PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 10 Jan - 17:54

stanislas brown a écrit:
quand bien même la "marchandise" - en son sens strict et réducteur - serait abolie, la voie royale vers le(s) communisme(s) en serait-elle ouverte pour autant ?

qu'entends-tu par « la "marchandise" - en son sens strict et réducteur » ? Moi je le prends au sens de Marx, qui n'en réduit rien, mais fait de sa production, de son échange, de sa consommation et de sa circulation le mouvement de la valeur qui définit le capital. Le texte traite l'affaire par-dessus la jambe, parce que cet « objectif » n'est là que pour servir de caution "révolutionnaire" à l'entérinement de la défaite, si ce n'est la revendication de la défaite comme tremplin pour la lutte revendicative

Citation :
l’expropriation de toutes les richesses que nous produisons et qui sont volées par les patrons. Cette expropriation, en même temps, dissoudra la forme de la marchandise.

passons sur leur approximation théorique. Même pour le marxisme vulgaire, c'est les moyens de production, circulation et reproduction de la marchandise qu'il s'agit d'approprier, ou d'exproprier, pas seulement le produit "volé par les patrons". Cela dispense d'ailleurs d'envisager la production au-delà du capitalisme, comme dans la rhétorique abstraite des communisateurs

s'ils écrivent "expropriation", qui a plus de vertu communisatrice que "appropriation", il n'empêche que ce programme maximaliste s'accompagne d'un discours de syndicaliste peu ou prou gauchiste, qui bout à bout ne vaut pas mieux que du Martinez

PS : je ne leur reproche pas de revendiquer le salaire, mais de faire le grand écart en l'inscrivant dans un objectif révolutionnaire, et pour le reste, le contenu informatif du texte est très intéressant

sur ta question "la voie royale"... il me semble qu'abolir la marchandise (et son monde...) est une condition nécessaire pour passer à autre chose, mais est-ce qu'en soi cela suffit à "ouvrir..." ? Il est impossible de répondre à une question posée aussi abstraitement et à travers cette seule dimension de la production du ou des communisme(s). Bref ce n'est que gargarisme gauchiste à base prolétarienne pure, dure, et impuissante

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stanislas brown



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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 10 Jan - 21:42

Admin a écrit:
qu'entends-tu par « la "marchandise" - en son sens strict et réducteur » ? Moi je le prends au sens de Marx, qui n'en réduit rien, mais fait de sa production, de son échange, de sa consommation et de sa circulation le mouvement de la valeur qui définit le capital.

tout à fait d'accord avec toi là dessus. Mais la valeur se réduit-elle à l'échange marchand et ses co-relations ? "L'usage" lui-même ne possède-t-il pas une valeur qui confère à son objet un degré d'abstraction, c.a.d une non-immédiateté, ou dit autrement un résidu d'aliénation ? C'est à cette notion là que je faisais référence, le terme "marchandise" est un clin d'oeil dans mon précédent message aux gauchistes et à la vulgate marxisante. L'usage n'est pas neutre, selon moi. Et le(s) communisme(s) - à supposer qu'il advienne un jour - aura probablement à faire avec cette verrue. Pas de marchandise certes, mais quid de la critique d'une valeur d'usage ne correspondant pas aux besoins et désirs d'individu-e-s particuliers et singuliers dans toute leurs diversité ? (logements deux-pièces cuisine hideusement formatés, par exemple). Le communisme n'est-t-il pas la fin de toute valeur ?

bon, j'ai posté ça dans ce sujet, mais c'est un peu HS.

Bonne soirée le forum Wink
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 10 Jan - 22:10


stanislas brown a écrit:
Le communisme n'est-t-il pas la fin de toute valeur ?

la valorisation de la valeur d'usage par certains marxistes (Antoine Artous avec Besancenot...) ne me semble être qu'une régression par rapport à Marx. Je ne saurais le dire en termes théoriques, mais pour moi, valeur d'échange et valeur d'usage sont les deux faces d'une même monnaie capitaliste : la valeur, qu'il s'agit d'abolir (cf Astarian http://www.hicsalta-communisation.com/category/valeur)  

donc grosso modo, je pense être d'accord avec toi

la question que je posais, ailleurs, est celle des sens qu'on accorde au mot valeur - exemple : "valeurs universelles" - qui pourraient s'inscrire dans autre chose que la valeur du capital

j'entends bien qu'échanger des valeurs humaines, cela peut se traduire par mesurer celles des individus entre eux, mais

le communisme, c'est la dé-mesure

Patlotch a écrit:
31 De la démesure

« Cet être des temps modernes, qui mesure, pèse et calcule exactement, est la forme la plus pure de leur intellectualisme, suscitant là aussi, par-delà l'égalité abstraite, le développement des éléments spécifiques le plus égoïste qui soit : et en effet, avec son intuition, la langue entend par un homme « qui calcule » tout simplement quelqu'un qui calcule égoïstement. »
Georg Simmel, Philosophie de l'argent, 1900, Quadrige 2007, p.566

« La poésie c'est l'exaltation de ce qui n'est pas mesurable »
Annie Lebrun, Appel d'air, 1988

