PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

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MessageSujet: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 14 Mai - 11:53

voir en relation la catégorie TRAVAIL : EN AVOIR OU PAS... MAIS ENCORE ?


il s'agit ici d'avancer à la fois dans la critique interne/externe de la théorie classique de la communisation, et dans la proposition de pistes théoriques pour sortir de sa sclérose. Aujourd'hui, à partir du concept de prolétariat, de son rapport à la « classe ouvrière », de ses usages et mésaventures sans perspective communisatrice

Karl Nesic a écrit:
- La classe ouvrière. D’abord, personne n’a jamais affirmé que le prolétariat se résumerait à la classe ouvrière. Karl Nesic Et maintenant ? 2012

adé a écrit:
Les révolutions socialistes, que ce soit celle de Russie ou celle de Chine, ont été l’œuvre de masses surtout paysannes, on sait comment elles ont été remerciées : famines en URSS (notamment en Ukraine), « Grand Bond en Avant » en Chine, c’est-à-dire prolétarisation forcée ( exit les « petits mondes anciens »), plusieurs millions de morts dans un cas comme dans l’autre…
T.C [Théorie Communiste] n’a pas vu venir l’individu-masse, et a continué à penser comme si le « prolétariat » était un invariant, comme s’il était (le prolétariat) porteur de communisme. Eh bien non…  adé dndf 13 mai
j'ai réagi sur le fond dans Communisation et 'Critique de la Valeur' : entre 'vases vides' et 'outres gonflées' par le vent

Roland Simon a écrit:
La communisation est le processus d’intégration de l’humanité au prolétariat en train de disparaître. Comment on intègre l’agriculture pour ne pas avoir à échanger avec les paysans ? Comment on défait les liens échangistes de l’adversaire pour lui imposer la logique de la communisation des rapports et de l’emparement des biens ? Comment on dissout par la révolution le bloc de la trouille ? ... La stricte délimitation du prolétariat par rapport aux autres classes... Dans ce processus d’unification ce sont des masses énormes de prolétaires qui sont embarquées dans le mouvement et qui ne sont pas des ouvriers. C’est-à-dire que la contradiction qui entraîne l’abolition de la valeur c’est la contradiction du capital comme contradiction en procès, mais cette contradiction en tant que force vivante c’est la contradiction entre surtravail et travail nécessaire, c’est-à-dire le prolétariat au sens strict de classe ouvrière

depuis quelques temps, j'ai suggéré que TC, notamment, redéfinisse ce qu'il entend par "prolétariat", comme il l'a fait pour "communisme" (mouvement vs moment historique), et sorte d'usages par trop ambivalents

concernant la paysannerie, adé n'a pas tort, qui rejoint les craintes exprimées par André Dréan, et ma critique renouvellée dans le sujet "la production paysanne et l'exploitation capitaliste" Claude Faure 1977

Patlotch a écrit:
un texte particulièrement intéressant et formateur à la critique de l'économie politique, dans un domaine où elle est toujours controversée : la paysannerie dans le capitalisme. Dans la mesure où la périodisation de l'histoire de capital est, dans la théorie de la communisation, lié au notion de subsomption formelle et subsomption réelle (du moins chez Théorie Communiste), l'approche ci-dessous permet de s'en faire une idée assez concrète mais toujours en vigueur aujourd'hui, posant la question de l'unité du Mode de production capitaliste (MPC), à laquelle l'auteur répond sans ambiguïté, mais avec finesse

c'est aussi l'occasion de revenir sur la validité de la loi de la valeur, sur l'articulation production-reproduction du capital et du prolétariat, et d'autres thématiques familières aux lecteurs des textes théoriques

autre aspect, en corollaire, la nature du travail paysan comme "quasi-salarié" et celle des luttes qu'il peut mener contre le capital. L'enjeu est, comme déjà évoqué, celui des formes d'unité que peut prendre le prolétariat dans le processus de communisation, et là, comme je le soutiens par ailleurs, nous nous écartons sensiblement du schéma tracé par Théorie Communiste quant à l'absorption, de gré ou de force, de la paysannerie au prolétariat, ce qui suppose d'abord que les paysans, ou une forte partie des travailleurs-paysans, ne seraient pas des prolétaires...

ici, l'on retrouve l'intérêt de Marx dans la lecture dialectique de Bertell Ollmann (cf Patlotch problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode, celle de K.B. Anderson dans Marx aux antipodes, Nations ethnicité et société non occidentales : des thèmes multilinéaires

on retrouve ma formulation les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution

et tout cela entre en résonnance forte avec les concepts de la critique décoloniale (DÉCOLONIALITÉ et COMMUNISATION : en finir avec la suprématie blanche occidentale ET le capitalisme, dont il est aisé de vérifier qu'elle s'appuie sur des réalités et des mouvements sociaux autrement plus présent et massifs que la théorie de l'écart de Théorie Communiste

que tout cela ne colle pas avec le concept étroit de prolétariat =~ classe ouvrière des théoriciens de la communisation, marxistes ici plus orthodoxes que Marx - particulièrement la vision de Théorie Communiste -, ne signifie pas que le concept de révolution par le prolétariat, « classe communisatrice » selon « un glissement sémantique » expliqué par RS dans le même texte), tout cela donc ne signifie pas que le concept de prolétariat révolutionnaire serait incompatible avec la nécessité de dépasser, entre la crise et la communisation, les colonialités, et de produire le dépassement des identités de luttes dans lesquelles se forgent la subjectivation révolutionnaire

par petite provocation, laissons conclure un théoricien pas vraiment proche de « nous »

Alain de Benoist a écrit:
il n’y a de perspective révolutionnaire que lorsqu’une reconstruction idéologique radicale rencontre un mouvement social réel. Il me semble qu’on en est encore loin Alain de Benoist. « Le FN aurait tout intérêt à abandonner ses positions jacobines BreizhInfo 27 mars 2015»

que cela nous plaise ou non, la reconstruction idéologique radicale que je propose, utiliser les concepts critiquees de la décolonialité pour ouvrir aux réalités présentes la théorie de la communisation, cette proposition est plus ancrée dans les réalités du monde actuel que jusqu'ici cette théorie de la communisation, et les luttes sur lesquelles je la fonde, luttes de prolétaires en un sens non réduit à la classe ouvrière, luttes de femmes 'racialisé.e.s' et décoloniales, luttes contre l'appropriation et pour la sauvegarde de la terre nourricière... ces luttes sont un mouvement social réel

rien ne dit qu'elles conduisent, du moins à court ou moyen terme, à « l'insurrection généralisée » et à la « communisation simultanée à l'échelle mondiale » dont rêvent les "communisateurs". Mais comme disait Marx, c'est celles que nous avons « sous les yeux », et si elles annoncent quelque chose, c'est bien une étape, une transition dans l'histoire même du capitalisme, avant que puisse être envisagée une révolution générale d'abolition du capital

Angela Davis, aux dix ans du PIR, eut ce mot de la fin : « Exigeons l'impossible ! ». En 68, c'était « Soyons réalistes, exigeons l'impossible !» Elle ajoute, à Nantes : « Et dire que l’on me reproche à moi de prêcher par excès d’optimisme ! »

au fond, la Théorie de la communisation n'aurait-elle pas été, jusque-là, qu'une théorie gauchiste de la révolution ? , des mots plus radicaux que tout le monde, et un objectivisme délirant et dérivant en participation à des activités groupusculaires dont tel « leader objectif », haut-fonctionnaire de carrière, finit au sommet de l'État et de l'économie grecque du réformisme capitaliste (cf pour ou contre la communisation ? un débat de 2012 et suites... à propos de Woland tombé de Sic en Syrisa)


Los obreros contra el trabajo Michael Seidman, traduit en français par Senonevero : Ouvriers contre le travail


Dernière édition par Admin le Jeu 12 Nov - 2:53, édité 3 fois
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MessageSujet: à quoi bon s'enferrer ?   Jeu 14 Mai - 13:23

salut,

à quoi bon s'enferrer et traîner les gamelles des communisateurs post-ultragauche, ils sont grillés, ils ont attaché à leur propre concept de base une connotation de ridicule. Leurs silences en disent assez long, et ce n'est pas Dauvé, avec ses propres casseroles négationnistes, qui va les en sortir par le haut avec son prochain bouquin. T'as qu'à regarder les photos sur DDT21 : que de la petite bourgeoisie, d'où il s'exprime lui-même, en pur produit de la culture bourgeoise française renversée dans le gauchisme des années 68

ils ne valent pas mieux que tous les autres, des anars folkloristes d'internet aux machins critiques des temps et de la valeur, en passant par les nouveaux harkis antiracistes qui tirent sur les nègres en luttes... Si l'on prend ce qu'est le racisme aujourd'hui, ils sont objectivement racistes, par leurs silences, leurs dénis, et leurs conceptions eurocentristes mêmes

alors basta, t'emmerde plus à vouloir les sauver de leur tares consubtantielles
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 15 Mai - 12:34

tranchiste a écrit:

