PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Lun 31 Aoû - 19:53

« I’m prolétaire, donc panique » 01/03/2015 à 17h21

Brav’, le rappeur ovni qui parle de la mer et du prolétariat Ramses Kefi | Journaliste Rue89


Citation :
Je me souviens d’une phrase, dans un vieux titre :

« Quand je dis que je rappe à certains, ils me disent “Tu as ni la tête, ni les vêtements.” »

Brav’, c’est exactement ça. Des cheveux longs, un bonnet rouge pour les recouvrir et une dégaine de chanteur de pop rock anglaise. A 33 ans, il garde même un petit côté lycée. « Je cultive tout ça », sourit-il :

« Aujourd’hui, on ne se contente plus d’écouter un disque, on veut aussi capter l’univers d’un artiste. »

Avant de poursuivre :

« J’ai longtemps été complexé d’avoir un physique “commun”. D’être celui “qu’on a déjà vu quelque part”. Pour te dire, on m’a même longtemps appelé par le prénom de mon grand frère. J’avais besoin d’avoir un style à moi. Là, on comprend mieux qui je suis. »


Il rappe, chante, ose. A propos de son titre « L’Arche », extrait de son album « Sous France » (sorti en janvier), il explique :

« Pour le refrain, je me suis inspiré des chants marins de mon père. Ils dégagent une forme de souffrance que je kiffe. Un jour, j’aimerais bien prendre la mer, mais je ne sais pas encore pour aller où. »


« Je kiffe l’accordéon »

Il parle beaucoup du Havre, où il a toujours vécu. Des HLM du quartier Mont-Gaillard où il a grandi et de sa famille aussi, parfois de manière très intime. Son père est normand, boit des alcools forts et fume des Gitanes, « qui lui ont filé la voix grave ». Il a été pêcheur, maçon puis électricien.

Sa maman est bretonne, mère au foyer et descendante d’une famille de marins. Elle a quitté la maison « un jour d’octobre ». Brav’ raconte un peu tout ça dans le titre « Jeu de cette famille ». Il explique :

« On dit souvent que les seuls biens des gens modestes sont leurs enfants. Ça colle tout à fait à mes parents. »

Ce sont ces derniers qui l’ont initié à la musique. Dans une interview en 2008, il revendiquait leur héritage :

« Je suis éclectique [...]. Demain, tu mets du Daniel Guichard, ça me touche... Tu mets du Sardou, ça me touche aussi parce que c’est ce qu’écoutait mon père. »

A moi, il dit :

« Je kiffe l’accordéon. Dans de nombreuses cultures, c’est un instrument qui tient une place très particulière. »


Un « diary » sur YouTube

Dans son label, Din records – dont le producteur attitré est son grand frère, Proof – chaque artiste attend son tour avant d’être mis en avant. Brav’ a d’abord foiré le sien. Son album aurait dû sortir il y a deux ans et demi. Sauf que la règle est claire : en 45 jours, le taf doit être bouclé. Lui était en retard et pas sûr de son coup :

« Je devais libérer le studio. En fait, ça s’est joué à deux titres près. »


Il met son opus entre parenthèses, le vit mal, prend du recul. Offre un titre – « Post Scriptum » – à Kery James et part en Palestine, d’où il revient avec un album photo qu’il commercialise au profit des enfants des camps de réfugiés. Avec l’idée aussi qu’il était temps de sortir son projet solo.

Il reprend le chemin du studio et son « diary » sur YouTube, qu’il avait commencé en 2012. Un journal de bord qui raconte les coulisses de son travail :

« L’auditeur n’est pas qu’un acheteur ou un commentateur sur les réseaux sociaux, il est aussi contributeur. Ce format permet de le ramener dans mon monde et de tester des choses. De justifier le choix d’un titre et de montrer que ce que je fais n’est finalement pas si compliqué. »


« Je revendique ma couleur »

Avant, Brav’ avait la tête et les vêtements du rappeur tel qu’on se l’imagine. Il arborait une boule à zéro et des sapes streetwear. Artistiquement, il était inséparable de son pote Tiers Monde, avec lequel il forme le groupe Bouchées Doubles. Après leur album « Apartheid » en 2006, ils ont commencé à réfléchir à des projets en solo.

Lui a décidé de développer le côté « lutte des classes » dans ses chansons :

« A un moment donné, je me suis demandé comment je pouvais revendiquer une appartenance à quelque chose. Je trouvais plus intéressant de représenter une classe sociale plutôt qu’une couleur. C’est moins clivant et plus englobant. »

Ce qui ne l’empêche pas de jouer de temps en temps avec son côté « rappeur blanc ». Il y fait parfois référence dans ses titres. « Ça m’amuse » :

« Il y a un côté egotrip, comme le Noir ou l’Arabe qui va revendiquer sa couleur. J’affirme aussi la mienne, faut aussi l’accepter quand un Blanc le fait [rire]. Plus largement, le problème quand tu dis être fier d’être blanc, c’est qu’on te connote de fait au Front national. Le malheur, c’est qu’on leur a laissé ça et qu’ils en font un très un mauvais usage. Je suis fier de mes origines, mais je ne suis pas eux. »

« Ma mère nourrit des gens plus riches qu’elle »


En 2012, il écrit « Prolétariat ». Un témoignage sur la vie ouvrière au Havre, qui commence par un message de l’abbé Pierre. Extrait :

« Mis à l’écart, je viens de la casse, de la caste des ouvriers, mon quotidien en carence, je viens du Havre où même la mer fait la Manche.

Prolétariat, pour eux t’es rien, pour l’Etat, il y a l’élite et les babouins.

Aussi déconseillé que des chiottes publiques, I’m prolétaire, donc panique. »


Quand je lui ai demandé ce qu’il entendait par la dernière phrase, il a pris un temps de réflexion avant de répondre :

« Je me suis inspiré de Medine [qui est sur le même label que lui, ndlr], qui disait “I’m muslim, don’t panik”. Lui a le besoin de rassurer. Moi, c’est le contraire. Je suis là pour avertir que par exemple, l’alcool que nos parents prennent pour oublier les soucis est une drogue. Que tout cet environnement créé des drames et qu’un jour ou l’autre, les gens vont vraiment péter un câble. »

Et part sur une anecdote :

« Coluche et l’abbé Pierre représentent pas mal de choses pour moi. Je me souviens qu’un Noël, ma mère n’avait pas les moyens de nous acheter des gâteaux. On avait récupéré une Game Boy avec les colis alimentaires. Aujourd’hui, elle est bénévole aux Restos du cœur en Bretagne. Souvent, elle nourrit des gens plus riches qu’elles. »

Brav’, bonnet rouge

Dans les magasins, les vendeurs ont galéré pour trouver la place de « Sous France ». Il y a des sonorités variées, type rock ou electro. Brav’ tranche : « Ça reste quand même du rap. » Du rap ovni :

« J’essaye d’amener quelque chose de plus mélodieux. J’ai pris plus de risques en chantant dans certains morceaux, car en deux mots, il faut que le message prenne tout son sens. Mon challenge était là : arriver à toucher les gens avec des mots simples. »

Une démarche indissociable de l’imagerie. En parallèle de sa carrière, Brav’ est infographiste :

« Si tu veux aller plus loin, toucher des personnes qui ne sont pas forcément attirées par le rap, il ne faut pas se brider en matière d’esthétisme. J’utilise les codes rap, urbains, pour les amener dans un univers plus visuel. »


Son bonnet rouge dans ses clips fait partie de la stratégie :

« Avec ça, quand tu es dans une pièce, on ne voit que toi [rires]. Plus largement, ça renvoie au bonnet de l’ouvrier, du marin, du breton. Des “bonnets rouges”. Au delà de ce mouvement-là, j’aime bien cette idée de s’unir pour faire sauter une loi que l’on trouve injuste. Ça évoque bonnet phrygien aussi. »

« Pas du rap conscient poussiéreux »

Au début de sa carrière, en 1996, Brav’ – de son vrai prénom Wilfried – se faisait appeler Ibrah. Il a laissé tomber le blaze, par crainte qu’on le réduise à l’image « du Blanc de cité devenu musulman ». Qu’on oublie de parler de musique avec lui et de son expérience du rap français, dans lequel il se situe dans la catégorie des artistes utiles :

« Le rap n’est pas qu’un divertissement, du moins, on ne peut pas le limiter à ça. J’écris pour faire cogiter. Il nous arrive de recevoir des témoignages de personnes qui disent que certains textes les ont remis sur les rails de l’école ou qu’ils ont suscité chez elles des remises en question. Je doute que les rappeurs qui véhiculent un message violent dorment sur leurs deux oreilles. Il n’y a qu’à voir certaines personnes violentes qu’il attirent dans leurs concerts. »

Avec nos confrères de Ballast, il s’était plus longuement épanché sur la question :

« Les gens croient que c’est chiant [le rap conscient]. Si on entend par là un rap à messages, oui, d’accord, on peut m’y mettre. Mais c’est hors de question que je fasse du rap conscient poussiéreux. On peut rivaliser avec tous les mecs qui font des belles choses, des beaux sons, mais qui n’ont pas de propos. »

« Je kiffe être dans un bar »

Il continue de coller ses affiches tout seul dans la rue, de répondre à tous les messages qu’on lui envoie sur Facebook et de ne pas demander de thunes quand on le sollicite pour un projet.

Brav’ (DR)

D’apprécier sa vie de rappeur père de famille – il a une fille de 3 ans – loin de Paris :

« Ici, j’ai du recul. On vient moins nous voir. La proximité entre artistes contribue à créer du mépris. A Paris, tout le monde a des dossiers sur tout le monde. Nous, ils ne nous connaissent pas donc ne peuvent pas dire grand-chose. »

Brav’ a une sorte de tic. Celui d’entrecouper ses réponses de mini-confessions et de se marrer après. Comme celle-ci :

« Je ne bois pas, je ne fume pas, mais je kiffe être dans un bar. L’ambiance, il y a un truc. Un mec ivre n’a plus de filtre. »

Ou celle-ci :

« L’une de mes priorités, c’est de passer le permis bateau. »





Dernière édition par Admin le Mar 10 Jan - 15:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 1 Sep - 17:44

parenthèse pour éclairer le titre de la catégorie "En avoir ou pas"




Citation :
Titre original «TO HAVE AND HAVE NOT »
Traduit de L’anglais par Marcel Duhamel, édité pour la première fois en France en 1945 par les éditions Gallimard.

  Harry Morgan a tout perdu : équipement coûteux et argent, le touriste amateur de pêche sportive qui loue depuis une quinzaine ses services et son bateau s’étant éclipsé sans lui payer ni son dû ni le matériel tombé à la mer.
   Pour Morgan, c’est dramatique car, s’il y a des riches dont le yacht luxueux vient s’ancrer dans le port de Key West ou des favorisés comme l’écrivain Gordon qui traîne de bar en bar son âme vaine en quête d’une vérité qu’il ne sait pas voir, les autres se débattent dans la crise des années 30 qui raréfie le travail et multiplie le chômage. Key West étant située à l’extrême Sud de la Floride en face de Cuba, la contrebande est ressource pour ne pas mourir de faim. Jeu dangereux. Morgan y perd un bras et son bateau.
   Pour les hommes de sa trempe, le mot défaite n’existe pas. Il prépare une nouvelle expédition. Mais que peut-on contre la malchance qui s’acharne, même quand on a du cœur au ventre ?


il fut adapté à l'écran par Howard Hawks et la version française adopta pour titre Le port de l'angoisse, ce qui vaut son pesant de sous-entendu sexuel relativement au titre original





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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 8 Sep - 17:51


L’usine nostalgique Jacques Rancière 1980 via revue Période 7 septembre 2015


La fin des années 1970 a été un moment de rupture et de reconfiguration historique de grande ampleur : l’après-Mai 68 et la recomposition du champ politique qui l’accompagne – avec pour horizon la décomposition du gauchisme. Dans le champ intellectuel, une certaine sociologie des classes populaires prenait le pas sur un marxisme en crise. Dans ce texte de 1980 issu de la revue-collectif Les révoltes logiques, Jacques Rancière invite à repenser le nouage entre pratique et savoir militant, à l’aune de ce retournement du marxisme en sociologie. Dans ce mouvement, Rancière lance déjà son attaque contre Bourdieu et trouve quelques ressources dans l’opéraïsme pour penser le déclin de la figure ouvrière traditionnelle et l’émergence d’une nouvelle forme d’antagonisme.


Ce texte est initialement paru dans Les révoltes logiques (n°13, Hiver 1980-1981). Il est ici reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur, Horlieu, qui l’a rendu de nouveau disponible dans Les scènes du peuples de Jacques Rancière 2003.

Jacques Rancière a écrit:
Toutes les grandes affiches placardées sur les murs,
qui représentent sur un fond de fabriques
l’ouvrier robuste qui se dresse sur le ciel,
s’en vont en pièces, dans le soleil et dans l’eau. Masino enrage
de voir son visage le plus fier sur les murs
des rues, et de devoir tourner à la recherche du travail.

Pavese, Oisiveté

Mais le pire ennemi fut le peuple. Il ne voulait pas être peuple. Il
disait à Monsieur Beaulieu :
— Peuple, vous-même ! Je suis aussi bien bourgeois que vous.

Romain Rolland, Le théâtre du peuple



« Je ne me considère pas comme la prolo. Je ne me considère pas comme la super-­intellect. non plus, pas comme étudiante. Je suis pas… Voilà, je suis là » affirme Christine sur ce parvis de Beaubourg où, explique Eric, « on va à droite, à gauche, on reste assis sur les bancs, on regarde passer les gens1… »2

Voix blanche d’une subjectivité cherchant à s’affirmer dans les abréviations d’un vocabulaire raréfié. Regard revenu des grands voyages de la conscience de soi prolétarienne au degré zéro de la certitude sensible : Il y a ça, on est là, c ‘est comme ça. Ou bien tour nouveau de la dialectique qui soutient le regard de l’observateur, dans cet apparent retour à la simplicité de ses origines, à ce rien qui, en sa naissance, est identique à son être ?

Beaubourg, dit la voix populaire, ça ressemble à une usine. Est-ce pour cela qu’il faut y aller chercher aujourd’hui, chez les « non-travailleurs de la non-classe ouvrière », les voix de l’aliénation et de la révolte que ceux de la Sorbonne, il y a douze ans, cherchaient à Billancourt ? Billancourt, justement, en voilà un qui en est revenu. Il y a douze ans, bourgeois en rupture de ban et militant en rupture de gauchisme, il y avait vu le miracle : la classe ouvrière, le concept en chair et en os3. De quoi en mettre plein les gencives à ces petits-bourgeois auxquels Marcuse, Gorz ou Mallet et Belleville avaient fait rêver une nouvelle classe en blouse blanche de contrôleurs du travail automatisé ou d’ouvriers saisis par les pièges du crédit et du confort bourgeois. Un secrétaire de la C.G.T., enfant du vieux Faubourg Saint-Antoine, lui avait ouvert les clefs de la forteresse : clefs de l’évidente identité de l’ouvrier dans son travail et dans son combat. « Identité perdue, identité retrouvée », annonçait-il. Sitôt retrouvée que perdue, bien sûr, puisqu’à vrai dire le prolétaire ne se définissait que de cela, d’être aliéné : façonné par le Capital, mais aussi : lui-même en tant qu’Autre, présent à soi dans son altérité. L’inventaire des conditions de son aliénation, c’est-à-dire l’énumération ‒ en italiques bien lisibles ‒ des caractéristiques de l’exploitation (cadences, bruit, accidents, etc.) suffisait à ce que cette identité fût reconnue, donc virtuellement reconquise. Le savoir des conditions de l’exploitation ouvrait, au plus court, le chemin de l’émancipation : science du capital, organisation des travailleurs.

Adéquation existentiellement douloureuse mais théoriquement heureuse de l’existence au concept et du travail au capital. L’Usine, quoi ! Celle-là aussi dont en 1968 l’Atelier des Beaux-Arts dessinait les pignons réguliers et la haute cheminée. L’usine-centre, où tout se jouait de l’aliénation et de l’émancipation, à partir de laquelle il fallait aller secouer les torpeurs de la société civile/bourgeoise. De l’usine à la ville, au quartier, à la maison, commandait-on alors. Celui-là, à sa manière, y a cru. Il a refait le chemin des longues marches maoïstes, des conserveries de Concarneau à la citadelle sochalienne, en passant par les chantiers de Grande-Synthe, les filatures du Nord et les aciéries d’Hayange. Aujourd’hui, revenu de ses certitudes et dégoûté de son parti, il nous rapporte son enquête sur la « culture ouvrière4 ». Et voici la marque la plus évidente du parcours accompli : le mot a changé de sens. La culture ouvrière, disait-il naguère, ce n’était pas Sophocle, Brecht ou le théâtre populaire des « boy-scouts gauchistes », c’était « un système de références historiques et philosophiques plus ou moins bien formulé », permettant aux prolétaires « d’analyser le monde où ils vivent, d’interpréter la poussière des événements quotidiens, de moduler leur lutte face à la stratégie scientifiquement élaborée de ceux qui les exploitent5 ». Aujourd’hui, ce n’est toujours ni Sophocle ni Brecht, mais la philosophie s’est évanouie en quittant l’usine. L’expérience militante nous l’avait déjà fait sentir : l’incarnation des concepts résiste mal à l’allongement des temps de transport. Restent alors des représentations, des images, des fantasmes, désignant des pratiques alimentaires, sexuelles ou vestimentaires : les ouvriers aujourd’hui, ce sont des gens qui aiment les viandes en sauce et les vêtements sans façons, s’en remettent à la vigilance mâle du soin d’éviter la procréation des enfants et au martinet du soin d’élever les rejetons échappés à cette vigilance, et livrent volontiers aux pratiques de sorcellerie‒ au rang desquelles, ô mânes d’Hâhnemann ! il faut compter l’homéopathie ‒ le maintien de leur santé.

Histoires, à la limite, de potlatch et de techniques du corps : la culture primitive des ethnologues, la culture paysanne des historiens des mentalités, les styles de vie et les habitus populaires de la sociologie culturelle… Bien loin, assurément, des certitudes du savoir marxiste et du combat ouvrier… Est-ce seulement désenchantement politique si tant de discours et de regards sur le peuple se réajustent dans ce registre d’une sociologie de l’ethos populaire, d’un peuple qui est là et comme ça ? Est-ce le produit paradoxal de l’angoisse à découvrir que les théoriciens de la « nouvelle classe ouvrière » n’étaient pas totalement dans l’erreur ? Laisser tomber la lutte des classes pour préserver la classe de la lutte ? À moins qu’autre chose ne soit aussi en jeu dans le maintien à tout prix de la robuste identité populaire : la séparation entre les bons et les mauvais intellectuels ; la marque de reconnaissance de celui qui sait que les choses ne sont pas comme on les croit ‒ qui oppose le savoir vrai sur les conditions et les manifestations de l’identité ouvrière aux phrases vides des idéologues du « mode de production », mais aussi qui fait de l’adéquation à soi du corps populaire, de son « franc-parler », de son « franc-manger » et de son goût pour les chromos le réfèrent ironique de la « bonne volonté culturelle » de la « nouvelle petite-bourgeoisie6 ».

Fonction substitutive du discours sociologique et raison de son succès présent ? S’il affirme que « les membres des classes populaires […] attendent de toute image qu’elle remplisse une fonction » ou qu’elles « refusent d’entrer dans la comptabilité benthamienne des plaisirs et des peines7 » du même ton péremptoire qui nous signifiait hier que les ouvriers étaient « assez grands » pour s’occuper tout seuls de leurs affaires, n’est-ce pas que son statut s’assure à la même condition qui légitimait la parole du théoricien ou du responsable marxiste : il faut que le peuple reste identique à lui-même pour que le savant se sépare de l’idéologue comme le représentant ouvrier du petit-bourgeois. Ils sont ça, ils ne sont que ça : double légitimation pour le savant en science sociale dont la position implique le rapport privilégié à deux concepts (deux classes ?), la classe populaire du concept-existant et la petite-bourgeoisie de l’idéologie inconsistante. Rapport à trois que ne sauraient bouleverser les raffinements de l’analyse distribuant à chaque fraction sociale, selon les moments dialectiques du processus de distinction, ses marques de reconnaissance. Car la forme même du questionnaire aura toujours pour effet principal la distinction des deux identités corrélatives à la position du savant : il y a ceux qui ne savent pas en user et livrent ainsi la simplicité « sans chichis » de leur ethos populaire ; et il y a ceux qui, connaissant le truc, croient pouvoir se choisir librement philosophes ou garçons de café : les soldats anonymes de l’amor fati et les Don Quichotte grotesques de la « nouvelle petite bourgeoisie8 ».

Ce parti savant, présent à l’horizon des interprétations de Frémontier, n’est pas pourtant celui qu’il voudrait adopter. Sa rage même à exhiber chez les héros prolétariens d’hier les stigmates du racisme ou du phallocratisme, la gloriole sexuelle ou la vanité devant les meubles hors de prix qui ornent un salon inhabité, laisse percevoir que les amours déçues du militant ne peuvent se satisfaire dans la positivité sociologique de ce prolétariat tombé de son piédestal. Sa complaisance même à l’écoute des petits secrets et des petits fantasmes de la cuisine et de l’alcôve exprime aussi un certain repentir d’avoir, pour la « bonne cause », réduit ses interlocuteurs à la stricte dimension usinière et militante. Dans l’identité quelque peu plastronnante et dans le discours souvent grasseyant de ses partenaires, il veut nous faire sentir la carapace nécessairement formée pour supporter l’insupportable du temps dérobé, des rêves écrasés et de l’identité non plus perdue ‒ récupérable donc au bureau des concepts trouvés ‒ mais irrémédiablement volée. La démarche, attentive au rêve refoulé mais indestructible qui entame l’identité populaire, entraînerait l’adhésion si le « laisser parler » dont elle se fait devoir ne délivrait vite son accablant revers : s’écouter interpréter. Qu’un mineur reconverti en tôlier évoque la dureté de la mine et celle de son nouvel apprentissage, et l’enquêteur ne manquera pas l’occasion de nous faire entendre qu’il a su, tout comme un autre, passer de Marx à Freud (à Adler plutôt ?) : « Traduisons : je faisais un métier dur, ça a été dur de me reconvertir, je reste donc un homme dur (et les connotations sexuelles de l’épithète nous frappent en plein ventre…)9 ». Ainsi lancé, l’enquêteur n’en finira pas de traduire et d’interpréter le langage culinaire ouvrier, depuis cette « grande bouffe » de ragoût et de pommes de terre par laquelle un jeune faïencier quimpérois se punit d’avoir assassiné sa mère ‒ la langue bretonne ‒ jusqu’à ces brochettes trop évidemment phalliques dont le nom ne revient plus aux lèvres d’une femme de mineur pour la même raison selon laquelle son minable époux qui « travaille avec des marocains » y investit ses rêves pimentés de revanche sexuelle. La bonne volonté à l’écoute du rêve ouvrier ne suffit point pour se libérer des douces habitudes marxo-freudiennes du : « ce n’est pas un hasard si ».

Il est vrai aussi que le grand déballage sexualiste recèle encore une intention honnête : opposer aux parades et aux fantasmes de la surcompensation mâle cette lutte pour une reconquête, pour une authentique affirmation de soi dont les femmes ‒ celles qui, privées des prestiges de la revanche mâle, quand elles n’en sont pas les victimes, ne peuvent que radicaliser leur désir d’être autres et elles-mêmes ‒ donnent le modèle. Mythe nouveau : la femme, prolétaire de ceux que les prolétaires ont déçus, représentante d’une identité dominée qui ne saurait en tout cas se perdre à la façon dont les prolétaires s’embourgeoisent parfois, les Bretons s’assimilent souvent et les jeunes vieillissent toujours.

•••

Pour offrir souvent sa propre caricature, ce parcours n’est pas pourtant dérisoire. En témoignent différemment les recherches et les incertitudes actuelles de ceux qui ne désespèrent ni du marxisme ni des ouvriers, qui persistent à vouloir comprendre le présent et l’avenir ouvriers dans « l’antre du capitaliste », le procès de travail et de formation de la plus-value. Comment ne seraient-ils pas fascinés et provoqués par ces nouvelles unités de production ou se brouillent les contours de l’usine et les mécanismes de l’exploitation : dans ces raffineries et sur ces sites pétrochimiques où le fonctionnement automatisé conserve une marge d’aléas qui rend au savoir pratique ouvrier sa fonction et où des grappes d’ouvriers d’entreprises sous-traitantes, diversement qualifiés, tournent autour du noyau organique ouvrier, comment reconnaître au juste qui est de l’entreprise et qui n’en est pas, quel travail relève de la « fabrication » ou de l’entretien, qui commande à qui10? Sans doute l’homme de science retrouve-t-il, là aussi, une qualification à ce que la plus-value retrouve un mystère par trop divulgué. Mais le militant qui le double doit s’interroger en même temps sur ce qu’il advient alors du classique rapport entre les « idées justes » tirées du savoir technique de la production et les « idées justes » devant informer la lutte des classes. Car ce savoir ouvrier réhabilité par l’écart même entre le fonctionnement officiel de l’unité de production et son fonctionnement effectif n’est pas seulement un facteur d’intégration « responsable » à l’entreprise, autant que de conscience revendicative. Il accroît aussi la division entre le noyau ouvrier qualifié et le personnel généralement immigré des entreprises de sous-traitance que le sentiment de responsabilité et de risque des premiers les invite à surveiller, voire à commander, pour le bien commun de l’entreprise et des travailleurs.

Éclatement interne de l’usine, obéissant au même principe et produisant les mêmes effets que l’éclatement externe de l’usine diffuse, distribuant sa production, à travers la sous-traitance, jusqu’à retrouver les formes « archaïques » de l’atelier rural et du travail à domicile. Est-il absurde de penser que c’est peut-être l’interrogation sur les conséquences de ce processus qui donne sa nécessité ambiguë à un livre comme L’établi : témoignage ‒ à l’égard de ceux qui en sont revenus ‒ de ce que le despotisme d’usine et la lutte de classe n’ont rien perdu de leur « archaïque » actualité ; constat exemplaire d’une certaine idée du combat contre l’aliénation ouvrière, depuis le savoir dénié du vieil ouvrier ou la culture écrasée de l’immigré jusqu’à la reconnaissance/recomposition de l’identité et de l’unité dans la lutte ; mais peut-être aussi souvenir d’une usine précisément disparue, ensevelie aujourd’hui sous une forêt de tours ?

C’est le problème que posent avec plus de brutalité ‒ de naïveté, en un sens ‒ les observateurs de ce qui fut, il y a onze ans, la forteresse exemplaire du « nouveau » mouvement ouvrier : l’usine Fiat de Mirafiori ‒ réduite aujourd’hui à la fonction de montage et d’assemblage, largement automatisée, de pièces sous-traitées à plusieurs niveaux sur tout le territoire de « l’usine diffuse11 ». Dans le relâchement du pouvoir direct de la hiérarchie et la réduction des rythmes de travail qui caractérisent le fonctionnement nouveau, comme dans le comportement des jeunes ouvriers embauchés à la suite de la restructuration, ils voient s’évanouir, avec la figure classique du despotisme d’usine, le concept corrélatif qui avait trouvé son incarnation adéquate dans le paysan déraciné du midi devenu le paria révolté de la grande fabrique turinoise : l’ouvrier-masse, portant, face à l’appareil despotique de l’usine, tout le poids de son a-socialité d’être transplanté, parqué, frustré de tout, en même temps que la pure négativité de la foule anonyme identifiée et collectivisée par la machine productive ; contraint par l’absence même de toute « société civile » à trouver dans le seul espace de l’usine toute possibilité de socialisation et à porter dans ses luttes toute la rage de sa déréliction et toute la radicalité de ses besoins :

Citation :

l’usine du despotisme productif des années soixante, puis l’usine de la révolte ouvrière au début des années soixante-dix fonctionnaient non seulement comme lieux stratégiques de la valorisation du capital global mais également comme lieux privilégiés de la formation d’identité sociale et de socialisation ouvrières. […] Dans ce moment privilégié d’exercice d’un pouvoir directement social, l’usine se posait immédiatement comme espace de socialisation, comme moment d’organisation de l’ouvrier collectif, pour lequel la dimension collective était directement condition et (processus) de transformation de la vie individuelle de chacun, déformation et de reproduction d’une nouvelle identité12.

De ce rapport de l’individuel et du collectif témoignait, selon les temps faibles ou forts de la conflictualité, le passage de l’absentéisme individuel à la grève participative. Or, aujourd’hui, le rapport s’inverse : les taux d’absentéisme les plus élevés coïncident avec les moments de conflictualité maximale et les vétérans des combats d’il y a dix ans regardent, amers, les nouveaux embauchés identifier la grève avec la désertion de l’usine : comportement typique d’un nouveau prolétariat de jeunes nés dans le tissu urbain, plus longtemps scolarisés ‒ plus « diplômés » ‒ que leurs aînés et qui vivent l’usine comme un lieu de passage où ils se sont trouvés par accident ; effet aussi de la réduction des heures et des rythmes du travail qui permet ou impose l’appoint d’une autre occupation et noie le salaire dans le « revenu », lui ôtant ainsi son caractère d’instrument politique du pouvoir ouvrier : l’usine se trouve alors reniée, le travail divorce d’avec le Capital :
Citation :


Si, dans la phase précédente, il était possible de lire les comportements productifs de la force de travail comme une articulation de la composition technique de classe, expression ‒ au besoin médiatisée ‒ de la manière d’être de la classe au sein du Capital, maintenant les choses semblent obscurcies par la pénétration du « social » à l’intérieur de la sphère de la production dont le pouvoir normatif sur les comportements ouvriers se trouve désormais limité13.

Là encore, la fin d’un certain miracle, d’une incarnation du concept trop parfaite pour être honnête : miracle de cet ouvrier-masse que l’opéraisme avait façonné comme le Double de ce mouvement ouvrier intégré auquel il devait opposer la radicalité de « l’autre mouvement ouvrier » ; ce rebelle soutenant de la sauvagerie même de ses besoins extensifs le primat de la revendication salariale ; opposant le « refus du travail » communiste à la gestion socialiste du travail productif, mais propre en même temps à supporter le vieux discours de l’émancipation socialiste par lequel la positivité de la classe productrice recueille l’héritage de la puissance bourgeoise du négatif ; ce prolétaire collectif revalorisé en théorie comme sujet moteur du développement même du Capital, mais dont la subjectivité et la capacité demeurent forgées à la seule « école de la fabrique » : « La centralité productive de la grande usine […] se renversait sous la forme de la centralité politique de la force de travail employée, sujet politique dont la capacité d’exercice du pouvoir était liée directement à son rôle productif : l’émancipation du travail14. »

La centralité se renversait… l’usine se posait… cet ouvrier prend conscience... : ce synchronisme séculaire de l’usine du capital et de la machine du concept ne viendrait-il pas enfin à se dérégler dans ce mouvement inverse, cette « irruption de la société dans l’usine » caractérisant les nouveaux rapports du travail et du capital ? Et sans doute n’est-on pas très convaincu par la trop fonctionnelle substitution de la « culture métropolitaine » à la « culture d’usine », comme éducatrice de l’identité rebelle, par le volontarisme qui confère l’ancestrale pesanteur de la seconde au « solide bagage de modèles entièrement structurés par la centralité des pratiques reproductives externes à l’univers productif de l’usine15 ». Dans le détail, le solide bagage de cette centralité en trompe-l’œil tend à nous renvoyer vers deux types d’explication, deux modes d’identification dont la nature ‒ et les limites ‒ sont déjà éprouvées : décalage entre les exigences de la production et les caractères d’une identité culturelle formée dans le cadre d’une scolarité prolongée et « surqualifiante » au regard des emplois possibles ; appel, d’autre part, à ces « nouvelles identités collectives » qui sont aussi les plus vieux partages de l’existence : « C ‘est toujours davantage aux jeunes en tant que jeunes, aux femmes en tant que femmes, aux vieux ouvriers en tant que “anciens”, qu’il revient de constituer les contours et la matière des sujets collectifs […]16 ».