Maboul n'a peur de rien, disions-nous, et moins encore du ridicule, car plus que l'échec, il redoute la réussite. Sans quoi il aurait pris des mesures pour y parvenir. On trouve dans tous les domaines des gens, des plus idiots aux plus intelligents, pour lesquels ne s'améliore que ce qui se mesure. De toutes choses ils prennent la mesure, afin de pouvoir en toutes choses prendre des mesures. Pour que leurs réussites puissent se comparer, il leur faut en tout et pour tout être mesurables. Se mesurer jusqu'à la démesure. Une mâle grandeur s'éprend d'un féminité sur mesure*, avec programme intégré d'allongement du pénis, costard trois-pièces dans la tête, et cuisine aménagée pour Madame. La vie est tailleur, my Taylor is rich. Isidore y voit un mélange harmonieux entre croyance en la science, religion de la valeur, et fantasme sexuel. C'est pourquoi, n'ayant pas peur du ridicule, il n'a pas envie de se mesurer. Incommensurablement, Isidore est ailleurs, Maboul s'est taillé.

* Mettons-nous un instant à la place de ce pauvre Monsieur Strauss-Kahn. Comment mesurer la différence entre une femme du monde libérée et une prostituée de luxe ?

MABOUL ISIDORE, roman-feuilleton février 2012

en ce sens, existe-t-il des valeurs communistes ?

ma réponse est d'emblée OUI !

for the Road, off Course

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Lun 30 Jan - 13:24


loin de la très petite bourgeoisie ultra-gauchiste

Dits et écrits du monde ouvrier

Corinne Grenouillet, idées.fr le 18 janvier

Alors que la classe ouvrière a perdu aujourd’hui de sa centralité, l’historien Xavier Vigna invite à relire les écrits sur et par les ouvriers. Dans cet ouvrage ambitieux, il montre que l’écriture aussi peut être un lieu d’affrontements.


Citation :
Dans sa thèse publiée en 2007 sous le titre L’Insubordination ouvrière dans les années 68 : essai d’histoire politique des usines (Presses Universitaires de Rennes), Xavier Vigna notait déjà la « centralité » de la classe ouvrière dans la séquence 1968, c’est-à-dire les années qui précèdent et font suite à cette année phare. Cette centralité, qui caractérise en réalité une majeure partie du 20e siècle, désigne « le fait proprement politique que la question ouvrière, celle de la situation sociale et politique de classe et de son devenir, est érigée en enjeu fondamental » (p. 7). Ce n’est qu’au milieu des années 1980 qu’elle fait progressivement place à une invisibilisation sociale dont témoignent douloureusement certains ouvriers-écrivains comme Jean-Pierre Levaray [1]. Celle-ci est pourtant loin de signifier une disparition : 5,7 millions d’ouvriers sont encore recensés en 2007 – le chiffre doit être rappelé car les plus fantaisistes circulent – et plus de 5 millions sont encore aujourd’hui en activité. Plusieurs facteurs expliquent que se soit propagée dans les esprits et les imaginaires contemporains la représentation d’un monde en perte de vitesse, dans lequel les ouvriers seraient les « vestiges d’un archaïsme à la fois social et politique » [2] : la diminution chronique de leur nombre, la désindustrialisation de la France, les fermetures massives d’usines et la destruction de centres industriels emblématiques comme Renault Billancourt (en 1992), mais aussi les transformations du tissu productif : le secteur tertiaire s’étant développé au détriment de la production industrielle, « l’ouvrier » d’aujourd’hui travaille parfois dans la logistique ou a dû opérer sa reconversion [3] et ne se sent plus appartenir à une classe [4] structurée politiquement, socialement et idéologiquement.

L’écriture comme riposte à l’assignation

L’originalité de L’Espoir et l’effroi [5] est de prendre pour objet les écritures sur et de la classe ouvrière, c’est-à-dire un immense corpus de textes, dont se dégagent quatre ensembles, étudiés conjointement pour la première fois : les écritures policières, soit les rapports des Renseignements Généraux ou des préfets, les écritures patronales – par exemple des rapports rédigés pour l’Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM) –, les écritures ouvrières, soit les témoignages ou autobiographies produits par les ouvriers eux-mêmes, enfin les ouvrages de sociologues et les enquêtes consacrés au monde ouvrier. Il ne s’agit plus de faire l’histoire des ouvriers en France au 20e siècle comme dans le précédent livre éponyme mais de s’attacher aux représentations suscitées par le monde ouvrier. Et cette démarche rejoint – dans une certaine mesure – les travaux et les centres d’intérêt de la littérature : rares sont en effet les historiens qui accordent une telle importance aux témoignages et aux fictions littéraires.