à quoi bon s'enferrer et traîner les gamelles des communisateurs post-ultragauche, ils sont grillés, ils ont attaché à leur propre concept de base une connotation de ridicule[...] alors basta, t'emmerde plus à vouloir les sauver de leur tares consubtantielles

cela n'engage que toi surtout en ces termes, et si j'ai pu le formuler parfois de manière semblable, c'était dans une analyse autrement plus dialectique, toujours avec un autre versant, une critique positive. Le concept de communisation n'appartient à personne. Sa validité n'est pas garantie par une théorie ou une autre, mais par ce qui en sera confirmé empiriquement par le cours de la crise et des luttes, par celles qui s'en empareront avec ou sans ce nom. Ça, les théoriciens de la communisation le savent et l'ont dit aussi bien que moi, de Bernard Lyon (TC) à Gilles Dauvé (troploin)

si j'ai des "doutes" (DDT21) quant aux facultés de Dauvé d'en faire quelque chose de vivant et d'utile pour des combats communistes au présent - on en jugera à son livre annoncé, De la crise à la communisation), je tiens que Théorie Communiste est comme il le dit dans un « chantier permanent », et le prouve, même si ça ne va pas aussi loin et profond que je pourrais le souhaiter

les textes de RS "après Charlie" sont parmi les meilleurs publiés cette année, parce qu'ils portent le fer théorique contre le cœur de ce que j'appelle l'idéologie française. Si j'ai encouragé un débat sur leur contenu, c'est bien considérant qu'ils offraient la possibilité d'une ouverture et de réponses/questions nouvelles à celle du "Comment ?" : « La question théorique centrale devient alors : comment le prolétariat agissant strictement en tant que classe de ce mode de production, peut-elle abolir les classes »

cette question, Théorie Communiste est seul (avec moi) à (se) la poser au présent. Dauvé me paraît attendre l'apparition des formes normées dans lesquelles il définit la révolution communiste dans une sorte d'invariance. Astarian s'exprime davantage sur le moment communisateur, le futur, que sur le présent, ce qui ne signifie pas que ce soit sans intérêt (La communisation comme sortie de crise, Critique de la valeur...)

il y a donc matière à poursuivre des échanges, même s'ils ne sont pas directs
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tranchiste
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 15 Mai - 22:24

Dis comme ça, je comprends mieux, mais la communisation tout le monde s'en fout, et ceux qui ont connu ses années de vertige en sont revenus. D'abord ils ont vieilli, et vu ce qu'ils ont compris de la théorie, ils n'y reviendront pas. Leur vie est ailleurs, leurs idées aussi.
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Lamusant
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 15 Mai - 22:43

sur le prolétariat, le pur et dur George Bideau, des 7 du Québec

Citation :
7) Une révolution prolétarienne exige l’existence une classe prolétarienne nombreuse, très nombreuse, moderne – très moderne – salariée dans des usines de pointe hautement sophistiquées – numérisées – mécanisées – robotisées – efficace – efficientes, productives – à la chaîne, aux cadences infernales, sous la gouvernance totalitaire, fordiste et tayloriste des capitalistes, dirigés à la baguette par l’État « fasciste » des riches déjantés. Les masses paysannes, les conglomérats de petits bourgeois frustrés, paupérisés, hargneux ne sont pas le bois dont on chauffe les révolutions prolétariennes. Il faut se méfier de ces classes et aviser la classe prolétarienne des tendances réformistes et conciliatrices de ces fractions de classe conspirationnistes.

Citation :
10) Une Révolution démocratique populaire marque l’étape de la Révolution nationale bourgeoise capitaliste (il en est de même des luttes de libération nationaliste anticoloniales et anti-impérialistes). Ces « révolutions » ne visaient pas à renverser un mode de production capitaliste caduque pour le remplacer par le système socialiste (en marche vers le mode de production communiste). Ces « révolutions nationalistes » ont toutes marqué l’étape historique où certaines bourgeoisies nationales ont remis en cause les liens économiques et politiques coloniaux soient dans des colonies de peuplement comme en Algérie, en Israël, au Canada, en Australie, en Argentine, au Venezuela, en Afrique du Sud, etc.; ou alors dans des colonies d’exploitation comme au Congo, à Cuba, au Sénégal, en Libye, en Syrie, en Afghanistan, au Cambodge, etc.. Les capitalistes nationaux assujettis, attachés par des liens d’affaires à une ou à plusieurs puissances coloniales dominatrices, se sont révoltés et ont exigé l’établissement de nouveaux rapports de production où ils auraient la part plus belle dans le partage des richesses spoliées.

Citation :
11) Partout où elles ont eu lieu, ces Révolutions démocratiques populaires (populistes) étaient des révolutions bourgeoises, paysannes, parfois antiféodales, souvent anticoloniales, mais jamais prolétariennes. Dans tous ces pays, sans exception aucune, la classe prolétarienne révolutionnaire n’existait pas en tant que classe « en soi » et en tant que classe « pour soi » (cherchant la prise de pouvoir de classe sur l’ensemble de la société et d’abord sur l’appareil d’État bourgeois). Ou alors, la classe prolétarienne existait « en soi », et menait des luttes de résistance sur le front économique de la lutte de classe, mais elle végétait dans un état larvaire faible et minoritaire, sans grande expérience historique de lutte de classe mortelle, acharnée, et elle ne possédait pas une vision ne serait-ce qu’embryonnaire de sa mission historique dont l’objectif est de créer une société fondée sur le mode de production communiste.

et tout à là venant...
http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-revolutions-du-xxe-siecle/

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Dim 17 Mai - 15:51

tranchiste a écrit:


je te trouve optimiste et bien indulgent avec TC. Il n'y a rien dans ses derniers textes qui permette de sortir de la vision post-prolétariste épinglée par Christian Charrier, Temps Critiques, et toi-même

toutes leurs analyses, et leurs textes les plus récents "De la politique en Iran", "Du kochari et du jasmin",  "Où en sommes-nous dans la crise", "après Charlie" 1 et suite, sont focalisés sur la recherche, sous les luttes et les confrontations politiques, de "la classe", du prolétariat défini en termes à la fois anciens, réducteurs et flous, comme tu l'as souligné... et toute leur attente, comme avec la théorie de l'écart, est de voir surgir ce qu'ils annoncent, l'unité du prolétariat enfin révolutionnaire, au dernier moment, pour communiser de gré ou de force ceux qui n'ont pas leur schéma prédéfini de la révolution communiste

de ce point de vue avec la "communisation" tu t'es accroché une casserole qui n'est même pas la tienne

tu as bien vu mon histoire d'amour avec Roland Simon, et la sienne avec le prolétariat *,
* Prolétaire et travail : une histoire d'amour ? troploin 2002

mais j'ai mes raisons de ne pas couper le cordon ombilical avec la "théorie de la communisation" :

- la défense du concept et son retournement offensif du point de vue communiste et décolonial

- ne pas donner des gages dans la partie de billard à trois bandes, entre :

1. vieux caciques théoriciens et leurs petits chiens en chaleur, qui ont pris froid (voir 3.)

2. adversaires plus ou moins théoriques de la théorie de la communisation (Wertkritik, Temps Critiques, Dréan, Guillon, non-fides et autres anars, Vosstanie, Incendo...), et

3. ceux qui ont jeté l'eau du bain avec le bébé, tel des mafiosis reconvertis en chasseurs de prime anti-prolétariat, tel adé -rantanplan, ex-fan de TC/RS Lucky Luke, et sous-adjoint de pepe-dndf - lonesome cowboy en mâl de girl, de prolos et de négresses communisatrices -, adé donc, qui vient de découvrir, chez Benasayag autrefois démocrate radical honni, le concept recyclé d'individu-masse
au sujet (sic) duquel s'interroge un autre adepte courant aux fesses en feu de TC comme un tout-tout derrière sa mémère, l'ineffable Stive, qui ne risque pas de franchir un pas de côté, vu qu'il est toujours, comme dans la chanson, derrière : « Adé, c’est quoi cet individu masse ? »

autant dire que la théorie de la communisation a surtout à faire avec des individus à la ramasse

ce genre de "compagnon de route" me rappelle tant de concons suivistes du pécé, ça me fait pitié pour Roland, muet avec son son cor au pied qu'il met toujours dans le même fleuve en se tirant une balle dedans. De leur « notre histoire » qui n'est pas la mienne, ils ont retenu la leçon : demeurer ultra gauche, au sens de maladroit

pour une image, voir [/url]Histoire critique de la communisation, détournement Patlotch bien tempéré du clavier

donc donc voilà, c'est ma stratégie théorico-politique, un rien machavélique, je l'accorde Twisted Evil

et puis surtout faut rigoler, en attendant qu'le ciel nous tombe sur la tête
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MessageSujet: « prolétariat, je te hais »   Mar 19 Mai - 9:45

adé a écrit:
« L’individu-masse c’est la victoire du prolétariat en tant que classe « en soi ». La différence entre « classe en soi », d’une part, et « classe pour soi » d’autre part a été, à mon humble avis un peu trop vite jetée aux oubliettes. Le Néo-libéralisme invente l’individu-masse comme la négation de l’appartenance de classe (communauté de classe), étendant ainsi l’individualisme proprement « bourgeois » à l’ensemble de la société devenue société salarialehttp://dndf.org/?p=14100#comment-127498adé-dndf 18 mai 2015

pauvre adé, lui qui affirmait en 2010 : « Il existe en France plusieurs "courants" qui se réclament, ou utilisent de concept de COMMUNISATION. [...] J'ai un penchant pour la version de Théorie Communiste, et je conseille vivement la lecture de cette revue, ainsi que celle de ENDNOTES (English). Je trouve que les courants CRITIQUE RADICALE DE LA VALEUR et COMMUNISATION ont beaucoup d'affinités...» source « Le prolétariat n'est pas le sujet de l'histoire », par Moishe Postone , et qui en vient à se rapprocher de la Wertkritik : « T.C n’a pas vu venir l’individu-masse, et a continué à penser comme si le « prolétariat » était un invariant, comme s’il était (le prolétariat) porteur de communisme. Eh bien non…»

malheureusement, en affirmant : «  L’individu-masse c’est la victoire du prolétariat en tant que classe « en soi ». La différence entre « classe en soi », d’une part, et « classe pour soi » d’autre part a été, à mon humble avis un peu trop vite jetée aux oubliettes » il ne fait que réveiller la vieille question de « la conscience de classe », qui suppose justement l'idée sous-jacente de sa possible unité, par une conscientisation tombée d'on ne sait plus où

affirmer que « Le Néo-libéralisme invente l’individu-masse comme la négation de l’appartenance de classe (communauté de classe), étendant ainsi l’individualisme proprement « bourgeois » à l’ensemble de la société devenue société salariale » est triplement faux :

1) en conférant au concept d'individu-masse une validité générale transcendant les rapports de classe, c'est-à-dire en niant l'existence même de ces classes, et donc le capitalisme en tant qu'économie politique,  comme mode de production fondé sur leur antagonisme, et l'exploitation du travail