Mais peut-être est-il question de quelque chose de plus essentiel dans le va-et-vient entre l’inadéquation à soi de l’État capitaliste et l’adéquation à soi des sexes et des classes d’âge auquel condamne la poursuite infinie d’une introuvable « nouvelle composition de classe ». Car cette recherche c’est aussi la tension perpétuelle du retour du courant opéraiste vers sa tendance indéfiniment contrariée : celle qui proclamait naguère la nécessaire « lutte de la classe ouvrière contre elle-même comme capital17 » et qui reconnaît aujourd’hui, dans la séparation « objective » de la classe ouvrière et du capital, l’occasion, l’exigence d’un processus subjectif d’arrachement confirmant le principe le plus profond de la démarche marxienne : la recherche d’une « méthode de la transformation sociale » fondée sur l’antagonisme et non plus sur la contradiction ; rendant donc la dialectique au Capital pour que le matérialisme devienne « le seul horizon entièrement innervé par la logique de l’antagonisme et de la subjectivité18 » ; pour opposer radicalement les chemins communistes de l’affirmation et de la destruction prolétariennes à ces chemins dialectiques de l’école de la fabrique au bout desquels le socialisme attend l’héritage du Capital.

Renversement dont l’ambiguïté pourtant se manifeste encore dans l’emploi qu’il lui faut faire encore du concept même de la confusion entre les deux processus : celui de ce « travail productif » dont l’universalité doit servir à transformer le « refus du travail » en force productive d’un genre nouveau, force d’une auto-valorisation ouvrière déplacée de la production du Capital à l’invention d’un monde nouveau, du pouvoir des locomotives au pouvoir des fleurs19. Faut-il, après d’autres, dénoncer cette conversion du marxisme en discours de la subjectivité absolue ? Ou bien y reconnaître la limite d’un processus de dédoublement constitutif de l’énoncé même du discours marxien, sensible dès l’origine de ce qui devait demeurer pour la postérité son maître-mot : ce développement des « forces productives » appliqué à donner au sillon boueux de la charrue feuerbachienne le parcours aérien de la négativité hégélienne ‒ mais aussi à enfouir l’obsession, le remords originel, le Je = Je de la subjectivité stirnérienne sous les tableaux et les statistiques du baron Dupin, père commun des ouvriers et du susdit concept20? Dédoublement originel qui ne peut se colmater jamais que dans le regard qui indéfiniment statufie les ombres et dans le discours qui inlassablement prête parole aux voix blanches ?

De l’usine cherchée au miroir trouvé… Peut-être les mésaventures de l’identification pourraient-elles induire à reposer la question du rapport entre ceux que l’on cherche toujours là et ceux qui sont instruits de la science d’être toujours ailleurs. Et si le rapport s’inversait ? S’il avait toujours été inverse ? Si, au regard de ces « masses » qu’il nous plaît ou déplaît alternativement de traiter en « héros », nous avions toujours été, en tout cas, « d’une naïveté ridicule » ?



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1.Patrick Cingolani,« La non-reproduction » [↩]
2.Cet article est initialement paru avec pour sous-titre «(Notes sur un article et sur quelques ouvrages)». Il y est question de Patrick Cingolani, « La non-reproduction » in Révoltes logiques, n°13, Hiver 1980-1981 ; Jean Frémontier, La vie en bleu, Fayard, 1980, et La forteresse ouvrière, ibid. 1971 ; P. Bourdieu, La distinction, éd. de Minuit, 1980 ; Usines et ouvriers, ouvrage collectif, Galilée, 1978. R. Linhart, L’établi, éd. de Minuit, 1978. [↩]
3.La forteresse ouvrière, op. cit. [↩]
4.La vie en bleu, op. cit. [↩]
5.La forteresse ouvrière, op. cit., p. 177. [↩]
6.La Distinction, op. cit. [↩]
7.Ibid., p.43, p. 201. [↩]
8.Ces remarques cursives n’entendent pas annuler les problèmes posés par La Distinction. On y reviendra plus longuement. [↩]
9.La vie en bleu, op. cit., p. 57. [↩]
10.R. Linhart, « Procès de travail et division de la classe ouvrière », in La division du travail, op. cit. Cf. également dans Usines et ouvriers, les contributions de J. P. de Gaudemar et B. Coriat. [↩]
11.S. Belforte, M. Ciatti et A. Magnaghi, « Restructuration productive et composition de classe à la Fiat de Turin », et M. Berra et M. Revelli, « Absentéisme et conflictualité : l’usine reniée », in Usines et Ouvriers, op.cit. [↩]
12.Berra et Revelli, Loc. cit., p.111. [↩]
13.Ibid., p.110. [↩]
14.Ibid., p.111. [↩]
15.Ibid., p.122. [↩]
16.Ibid., p.136. [↩]
17.Tronti, Ouvriers et Capital, Ch. Bourgois, 1977, p. 322. [↩]
18.A. Negri, Marx au-delà de Marx, Ch. Bourgois, 1979, p. 292. [↩]
19.A. Negri, ibid., p.317, et « Sabotage et auto-valorisation ouvrière » in Usines et Ouvriers, pp.145-160. [↩]
20.Sur le rapport Marx-Stirner, voir le livre très suggestif de Hervé-Marie Forest, Marx au miroir de Stirner, Sycomore, 1978. [↩]


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mer 9 Sep - 11:36

Classe ouvrière: le silence des darons 07 mai 2015 |  Par Mouloud AKKOUCHE Merci à Nordine Nabili pour le titre du billet.


« Mais nous ne sommes là que par instant. Fugitivement. Du regard. Seulement du regard. »

Thierry Metz, L’homme qui penche


Mouloud Akkouche a écrit:
On a rien à se dire. Comme toujours.  Sauf que cette fois ce sera à jamais.  Il passera pas la nuit. Et je suis assis face à lui sans être capable de parler. A part quelques banalités. On se quittera comme on a toujours vécu. L’un à côté de l’autre. Prisonnier d’une putain de retenue. Même pour son dernier voyage. Pourtant j’ai envie de le prendre dans mes bras, lui  dire des mots tendres. Lui aussi peut-être.  Ni l’un, ni l’autre, ne le fera. Se contentant de pâles sourires et de deux silences égarés. Bouffés par la pudeur des hommes qui éteignent la lumière pour chialer. De grands trouillards.

Il s’est endormi. Première fois que je le regarde dormir. M’a-t-il regardé  pioncer quand j’étais gosse ? J’en sais rien. En fait, je me rends compte que je ne connais quasiment pas cet homme avec qui j’ai vécu 18 ans. Avant de  me tirer en lui crachant à la gueule que je serai jamais un esclave comme lui. Hors de question d'être un larbin trimant pour une misère. Je me souviens l'avoir mis plus bas que terre. Des voisins avaient assisté à la scène. Sur le pas de la porte, il m’avait regardé. Muet. Sans haine, ni reproche. Pire: résigné.Je ne le reverrai que dix ans plus tard. A l’enterrement d’une tante maternelle.

Ses battoires retournées sur le drap  semblent avoir abdiqué.  Les lignes de sa main offerte au regard.  Jamais cru à ces trucs là mais,  au-dessus de son corps essoré,  j’ai envie de récupérer quelque chose  d’indicible; une part enfouie de lui qu’il ne m’a jamais donnée. Ou que j’ai négligé de regarder.

La première de  ses lignes croisées sur sa peau à pris naissance à la cambrousse. L’été 39. La ferme ne nourrissant pas toute le monde, il avait fini par faire ses valises et quitter sa terre. Renoncer à son rêve d’agriculteur. Après quelques boulots,  il avait rapidement trouvé un vrai emploi comme il disait.  Les trente glorieuses tendaient leur bras. Il devint ouvrier dans l’automobile, dans les usines Peugeot.  Sa ligne la plus longue est ponctuée de boulons serrés et desserrés.  Mêmes  gestes au km pour remplir un frigo et avoir un toit-loué- sur la tête.  Bosser sans se poser de questions. Les jours enfilés sur le fil des semaines, des mois, des années, des décennies. Pour finir par se réveiller dans la peau d’un retraité. Etranger avec qui cohabiter.  

Pas que le boulot. Il y avait aussi ces moments,  entrelacs de joies et malheurs sur le papier peint d’une existence ni moche ni belle. Avancer tant que la machine tourne. Le principal c'est la santé. Faire le moins de bruit possible. Figurant d’une histoire pas choisie, écrite par d’autres.  Juste acceptée.

Deux paumes en héritage.

      Nous lui avons préparé une surprise. En rentrant tout à l’heure, nous seront tous là. La famille au complet.  Même l’arrière-petit fils sera  de la fête. Jamais, depuis des années, je n’ai réussi à avoir tout le monde ensemble. J’ai aussi invité quelques-uns de nos amis les plus chers. Toute sa tribu autour de lui.

Je suis à la retraite depuis deux ans. Même si j’adorais mon travail d’avocate, je suis très contente d’avoir rangée ma robe.  Pour une tenue de jardinière, voyageuse, bénévole dans plusieurs associations, plongeuse sous marine, comédienne dans une troupe d’amateurs…  Tout ce que je n’avais pas pu faire auparavant à cause d’un rythme infernal. Pas me plaindre quand je sais que d'autres n'auront pas ma retraite. Certains retraités survivent avec  environ 800 €. Quelle honte pour la cinquième puissance du monde !

En tout cas, j’ai décidé de privilégier la relation avec mes proches oubliés sur l’autel du travail.  En priorité, mes quatre enfants et leur ribambelle d’enfants. Parfois, j’ai l’impression de les avoir quelque peu délaissés. De m'être comportée comme une mère indigne et très égoïste.  Un comble pour une avocate spécialisé dans le droit humanitaire. Toujours par monts et par vaux pour défendre la veuve et l'orphelin, rarement présente pour leur lire une histoire avant leur coucher. Changer le monde en oubliant mes enfants.

Un soir où j'exprimais ma culpabilité, l'une de mes amies me rassura en me disant que mes enfants étaient très fiers de moi. Sûr que je me fais des idées. Aucun n'a l’air malheureux. Ou en tout cas assez heureux pour camoufler la ou les blessures qu’aucune éducation, même la meilleure, ne peut empêcher d’éclore chez ses enfants.  Personne ne traverse l’existence sans prendre de coups et en donner. Pourquoi la sensation d’être passé à côté d’eux ? Le genre d’interrogation que mon emploi du temps, basé notamment sur la hiérarchie des priorités, m’auraient fait classer dans la case « dossiers non prioritaires ».  Pourquoi culpabiliser et penser à tout ça ce soir ?

Pas le jour pour des pensées sombres.

De la baie vitrée du salon, je vois les grandes tables sur la pelouse du parc de nos voisins et grands amis. Nos propriétés sont cloisonnées uniquement par de petits massifs de buis.  Ils ont tout de suite accepté d’héberger la fête. Sans leur complicité, je n’aurais pu organiser cette surprise.  Je lui ai même fait croire que les enfants de nos voisins fêtaient un anniversaire et qu’il y aurait sans doute un peu de bruit.  Il ne pouvait se douter de quoi ce soit.  Des semaines de préparatifs.  

Une grande partie des 80 invités est déjà là. Plus loin, l’orchestre de jazz ou l’un de nos petits-fils est contrebassiste. Ils sont vêtus comme des musiciens des années  soixante. Tous les invités, au signal de notre fille aînée, s’attableront à la  place qui leur est dévolue. Peu après son arrivée,  je lui demanderai d’aller me couper de la sauge dans notre jardin aromatique.  Et à mon texto, l’orchestre  commencera à jouer.  Sa chanson préférée.

Malgré la très bonne préparation, je ne peux réprimer une petite appréhension. Faut absolument que la fête en son honneur se déroule sans  anicroches. En espérant que notre benjamin et son épouse  ne la gâcheront pas avec leurs scènes conjugales récurrentes.  En plus, ma belle-fille, dès qu’elle est soûle, interpelle tout le monde, prête à dire n’importe quoi juste pour se faire remarquer.  Pourvu que tout se déroule du mieux possible. Faut que je cesse de me passer la rate au court bouillon. Tout se passera très bien.

La soirée sera réussie.



       A nos retrouvailles après dix ans de séparation, mon père m’avait demandé ce que je faisais. Nous étions tous deux, attablés à une terrasse de café.  Sa clope à la main, il regardait un point invisible devant lui.  J’avais laissé passer un instant avant de lui que j’étais diplômé des Beaux-arts.  Il afficha un air gêné. Puis, après avoir tiré une taffe nerveuse, il m’avait demandé ce que c’était. Il avait écouté mes explications sans me quitter du regard.  Je l’avais senti déçu. Pourquoi ? Jamais je n’ai su ce qu’il en pensait.

Pareil pour mon travail de sculpteur. Ma mère et mon frère venaient   très souvent à mes expos. Lui pas une seule fois. Tu connais ton père, me disait ma mère, ces choses là  l’intéressent pas du tout. C’est ce que je finis aussi par croire. Il s'en foutait complètement.

Jusqu’à cet après-midi où elle m’avait demandé de lui remplir des papiers administratifs.  D’habitude, seul mon père était en charge de tout ce qui avait trait à la paperasserie famille.  Profitant de son absence, j’ouvris le tiroir de la commode du salon. Gosse, on osait pas s’en approcher tant ce meuble semblait si important à mes parents. Surtout à mon père qui, après  avoir chaussé religieusement ses lunettes demi-lune, en extrayait des dossiers qu’il étudiait sur la table de la cuisine. A ces moments là, j’avais l’impression de voir quelqu’un d’autre.  Fallait pas le déranger.  Et ne jamais toucher au tiroir  des « choses importantes » comme nous l’avions baptisé.  Mon frangin, moins trouillard que moi, avait enfreint la règle. Tandis que moi, je ne l’ouvris qu’à presque trente ans.  Pour y découvrir une surprise.

 Parmi les factures et le reste,  il y avait tous mes catalogues d’expo. Quelle joie pour moi de savoir qu’ils avaient trouvé place dans le tiroir des «  choses importantes ». Pas un papier, même du critique le plus important, ne m’avait fait un tel plaisir. Jamais un mot d’encouragement, ni la moindre question sur mon travail.  J’étais persuadé qu’il s’en foutait. Moins sérieux que le « vrai boulot » de mon frère. Pour lui,  les artistes se résumaient à Johnny Hallyday, Eddy Michell, et quelques autres vedettes de variétés qui avaient accompagné sa jeunesse.  Ses rares disques prenaient la poussière dans le garage.  Il ne voulait aucun bruit dans la maison.  On vivait tous les quatre dans un silence total.  Sauf quand il n’était pas là. Même ma mère  en profitait pour avoir sa dose de décibels. Elle dansait dans la cuisine. Mes premiers slows contre sa poitrine.

Un fils artiste c’est moins grave que s’il était PD, avait sorti l’un des potes d'atelier de mon père.  Un con que je détestais depuis ma plus tendre enfance. Ce genre de type qui m'avait poussé à m'éloigner au plus vite de la classe ouvrière. Fuir les prolos. Je les aimais autant que je les détestais.  Avec la trouille de ressembler à des types aussi cons que lui. Les prolos heureusement pas tous comme  ce type, mais j'avais peur de finir un jour comme lui. Il souriait, visiblement heureux de sa vanne. Tout le monde s’était marrés à table, même mes parents. Peut-être que je suis artiste et PD ? Qu’est-ce que t’en sais ?  Le silence avala les rires. Ma mère m’avait adressé un signe discret pour que je me calme. Et je l’avais fermé.

 Après cet épisode, plus personne n’évoqua mon activité.  Surtout ne pas prononcer le mot Art à table. Comme d’autres ne prononcent jamais « Cancer ».  Pas très doué pour parler de mon travail, je fuyais les interviews. Nul devant une caméra ou un micro. Mon galeriste s’arrachait ses derniers cheveux. Peu prolixe en public, j’avais envie de le  partager avec ma famille. Comme mon frangin parlait de son boulot de prof, sa femme de son activité d’infirmière,  ma mère nous tannant avec ses plantations ; sous l’œil du père invariablement muet. Évoquer mon travail à quelques mètres de ma chambre de gosse. Celle de mes premiers collages photo. Je finis par me résigner. Ecouter les autres. Silencieux comme mon père.

Une fois, je décidais de briser ce tabou. A la fin d’un repas, mon père et moi avions terminés seuls à table. Mon frangin, son épouse,  et ma mère, ayant opté pour une balade au bord de l’eau. Lui et  moi étions éméchés. Surtout moi. Des jours que  je voulais lui en parler. Après le troisième Calva, j’avais plongé.

    Le prendrait-il mal ?



      Tout le monde s’impatiente. Il m’a appelé pour me dire  qu’il devait finir un texte pour un journaliste.  Je lui ai signalé que le repas était prêt.  Il m’a promis de se dépêcher.  Sans doute un autre texto, peut-être même un coup de fil, seront nécessaires pour qu’il finisse par lâcher son clavier.  Étrange que,  même ce jour différent des autres, il ne déroge en rien à ses habitudes.  Arrivé le premier au bureau, parti le dernier. Ses assistants ne pouvaient pas s’en occuper ?

Déléguer. Il n’a jamais su. Pour chaque décision, parfois sans  importance, il voulait être prévenu. Bien sûr, il ne lisait pas toutes les informations transmises quasi en permanence par ses collaborateurs. Mais il tenait à pouvoir à tout moment y avoir accès. Contrairement à certains de ses pairs, il avait une connaissance très précise, limite obsessionnel, de l'entreprise dont il tient les rênes. Les syndicats et certains de ses collaborateurs l’avaient surnommé le tueur. Pas un surnom loin de la vérité. Il partait au travail comme d’autres en guerre. Jamais satisfait, même de ses victoires.

Ma fille aînée soupire, très agacée. Elle lui ressemble sur de nombreux plans. Impatiente et perfectionniste. C’est elle qui a pris en charge tout l’aspect logistique de la soirée.  Du traiteur au plan de table en passant par le choix du champagne.  Une copie conforme de son père.  Elle me demande de le rappeler. Je lui réponds que je lui ai laissé déjà deux textos.  Elle insiste. Je finis par craquer et l'appelle. Il me répond que c’est bientôt fini.



            Mon père ne semblait pas comprendre ce que je lui racontais. Mauvaises explications ou les effets de l’alcool ?  Je lui tendis alors mon catalogue. Il le posa devant lui sans le regarder.  Pas à l’aise du tout. Loin d’imaginer que le gigot flageolets dominical finirait comme ça.  Il alluma une cigarette et se leva de table.

 De retour des chiottes, il s’assit à sa place, sans un regard au catalogue.  Que faire ?  Je le pris et le feuilletai devant lui en expliquant mon boulot, à l’aide des photos. Ses yeux s’éclairèrent. Il écrasa même sa clope à peine entamée dans le cendrier pour me le demander.  Il chaussa ses lunettes. Front plissé, il regardait attentivement chaque page. Aussi concentré que pour une déclaration d’impôts.

Qu’en penserait-il ? J’avais très peur  de sa réaction. M’enverrait-il chier ?   Première fois que je lui dédicaçais l’un de mes catalogues.  Juste son nom et son prénom.

Quatre années à récupérer  des pièces automobiles dans des casses  pour les  sculpter.  Des œuvres monumentales. Loin d'être le premier à avoir détourné les bagnoles pour travailler dessus. Ma petite particularité peut-être était que chaque sculpture représentait un ouvrier en posture de travail.  Mais pas dans son environnement de travail habituel. Dans une cuisine,  sur un banc de square,  devant une machine à laver,  dans un supermarché,  tenant la main d’un gosse devant une école, au lit avec une femme…  Mon expo était composée de  plusieurs scénettes. Une chorégraphe était venue danser pour le vernissage.

J'avais titré  l'expo « Plus que les yeux pour rêver ?». C'était un collègue de mon père, en colère contre les patrons, ses gosses, sa femme et le monde entier, qui disait souvent " On sera toujours des fantômes à la chaîne. Plus que les yeux pour rêver !"Quelqu'un lui a-t-il soufflé la vraie expression ? A propos d'yeux, ceux de ma mère étaient comme deux billes de gosses. Pendant que tout le monde était agglutiné au buffet, elle passait d'une œuvre à une autre. A un moment, je l'ai rejoint. Ça se fait pas de laisser ses invités. Visiblement envie que je lui foute la paix. En général, elle se mettait dans un coin, à l'écart, sourire sur les lèvres, avant de s’éclipser.  Je crois que ça lui avait plus. Peut-être parce qu'elle y avait retrouvé une part de son univers. Contrairement à mon frangin parti avant la fin. Il m’avait envoyé un texto incendiaire en m’accusant de ridiculiser la sueur des ouvriers. Une claque pour moi.

Et si je m’étais planté ?

 Un copain critique  avait écrit en avant-propos tout un texte sur le pourquoi de ce travail sur la posture de l’ouvrier. Malgré quelques formules alambiquées d’universitaire précieux, c’était très intéressant. Il avait mis l'accent sur  le travail artistique autour de la gestuelle ouvrière dans les chaînes de montage. Mon boulot le plus dur,

Ni le préfacier, ni mon galereise ni personne d'autre le milieu ne savait que j’étais le fils d’un ouvrier. Honte de mes origines prolo ? Non, je ne crois pas. A part peut-être au fin fond de mon cerveau.  En réalité, je n’avais aucune  envie d’étaler  une part ne regardant que moi. Qui s’intéresse aux origines d’un boulanger ou d’un conducteur de train ? Certains rétorqueront que ça n’a rien à voir ; l’enfance et les origines d’un artiste peuvent apporter un éclairage sur son œuvre. Peut-être mais j’ai toujours refusé d’éclairer cet intime dont je n'étais qu'un des copropriétaires. La seule référence à mes origines sociales se trouve dans la photo de mon atelier en quatrième de couverture. L’un des fers à souder appartenait à mon père.  Celui avec lequel il m’avait appris à travailler pour bosser deux mois d’été dans son usine. Le pire été de mon existence.

Quand il entendit le reste de la famille rentrer de promenade, mon père avait refermé le catalogue d'un geste sec. Je m’étais empressé de le planquer. Guère envie de m’embrouiller avec le frangin qui, depuis cette expo, semblait m’en vouloir.  Il ne disait rien mais je savais qu’il m’avait rangé dans une case. Parmi une population qu’il détestait. Peut-être avait-il raison ? Une frontière invisible me séparait-elle de ma famille ? Ma seule famille. Sans femme ni enfant. A part quelques relations épisodes, je vivais seul  comme un ours dans sa tanière ; préoccupé que par mon boulot.  Sans m’en rendre compte, j’avais du changer. La manière de parler ? De me tenir ? En tout cas, je sentais qu’il me considérait de plus en plus comme un étranger.  Un espion venu de l’autre côté.  Devenu un bobo aux yeux de mon p’tit frangin..

Comme souvent, après un déjeuner ayant duré très longtemps, ma mère avait proposé de rester à dîner.  Je faillis décliner l’invitation mais le regard de mon père m’en avait dissuadé. Il ne voulait pas que je m’en aille.. Pendant tout le repas, il n’avait cessé de jeter des coups d’œil sur mes mains. Souriant.

L’entrée de l’infirmière me fait sursauter. Je me redresse. Mon père ouvre les paupières.  Pas le moindre  regard pour moi.  Il la dévore des yeux. Elle me demande de sortir un instant. J’attends dans le couloir. Mon frangin et ma mère arrivent.

 J’en profite pour sortir fumer.

« Elle était bonne la clope, fils ? »



       Une poignée de persil à la main, il ouvre des yeux ronds. Incapable de bouger. Je lui prends le bras. Il me sourit. Nous nous dirigeons ensemble, au rythme de l’orchestre, vers le jardin du voisin. Il me glisse à l’oreille  tu m’as bien eu et m’embrasse dans le cou. Je sens sa main dans la mienne. Il affiche un large sourire.

Tout le monde se lève et applaudit.

 Notre fille aînée prend le relais et l’emmène jusqu’à la petite tribune installée face aux table. Ils montent tous les deux. Elle voulait que ce soit moi qui prononce le discours  mais je ne me sentais pas de parler devant toute la famille et nos amis. Beaucoup plus à l’aise devant des inconnus.

Pendant qu’elle évoque notre famille, je pense à toutes ces années où, lui et moi, nous nous sommes croisés entre deux avions. L’un et l’autre happés par notre agenda. Le sien encore plus fourni que le mien. Juste un mois de vacances en été et les fêtes pour nous retrouver avec nos enfants.  Mais aucun regret.  Tous deux avons choisi cette vie.  Personne nous l’imposa. Rien à regretter.

Je revois aussi à ma première scène quand il m’avait trompée. Nous venions d’emménager ensemble. Il me promit de ne pas recommencer.  Au fil du temps,  mes scènes perdirent de leur intensité jusqu’à ce que je cesse d’en faire. Résignée. Acceptant de savoir qu’il était un infatigable coureur.  Pas de me mettre dans tous mes états qui le changerait.  Quand il ne rentre pas, comme un accord tacite entre nous,  personne n’évoque ce découchage. Il découche de moins en moins.

Rien de nouveau sous le ciel de la grande bourgeoisie. Banale histoire du mari volage dont tout les proches sont au courant, mais dont personne ne parle.  Ni la famille, ni les amis n’ont abordé d’une quelconque manière le sujet. A quoi bon ? Et puis c’est notre problème à nous deux. De temps en temps lors d’un dîner, je croise un regard compatissant posé sur la femme trompée.  Lui continuant de parler à son auditoire captif.  Chaque fois, je ne peux m’empêcher de sourire en le regardant.  Un regard sur le mari trompé.

 Comment s’égrèneront ddésormais  nos journées qu’il est à la retraite. C’était son dernier jour comme patron. Bien sûr, il continuera de «  jetonner » dans des Conseils d’Administration, donner des conférences sur le management, et quelques autres activités annexes. Plus rien à voir avec son ancien agenda. Tous deux, après avoir beaucoup donné à nos carrières respectives, nous allions nous retrouver ensemble. Au quotidien. Peut-être commencer notre vie de couple ?

 Visiblement ému, il remercie tous les invités de leur présence. Puis, après avoir évoqué brièvement sa nouvelle existence de retraité, il me demande de le rejoindre. Je grimpe à mon tour sur l’estrade. Un serveur nous apporte deux flûtes de champagne.  Chaque  invité a sa coupe à la main.

Plus aucun bruit dans le jardin. A part le souffle de la brise dans les arbres. Il lève lentement sa flûte. Je l’imite. Des dizaines de verres levés en face de nous.  C’est réussi, me dis-je. Heureuse d’avoir pu rassembler notre tribu.

« A votre super retraite chapeau de 299.000 euros ! » s’écrie ma belle fille.



       Nous sommes attablés tous les trois face à son siège. Plus jamais son silence bougon n’occupera ce coin de table. Personne posera son cul sur la chaise du daron !  Le frangin était touché-coulé. Lui, en plus d’un père, avait perdu un modèle. Contrairement à moi, il rêvait de revêtir les chaussures de sécurité et le bleu de chauffe de mon père.  Entrer dans la confrérie de la  « Peuge ». Finalement malheureux d'avoir écouté mes parents et d'être devenu prof de mécanique dans un lycée pro.  Pas son  rêve de gosse.  T'inquiète le  frangin, personne y posera son cul.  Il  semble rassuré. Ma mère hausse les épaules.  

Mon frangin part chercher sa femme.  Il veut que nous mangions tous ensemble. J’aurais préféré être seul, chez moi ou dans mon atelier.  Aucune envie de parler ou se taire ensemble. Ma mère tient aussi à ce repas. Elle a sorti de la viande du congélo et épluche des patates. Steak purée maison c’était son plat préféré. Son sourire cache tout ce qu’elle a pu endurer avec son homme. Elle pourra écouter la radio du matin au soir. Trouver un danseur.

Sa voiture est garée devant la maison. Pas la moindre rayure, ni tache sur la carrosserie. Contrairement à ses collègues, il n’avait jamais acheté une Peugeot. « Pas rouler en Peuge aussi.  ». Sa seule fausse note chez les Peuge.

 Son silence me manque.




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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Dim 13 Sep - 17:53



à signaler dans l'interview une question sur la "théorie de la communisation"...


Cyber-Proletariat: an Interview with Nick Dyer-Witheford Viewponit Magazine

Nick Dyer-Witheford and Gavin Mueller September 8, 2015


Citation :
Gavin Mueller: Your 1999 book Cyber-Marx is an excellent summary of autonomist Marxism and post-operaismo as well as an argument for its relevance for struggles against a capitalism increasingly suffused with information and communication technology. With Cyber-Proletariat, you are less sanguine about post-operaismo’s embrace of cybernetic technologies. Can you explain your shift in position? What has made information and communication technology appear as a bigger threat for the global working class?

Nick Dyer-Witheford: My change in position reflects involvement in two moments of struggle – that of alter-globalization from the late 1990s through the early 2000s; and then, from 2008 on, the new social antagonisms and struggles that emerge in the wake of the financial meltdown. Both struggles have revealed new possibilities and new problems for anti-capitalist movements attempting to use cybernetic technologies. On the one hand, there was the evident and much-discussed use of social media and cell phone networks in what we might call the 2011 revolts – the riots, the strikes, the occupations. At the same time, and on the other hand, all those events reveal the difficulties that can attend using those technologies as an organizational matrix—for example, what we can call the “up like a rocket, down like a stick” syndrome that characterized some of the 2011 movements. Also during that cycle, and particularly coming with the Snowden revelations in North America, was revealed the scope and intensity of the surveillance to which militants are likely to be subjected within the cybernetic milieu.

Underlying those points – which we might call tactical points about the usage of cybernetic technologies by revolutionary movements – is another larger, more strategic point: the changes in class composition which have been effected by capital in terms of its restructuring of the global workforce using automata and networks and, in the financial system, networks of automata. Cyber-Proletariat starts with the question of the validity and significance of the “Facebook revolution” trope, but then moves from that into an attempt at analysis of the deeper effect of cybernetics on the restructuring of labor within advanced capitalism.