S’il ne développe pas véritablement de réflexion sur les statuts très divers de ces textes ni sur leur réception – si confidentielle parfois qu’elle n’a pu contribuer à forger une représentation collective –, le livre de X. Vigna a le mérite de passer au crible de l’analyse une prodigieuse documentation, puisant aussi bien dans les sources manuscrites de la police générale, les rapports administratifs du Ministère du travail ou les archives privées d’Albert Thomas que dans les innombrables autobiographies ouvrières, les multiples enquêtes sociologiques, les très nombreux romans ou fictions plus ou moins autobiographiques qui ont été publiés au cours du siècle. Il manque à ce riche inventaire un index complet et la liste des ouvrages scientifiques sur lesquels l’auteur s’est appuyé pour être pleinement l’ouvrage de référence qu’il a vocation à devenir. Mais il semble qu’aujourd’hui éditeurs et auteurs s’accordent pour considérer l’exhaustivité scientifique comme une marotte professionnelle, donc négligeable, d’universitaires maniaques.

Une analogie stimulante est établie entre le traitement social et politique des écritures du monde ouvrier, et ce qu’Edward W. Said a nommé « l’orientalisme intérieur », soit la manière dont, en Occident, on a pu placer les « choses de l’Orient » « dans une classe, un tribunal, une prison, un manuel, pour les analyser, les étudier, les juger, les surveiller ou les gouverner » (cité p. 14). L’ouvrier, au fil du siècle, est bien celui qui est jugé, classé, enfermé dans une catégorie : dangereux, licencieux, paresseux, alcoolique, voire sentant mauvais, il suscite « l’effroi ». Mais les ouvriers ont appris à écrire et n’auront de cesse de répondre aux accusations de cette ontologie sauvage : l’histoire qu’entend développer X. Vigna est d’abord celle d’un affrontement politique, qui passe par la nécessité d’une réponse à cette classification, par le moyen de l’écriture.

Prendre la parole ou donner la parole

La première partie progresse par séquences chronologiques, l’auteur s’attachant à distinguer les saillances de chacune d’entre elles : le réformateur ministère Thomas pendant la Grande Guerre diligente les enquêtes chargées d’évaluer la situation des ouvriers, à l’heure où de nombreux coloniaux sont « importés » et où il est crucial d’améliorer la condition ouvrière en vue d’une intensification de l’effort de guerre. Dans l’entre-deux-guerres, le thème majeur des débats devient l’expansion de la rationalisation et du taylorisme qui ont induit le développement des chaines de production. Un « effroi » appelé à perdurer se manifeste alors devant l’ « hydre communiste », le PCF s’étant développé au moment des vagues de grève des années 1917-1920 ; chez les catholiques, l’inquiétude est d’un autre type, centrée sur la déchristianisation affectant supposément la classe ouvrière. Une riche littérature prolétarienne autour d’Henry Poulaille dresse dans les années 1930 l’inventaire du Paris ouvrier, du quotidien de l’usine, du chômage ou de la quête du travail.

Après la Seconde Guerre mondiale, domine d’abord l’image d’une classe ouvrière demeurée fidèle pendant les heures sombres à la « France profanée », selon le mot de Mauriac, puis l’écriture du monde ouvrier devient celle du monde communiste. Parallèlement, la sociologie du travail émerge autour de Georges Friedmann puis d’Alain Touraine, et un anti-ouvriérisme d’État s’installe, particulièrement visible dans les répressions brutales des mobilisations ouvrières des années 1947-1950. Au cours des années 1960-1970, durant lesquelles s’impose la figure emblématique de l’Ouvrier Spécialisé, les écritures s’intensifient (témoignages d’étudiants d’extrême-gauche établis en usine, autobiographies), prenant du large par rapport au discours communiste traditionnel.

Enfin dans la dernière séquence consacrée à la crise, s’impose une tonalité funèbre, résultant à la fois de la désindustrialisation mais aussi de la crise profonde que traverse le monde ouvrier. C’est le moment où des écrivains viennent prêter leur savoir-faire à des ouvriers licenciés (Jean-Paul Goux, François Bon, Frédéric H. Fajardie ou Sylvain Rossignol) comme nous l’avons nous-même analysé récemment dans Usines en textes, écritures au travail [6], et où de nombreux anciens (souvent ex-établis ou militants) font retour sur leur passé laborieux, accompagnés ou non dans cette démarche par des professionnels de l’écriture.

S’agit-il d’ailleurs pour ces derniers de « parler au nom des ouvriers sous couvert de leur donner la parole » (p. 180) ? Telle est la question qui ouvre la deuxième partie du livre, passionnante. Il s’agit cette fois-ci d’identifier les fonctions de ces écritures : du côté des sociologues, du patronat ou plus largement des groupes dominants, on essentialise, affublant les ouvriers de différents prédicats longtemps articulés autour du terme de race : « de père en fils, la race s’est perpétuée chez eux [les porcelainiers de Limoges] sans alliages », écrit par exemple un certain André Pompon en 1910. D’autres termes tout aussi essentialisant seront bientôt utilisés, on parle du tempérament ou de la mentalité ouvrière. Pierre Hamp fait l’éloge des « hommes rudes, de vrais hommes » que sont les « gueules noires » ou du Stéphanois envisagé « avant tout » comme « un magnifique outilleur » (cité p. 189).