2) en parlant d'individualisme proprement « bourgeois », pour ce qui l'est au contraire fort improprement, point besoin d'une sociologie de terrain pour le démontrer empiriquement. C'est la rage anti-prolo au long cours de tous ceux qui, comme adé, en bons gauchistes, reprochent au prolétariat de n'avoir pas accompli sa « mission historique ». Au fond, c'est confondre la nécessaire critique théorique rétrospective du programmatisme ouvrier comme conception du communisme, avec sa critique subjective comme erreur ou faute

3) en considérant que « l’ensemble de la société [est] devenue société salariale », énorme ânerie alors que le capitalisme actuel se caractérise de plus en plus par une masse de non exploitables, y compris comme « armée de réserve » : les migrants et autres populations vouées à la mort de masse par la maladie ou la guerre appartiennent-ils à « la société salariale » de adé ? Faut-il lire Saskia Sassen qui parle d'« expulsion »* ou Achille Mmembe « Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne... Une humanité pour laquelle la grande tragédie, c’est de ne même plus pouvoir être exploitée. » Entretien à Libération 1er novembre 2013

Saskia Sassen a écrit:
Saskia Sassen : Ces deux dernières décennies, un nombre croissant de gens, d’entreprises et de lieux physiques ont été comme « expulsés » de l’ordre économique et social. Des chômeurs sont rayés des listes de demandeurs d’emploi. Certains travailleurs pauvres ne bénéficient plus d’aucune protection sociale. Neuf millions de ménages américains ont perdu leur foyer après la crise des subprimes. Dans les grandes métropoles du monde entier, les classes moyennes sont peu à peu chassées des centres-villes, désormais hors de prix... La population carcérale américaine a augmenté de 600 % ces quarante dernières années. La fracturation hydraulique des sols pour extraire le gaz de schiste transforme des écosystèmes en désert – l’eau et le sol sont contaminés, comme si on expulsait de la biosphère des morceaux de vie. Des centaines de milliers de villageois ont été délogés depuis que des puissances étrangères, étatiques et privées, acquièrent des terres aux quatre coins du monde : depuis 2006, 220 millions d’hectares, principalement en Afrique, ont été achetés...

Le sort d’un chômeur radié n’a bien évidemment rien à voir avec celui d’un lac pollué en Russie ou aux Etats-Unis. Il n’empêche qu’à mes yeux, ils s’inscrivent dans une nouvelle dynamique systémique, complexe et radicale, qui exige une grille de lecture inédite. J’ai le sentiment que ces dernières années, nous avons franchi une ligne invisible, comme si nous étions passés de l’autre côté de « quelque chose ». Dans bien des domaines – économie, finance, inégalités, environnement, désastres humanitaires –, les courbes s’accentuent et les « expulsions » s’accélèrent...

Quelle est la différence entre un « exclu » et un « expulsé » ?

L’exclu était une victime, un malchanceux plus ou moins marginal, une anomalie en quelque sorte, tandis que l’expulsé est la conséquence directe du fonctionnement actuel du capitalisme. Il peut être une personne ou une catégorie sociale, comme l’exclu, mais aussi un espace, un écosystème, une région tout entière. L’expulsé est le produit des transformations actuelles du capitalisme, entré, à mes yeux, dans des logiques d’extraction et de destruction, son corollaire...

C’est pourquoi la petite bourgeoisie et même une partie non négligeable des classes moyennes perdent pied. Leurs enfants sont les principales victimes...

Qui sont les « expulseurs » ?

Un assemblage [...] de dirigeants de grandes entreprises, de banquiers, de juristes, de comptables, de mathématiciens, de physiciens, d’élites globalisées secondées par des capacités systémiques surpuissantes – machines, réseaux technologiques… – qui agrègent et manipulent des savoirs et des données aussi composites que complexes, immensément complexes à vrai dire. Plus personne ne maîtrise l’ensemble du processus. La dérégulation de la finance, à partir des années 1980, a permis la mise sur pied de ces formations prédatrices et la clé, ce sont les produits dérivés, des fonctions de fonctions qui démultiplient les gains comme les pertes et permettent cette concentration extrême et inédite de richesses... » Le capitalisme est entré dans des logiques d'extraction et d'expulsion

adé ne comprend rien. Il ne comprenait déjà pas Théorie Communiste quand il s'en disait proche, et maintenant il tire dessus avec un pistolet à eau tiède. Ah l'amour déçu ! La théorie communiste serait-elle faite pour des midinets ?

avec adé, aucune suite dans les idées, c'est en permanence un pas en avant, deux pas en arrière. Il semble qu'ici, il ait franchi le pas de l'abandon en ligne... Souhaitons-lui que ce ne soit qu'un passage à vide, et de ne pas être assourdi par la Wertkritik : « Les vases vides font toujours beaucoup de bruit ».

plus positivement, le concept de prolétariat n'a pas perdu toute validité, mais comme tout concept en sciences sociales, il doit vivre et évoluer avec le contexte dans lequel on l'utilise. Sans abandonner la définition de Marx pour qui est prolétaire celui qui ne peut vivre qu'en vendant sa force de travail, on peut fort bien concevoir que la classe de la révolution, la « classe communisatrice » de RS/TC, n'a pas une composition univoque en relation au salariat, et encore moins au salariat ouvrier. Là oui est la limite et l'erreur de Théorie Communiste, et je ne suis pas le premier à la relever

dans ces conditions les possibilités s'ouvrent et pas seulement à la théorie, de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Tout l'intérêt d'enrichir la théorie communiste avec la critique décoloniale et de genre est là, et il n'y a pas matière à s'effondrer dans le catastrophisme, mais appel à se retrousser les manches et à faire marcher sa tête
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 21 Mai - 12:35

Le prolétariat post-fordiste des pays industrialisés me paraît se caractériser par son mode discontinu d'exploitation, notamment par un chômage de masse irréductible qui n'est plus une armée de réserve pour le Capital mais une population surnuméraire à charge d'être domestiquée par l'État.
La frontière entre le sous-prolétariat et le prolétariat est devenue d'autant plus floue et poreuse par le mode d'exploitation actuelle, que les exigences d'employabilité évoluent constamment. Un prolétaire vieillissant et incapable de s'adapter aux changement des conditions d'emploi devient lentement mais sûrement inemployable. Il passe de prolétaire à sous-prolétaire, préretraités et "bénéficiaires" des minima sociaux.
D'une manière symétrique, les plus jeunes connaissent le même mode d'exploitation discontinue que les plus âgés. Ils sont présumés encore insuffisamment employables, ils sont donc stagiaires jusqu'à 30 ans quand ce n'est pas souvent plus, ou courent dans l'intérime de missions en missions.
Dans sa restructuration lors des années 70, le capitalisme des pays industrialisés occidentaux a adapté le toyotisme japonais à leur prolétariat en réorganisant le travail sous la forme de la production maigre (Lean Production), ce qui explique en partie le mode d'exploitation discontinue caractérisant le prolétariat actuel mais aussi son atomisation et son anomie croissante par sa socialisation discontinue par le travail.
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 21 Mai - 18:03

c'est une vue je pense assez juste du prolétariat des pays capitalistes anciens, étant donnés que d'autres pays sont devenus plus industrialisés. La Chine, par exemple, "usine du monde", ne présente pas un prolétariat ainsi caractérisé, les nouveaux prolétaires migrants intérieurs sont massivement des paysans

parler de « sous-prolétariat » ne renvoie pas au Lumpen-prolétariat de Marx, et sans doute certains dogmatiques (L.O., Mouvement communiste...] n'y ont-ils vu que du feu, dans les émeutes de 2005

Le Manifeste du parti communiste a écrit:
« Quant au lumpenprolétariat, ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne ; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction.» Marx-Engels 1847

je pense qu'il faut s'intéresser à la composition sociale du prolétariat ou des prolétariats actuels, non seulement en termes de revenus salariaux ou autres (commerce parallèle, trafics, vols...), mais en terme d'origine sociale, parce qu'il y a là une ligne de compréhension dans les formes de luttes qu'adoptent les uns ou les autres, selon qu'ils viennent de famille prolétaires ou de couches moyennes plus ou moins déclassées, prolétarisées

à l'époque de l'alter-mondialisme triomphant, la composition sociale des Black Blocks est sans doute la même que celles des participants aux forums sociaux, qu'ils entendent au demeurant protéger, et leur compréhension du capitalisme n'est pas fondamentalement différente, même s'ils ont le cœur et les actes plus anarchistes et libertaires : anti-autoritaires

de même la composition sociale et raciale des mouvements Occupy n'est pas la même que celle des émeutiers de Ferguson ou Baltimore, ou en France des émeutes de 2005

je ne sais pas comment ça peut évoluer d'une génération à l'autre, parce que les enfants de cette couche moyenne basse la plus présente dans ces mouvements seront de fait d'origines prolétarienne de 2ème ou 3ème génération (comme on dit des "immigrés"), ou de plus en plus prolétarisés sans issues dans le monde du travail et du salariat

pour moi, c'est un élément clé de ce qui peut se produire à moyen terme, et de la possibilité d'une auto-compréhension des luttes plus radicalement anti-capitaliste, au sens véritable du terme, c'est-à-dire pour l'abolition du système. Et là, nous commençons d'avoir les éléments proprement théoriques, armes de la critique dans la critique des armes

ici, je regrette de le redire, l'origine et la composition sociale-raciale-sexuelle même des « partisans de la communisation » et de leurs théoriciens n'ont pas été et ne sont toujours pas de nature à les porter vers une compréhension intérieure, subjective, de ces questions essentielles pour parler de "dépassement produit" de contradictions dans des situations dont ils n'ont aucune expérience interne. Cette origine et composition sociale est grosso-modo la même que ce qu'ils ont critiqué, le couple démocratisme radical-action directe. C'est une des raisons pour laquelle ils se sont focalisés là-dessus, et la cause de leurs erreurs d'analyse et de leur échec à créer le moindre lien organique avec des luttes dont ils ne se préoccupaient pas, ou pensaient le pire, ne voyant qu'attrait pour l'exotisme [l'exotisme n'est-il dans leur propre regard d'Occidentaux ? On est toujours l'exotique de quelqu'un, relire Montaigne ou Voltaire] dans l'intérêt qu'on pouvaient leur porter. Ils ne sont pas prêts de franchir ce pas, qui remet en cause trop de leurs certitudes universelles

cela ne signifie pas qu'appartenant aux couches moyenne on ne puisse pas comprendre, mais cela suppose de sortir de soi, de distancier son propre point de vue, et de prendre en considération celui de ceux qui se battent ou théorisent avec une autre expérience de l'histoire, de la vie, et des luttes pour leur propre émancipation contre le même capitalisme comme système d'exploitation et de colonialités
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vlad2
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MessageSujet: Pistes pour l’intervention    Jeu 21 Mai - 18:40