GM: That brings me to my next question. This is primarily a book about class composition in the 21st century. Almost every chapter is a weaving of the various forms of labor making up the global supply chains of cybernetic objects such as cell phones and social media sites – miners in the Amazon, content moderators in the Philippines, app developers in San Francisco. Are there potentials for such far-flung varieties of labor, “internally striated and fractioned,” as you put it, to unite politically? Can there be shared interests with such divergences in “subjectivity” – a word you use several times – among these workers?

NDW: The path of global class restructuring that capital has taken over the past 40 years has been one of intensified differentiation and inequality. This has taken a form of the bifurcation of the labor force between upwardly mobile sector of professionals, and on the other hand, a vast sea of insecure, precarious low-wage proletarianized labor. This has been a striking split within what was formerly conceived of – even if somewhat mythically – as the potential solidarity of the industrial mass labor force. This a split is now also intensified by its distribution across the multiple wage zones traversed by the supply chains of global capital. At the same time, while there are growing inequalities between these two strata – the professional intermediate classes and the proletarianized labor forces – the even greater inequality is, of course, between plutocratic capital and both those segments.

Hence, there are simultaneously issues of real antagonism between these different fractions of capital’s labor, but also possibilities for forms of cooperation. All the more so because what we are seeing emerge increasingly is a range of various re-proletarianizations of the professional strata – all too visible within the university setting, in which people with aspirations towards professional careers find themselves trapped in the ghettos of precarious work; the famous situation of the graduate student without a future, cited by Paul Mason as a critical dynamic in 2011.

So what we saw during the 2011 cycle was the surfacing both of the potential alliances and the potential antagonisms within this global labor force. There were undoubtedly points in the great occupations, such as Tahrir Square, where the mobilization created large solidarities of different strata against a kleptocratic authoritarian regime. In other places, like Britain in 2011, one saw strands of struggle running parallel but without meeting. You have the eruption of powerful campus revolts among students, and then riots in the cities amongst the most excluded and dispossessed sectors. Both have strong resonances as protests against austerity regimes, but also exist almost in worlds apart, and sometimes with great suspicion and hostility between them. And then in yet other settings one sees situations in which some of the tactics of the 2011 occupations are adopted by middle class strata struggling to preserve elements of their privilege, for example in Thailand and Venezuela.

This is a long way of saying that we’re looking at an extraordinarily contradictory set of class formations that pose very serious organizational questions for communist-oriented movements, questions which I do not think were successfully answered in the 2011 movements, although those movements have posed the questions in the most acute form.

GM: You temper some of your previous work in autonomist Marxist theory with an engagement with communization theory as presented in journals such as Tiqqun, SIC, and Endnotes. How does this body of work supplement or modify autonomist theory?

NDW: Autonomism and communization theory are undoubtedly the most interesting strands of communist movement theorization today and are largely critical of each other. Autonomism emphasizes workers’ antagonism to capital. Communization theory insists that we must understand that workers are also part of capital. Autonomism has always emphasized and celebrated the circulation of struggles amongst different groups of workers. Communization theory reminds us that, as we were just discussing, these segments of the working class can often be antagonistic to each other.

I’ll say that both these strands of theory have their characteristic problems. Autonomism is chronically optimistic, always keen to see one swallow making a spring. Communization theory has a very studied melancholia. In some way, this book is an attempt to set in play a conversation that I found myself having intellectually in my reading, a conversation between these twin faces of ultra-leftism in order to see what emerged from that.

GM: Could you say a bit more about how you see this melancholia as a weakness of communization theory?

NDW: The element in communization theory that I’m most critical of is actually one that it shares to some degree with autonomism: its rejection of what it calls programmatism and its scrupulous refusal to describe any path to a communist situation short of the immediate abolition of the commodity form. I believe that it is extremely difficult to persuade people, including oneself, to embark on the time-consuming, demanding, and, in crisis situations, dangerous task of attempting to create a new society without having any provisional ideas of what that path might look like.

Indeed, I would say that what we saw recently in Greece, which can be taken on the one hand as a failure of classic social democratic electoral strategies, also really seriously shows the problems that can arise when there is a rejection of any attempt to think transitionally about various stages and phases in the movement of anti-capitalist struggle. So I don’t completely buy that part of communization theory, where participants whose work I otherwise I admire, rather exempt themselves from doing some hard work.

I’m much more sympathetic on that front to groups like Plan C in the United Kingdom, who recognize that we do need to collectively as a movement think about issues of transition, but in a non-dogmatic and explorative way that will have to admit the huge degree of uncertainty that would attend any crisis which could result in major transformations.

GM: It has become somewhat common for rising precarity and technological unemployment to be viewed in a somewhat positive light. Most recently British journalist Paul Mason wrote a long essay in The Guardian predicting that a post-work, post-capitalist future is being created before our eyes. In a different vein, accelerationist theory embraces advancing subsumption of social relations to capitalism and its technologies. How does your work respond to these kinds of arguments?

NDW: They point to a reality which many other radical thinkers have pointed to: it’s clear that capitalism is creating potentials – not just technological, but organizational potentials – which could be adapted in a transformed manner to create a very different type of society. The evident example is the huge possibilities for freeing up time by automation of certain types of work. For me, the problem both with Paul’s work, which I respect, and with the accelerationists, is there is a failure to acknowledge that the passage from the potential to the actualization of such communist possibilities involves crossing what William Morris describes as a “river of fire.” I don’t find in their work a great deal about that river of fire. I think it would be reasonable to assume there would be a period of massive and protracted social crisis that would attend the emergence of these new forms. And as we know from historical attempts in the 20th Century to cross that river of fire, a lot depends on what happens during that passage. So there is, if one could put it that way, a certain automatism about the prediction of the realization of a new order in both these schools, which we should be very careful about.

GM: Your final chapter discusses the organization of proletarian struggles. These struggles, you argue, must adapt themselve to wartime, to this evocative metaphor of the river of fire. You also envision a networked, rather than hierarchical, form of organization. Can you say more about the future of organization? Are there examples of these kinds of emergent forms you can point to?

NDW: You’ve named some of the provocations I suggest in terms of thinking about new organizational forms, provocations elicited by the dilemmas of the 2011 struggles. Amongst these, one that I put very close to the top of the list is the need for the emergence of new forms of labor organization, which can take better account of the realities of precarious work and unemployment. These are already under way in a variety of forms, both in attempts – and here I’ll speak from my Canadian vantage point – I’m aware of some major trades unions which, if only for reasons of self-preservation, are attempting to open themselves more to the precarity of increasing numbers of their members. But there are also initiatives coming from outside the established trades unions, from precarious workers themselves. to find new forms. So, first, there is a huge challenge around workplace – or unplaced work – organization.

The second thing I suggest is the need for a reassessment of digital organizing tactics: a clearer recognition of the necessity of such organizing, because we do live in a form of capitalism in which social life has become cybernetically subsumed, but also for an appreciation of the limitations and risks of those forms of organization.

I also suggest that this seems to be a moment to think very seriously about new organizational syntheses that could overcome the verticalist-horizontalist split, which of course is a centuries-long division, but now seems particularly necessary to get beyond. Without getting all bubbly about things, I’m encouraged by what I see in terms of experiments with various forms of common front organizations, some of which are active here in Ontario, which are bringing together in tentative, provisional, and experimental ways, people from the Occupy movement, labor movement, and a range of other social movements.

We’ve already mentioned a fourth point, the importance of developing a new non-dogmatic approach to envisaging what one could frankly call transitional strategies – Plan Cs. The fifth, final point, which really is what you started with, wartime, is simply a suggestion there is a need to be better prepared for truly major crises and for the sorts of risks and openings that these entail. My observation is that, certainly within North America, what calls itself “the left” was taken completely by surprise by what happened in 2008. We had a massive crisis of capital. But organizationally, largely due to the wear-down by neoliberalization, there was a real inability to seize the historical moment. It seems highly likely that there will be further historical moments of crisis, possibly soon. There’s a lot to be learned from the experiences of comrades in such places as Syria, Turkey, Ukraine: places where, insofar as progressive organizations can even still function in the polarizing fatalities of civil war situations, they have to come to grips in a digital environment with issues of potentially fatal surveillance, encryption, verification, authentication in order to operate in these very extreme circumstances. I think we need to think very seriously about that, and prepare seriously.

GM: I hasten to add that, while our conversation has been quite theoretical, your book is a wonderful catalog of a variety of struggles, and packed with empirical details that are of interest to anyone who has been following or participating in struggles, especially since 2008.

NDW: The book is an attempt to sort out some of these struggles and dilemmas that have arisen particularly over the past seven years, and more broadly over the past 15 years, from the position of an academic participant in some of the events that I’m describing. It’s a book that’s very much in motion, and it wears its contradictions on its sleeves, because we need to be able to talk about contradictions and conflicts within the movement in order to be able to move past what, for the moment, seems like an impasse.



Nick Dyer-Witheford is an Associate Professor in the Faculty of Information and Media Studies at the University of Western Ontario. He is the author of Cyber-Marx: Cycles and Circuits of Struggle in High Technology Capitalism (Chicago: University of Illinois, 1999) and Cyber-Proletariat: Global Labour in the Digital Vortex (London: Pluto Press, 2015).


Gavin Mueller is a graduate student in Washington, DC.



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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 25 Sep - 9:59



pas envie de travailler plus pour ne pas gagner plus

du prolétariat et de la classe de l'encadrement...

Employés et ouvriers plébiscitent les 35 heures  Luc Peillon   15 septembre 2015


Favorables au maintien de l’actuelle durée légale du travail, les sondés se cabrent face aux réformes.


Luc Peillon a écrit:
Non, les Français ne sont pas prêts, quinze ans après les lois Aubry, à tourner le dos à la réforme emblématique de l’ère Jospin. Selon le sondage Viavoice réalisé pour Libération, 52 % des personnes interrogées souhaitent «rester aux 35 heures» (40 % contre, 8 % sans avis). Un score plus qu’honorable, après des années de critiques répétées contre cette mesure, y compris dans les rangs socialistes. Et, notamment, après la sortie du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, lors de l’université du Medef, fin août.

Clivage.

La seconde (grosse) surprise de ce sondage, c’est l’engouement des ouvriers et employés - que l’on considérait jusqu’ici comme les grands sacrifiés de la réforme, à l’inverse des cadres qui avaient tiré leur épingle du jeu avec les jours de RTT. Un clivage que l’on retrouve sur la quasi-totalité des autres questions sociales actuellement en débat, où les salariés les moins qualifiés se montrent les plus méfiants quant aux orientations du gouvernement sur le monde du travail.

Ainsi, 71 % des ouvriers et 64,5 % des employés disent vouloir «rester aux 35 heures», contre 62 % des professions intermédiaires et 53 % des cadres
. Des chiffres que confirment le vote survenu vendredi au sein de l’usine automobile Smart, en Moselle. Interrogés sur un projet de retour aux 39 heures (payées 37), les salariés, dans leur ensemble, se sont prononcés «pour» à 56 %. Mais, dans le détail, les ouvriers ont voté «non» à 61 %, tandis que la catégorie comprenant les cadres a dit «oui» à 74 %.

Autre question, sur le temps de travail : peut-on cependant accorder plus de souplesse sur le terrain ? Autrement dit, «abandonner la durée légale du travail et la négocier entreprise par entreprise» ? Qu’il s’agisse de l’augmenter ou de la réduire. A 49 % (contre 45 %), les personnes interrogées se disent favorables à cette piste. Sauf, encore une fois, les catégories sociales les plus modestes : 56 % d’entre eux, dont 61 % parmi les ouvriers, se disent opposés à cette possibilité, alors que 50 % des cadres y sont favorables.


Dissensus.

Ce clivage entre CSP + et classes populaires est plus fort encore sur un sujet largement débattu ces derniers mois : les accords de maintien de l’emploi (tels qu’issus de la loi de juin 2013), qui demandent des sacrifices aux salariés le temps que la situation économique de l’entreprise s’améliore. Oui à 71 %, ont répondu les cadres, un score équivalent à celui des artisans et chefs d’entreprise. Non à 56 % disent les ouvriers et employés.

Quant au droit du travail, s’il est jugé insuffisamment protecteur par les ouvriers et employés (à 53 %), les cadres, eux, n’y trouvent rien à redire (à 62 %). Le dissensus est moins important, mais perdure, sur le dernier thème en cours, évoqué par la commission Combrexelle : la place plus importante donnée à l’accord d’entreprise au détriment de la loi. Cette fois-ci, de façon paradoxale, ce sont les cadres qui, à 53 %, se montrent plus réticents que les employés et ouvriers qui, eux paraissent partagés (47,5 % contre, 45 % pour).

D’une manière générale, le monde salarié se montre donc à la fois attaché aux 35 heures - à des degrés divers selon les catégories -, mais aussi réticent, au sein des catégories professionnelles les moins qualifiées, à la plupart des réformes en cours. A l’inverse, ce sont les chefs d’entreprise et les retraités qui approuvent les derniers projets de l’exécutif, tout en rejetant l’actuelle durée légale du travail. Un soutien inhabituel pour un gouvernement de gauche, qui prend là le risque de se couper d’une partie du monde du travail, traditionnellement acquise à sa cause.


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 20 Oct - 20:46


Dans le monde, une classe en lutte septembre 2015 17 octobre 2015 Échanges et mouvements

je ne donne que le sommaire de ce long tour du monde du capital et des luttes


Citation :
UNE FOIS N’EST PAS COUTUME

Contrairement à tous les numéros parus jusqu’ici, ce numéro de septembre 2015 contient un long article traitant de l’ensemble des faits et méfaits présents du capital et des résistances que tout cela suscite.

C’est une tentative de montrer que toutes ces questions se recoupent même si elles paraissent se dérouler dans des domaines distincts. Bien sûr, tout ce qui est écrit ci-dessous doit faire l’objet d’un débat, la seule chose qui puisse nous faire progresser dans cette compréhension du monde et des résistances qui peuvent surgir de partout, même là et quand nous ne les attendons pas, sous des formes négligées jusqu’alors.

Pour recevoir individuellement ce bulletin, envoyer 6 enveloppes adressées et timbrées à 1,05 euro.
Pour tout envoi en nombre donner juste l’adresse et la quantité requise. L’envoi se fait alors à nos frais.

On souhaiterait que chacun notifie ses changements d’adresse et/ou signale s’il désire cesser de recevoir cet envoi. Aussi que des infos locales nous parviennent si possible déjà résumées selon ce qui figure dans le bulletin



OÙ VA LE SYSTÈME CAPITALISTE ? PEUT-IL SURMONTER CE QUI MET EN CAUSE SON EXISTENCE MÊME ?

IMMIGRATION

L’ INDUSTRIE DU MIGRANT

LA CRISE DES SYNDICATS

LA CRISE DU CAPITAL

LA GREVE ET RIEN D’AUTRE

LES CRIMES DU CAPITAL

OCCUPATIONS ET BLOCAGES

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 3 Déc - 13:29



livre de Satnam Virdee déjà signalé, chroniqué par Selim Nadi, du PIR. L'intérêt de cet article est de rappeler les ouvrages de E.P. Thompson, Perry Anderson, Noël Igniatiev, et Sadri Khiari, autre théoricien du PIR, qui font partie des références désormais incontournables du fond théorique à partir duquel se construisent les thèses de ce livre-forum concernant l'articulation classe-race...


Le mouvement ouvrier anglais face aux parias racialisés Selim Nadi, membre du PIR 1 décembre 2015


Citation :
En 1963, E.P. Thompson devient l’un des historiens majeurs du mouvement ouvrier britannique après avoir publié ‘La formation de la classe ouvrière anglaise’, ouvrage dans lequel il montre que la classe ouvrière anglaise n’est pas née mécaniquement du seul fait des contradictions économiques du capitalisme anglais, mais que celle-ci découle d’un processus actif. Pour résumer cet immense ouvrage, la classe ouvrière anglaise s’est constituée elle-même autant qu’elle a été constituée par des conditions objectives. Selon Perry Anderson, dans Arguments Within English Marxism, trois thèses fondamentales apparaissent dans l’ouvrage de Thompson :

◾La classe ouvrière anglaise a joué un rôle majeur dans sa propre formation.

◾La conscience sociale est primordiale dans cette formation, ce qui signifie que les classes émergent lorsque des Hommes, via des expériences communes, articulent leurs intérêts comme s’opposant aux intérêts d’autres Hommes. La formation de la classe ouvrière anglaise s’arrête au début des années 1830, moment à partir duquel on ne peut plus parler de « formation de la classe ouvrière » mais plutôt de « classe ouvrière formée ».

◾La formation de la classe ouvrière anglaise s’arrête au début des années 1830, moment à partir duquel on ne peut plus parler de « formation de la classe ouvrière » mais plutôt de « classe ouvrière formée ».

Si l’ouvrage de Thompson est, bien évidemment, un ouvrage magistral dans l’histoire et la théorie du mouvement ouvrier britannique, un élément reste néanmoins clairement absent : la manière dont les antagonismes raciaux ont participé à la formation de cette classe ouvrière. Bien que certains textes se soient déjà attardés sur cette question, ce n’est que l’année dernière (2014) qu’a été publié l’un des livres les plus complets sur le sujet : Racism, Class and the Racialized Outsider de Satnam Virdee.

Dès le début de son livre, Satnam Virdee écrit que la question raciale n’est pas un élément périphérique, mais bien central, de la manière dont la classe ouvrière anglaise a voulu à la fois assurer la justice économique et sociale, et démocratiser la société anglaise. Il existe, bien évidemment, de nombreux travaux qui montrent comment l’Empire a influé sur la formation des classes sociales en Angleterre, mais les travaux qui expliquent comment les indigènes (people from the Empire) arrivant sur l’île britannique ont joué un rôle dans la vie et les institutions de la classe ouvrière restent bien plus rares.

Cette cécité raciale (race-blindness) n’est pas seulement un problème d’ordre historique mais elle joue aussi un rôle dans la mémoire du mouvement ouvrier contemporain, selon Virdee, les rares épisodes où les « minorités racialisées » (racialized minority) ont été présentes dans l’histoire du mouvement ouvrier se résument aux événements de Cable-Street (1936) – lors d’affrontement entre des membres de la British Union of Fascists et des militants juifs et irlandais antifascistes – et de Grunwick (1976 – 1978) – lors d’un mouvement majeur de grèves d’ouvrières, originaires pour la plupart d’Asie du Sud.

Pour Satnam Virdee, analyser la formation et la dé-formation (Making and Unmaking) de la classe ouvrière anglaise via le prisme des antagonismes raciaux permet de dé-mythifier les épisodes les plus glorieux de l’histoire du mouvement ouvrier anglais, comme celui du Chartisme (dans les années 1830/40) ou encore la formation des Partis travailliste et Communiste de Grande-Bretagne (au début du XXème siècle).

L’intérêt de l’ouvrage de Virdee réside dans le fait de vouloir mettre l’accent à la fois sur les rapports entre les non-blancs britanniques et le mouvement ouvrier, notamment sur le racisme d’une large partie du mouvement ouvrier britannique, mais également sur les moments de réelle solidarité anti-raciste. De plus, Virdee utilise le terme de race avec une certaine rigueur historique puisqu’il n’entend pas ce terme comme un synonyme de couleur de peau, ou de concurrence pigmentaire, mais bien en tant que rapport social, ce qui l’entraîne à considérer aussi bien les Juifs que les Irlandais comme faisant partie intégrante des parias racialisés (Racialized Outsider) à certains moments de l’histoire britannique. Le racisme que subissaient les Irlandais étant, sans doute, moins connu en France que celui que subissaient les Juifs, nous renvoyons à l’ouvrage de Noël Igniatiev How the Irish Became White (1995).

Ainsi, dans un article de Satnam Virdee, récemment traduit en français, celui-ci écrit, à propos des réformes sociales et politiques ayant permis une plus importante intégration d’une certaine frange du prolétariat :

Satnam Virdee a écrit:
« Le racisme – qui a pu prendre de multiples formes – a accompagné ce processus d’intégration de la classe ouvrière. Dès les années 1850-1860, l’inclusion de la partie de la classe ouvrière considérée comme « respectable », celle entre autres des ouvriers qualifiés, allait de pair avec le renforcement d’un racisme qui prenait pour cible les catholiques irlandais. Si les Anglais s’associaient déjà au protestantisme, cette identité fut l’objet d’une surdétermination à cette période : ils se définissaient aussi de plus en plus comme membres de la race anglo-saxonne. Les catholiques irlandais – longtemps exclus de la nation du fait de leur catholicisme – se retrouvèrent doublement désavantagés du fait de leur catholicisme et de leur appartenance supposée à la race celtique.[1] »


Une histoire sociale faisant l’impasse sur l’importance de la question raciale, ou ne voyant celle-ci que comme périphérique, verrait ainsi dans ces années, une période de progrès sociaux. Il est vrai que certaines périodes de l’histoire ont connu des réformes importantes en faveur des ouvriers blancs, mais c’est par l’intégration de cette frange des ouvriers que s’est faite l’exclusion de toute une autre partie du prolétariat.

Virdee montre ainsi que la classe ouvrière n’était pas imperméable à la construction d’une identité nationale britannique qui se construisait en opposition aux non-blancs. En effet, le processus de nationalisation du prolétariat britannique se faisait aussi par une racialisation de celui-ci. Or, et c’est là la force du livre de Virdee, l’auteur montre qu’il y eut des manifestations de réelle solidarité entre la frange blanche du prolétariat et les non-blancs.

Cependant, il démontre que c’est seulement après 1968, les luttes décoloniales en Afrique, Asie et dans les Caraïbes, les luttes noires aux États-Unis et en Grande-Bretagne, qu’une frange du mouvement ouvrier blanc bifurqua sur la question du racisme et soutint les descendants d’Asiatiques ou d’Afro-Caribéens vivant en Grande-Bretagne, et que c’est lors des crises systémiques du capitalisme que la solidarité anti-raciste de la classe ouvrière britannique se fit, épisodiquement.

Plutôt que de proclamer abstraitement « l’articulation race-classe », l’ouvrage de Satnam Virdee démontre que la classe ouvrière est aussi touchée par le processus de racialisation à l’origine des antagonismes raciaux. Ce livre est très parlant pour le contexte français également. Dans La contre-révolution coloniale en France (2009), Sadri Khiari montre en effet l’importance qu’ont eue les résistances indigènes au sein du prolétariat français :

Sadri Khiari a écrit:
« Médiées par les luttes de classes, relayées parfois par les syndicats blancs, soutenues par des mouvements de solidarité, certaines de ces luttes ont laissé des traces, mais on sous-estime généralement leur diversité et leur ampleur, notamment au cours des années 1970. Et comme on considère les travailleurs immigrés comme des victimes et seulement des victimes, « boucs émissaires » sans consistance politique réelle, on néglige l’impact profond de leurs luttes ; on n’aperçoit pas les recompositions que leur action fait subir au champ politique.[2] »


Cependant, les effets des luttes indigènes ne furent pas les mêmes sur le mouvement ouvrier français que sur le mouvement ouvrier britannique ; le Mouvement des Travailleurs Arabes, fut soutenu quasi-exclusivement par la Gauche Prolétarienne, tandis-ce que la Ligue Communiste Révolutionnaire et, bien évidemment, le Parti Communiste Français, furent plus timides et accusèrent même le M.T.A de diviser la classe ouvrière (remarquons qu’il est assez ironique d’accuser un mouvement anti-raciste de diviser la classe ouvrière sans prendre en compte les structures et les conditions matérielles qui divisent objectivement la classe ouvrière).

L’ouvrage de Virdee entre donc bien en résonance avec les luttes des ouvriers indigènes en France, et c’est en cela qu’il est intéressant de comparer l’évolution de l’attitude de la gauche britannique, à celle de la gauche française, face aux luttes du prolétariat non-blanc. Ce qu’écrit Virdee, sur le fait que les moments de plus grande inclusion du prolétariat britannique allèrent de pair avec une plus grande exclusion du prolétariat non-blanc, est également vrai pour le cas français. Pourtant, la gauche « radicale » française a souvent vu les indigènes comme faisant partie intégrante d’une lutte « de tous les prolétaires », puisqu’ils sont touchés par les mêmes problèmes (ce qui est vrai), tout en refusant d’accorder la moindre importance (ou alors de manière périphérique) à la spécificité de l’oppression raciale.

Or, la place qu’occupent les non-blancs au sein du prolétariat est directement liée à leur condition raciale comme le montre Laure Pitti dans ses travaux. La condition des OS immigrés va de pair avec la politisation plus importante de ceux-ci. Ainsi, la dynamique engendrée par les grèves d’ouvriers immigrés dans les années 1970 va se retrouver dans la lutte pour le logement, contre les expulsions et le racisme d’État [3]. Ce processus d’inclusion/exclusion mutuelle dans le rapport de la gauche radicale française aux indigènes est toujours valable aujourd’hui et a pour conséquence que la gauche radicale n’accepte les indigènes que dans leurs revendications associatives ou syndicales (ce qui est, bien évidemment, primordial) tout en se méfiant d’eux lorsqu’ils posent la question du pouvoir et entendent se mêler du politique.


Notes

[1]Satnam Virdee, « Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise », Période,

[2]Sadri Khiari, La contre-révolution coloniale en France, La Fabrique, Paris, 2009, p. 87.

[3]Voir : Laure Pitti, « Des grèves de la dignité aux luttes contre les licenciements : les travailleurs immigrés de Citroën et Talbot, 1982-1984 »


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 17 Déc - 6:33



OIT : La main-d’œuvre mondiale compte 150 millions de migrants 16 décembre 2015

Une nouvelle étude statistique de l'OIT se penche sur les travailleurs migrants, avec notamment des statistiques par région de destination et secteur d'activité ainsi qu'un focus sur les travailleurs domestiques migrants

Deux tiers des migrants dans le monde sont des travailleurs, selon l'OIT


Répartition des travailleurs par région, secteur d'activité et sexe
afp.com/Vincent LEFAI

GENÈVE (OIT Info) – Les travailleurs migrants représentent 150,3 des quelque 232 millions de migrants dans le monde selon une nouvelle étude de l’Organisation internationale du Travail (l’OIT)

Citation :
Le rapport, Estimations mondiales de l’OIT sur les travailleurs migrants, montre que les travailleurs migrants constituent 72,7 pour cent des 206,6 millions de la population immigrée en âge de travailler (âgée de 15 ans et plus). La majorité d’entre eux sont des hommes – 83,7 millions – et 66,6 millions sont des travailleuses migrantes.

Commentant le rapport, le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, a déclaré:

Citation :
«Cette analyse représente une contribution importante de l’OIT pour les Etats membres en vue de la réalisation du Programme de développement durable pour 2030, et en particulier des cibles relevant de l’objectif 8 sur la protection de tous les travailleurs, y compris les travailleurs migrants, et de l’objectif 10 sur la mise en œuvre de politiques de migration bien gérées. Les responsables politiques disposeront dorénavant de données réelles sur lesquelles fonder leurs politiques.»


Le phénomène des migrations de main-d’œuvre concerne toutes les régions du monde, même si près de la moitié (48,5 pour cent) des travailleurs migrants se concentrent dans deux grandes régions: l’Amérique du Nord et l’Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest. Les Etats arabes se caractérisent par la plus forte proportion de travailleurs immigrés dans l’ensemble de leurs travailleurs, avec un taux de 35,6 pour cent.

L’étude examine aussi la répartition de la main-d’œuvre immigrée dans les grands secteurs d’activité. La grande majorité des travailleurs migrants se trouve dans le secteur des services, avec 106,8 millions de travailleurs représentant 71,1 pour cent du total, suivi par l’industrie, y compris la production manufacturée et la construction, avec 26,7 millions de travailleurs (17,8 pour cent), et par l’agriculture avec 16,7 millions de personnes (11,1 pour cent). Parmi tous les travailleurs migrants, 7,7 pour cent sont des travailleurs domestiques.

«Cette évaluation montre que l’immense majorité des migrants part en quête de meilleures perspectives d’emploi. En appliquant une méthodologie robuste, nous pensons enrichir considérablement notre base de connaissances sur les migrations et offrir une base solide pour élaborer des politiques migratoires efficaces»,
a déclaré Manuela Tomei, Directrice du département des conditions de travail et de l’égalité (WORKQUALITY).

Des taux d’activité élevés chez les travailleurs migrants


What is the likelihood of migrant men and women to be in the labour force?


Taux d'activité mondiaux des migrant(e)s et des non-migrant(e)s, par sexe, 2013


En général, les migrants ont une plus forte propension à travailler que leurs homologues locaux. Ces taux d’activité plus élevés sont pour l’essentiel associés à une proportion plus élevée de femmes migrantes dans la main-d’œuvre.

Les données utilisées pour le calcul des estimations figurant dans ce rapport font référence aux travailleurs migrants dans le pays de destination et mesurent le nombre de migrants en 2013. Les données de 176 pays et territoires représentant 99,8 pour cent de la population mondiale en âge de travailler (âgée de 15 ans et plus) ont été intégrées dans cette étude.


Gros plan sur les travailleurs domestiques migrants

Le rapport met aussi l’accent sur les chiffres mondiaux élevés concernant les travailleurs domestiques migrants et les fortes disparités hommes/femmes dans ce secteur.

Le travail domestique est l’un des secteurs les moins régulés de l’économie et, à ce titre, préoccupe particulièrement l’OIT. En raison de la concentration des travailleuses migrantes et de la visibilité relativement faible de la main-d’œuvre dans ce secteur, de multiples formes de discrimination se superposent.

Sur les quelque 67,1 millions de travailleurs domestiques dans le monde, 11,5 millions, ou 17,2 pour cent, sont des migrants internationaux. Environ 73,4 pour cent (soit environ 8,5 millions) de tous les travailleurs domestiques migrants sont des femmes. L’Asie du Sud-Est et le Pacifique en accueillent la plus grande part, avec 24,0 pour cent de la totalité des travailleuses domestiques migrantes, suivis par l’Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, avec 22,1 pour cent du nombre total, et les Etats arabes avec 19,0 pour cent.

Avec le vieillissement des sociétés et d’autres évolutions démographiques et socioéconomiques, les travailleurs domestiques migrants devraient continuer à s’expatrier massivement pour satisfaire les besoins en matière de soins et de services domestiques.


Répartition des travailleurs domestiques migrants par sexe


«De bien des manières, la question migratoire occupe une place de choix dans le Programme de développement durable pour 2030. Les migrants ont besoin de travailler mais il est tout aussi certain qu’au cours des prochaines années de nombreuses économies de destination auront besoin de nouveaux travailleurs. Le monde devra disposer de plus de données et d’indicateurs de qualité pour suivre ces flux et ce rapport fixe de nouvelles exigences dans la quête de chiffres mondiaux fiables pour guider les responsables politiques», a conclu Rafael Diez de Medina, Directeur du département de statistique de l’OIT.

Le rapport paraît au moment où l’OIT célèbre le 40e anniversaire de la convention n° 143, la convention sur les migrations dans des conditions abusives et sur la promotion de l’égalité des chances et de traitement des travailleurs migrants  adoptée par la Conférence internationale du Travail de 1975.


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Dim 17 Jan - 2:10


salutaire Hic Salta

j'avoue que je ne n'avais jamais regardé de très près ce texte lu dans ma jeunesse, et dont avec le temps je ne retenais plus que le charme du titre-programme (sic), un peu comme "Nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères", de Flora Tristan, mais ça j'y suis encore attaché

la démonstration de Nicolas Astarian est claire et limpide, comme souvent...