Dépréciation d’un côté, célébration de l’autre, la réduction de l’ouvrier à une essence favorise l’énoncé, tout au long du siècle, d’une hiérarchie, en bas de laquelle figurent les ruraux, les femmes, et surtout les immigrés – avec, là encore, des subdivisions subtiles et intolérables, le « Nègre », dès les années 1910, se voyant placé tout en bas de l’échelle, sous l’Arabe.

Le chapitre 7 qui donne son sous-titre à l’essai, « écritures des luttes et luttes d’écritures », montre combien les écrits se répondent : au discours (des dominants) accablant les « meneurs » ouvriers ou qualifiant une foule de manifestants d’« avinée » et de « bestiale » (Auguste Isaac, cité p. 206) répondent, chez les scripteurs ouvriers, la réhabilitation de syndicalistes et des portraits cinglants de patrons ou de leurs relais, les contremaîtres ou les chronométreurs ; les fayots, « renards » ou « jaunes » constituent eux aussi les cibles privilégiées de cette hostilité ouvrière.

À l’anticommunisme virulent des classes au pouvoir répond la célébration de l’engagement aux côtés du parti, dont le fameux Fils du peuple de Maurice Thorez établit dès 1937 le modèle paradigmatique. Les emblèmes et les stigmates de la classe (notamment la propension réelle ou supposée à l’alcoolisme ou les accidents du travail) sont développés à travers trois figures symboliques, les dockers, les mineurs et les gens « de la terrasse », dont Navel écrivait qu’ils étaient « le corps franc des bataillons du monde du travail » (cité p. 233). Quant aux diverses tentatives de restitution d’une « langue » du peuple, X. Vigna rappelle combien elles ont alimenté au fil du siècle des débats autant littéraires qu’idéologiques, mettant en œuvre différentes postures, de l’invention d’une langue ouvrière empreinte de la condescendance de l’auteur, voire suant le racisme chez l’ingénieur Georges Lamirand, jusqu’à l’évocation acérée et quasi sociologique d’une Annie Ernaux, en passant par l’hypercorrection stylistique du grand résistant et militant communiste Charles Debarge.

Écriture et émancipation


La dernière partie, très riche, met en évidence la portée émancipatrice des écritures ouvrières, dans le cadre de l’allongement de la scolarisation qui a permis l’accès à des pratiques d’écriture, souvent inscrites dans une vie militante et une démarche d’autodidaxie. X. Vigna souligne les fonctions de l’écriture testimoniale : elle vise à révéler, donc à instruire, par exemple chez Sylviane Rosière, décolleteuse dans la vallée d’Arve et auteur d’Ouvrières d’usine. Petits bruits d’un quotidien prolétaire (2010), qui met au jour ce qui « devait demeurer privé et caché : la désorganisation de la production, la vétusté des machines et l’inconfort des ateliers » (p. 269). Elle s’attache à réfuter les discours dominants, comme l’indique le titre signé d’un collectif d’ouvriers stéphanois : Le Mur du mépris (1978). Elle s’insurge contre un déni de représentation. Quant à l’autobiographie ouvrière, elle manifeste une tension entre la revendication d’une singularité (l’auteur exprimant sa satisfaction du chemin parcouru et clamant l’originalité de ce dernier), et l’affirmation d’une ressemblance et d’une appartenance à la classe ouvrière. Ipse et idem, aurait dit Paul Ricœur. Mais l’écriture, note l’auteur avec pertinence, opère aussi la transformation de celui qui s’y adonne, l’obligeant à un pas de côté, à une « infidélité » à sa classe d’origine par la fréquentation d’intellectuels, par le repli sur une activité de l’esprit, par la distance et l’intellection que celle-ci exige. C’est ainsi que l’assignation qui est régulièrement faite aux scripteurs issus du monde ouvrier d’y rester et de ne parler que de lui se voit vigoureusement mise en cause : celui qui écrit s’émancipe nécessairement de la condition ouvrière.

Le monde ouvrier n’est pas uniforme : Xavier Vigna n’a eu de cesse au long de ses travaux d’en démontrer l’extraordinaire diversité, portant son attention sur des secteurs rarement mis en lumière. Si les liens quasi consubstantiels des ouvriers avec un Parti communiste qui a drainé pendant plusieurs décennies à la fois les espoirs des travailleurs et l’effroi des détenteurs du pouvoir sont bien connus, l’auteur souligne de manière plus originale ceux qui ont unis le monde ouvrier et l’église catholique, par l’intermédiaire des militants jocistes (la Jeunesse Ouvrière Chrétienne est fondée en 1924) ou des prêtres-ouvriers des années 1950, ces derniers se révélant d’ailleurs de grands producteurs d’écrits sur le monde ouvrier. L’inventeur de la méthode participante en sociologie du travail, un dénommé « Valdour », était lui-même un fervent catholique. Cet étonnant chercheur – Valdour était le pseudonyme de Louis Marin –, était « royaliste, corporatiste, xénophobe et antisémite, très proche de l’Action française » (p. 52) ; après 1924, il devint furieusement anti-communiste. Quadruplement docteur en droit, sciences politiques et économiques, médecine, et sciences naturelles, il fut l’auteur, entre 1919 et 1937, d’une quinzaine de livres d’« observations vécues » dans le monde ouvrier, anticipant les pratiques ethnographiques contemporaines d’un Nicolas Hatzfeld ou d’un Nicolas Jounin [7].