Pistes pour l’intervention : Massification des expulsions au Sud comme au Nord :

Revue internationale
International Web Journal
www.sens-public.org

Quand la complexité produit de la brutalité
Saskia Sassen

Résumé: Saskia Sassen explore ici la manière dont la créativité du capitalisme avancé a pu conduire à la crise des crédits hypothécaires (subprimes) aux USA. Au passage, elle découvre un lien secret entre la spéculation financière et une approche purement abstraite des réalités territoriales. Là où l'homme du commun assure que la terre vaut pour elle-même, qu'elle est le sol où se fonde toute vie humaine digne de ce nom, et que toute personne est fondée à demander à être protégée de la misère, et a fortiori dans le cas où elle met ses ressources à disposition des autres, il est soudain apparu que les techniques financières, telles le LBO (leverage buy out, achat avec effet de levier) n'étaient nullement cantonnées aux entreprises. D'où la mise en équivalence entre ce qui se développe dans les pays du Sud - lesquels ne se contentent plus d'exporter leurs ressources naturelles, mais vendent leur territoire à des compagnies étrangères – et ce qui s'est passé avec les emprunts hypothécaires. Dans les deux cas, le capitalisme avancé crée des « populations surnuméraires » qui sont réellement exclues de leurs propres villages ou de leur foyer. Il devient impossible aux populations du Sud de développer leur propres produits. Et dans les pays du Nord, un grand nombre de ménages ont été lessivés par des offres de crédits malsaines, et violemment rejetées sans la moindre possibilité de recouvrer l'argent qu'ils avaient placé dans le système. Que se passera-t-il ensuite ?

Ce texte fait partie du dossier publié sur Sens Public : « Embrasser le 21e siècle, enfin ?1 »

Quand la complexité produit de la brutalité
Saskia Sassen

Lorsque la guerre froide a pris fin, une nouvelle lutte a commencé. Suivant une période de relative redistribution keynésienne dans les économies de marché développées, les États-Unis sont devenus l’acteur clé d’un remodelage radical du capitalisme. La période keynésienne a apporté avec elle une expansion active des logiques qui valorisaient les gens en tant que travailleurs et consommateurs. Ce n’est pas le cas pour la phase actuelle du capitalisme avancé. Au cours des deux dernières décennies, il y a eu une forte augmentation du nombre des personnes qui ont été « expulsées », une quantité bien plus importante que celle des nouvelles classes moyennes « intégrées » dans des pays comme l’Inde et la Chine. J’utilise le terme « expulsé » pour décrire une variété de conditions : le nombre croissant de pauvres vivant dans une misère abjecte, les déplacés des pays pauvres qui sont recasés dans des camps de réfugiés formels et informels, les stigmatisés et les persécutés des pays riches qui sont destinés aux prisons, les travailleurs au corps détruit à la tâche et rendus inutiles à un âge bien trop précoce, des populations surnuméraires pourtant capables mais parquées dans les ghettos ou des zones. Mon propos est que cette expulsion massive signale en fait une transformation systémique plus profonde qui a été documentée par petits bouts, par bribes, mais pas vraiment présentée comme une dynamique globale qui nous emporte vers une nouvelle phase du capitalisme mondial.

Dans cet essai, j’examine trois enjeux. Tout d’abord, j’analyse brièvement ce qui nous a menés à ce point. Ensuite, je discute une nouvelle logique du profit qui peut prospérer sur les dévastations produites par la logique dominante des deux dernières décennies : la transformation de ce qui fut jadis construit comme territoire national souverain en terre à vendre sur le marché global. Ce sont des terres en Afrique, en Asie Centrale et en Amérique Latine qui sont achetées par de riches investisseurs ou des gouvernements pour produire de la nourriture, pour accéder aux eaux souterraines, ainsi qu’aux minéraux et aux métaux. Le troisième point peut être présenté comme une extension globale des mécanismes financiers qui ont, jusqu’ici, été confinés aux États-Unis mais qui ont pour trait caractéristique la possibilité de réaliser des profits financiers massifs sur le dos de foyers aux revenus modestes, ceux-ci étant globalement au nombre de 2 milliards.

Fabriquer des instruments complexes pour des extractions élémentaires

Deux changements profonds marquent le début des années 1980. Le premier fut l’ascension de la finance. Si l’activité d’une banque traditionnelle consiste à vendre de l’argent que vous avez, avec la finance vous vendez de l’argent que vous n’avez pas. A cette fin, la finance doit envahir des secteurs non-financiers pour obtenir le grain pour son moulin. Et aucun instrument n’est meilleur pour cela que le produit dérivé. Le résultat a été qu’en 2005, la valeur notionnelle des produits dérivés en suspens était de 630 mille milliards de dollars, soit 14 fois le PIB mondial. Ce n’est pas sans précédent dans l’histoire occidentale, mais c’est une transformation majeure par rapport à la période keynésienne, qui était marquée par la vaste expansion des économies matérielles : la production de masse et la construction massive d’infrastructures et de banlieues.
Le second déplacement fut le développement matériel d'un nombre croissant de régions du monde en zones-limites dévolues à des opérations économiques clés : la délocalisation globale d’industries à bas salaires, de services et de travail intellectuel vers des régions à faibles salaires, et l'expansion rapide dans le monde entier des villes globales comme espaces stratégiques pour des fonctions économiques avancées – ce qui vise aussi bien la construction de Dubaï à partir de rien que la rénovation souvent brutale de zones centrales des villes plus anciennes.
Le poids croissant de la logique financière explique également pourquoi la dernière crise a affecté les économies des pays les plus riches davantage que les crises précédentes, pourtant nombreuses, au cours des deux dernières décennies. Davantage encore, cela explique la combinaison d’une croissance énorme de la richesse individuelle depuis les années 1990 et de la disparition à la fin de 2009 de l'essentiel de la création d'emplois et de la croissance du revenu national observées dans cette période. Après deux décennies de financiarisation sauvage, on se retrouve avec une économie à croissance nulle dans la plupart des pays riches, en particulier les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon. Plus généralement, le monde compte davantage de pauvreté, davantage d’inégalités, davantage de concentration des richesses, et des économies encore plus dévastées dans le Sud Global.

Que sera la suite ?
Quand la terre a plus de valeur que les personnes et les entreprises qu'elle abrite

A l’intérieur du capitalisme lui-même, on peut caractériser la relation entre capitalisme avancé et traditionnel comme marquée par l’extraction et/ou la destruction. Dans le cas le plus extrême, cela peut signifier l’appauvrissement et l’exclusion d’un nombre croissant de personnes qui cessent d’avoir une valeur en tant que travailleurs et consommateurs. Mais cela signifie également que les petites bourgeoisies et bourgeoisies nationales traditionnelles cessent d’avoir de la valeur.

Cela fait partie de l’approfondissement systémique actuel des relations capitalistes. Une manière brutale d’illustrer ce propos consiste à dire que les ressources naturelles dans la plupart de l’Afrique, de bonnes parties de l’Amérique Latine et de l’Asie Centrale ont plus de valeur que les gens de ces continents n’en ont en tant que travailleurs et consommateurs. Quand cela arrive, nous avons laissé derrière nous des formes du capitalisme qui prospéraient sur l’expansion accélérée de classes travailleuses et moyennes prospères. Maximiser la consommation des foyers était une dynamique essentielle au cours de cette période ; cela l’est aujourd’hui dans les économies dites émergentes.

Aujourd’hui, après vingt ans d’un type particulier de capitalisme avancé, nous sommes confrontés à un paysage humain et économique marqué par une dynamique à double hélice.

D’un côté, il y a un mélange de situations codées en populations surnuméraires croissantes et en expansion croissante de territoires dévastés – par la pauvreté et la maladie, par les soi-disant guerres civiles, par des gouvernements qui dysfonctionnent sous l'effet d'une corruption aiguë, d'un endettement élevé, et une incapacité extrême à répondre aux besoins des gens. Ces conditions existent, d’une certaine manière, dans les pays développés, mais elles prennent des formes extrêmes dans le monde moins développé. Nous pouvons y ajouter des tendances globales, notamment l’usage de plus en plus grossier des personnes – comme les travailleurs du sexe, ou tous les travailleurs qui ne sont pas simplement utilisés mais usés par des conditions de travail extrêmes puis jetés, les gens qui sont simplement des pourvoyeurs d’organes, et ainsi de suite. Il y a une rapide, et souvent très active production de population surnuméraire – des gens déplacés par la prolifération de conflits armés en Afrique sub-saharienne, ou la forte augmentation du nombre de prisonniers aux États-Unis et dans d’autres pays du Nord, toutes sortes de gens déplacés rassemblés dans des camps de réfugiés gérés par le système humanitaire international qui est (dans le meilleur des cas) financé par les contribuables du monde entier.
D’un autre côté, dans un nombre croissant de régions du Sud, le territoire cesse d'être considéré comme représentant des États-nations, pour être est systématiquement transformé en ressources disponibles2. Les dévastations décrites brièvement ci-dessus, notamment dans le Sud Global, combinées à la mise en œuvre de programmes de restructuration du FMI et de la Banque mondiale, ont eu des effets nombreux. Ici, je m’attarde en particulier sur l’un d’eux, que je tiens pour central dans la nouvelle phase de capitalisme avancé qui se déploie depuis que la crise financière a éclaté en 2008. Il s’agit du fait que ce mélange de processus a eu pour effet de « reconditionner » les terrains que représentent ces pays pour une expansion du capitalisme avancé, y compris sous ses formes criminelles.