Etrange popularité du « Droit à la Paresse » de Paul Lafargue Bruno Astarian Hic Salta Juin 2015


La note qui suit est un billet d’humeur contre le Droit à la Paresse. Il y a des années que je pense que ce texte ne mérite pas la réputation qu’il a. J’ai fini par y regarder d’un peu près pour vérifier si ma réaction épidermique était justifiée. La réponse est oui.

extraits
Citation :
Dans la préface à l’édition Maspéro (1982), Maurice Dommanget souligne la très large diffusion du Droit à la Paresse, paru en 1880. De nombreuses traductions en ont été faites y compris en Union Soviétique, dans les pays de l’Est et dans l’Espagne de 1936. Ce succès ne se dément pas aujourd’hui, et il faut renoncer à compter les éditions et traductions du Droit à la Paresse actuellement sur le marché. Dommanget explique le succès du « brillant paradoxe » que constitue le texte par sa « forme leste, délicate, attrayante », ainsi que par son « ironie mordante et impitoyable ».

Pour ma part, je trouve le texte d’un humour un peu lourd et méprisant. En outre, et comme Dommanget le dit lui-même pour se rassurer, le Droit à la Paresse n’est pas contre le travail, mais pour un bon équilibre entre travail et loisirs. Il est ainsi parfaitement conforme au programme prolétarien, désormais caduque. Le succès actuel du texte montre-t-il que cette caducité du programme prolétarien est encore loin d’être actée, même dans les milieux de l’ultra-gauche ?

Plan
Citation :
1 – Un programme prolétarien classique

2 – La faute aux prolétaires

3 – Pas viriles les prolétaires ?

(le droit aux loisirs)


Ce qui entretient la popularité de Lafargue, c’est sans doute qu’il n’affirme la dictature du travail (tout le monde fait trois heures par jour) que derrière le droit aux loisirs. Mais le couple travail/loisir est bien là, et les deux pôles du couple se présentent de la façon la plus traditionnelle. Hormis le temps de travail, rien n’est changé dans cette activité : développement des forces productives, industrialisation, mode de consommation sans changement, etc. Quant aux loisirs, il en va de même :

Citation :
« il faudra, par des lois sévères, imposer aux ouvrières et aux ouvriers en passementerie, en dentelles, en fer, en bâtiments, du canotage hygiénique et des exercices chorégraphiques pour le rétabliseement de leur santé et le perfectionnement de la race » (145)

Et puis, « il y aura des spectacles et des représentations théâtrales toujours et toujours » (147).

Au final, malgré les outrances et l’humour, Le Droit à la Paresse est de la même eau que la Critique du programme de Gotha. Comme pour ce dernier, il s’agit d’un texte programmatique. Mais à la différence de ce dernier, il met plus l’accent sur le loisir que sur le travail dans la société communiste. Dans la Critique du programme de Gotha, Marx reproche à Lassalle de ne pas dire ce qu’est une journée « normale » de travail. Il ne le dit pas non plus, mais fait plusieurs remarques incidentes (sur le rapport école/industrie, sur le travail dans les prisons) qui indiquent que, selon lui, il faudra surtout travailler. Lafargue prend le contre-pied: il faudra surtout s’esbaudir. Mais la jouissance chez Lafargue consiste surtout à consommer beaucoup, à faire la fête et l’amour, ce qu’il représente comme le dépassement tant attendu de la stupidité et de la soumission prolétarienne. Le couple travail/loisir est respecté, et les productivistes peuvent dormir tranquille.

La critique du couple travail/loisir semble être devenue aujourd’hui une banalité. Comment se fait-il que le Droit à la paresse soit encore si populaire ? Déjà dans les années 1920, le Moker Groep * avait, dans Le travail est un crime, dépassé le point de vue étroit de Lafargue. Bien que se revendiquant du Droit à la paresse, le Moker Groep est en progrès par rapport à Lafargue en ce qu’il oppose au travail « la vie », « la création », « le corps », « les idées » (p. 27), et pas simplement le loisir. Le groupe est d’ailleurs contre le sport. Il va même jusqu’à revendiquer de se libérer du temps et des lieux (p. 7). Les membres du groupe sont anti-usine: ils n’acceptent d’aller à l’usine pour gagner leur vie qu’à condition d’y pratiquer le sabotage (p. Cool. Et si, dans la lutte, les travailleurs ne peuvent pas occuper une usine, il faut la détruire (p. 22). On peut aussi mentionner le rejet d’une organisation unitaire à tout prix, le rejet du « droit au travail », la critique du taylorisme sans nostalgie du métier, le rejet des revendications et l’exigence de l’immédiateté du socialisme.

Aujourd’hui, les propositions du Moker Groep, bien platoniques d’ailleurs dans le contexte de reflux des luttes où fut publiée la brochure, sont devenues elles aussi des banalités. Raison de plus pour mettre Le Droit à la paresse aux rayons des curiosités historiques sans utilité directe.

* Le travail est un crime Herman J. Schuurman Moker Groep 2007



anti-travail anti-loisirs

personnellement, je n'ai jamais considéré comme "loisirs" les activités auxquelles je me livrais hors de mes heures de travail, et mes patrons m'auront aidé à consacrer celles-là à celles-ci. Au fil de ma non-carrière, j'en ai volées de plus en plus à écrire, sur le jazz puis de la "théorie", ou de la poésie, dont une bonne part anti-travail... bref, selon Frank V. chez dndf, « une sacrée bouillabaisse intellectuelle qui donne quelques fois du patlotchisme tendance pisse copie au km (le mec qui se fait chier dans son placard) »

"le mec" que je suis, non seulement donc ne s'emmerdait pas dans son placard, mais il en est sorti pour trouver autant de plaisir à le faire sans patron, et ça, c'est à la portée de tout un chacun d'en prendre la liberté, quand il peut, car cela reste malheureusement le privilège d'une minorité de retraités, et je conchie bien bas ceux qui occupent leur retraite de "loisirs" d'ultragauche



MISÈRE DU TEMPS SOCIAL

C'est l'ami du travail,
l'ennemi de nos pas,
qu'il compte où que l'on aille,
de naissance à trépas

Mort à ce temps social !
à ses cadrans pour crans,
pseudos du capital,
à sa cadence en rangs

Alignés réguliers,
égrenés singuliers,
et sans fête commune

Que le viol de ses règles
en volant dans le vent
qu'elle souffle devant


17 octobre 2007, 21h22


LE TEMPS LIBRE

extrait

Leur temps libre c'est
Notre temps d'esclaves du temps c'est
Leur temps de maîtres du temps c'est
Le contremaître de nos loisirs cadencés
Conte à rebours, contre le temps compte la montre  
Argent du temps contre temps de l'argent

[...]

Libre du temps, on a tout le temps
Le temps libre, ça n'existe pas !

L'éternité, temps mis à mort,
La mer sans horizon soleil toujours touchant

Le temps libre, c'est le temps aboli
Par mon soleil, le vent


12 janvier 2010, 20h50


POTLATCH

Contrat de non-travail

Patron, si tu préfères
m'offrir un bon salaire
pour ne point travailler

Être payé
à ne rien faire
n'est pas pour m'ennuyer

Un placard au soleil
huit heures de repos
obligé mais à l'œil
l'écart vient à propos

Distribuer le goût
d'autres activités
l'aversion des grigous
versée à gratuité


Ailleurs, 25 mars 2011


source Patlotch : TRAVAILLER POÈME (1983-2012)

sommaire

- Le travail, tout un poème, poèmes
- Gloses sur une indisposition au travail
- "Anti-travail" et communisation, bibliographie sélective
- Postface / Diagonale d'un fou et de ses échecs

.
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 28 Avr - 14:11


non ce n'est pas dans le moment actuel du capital et des luttes, mais ce passé l'éclaire. Article trouvé via Tweets du PIR


prolos et immigrés, il y a trente ans
que vient faire la dignité dans tout ça ?

Des grèves de la dignité aux luttes contre les licenciements : les travailleurs immigrés de Citroën et Talbot, 1982-1984

Alors que continue la grève des travailleurs/ses de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois, qui se battent depuis plusieurs mois contre la fermeture du site mais aussi contre la répression patronale, nous publions cet article de Vincent Gay, qui revient en détail sur les luttes menées au début des années 1980 par les OS immigrés des usines Citroën et Talbot, respectivement à Aulnay-sous-Bois et Poissy.

Citation :
Le début des années 1980 est une période de mutations profondes, à l'échelle internationale comme en France. Les élections respectives de Ronald Reagan et Margaret Thatcher annoncent le vaste tournant politique qui est alors en train de s'opérer, qui va faire de la décennie le grand cauchemar que décrit François Cusset1 à propos du cas français. Ce grand cauchemar se caractérise entre autres par la mise à l'index des utopies soixante-huitardes, le reclassement d'une partie des élites issues de l'extrême-gauche, et plus largement par le déploiement d'un consensus entre les principales forces politiques autour de la nécessité d'un programme économique néo-libéral.

Si ce regard a posteriori est pleinement justifié, il ne saurait masquer un certain nombre de questions que des luttes sociales mettent au grand jour au début de la décennie. Parmi celles-ci, l'immigration, et plus particulièrement le devenir des populations immigrées ou héritières de l'immigration, est l'enjeu de nombreux conflits et mobilisations. Or, si la marche pour l'égalité et contre le racisme en décembre 1983 est demeurée dans les mémoires, faisant du beur de deuxième génération une figure médiatique, les grèves menées par les ouvriers immigrés de l’automobile de la région parisienne posent la question du devenir d'un salariat particulièrement dominé et exploité, dans une industrie en constante restructuration.

A partir de l'étude des conflits dans deux usines, Citroën à Aulnay-sous-Bois, et Talbot à Poissy, entre 1982 et 1984, nous étudierons comment à cette période se dessinent les enjeux quant à la place de ces travailleurs dans la société française, et de quelle manière peut-on lire, à partir des conflits du travail, les tensions qui traversent les choix gouvernementaux quant au devenir de l'immigration.


Les OS et la restructuration de l'automobile

La fin des années 1970 voit le début d'un processus de restructuration profond de l'industrie automobile au niveau international, qui tend à une spécialisation des usines et à une diminution de leur taille. Il faut alors en finir avec les grandes concentrations ouvrières où les automobiles étaient construites de A à Z. Certaines usines ferment, des rachats et fusions d'entreprise ont lieu, en particulier au sein de Peugeot qui rachète Citroën puis Chrysler France (ex-Simca).

Du coté des salariés, outre la multiplication des jours de chômage technique, on assiste à l'arrêt des embauches, puis aux premiers licenciements collectifs, à une dégradation des conditions de travail, une lutte contre l'absentéisme, bref, un durcissement des rapports sociaux au sein des entreprises. Les changements auxquels doivent faire face les salariés sont très rapides, ce qu'on peut expliquer par les choix opérés par le patronat à la fin des années 1960. Alors que l'automobile connaît une période d'expansion, les constructeurs ne procèdent pas à une modernisation de leurs installations, mais font le choix d'embaucher massivement une main-d’œuvre immigrée, ce qui va notamment permettre de repousser à plus tard la modernisation.

Dans les projets patronaux, formation et promotion des ouvriers spécialisés (OS) ne sont ni possibles ni nécessaires.En 1971, le Conseil National du Patronat Français (CNPF) publie une étude consacrée aux OS où il explique que « s’il s’agit de main-d’œuvre étrangère comprenant mal le français, la spécialisation devra rester la règle, une main d’œuvre trop fruste ne pouvant s’y adapter [à la modernisation]. […] Un grand nombre resteront OS. La promotion et la formation ne sont applicables qu’à un nombre restreint d’OS. Beaucoup n’auront pas les capacités, ou la volonté, d’y recourir, ou les événements leur seront hostiles, ou l’usine ne pourra pas leur offrir de telles possibilités de formation et de promotion »2.

Refusant donc par avance toute possibilité de promotion dans les usines, le patronat condamne les OS immigrés à n'occuper qu'une fonction temporaire en maintenant bas salaires et conditions de travail pénibles, d'autant plus qu'opérer des changements dans l'organisation du travail juste après les grèves de 1968 pouvait constituer un risque certain pour les employeurs. Ces choix industriels contribuent à modifier fortement la sociologie des usines, particulièrement dans celles étudiées où arrivent des travailleurs issus de migrations récentes, Marocains en majorité, Turcs, Yougoslaves notamment.


La question immigrée dans les années 1970

Parallèlement aux embauches massives et à la mise au travail dans des positions très subordonnées des immigrés, l'immigration est l'objet d'une forte politisation dans les années 1970, tant à travers la place que prennent les immigrés dans les luttes sociales que du fait des mesures prises à leur encontre par les gouvernements successifs.

Différents types de luttes mettent en lumière les problèmes auxquels sont confrontés les immigrés. Il s'agit tout d'abord de luttes ouvrières, c'est-à-dire mettant en cause la condition ouvrière proprement dite, les cadences infernales, les bas salaires des OS et l'arbitraire des classifications. Ainsi, en 1972, dans l'usine Pennaroya de Lyon, une grève de trois semaines permet aux ouvriers immigrés d'obtenir des augmentations salariales, la reconnaissance de l'ancienneté, des contrôles sur les produits toxiques et la construction d'un foyer neuf3. Quelques mois plus tard, en mars 1973, les ouvriers des presses de Renault-Billancourt obtiennent après trois semaines de grève la garantie d'un coefficient identique à tous les travailleurs, ce qui permet une progression de carrière égalitaire. Cette grève illustre par ailleurs la capacité d'auto-organisation de ces travailleurs et certaines différences avec des luttes syndicales plus classiques4.

Mais les luttes immigrées ne se cantonnent pas au lieu de travail, et la question du logement va mobiliser les énergies entre 1973 et 1979 lors de la longue grève des loyers dans les foyers SONACOTRA où sont entassés les immigrés5. Travail et logement sont donc au cœur de la condition sociale immigrée, mais les luttes se déploient également sur d'autres terrains, en particulier celui du racisme quotidien et de la xénophobie d'Etat. Des grèves de la faim contre les expulsions en 1972 aux mobilisations de la fin de la décennie contre les lois Bonnet-Stoléru visant à limiter la présence immigrée en France, en passant par la grève contre les actes racistes déclenchée par le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) en septembre 19736, ces années voient l'éclosion d'une multitude de mouvements, associations, publications, transformant l'image du travailleur immigré, qui, de catégorie sociologique passe à celle d'acteur politique dans la société française. Cette figure n’est plus seulement celle de la victime, passive et transparente, mais celle d’un groupe qui gagne en visibilité et qui percute ainsi les conceptions sur la place de l’étranger au sein de la nation.

L'autre pan de la politisation de la question immigrée se joue au sein de l’État et des gouvernements qui se succèdent dans les années 1970. Un arsenal législatif est adopté tout au long de la décennie, en même temps que la haute fonction publique produit un nouveau discours sur l'immigration7. Discours étatique et législation visent dans une certaine mesure à répondre à la diffusion d'un sentiment antiraciste lié aux mobilisations des immigrés et de leurs soutiens, d'où l'adoption de la loi contre le racisme en 1972. Mais surtout, les mesures se succèdent pour limiter les flux migratoires et afficher un contrôle de l'immigration par l’État. Dès 1972 les circulaires Marcellin-Fontanet conditionnent l'attribution de cartes de séjour à la possession de contrats de travail d'un an et d'un logement décent, ce qui provoque la grève de la faim d'immigrés menacés d'expulsion. En 1974, l'immigration de travail est suspendue provisoirement, puis durablement, tout comme, pendant une courte période, l'immigration familiale.

La décennie voit également s'accentuer les différenciations entre migrants puisque si la construction européenne autorise la libre circulation au sein de la CEE, ce sont les migrations issues des anciennes colonies qui connaissent le plus de restrictions. Ces restrictions s'accentuent à la fin de la décennie, lorsque, face à la croissance du chômage qui dépasse un million de personnes en 1976, le gouvernement cherche à remplacer les travailleurs immigrés par des travailleurs français dans certains secteurs industriels, faisant la promotion d'un travail manuel qui ne serait pas destiné aux étrangers. Les aides au retour de 10 000 francs instaurées en 1977 par Lionel Stoléru, secrétaire d'Etat en charge des travailleurs immigrés et des travailleurs manuels, puis les lois Bonnet-Stoléru de 1979-80 visant à limiter le renouvellement des titres de séjour et à faciliter les expulsions sont l'objet de vives critiques de la gauche politique, des syndicats et des associations immigrées.

Si ce durcissement des politiques d'immigration reste le trait marquant de la décennie, en particulier dans sa seconde moitié, on assiste cependant dans le même temps à l'ouverture de nouveaux droits pour les travailleurs immigrés dans les entreprises : droit d’éligibilité aux comités d'entreprise en 1972, mais conditionné à la maîtrise du français oral et écrit ; suppression de l'obligation de maîtrise de l'écrit du français en 1975 et droit d'occuper des responsabilités syndicales ; cependant des discriminations subsistent qui différencient étrangers européens et non européens.


Citroën et Talbot, les usines de la peur 8

Aussi important soit-il, le cadre législatif a des effets différenciés selon les entreprises. Celles-ci peuvent constituer des systèmes sociaux particuliers, qui renvoient tant à leurs caractéristiques sociologiques propres qu'à leurs histoires respectives. Les usines Citroën et Simca-Talbot9 représentent des caractéristiques atypiques, mais d'une certaine façon se rapprochent d'un idéal-type de mise au travail d'une main-d’œuvre immigrée dans une entreprise fordiste. Ce qui distingue ces usines du reste de l'industrie automobile, c'est la place qu'occupe le syndicalisme indépendant dans le système de relations sociales.

Peu connu, aujourd’hui quasiment disparu, ce syndicalisme bien particulier est né au lendemain de la deuxième guerre mondiale de différents réseaux de droite et d’extrême-droite collaborationniste. Sous le nom de Confédération Française du Travail (CFT) puis Confédération des Syndicats Libres (CSL), il s'implante durablement d’abord à l’usine de Poissy (Simca) dès les années 195010, puis dans les usines Citroën après 1968. La CFT est un outil d'élimination rapide de la CGT à la fin des années 1950 à Simca, mais au-delà, elle participe à une forme très poussée de paternalisme coercitif qui repose sur deux piliers, la direction de l'entreprise et le syndicat indépendant11. Par un quadrillage permanent de l’entreprise, la CFT-CSL gère de fait les ressources humaines, attribuant primes, avantages, cadeaux, mais aussi sanctions et punitions, selon le degré d’allégeance dont font preuve les salariés. Ainsi, plusieurs centaines de collecteurs, conseillers d’ateliers, agents de secteurs, interprètes sont rémunérés uniquement pour entretenir le système, veiller sur les salariés et les surveiller, dans l’usine comme en dehors. Le syndicalisme indépendant constitue donc une véritable hiérarchie parallèle.

Pour les immigrés qui arrivent, souvent recrutés collectivement dans leurs pays d’origine, la carte du syndicat indépendant, désignée comme « la petite carte de la tranquillité » est distribuée lors de l’embauche avec les autres papiers, et l’argent de la cotisation est déduit de la première somme versée par l’entreprise. Les collecteurs du syndicat harcèlent bien souvent les salariés pour les faire adhérer. Ceux qui refusent sont souvent ostracisés et voient leurs carrières bloquées. Quant à adhérer à un autre syndicat, c'est quasiment impossible, sauf à être élu délégué du personnel ce qui assure une protection légale, mais n'est pas possible avant 1972 pour les immigrés. La CGT se construit donc clandestinement dans ces usines, ses membres ne se connaissent pas ou peu les uns les autres, et les violences et sanctions dont ils sont victimes les découragent bien souvent. Pendant de nombreuses années, ce système n'est pas contesté, du fait bien sûr de la répression syndicale, mais aussi à cause des bénéfices qu'il apporte aux salariés, en particulier les Français qui font de longues carrières dans ces usines. Les OS immigrés d'un coté, les Français syndicalistes de l'autre bénéficient beaucoup moins de ces avantages, ce qui va, un temps au moins, faciliter la rencontre et une compréhension commune des systèmes sociaux de ces usines.

Ces systèmes sociaux, particulièrement au moment où la hausse de la production nécessite des embauches massives, ne pourraient fonctionner aussi bien sans l’utilisation de la main-d’œuvre immigrée. Représentant entre 50 et 75 % des salariés des usines Citroën et Talbot en région parisienne12, et bien plus dans certains ateliers, les immigrés sont dès leur embauche placés dans une situation extrêmement subordonnée, inscrits dans un destin « d'OS à vie ». La différenciation professionnelle au cœur de cet enfermement dans la condition d'OS est en effet redoublée par une différenciation ethnique. Si dès l'embauche la majorité des immigrées est affectée aux tâches subalternes les plus dures et les moins bien rémunérées, les discriminations qu'ils subissent augmentent au cours de la carrière, notamment du fait de l'inégale répartition des formations internes dont les trois quarts sont destinés aux ouvriers qualifiés, le plus souvent français. Les formations destinées aux OS sont limitées à certaines tâches et ne visent pas l'acquisition de compétences permettant de faire évoluer sa carrière. On a là des effets cumulés qui renforcent l'assignation ethnicisée à certains postes, d'autant plus que la composition de l'encadrement renforce le dualisme ethnique13.


Le printemps des OS immigrés

Les années 1970 aux usines Citroën et Simca-Talbot sont marquées par un calme apparent. Nulle contestation visible ne semble entraver le dynamisme industriel des deux constructeurs, et les velléités de révoltes sont tuées dans l’œuf. Pourtant, les débuts de la crise que connaît le secteur automobile à la fin de la décennie et la difficulté pour les entreprises à assurer un niveau de redistribution suffisant pour légitimer leur système changent le climat. Par ailleurs, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et les projets de droits nouveaux pour les salariés (lois Auroux) modifient l’état d’esprit des salariés et des syndicalistes, ce qui se manifeste dès le début de l’année 1982 par la présentation d’une trentaine de personnes sur une liste de la CGT à Aulnay, et une progression de ce même syndicat à Poissy (30,5 %), ce qui est complètement inédit dans des usines où la CGT n'avait pas le droit de cité.

Cependant ce qui va se passer à partir de la fin avril est largement inattendu. A Citroën-Aulnay d’abord où, le 22 avril, l’équipe du soir décide de débrayer, alors qu’il n’y a pas eu d’appel syndical à la grève. La grève s’élargit et la production est complètement arrêtée à partir du 26 avril. Le mouvement va durer cinq semaines, entrainant dans le mouvement les usines de Levallois, Asnières et Saint-Ouen. Cinq semaines d’occupation des parkings de l’usine, de manifestations en Seine-Saint-Denis ou à Paris, de contre-manifestations de la direction Citroën…. qui se terminent par une victoire éclatante des ouvriers et la nomination d’un médiateur, Jean-Jacques Dupeyroux, professeur de droit et fondateur de la revue Droit Social, dont les recommandations doivent mettre fin au système Citroën. La reprise du travail le 1er juin est suivie par le début de la grève à l’usine de Poissy dès le lendemain, la première depuis 28 ans, avec occupation du principal atelier et batailles rangées dans l’usine où pour la première fois les salariés répliquent physiquement à la hiérarchie et au syndicat indépendant et prennent le dessus. Le même médiateur qu’à Citroën soumet des propositions, qui mettent fin au conflit et permettent la reprise du travail le 5 juillet.

Compte tenu de l'affaiblissement de la conflictualité sociale dans cette période, ces grèves constituent un phénomène relativement exceptionnel14 tant par leur durée que par le fait qu'elles s'étendent à différentes usines d'un groupe, puis se propagent d'une marque à une autre, de Citroën à Talbot15. Mais ce sont également les questions portées par les grévistes et les discours qu'ils construisent alors qui constituent leur caractère exceptionnel. Particulièrement à l'usine d'Aulnay-sous-Bois où ils occupent les parkings, les OS immigrés font de ces cinq semaines de grève un moment de libération d'une parole longtemps muselée, et témoignent, auprès des journalistes ou dans le mégaphone de la CGT, de ce qu'ils ont vécu jusqu'ici.

Au-delà des revendications syndicales (salaires, évolutions de carrière, conditions de travail, libertés syndicales, revendications spécifiques aux travailleurs immigrés), la question de la dignité est omniprésente dans les paroles des OS, qui renvoie tant à la dignité en tant que salariés vis-à-vis de l’entreprise, qu'en tant qu’immigrés vis-à-vis de la France. Le Manifeste des OS d'Aulnay, rédigé par des syndicalistes CGT sur la base de ces témoignages synthétise cette aspiration à mettre fin à un système identifié comme tel, et à entrer dans le droit commun [voir encadré].


Manifeste des OS de Citroën-Aulnay (extraits)


Citation :
Nous sommes OS à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois. Nous y subissons depuis des années le poids d’une véritable chape de plomb.

L’usine d’Aulnay, c’est l’usine de la peur. […]

Aujourd’hui, forts de notre grève, nous proclamons :

Le système de répression Citroën : c’est fini.

La terreur : c’est fini.

Les barrières entre travailleurs : c’est fini.

- Fini le quadrillage de l’usine par les mouchards pour mieux réprimer les travailleurs, et pour faire passer la politique de la direction ;

- Fini la hiérarchie parallèle, doublant la maîtrise et les techniciens (affectation à des postes productifs) ;

- Fini les agents de secteurs qui balancent avertissements et lettres à domicile, sans motifs valables ;

- Fini les cadeaux au "chef-interprète", fini le pastis au chef… pour obtenir ainsi : une promotion, un congé pour enfant malade, etc. ;

- Fini les insultes racistes ;

- Fini la médecine maison, les pressions par les agents de secteurs, pour reprise du travail avant guérison – ou pour décider à la place de la médecine du Travail de la gravité d’un accident, ou pour nous garder plusieurs jours à l’infirmerie.

Nous ne supporterons plus d’être traités en esclaves.

Nous voulons tout simplement avoir les mêmes droits que tous les travailleurs :

- le respect de la dignité ;

- la liberté de parler avec qui nous voulons ;

- de prendre la carte du syndicat de notre choix ;

- de voter librement.

Nous voulons

- choisir l’interprète de notre choix […] ;

- qu’on nous reconnaissance le droit de pensée et de religion différentes […] ;

- des élections libres […] ;

- voter comme tous les autres travailleurs de ce pays […]

Chez Citroën, la liberté et les droits de l’homme doivent triompher.


Alors que pour certains historiens, la décennie d'insubordination ouvrière s'est close en 197916, les OS immigrés prolongent donc d'une certaine façon le cycle des luttes ouvrières qui a suivi mai 68, dans un contexte cependant très différent. Par ailleurs, il ne s'agit pas là d'un brusque éclat, aussi violent que soudain, mais bien d'une mise en mouvement durable. Si on ne doit pas négliger le rôle des syndicalistes français, le plus souvent ouvriers professionnels, dans les usines ou à l’extérieur, le fait exceptionnel et nouveau, c’est que le régime de subordination des OS immigrés n’a pas produit une apathie mais bien au contraire une révolte latente qui surgit brusquement au printemps 1982 et continue à s’exprimer dans les mois suivants. Alors qu’ils sont cantonnés à une position dominée dans le travail, leur participation aux grèves, puis leur intégration dans les équipes syndicales modifient leur position, les faisant accéder à un statut d’acteurs politiques, de sujets capables de prendre leurs affaires en mains. Deux faits attestent particulièrement de ce phénomène.

Se syndiquer et devenir un délégué de chaîne

En quelques jours, la CGT de Talbot-Poissy devient le plus gros syndicat d’entreprise d’Ile-de-France (environ 4000 adhésions), et dans les usines Citroën, le taux de syndicalisation est de même importance ; 1500 adhésions à la CGT et 350 à la CFDT à Aulnay sont réalisées pendant la grève.

Mais cela pose la question du décalage entre cette syndicalisation massive et rapide, et la structurelle institutionnelle de représentation des salariés qui ne correspond plus aux nouveaux rapports de force. La réponse pragmatique choisie par les ouvriers et les syndicats est de créer une structure d’organisation à coté des formes classiques de représentation : les délégués de chaîne, à propos desquels France Soir parle de soviétisation de la chaîne. Chaque chaîne de montage désigne des délégués chargés de la représenter et de régler rapidement les problèmes qui se posent aux ouvriers, notamment dans leurs relations avec les contremaîtres. Symboles des changements de position et d'attitude vis-à-vis de la hiérarchie, les délégués de chaîne sont aussi une forme de médiation entre OS et maîtrise, limitant autant que faire se peut les réactions violentes et les actes vengeurs contre les contremaîtres. Surtout, cette nouvelle situation constitue pour les directions un sapement de l’ordre interne, non seulement parce qu’elle ronge l’influence de la CSL mais aussi parce qu’elle institue un auto-pouvoir en dehors des canaux institutionnels dont elle maîtrise les codes. Là est peut-être la plus grande violence du point de vue patronal, ce qu'exprime ainsi un conseiller des cadres de Talbot : « la tentative de création de délégués de chaînes est une invention diabolique révolutionnaire. Elle est un acte de violence pseudo-juridique destiné à accentuer le phénomène de terreur par son caractère unilatéral, comme si le droit social n’existait pas, et surtout comme si Peugeot n’existait plus. »


Produire sans patron

Alors que les idéaux autogestionnaires cristallisés autour de LIP se sont en ce début des années 1980 peu à peu évanouis, une expérience inédite, mais cependant très furtive, voit le jour dans l'usine de Poissy et met en lumière le contre-pouvoir initié par les OS immigrés. Face aux baisses de production du début de l'année 1983, la direction de l'usine Talbot décide de recourir au chômage technique. Pour les équipes syndicales, la grève ne semble pas être le moyen le plus efficace pour résister. Leur perspective est de montrer qu'il est toujours possible de produire, et que les ouvriers ont toutes les capacités de le faire, si besoin sans l'aval de leur hiérarchie, à un moment où la modernisation de l'usine et l'arrivée des robots menace de chômage les ouvriers sans formation. Ainsi, pendant plusieurs jours, les délégués de chaîne, les militants, les simples ouvriers décident de faire tourner l'usine sans patron. Ils remettent en route la production et réalisent toutes les opérations nécessaires à la fabrication des voitures. L'objectif n'est pas tant de s'approprier la production sur un mode autogestionnaire et pour une longue durée, que de faire une démonstration politique : démonstration d'un savoir-faire ouvrier, démonstration d'une prise en charge collective de son sort, et démonstration de la possibilité de produire quand la direction de l'entreprise souhaite ralentir cette production. Plusieurs centaines de voitures sont ainsi produites par les ouvriers, permettant une alliance conjoncturelle avec d'autres secteurs professionnels, chefs d'équipes et ingénieurs, et illustrant un certain attachement à l'usine en tant que lieu de travail et source d'emploi. Réponse pragmatique à une situation donnée, cette remise en route de la production sous contrôle ouvrier vise aussi à réfuter le discours patronal selon lequel c'est la mobilisation des ouvriers qui cause la ruine de l'entreprise. On retrouve ici certaines des caractéristiques des grèves productives des années 1970 : partage des savoirs-faire, appropriation des lieux et des outils, émulation et fierté collective. C'est donc un nouveau rapport à la production qui se dessine pendant quelques jours, rendu possible par les nouvelles positions symboliques conquises par les luttes des mois précédents, grâce auxquelles les ouvriers immigrés peuvent sortir partiellement de leur position subordonnée et réinvestir ce changement de position dans leur rapport au travail.