X. Vigna prend à bras le corps les milliers de pages écrites par ou sur les ouvriers, avec la volonté de donner une visibilité à ces pratiques d’écriture mais sans projeter sur l’analyse des a priori sclérosant : sa démarche est inductive, ce sont les citations qui suscitent les analyses. L’attention nuancée à toutes les écritures du monde ouvrier peut même aller jusqu’à bousculer la démonstration, révélant par exemple au cœur même d’un pouvoir anti-ouvrier tout au long du siècle des sensibilités inattendues au monde laborieux. Qui aurait imaginé que des policiers puissent se montrer attentifs à la réalité culturelle d’une grève en 1968 (p. 128) ou qu’un patron puisse envisager en 1938 « une forme de droit ouvrier sur les usines » (p. 219) ? Ces contre-discours – bien sûr parfaitement minoritaires – apparaissent comme des pépites insolites (mais non cachées) révélant la diversité et la complexité des écrits sur les ouvriers.

Xavier Vigna distingue sa démarche des travaux littéraires, trop attachés selon lui à classer les textes selon des critères de littérarité, et donc refusant de se confronter à des écrits jugés insuffisamment littéraires – critique parfaitement légitime du champ académique qui voit d’un mauvais œil toute plongée dans l’univers des « contre-littératures » [8], c’est-à-dire des textes exclus de la tradition lettrée. L’orientalisme sévit aussi dans l’institution littéraire contemporaine et condamne malheureusement les textes qui y ont un « statut minoritaire » [9], tel le témoignage. Un historien n’a sans doute pas les mêmes contraintes. Quoiqu’il s’en défende, le choix, la longueur des citations et la qualité de l’analyse révèlent chez X. Vigna une réelle sensibilité littéraire. Et son lecteur, un peu amusé, peut l’observer juger à son tour de la qualité littéraire de ses auteurs, délaissant la neutralité scientifique qui est la sienne dans l’ouvrage [10]. En lisant les extraits choisis par X. Vigna de Lucien Bourgeois, de Georges Navel, d’Albert Soulilou, et de bien d’autres, le lecteur constate que c’est bien par l’art littéraire, le choix des mots et leur agencement que les grands auteurs ouvriers nous font pénétrer dans la réalité sensible de la condition ouvrière. Par cette attention à l’écriture littéraire autant que par son ampleur historique, L’Espoir et l’effroi de Xavier Vigna est ainsi appelé à devenir un livre de référence sur les écritures ouvrières du 20e siècle.


Notes

[1] Jean-Pierre Levaray, Classe fantôme, chroniques ouvrières, Trouville, Le Reflet, 2003.

[2] Xavier Vigna, Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2012, p. 283.

[3] Ce dont témoignent de nombreux récits ou romans, par exemple Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui (Seuil, coll. « Raconter la vie » 2014), récit anonyme d’un jeune intérimaire dans la logistique, ou Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel (Fayard, 2010), histoire d’un technicien de la téléphonie obligé de se reconvertir dans la télé-opération.

[4] Michel Pialoux et Stéphane Beaud, Retour sur la condition ouvrière, enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Fayard, 1999.

[5] Ce livre est issu de l’habilitation à diriger des recherches soutenue par Xavier Vigna sous la direction de Nicolas Hatzfeld.

[6] Corinne Grenouillet, Usines en textes, écritures au travail. Témoigner du travail au tournant du XXIe siècle, Classiques Garnier, coll. « Études de littérature des XXe et XXIe siècles », 2015. Voir le compte-rendu de Carole Bisenius-Penin dans Questions de communication n° 28, 2015.

[7] Nicolas Jounin, Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, La Découverte, 2009. Observer le travail : histoire, ethnographie, approches combinées, sous la dir. de P. Fournier, N. Hatzfeld, C. Lomba et S. Müller, La Découverte, 2008. Voir le compte-rendu de Nicolas Renahy dans La Vie des idées, 25 novembre 2008.

[8] Bernard Mouralis, Les Contre-littératures, Hermann, coll. « Fictions pensantes », 2011 [éd. orig. 1975].