La manière la plus simple d’illustrer ce point est de considérer les chiffres liés à l’acquisition accélérée de terres de pays pauvres pour la plupart par les investisseurs et les gouvernements étrangers. Ce n’est pas la première fois dans les temps modernes : il s’agit d’une dynamique récurrente qui tend à faire partie de réajustements impériaux. L’acquisition par la Chine de mines en Afrique est liée à son ascension en tant que puissance mondiale. La Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et les autres ont tous fait cela dans les phases impériales initiales, et, dans de nombreux cas, ont possédé d’importantes parties de territoires situés dans des pays étrangers pour des centaines d’années.

Mais chaque période est spécifique. Un trait particulier de notre époque est que, à la différence des empires du passé, le monde d’aujourd’hui est très largement composé d’États-nations reconnus comme souverains – peu importe la faiblesse de ce pouvoir souverain. Plutôt que la saisie impériale, le mécanisme en usage est, parmi d’autres, l’investissement direct étranger (IDE).
L’Institut international de recherche en politique alimentaire (International Food Policy Research Institute, IFPRI) a relevé en 2009 qu’entre 15 et 20 millions d’hectares de terres agricoles dans des pays pauvres ont été sujettes à transactions ou discussions impliquant des étrangers depuis 20063. C’est l’équivalent d’un cinquième de toutes les terres agricoles de l’Union européenne. En prenant une estimation conservatrice pour la valeur des terres, l’IFPRI a calculé que ces négociations s’élèvent à entre 20 et 30 milliards de dollars. Cela représente dix fois le montant du fonds d’intervention pour l’agriculture récemment annoncé par la Banque mondiale et quinze fois plus que le nouveau fonds du gouvernement américain pour la sécurité alimentaire.

Quoiqu’il n’y ait pas de données d’ensemble, il y a un certain nombre d’études – et les résultats de l’IFPRI sont certainement les plus détaillés. Les formes contractuelles sous lesquelles ces terres sont acquises comprennent l’acquisition directe et le bail. Quelques exemples permettent de repérer les acheteurs et les lieux. L’Afrique est une destination majeure pour l’acquisition de terres. La Corée du Sud a signé des contrats pour l’équivalent de 690.000 hectares et les Émirats Arabes Unis pour 400.000, tous deux au Soudan. Les investisseurs saoudiens dépensent 100 millions de dollars pour cultiver du blé, de l’orge et du riz sur des terres qui leur sont louées par le gouvernement éthiopien ; ils bénéficient d'exemptions fiscales et exportent les récoltes vers l’Arabie Saoudite4.

La Chine s'est assurée le droit de cultiver l’huile de palme pour des biocarburants sur 2,8 millions d’hectares au Congo, ce qui serait la plus grande plantation pour l’huile de palme au monde. Elle négocie en Zambie pour cultiver des biocarburants sur 2 millions d’hectares. Peut-être moins connu que l’exemple africain est le fait que des territoires privatisés dans l’ancienne Union soviétique, particulièrement en Russie et en Ukraine, sont également en train de devenir l’objet d’acquisitions par des étrangers. Rien qu’en 2008, on dénombrait les cas suivants : une société suédoise, Alpcot Agro, achetant 128.000 hectares en Russie ; le Sud-Coréen Hyundai Heavy Industries payant 6.5 millions de dollars pour devenir majoritaire au sein de Khorol Zerno, une entreprise qui possède 10.000 hectares en Sibérie orientale ; Morgan Stanley achetant 40.000 hectares en Ukraine ; des investisseurs du Golfe projettent d’acquérir Pava, le premier semencier russe coté sur les marchés financiers pour vendre 40% de sa filiale foncière, leur donnant accès à 500.000 hectares.

Encore moins connu que le cas africain est celui du Pakistan offrant un demi-million d’hectares aux investisseurs du Golfe, en promettant 100.000 hommes pour protéger ces terres.

Ces développements font partie d’une combinaison plus large de tendances. Premièrement, il y a le fait immédiat que la demande globale de nourriture, entretenue par le demi-milliard d’individus appartenant aux nouvelles classes moyennes en Asie, signifie qu’il y a des profits à réaliser grâce aux aliments et aux terres. Nous avons maintenant un marché global de la nourriture et des terres contrôlé par des grandes entreprises et des gouvernements, et il a été un secteur de croissance tout au long de la crise financière. Dans ces conditions, le pricing est une affaire bien en main. Deuxièmement, il y a la demande continue pour les métaux et les minerais de toute sorte – et une nouvelle demande pour des ressources encore peu exploitées jusque-là dont le besoin provient de développements récents dans le secteur de l’électronique. L’Afrique, moins densément peuplée et moins construite que d’autres parties du monde, est devenue une destination clé pour les investissements miniers. Troisièmement, la demande croissante pour l’eau et la disparition d’eaux souterraines dans plusieurs parties du monde. Quatrième point, et peut-être le moins connu, est le déclin important des IDE dans le secteur manufacturier en Afrique, signalant également la reconfiguration de ce territoire. En Afrique du Sud et au Nigeria – les deux plus grands récipiendaires d’IDE, comptant pour 37% d’entre eux en Afrique en 2006 –, ont connu une forte augmentation d’IDE dans le secteur primaire et une baisse sensible dans le secteur secondaire5. C’est aussi le cas pour le Nigeria, où les investissements étrangers dans le secteur pétrolier ont été un facteur majeur : la part du secteur primaire dans les stocks d’IDE s’y élevait à 75% en 2005, contre 43% en 1990. D’autres pays africains connaissent des évolutions similaires. Même à Madagascar, l’un de ces rares parmi les petits pays à connaître une hausse des flots d’IDE dans les années 1990, celle-ci fut bien au-dessous de la hausse dans le secteur primaire.

Je développe ces enjeux plus longuement ailleurs et m’emploie à démontrer que l’extraction de valeur du Sud et, en particulier, la mise en œuvre de programmes de restructuration dirigés par le FMI et la Banque mondiale, ont eu pour effet de « reconditionner » les terrains représentés par ces pays pour une expansion du capitalisme avancé, y compris sous ses formes explicitement criminelles. L’achat de vastes bandes de terres en Afrique et en Asie Centrale pour les besoins de l’agriculture « offshore », de l’extraction d’eau souterraine et de l’accès aux métaux et aux minerais, est une opération plus aisée pour les investisseurs dominants actuels et les gouvernements s’ils font face à des gouvernements et des élites locales affaiblis et/ou corrompus, ainsi qu’à des citoyens sans pouvoir.

Expulsions dans les pays du Nord

Au début du nouveau millénaire, la forte accélération des valeurs financières par rapport au PIB réel générait une intense demande pour des titres soutenus par de vrais actifs. C’est dans ce contexte que même des crédits mal notés pour des logements modestes sont devenus du blé pour le moulin financier aux États-Unis. Cette combinaison d’une dette de mauvaise qualité et d’actifs modestes est probablement l’investissement le moins attractif pour la finance. Mais les crédits hypothécaires sur les maisons modestes étaient l’un des rares secteurs sous-financiarisés aux États-Unis : la financiarisation des crédits normaux et des prêts aux consommateurs étaient déjà en place depuis deux décennies, si bien que tout ce qu’il restait était aux marges – des crédits mal notés, des prêts pour les études, etc. Alors qu’augmentait la demande pour des titres soutenus par des actifs, l’usage de crédits hypothécaires à risque (subprimes) pour concevoir de tels titres connut lui aussi un essor .
Leur sous-jacent était une caractéristique vitale de ces instruments d’hypothèques en vue de leur possible extension au marché mondial des 2 milliards de foyers aux revenus faibles et moyens. On a bien trop insisté, dans les explications sur la crise, sur l’idée commune selon laquelle ce furent les acheteurs irresponsables de ces crédits hypothécaires qui auraient dû savoir qu’ils ne pourraient pas les payer. Cette caractéristique est le découplage des profits potentiels pour les vendeurs de crédits et les investisseurs de la capacité des consommateurs à rembourser. Il aura fallu un mélange complexe d’innovations pour rendre possible ce décrochage très élémentaire.

Le fait qu’un acheteur puisse rembourser ses mensualités ou pas comptait moins que de faire signer au moins 500 de ces acheteurs. Chacun de ces crédits hypothécaires put ensuite être découpé en de multiples fragments, chacun de ceux-ci put ensuite être combiné avec une dette à la note élevée mais non soutenue par des actifs, puis l’on a pu générer ainsi un « produit d’investissement » qui put à son tour être vendu aux investisseurs comme un titre soutenu par des actifs. Mission accomplie !

Ainsi, la crise des saisies qui a éclaté en 2007 n’était pas une crise pour les investisseurs financiers. Ce fut une crise pour les millions de familles de la classe moyenne, la plupart ayant signé, nous le savons maintenant, en fonction de fausses prémisses. Ils ne purent rembourser leurs crédits et perdirent tout, y compris le peu qu’ils possédaient avant d'emprunter. Quinze millions de foyers ont désormais perdu leur maison du fait de saisies, ce qui est plus que la population des Pays-Bas. Des millions d’entre eux vivent maintenant dans des tentes.

Pour la haute-finance, ces millions de saisies en 2006 et 2007 ont créé une crise de confiance. Elles étaient le signe que quelque chose n’allait pas mais, en raison de la complexité des instruments combinés, il devint impossible d’identifier les éléments toxiques. La valeur en jeu, 300 milliards de dollars, n’aurait pas pu faire chuter le système financier. Il y a une ironie profonde dans cette crise de confiance : le talent de ceux qui ont conçu ces instruments financiers a contribué à la faillite d’un grand nombre d’investisseurs (en plus de celle des familles aux revenus modestes à qui l’on a vendu ces crédits).