La gauche de gouvernement et l'immigration

Les événements qui secouent Talbot et Citroën, mais aussi dans une moindre mesure d'autres usines automobiles, sont concomitants à des redéfinitions des orientations gouvernementales quant aux politiques d'immigration. Lors des conflits de 1982, qui se déroulaient au moment des négociations sur les droits nouveaux des salariés (lois Auroux), les OS immigrés avaient pu compter sur le soutien des partis de gouvernement. En 1983 d'une part s'amorce une nouvelle réflexion sur l'immigration, d'autre part de nouvelles attitudes vis-à-vis des travailleurs immigrés se font jour. Le gouvernement d'union de la gauche tire en effet un premier bilan de sa politique d'immigration. Celle-ci est tiraillée entre des logiques contradictoires, en particulier celle du ministre de l'Intérieur et celle du secrétariat d’État aux immigrés. De plus des sondages indiquent que c'est sur cette question-là que le gouvernement est l'objet des plus vives critiques de la part de son électorat. Enfin, les premiers succès électoraux du Front National lors des élections municipales de mars 1983 semblent valider l'hypothèse d'une France de plus en plus raciste.

Ces différents éléments conduisent le gouvernement à réorienter sa politique d'immigration, et Georgina Dufoix, nommée secrétaire d'État à la Famille, à la Population et aux Travailleurs immigrés en mars 1983, synthétise ces nouvelles orientations en août de la même année. Il s'agit à la fois de faire face aux risques d'augmentation de la population immigrée, de rassurer les Français inquiets, sans pour autant susciter l'ire des immigrés et leurs soutiens, autrement dit, selon les termes de la secrétaire d’État, « équilibrer départs et arrivées et parvenir à un excédent des départs sur les arrivées ; assurer la reconnaissance, en contrepartie de mesures restrictives, de la présence durable, et le plus souvent définitive, des communautés d’origine étrangère, cela afin d’apaiser l’inquiétude des communautés et d’inciter l’opinion française à accepter leur insertion ».

Mais cette position d'équilibre visant à répondre aux attentes contradictoires censées traverser la société française peut aussi être éclairée par l'émergence de la question de l'Islam dans l'espace public. Or cette question est étroitement corrélée aux grèves des travailleurs immigrés de l'automobile. Si humoristes et dessinateurs de la presse de droite construisent l'image de l'ouvrier immigré-musulman-gréviste, ce sont surtout des déclarations de plusieurs ministres qui donnent crédit à une telle construction.Pierre Mauroy, Premier ministre, et Gaston Deferre, expliquent ainsi les grèves par la présence d'intégristes parmi les ouvriers ; Jean Auroux, ministre du Travail, multiplie les propos à ce sujet : « S’il est prouvé que des influences extérieures d’inspiration religieuse ou politique ont pesé sur le comportement des immigrés en grève […] alors le gouvernement prendra ses responsabilités et en premier lieu le ministère du travail. Nous ne tolérerons pas que ces attitudes compromettent la réussite des entreprises en agissant contre l’intérêt national »17. « Il y a, à l’évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n’est pas exclusivement syndicale »18. « Lorsque des ouvriers prêtent serment sur le Coran dans un mouvement syndical, il y a des données qui sont extra-syndicales […] Un certain nombre de gens sont intéressés à la déstabilisation politique ou sociale de notre pays parce que nous représentons trop de choses en matière de liberté et de pluralisme »19.

Après le soutien des partis d'union de la gauche lors des grèves de 1982, le changement d'état d'esprit au sein du gouvernement est patent, ce qui ne peut qu'avoir des conséquences lors des événements ultérieurs.


Face aux licenciements

Arguant de sa mauvaise santé financière et de la baisse de ses ventes, le groupe Peugeot souhaite procéder à un vaste plan de suppressions d'emplois et ainsi opérer une restructuration de ses usines. En juillet 1983, il annonce ce plan qui menace 4140 emplois à Talbot, 4000 pour la marque Peugeot et 4500 pour Citroën. L'usine de Poissy est particulièrement concernée puisque, outre les préretraites, 2905 licenciements sont prévus, qui doivent toucher essentiellement les ouvriers sur chaîne, immigrés pour la plupart.

Premiers concernés, les ouvriers de Talbot se mobilisent dès l'été puis entament une grève avec occupation de l'usine le 7 décembre 1983. Des négociations entre le groupe Peugeot et le gouvernement aboutissent à baisser le nombre de licenciements à 1905 et à enrichir le plan social de nouvelles clauses. Si le début du mouvement avait montré une forte unité parmi les salariés et une mise entre parenthèses des divisions syndicales entre la CGT et la CFDT, les nouvelles propositions de la direction de l'entreprise créent le trouble. Alors que le gouvernement semble se satisfaire de ces décisions, la fédération de la métallurgie CGT parle d'une « première avancée constructive », tandis que la section CGT de l'usine appelle à poursuivre le conflit pour l'ouverture de négociations. L'ambivalence de la position de la CGT mine la confiance des ouvriers, et lorsqu'arrivent les lettres de licenciement, se confirme le caractère ethnicisé des suppressions d'emplois, puisque parmi les licenciés 80 % sont étrangers et parmi les 20 % restant, une majorité est originaire des DOM-TOM. Les licenciements touchent également fortement les équipes syndicales, cinquante délégués de chaînes CGT et quinze de la CFDT étant licenciés.

Si le conflit se poursuit tout au long du mois de décembre, la désunion syndicale est de plus en plus forte, le nombre d'occupants de l'usine de moins en moins important, et la fin du conflit est particulièrement violente. Entre le 3 et le 5 janvier 1984, les grévistes sont attaqués par les militants de la CSL, secondés par un groupuscule d'extrême-droite20, mais aussi par d'autres travailleurs non syndiqués. La violence physique de ces affrontements, qui font plusieurs blessés, obligent les syndicats à faire appel aux forces de l'ordre pour évacuer les grévistes qui sortent sous les huées, les cris et les slogans « les Arabes au four », « les Noirs à la mer ». Quelques mois plus tard, Citroën connait un scénario semblable, moins violent cependant. Face aux licenciements, des grèves et des occupations d’usines ont lieu à Aulnay, Levallois, Nanterre et Asnières en mai 1984, et le gouvernement semble refuser dans un premier temps les 2417 licenciements demandés par Citroën. Mais pendant l’été, il donne son aval à 1909 licenciements, contre des modifications partielles du plan social. Les tentatives syndicales pour relancer la lutte contre les licenciements à la rentrée restent vaines. Comme à Poissy, une large majorité des licenciés sont immigrés, et parmi eux, beaucoup sont syndiqués à la CGT.

Si l'émoi est fort au sein des usines, au gouvernement, ce n’est pas nécessairement le pessimisme qui règne, certains conseillers voyant dans le cas de Talbot « un point de référence pour les conversions industrielles à venir ». Les événements que constituent ces licenciements et ces grèves sont une occasion pour le gouvernement de légitimer un nouvel axe de sa politique d'immigration, ou plutôt la remise au goût du jour d'une mesure instaurée par le gouvernement de droite précédent, à savoir les aides au retour. Rebaptisée aide à la réinsertion, ce « terme-alibi acceptable par tous »21, l'aide au retour est intégrée à la nouvelle loi sur l’immigration adoptée le 17 juillet 1984 et votée par tous les groupes parlementaires. Pour ne pas reproduire cependant la politique du gouvernement précédent, le gouvernement de gauche souhaite inscrire les aides à la réinsertion dans une politique de coopération avec les pays d’émigration, mais peu de pays répondent favorablement à un retour massif de leurs ressortissants. L’aide à la réinsertion prend alors plus une dimension symbolique, à la fois à destination des Français supposés désirer un renvoi d'une partie des immigrés dans leur pays d'origine, et à destination des immigrés eux-mêmes, comme un « rappel de leur vérité essentielle et, au fond, une invite à partir »22.

Faire l'histoire des conflits dans les usines Citroën et Talbot entre 1982 et 1984 permet donc de poser la question du devenir des travailleurs immigrés dans une période de profonds changements, tant politiques qu'économiques et industriels. Il ne s’agit pas de dire que ces événements provoquent un brusque virage de la situation politique et sociale. Mais en eux se concentrent différents phénomènes qui se conjuguent dans la France du début des années 1980. Transformations de l’appareil productif et introduction de nouvelles organisations du travail, chômage de plus en plus menaçant, décollectivisation de la société et « effritement de la condition salariale »23 dans le sens qu'en donne Robert Castel, menacent la stabilité des collectifs de travail. Phénomènes également politiques, avec l’émergence du Front National et l’adaptation du Parti Socialiste au monde tel qu’il est, symbolisé par le tournant de la rigueur en 1983. Et bien entendu, comme on l’a déjà évoqué, modifications qui touchent l’immigration, tant du point de vue des politiques menées que des représentations qui se forgent alors.

On peut donc souligner deux phénomènes concomitants et fortement corrélés. D'une part, l'occultation progressive de la figure du travailleur immigré, prélude à l'effacement de la figure de l'ouvrier, ou de la classe ouvrière, en tant que groupe mobilisé. D'autre part la réactivation du clivage national/racial. En 1995, Jacques Rancière notait qu'« il y a vingt ans, nous n’avions pas beaucoup moins d’immigrés. Mais ils portaient un autre nom : ils s’appelaient travailleurs immigrés, ou simplement ouvriers. L’immigré d’aujourd’hui, c’est d’abord un ouvrier qui a perdu son second nom, qui a perdu la forme politique de son identité et de son altérité, la forme d’une subjectivation politique du compte des incomptés. Il ne lui reste alors qu’une identité sociologique, laquelle bascule alors dans la nudité anthropologique d’une race ou d’une peau différentes »24. Les discours publics sur l'immigration, les réactions gouvernementales à partir de 1983 participent de la modification des perceptions du monde social. Les lectures classistes de la société perdent de leur vigueur pour une série de raisons au cours des années 1980 et touchent en premier lieu les ouvriers immigrés. Si ceux-ci ne peuvent être désignés par une approche classiste, et ne peuvent donc se reconnaître collectivement ainsi, d'autres modes de représentation doivent émerger qui ignorent la question du travail et la place des immigrés dans les rapports de production ; d'autres dimensions, d'autres modes d'assignation identitaire s'imposent alors, ouvrant la voie à une approche culturaliste, à laquelle participe la référence au religieux sans pour autant s'y réduire. Le clivage national/ étranger, s'il n'a bien entendu jamais disparu, se réactualise à partir des événements qui touchent le monde du travail, le racisme devenant « un facteur déterminant du consensus qui relativise les clivages de classes »25.

La circulation des phénomènes dans les usines et dans le champ politique permet de montrer comment à un moment de profondes restructurations industrielles, un consensus peut naître tant au sein des entreprises que parmi la gauche gouvernementale, qui s'accorde là avec la droite, quant au caractère surnuméraire des travailleurs immigrés. Cependant les grèves de 1982 montrent que d'autres trajectoires collectives sont possibles pour ces derniers, fut-ce furtivement, durant un moment où l'apprentissage et la conscience d'un soi collectif révèlent des capacités insoupçonnées sans doute par les acteurs eux-mêmes.


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1. François Cusset, La décennie : Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte Poche, 2008, 371 p.
2. CNPF, Groupe d'Etudes Patronales, Le problème des OS, 1971.
3. Laure Pitti, « "Travailleurs de France, voilà notre nom" : les mobilisations des ouvriers étrangers dans les usines et les foyers durant les années 1970 », in Ahmed Boubeker, Abdellali Hajjat, Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, Paris, Editions Amsterdam, 2008, p. 95-111.
4. Laure Pitti, « Grèves ouvrières versus luttes de l’immigration : une controverse entre historiens », Ethnologie française, 2001/2, Tome XXXVII, p. 465-476.
5. Choukri Hmed, « "Sonacotra cédera !" La construction collective d'une identité collective à l'occasion de la grève des loyers dans les foyers de travailleurs migrants (1973-1981) », Agone. Histoire, politique et sociologie, Agone, n°40, 2008, Marseille, p. 81-94.
6. Abdellali Hajjat, « Des comités Palestine au mouvement des travailleurs arabes (1970-1976) », in Ahmed Boubeker, Abdellali Hajjat, Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, op. Cit. p. 145-156.
7. Sylvain Laurens, Une politisation feutrée : les hauts fonctionnaires et l’immigration en France, Belin, Paris, 2009, 352 p.
8. La reprise de cette dénomination par de nombreux syndicalistes de Citroën fait référence au livre de Daniel Bouvet et Jean-Paul Desgoutte, L'usine de la peur, Paris, Stock, 1975.
9. La principale usine de la marque Simca, celle que nous évoquons, est située à Poissy dans les Yvelines. Suite à des rachats, elle a changé plusieurs fois de nom pendant les années 1960-70 : Simca, puis Chrysler-France en 1970 puis Talbot en 1978, marque appartenant au groupe Peugeot. Citroën qui ne change pas de nom est également rachetée par Peugeot en 1975. Voir Jean-Louis Loubet et Nicolas Hatzfeld, Les sept vies de Poissy : une aventure industrielle, Paris, ETAI, 2001, 357 p.
10. Jean-Louis Loubet et Nicolas Hatzfeld, « Poissy : de la CGT à la CFT : Histoire d'une usine atypique », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2002/1 n° 73, p. 67-81.
11. Pour une histoire « compréhensive » du syndicalisme indépendant depuis ses origines, voir Didier Favre, Ni rouges ni jaunes : de la CGSI à la CSL, l’expérience du syndicalisme indépendant, Paris, Éditions Midi moins le Quart, 1998, 299 p. Pour un point de vue plus critique, voir les enquêtes de la CGT menées par Marcel Caille, Les Truands du patronat, Paris, Éditions Sociales, 1977, 305 p. et L’assassin était chez Citroën, Paris, Éditions Sociales, 1978, 255 p.
12. On retrouve les mêmes caractéristiques sociologiques dans d'autres usines automobiles de la région parisienne, notamment à Renault-Flins, et à Billancourt dans une moindre mesure, alors que les usines de province font moins appel à l'immigration (Peugeot à Sochaux- Montbéliard), voire pas du tout (Citroën à Rennes).
13. En 1982, alors que les immigrés sont très largement majoritaires sur les chaînes de l'usine de Poissy, sur 467 agents de maîtrise, on ne compte que 11 étrangers parmi lesquels 9 Européens.
14. Phénomène qu'il faut inscrire dans le cycle de grèves que connaît le secteur automobile à partir de mai 1981.
15. Si Citroën et Talbot appartiennent toutes deux au groupe Peugeot, elles bénéficient d'une large autonomie de fonctionnement et d'histoires sociales propres.
16. Xavier Vigna, L’insubordination ouvrière dans les années 68 : essai d’histoire politique des usines, Rennes, PUR, 2007, 378 p.
17. Paris-Match, 2 février 1983.
18. L'Alsace, 10 février 1983.
19. France-Inter, 10 février 1983. Précisons qu'en février 1983 l'usine d'Aulnay connaît un conflit très violent, avec menaces de licenciements des principaux militants marocains de la CGT, et qu'une grève a lieu à l'usine de Flins, usine où la proportion d'ouvriers immigrés est aussi très forte.
20. Il s'agit du Parti des Forces Nouvelles (PFN), concurrent à l'époque du Front National.
21. Abdelmalek Sayad, « Le retour, élément constitutif de la condition de l’immigré », in L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, tome 1 : L’illusion du provisoire, Paris, Ed. Raisons d’agir, p. 179.
22. Idem.
23. Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Gallimard, 2002 [1ère ed. 1995], p. 621.
24. Jacques Rancière, La Mésentente, Paris, Galilée, 1995, p. 161.
25. Etienne Balibar, « Racisme et crise », in Race, nation, classe : les identités ambiguës, Paris, La Découverte, 1997 [1ère ed. 1988], p. 293.

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Sam 30 Avr - 7:33


Opéraïsme : un peu d'histoire

Lutte contre le travail - Extrait d’Ouvriers et capital de Mario Tronti 26 avril 2016  

En guise de contribution à la lutte en cours contre une énième loi du capital, la loi travail, ce détour par une pensée antagoniste, dans et contre le capital. Un détour théorique tout entier voué à la partialité, celle du « point de vue ouvrier ». D’une telle partialité, toutes choses inégales et modifiées par ailleurs, il est nécessaire et possible de faire usage aujourd’hui.


Citation :
Lutte contre le travail

Pour finir revenons donc au point de départ [1] : à la nature à la fois double, scindée et antagonique du travail. Non plus cependant du travail contenu dans la marchandise, mais de la classe ouvrière contenue dans le capital. La zwieschlächtige Natur de la classe ouvrière consiste en ce qu’elle est à la fois travail concret et travail abstrait, travail et force de travail, valeur d’usage et travail productif, à la fois capital et non-capital – partant à la fois capital et classe ouvrière. C’est là que la division est déjà antagonisme. Et l’antagonisme est toujours lutte. Mais la lutte n’est pas encore organisation. Il ne suffit pas qu’il y ait une division objective du travail et de la force de travail dans la classe ouvrière : car c’est précisément de la sorte qu’ils se présentent unis dans le capital. Il faut les diviser par une intervention subjective : en effet ce n’est que de la sorte qu’ils deviendront les moyens d’une alternative de pouvoir.

- 107.3 koLutte contre le travail, Mario Tronti, pdf, 4p.

Il est vrai que la Trennung, la séparation, la division, constitue le rapport normal de cette société. Mais il est également vrai que la force du capital consiste justement à maintenir ensemble ce qui est divisé ; que c’est ce qui a fait son histoire et qui fera ce qu’il lui reste d’avenir. Maintenir la classe ouvrière à l’intérieur de lui-même et contre lui-même, puis imposer dans ces conditions à la société les lois de son propre développement, c’est à cela que tient l’existence du capital, et il n’y a pas pour lui d’autre existence possible. Il faut donc trouver l’endroit où il devient possible d’empêcher l’unité, où il devient praticable de bloquer le mécanisme de la synthèse, en séparant par la force les extrêmes jusqu’au seuil de rupture et au-delà.

Ce point se situe à l’intérieur de la classe ouvrière tout comme la classe ouvrière se situe à l’intérieur du capital. C’est précisément la séparation de la classe ouvrière d’avec elle-même, d’avec le travail et par conséquent d’avec le capital. C’est la séparation de la force politique d’avec la catégorie économique. Et la division, ou la séparation, c’est trop peu : il faut la lutte, l’opposition, l’antagonisme. Pour lutter contre le capital, la classe ouvrière doit lutter contre elle-même en tant que capital. C’est le stade maximum de la contradiction, non pour les ouvriers mais pour les capitalistes. Il suffit d’exaspérer ce stade, d’organiser cette contradiction, et le système capitaliste ne fonctionne plus, le plan du capital, commence à marcher à rebours, non plus comme développement social, mais comme processus révolutionnaire.

Lutte ouvrière contre le travail, lutte de l’ouvrier contre lui-même comme travailleur, refus de la force de travail de devenir travail, refus de la masse ouvrière à ce qu’on utilise la force de travail, voilà les termes dans lesquels se pose maintenant stratégiquement, après la tactique de la recherche, la division antagonique que l’analyse marxienne avait découverte dans la nature du travail. Le Doppelcharakter du travail représenté dans les marchandises [2]se révèle ainsi sous les traits de la double nature de la classe ouvrière, double et en même temps divisée, divisée et en même temps antagonique, antagonique et en même temps en lutte avec elle-même. Il nous faut nous rendre compte que tous les grands problèmes d’organisation, et la solution de ceux-ci, en retrouvant un rapport organique entre classe et parti [3], repose dans leur considérable complexité politique, sur ce rapport critique qui passe à l’intérieur de la classe ouvrière elle-même, et dont le caractère de problème irrésolu s’approfondit d’autant plus que la force dominante de la classe ouvrière s’accroît. C’est sur ces problèmes qu’il faut désormais diriger les armes effilées de la théorie, et celles grossièrement matérielles de la pratique quotidienne.






Du reste, là aussi, il n’y a pas beaucoup à inventer. La lutte ouvrière, sous ses formes modernes et dans les pays de grand capitalisme, comporte, dans le riche contenu de sa propre spontanéité, le mot d’ordre de lutte contre le travail, comme seul moyen de frapper le capital. Derechef, le parti se présente comme l’organisation de ce qui existe déjà dans la classe, mais que la classe ne parvient pas à organiser à elle toute seule. Aucun ouvrier n’est plus disposé aujourd’hui à reconnaître l’existence du travail en dehors du capital. Travail = exploitation. C’est là, à la fois, le présupposé et le résultat historique de la civilisation capitaliste. A partir de là, on ne saurait revenir en arrière. L’ouvrier ne sait que faire de la dignité du travailleur. Et l’orgueil du producteur il l’abandonne tout entier au patron. Il n’y a d’ailleurs que le patron qui ait continué à faire l’éloge du travail. Si c’est encore malheureusement le cas dans le mouvement ouvrier, dans la classe ouvrière en revanche il n’y a plus de place pour l’idéologie.

Aujourd’hui la classe ouvrière n’a qu’à se regarder pour comprendre le capital [4]. Elle n’a qu’à se combattre elle-même pour détruire le capital. Elle doit se reconnaître comme puissance politique, et se nier comme force productive. Voyez le moment de la lutte : pour l’ouvrier le producteur s’y confond avec l’ennemi de classe. Le travail face à la classe ouvrière et contre elle, comme un ennemi, c’est donc le point de départ et plus seulement pour l’antagonisme mais aussi pour son organisation. Si l’aliénation de l’ouvrier a un sens, c’est celui d’être un grand fait révolutionnaire. Organisation de l’aliénation : telle est la phase obligatoire qui doit être imposée d’en haut par le parti à la spontanéité ouvrière. L’objectif est de nouveau le refus, à un niveau plus élevé : refus actif et collectif, refus politique de masse, organisé et planifié. Le but immédiat de l’organisation ouvrière a pour nom aujourd’hui : le dépassement de la passivité. II n’est possible de le mener à bien qu’à la seule condition de reconnaître dans la passivité le refus ouvrier sous sa forme élémentaire et spontanée.

La passivité de masse fait toujours suite soit à une défaite politique des ouvriers à imputer aux organisations officielles, soit à un saut franchi par le développement capitaliste dans l’appropriation des forces productives sociales. Tout le monde sait que ces deux prémisses objectives de la passivité ouvrière se sont développées parallèlement ces dernières décennies, et qu’elles sont devenues de plus en plus, toutes deux, le pouvoir despotique absolu du capital. Tandis que ce dernier se lançait à la conquête de toute la société à niveau international, et se socialisait lui-même, l’idée de faire assumer au mouvement ouvrier la figure politique de gérant de l’intérêt social national, nous a exposés à un suicide historique. Elle a interrompu le processus révolutionnaire qui avait eu pour étapes successives juin 48, 71, 17 [5]. C’est à partir de ce moment-là que les annales de la révolution titrent : défaite ouvrière. Qu’est-ce qui a empêché le processus de se précipiter ? Plus on regarde de près, plus on découvre la puissante digue de la passivité pour empêcher toutes les reprises révolutionnaires possibles à l’avenir. En réalité le renoncement massif des ouvriers, à se sentir partie active de la société du capital, est déjà un refus de prendre part au jeu, refus dirigé contre les intérêts sociaux. Ainsi ce qui apparaît comme l’intégration des ouvriers dans le système, ne se présente pas comme la renoncement à combattre le capital, mais en fait comme le renoncement à le développer et à le stabiliser au-delà de certaines limites politiques, au-delà de certaines marges de sécurité d’où pourront partir les prochaines sorties offensives lancées contre lui. Si du côté ouvrier on cherchait une seule réponse à la production capitaliste et au mouvement ouvrier officiel, elle ne pouvait être que la suivante : une forme spécifique d’auto-organisation entièrement ouvrière fondée sur la spontanéité de la passivité, l’organisation sans organisation, ce qui voulait dire l’organisation ouvrière sans institutionnalisation bourgeoise, l’un de ces miracles d’organisation qui ne sont possibles que du point de vue ouvrier. Comme l’État bourgeois sans bourgeois dont parlait Lénine, non plus la forme intermédiaire d’État ouvrier, mais la forme préalable du parti ouvrier.

Cela pour dire que, si les nouvelles grandes arches du parti sont jetées aujourd’hui sur un terrifiant vide politique d’expériences pratiques et de recherche théorique, cela n’enlève rien au fait que, sur le terrain décisif, la classe ouvrière, elle, est en train d’en ériger les piliers colossaux, plantés au plus profond et indiquant l’endroit où le saut commence, et le lieu qu’il doit approcher. La non-collaboration passive au développement du capital et le refus politique actif de son pouvoir constituent précisément les deux bords extrêmes de ce saut. L’ouverture du processus révolutionnaire se situe entièrement au-delà. Et c’est en deçà qu’existent tous les problèmes présents de l’organisation pour la révolution. Tactique de l’organisation par conséquent pour arriver à la stratégie du refus [6].

C’est au cœur de cela que l’on dirigera continuellement, contre l’ennemi de classe, la seule arme subversive capable de réduire à une force subalterne : la menace d’ôter au rapport social de la production capitaliste la médiation ouvrière. Ne plus se faire les vecteurs des besoins du capital, y compris sous la forme de revendications ouvrières, contraindre la classe des capitalistes à présenter directement ses nécessités objectives, pour les refuser ensuite subjectivement, obliger les patrons à se demander pourquoi les ouvriers peuvent dire non de façon active, c’est-à-dire sous des formes organisées.

On ne peut dépasser la passivité ouvrière aujourd’hui qu’en en renversant la forme que prend actuellement sa spontanéité, et en en maintenant le contenu politique présent de négation et de révolte. Le premier non ouvrier aux premières revendications des capitalistes explosera alors comme une déclaration de guerre totale, comme l’appel historique à la lutte décisive, comme la forme moderne que revêtira le vieux mot d’ordre : prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Tout cela ne se produira pas sans un maximum de violence.

Nous l’avons dit : dans tous les bouleversements passés, on n’avait jamais touché au type d’activité. Il ne s’agissait toujours que d’une distribution différente de cette même activité, d’une nouvelle distribution du travail à d’autres personnes. Seule la révolution communiste, comme disait Marx, ou simplement seule la révolution, comme nous pouvons commencer à le dire aujourd’hui, c’est-à-dire seul le programme minimum actuel du parti ouvrier, se retourne pour la première fois contre tout le mode d’activité qui a existé jusqu’à présent. Il supprime le travail dans le mode d’activité. C’est précisément de la sorte qu’il abolit la domination de classe.

La suppression ouvrière du travail et la destruction violente du capital forment par conséquent une seule et même chose.  Et le travail « comme premier besoin de la vie » ? Il convient peut-être de le transférer de la perspective future du communisme à l’histoire présente du capitalisme, le faire tomber des mains des ouvriers pour le confier aux patrons. Mais ainsi, le point de vue ouvrier n’arrivera-t-il pas au parricide vis-à-vis de Marx ? C’est une question à laquelle on ne peut encore répondre. La suite de la recherche qu’on a présentée ici sera décisive pour la solution de ce problème, ainsi que pour celle de tous les autres soulevés par la même occasion. Aucun résultat qui ne soit déjà démontré. De nouveau tout reste à faire. Et pour ce faire, il faudra garder longtemps l’œil fixé sur le point le plus obscur de tout le processus, tant que nous ne serons pas parvenus à voir clairement ce qui s’est produit à l’intérieur de la classe ouvrière après Marx.

Ce livre étrange a provoqué de vifs débats en Italie où il a beaucoup circulé dans la frange la plus active de la gauche « extra-parlementaire ». Traduit dans son intégralité en allemand, en portugais et partiellement en anglais il est devenu un « classique », destin assez exceptionnel pour un ouvrage écrit entre 1960 et 1970.
Si l’on tentait l’aventure risquée de dresser non pas une « histoire des idées » immédiates, mais une reconstitution de la « sensibilité militante » de la gauche révolutionnaire européenne (la Nouvelle Gauche, les « gauchistes » ou la Gauche Extra-parlementaire selon les pays) on serait amené à distinguer des courants nouveaux à côté du fonds marxiste et non-marxiste légué par l’histoire du mouvement ouvrier (anarchisme, ultra-gauche, trotskisme, gramscisme et stalinisme). Le maoïsme, l’école althusérienne, dont on a beaucoup parlé en France, sont au nombre de ceux-ci. L’école de Francfort, dont Marcuse n’est qu’un des représentants, s’est imposée d’abord dans les faits à partir de Mai 68 comme une intuition ; ce n’est que récemment que s’est esquissée chez nous la tentative d’en évaluer l’apport. Le courant de pensée, incarné par la Revue Socialisme ou Barbarie qui part d’une expérience militante très minoritaire de 1950 à 1962, a connu un regain d’actualité et une diffusion beaucoup plus large dans le mouvement après 1968.

Il est toutefois une dernière composante, mal connue en France, et dont l’influence en profondeur sur le plan théorique et militant a été forte, dans la mesure, en particulier, où elle s’avère la plus nettement liée aux nouvelles luttes ouvrières qui ont secoué l’Europe du « miracle économique » durant ces quinze dernières années : c’est « l’operaismo » (l’ouvriérisme) italien.

Or l’« operaismo » italien ne saurait se dissocier d’Ouvriers et capital de Mario Tronti [7]. Cet ouvrage en représente sans doute l’expression la plus achevée. Par la période qu’il couvre — la décennie 1960-1970 —, par l’expérience politique à laquelle il a été associé, par ses qualités, comme par ses défauts, ou ses lacunes, il incarne le « modèle », le « classique » de « l’operaismo ».

Comme tous les grands classiques, il « se tient » tout seul sans qu’il soit besoin de l’étayer de précautions, de nuances, de rectifications. Le lecteur s’apercevra vite à son contact qu’il ne requiert pas une méthode d’accès, puisqu’il est lui-même probablement l’un des très rares livres de formation marxiste qui ne sente pas son XIXe siècle. Aussi nous a-t-il semblé préférable de lui laisser le côté abrupt qu’il a pu avoir pour des lecteurs italiens en 1966 lors de sa première édition, en 69 dans son édition pirate, et en 71 dans l’édition augmentée d’une centaine de pages, et enfin dans la réédition de 1977.

Deux choses devraient, jugeons-nous, frapper le lecteur français. La date que porte chaque essai, comme l’indique laconiquement l’auteur. Sans doute fait-elle la part de ce qui est dépassé. Il nous semble toutefois qu’elle témoigne d’un exceptionnel degré d’anticipation sur l’analyse du capitalisme moderne, sur les problèmes politiques qu’a à affronter le mouvement ouvrier. Rien qu’à ce titre, Ouvriers et capital demeure un document de premier ordre pour l’étude des années soixante.