[9] Bernard Mouralis définit ces textes par le fait que « celui qui les connaît n’en retire aucun pouvoir particulier » (ibid., p. 65)

[10] « Lucien Bourgeois […] achèv[e] son texte sur une belle période, conclue par un rythme ternaire élégant », p. 281.


une lecture d'Adeline Blaszkiewicz-Maison, liens socio 18 janvier

Citation :
1 L’espoir et l’effroi : voici les deux pôles entre lesquels oscille le « flot gigantesque d’écrits » (p. 7) qu’a suscité le monde ouvrier au XXe siècle. « En confrontant écritures de la classe ouvrière et écritures sur elle », le bel ouvrage de Xavier Vigna, tiré de son habilitation, s’attache à montrer qu’elles contribuent « à une centralité ouvrière » et « participent d’une lutte des classes » (p. 7). À rebours d’une histoire des intellectuels ou d’une histoire littéraire1, qui a « dévalué et jugé » l’écriture ouvrière, la plaçant dans une position d’éternelle subalterne, l’auteur a défini un corpus riche et protéiforme de textes portant sur la classe ouvrière afin de dévoiler les énoncés politiques qu’ils construisent. Il exclut donc logiquement les « grandes œuvres » (p. 11) pour se pencher sur 240 titres que l’historien présente comme les plus connus de l’écriture ouvrière (autobiographies, témoignages, textes et tracts) se plaçant dans la lignée de Jacques Rancière2. Ce corpus est complété par les principales enquêtes émanant des institutions policières, du patronat, des catholiques ou de sociologues qui, par leur position sociale, énoncent un discours politique sur les ouvriers. C’est donc une « histoire politique des écritures » (p. 11) qu’entreprend l’auteur à partir de cette documentation foisonnante, dont on peut cependant regretter les contours de sélection parfois larges. Cela ne retire cependant rien aux lourds enjeux que charrient ces « écritures », et que l’historien restitue avec brio : armes de lutte et d’émancipation pour les ouvriers, elles sont un outil de maintien de la domination, du côté du patronat ou des administrations, dont les descriptions prennent volontiers les atours d’un « orientalisme intérieur » (p. 14). Xavier Vigna déploie alors son analyse en deux parties : une première dresse la chronologie de ces écritures sur tout le XXe siècle, menant à l’effacement progressif de la centralité ouvrière. Une deuxième partie thématique analyse les logiques qui sous-tendent ces écritures, entre essentialisation de figures-types de la classe et stratégies de lutte et d’émancipation.

2 L’auteur identifie d’abord cinq périodes qui structurent les débats et enquêtes sur les ouvriers à travers le siècle. La Grande Guerre inaugure le siècle de la centralité ouvrière. Cette période voit la multiplication des enquêtes pour évaluer la productivité de la classe ouvrière dans les usines de guerre, essentielle à la Défense nationale. Le nécessaire recours massif à des catégories jusque-là minoritaires de main d’œuvre, que sont les femmes, les étrangers et les coloniaux, implique aux yeux du Ministère de l’Armement, une évaluation de leur rendement. Xavier Vigna analyse brillamment les implications de ces catégorisations, qui « fix[ent] une ontologie des différentes catégories de main d’œuvre, qui perdure après-guerre » (p. 22), et donnent la primauté à l’ouvrier français blanc de sexe masculin. L’entre-deux-guerres rebat les cartes avec l’apparition de nouveaux épouvantails suscitant espoir et effroi : le communisme et le taylorisme. Les écritures du monde ouvrier se cristallisent alors sur fond de forts affrontements politiques et sociaux. La montée du communisme suscite l’effroi du patronat mais aussi des catholiques, qui dépeignent un monde ouvrier ayant perdu ses valeurs et sa foi. Cet effroi, parfois obsessionnel, est magnifiquement incarné par les enquêtes de Valdour, proche de l’Action française, qui se fait ouvrier pour éprouver sa démarche ethnographique (p. 48) et pourfend virulemment dans ses écrits la diffusion du bolchévisme auprès des ouvriers. L’effroi ne se mue pourtant pas systématiquement en terreur chez tous les enquêteurs catholiques, à l’instar de la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) qui mène des enquêtes collectives, ou des Équipes sociales de Robert Garric, qui cherchent, par l’éducation populaire, à agir en vue l’amélioration du sort des classes populaires devant servir de rempart à la menace communiste. Les conditions de travail des ouvriers et la rationalisation intéressent aussi les différents observateurs. Xavier Vigna analyse alors les textes produits par le patronat, qui accueille le taylorisme avec enthousiasme, mais aussi sur ceux des ouvriers dont le ton oscille entre « malédiction » et « espoir » (p. 63) : malédiction d’une organisation du travail qui ne serait autre qu’une « organisation du surmenage » sous la plume du syndicaliste Émile Pouget, ou espoir d’un dépassement de soi par le cadencement du travail chez Hyacinthe Dubreuil. Dans cette période, le Front populaire constitue un moment de multiplication d’écritures du monde ouvrier, notamment pour décrire les grèves. Il cristallise aussi les affrontements qui traversent le monde ouvrier, qui est alors sur le devant de la scène politique. Par sa véritable « centralité », dans le sens défini par Xavier Vigna, à savoir « le fait proprement politique que la question ouvrière, celle de la situation sociale et politique de la classe et de son devenir, est érigée en enjeu fondamental » (p. 7), la figure archétypale de l’ouvrier se fixe à cette époque comme celle de l’ouvrier de la grande industrie, français (mais parfois étranger), volontiers communiste. Or, l’entrée en Guerre froide opère un véritable basculement : l’anticommunisme d’État vire à « l’anti-ouvriérisme d’État » (p. 97), impulsant de nouvelles vagues d’enquêtes pour évaluer le potentiel subversif du PCF dans le monde ouvrier. Dès lors, c’est la capacité de cette figure ouvrière à s’intégrer dans la société française qui est sans cesse questionnée. S’opère alors une disjonction nette entre les écrits des administrations (ministères, préfets, police, etc.) qui dépeignent les expressions du monde ouvrier (grèves, manifestations) comme des menaces, et celles des catholiques ou des sociologues du travail qui analysent la condition ouvrière. Les enquêtes des catholiques qui renouent avec la pratique de l’enquête directe dans les quartiers ouvriers se rapprochent dans leurs fonctions de celles des communistes ou des syndicalistes qui luttent pour l’amélioration des conditions de vie. Au cours de cette période, la centralité ouvrière correspond à l’effroi d’une partie de la société française qui considère les ouvriers comme les « fourriers inconscients du communisme » (p. 119). L’épisode de mai 1968 entretient cette centralité ouvrière et entraîne, comme en 1936, une multiplication des écrits. Les différents acteurs y expriment leur vision du mouvement politique en cours. Se côtoient, voire se concurrencent, des écritures syndicales, cherchant à valoriser leur rôle propre, et des écritures militantes, surtout à partir des années 1970, qui veulent décrire la dimension agonistique de la grève, ou prendre leurs distances (voire régler leurs comptes) avec les instances syndicales. La parole ouvrière est parfois captée par des intellectuels politisés qui entendent donner la parole aux ouvriers en lutte ou par des écrivains qui veulent (d)écrire la vie de ceux qui n’écrivent pas, à l’instar d’une Annie Ernaux qui restitue les conditions matérielles de la vie de sa famille pour « venger sa race ». Les écritures qui procèdent de 1968 entretiennent les prises de parole rebelles. Mais dans cette floraison d’écritures, le parti communiste n’a plus le monopole du cœur et de l’espoir révolutionnaire. Au tournant des années 1980, le champ est désormais ouvert aux écritures de la déception (face aux organisations syndicales et partisanes ou face à la dégradation de la condition ouvrière). Avec l’hégémonie de l’idéologie libérale et l’étiolement de la conscience de classe qui accompagne celui de ses effectifs, « la centralité ouvrière sombre » (p. 150). Les publications oscillent alors entre le maintien de l’effroi, désormais alimenté par la figure de l’ouvrier passé du vote communiste au vote de l’extrême-droite, et un ton passéiste, nostalgique, voire « mémoriel » (p. 174), décrivant un monde perdu d’espoirs et de lutte. L’ouvrier ainsi dénié comme véritable sujet de ces écritures se trouve relégué au rang de première victime des maux de notre époque (capitalisme, mondialisation, montée des extrêmes, etc.). La fin de la centralité ouvrière s’accompagne d’une suspicion à l’égard de la figure ouvrière, aux yeux de la société et même de ses défenseurs « traditionnels ».