Le lien toxique était que pour que ces crédits hypothécaires marchent comme actifs pour les investisseurs, un grand nombre d’entre eux furent vendus sans qu’on se soucie de savoir si les acheteurs pourraient repayer leurs mensualités. Plus vite ces crédits hypothécaires étaient-ils vendus, plus vite ils pouvaient être combinés à des instruments financiers et revendus à des investisseurs. Au total, les subprimes ont plus que triplé entre 2000 et 2006, et ils ont compté pour 20% de tous les emprunts immobiliers aux États-Unis en 2006. Cette primauté accordée à la vitesse a également permis de garantir les commissions des vendeurs de subprimes et de réduire l’effet des défaillances sur leurs profits. En fait, ces vendeurs de subprimes qui n'ont pas pu s'en débarrasser, combinés à d’autres instruments, ont finalement fait faillite, mais pas sans avoir auparavant touché les commissions versées par les acquéreurs.
Les crédits hypothécaires peuvent être des instruments utiles pour aider les foyers aux revenus modestes à acquérir une maison. Mais ce qui s’est passé aux États-Unis au cours des dernières années a constitué un abus du concept. L’épargne modeste ou les futurs revenus de foyers aux revenus faibles furent utilisés dans le seul but de développer un instrument financier qui permettrait aux investisseurs de réaliser des profits même si ces foyers faisaient faillite. Dans un monde de plus en plus globalisé, les bons et les mauvais usages de cet instrument vont proliférer.

La vente agressive de subprimes à ceux qui ne pouvaient les rembourser est devenue un phénomène clair dans ce microcosme qu’est New York City. Les Blancs, qui ont un revenu bien plus élevé que tous les autres groupes de la ville, étaient bien moins susceptibles de souscrire aux subprimes que les autres. Ainsi, seulement 9.1% de tous les Blancs qui ont souscrit à des crédits immobiliers ont pris des subprimes en 2006, contre 13.6% d’Asiatiques, 26.6% d’Hispaniques et 40.7% de Noirs. Certes, tous les groupes ont connu des taux de croissance importants, si l’on considère la période des pires excès, de 2003 à 2005 : plus qu'un doublement pour les Blancs, un triplement pour les Asiatiques et les Hispaniques, et un quadruplement pour les Noirs. La plupart de ces foyers ont perdu leurs maisons à cause de saisies, et beaucoup de quartiers sont devenus des espaces urbains sinistrés.

 
2002
2003
2004
2005
2006
Blanc
4.6%
6.2%
7.2%
11.2%
9.1%
Noir
13.4%
20.5%
35.2%
47.1%
40.7%
Hispanique
11.9%
18.1%
27.6%
39.3%
28.6%
Asiatique
4.2%
6.2%
9.4%
18.3%
13.6%

Taux de prêts hypothécaires à risque conventionnels par race, New York City, 2002-06.
Source : Furman Center for Real Estate & Urban Policy, 2007

Il est possible d’utiliser plusieurs ensembles de données pour anticiper le marché global potentiel pour ces instruments, et, de fait, leur potentiel pour dévaster les ménages, les quartiers et davantage encore.

Une comparaison de la valeur de toutes les dettes de crédits immobiliers (crédits hypothécaires faibles à élevés) rapportée au PIB à travers les pays révèle des variations profondes. D’une certaine manière, la variation de cette valeur est fonction du timing. Elle est bien au-dessus de 100% aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie et dans plusieurs pays européens, notamment 145% en Suisse. Ici, le marché de l’immobilier a longtemps été privé et, plus important, le système financier est très développé dans bien des domaines. Ainsi, l’incidence des crédits est à la fois élevée et étendue en termes de variétés des circuits financiers qu’elle touche. Point central dans cette histoire, la différence entre les prêts immobiliers rapportés au PIB et le taux de croissance de ces prêts. De fait, le second est très bas dans les pays dotés de jeunes marchés de l’immobilier, comme en Inde et en Chine, où il s’élève à 10%. Par contraste, sur des marches plus matures en Asie, cette valeur peut être supérieure – s’élevant à 60% à Singapour, et 40% à la fois pour Taiwan et Hong Kong – mais le taux de croissance est bien plus bas. Entre 1999 et 2006, la croissance annuelle moyenne des crédits immobiliers en Chine et en Inde était extrêmement élevée, certainement au-dessus des autres types d’emprunts. Ces deux pays ont des nouvelles classes moyennes de 200 millions d’individus chacun, et donc des marchés immobiliers croissant rapidement. Ils sont donc au commencement d’une nouvelle phase économique de développement. Si l’on considère les innovations financières particulières – les emprunts immobiliers et les crédits hypothécaires à risque des foyers à modestes ou bas revenus –, alors l’on comprend combien le marché des emprunts immobiliers en Chine et en Inde peut être attractif.
Les capitaux liés aux emprunts immobiliers se développent, mais il faut les replacer dans un contexte financier plus large. Ainsi, même si la masse financière des emprunts représente une proportion significative du PIB dans des pays comme le Royaume-Uni et les États-Unis, la valeur totale des actifs financiers est sans commune mesure. Comme indiqué plus haut, le ratio de la finance rapportée au PIB américain est de 450%, comme c’est le cas pour le Royaume-Uni. L’autre histoire, dans ce cas, c’est la manière dont la finance est parvenue à trouver des mécanismes pour produire des bénéfices sans relation directe avec la croissance réelle des économies nationales. De ce point de vue, la titrisation des emprunts immobiliers peut être considérée comme un instrument puissant pour une financiarisation toujours plus importante des économies.

Finalement, un moyen plus avancé pour comprendre le marché potentiel des emprunts immobiliers peut être la mise en équivalence du système bancaire/financier d’un pays avec la valeur de son parc immobilier (Sassen 2008). Pour le système financier, on peut utiliser les données sur la part d’emprunts immobiliers dans les crédits totaux d’un pays. De fait, une telle part, dans les « marchés émergents », s’élève à 9% en Russie, 13% en Pologne, 20% en Afrique du Sud, avec la plupart des pays situés entre ces extrêmes. Dans les pays développés, cela varie énormément. La part la plus basse est de 17% en Allemagne et dans d’autres pays européens. Les plus élevées sont aux États-Unis, à 40%, au Canada, à 60%, en Australie, à 50%, en Norvège, à 60%, et ainsi de suite. Autrement dit, il y a une réelle marge de croissance pour les emprunts immobiliers dans la somme totale des crédits distribués par les systèmes bancaires et financiers. Il se pourrait qu’une partie de cette croissance prenne la forme de subprimes, avec ses risques pour les foyers aux revenus modestes et le levier additionnel que cela apporte au système financier.
En ce qui concerne les ménages, on observe, sur une période de temps très courte, une croissance rapide du ratio de la dette des ménages rapportée au revenu disponible.

De fait, pour prendre des exemples de hausses fortes dans les marchés émergents, en République tchèque, ce ratio a bondi de 8% en 2000 à 27% en 2005 ; en Hongrie, de 11% à 39% ; en Corée du Sud, de 33% à 68%. Dans les marchés matures, ces ratios sont passés : de 83% à 124% en Australie, de 65% à 113% en Espagne, et de 104% à 133% aux États-Unis. Ce sont des taux élevés qui signalent le potentiel de croissance dans les pays ayant connu récemment de fortes hausses, tout comme ils annoncent ce qui peut arriver là où la hausse est restée limitée. On trouvera un signe de la propension de ce marché à devenir global dans la forte part de cette dette détenue par des étrangers dans certains pays. Cela vaut pour des économies aussi différentes que, par exemple, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie, où respectivement 35%, 40% et 42% de la dette des ménages est détenue par des étrangers.


Conclusion : Une logique d’expulsion

L'une des manières de penser ces processus émergents dont nous parlons pose l'extension de l'espace opérationnel du capitalisme avancé. S'appropriant de nouveaux espaces, il en expulse des gens aussi bien dans le Sud que dans le Nord. Dans le Sud, ces espaces consistent en divers agrégats territoriaux visant la capture des richesses de la terre, des cultures d'exportation aux réserves d'eau ou aux ressources rares des minéraux et des métaux. Dans le Nord, les motifs réels pour s'approprier des espaces brusquement libérés sont moins évidents. Reste que l'on assiste dans les deux cas à la création massive de “populations surnuméraires”, expression où le mot “surnuméraire” renvoie pour moi à une condition intentionnellement créée au sein d'un système et non pas à une condition spontanée.
Le Sud peut être vu comme une espèce d'avant-garde systémique pour une phase nouvelle du capitalisme avancé, laquelle prend le relais de la période d'hyper-financiarisation ouverte dans les années 80. Les économies du Sud, dévastées et en butte une ou deux décades durant aux programmes structuraux imposés par le FMI pour le remboursement de la dette, sont à présent intégrées aux nouveaux circuits du capitalisme avancé. Cela se produit par le biais de l'acquisition fébrile de millions d'hectares de terres par des investisseurs étrangers, tant pour produire de la nourriture que pour pomper de l'eau ou extraire des minerais au profit des pays investisseurs. L'important accroissement du nombre des déplacés – actuellement estimé à 26 millions, dont 17 l'ont été dans les toutes dernières années – est un indicateur de cette phase nouvelle.

Le tableau est moins clair dans les pays du Nord. La complexité plus forte de leur économie a pour effet une démultiplication des logiques d'extraction. Ici, j'ai fait état brièvement à la crise des crédits hypothécaires, cette logique spécifique aux pays du Nord qui aboutit à détourner le concept initial du crédit hypothécaire, cet instrument destiné à favoriser l'accession à la propriété de ménages aux ressources limitées. Je lie ce détournement à l'extension du domaine de la finance spéculative, et cela détache en réalité le circuit financier du bien réel qu'est la maison, tout autant que de son quartier ou des familles à qui l'on prête. Dans l'usage qui en est fait, la maison n'importe qu'en tant que le contrat la mentionne comme un gage matériel, et pour autant que des milliers de ces prêts peuvent être agrégés. Les familles sont ainsi requises pour développer un instrument financier : une fois le contrat signé, il n'est pas vraiment important de savoir si elle pourront s'acquitter ou non de leurs traites.
En fin de compte, des quartiers entiers seront finalement expulsés, au sens propre, des circuits traditionnels du capital.