Il y a plus, et c’est le deuxième aspect étonnant de ce livre, lu aujourd’hui à la lumière de la crise des modèles « socialistes » : du type particulier de crise « politique » que traverse le capitalisme, à la lumière également de données plus conjoncturelles comme « le compromis historique », ou l’évolution d’une certaine gauche intellectuelle liée au Parti Communiste (tels Althusser et Balibar), il revêt une dimension nouvelle pour nous.

C’est pourquoi nous avons opté pour une traduction intégrale de l’ensemble des essais qui composent le livre. La partie la plus proprement théorique Marx hier et aujourd’hui, L’usine et la société, Le plan du capital, l’essai central : Marx, force de travail et classe ouvrière ainsi que le Post-scriptum autour de quelques problèmes [8] reste en effet étroitement liée à l’expérience politique dont Tronti a voulu présenter l’essentiel à ses yeux dans l’Introduction et dans les quatre essais qui parurent comme éditoriaux dans le journal militant Classe Operaia, dont le fameux mot d’ordre « Lénine en Angleterre ».
La mise en situation de l’ensemble de l’ouvrage impliquerait une reconstruction historique de l’ensemble du courant ouvriériste italien et de la gauche extra-parlementaire en Italie qui dépasse les limites imparties à la présentation d’un traducteur.

La série qui s’ouvre avec cet ouvrage aura pour objet précisément de présenter les contributions au courant « ouvriériste » d’autres auteurs. Contributions divergentes, ou différenciées, mais si cohérentes et si étrangères à l’ensemble de la tradition du mouvement ouvrier dans son « orthodoxie » comme dans ses « hérésies » que lors d’une conférence à Coventry de l’Association des Économistes Socialistes (Conference of Socialist Economists) des participants en vinrent à parler de l’« École Italienne », appellation énergiquement refusée par ceux qui s’en voyaient gratifiés.

• • •

La traduction de Tronti présente une difficulté particulière. La langue utilisée, langue étrange dans l’italien même, offre l’illustration d’un retournement de la « rhétorique ». Cette forme est évidemment liée au contenu délibéremment provocateur d’antithèses destinées à jouer sur les thèses, pour transformer les vieilles questions théoriques. Nous nous sommes efforcés de rester le plus près de l’effet provoqué en italien par son style particulier, nous interdisant en particulier de lisser, d’alléger, bref de réduire la tension qui traverse l’expression.

Nous tenons enfin à remercier tous ceux qui nous ont aidé dans ce travail. Lapo Berti qui a bien voulu nous communiquer le texte de présentation à l’ouvrage qu’il avait préparé pour l’édition allemande (texte dactylocopié). Giuseppe Bezza, Ferruccio Gambino, Manuel Villaverde Cabrai à qui nous devons d’avoir lu et voulu traduire ce livre. G. Bezza a été associé étroitement à cette traduction en particulier à l’introduction, aux deux premiers essais, ainsi qu’aux quatre chapitres décisifs (1, 5, 9 et 10) de l’essai central. Robert Paris a guidé nos premiers pas en relisant le résultat. Il va de soi que les erreurs s’il y a en a nous incombent entièrement. Nous tenons enfin à remercier les éditions Edi qui en 69 prirent des options sur le livre, et Christian Bourgois d’avoir accepté d’en assurer la co-édition, comme premier titre de la série Cibles.

P.-S.

Citation :
D’autres aperçus.

• Opéraïsme, Dictionnaire critique du marxisme.

• La ligne de conduite, introduction à Ouvriers et Capital de Mario Tronti.

• L’expression « refus du travail » renvoie à deux significations distinctes, deux orientations théoriques et pratiques sur lesquelles nous devons à présent nous attarder : Le refus du travail, L’orda d’oro.

• Deux textes sur le salaire, Nanni Ballestrini, Paolo Virno

• Les principes de 1969. La force d’une thèse honnie : le salaire variable indépendante, Paolo Virno, 1998.

• Le refus du travail aujourd’hui, Marcel Duchamp et le refus du travail, Maurizio Lazzarato

• Qu’on bosse ou pas, la loi travail on n’en veut pas, tract diffusé dans les rues de Paris lors de la manifestation du 31 mars 2016.

• Interrompre le travail, c’est maintenant : MacDo, Subway et Quick bloqués à Gare du nord, 20 avril 2016.



Notes

[1] Ce texte est inclus dans le chapitre d’Ouvriers et Capital intitulé « Premières thèses », dont il constitue le quatorzième et dernier point. La première édition d’Operai e capitale a été publiée en 1966 aux éditions Einaudi. La traduction française, réalisée par Yann Moulier, avec la collaboration de G. Bezza, a été publiée en 1977 chez Christian Bourgois. Longtemps indisponible, Ouvriers et capital vient d’être réédité par les éditions Entremonde, dans la collection — rupture. Dans les notes, ce recueil de textes sera désigné O.C.

[2] La particularité de la marchandise force de travail, O.C.

[3] Classe et parti, O.C., 1964.

[4] Nous pouvons ainsi tenter de reprendre à notre compte le dicton de marxien, « comprendre pour transformer » pour forger un point de vue situé, une tentative en ce sens à l’heure du mouvement contre la loi travail : Proposition d’enquête action dans et contre l’emploi précaire à destination des AG de lutte et des isolés appelés à les rejoindre.

[5] 1848, 1871, 1917.

[6] La stratégie du refus, O.C.

[7] De Mario Tronti, on trouve également en français, La politique au crépuscule, Nous opéraïstes, aux éditions de l’éclat.

[8] Marx hier et aujourd’hui, L’usine et la société, Le plan du capital, Marx, force de travail, classe ouvrière, Post-scriptum autour de quelques problèmes.


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Lun 9 Mai - 15:25


Citation :
A l'heure où le sous-gauchisme des gourous du fakir fétichisent les emplois industriels nationaux en masquant l'horreur du travail aliéné capitaliste voici l'antidote à ce spectacle écoeurant du chauvinisme industriel. Si le film merdique Merci patron ! cache sous sa contemplation citoyenniste le fétichisme du travail industriel ceux qui subissent ce travail savent : au-delà de la survie immédiate face au chômage la pourriture à éliminer ce n'est pas seulement ce monde de la marchandise qui met en concurrence les travailleurs les uns contre les autres, mais c'est également ce pourquoi et comment on produit dans les entreprises.


Car la première étape d'une émancipation sociale radicale est bien là : il faudra d'abord abolir les entreprises, n'en laisser subsister aucune. Corps mis au rebut ou corps mutilés/meurtris, faut-il faire du choix pragmatique une fin en soi ? Là où se matérialise la violence intrinsèque du capitalisme sur les corps des ouvrièr-e-s le syndicalisme sénile répond : "amélioration des conditions de travail". Mais nous on sait bien que si on améliore l'arme de notre bourreau, sans comprendre la cadence qui détermine ses actes, on en crèvera tout autant.


L'abattoir est loin de tout, tout au bout de la zone industrielle.Au début, on pense qu'on ne va pas rester.
Mais on change seulement de poste, de service.
On veut une vie normale.
Une maison a été achetée, des enfants sont nés.
On s'obstine, on s'arc-boute.
On a mal le jour, on a mal la nuit, on a mal tout le temps.
On tient quand même, jusqu'au jour où l'on ne tient plus.
C'est les articulations qui lâchent. Les nerfs qui lâchent.
Alors l'usine vous licencie.
A moins qu'entre temps on ne soit passé chef, et que l'on impose maintenant aux autres ce que l'on ne supportait plus soi-même. Mais on peut aussi choisir de refuser cela.

Entrée du personnel
a été réalisé à partir de récits de vie de salariés et de scènes tournées dans de grands abattoirs industriels, sous la surveillance des patrons.



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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Lun 23 Mai - 13:46


les discussions sur ce que sont le prolétariat, le prolétariat productif, la classe ouvrière, etc. revenant de façon récurrente, voici un texte de Robert Bibeau qui rappelle quelques banalités marxiennes de base et fourmille de données chiffrées

on ne le prendra pas ici comme base d'une discussion théorique, certains points pouvant être discutables, d'autant que l'auteur s'inscrit certes dans une perspective révolutionnaires, son point de vue demeure programmatiste (pouvoir d'État du prolétariat, etc.)

la question complexe de ce qu'est dans le capitalisme restructuré, en subsomption réelle, le prolétariat productif et son articulation avec celle de la subjectivation révolutionnaire sont abordées par ailleurs


L’EXPANSION DE LA CLASSE PROLÉTARIENNE

Robert Bibeau les7duquebec 18 mai 2016


Notre définition de prolétaire est concise : « Est prolétaire celui qui n’a que sa force de travail à mettre en marché et à monnayer. » C’est une définition large, elle inclut pratiquement tout le salariat (excluant les cadres), les chômeurs, les sans-travail non recensés en quête d’emplois. C’est une définition à la fois sociale et économique. Si tout travailleur productif est salarié, en revanche tout salarié n’est pas un travailleur productif. Certains salariés sont même des exploiteurs, dès lors qu’ils administrent le système d’exploitation de l’homme par l’homme, les cadres et leurs sous-fifres attachés à la gouvernance par exemples (1). Marx a écrit « Par rapport au capitaliste financier, le capitaliste industriel est un travailleur, travailleur en tant que capitaliste, c’est-à-dire un exploiteur du travail d’autrui » (2).


Citation :
Qu’est-ce qu’un prolétaire productif, c’est-à-dire, qu’est-ce qu’un créateur de plus-value ?

« Pour distinguer le travail productif du travail improductif, il suffit de déterminer si le travail s’échange contre de l’argent proprement dit ou contre de l’argent-capital (des moyens de production) ». À partir de cette définition, Marx donne l’exemple du littérateur prolétaire de Leipzig et de la cantatrice travaillant pour un patron, ils deviennent tous les deux des travailleurs productifs en ce qu’ils valorisent le capital ; il dira la même chose dans une note du tome I de son livre Das Kapital sur un enseignant qui travaille dans le secteur privé.

En effet, on a trop souvent cette idée que seul le prolétariat industriel est créateur de plus-value parce qu’il crée des marchandises commercialisables. Marx, et c’est tout l’objet du Capital, démontre que seul « est productif le travail qui valorise directement le capital et ainsi produit de la plus-value ». À contrario, un artisan qui confectionne un bout d’étoffe, qu’il troquera contre une hache, effectue un travail utile, mais, du point de vue du mode de production capitaliste il n’effectue pas un travail productif, c’est-à-dire un travail valorisant le capital générateur de plus-value (3). De même pour un enseignant, qui réalise un travail utile, former la prochaine génération de travailleurs salariés-exploités, mais ce travail n’est pas productif – il ne produit pas de plus-value. L’enseignant, l’infirmière, le secrétaire sont des travailleurs salariés socialement utiles mais non producteurs de plus-value. Leur salaire origine du surtravail spolié aux prolétaires productifs.

Ainsi, l’industrie de l’armement produit des biens qui ne sont pas des marchandises parce que ces produits ne contribuent en rien à la reproduction du capital. Ces biens – ces « valeurs » ne servent pas à valoriser le capital, d’où ce secteur industriel est considéré comme parasitaire, non productif, vivant au crochet du travail salarié productif. Au contraire, l’industrie militaire absorbe et détruit de la valeur marchande (valeur d’échange) et contribue à approfondir la crise économique systémique. Si la classe capitaliste mondiale maintient un important dispositif militaire parasitaire, ce n’est pas pour le plaisir de faire la guerre, ou pour se distraire, ou pour faire des profits, profits qu’elle spolie aux autres secteurs industriels. C’est que la classe capitaliste parasitaire n’a pas d’autres choix en prévision du jour où ses concurrents monopolistiques multinationaux tenteront de s’emparer de ses espaces d’extraction des ressources, de ses marchés, ou de ses zones d’exploitation de la plus-value. Elle devra alors les terroriser grâce à son infrastructure militaire. En prévision du jour également où la classe prolétarienne paupérisée tentera de secouer le joug de son aliénation en quête d’émancipation. Il faudra bien, ces jours pas si lointains, que le plein poids de la loi bourgeoise, de la mitraille et de la répression étatique capitaliste s’abattent sur le dos de cette classe en révolte.

Un évènement historique gigantesque

Au cours des années 1990, un phénomène capital s’est produit à l’échelle internationale avec l’entrée sur le marché mondial concurrentiel de la grande bourgeoisie chinoise, indienne, et de celle de l’ancien bloc soviétique, ce qui a conduit à doubler en quelques années la force de travail en concurrence sur le marché du travail salarié (4). En termes d’économie politique et en termes de lutte de la classe prolétarienne, cet évènement fut le plus important depuis la nuit des temps. Pourtant, peu d’analystes en ont apprécié l’incroyable portée. Par cette expansion des moyens de production, sans commune dimension dans l’histoire du mode de production du capital, l’impérialisme complétait l’aménagement de la totalité des territoires et des forces productives dans le monde et assurait leur incorporation aux rapports de production capitalistes hégémoniques. Par cet évènement incommensurable, l’impérialisme terminait sa phase d‘expansion (un siècle après le pronostique des bolchéviques) et l’impérialisme ne pouvait alors qu’amorcer sa phase déclinante n’ayant plus aucune « terre nouvelle » (sic), plus aucune nouvelle force de travail à spolier pour valoriser le capital déprécié (5). Le mode de production capitaliste n’a pas fini d’en ressentir les effets qui mèneront certainement à sa destruction.

Cet évènement est la raison fondamentale pour laquelle le début du XXIe siècle est une période marquée par le déclin économique et politique, et, conséquemment la décadence sociologique et idéologique du capitalisme. Marquer aussi par un grand pessimisme traumatique qui voit surgir en Occident des théories fumeuses telles : « La fin de la classe ouvrière ; la mort du Marxisme ; l’apogée des luttes de libération nationale et anti-impérialistes bourgeoises (sic) ; l’émergence d’une soi-disant classe moyenne ; l’embourgeoisement de l’aristocratie ouvrière stipendiée (sic) ; l’émergence d’une nouvelle gauche démocratique, citoyenne et républicaine (sic) ; les théories complotistes et mystiques de fin du monde civilisé ; la guerre des civilisations ; la fin de l’histoire » et autres fadaises idéalistes reflets du déclin de la classe bourgeoise occidentale devant la montée en puissance du capital monopoliste multinational venu d’Orient et la croissance du contingent oriental et du contingent africain du prolétariat international.

Cette croissance de la classe prolétarienne s’est produite en très peu de temps. Si la montée en puissance de l’impérialisme américano-atlantique a nécessité deux guerres mondiales et presque un siècle d’expansion (1890 – 1975), l’entrée en scène de la dernière phase de l’impérialisme corporatistes-capitaliste n’aura nécessité qu’une cinquantaine d’années (1975 – 2020) et une guerre mondiale (à venir !) À l’évidence, l’histoire du mode de production capitaliste s’accélère. On peut anticiper qu’en 2020 environ, la Chine aura remplacé la première puissance impérialiste mondiale (USA) et que son déclin sera déjà amorcé au milieu d’une crise économique, systémique et permanente, et parmi des guerres régionales en cascades, jusqu’à et y compris une possible troisième guerre mondiale catastrophique. Mais avant d’aborder ces questions, examinons les données en ce qui concerne les effectifs du prolétariat international.

L’expansion de la classe prolétarienne dans le monde

« Ces jalons posés nous pouvons maintenant voir ce que représente au niveau mondial le prolétariat dans son ensemble, le prolétariat salarié (en soustrayant les chômeurs) et le prolétariat créateur de valeur (ce qui est plus compliqué, les statistiques mondiales à ce sujet étant difficiles à obtenir). Par élimination nous allons essayer de donner une vision plus large que les statistiques du Bureau international du Travail (BIT) et de l’Organisation internationale du Travail (OIT), et pour la France du Tableau de l’économie française de l’INSEE qui est plus précis » atteste Gérard Bad (6).

Mais attention, ces différents documents ne tiennent pas compte du fait que, selon l’OCDE, plus de la moitié de la population active mondiale travaille au noir (le travail au noir – clandestin – est source de plus-value absolue). Les États bourgeois complices de l’évasion fiscale de leurs patrons milliardaires et des multinationales monopolistes sont grandement préoccupés par l’évasion fiscale des petits salariés, les serveuses de restaurants et les journaliers. Prenez note toutefois, que nous retrouvons dans ces emplois sous-payés – non déclarés – une importante contre-tendance à la baisse du taux de profit à laquelle il faut ajouter les 168 millions d’enfants asservis et comptabilisés dans le monde. Également, il ne faut pas oublier que l’agriculture est le premier pourvoyeur d’emplois, soit 40 % de la population active mondiale classés « travailleurs autonomes » (sic). Il y a forcément dans ces 40 % d’exploités du servage agraire une part importante de travailleurs agricoles qu’il faudrait normalement ajouter aux statistiques du prolétariat mondial.

Les données de l’OIT permettent d’estimée le salariat à l’échelle mondiale. Dans les zones « avancées » il a progressé d’environ 20 % entre 1992 et 2008, et il stagne depuis l’intensification de la crise systémique du capitalisme. Dans les zones « émergentes », il a augmenté de près de 80 % sur la même période (graphique 1). On retrouve des données analogues, mais encore plus marquées, pour l’emploi dans l’industrie manufacturière. Entre 1980 et 2005, la main-d’œuvre industrielle (productrice de plus-value) a augmenté de 120 % dans les régions « émergentes » et diminuées de 19 % dans les régions dites « avancées » (7).

Le même constat ressort d’une étude récente du FMI qui calcule la force de travail dans les secteurs exportateurs de chaque pays. On obtient une estimation de la force de travail mondialisée, celle qui est intégrée à la chaine de production de valeurs (capital productif et non parasitaire de laquelle il faudrait exclure les travailleurs de l’industrie de l’armement ce qui pénaliseraient encore davantage les pays « avancés »). La divergence est encore plus marquante : entre 1990 et 2010, la force de travail globale, ainsi calculée, a augmenté de 190 % dans les zones « émergentes », mais de seulement 46 % dans les régions développées (graphique 2). Il faut toutefois convenir d’une différenciation qualitative entre ces salariés. Si dans les zones « émergentes » ces salariés s’ajoutent aux forces productives industrielles et manufacturières génératrices de plus-value (même si ce n’est que pour des tâches d’assemblage), dans les zones développées les salariés à haute productivité, produisant des marchandises de haute qualité, s’additionnent aux travailleurs tertiaires des services de proximité et ceux des services parasitaires (petits boulots précaires, temporaires et mal payés, dans la restauration, l’hôtellerie, le transport, l’alimentation, l’entretien et les services de sécurité). Présentement les multinationales du capital « émergent » déploient des efforts pour hausser la productivité du travail salarié et pour assurer la montée en gamme de leur production et de leur consommation. Elles refont en somme, en accéléré, le parcours qu’elles ont fait du temps de leur développement en régions capitalistes « avancées ».



La tendance inéluctable à la globalisation du mode de production (la phase impérialiste du mode de production capitaliste comme l’esclavagisme et le féodalisme en vécurent auparavant) conduit donc à la formation d’un capital mondial, d’où l’importance des circuits bancaires de transferts du capital financier appelés « paradis – Panamas – fiscaux » 8 –; à la consolidation d’un marché mondial, d’où la signature de multiples traités de libre-échange (9), et, conséquemment, à l’expansion d’un prolétariat précarisé et mondialisé dont la croissance se fait principalement dans les régions dites « émergentes ». Ce processus s’accompagne d’une tendance à la salarisation et à l’urbanisation de la force de travail dans le monde entier, ce qui comprend la paysannerie chinoise, indienne et africaine, peu à peu arrachée à leurs terres et à leurs villages et concentrée dans des bidons villes délabrés, contexte urbanisé de leur aliénation de salarié. Ce qu’atteste le taux de salarié (la proportion de salariés dans l’emploi) qui augmente de manière constante, passant de 33 % à 42 % mondialement au cours des 20 dernières années (graphique 3). L’impérialisme moderne, sous le mode de production capitaliste, est bien caractérisé par la mondialisation des rapports de production hégémoniques capitalistes.

Graphique 3: Taux de salarisation dans les pays « émergents »

La dynamique de l’emploi dans le monde, illustré par le graphique 4, peut être résumée ainsi : Entre 1992 et 2012, quasi-stabilité ou faible progression de l’emploi dans les zones capitalistes « avancées » et augmentation dans les régions capitalistes dites « émergentes » : +40%, comprenant un salariat en croissance (salariat : +76 %, autres modes d’emploi : +23 %).

Graphique 4

Pour l’année 2012, les données de l’OIT conduisent à la répartition suivante de l’emploi mondial en milliards d’individus :

Emplois dans les zones «avancées» 0,47
Emplois salariés dans les zones «émergentes» 1,11
Autres emplois dans les zones «émergentes» 1,55
Emploi mondial total 3,13

La classe ouvrière mondiale est très segmentée par catégories, par revenus et par régions géographiques, en raison d’écarts de salaires considérables, et d’une mobilité restreinte, malgré les multiples efforts que déploie le capital pour la poussée sur les sentiers des réfugiés et sur les chemins de l’exil forcé afin de la soumettre aux nouvelles conditions d’exploitation international du capital. Les capitaux quant à eux ont obtenu une liberté de circulation à peu près totale grâce d’une part aux multiples traités et accords de libre-échange, et d’autre part, grâce à une vague sans précédent de fusions, d’OPA et d’agrégation monopolistique des entreprises capitalistes que nous avons illustrées dans les chapitres précédents (10). C’est le propre des fusions-acquisitions qui concentrent et centralisent le capital de restaurer pour un temps le taux de profit moyen en éliminant une pléthore de capitaux non performants (les concurrents les plus faibles). C’est ce qui s’est passé en 2008, quand les fusions-acquisitions, OPA et autres malversations du capital atteignirent 1 600 milliards de dollars US en Europe et 1 800 milliards dollars aux États-Unis. Il en résulta une baisse relative du nombre de travailleurs, les salariés n’étant après tout que la forme variable du capital (Cv). Selon une étude du Bureau international du Travail (BIT), la croissance économique mondiale en 2007 a été de 5,2 %, tandis que celle du nombre de travailleurs n’a été que de 1,6 %, la différence s’expliquant par l’inflation monétaire et par les progrès en matière de productivité (étude citée dans Le Figaro du 24 janvier 2008). Depuis le début de 2014, il y a une nouvelle frénésie de fusions-acquisitions dans le monde, c’est-à-dire une nouvelle vague de liquidation d’une masse de capitaux constants (Cc) – morts – et de travailleurs vivants – capital variable – (Cv) en excès dans le système de production et d’échanges.

Dans ces conditions, la mondialisation-globalisation de l’économie requiert de mettre virtuellement en concurrence internationale les travailleurs de tous les pays, mondialisant de ce fait la lutte de résistance du mouvement prolétarien. Cette pression concurrentielle s’exerce autant sur les salariés des pays « avancés » que sur ceux des pays « émergents » concurrents et se traduit par une baisse tendancielle de la part des salaires dans le revenu mondial global (Graphiques 5 et 6). Cette figure démontre que le capital variable – le capital vivant, unique source de plus-value – prend encore moins d’importance dans la composition du capital par rapport au capital constant – mort – non générateur de plus-value. Preuve s’il en était besoin que le mode de production capitaliste creuse sa propre tombe. Pire, la prochaine étape dans la négociation des accords de libre-échange internationaux visera à obtenir une plus grande mobilité – continentale d’abord, et internationale ensuite – du prolétariat (du capital variable) afin d’accroitre la concurrence salariale et de réduire encore plus son importance relative, ce que l’Union européenne a déjà accompli sur le continent européen, prenant ainsi une longueur d’avance sur les anciennes puissances impérialistes concurrentes (USA, Japon, Canada, Australie, Russie) mais déjà en retard sur les nouvelles puissances émergentes qui constituent des marchés unifiés de grandes importances (Chine 1,3 milliard de consommateurs et 800 millions de salariés éventuels et l’Inde, 1,4 milliard de consommateurs et 850 millions de salariés virtuels). Tout ceci donne une idée du manque de vision des bobos altermondialistes, des réformistes et des gauchistes petits-bourgeois qui s’offusquent de la tombée des barrières tarifaires et législatives (droit du commerce, droit du travail, droit social, droit fiscal, judiciarisation de la répression, militarisation de l’économie, etc.) plaçant tous les moyens de production et toutes les forces productives « nationales » en concurrence internationale. Pas plus qu’il n’est opportun de dénoncer les ouragans et les typhons, il n’est pertinent de quémander des allègements aux conséquences de l’internationalisation de l’impérialisme globalisé qui ne peut qu’avancer, pousser par ses propres contradictions inexorables. Il y a longtemps que le prolétariat affirme que les forces productives ne peuvent s’épanouir à l’intérieur des rapports de production bourgeois trop étroits. Il faudra simplement mettre fin à ce mode de production moribond qui ne peut et ne pourra jamais fonctionner de manière différente qu’il ne fonctionne présentement.

Enfin, les graphiques 5 et 6 marquent le Te Deum de ce mode de production basé sur la valorisation de la plus-value et la reproduction élargie du capital. Alors que la masse totale des salariés prolétarisés augmente constamment, la part des salaires dans le revenu mondial diminue radicalement (11). Gardant en tête le principe qu’une marchandise se vend à son cout de production (ou de reproduction élargie dans le cas de la marchandise force de travail) cette donnée statistique signifie que depuis les années 1970 environ, le moment de l’inversion de la courbe ascendante du mode de production capitaliste globalisé, la force de travail se vend et s’achète en moyenne en dessous de son cout de reproduction social. Voilà le post mortem des théories opportunistes à propos de l’aristocratie ouvrière embourgeoisée et stipendiée ; des classes moyennes lénifiantes ; de la mort de la classe prolétarienne et de la théorie du dépassement du capitalisme (sic). Voici l’acte final de la tragédie capitaliste mondialisée. Quand un mode de production ne permet plus aux forces productives qu’il renferme de se déployer et de faire fructifier les moyens de production, mais qu’au contraire il les entraine vers leur dévalorisation et leur autodestruction, alors, ce mode de production doit disparaitre, sublimer par un nouveau mode de production plus performant. Ce graphique résume à lui seul les forces en jeux dans la révolution prolétarienne à venir.


Graphique 5 : Part des salaires dans le revenu mondial 1970-2010


En % du PIB. Calculs à partir de Stockhammer, 2013 (12).

Graphique 6

Salaire-pib

Références

◾(1) Gérard Bad. « Quel autre monde possible ?». Claude Bitot (note de lecture). Décembre 2008. http://www.mondialisme.org/spip.php?article1467
◾(2) Le Capital. Chapitre 23. Tome 3.
◾(3) Un chapitre inédit du « Capital ». Édition 10/18. P. 224-233-238.
◾(4) Gérard Bad. La classe productrice de plus-value à l’échelle mondiale (I) http://www.mondialisme.org/spip.php?article2057. 10.2014. Texte paru dans Echanges n° 146 (hiver 2013-2014). La suite dans Echanges n° 148.
◾(5) Nous avons écrit cette partie du texte à partir du papier intitulé : La formation d’une classe ouvrière mondiale. Note hussonet, n°64, 18.12.2013. URL: http://hussonet.free.fr/chronik.htm
◾(6) Richard Freeman. « China, India and the Doubling of the Global Labor Force: Who Pays the price of Globalization? ». The Globalist. Juin 2005. ILO, Key Indicators of the Labour Market (KILM).
◾(7) John Smith. « Imperialism and the Law of Value ». Global Discourse [Online], 2: I, 2011. FMI. Jobs and growth: analytical and operational considerations for the Fund. Mars 2013. URL: https://globaldiscourse.files.wordpress.com/2011/05/john-smith.pdf
◾ 8 http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-panama-papers-la-fraude-frauduleuse/ et http://www.les7duquebec.com/7-au-front/levasion-fiscale-et-les-paradis-fiscaux/
◾(9) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transatlantique-letat-dune-resistance et http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transpacifique-ou-le-regne-des-multinationales/ et http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-2-2/a-nouveau-sur-les-accords-de-libre-echange/
◾(10) http://www.les7duquebec.com/?p=215790&preview=true et http://www.les7duquebec.com/7-au-front/deflation-le-dernier-tourment-avant-la-grande-depression/
◾(11) Engelbert Stockhammer. « Why have wage shares fallen? ». ILO. Conditions of Work and Employment Series. No. 35, 2013. URL: http://www.ilo.org/travail/whatwedo/publications/WCMS_202352/lang–en/index.htm
◾(12) Engelbert Stockhammer. « Why have wage shares fallen? ». ILO. Conditions of Work and Employment Series. No. 35, 2013. URL: http://www.ilo.org/travail/whatwedo/publications/WCMS_202352/lang–en/index.htm



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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Lun 30 Mai - 23:25


importé de NUIT DEBOUT et LOI TRAVAIL


de la tête de manif à la classe prolétarienne

règlement de décomptes, quiproquo, imbroglio et mise au point

commentaire d'un "anonyme" discutable sur sa catégorisation en classes sociales, mais son décompte des manifestants en tête est selon moi plus exact que celui de "salle des machines"

Anonyme a écrit:
dndf 30/05/2016 à 18:46 | #11

les un ou deux milliers de jeunes et moins jeunes qui se placent en tête de manif et débordent l’encadrement par le SO syndical et les cordons de police...

salle des machines a écrit:
30/05/2016 à 19:40 | #12

non il n’y avait pas 1 ou 2 milliers de jeunes, mais au moins 10 000 personnes jeunes et moins jeunes dans le cortège parisien auquel j’ai participé.

d'abord tous les manifestants du cortège de tête ont-ils à « déborder le SO syndical » ? Arrivant par devant la manif, on pouvait tout un temps traverser le cordon de police qui ne s'y opposait pas dans ce sens, et pour s'installer devant la tête de cortège officiel on n'a pas à faire au SO syndical... J'ai pu aller-venir devant et derrière les flics et la tête de manif et dans le cortège sans déborder personne. Certaines des rues adjacentes étaient fermées et c'est seulement à l'arrivée qu'on était vraiment canalisé, pris dans "la nasse", sauf si l'on était passé avant

ensuite toute la tête de manif ne « déborde les cordons de police ». Seulement une partie le fait, ce qui se comprend aisément au vu de sa « composition de plus en plus diversifiée » (RS 27/05/2016 à 11:06 | #5, et voir les photos). C'est corroboré par le fait que dans les affrontements avec la police, il n'y a pas « un ou deux milliers » mais au plus quelques centaines de personnes

de dizaines à centaines, mille à dizaine de millier, on jongle de manière fantaisiste avec les ordres de grandeur

la plupart des commentaires parlent de quelques dizaines ou centaines (de "casseurs") et moi ce qui m'a frappé d'emblée, c'est de décompter environ un millier de personnes très diverses dans la tête de manif. Plus de quelques centaines donc, mais sûrement pas « au moins 10 000 personnes jeunes et moins jeunes dans le cortège parisien » (le cortège ou la tête de manif dont parle anonyme ?)

il est facile de le vérifier à la longueur de cette tête de manif sur la largeur du Boulevard Diderot, comparés à une salle de spectacle de même surface au nombre de places connu, la Bourse du travail à Saint-Denis par exemple : 400 places assises, jusqu'à 1000 bondée

les chiffres de cette manifestation parisienne allaient de « 100.000 manifestants pour FO à 19.000 pour la police », et la proportion de la tête de cortège était loin, respectivement, de 10% ou de la moitié

théoriser ne s'accommode ni de flou ni de normes conceptuelles figées

classe moyenne et prolétariat ne font pas une partition (des parties séparées) de la population en âge de travailler ou chômer, et quand on parle de prolétarisation de la classe moyenne cela porte un sens, celui d'une dynamique historique, d'un mouvement, d'une évolution avec ses conséquences que nous avons sous les yeux dans la conjoncture actuelle, des changements dans la nature et la forme des luttes : par définition, des changements ne se définissent pas par des catégories figées

j'ai donné ailleurs les références d'un livre et d'un article du Monde diplomatique parlant des étudiants salariés, les moins privilégiés par leurs origines sociales se sentant progressivement plus salariés qu'étudiants, jusqu'à abandonner leurs études. Ces catégories sont donc extrêmement poreuses et dépendantes de parcours individuels variés, mais grosso modo, le mouvement est à la panne de "l'ascenseur social" et à l'accélération du "descendeur social". Le poids des origines sociales et "raciales", celui des rencontres car Nuit Debout en a permis beaucoup, sont important dans les investissements de luttes et cela explique aussi les "porosités", une sorte de dépassement produit d'une part de Nuit Debout dans le "rebondissement" de la lutte anti Loi-Travail marges comprises (en fait "anonyme" me semble le dire aussi)

le prolétariat est composé de qui n'a que sa force de travail pour vivre, toute les classes moyennes inférieures au moins en font donc partie et pas la seule classe ouvrière, ce qui en dit long sur le flou qui nous habite pour parler de « composition sociale » en termes de classes : à partir de là on peut écrire n'importe quoi, surtout quand on veut absolument construire un modèle schématique et des normes révolutionnaires. Le débat ayant semble-t-il dépassé ce stade, il serait dommage de l'y enliser

la classe prolétarienne, un concept de lutte face au capital

le concept de classe, s'il a pu recouvrir chez Marx la sociologie de la classe ouvrière, n'est pas une catégorie sociologique de la population et moins encore une somme d'individus y appartenant ou non, mais un concept dans la lutte de classe, lutte du prolétariat face au capital : dans le capitalisme en subsomption réelle, avec une production de plus-value et une reproduction du capital diffuses dans toute la société, parler de classe prolétarienne serait plus juste que de classe ouvrière

il est donc paradoxal que des débats fonctionnent avec les repères caduques du programmatisme ouvrier

ce qui n'empêche que sans grève de la classe ouvrière, sans laquelle "aucun rouage ne tourne", on ne peut pas durablement bloquer la production et la circulation de marchandise

quoi qu'il en soit la réalité peut aimer les chiffres, mais elle se fout des normes et schémas

.
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Lun 6 Juin - 22:50


Nuit Debout et luttes anti-Loi travail :

quid des 40 % de jeunes prolétaires sans le bac ou de bac pro et technologiques ?