3 La deuxième partie de l’ouvrage analyse les grandes thématiques qui sont autant de « schèmes politiques » (p. 174) que font naître ces écritures. Du côté du patronat ou des enquêtes de police, le discours porté sur la classe ouvrière s’apparente, selon l’historien à une forme « d’orientalisme intérieur3 », à savoir une forme de racisme de classe qui cherche à prouver l’infériorité consubstantielle de l’ouvrier souvent apparenté à un barbare. Ces écrits glissent souvent vers la description d’une « race ouvrière » surtout quand elle concerne les étrangers et les coloniaux. Ce récit de l’altérité ou de l’infériorité aboutit à une hiérarchisation constante. Ainsi, conclut Xavier Vigna, « toute la classe ouvrière dans sa diversité fait l’objet d’essentialisations récurrentes, qui croisent les tempéraments régionaux, le genre, la qualité professionnelle, la moralité » (p. 199). Essentialisation va de pair avec stigmatisation : des archétypes professionnels se trouvent ainsi cristallisés dans les écrits des enquêteurs (sociologues ou policiers), comme le docker réputé alcoolique, violent, peu docile, ou encore le mineur (ou « gueule noire ») qui depuis Germinal est dépeint pour sa bravoure malgré la dureté de son labeur. Dans ce dernier cas, le glissement vers la condescendance et le mépris est vite effectué par les scripteurs, sur fond d’exotisme social. En retour, les récits militants traduisent l’antagonisme de classe et relatent la domination qui s’incarne dans quelques figures adverses omniprésentes dans leurs écrits (le patron, les chefs, les « chronos »). Ils renversent aussi volontiers ces stigmates, pour en faire des emblèmes, à l’instar des mains ouvrières qui deviennent des symboles du savoir-faire acquis mais aussi de la peur perpétuelle de l’accident du travail qui viendrait priver l’ouvrier de son principal instrument. Au travers de ces langages corporatifs, les ouvriers construisent l’unité de la classe, mue par ses valeurs et ses logiques propres. L’écriture est ainsi la voie de l’émancipation, individuelle ou collective. Le dernier chapitre analyse les enjeux de la prise d’écriture qui constitue, malgré la hausse constante de l’accès à la scolarité, un « immense obstacle dans le monde ouvrier » (p. 261). Or, quand cet obstacle est franchi, l’écriture ouvrière revêt des finalités aussi multiples que les voix qui les portent : volonté de lutter contre l’exploitation (tracts, pétitions), de témoigner (autobiographies, mémoires), auxquelles l’auteur redonne sa pleine ampleur.