Traduit de l'américain par Gérard Wormser
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MessageSujet: The struggle of the surplus proletariat   Jeu 21 Mai - 20:14

merci à vlad2 pour le texte de Saskia Sassen. Ce qui suit va bien avec, le prolétariat expulsé, le sous-prolétariat, les surnuméraires, le prolétariat des réfugiés et des migrants... comme un déplacement vers ce que le texte ci-dessous nomme "le prolétariat excédentaire", un prolétariat en trop pour le capital...

U.235 a écrit:
Le prolétariat post-fordiste des pays industrialisés me paraît se caractériser par son mode discontinu d'exploitation, notamment par un chômage de masse irréductible qui n'est plus une armée de réserve pour le Capital mais une population surnuméraire à charge d'être domestiquée par l'État. La frontière entre le sous-prolétariat et le prolétariat est devenue d'autant plus floue et poreuse par le mode d'exploitation actuelle, que les exigences d'employabilité évoluent constamment [...]

comme suite à cette discussion, du côté des luttes, extrait d'un texte en anglais sur le site Communist in situ. Il serait nécessaire de traduire tout le texte, certainement un des plus intéressants sur le plan théorique depuis quelques années. Peut-être dans Sic3 ?

Trapped at a Party Where No One Likes You (Pris au piège lors d'une soirée où personne ne vous aime)
les parties précédentes :  introduction / The difficulty of a category / The surplus proletariat at present

surplus a écrit:
When considering unemployment, social exclusion or precarity, it is inadequate to simply take refuge within the empirical question of which groups live under these conditions. Contemporary sociological identities are themselves forms of appearance, moments of the totality of the reproduction of the capital-labor relation and therewith in the devaluation of the labor-power commodity presently unfolding through the category of the surplus proletariat.

Si l'on considère le chômage, de précarité ou d'exclusion sociale, il est insuffisant de simplement se réfugier dans la question empirique de savoir quels groupes vivent dans ces conditions. Les identités sociologiques contemporaines sont elles-mêmes des formes d'apparence, moments de la totalité de la reproduction de la relation capital-travail et, par conséquent de la dévalorisation de la marchandise force-de-travail, qui se déploie actuellement dans la catégorie du prolétariat excédentaire.

surplus a écrit:
The struggle of the surplus proletariat

Against the flippancy of mixed signals, we might now forewarn readers to withhold two concerns that may arise – potential dead-ends which, in essence, express two sides of the same coin: the idealization of labor either in its past glory or in its present volatility. Firstly, the foregoing discussion of the phenomena of surplus proletariat within the present moment is not to be understood as a lamentation on the marginalization of what is often imagined as a classical productive worker with a heavy hand at the bargaining table that may have characterized previous periods. If anything, the present conjuncture and the dynamic of the surplus proletariat signal a poverty of the workerist perspective. The point is not to attempt a restoration of prior conditions of exploitation, but to confront the historical limits of the reproduction of the class relation today. The production of communism is not the glorification of labor but its abolition. The internal opposite of this directionless mourning is the elevation of the conditions of the surplus proletariat into a unique revolutionary subject capable of feats for which others lucky enough to maintain preceding conditions of exploitation are structurally prohibited. The proliferation of riots within the present moment as an addendum to the development of the surplus proletariat does not necessitate a romantic projection that distinguishes an identitarian agent closer to communism than those more fortunate.[36] Even those most satiated can be recalled at their worst.

The dynamic of the surplus proletariat is a dynamic of the fragmentation of the proletariat – that is, a process that reconfigures the total labor force in accordance with the changing conditions of capital and its devaluation of labor-power, effectuating internal transformations to the proletariat as a whole and to its differentiated relations to the production process.[37] As a result, contemporary class struggle is frequently comprised by participants originating from varied backgrounds and experiences, often in conflict with one another. This inter-classism can perhaps most notably be seen in the conflicts surrounding what is on occasion referred to as “middle-strata” and in its angst at sinking into less favorable conditions of exploitation. Its crisis, which includes its appeal to fairer economic distribution, is itself a moment of the totality of the surplus proletariat, i.e. in and through the internal fragmentation of the proletariat. The present problem of the surplus proletariat thereby evokes the question of inter-classism as a dynamic within the contemporary struggles of the proletariat whose fragmentary nature often appears as its own limit.

This problem has often been described as a problem of composition, i.e. as the complexity of unifying proletarian fractions in the course of struggle. Indeed, the content of revolution no longer appears as the triumph of overflowing proletarian class power as it might have during the first half of the 20th century.[38] Struggles whose site of conflict is less the realm of production, but increasingly the sphere of reproduction, expresses this development. The Arab Spring, Indignados, Occupy, Taksim, Maidan and the heterogeneous riots abroad, for example, have not seen the affirmation of the workers’ identity in conflict with capital, but rather the unavailability of constituting a unifying identity in the dynamics of these movements. The recent racial upheaval against the police in the US, most notably in Ferguson and Baltimore, shares little in common with the employment ambitions of yesteryear. This is further corroborated by the expansion of the surplus proletariat alongside the increase in surplus capital and an overcapacity unable to find lasting investment. The workers’ movement no longer provides consistency to class struggle. As such, fragmentation emerges as a new class consistency. Contemporary struggles express themselves less as a unity than as an aggregate of segmented interests sharing various affinities through material reproduction (evictions, food prices, transportation costs), abstract demands (“corruption”, “inequality”, “injustice”), or through self-sacrificing identifications with false fragments impersonating the social whole (with either national or religious sects). As a result, what was in the past the centrality of the wage-demand characterizing the struggles of the previous period has become tangential. The surplus proletariat, as a dynamic of class struggle in the present moment, cannot harbor the dreams of a Keynesian class compromise. The class affirmation of the proletariat is perpetually on the defense.

When considering the concept of the surplus proletariat within the context of class struggle, the preceding discussion should have made clear that it is not simply an empirical question of who these groups are in their composition. Contemporary sociological identities are themselves forms of appearance, moments of the totality of the reproduction of the capital-labor relation and therewith in the devaluation of the labor-power commodity presently unfolding through the surplus proletariat. The more important question for communist theory is what the personifications of the category of the surplus proletariat do against who they are – i.e. as an immanently negative force of their own proletarian condition as a class against itself in its crisis of reproduction. The discussion remains open as to how the concrete development of the surplus proletariat, which is at the same time the developing crisis of capital, intensifies the division and fragmentation of the proletariat, and along which lines does it do so within contemporary struggle (e.g. antagonisms between geographical locations, between a skilled and unskilled labor force, through the stigmatizations of age, race and gender, etc.). The concept of the surplus proletariat thereby elicits the more important question of how, within the present moment, the expropriated and exploited class – in spite of its intensifying divisions – can act in and against itself as a class of capital. In this way, the surplus proletariat is simply only the most contemporary appearance of the proletariat itself – one whose essence remains that of being unified in its separation from the means of its own reproduction.

[36] It is for this reason, amongst others, that Marx’s occasional apprehension towards the reactionary character of what he referred to as the lumpen proletariat warrants reexamination under present conditions.

[37] Of course it can be said that there is a normative understanding of the proletariat as always already fragmented by its very nature. This refers to general condition of separated from the means of production and reproduction, as well as the various mediations of value which render the proletariat’s activity as alienated force “over and against it”. However, as fundamental as these conditions might be as prerequisites to the exchange relation, these separations tell us nothing about the historical development of the proletariat’s fragmentation within capitalism at the present moment.

[38] This does not of course mean that struggles within the sphere of production are no longer important, but only that they attain a new meaning within a changed historical and social context of class composition. They cannot therefore be understood as a return of the old workers movement. The more important question about concerning such struggles is whether or not they entail a moment of negation of the existence of the class relation in all of its mediations.


surplus.fam@gmail.com

Frankfurt am Main, Spring 2015
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 22 Mai - 9:56

le texte Trapped at a Party Where No One Likes You (Pris au piège lors d'une soirée où personne ne vous aime)
a été mis en discussion dans TEXTES à DISCUTER : les vôtres ou d'autres (some in English)
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MessageSujet: peuple, prolétariat, prolétarien, populaire...   Sam 23 Mai - 13:48

Gilles Dauvé a écrit:
Chaque fois qu'à la place de prolétariat, je lis "peuple", je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat.

on dira que « ça dépend » comme écrivait parfois Marx en français dans le texte*. Ça dépend, justement parce que beaucoup, quand ils utilisent le mot peuple à la place de prolétariat, le pensent davantage au sens de prolétariat, même si cela ne revêt pas pour eux un sens théorique, le sens dont tous ceux qui, comme Dauvé, n'appartenant pas au prolétariat, ont besoin, des mots à la place des choses qu'ils ne vivent pas, ne sentent pas, ne connaissent pas

* « ces catégories simples n'ont-elles pas aussi une existence indépendante, de caractère historique ou naturel, antérieure à celle des catégories plus concrètes ? Ça dépend. Par exemple, Hegel... » Marx Introduction à la critique de l'économie politique 1857

peut-être que Dauvé, et d'autres dans le milieu communisateur n'aiment pas plus le "populaire", que le prolétariat. Question : le populaire doit-il s'auto-abolir ? En attendant la fin, le populaire qui les dérange et les démange, le populaire, il les emmerde !