Diplôme le plus élevé /années de sorties 2009-2010-2011

Citation :
Total cursus doctorat 1%
Total cursus master 16 %
Total cursus Licence 10 %

Total cursus long 27 %
Total cursus court professionnalisant 15 %

Total enseignement supérieur 42 %

Baccalauréat ou équivalent 27 %
dont : ont étudié dans l'enseignement supérieur 10 %
CAP, BEP ou équivalent 14 %

Total diplômés de l'enseignement secondaire du second cycle 42 %

Diplôme national du brevet (DNB) 7 %
Sans diplôme 9 %

Total DNB (Diplôme national du brevet) et moins 16 %

Ensemble des sortants 100 %

source et détails par filières Ministère de l'Éducation nationale


la pauvreté des enquêtes sociologiques sur Nuit Debout ne permet d'en tirer que des généralités et rien véritablement sur la participation, même faible, de ceux d'en-bas, d'autant que la seule enquête porte sur la Place de la République à Paris

Qui vient à Nuit debout ? Des sociologues répondent Reporterre 17 mai 2016

Des diplômés ?
Citation :
Un entre-soi de diplômés, sans catégories populaires ?

En première approximation, oui : 61 % des participants est diplômée du supérieur long, contre 25% dans la population française. (9% des titulaires d'un master)

Mais l’image se brouille à y regarder de plus près : non seulement le taux de chômage est de 20 % parmi les participants, soit le double de la moyenne nationale ;

mais on compte 16 % d’ouvriers parmi les actifs - trois fois plus qu’à Paris, et autant que dans l’Ile-de-France prise dans son ensemble.

comment sont comptés ou se déclarent les étudiants salariés, "actifs" ou pas ? mystère... Les comptes rendus de cette étude de "sociologues debout" sont très flous, mais une chose semble acquise en comparant avec les données quant au niveau de diplômes des jeunes d'aujourd'hui :

on ne sait pas grand chose des salariés ou chômeurs n'ayant pas le bac, soit 31 % ou un bac pro, 6 % (22% de 27% *), ensemble 37 % sans parler des "bacheliers technologiques" (4%), c'est-à-dire de ceux qui a priori ne suivent pas d'études supérieures et composent les couches salariées/précaires/chômeuses "d'en-bas", autrement dit de ce qu'on peut appeler rapidement le jeune prolétariat, hors "couches moyennes" plutôt supérieures


Citation :
* Le pourcentage de bacheliers dans une génération s’élève à 77,2 % en juin 2015.
- 39,5 % de bacheliers généraux,
- 15,5 % de bacheliers technologiques,
- 22,2 % de bacheliers professionnels.
source : Le baccalauréat 2015 - Parcours scolaires, diplômes, insertion  - Note d'information - N° 24  - juillet 2015

un réel clivage dans la structure sociale de classe entre Nuit Debout et les grèves/blocages/manifs

dans la mesure où l'on voit de nombreux jeunes ouvriers ou techniciens dans les reportages sur les blocages et grèves (raffineries, ports, routiers, cheminots...), on peut supposer un réel clivage dans la structure de classe entre Nuit Debout et les grèves/blocages/manifs : ce n'est pas un scoop mais les chiffres plus haut en donnent une idée sinon précise plus concrète

"prolétariat", "classe ouvrière" : une véritable patinoire conceptuelle et théorique

il est probable que les textes et débats avançant plutôt des considérations sur le syndicalisme, la catégorisation et les oppositions entre "directions bureaucratiques", "syndiqués de base" ou "non syndiqués" (pur.e.s ?) salarié.e.s, ne valent que ce que leurs auteurs voulaient dire avant même d'y regarder de plus près

c'est à se demander s'ils ont bossé un jour dans une entreprise, milité dans un syndicat et/ou participé à des grèves, ou ailleurs que dans l'enseignement ou pas du tout... Je suis de plus en plus circonspect quand je vois dans un texte les grands mots de "prolétariat" et "classe ouvrière", et quant à leur utilisation conceptuelle mise à toutes les sauces du dogmatisme normatif des divers courants qui les utilisent, qu'ils soient d'extrême-gauche, anarchistes ou post-ultragauches, dont 'partisans de la communisation'

il est un temps où l'on parlait, à propos de Marx et du marxisme, de "socialisme scientifique", et sans y tenir absolument, il me semble que la rigueur s'est perdue dans les considérations plus littéraires et philosophiques que matérialistes et fondées sur des éléments qualitatifs et quantitatifs sérieux. Quant aux sociologues relayés par la presse, mon dieu, qu'on les envoie à l'usine ou aux champs, car même sur le terrain, il n'y a pas de sociologie sans idéologie... de classe

désolé de dire que chez les "camarades" et sauf exception, la tendance est à se faire plaisir et redécouvrir ce que l'on "savait" déjà, c'est-à-dire ce qui le plus souvent était déjà faux... Alors, avant de pouvoir faire des "annonces" à qui que ce soit et qui s'en fout : Allez, au boulot !


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 30 Sep - 14:03


tweet théorie

« prolétariat » est certes un vieux concept marxien, avec son pesant de vieilleries marxistes

il aurait besoin d'un bon nettoyage à la lumière de la crise de restructuration du capital

en attendant :

« Chaque fois qu'à la place de prolétariat, je lis "peuple",
je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat.»


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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 25 Oct - 13:55


généalogie de l'enquête ouvrière

prolétariat, dis-moi qui tu es


Workers's Inquiry



apprendre de la classe ouvrière elle-même

introduction et conclusion
Viewpoint a écrit:
In 1880, La Revue social­iste asked an aging Karl Marx to draft a ques­tion­naire to be cir­cu­lated among the French work­ing class. Called “A Work­ers’ Inquiry,” it was a list of exactly 101 detailed ques­tions, inquir­ing about every­thing from meal times to wages to lodg­ing.1 On a closer look, there seems to be a pro­gres­sion in the line of ques­tion­ing. The first quar­ter or so ask seem­ingly dis­in­ter­ested ques­tions about the trade, the com­po­si­tion of the work­force employed at the firm, and the gen­eral con­di­tions of the shop, while the final quar­ter gen­er­ally shifts to more explic­itly polit­i­cal ques­tions about oppres­sion, “resis­tance asso­ci­a­tions,” and strikes.

The ques­tion­naire began with a few prefa­tory reflec­tions on the project as a whole. These fif­teen or so lines basi­cally amounted to a sin­gle prin­ci­ple: learn­ing from the work­ing class itself.

[...]

Although the intro­duc­tion of class com­po­si­tion iden­ti­fied cap­i­tal­ism with indus­trial labor, and the social world cre­ated by the post­war boom, at the same time it pro­vided a method which could today be used to trace the con­sti­tu­tion and trans­for­ma­tion of labor-power in the con­text of uneven devel­op­ment and global cri­sis. Tronti con­fesses that his and his com­rades’ fix­a­tion on the indus­trial work­ing class now presents itself as an unre­solved prob­lem: “I have come to the con­vic­tion that the work­ing class was the last great his­tor­i­cal form of social aris­toc­racy. It was a minor­ity in the midst of the peo­ple; its strug­gles changed cap­i­tal­ism but did not change the world, and the rea­son for this is pre­cisely what still needs to be under­stood.” We sug­gest that inquiry will be the first step in under­stand­ing.

Bien que l’introduction de la composition des classes identifie le capitalisme avec la main-d'œuvre industrielle, et le monde social créé par la prospérité d’après-guerre, en même temps elle a fourni une méthode pouvant servir aujourd'hui à retracer la constitution et la transformation de la force de travail dans le contexte du développement inégal et de la crise globale. Tronti avoue que sa fixation et celle de ses camarades sur la classe ouvrière industrielle, se présentent maintenant comme un problème non résolu : « Je suis venu à la conviction que la classe ouvrière a été la dernière grande forme historique d’aristocratie sociale. C’était une minorité au milieu du peuple ; ses luttes ont changé le capitalisme, mais pas changé le monde, et la raison pour cela est précisément ce qui doit être encore compris. »
Nous suggérons que l’enquête sera la première étape de compréhension.


la question revient du rapport au sujet (révolutionnaire) : qui connaît quoi, autrement dit qui mène l'enquête et d'où ? L'auto-connaissance du sujet (a priori défini comme étant le prolétariat) est certes inhérente à l'idée de luttes auto-théorisantes, mais la connaissance n'est pas la lutte, et l'enquête menée de façon extérieure risque de ne conduire qu'à la connaissance

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 2 Déc - 13:05


“Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.”
Albert Einstein

pour en finir avec les théories du prolétariat comme sujet révolutionnaire

1. définir le prolétariat comme classe, c'est sortir de sa définition marxienne comme l'ensemble de ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre, ce qui inclue non seulement le prolétariat ouvrier (la classe ouvrière travailleuse ou chômeuse), mais tout le salariat (celui qui ne fait pas, en plus "de l'argent en dormant"), et bien évidemment les travailleurs salariés de la terre et des services

2. ce flou est nécessaire à TC et à tout le courant de la communisation, qui utilise le terme de prolétariat dans des acceptions variables, mais effectivement en lieu et place de classe et même de classe ouvrière au sens de créatrice de plus-value. C'est la fameuse "implication réciproque" entre capital et prolétariat, que l'on retrouve chez TC, Astarian, Dauvé, Endnotes (du moins dans le texte américain "LA Theses" qui contredit sur ce point des précédents de cette revue anglaise)

dernier exemple en date de cette religion du prolétariat classe révolutionnaire

Classe / seg­men­ta­tion / raci­sa­tion. Notes Théorie Communiste 2016

TC a écrit:
Ten­ta­tive de défi­ni­tion du prolétariat

La défi­ni­tion essen­tielle du pro­lé­ta­riat est un concret de pen­sée, elle n’exclut pas les mani­fes­ta­tions, elle est tou­jours pré­sente en elles et n’existe elle-même que dans la tota­lité de ses formes, de ses attri­buts. Qu’est-ce alors qu’une classe ? Ten­tons une défi­ni­tion pos­sible du pro­lé­ta­riat comme classe. Défi­ni­tion qui a tou­jours navi­gué entre deux pôles : une défi­ni­tion socio-économique, et une défi­ni­tion comme caté­go­rie his­to­rique défi­nie par une pra­tique (dans les débuts de la cri­tique du pro­gram­ma­tisme l’ambigüité avait été arti­fi­ciel­le­ment sur­mon­tée par la dis­tinc­tion entre classe ouvrière et prolétariat).

Par­tons non pas du simple mais du plus simple : de l’impératif de vendre sa force de tra­vail. Ajou­tons que cet impé­ra­tif n’a de sens que pour la valo­ri­sa­tion du capi­tal, ce qui amène à dire que cette vente pour la valo­ri­sa­tion se défi­nit comme une contra­dic­tion pour le capi­tal et pour elle-même. La vente de la force de tra­vail ne dit pas ce qu’est le pro­lé­ta­riat si cette vente n’est pas sai­sie dans sa rela­tion à la valo­ri­sa­tion du capi­tal comme contra­dic­tion. C’est alors cette contra­dic­tion qui est la défi­ni­tion des classes. La vente de la force de tra­vail n’explique rien par elle-même si on en reste à ce niveau, elle ne défi­nit pas plus la classe même si on la relie sim­ple­ment à la valo­ri­sa­tion du capi­tal. La défi­ni­tion n’apparaît qu’au moment où cette situa­tion (la vente de la force de tra­vail) et cette rela­tion (de la vente à la valo­ri­sa­tion) sont sai­sies comme contra­dic­tion pour cela même dont elles sont la dyna­mique. C’est la contra­dic­tion entre le tra­vail néces­saire et le sur­tra­vail, c’est la baisse ten­dan­cielle du taux de pro­fit com­prise comme une contra­dic­tion entre le pro­lé­ta­riat et le capi­tal, c’est, de même, le capi­tal comme contra­dic­tion en pro­cès. Nous avons alors l’unité de la défi­ni­tion des classes comme situa­tion et pra­tique (comme « en soi » et « pour soi » si l’on veut).

Pour­sui­vons, s’il est vrai que les classes se défi­nissent comme une posi­tion spé­ci­fique dans les rap­ports de pro­duc­tion, les rap­ports de pro­duc­tion sont des rap­ports de repro­duc­tion et là en ce qui concerne la défi­ni­tion des classes tout se com­plique. Nous retrou­vons ici le déni nor­ma­tif face à la « dis­har­mo­nie » entre ce qu’il se passe à un moment donné et le fameux « ce que le pro­lé­ta­riat doit faire confor­mé­ment à son être ». Cette « dis­har­mo­nie » ne tient pas seule­ment à des cir­cons­tances momen­ta­nées liées à des moments par­ti­cu­liers, elle est inhé­rente au fait que si être une classe est une situa­tion objec­tive don­née comme une place dans une struc­ture, parce que cela signi­fie une repro­duc­tion conflic­tuelle et donc la mobi­li­sa­tion de l’ensemble du mode de pro­duc­tion, cela implique une mul­ti­tude de rap­ports qui ne sont pas stric­te­ment éco­no­miques dans les­quels les indi­vi­dus vivent cette situa­tion objec­tive, se l’approprient et s’auto-construisent comme classe.

PS : il fau­drait pro­duire cette ten­ta­tive de défi­ni­tion à par­tir de la par­ti­cu­la­ri­sa­tion de la tota­lité, là ça part d’un pôle et non du tout. Ce n’est pas très grave mais c’est un peu gênant.

3. la croissance d'une population qui ne trouve plus à être exploitée ("Nègres du monde" d'Achille Mbembe, "expulsés" de Saskia Sassen) dessine les contours d'une classe qu'on ne peut inclure dans le prolétariat, ni au sens restreint de ce texte de TC, ni au sens élargi en 1.

4. nous avons par conséquent comme pôles du capital trois "classes" :
- les capitalistes et leurs valets politiques ou alliés des couches moyennes supérieures (encadrement, éducation...)
- le prolétariat au sens de salariat, précariat, chômeur cherchant son inclusion dans le système capitaliste
- les expulsés, qui veulent d'abord survivre
ces trois pôles sont poreux...

5. le capitalisme en "domination réelle" ne fait pas qu'exploiter le prolétariat, il détruit le vivant et conduit des populations entières à se battre pour la vie : ce combat n'est pas fondé sur un rapport de prolétariat à capital au sens de l'exploitation ou du salariat. Il n'est pas en soi révolutionnaire, mais pas moins que les luttes d'un prolétariat qui n'auront jamais visé autre chose que leur inclusion dans le système, même au-delà du syndicalisme quand leurs luttes politiques avaient comme objectif le socialisme étatique l'autogestion. Il n'existe aujourd'hui aucune base pour concevoir un prolétariat dépassant son identité même d'objet-sujet du capital, et bien au contraire des manifestations politiques anti-révolutionnaires du prolétariat ouvrier

6. nous n'avons plus seulement des segmentations du prolétariat selon des identités particulières en son sein, mais un scindement entre prolétariat et expulsés, contre lesquels le premier est l'allié du capital dans leur expulsion, ce dont témoigne son attitude relativement aux migrants

7. il s'en suit que la définition bipolaire d'une révolution/communisation comme dépassement des antagonismes avec le capital par le prolétariat trouvant alors son unité le temps d'abolir les classes, ce schéma n'est plus qu'une vue de l'esprit, que ce soit aujourd'hui ou jamais

8. les voies d'une sortie du capitalisme seront d'évidence multiples, sur plusieurs lignes antagoniques au capitalisme, et cela ne nécessite pas plus une mythique unité du prolétariat universel qu'une convergence des luttes autre que conjoncturelle, c'est-à-dire n'exigeant pas l'existence d'une organisation telle qu'un parti ou alliance de partis

cette conception est compatible avec la visée décoloniale pluriverselle, comme avec celle que j'avançais il y a quelques années de communismeS au pluriel

9. l'eurocentrisme prolétarien universel, et le déni marxiste et anarchiste d'un mouvement décolonial dans la double crise de l'Occident et du capital, sont une idéologie en miroir de l'expulsion (Sassen) par le capital global d'une population croissante constituant une troisième classe différente des deux pôles capital et prolétariat. C'est l'équivalent théorique de l'activité politique anti-révolutionnaire du prolétariat, qui n'a toujours lutté et ne lutte toujours que pour son inclusion dans le système capitaliste, qu'on le nomme ainsi ou socialisme étatique ou autogestionnaire

10. la théorie de la communisation ne peut être que muette face à une telle critique. Non seulement, comme disait Christian Charrier à Daredevil en 2003, « Théorie communiste passe à côté de mes critiques (une pensée dogmatique à toujours beaucoup de mal à sortir de son système pour saisir la logique propre d’une autre pensée) », mais l'on voit mal comment une théorie aussi restreinte, une mécanique à la Newton, pourrait seulement envisager qu'il en existe une autre qui la contienne et la dépasse à tous points de vue : le prolétariat ne fera pas plus la révolution qu'une pomme ne tombera sur la lune



20 citations d’Albert Einstein
(conseillées, toutes conviendraient ici)

11. dans l'immédiat, nous vivons une restructuration historique du capital dont le produit émergera quand l'Occident aura définitivement perdu sa suprématie. Ce qui en résultera s'organisera autour des trois pôles visés en 4. dans un mode de production-reproduction de type capitaliste, avec une partie de l'humanité hors-jeux, une autre comme Le meilleur des mondes possibles : les perspectives révolutionnaires, si elles existent, en seront entièrement refondées

12. à l'échelle de l'histoire de l'humanité, ou plutôt de celles des sociétés humaines, le mode de production capitaliste est très jeune - 2 siècles comparé aux Empires de l'Antiquité, ou du Moyen-âge, 10 siècles, c'est fort peu. L'histoire du capital, s'il ne provoque pas une catastrophe détruisant la vie même sur terre, peut durer quelques siècles encore

Twisted Evil

repris et complété dans un nouveau sous-chapitre : V.1.7. la décomposition/recomposition des classes dans la restructuration du capital
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 29 Déc - 10:43

Dauvé, Moody, frères ennemis de l'idéologie du prolétariat universel révolutionnaire

Working class zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens , Gilles Dauvé, DDT21, décembre 2016

intéressante lecture par Gilles Dauvé de US Labor : What’s New, What’s Not? Kim Moody, 2016, intéressante certes pour les chiffres, mais surtout pour le double point de vue critique adopté par le théoricien communisateur. D'un côté c'est sans difficulté qu'il met en cause la position de Moody, lié au Social Movement Unionism...

Gilles Dauvé a écrit:
Limite du labor writer

Si Moody tient à montrer la permanence de la classe ouvrière et de sa lutte, c’est qu’il cherche quelles ont été, sont et seront les conditions d’un « vrai » mouvement ouvrier, né de la base et restant sous son contrôle. Il croit en effet possible un syndicalisme « lutte de classes », dont les structures reflèteraient l’auto-organisation des travailleurs, sans bureaucratisation, sans que tôt ou tard la négociation collective institutionnalisée transforme prolétaires et bourgeois en « partenaires sociaux ». Son activité et ses écrits militent pour radicaliser les luttes revendicatives et, à défaut d’un Parti du Travail digne du nom, il apporte son soutien à des forces politiques progressistes. Ce qui ne l’empêche bien sûr pas d’envisager la suppression du rapport travail/capital : pour lui, elle viendra d’une montée en puissance des travailleurs face aux bourgeois, l’intensification des résistances finissant par basculer en renversement de la classe dominante, les prolétaires auto-organisés prenant collectivement le pouvoir pour mettre en place un travail associé géré en commun. Perspective très différente de celle exposée sur ce blog.

d'un autre...

Gilles Dauvé a écrit:
Une tentation fréquente de la pensée radicale actuelle consiste à remplacer un prolétariat ouvrier jugé terrassé ou défaillant par un « précariat » beaucoup plus large et surtout n’ayant quasiment plus rien à revendiquer dans le capitalisme, rien sauf sa destruction. Dans cette vision, ce que l’on prend pour une désintégration de la classe ouvrière (et du « mouvement ouvrier » qu’elle avait créé) est interprété positivement comme la condition indispensable, sinon suffisante, de la révolution. Privés de possibilité réformiste, des centaines de millions de précarisés sans présent ni avenir dans les pays comme les Etats-Unis (et à l’échelle planétaire quelques milliards de personnes qui ne sont pas salariables du tout) n’auraient plus d’autre perspective que de crever, de végéter, ou de tout remettre en cause, le travail autant que le capital.

Il est vrai que, des Etats-Unis à la Grèce, l’action revendicative n’obtient plus grand-chose, et même échoue souvent à préserver les acquis que les bourgeois avaient dû autrefois concéder. Mais de ce fait incontestable, il est faux de conclure que nous approcherions (enfin) du seuil historique où les prolétaires n’ayant plus rien à défendre seraient voués à attaquer un système qui les nie. L’expérience passée et présente atteste que, coincés le dos au mur, les prolétaires ont plus d’une façon de réagir : éventuellement tenter de révolutionner le monde, mais surtout résister quand c’est possible, ou se résigner, espérer en un parti qui promet des changements (il en existe), rejoindre un syndicat (il en reste), se replier sur une base régionale, ethnique ou religieuse, voter pour un candidat qui s’engage à défendre le « travail blanc », et si aujourd’hui les capacités de communauté de lutte ne manquent pas, les occasions d’auto-destruction molle ou dure non plus.

Malgré leurs défauts et leurs présupposés, des études comme celle de Kim Moody démontent l’illusion d’une époque contemporaine réduite à l’alternative entre « Tout ou rien ». Il n’y a pas décomposition capitaliste du travail, mais recomposition. Pas plus au 21e siècle qu’au 20e, le capitalisme ne résoudra la question sociale à la place des prolétaires.

...  une chose que Dauvé ne voit pas : ses propres présupposés dans l'idéologie du prolétariat universel, qu'il partage avec Kim Moody. Certes le précariat n'est pas par excellence le nouveau sujet révolutionnaire, mais  pourquoi et comment peut-on encore soutenir une analyse entièrement fondée sur l'implication réciproque entre capital et prolétariat (réduit au prolétariat ouvrier, considération bizarre en "subsomption réelle" du capital sur l'ensemble des rapports sociaux), quand « à l’échelle planétaire quelques milliards de personnes ne sont pas salariables du tout » ? On retrouve le flou du concept de prolétariat comme noyau dur de l'idéologie communisatrice. Entre les lignes, une critique de la théorie de l'écart, de Théorie Communiste Il est faux de conclure que nous approcherions (enfin) du seuil historique où les prolétaires n’ayant plus rien à défendre seraient voués à attaquer un système qui les nie...»)

qu'on le voit dans un avenir proche ou lointain, ce « seuil historique » n'existe que dans la croyance commune qu'en ont communisateurs et interventionnistes. Ce qui est faux n'est pas la durée de l'attente mais le dogme révolutionnaire lui-même. Contrairement à une idée tenace, et nonobstant ses nuances, c'est toute la théorie de la communisation qui est structuraliste et déterministe. Pourquoi ce seuil historique ne serait-il pas atteint par les « quelques milliards de personnes qui ne sont pas salariables du tout », autrement dit ceux qui sont, dans les termes d'Achille Mbembe et Saskia Sassen, expulsés du rapport d'exploitation par le travail ? Mystère... « Le dos au mur » il n'y a rien d'une révolution écrite à l'avance, mais un moment présent de basculement des rapports de classe qui est loin de se réduire, comme le soutient Dauvé en se contredisant, à une « recomposition capitaliste du travail »

PS : il serait aisé de montrer que, relativement à la méthode d'abstraction de Marx (Ollman), Dauvé fait preuve d'un réductionnisme passant à la trappe sa dialectique complexe fondée sur l'extension, les niveaux de généralité et le point de vue. Tout à la controverse entre positions théoriques et politiques, au demeurant sans prise sur la réalité, ce qui est oublié, c'est l'analyse du moment présent du capitalisme, dans une répétition lancinante de « généralités déjà fausses en 1975 » (Karl Nesic)

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 29 Déc - 17:12


les sens du terme de classe chez Marx

dans les discussions sur "les classes" et "le prolétariat", il est intéressant de revenir à l'utilisation que Marx avait de ces termes, catégories ou concepts, selon le contexte de l'utilisation qu'il en faisait

ce texte de Bertell Ollman est paru sous forme d'articles et repris dans plusieurs de ses livres sur la dialectique et la méthode de Marx, depuis les années 1990, dont on trouve des extraits sur son site DIALECTICAL MARXISM The Writings of Bertell Ollman

il ne figure pas dans son livre paru en français, La dialectique mise en œuvre, Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx, qui ne reprend qu'une partie de Dialectical Investigation (1993), le chapitre 5 de Dance of the Dialectic: Steps in Marx's Method (2003)

j'en donne dans le commentaire suivant un passage où Ollman résume ce qui figure ci-dessous en anglais


Marx's Use of "Class"

By Bertell Ollman

What are the classes into which Marx places the inhabitants of capitalist society? In Capital, he says that in developed capitalist society there is only a capitalist and a proletarian class.1 The former, who are also called the bourgeoisie, are described in the Communist Manifesto as "owners of the means of social production and employers of wage labor." In the same place, the proletariat are said to be "the class of modern wage-laborers who, having no means of production of their own, are reduced to selling their labor-power in order to live." 2 But, though Marx believed European capitalism was sufficiently advanced for a Communist revolution to occur, he asserts elsewhere in Capital that three classes—capitalists, proletarians, and landowners—"constitute in their mutual opposition the framework of modern society." 3 For Marx, the landowner class is composed of owners of large tracts of land and is almost always feudal in origin. Has the standard by which Marx assesses class membership altered? 4

Bertell Ollman a écrit:
Even where the basis for distinguishing classes appears to be a group's relations to the prevailing mode of production the question is not the simple one of whether there are two or three classes, for Marx applies this label to several other economic units. Two outstanding examples are the petty bourgeoisie and the peasants. The former are small shopkeepers who own no means of production or, sometimes, a very tiny morsel, and employ at most a few workers; and the latter are the owners of small plots of land which they farm themselves. Their respective relations to the prevailing mode of production in capitalism are not those of the capitalists, the proletariat, or the landowners. Where, then, does Marx place small businessmen and peasants when he talks of society being made up of three classes. At what point does a small businessman stop being petty bourgeois and become a capitalist? How much land does a peasant have to own before he becomes a landowner?

Should we admit as classes all the groups mentioned, there are still other elements in the population that are difficult to place. Are farm laborers, for instance, proletarians or peasants? The inclusion of rural wage workers as proletariat is required to give validity to Marx's claim that the proletariat contains the vast majority of people in capitalist society.5 Marx quotes figures which show that factory workers were not a majority in England, and he must have been aware that this was even more true for Germany and France at the time.6 On at least one occasion, Marx states explicitly that farm laborers are proletarians; yet, the whole weight of his treatment of the proletariat as workers in industry argues against this.7 And, whenever Marx particularizes, it is of industrial workers that he speaks.

Beyond this, there is an indication that Marx sometimes extends the class of proletarians to include small-holding peasants as well, as when he states, "The owning peasant does not belong to the proletariat, and there where he does belong to it by his position, he does not believe that he belongs to it."8 Marx's point is that because of his indebtedness to various capitalists, the mortgage on his property, etc., the peasant does not really own his plot of land, and is actually working for someone else. Bringing the peasantry into the proletariat may help account for Marx's division of capitalist society into two main classes; the landowners and the petty bourgeoisie, we can assume, have been swept under the rug of "capitalism." Most often in his writings, however, the peasants are referred to as a separate class whose distinctive qualities are aptly summed up in the phrase, "class of barbarians."9

Marx's contradictory attempts to categorize the intelligentsia is extremely revealing of the problems encountered in a straight economic division of society. Usually, he speaks of doctors, lawyers, journalists, professors, writers, and priests as "the ideological representatives and spokesmen" of the bourgeoisie.10 Referring to petty bourgeois politicians and writers, "is the fact that in their minds they do not get beyond the limits which the latter do not get beyond in life, that they are consequently driven, theoretically, to the same problem and solutions to which material interest and social position drive the latter practically."11

The relationship between the intelligentsia and the capitalist class is further clarified where Marx says the ideologists of a class are those "who make the perfecting of the illusion of the class about itself their chief sources of livelihood." This, he claims, is based on a division of labor inside the class between mental and physical work.12 Though it would appear to be general, Marx carefully restricts his own application of this principle to the bourgeoisie. From comments such as these, the intelligentsia and the capitalists stand forth as brothers, similar at the core, who are merely specializing in different areas of capitalist "work."13

Though they are usually subsumed under the capitalist class, this does not preclude Marx, on occasion, from ascribing to the intelligentsia a status, not just as a class, but as a cluster of classes. In Capital, Volume I, for example, he speaks of them as the "ideological classes."14 If Marx sometimes puts the intelligentsia among the capitalists and sometimes puts them on their own, he is obviously changing his criteria for deciding what constitutes a class.

