocratie c’est la séparation entre la décision et l’exécution. Des groupes comme « Socialisme ou barbarie » et à la suite « Internationale situationniste » se sont à la fois réclamés de la démocratie et de l’abolition de cette séparation. C’était vouloir concilier l’inconciliable. » Brochure Suite disponible sur le site de Claude Guillon.

2 Le Bruant à gorge blanche (Zonotrichia albicollis) étant capable de voler des jours sans dormir, l’US Army s’intéresse à lui, dans l’espoir de créer des soldats n’ayant plus besoin de sommeil. (Le Monde Diplomatique, juin 2014)

3 Wildcat, # 96, 2014: Profession and Movement. The Aufheben Scandal (wildcat-www.de)

4 Lilian Mathieu, Un “nouveau militantisme” ? A propos de quelques idées reçues, 2008 (www.contretemps.eu)
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critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui
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