4 Le stimulant ouvrage de Xavier Vigna relève donc avec brio le défi initial de donner une consistance et une unité à un corpus presque infini. La finesse de l’analyse lui rend toute sa complexité et sa diversité, faisant revivre à nos oreilles ces voix discordantes, dissonantes, qui sont autant de voies de domination que d’émancipation. L’historien contribue ainsi à nourrir divers champs : il s’agit à la fois d’une histoire politique des enquêtes et du rapport de la France au communisme que d’une histoire sociale de la domination d’un monde subalterne par l’écrit. En retour, en faisant revivre ces écrits ouvriers, souvent soupçonnés d’illégitimité, l’auteur contribue à une sociohistoire des accommodements, résistances, et tentatives d’émancipation d’un monde ouvrier complexe dont les évolutions n’en finissent pas de questionner la société française.

NOTES

1 L’auteur distingue sa démarche de celle de l’histoire littéraire des classes populaires, à l’instar des travaux de N. Wolf ou encore de C. Grenouillet et É. Reverzy (dir.), Les Voix du peuple dans la littérature des XIXe et XXe siècles, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2006.

2 A. Faure & J. Rancière, La parole ouvrière, Paris, La Fabrique, 2007.

3 A la manière de l’orientalisme étudié par Edward Saïd, émerge une science de la classe ouvrière qui vise à la décrire pour mieux la gouverner donc la dominer (p. 14).


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Dim 21 Mai - 10:54


classes sociales : concept ou sociologie ?

Ça se passe en Europe : les classes sociales traditionnelles disparaissent en Italie

Olivier Tessori Les Échos 18/05

Pour l’Institut national de statistiques qui publie son rapport annuel sur le pays, la classe ouvrière et la petite bourgeoise ne sont plus des catégories pertinentes.

Citation :
Si la fin de l'Histoire est une question qui fait débat dans les rapports géopolitiques, l'Istat a proclamé la fin des classes sociales traditionnelles en Italie qui régissaient depuis des décennies les rapports économiques. Pour l'Institut national de statistiques qui publie son rapport annuel sur le pays, la classe ouvrière et la petite bourgeoise ne sont plus des catégories pertinentes.

Il préfère diviser la société en neuf groupes en se basant sur le revenu de chacun, son niveau d'étude ou encore sa citoyenneté et plus uniquement sur les professions exercées. Ces dernières ne disparaissent pas complètement néanmoins puisqu'elles restent des références incontournables. Il y a le groupe des familles d'employés et de retraités à revenus élevés, celui des familles d'ouvriers à la retraite aux revenus moyens, celui des familles à bas revenus avec des étrangers et celui des familles à bas revenus composées uniquement de citoyens italiens. Il y a également le groupe des « familles traditionnelles de province » avec les personnes âgées et les jeunes chômeurs.

Les inégalités demeurent

La classe ouvrière et la petite bourgeoisie « ont toujours été les plus ancrées dans la structure productive de notre pays constate l'Istat. Mais aujourd'hui la première a perdu le rôle de vecteur de l'égalité sociale et la seconde ne mène plus le changement et l'évolution sociale. On assiste donc à une perte de l'identité de classe liée à la précarisation et à la fragmentation des parcours professionnels. » Ainsi les jeunes diplômés précaires, les étrangers de seconde génération ou encore les nouveaux migrants ne se reconnaissent plus dans ces deux catégories traditionnelles. Deux autres restent en revanche particulièrement pertinentes et rassemblent la plupart de la population italienne vieillissante : les salariés et les retraités.

Disparition des classes sociales historiques ne signifient pas disparition des inégalités sociales. Ces dernières ont en effet explosé souligne l'Istat. En 2016, 13,9% des familles soit 3,6 millions n'avaient pas un revenu provenant de leur travail mais des aides sociales avec des pics de 22,2% dans le Mezzogiorno. Une pauvreté qui frappe les jeunes touchés par un chômage de masse. Plus de 68% des moins de 35 ans sont ainsi contraints de vivre encore chez leurs parents. Ils sont de moins en moins puisque l'Italie a perdu plus d'1 million de jeunes en dix ans avec désormais 22% de sa population qui a plus de 65 ans. La péninsule détrône ainsi l'Allemagne comme nation européenne où l'âge moyen des habitants est le plus élevé. Ils pourront se souvenir de l'époque où les ouvriers et les petits bourgeois existaient encore.

@OlivierTosseri

on retrouve en creux la question de définir le prolétariat aujourd'hui, sans réponse ici et pour cause, cette confusion entre analyse des rapports sociaux, de production et reproduction du capital, et photographie, en gros, des niveaux de vie (riches et pauvres...) : pauvre sociologie !


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