Besides referring to capitalists, proletarians, landowners, petty bourgeoisie, and peasants, "class" is also used to refer to groups carved out of society on another basis than their relations to the mode of production. Such groups frequently contain members from two or more of the economic classes dealt with above. What Marx calls the "ideological class," for example, seems to be based on the role these people play in society at large, rather than in production. The ruling classes, another social unit found in Marx's writings, appears to have been marked out by the same measure: those individuals who take part in running the country or who help decide how it should be run are its members.15 In Great Britain, the ruling classes are said to be composed of the "aristocracy," "moneyocracy," and "millocracy."16 Thus, they include both capitalists and landowners, most of whom belong to the aristocracy. The "millocracy" refers to owners of factories which produce materials for clothing; and the "moneyocracy," of "finance aristocracy," refers to bankers and the like, who earn their entrance into the capitalist class as hirers of wage labor and by virtue of their monetary dealings with industrialists.17

Marx also speaks of a "lower middle class" which includes "the small manufacturers, the shopkeeper, the artisan, the peasant."18 This class, it appears, picks up some members from all the economic classes mentioned earlier. What is the criterion by which Marx determines who belongs to the lower middle class? Judging by its membership, it could be income, power, or even distance from the extremes of involvement in the class struggle.

Elsewhere, the "middle classes" or "those who stand between the workman on the one hand and the capitalist and landlord on the other," are described as constantly growing in number and maintaining themselves increasingly out of revenues. They are also said to be a burden on workers and a social and political support for the power of the "upper ten thousand."19 Here, it sounds as if it is officials of various sorts whom Marx has in mind in speaking of the "middle class."

One last example: what are we to make of the group Marx calls the "dangerous class," otherwise known as the Lumpenproletariat, which is said to be composed of "the social scum, that passively rotting mass thrown off by the lowest layers of old society"? 20 It is spoken of elsewhere as "a recruiting ground for thieves and criminals of all kinds, living on the crumbs of society, people without a definite trade, vagabonds, people without a hearth or a home."21 By what standard does Marx judge membership in this class? It seems to be a gathering place for all the unemployed poor, though Marx's term, "dangerous class," suggests a certain action criterion as well. The Lumpenproletariat sell their services to the bourgeoisie, who use them as strikebreakers, labor spies, and fighters against the workers in times of revolution. Such are the actions which make them the "dangerous class."22

The plurality of criteria Marx uses in constructing classes is reminiscent of present day confusion on this subject. It is not enough to argue—as some have—that Marx's idea of class develops over time, for many of the complications we have drawn attention to are found in the same work or writings of the same period. If readers of this essay will check the citations which correspond to my footnotes 1, 3, 9, 14, and 17, they will see a sampling of the various and apparently contradictory uses of "class" in the volumes of Capital. The conclusion remains that, for a variety of purposes, Marx divides society up in as many different ways, speaking of the parts in each case as "classes."

Any attempt to explain Marx's practice must start with the admission that Marx uses this term loosely, often putting it forward as a synonym for "group," "faction," or "layer." This was only in keeping with the imprecise use of "class" which Rolf Dahrendorf informs us was typical of this period.23 Where Marx speaks of "ruling classes," "groups" or "factions" could be substituted for "classes" without any alteration of the meaning. Marx himself uses "ruling class" and "ruling faction" interchangeably in one instance to refer to the same peoples.24 "Groups" could also be substituted for "classes" without any change of meaning in the expression "ideological classes"; and either "group or "layer" would serve for "class" where Marx talks of the "dangerous class." With all due allowance made for loose word usage, however, Marx cannot escape the more serious accusation of having a litter of standards for class membership and of changing them without prior warning.

The implications of this disorder for Marx's class analysis of society should not be carried too far, since Marx's tripartite division of society into capitalists, proletarians and landowners is the prevalent one, and it is also the classification most in keeping with his other theories. Hence, we may in fairness dub it the "Marxist system of classes." The other classes mentioned can be made more or less consistent with this division on the basis of hints Marx drops but nowhere develops. These hints are found in his expressions "subdivisions of classes" and "transition classes."25 The former helps us comprehend occupational, income, and functional units within the three great classes based on differing relations to the prevailing mode of production. Millocracy, moneyocracy, and shipbuilders are all subdivisions of the capitalist class, just as skilled and unskilled workers are subdivisions of the proletariat.

The concept of "transition class" can be used to justify leaving out of the more generalized presentations of the class system, those groups which are in the process of disappearing. Small-holding peasants and petty bourgeoisie are among the classes Marx sees disappearing in this own day.26 A stumbling block to taking this way out is that "transition class" is a highly subjective concept even within Marx's own analytical framework; any class, after all, can be viewed as passing out of the picture, depending on the time span under consideration. We saw Marx claim that, in fully developed capitalism, only a capitalist and a proletarian class exist; therefore, if this is the period one has in mind, all other classes are transitional. After the proletarian revolution, however, the capitalist class, too, disappears; and, when communism arrives, the proletariat as well dissolves into the community. All references to "transitional classes," therefore, if they are to convey any meaning at all, must make explicit the time period under consideration.

Marx's only attempt to present a connected account of class appears at the end of Volume III of Capital, but unfortunately, he never completed it.27 From these few paragraphs, we learn that wage laborers, capitalists and landowners constitute the three large classes of modern society. Yet, he admits that, even in England where capitalism is most developed, "the stratification of classes does not appear in its pure form. Middle and intermediate strata even here obliterate lines of demarcation everywhere )although incomparably less in rural districts, than in the cities)." He believes that developments in capitalist society are speedily reducing all such strata into the capitalist or proletarian class. The landowners, too, are shortly to go the same way. With the growing divorce between the means of production and labor, Marx sees all workers eventually becoming wage laborers. As for capitalists, the trend toward increasing concentration in industry enlarges the holdings of some just as it forces others into the proletariat.

Marx replies to his own question, "What constitutes a class?" with another, "What makes wage laborers, capitalists, and landowners the three great social classes?" The fragment he left behind contains only the first part of his answer: "At first glance—the identity of revenues and sources of revenues. There are three great social groups whose numbers, the individuals forming them, live on wages, profit, and ground rent, respectively, on the realization of their labor-power, their capital, and their landed property." Marx recognizes that this standard also enables physicians and officials to be spoken of as "classes," "for they belong to two distinct groups receiving their revenues from one and the same source. The same would also be true of the infinite fragmentations of interest and rank into which the division of social labor splits laborers as well as capitalists and landlords—the latter, e.g., into owners of vineyards, farm owners, owners of forests, mine owners and owners of fisheries." Here the manuscript breaks off. When concentrating on the problem of class, Marx takes a stand against affixing this label to all kinds of social and economic groups which is something he himself was guilty of.

From our study of Marx's use of the term "class," we can suggest how he would have finished this account. The qualifications for constituting a class that capitalists possess and physicians do not are as follows: the capitalists have a direct operating relationship to the mode of production, while the physicians do not; the capitalists have distinct economic interests (the size of their profit) based on these relations which place them in conflict with the proletariat and landowners, the other two groups directly involved in capitalist production, while the economic interest of physicians—though leaning toward those of the capitalists in present society—are really compatible with the interest of any of the three great classes; the capitalists are conscious of their uniqueness as a class with interest that are opposed to those of the two other main classes in society, while physicians, even if they are conscious of themselves as a distinct group, do not view their interests as being opposed to those of others; the capitalists are organized in one or more physicians—despite their pressure group activity—have no such organization; and, finally, capitalists exhibit a general cultural affinity, a way of life and set of social values, which mark them off from the proletariat and the landowners, while physicians as a group have no such distinguishing features.28

A thread which runs through all of these criteria is the hostility a class displays for its opponent classes. Whether in work, politics, or culture, an essential defining characteristic of each class is its antagonism in this same sphere to others. For the capitalists, this can be seen in their hostile relations to the workers and the landowners at the point of production, in their political struggle to promote their interests at the expense of these classes, and in the cultural sideswipes they are forever directing against them. Of the bourgeoisie, Marx says, "The separate individuals form a class in so far as they have to carry on a common battle against another class: otherwise they are on hostile terms with each other as competitors."29 This common battle is fought on as many fronts as there are criteria for constituting a class. On each front, it is the fact of battle itself which earns each side its label. Hence, Marx calls a society where only one class exists, such as occurs after the proletarian revolution, a classless society. Without an enemy, the antagonistic nature of the proletariat disappears and with it the designation "class." "Who is the enemy?" is a question that can be asked whenever Marx uses "class."

The secret of class in Marxism lies hidden in the socialist philosopher's conceptualization of it as a complex rather than a simple relation. In "class" Marx conflates a number of social ties (relations between groups based on various standards) which are generally treated separately. He views them as interacting parts of an organic whole, the society in question, such that development in any one necessarily affects (more or less, sooner or later) the others. The mistake made in virtually all treatments of this subject, a pit we could only climb out of after falling in ourselves, is to seek after a unidimensional meaning. But, by this maneuver, class is distorted to the number of major elements left unreported. The various criteria for establishing class, therefore, simply reflect the wealth of social relations that Marx sees bound up in it.

Only in advanced capitalism is it possible for a group to qualify as a class on all the criteria I have listed. Hence, Marx's assertion that class is a "product of the bourgeoisie."30 To take just one instance, the absence of effective communication in earlier periods inhibits the exchange of information and contacts which is essential for class formation. An awareness of common interests as well as co-ordinated action to promote them are impossibilities for people living in scattered communities.

But if class is a product of capitalism, how can Marx speak of all history as the history of class struggle or refer—as he frequently does—to the distinguishing social divisions of previous epochs as "classes"?31 To answer this query is also to demonstrate how he was able to refer to so many groups in capitalist society as "classes." It is simply that Marx applies this label if a group measures up to only some of the above standards. Which there are varies with his purpose in making the particular classification. This is the nub of the explanation for Marx's apparent confusion over class. If we want to discover the relevant criteria in each case, we must follow up our question, "Who is the enemy?" with one, "Why are they the enemy?" Nothing that has been said absolves Marx from the accusation of using "class" loosely, but it should help us comprehend what lies behind this usage.32

Whether it was proper of Marx to apply the label "class" on the basis of only a few of the relevant criteria is open to dispute, but that he could not wait for all of them to be satisfied before using this term is clear, Otherwise, he would have defined himself occasionally seen to be without some of the requisite attributes. He says of the proletariat for example, "Thus the mass is already a class in opposition to capital, but not yet a class for itself."33 The missing ingredient is class consciousness, the proletariat's comprehension of their life situation and their acceptance of the interests and enemies which accrue to it.

Elsewhere, Marx suggests the proletariat are not a class, because they lack a class wide political organization. In a letter to Kugelmann, Marx speaks of his program for the Geneva Conference of the First International as helping "the organization of the workers into a class." 34 In the Communist Manifesto, he specifically links this up with the formation of a political party.35 Insofar as class consciousness remains the achievement of a few, and before such a party exists, the proletariat, even in the most advanced capitalistic societies, lack two major qualifications for constituting a class.36 A similar breakdown could be made of the capitalists, and, in fact of all the groups Marx calls "classes." 37

There is a still more formidable objection to Marx's use of "class." Besides changing his standards when moving from one group to the next, the same group—as indicated by its popular name—may be given its measure by a variety of standards. Depending on his purpose, Marx may mean by the "proletariat" all wage earners or "those who work," the simplest and largest net of all.38 Or he may mean those who pass one of any few of the income, cultural, political, and social tests that have been listed. With the shift in criteria, there is a shift, often of huge proportions, in the number of people referred to. This explains, of course, why some groups—peasants, rural workers, intellectuals, and shopkeepers being the prize examples—are sometimes found in one class and sometimes in another. This objection might have proved fatal for those wishing to comprehend Marx's views about his contemporaries if certain trends were not apparent in his use of class labels. Generally, Marx's comments on the proletariat only apply to industrial wage earners, and his descriptions of capitalists are usually meant for large merchants and bankers as well as for the owners of the means of production. These are the chief characters in Marx's realistic drama, Capital.

This brings us to the next and, for many, obvious question, "How useful is Marx's concept of 'class?" But, if our statement of what Marx meant by "class"—garnered from his actual use of the term—is correct, this question simply masks another more profound one concerning the utility of Marxism itself. By conceptualizing a unity of apparently distinct social relations, "class" is inextricably bound up with the reality of the unity so posited, that is, with the truth of Marx's own analysis. For the interwoven criteria Marx used for understanding what constitutes a class represent the result of his empirical social studies.

It is only, in other words, because Marx found groups in his society with different relations to the prevailing mode of production, sets of opposing economic interests based on these relations, a corresponding cultural and moral differentiation, a growing consciousness among these groups of their uniqueness and accompanying interest, and—resulting from this consciousness—the development of social and political organizations which promote these interest that he constructed his peculiar concept of "class." Of overriding importance is that "class" in Marxism is not just a label for groups carved out of society on the basis of a discernable set of standards but expresses as well the involved interactions which Marx believed he uncovered between these standards.39 When critics, such as R.N. Carew-Hunt, therefore, ask complainingly for Marx's definition of "class," they are asking, in effect, for the latter's analysis of capitalist class society; and it is understandable that Marx had difficulty in reconstituting this analysis in the form of a definition for "class."40

For those who accept Marx's version of capitalist social relations, the key concepts in which it is couched are second nature; "class" serves as a necessary vehicle for conveying what Marx taught. Fro those who do not share Marx's analysis, or something close to it, using his concept "class" can only distort what they have to say. We are not interested here in the utility of this concept as an aid in presenting Marxism when the purpose is to criticize the doctrine. Nor should our conclusion be taken as an argument against using the word "class" in some non-Marxist sense, as long as this is made clear. One can define the word "class" to suit practically any end, but it is altogether another matter to use Marx's concept "class" in ways other than he did himself.

Words are the property of language, but concepts—and "class" is both a word and a concept—belong to a particular philosophy (way of viewing the world) and share in all of the latter's uniqueness. As a concept, "class" cannot be detached from the structured knowledge is seeks to express and of which it is, in the last analysis, an integral part. Does Marx provide an adequate account of social relations in capitalism? It is one the answer to this question that the utility of Marx's concept of "class" hinges.41

As for those followers of Marx who try to construct a strict definition of "class" or of any particular class, who begin their studies with such definitions, and who often treat what class an individual or group (e.g., the managers) fall into as a problem to be solved, the preceding analysis would make clear how far their approach has wandered from Marx's own practice. For Marx, the meaning of "proletariat," "capitalist," etc., develops as the analysis of these classes, especially of their interaction with one another, proceeds. Further, the meaning of these concepts along with the number of people included in each class varies somewhat with the problem under consideration and the focus, (width or narrowness) with which he views it. Consequently, if class and the different particular classes are and cannot help but be some of the elements with which Marx begins his inquiry into capitalism, as complex relations which emerge through the course of his study, they are also versions of what is found. The distinction is well captured in E.P. Thompson's claim that "class is not this or that part of the machine, but the way the machine works once it is set in motion."42To offer a strict definition of "class" where brief, relative and conditional indications are called for undermines the effort to grasp the larger social movement within the developed notion of "class." It also illustrates the distance which separates what is popularly known as "class analysis" from Marx's dialectical method.

1 Karl Marx, Capital (Moscow, 1957), II, 348.

2 Karl Marx and Friedrich Engels, The Communist Manifesto, trans. Samuel Moore (Chicago, 1945), p. 12.

3 Marx, Capital (Moscow, 1959), III, p. 604.

4 The landowners are included as one of the "three great social classes" mentioned in Marx's Introduction to the Critique of Political Economy and are referred to as a separate class in a number of other places ("Introduction," A Contribution to the Critique of Political Economy, trans. N.I. Stone [Chicago, 1904], p. 304. In "The Eighteenth Brumaire of Louis Bonaparte," however, Marx treats them as a section of the bourgeoisie, claiming that "large landed property, despite its feudal coquetry and pride of race, has been rendered thoroughly bourgeois by the developments of modern society" (Marx, "The Eighteenth Brumaire of Louis Bonaparte," in Marx and Engels, Selected Writings [Moscow, 1951], I, 248

5 Karl Marx and Friedrich Engels, The German Ideology, trans. R. Pascal (London, 1942), p. 69; Karl Marx, Theories of Surplus Value I, ed. S. Ryazanskaya, trans. Emile Burns (Moscow, 1969), p. 166. He also refers to the proletariat as "the mass of the people," in Karl Marx, Theories of Surplus Value II< ed. S. Ryanzanskaya (Moscow, 1968), p. 115.

6 Theories of Surplus Value I, p. 201; for the relevant statistics on Germany, see Edward Bernstein, Evolutionary Socialism, trans. Edith Harvey (London, 1909), p. 106.

7 Marx says, "The capitalist tenant has ousted the peasant, and the real tiller of the soil is just as much a proletarian, a wage worker, as is the urban worker" (H. Meyer, "Marx on Bakunin: A Neglected Text," Etudes de Marxologie, ed. M. Rubel (October, 1959), p. 109.

8 Ibid., p. 108.

9 Marx, Capital, III, p. 793.

10 Marx, "The Class Struggles in France," Selected Writings, I, p. 129.

11 "Eighteenth Brumaire," op.cit., p.250.

12 German Ideology, pp. 39,40.

13 In the Communist Manifesto, the intelligentsia are referred to as the "paid wage-laborers" of the bourgeoisie (Communist Manifesto, p. 16). Marx's terminology here suggests a strong likeness between the intelligentsia and the proletariat. Nonetheless, the context makes it clear that their real place even here is within the capitalist class.

14 Marx, Capital, trans. Samuel Moore and Edward Aveling (Moscow, 1958), I, p. 446.

15 Of this class, Marx says, "the class, which is the ruling material force of society, is at the same time its ruling intellectual force: (German Ideology, p. 39). Though Marx uses the expression "ruling class" in ways which suggest a more functional definition, this statement does serve notice where the real power of any ruling class lies for Marx.

16 Marx, "The Future Results of British Rule in India," Selected Writings, I, p. 321

17 Elsewhere, the latter group, or some part of it—the big money lenders and usurers—is labeled a "class of parasites" (Capital, III, p. 532).

18 Communist Manifesto, p. 27.

19 Theories of Surplus Value, II, p. 573.

20 Communist Manifesto.

21 "Class Struggles in France," Selected Writings I, p. 142.

22 Engels, it is worth noting, has even more referents for "class" than Marx, especially in Germany: Revolution and Counter Revolution.

23 Rolf Dahrendorf, Class and Class Conflict in Industrial Society, trans. By the author (London, 1959), p. 4.

24 "Class Struggles in France," Selected Writings, I, p. 130.

25 Marx, "The Bourgeoisie and the Counter-Revolution," Selected Writings, I, p. 63; "Eighteenth Brumaire," Selected Writings, I, p. 253.

26 Communist Manifesto, p. 16. Many groups, such as the petty bourgeoisie, fall into both of the above categories; they are a subdivision of the capitalist class and, for the period in which Marx is writing, a transition class as well.

27 Unless otherwise signified, what follows comes from Capital III, p. 862-63.

28 Whether the culture, way of life, and social values of capitalists really differ more from those of other sections of the population than the equivalent attributes of physicians is not at issue. All that concerns us is that Marx thought they did, for this belief was an important element in his construction of classes.

29 German Ideology, pp. 48-9.

30 Ibid., p. 77. This is not to say that every capitalist society has a fully developed system of classes. Marx refers to the United States as a place "where although classes exist, they have not yet become fixed, but continually change and interchange their elements in constant flux" ("Eighteenth Brumaire," Selected Writings I, p. 232). Marx never adequately explains this exception.

31 He says, "The history of all hitherto existing society is the history of class struggles" Communist Manifesto, p. 12). In a footnote to the 1888 English edition, Engels qualifies this where he says, "that is, all written history." He points out that in 1848 Marx and he did not know about the existence of primitive communism (ibid.). In any case, Engels' qualification does not affect our use of this statement.

32 To make his plurality of standards explicit, which we would have liked, would have made it necessary for Marx to tell more than he "had time for." It is simply that the requirements of getting on with his task of the moment forced him to subsume a great deal of the relations he was treating. On the one occasion when he sought to sketch out the main relations in "class," death intervened.

33 Marx, The Poverty of Philosophy (Moscow, n.d.), p. 195.

34 Marx, Letters to Dr. Kugelmann (London, n.d.), p. 19.

35 Communist Manifesto, p 26.

36 These deficiencies are closely related. Increased class consciousness advances the cause of political organization by creating greater interest in it, while organizational activity heightens class consciousness through the propaganda it makes possible. Both deficiencies disappear with the further development of the capitalist mode of production: Marx says, "The organization of revolutionary elements as a class supposes the existence of all productive forces which could be engendered in the bosom of the old society" (Poverty of Philosophy, p. 196).

37 The most explicit statements of this duality occurs in regard to the French small-holding peasants, of whom Marx says, "In so far as millions of families, their interests and their culture from those of other classes, and put them in local interconnection between these small-holding peasants, and the identity of their interests begets no community, no national bond and no political organization among them, they do not form a class." ("Eighteenth Brumaire," peasants are a class, but as regards class consciousness and politics, they are not.

38 Theories of Surplus Value III, p. 63.

39 The interaction offered here is not meant to be complete. One whole area which has not been taken account of at all has to do with role of class in Marx's theory of alienation. For a discussion of this aspect of class, see my book, Alienation: Marx's Conception of Man in Capitalist Society (Cambridge, 1976), ch. 29.

40 R.N. Carew-Hunt, The Theory and Practice of Communism (London, 1963), p. 65. As we have indicated, one possible exception to this rebuke is the short, unfinished chapter on class in Capital III, pp. 862-63.

41 It is our view that the same analysis could be made of Marx's other key concepts—"class struggle," "value," "surplus value," "freedom," "labor power," "alienation," etc. Like "class," each expresses an aspect of the social reality Marx believes he uncovered, and like "class," the full meaning Marx attaches to these concepts can only be deciphered by examining how he actually uses them in his writings. All of them are equally unavailable to those who would use them to express non-Marxist views.

42 E.P. Thompson, "Peculiarities of the English," The Socialist Register, 1965, ed. R. Miliband and J. Saville (New York, 1965), p. 357.




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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 29 Déc - 17:46



les différents sens des "classes" chez Marx
, suite

extrait de Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx

Bertell Ollman a écrit:
Les diverses divisions de la société en classes opérées par Marx, basées comme nous l’avons vu sur des abstractions d’extension différentes de ce qui constitue une classe, ne sont elles aussi discernables que du point de vue des qualités (fonctions, opposition à d’autres classes, niveau de conscience, etc.), qui servent de critères pour la construction d’une classification donnée .

Autrement dit, si la classe est une relation complexe faite de multiples aspects différents, et si la composition d’une classe particulière dépend de ceux que Marx inclut dans l’abstraction d’extension et cerne par son abstraction du niveau de généralité, alors, sa capacité de distinguer réellement les gens comme membres de cette classe repose sur son choix d’abstraire l'un ou plusieurs de ces aspects comme points de vue d’où les observer. Il s’ensuit en outre qu’au fur et à mesure que le point de vue de Marx change, la division de la société en classes avec laquelle il opère change aussi. Dans ce sens, les mêmes personnes, considérées du point de vue de qualités associées à des classes différentes, peuvent en fait tomber dans des classes différentes. Ainsi, le propriétaire foncier est assimilé par Marx à un capitaliste dans la mesure où il affronte les travailleurs comme propriétaire de marchandises dont les travailleurs ont besoin - i.e. fonctionne comme un capitaliste vis-à-vis du travail (plutôt que comme propriétaire foncier vis-à-vis des capitalistes) - quand il est observé de ce point de vue capitaliste traditionnel. 111

Considérée du point de vue de n’importe laquelle de ses qualités, l’identité d’un individu est limitée à ce qu’on peut voir sous cet angle-là. Les qualités qui émergeraient de l’utilisation d’autres points de vue sont ignorées pour des raisons pratiques, parce qu’à ce moment de l’analyse et pour le traitement de ce problème particulier, elles n’existent simplement pas. Ainsi par exemple, les gens abstraits comme travailleurs - c’est-à-dire vus du point de vue d’une ou plusieurs qualités associées à l’appartenance à cette classe - quand l’objet de l’étude est l’économie politique capitaliste, sont présentés comme dépourvus de sexe, de nationalité et de race. Les gens, bien sûr, possèdent toutes ces caractéristiques et d’autres encore, et Marx - lorsqu’il traite d’autres problèmes - peut abstraire des points de vue (habituellement partie de niveaux de généralité non-capitalistes) qui feront ressortir ces autres identités.

Etant donné la souplesse de Marx dans l’abstraction d’extension, il peut aussi considérer les gens de points de vue qui mettent totalement de côté leurs qualités humaines afin de faire ressortir une relation particulière. Tel est le cas lorsque Marx se réfère à l’acheteur comme «représentant de l’argent affrontant les marchandises», i.e., le considère du point de vue de l’argent au sein d’une abstraction d’extension qui inclut l’argent, les marchandises, et les individus.112 L’exemple le plus remarquable de cette pratique est la référence fréquente de Marx aux capitalistes comme «incarnations» ou «personnifications» du capital, où des êtres humains vivants ne sont considérés que du point de vue de leur fonction économique.113 L’école du marxisme structuraliste a rendu un grand service en tirant de telles affirmations de l’oubli dans lequel un marxisme plus ancien, plus orienté vers la lutte des classes, les avait laissées. Aussi utile qu’il soit de décentrer ainsi la nature humaine pour saisir quelques uns des comportements dictés par les rôles économiques des individus (découverte importante de Marx), il y a tout autant de volontarisme dans ses théories qui exige l’adoption de points de vue distinctement humains, et seul un marxisme dialectique doué d’une souplesse suffisante dans le changement des abstractions - du point de vue, de l’extension et du niveau de généralité - peut faire les ajustements nécessaires.

Si les abstractions de Marx sont assez larges pour inclure la façon dont les choses arrivent comme faisant partie de ce qu’elles sont, si de telles abstractions d’extension lui permettent aussi de saisir les divers mouvements historiques et organiques dégagés par sa recherche comme des mouvements essentiels, ce sont, cependant, ses abstractions du point de vue qui rendent ce qui se trouve là - ce que ses abstractions d’extension ont «placé» là - visible. Le mouvement de transformation de la quantité en qualité, par exemple, est rendu «possible» comme mouvement essentiel par une abstraction d’extension qui inclut à la fois les changements quantitatifs et les changements qualitatifs qui se produisent éventuellement. Mais ce processus de transformation n’est pas également clair ou même visible de chacun de ses moments. Dans ce cas, le point de vue privilégié sera celui qui fait le pont entre la fin des changements quantitatifs et le début du changement qualitatif. Par exemple, l’observation de la coopération entre les travailleurs du point de vue du moment où celle-ci se transforme en une force productive qualitativement nouvelle fournit l’indication la plus claire sur la source de ce changement et montre vers quoi tendait le processus qui l’a produit. [...]


111 K. Marx, Théories sur la plus-value, 1974, p. 39.

112 Ibid, p. 173.

113 K. Marx, Le Capital, 1977, t. 1, pp. 13, 77, 420.


p. 106 et 107 dans 7.Les trois modes d'abstraction - Le point de vue ("Vantage point")

rien ne remplace de faire ce travail de "classement", au sens mathématique de "classes d'objets" en s'inspirant de ce qui précède pour un problème donné dans un contexte historique et une situation donnés. On s'aperçoit alors que maintes controverses généralistes entre lecteurs de Marx marxistes ou non tombent, parce qu'elles ont omis de le faire

à titre d'exemple et pour changer de têtes de Turcs : le Marx ésotérique et le Marx exotérique chers aux théoriciens de la Critique radicale de la valeur. Ils ont bien repéré une distinction de niveaux d'analyse, et tout contents s'y sont arrêtés avec une caractérisation linguistique impressionnante pour les gogols, mais sans voir que cela relevait chez Marx d'approches autrement plus complexes et elles, dialectiques (abstraction de l'abstraction), telles que les fait ressortir Ollman de façon limpide, ce qui signifie pas simpliste ni qu'elles soient simples à mettre en œuvre

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 10 Jan - 13:32


on ne saurait mieux exprimer les contradictions de la lutte de classes et ses limites. Ce texte de Real politique revendicatrice est à la limite du cynisme quand l'"Assemblée des employés et des chômeurs" affirme son « objectif ultime, l’expropriation de toutes les richesses que nous produisons et qui sont volées par les patrons. Cette expropriation, en même temps, dissoudra la forme de la marchandise.»

Grèce : « Nous voulons un salaire, pas un travail insignifiant! »

Assemblée des employés et des chômeurs sur la place Syntagma
Http://synelefsi-syntagmatos.espivblogs.net/

Novembre 2016, trad. via dndf

Citation :
Nous demandons un salaire en sachant que même dans des conditions «idéales» le salaire est une fraude, un mensonge, une exploitation. Notre objectif ultime est l’expropriation de toutes les richesses que nous produisons et qui sont volées par les patrons. Cette expropriation, en même temps, dissoudra la forme de la marchandise.

Contre une acceptation misérable et fataliste de la réalité telle qu’elle est apparait dans nos conversations quotidiennes, nous allons enfin nous préparer au combat, en disant d’abord: «Nous voulons un salaire, pas un travail insignifiant !»


en attendant le communisme, on veut de la thune, et rester ce qu'on est...

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stanislas brown



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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 10 Jan - 15:03

Admin a écrit:


en attendant le communisme, on veut de la thune, et rester ce qu'on est...

ben quoi ? C'est ça le communisme comme mouvement réel et concret produit par les luttes au quotidien, non ? plus sérieusement, quand bien même la "marchandise" - en son sens strict et réducteur - serait abolie, la voie royale vers le(s) communisme(s) en serait-elle ouverte pour autant ?
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mar 10 Jan - 15:14

stanislas brown a écrit:
ben quoi ? C'est ça le communisme comme mouvement réel et concret dans les luttes, non ?

dans l'absolu, tout est relatif, un mouvement peut se mouvoir de zéro à l'infini. Question de repères, ce n'est qu'un début ?

CNRTL a écrit:
"Mouvement absolu. Mouvement d'un corps considéré par rapport à des repères fixes.

« Il semble que cette impossibilité de démontrer le mouvement absolu soit une loi générale de la nature.»
Henri Poincaré, La mécanique nouvelle, Théorie de la relativité, 1905, p. 77"





sur le reste, je te dirai plus tard mon avis. Là je dois aller aux marchandises, of courses

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   

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PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?
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