Dicophilo a écrit:
Peuple (nom commun)
1. (Général) Grand nombre d'hommes vivant habituellement sur un même territoire et partageant des coutumes.
2. (Politique) Communauté politique, ensemble des citoyens. [c'est le sens critiqué par Marx,... et Dauvé, lié à l'État-nation]
3. (Politique) Ensemble des individus n’appartenant pas aux classes dirigeantes d’une société. [ceux d'en-bas, le populo, les classes populaires...]
4. (Politique) Partie inférieure de la société, ou présentée comme telle. [id.]

certains théoriciens de la communisation, et les gauchistes en général, sont très à cheval sur les mots, c'est-à-dire qu'ils entendent chez les autres le sens qu'ils donnent eux aux mots, dans leur langage. Ainsi Roland Simon ne pouvait pas entendre le mot « conditions » sans le rapporter aux « conditions objectives » dans lesquelles certains voyaient seulement possible la révolution : l'objectivisme. Mais comme le mot peuple, le mot conditions peut s'entendre de multiples manières, par exemple celui de circonstances

chez Marx on trouve « gesellschaftliche Verhältnisse », « gesellschaftliche Bedingungen », « soziale Bedingungen » qui renvoient selon le contexte à « rapports sociaux », « relations sociales », « conditions sociales », alors que « soziale Umständen » se traduit plutôt par « circonstances sociales » et pourquoi pas « conjoncture sociale ». On parle aussi de « la condition ouvrière »

Karl Marx a écrit:
Thèses sur Feuerbach

3. Die materialistische Lehre, daß die Menschen Produkte der Umstände und der Erziehung, veränderte Menschen also Produkte anderer Umstände und geänderter Erziehung sind, vergißt, daß die Umstände eben von den Menschen verändert werden und daß der Erzieher selbst erzogen werden muß. Sie kommt daher mit Notwendigkeit dahin, die Gesellschaft in zwei Teile zu sondern, von denen der eine über der Gesellschaft erhaben ist. (Z. B. bei Robert Owen.)
Das Zusammenfallen des Änderns der Umstände und der menschlichen Tätigkeit kann nur als umwälzende Praxis gefaßt und rationell verstanden werden.

La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée [1], oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société (par exemple chez Robert Owen).
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique révolutionnaire.

6. Feuerbach löst das religiöse Wesen in das menschliche Wesen auf. Aber das menschliche Wesen ist kein dem einzelnen Individuum innewohnendes Abstraktum. In seiner Wirklichkeit ist es das Ensemble der gesellschaftlichen Verhältnisse.[...]

Feuerbach résout l'essence religieuse en l'essence humaine. Mais l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux.

Karl Marx a écrit:
ici, conditions et circonstances sont synonymes

« Die Menschen machen ihre eigene Geschichte, aber sie machen sie nicht aus freien Stücken, nicht unter selbstgewählten, sondern unter unmittelbar vorgefundenen, gegebenen und überlieferten Umständen » Der achtzehnte Brumaire des Louis Bonaparte

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux : ils la font dans des conditions directement données et héritées du passé.» Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Mer 17 Juin - 0:27

"Petites misères" de la vie d’une caissière 15 juin 2015 NPA

Citation :
M., caissière dans une grande surface de la région bordelaise


Lundi, il est presque midi. Clouée à sa caisse, Stéphanie pleure.

- Pourquoi tu pleures ? Je lui demande en m’approchant... Dans de ces rares instants où il n’y a pas de clients...

- J’en ai marre des remarques, des insultes, des engueulades des collègues...


Stéphanie est mère de famille, la quarantaine. Elle a son bon petit caractère et n’a pas l’air de se laisser faire. Et pourtant elle pleure en caisse…

La vie dans le supermarché n’est pas la vie en rose. Quand ce n’est pas la hiérarchie, les petits chefs ou les patrons, ce sont les propres collègues, nos pairs, qui nous font vivre la misère au quotidien. Le harcèlement moral est une technique bien connue des patrons des supermarchés… et le mépris, les mauvais traitements, les cris et les insultes, c’est la manière « naturelle » de se traiter entre les employés.

Dans Les questions du mode de vie publié en 1923, Trotsky disait à propos des rapports entre les travailleurs : « Dans les couches populaires, la grossièreté exprimait le désespoir, l’irritation, et avant tout une situation d’esclave sans espoir, sans issue ». Ce mal-être, qui s’exprime de manière agressive entre les employés reflète la pression et les exigences que ceux-ci subissent dans les grandes surfaces et sans doute dans d’autres branches.

Le manque de personnel, la surcharge de travail, l’exigence des cadences jamais atteintes produisent une grande frustration… Toute « perte de temps », une simple question de la part d’un collègue ou d’un client peut rapidement être vécue par l’employé comme pénalisante pour sa propre cadence.

C’est un cercle vicieux, les rayons sont mal entretenus par manque de personnel, les produits ne passent pas à la caisse, ou les prix ne sont pas les bons… tout cela ralentit le travail des caissières qui doivent faire appel aux employés de rayon pour débloquer l’afflux de clients. L’employé de rayon râle car il doit aller en caisse et se voit dans l’impossibilité de finir son rayon. Les clients stressent car ils sont pressés et en caisse ça n’avance pas.

Diviser pour mieux régner

Dans les supermarchés les divisions règnent, CDI et CDD, temps partiel et temps complet, employés libre-service (mise en rayon) et hôtesses de caisse… Un secteur composé dans la majorité par des femmes (94%) et par des étudiants à la recherche d’un complément de revenu ou pour financer leurs études. Les actions revendicatives sont rares, nous encaissons… en silence.

Les caissières ont beaucoup moins de liberté d’action que les employés de rayon. Le manque de personnel veut qu’il soit extrêmement difficile de prendre une petite pause ou même aller aux toilettes pendant des heures. Dans un pays où les différents gouvernements de droite ou de gauche, se veulent défenseurs des droits de femmes, ne pas pouvoir aller aux toilettes quand nous avons nos règles, par exemple, est une grande souffrance.

On n’a pas de vie

On travaille samedi, dimanche et jours fériés, jusqu’à 20h ou 21h selon le magasin. On a des journées déséquilibrées (3h un jour, 10h le lendemain). Venir travailler pour trois heures signifie souvent faire des kilomètres et des kilomètres pour pas grand-chose. Parfois on peut travailler 3h le matin de 9h à midi et être obligée de revenir pour faire 3 autres heures de 16h à 19h… Pour faire des économies d’essence, beaucoup de filles restent dans le magasin ou aux alentours à « trainer »… on perd littéralement 3 ou 4 heures de nos vies à rien faire, à attendre l’heure de l’embauche. Dans beaucoup de cas nous n’avons pas d’horaires fixes, ce qui rend impossible toute activité artistique, associative ou sportive et même une vie familiale, aller chercher nos enfants à l’école, leur faire à manger, etc.

On doit être polyvalents : nous faisons la caisse, l’accueil, les rayons si on a une seconde… bref il faut être « productive »… et il y a toujours quelque chose à faire dans un magasin. On fait le ménage de toute la ligne de caisse, des portes d’entrée et de sortie, des toilettes et de la salle de pause que nous n’utilisons jamais… Nous mettons les antivols sur les vêtements entre deux clients, profitant de ces deux ou trois secondes que nous donne le paiement par carte bancaire… Il n’y a pas de temps de répit.

Les arrêts maladies s’enchainent, les gestes répétitifs du travail à la chaîne provoquent des tendinites, la position assise ou tout le temps debout cause des problèmes de dos, le stress et la souffrance au travail conduisent à la dépression. On est obligées de remplacer les caissières en arrêt maladie et en vacances… Ainsi, avec un contrat de 30h par semaine il nous arrive de travailler 45h. C’est épuisant.

Et puis il y a les heures supplémentaires non payées. La caissière ne peut pas sortir de sa caisse tant qu’il y a des clients, c’est pour cela qu’à l’heure de la débauche nous ne pouvons jamais partir. L’afflux des clients nous l’empêche. Une fois qu’on a réussi à fermer sa caisse il y a aussi le temps de comptage de caisse qui n’est pas payé. Et s’il y a une longue file de clients à la caisse d’une collègue, nous sommes « obligées » de ré-ouvrir la caisse pour continuer à encaisser après avoir fini de la compter… nous ne partons jamais… et bien sûr il est très prévisible, presque ancré dans les habitudes, que nous ne serons pas payées pour cette demi-heure, voire ces 40 minutes supplémentaires en plus de ce que nous faisons tous les jours.

Un rayon de soleil, un sourire

La relation avec la clientèle est souvent particulière, le plus souvent nous sommes « invisibles », presque une partie du décor… C’est différent avec les « habitués » du quartier pour qui nous sommes parfois le seul être vivant avec qui certains ont la possibilité d’échanger quelques mots. Beaucoup de personnes âgées se confient à nous… et d’autres personnes moins âgées aussi. Les confidences les plus intimes et les plus touchantes... la mort d’un enfant, d’un mari… Deux copines d’environ 80 ans me racontent un matin qu’elles se sont connues toutes petites… qu’elles se tenaient la main pour aller à l’école… qu’elles ont vu les allemands embarquer leurs parents… On soupire… C’est une des seules satisfactions de ce métier de pouvoir tenir la main à des gens isolés et de se sentir à nouveau… humaines.
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MessageSujet: cyber-prolétariat, robots prolétaires ?...   Mer 1 Juil - 15:00


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- les robots contre l'emploi ? mais... quelle plus-value ?
- économie politique, quand tu nous tiens : et la crise ?

en relation Cyber-Proletariat Global Labour in the Digital Vortex


review a écrit:
The utopian promise of the internet, much talked about even a few years ago, has given way to the information highway’s brutal realities: coltan mines in the Congo, electronics factories in China, devastated neighborhoods in Detroit. In Cyber-Proletariat, Nick Dyer-Witheford shows the dark side of the information revolution through an unsparing analysis of class power and computerization.

He reveals how technology facilitates growing polarization between wealthy elites and precarious workers and how class dominates everything from expanding online surveillance to intensifying robotization. At the same time he looks at possibilities for information technology within radical movements, casting contemporary economic and social struggles in the blue glow of the computer screen.

Cyber-Proletariat brings Marxist analysis to bear on a range of modern informational technologies. The result is a book indispensable to social theorists and hacktivists alike and essential reading for anyone who wants to understand how Silicon Valley shapes the way we live today.

Benjamin Noys, University of Chichester and author of Malign Velocities

“Nick Dyer-Witheford’s Cyber-Proletariat tracks the eddies and flows of the perfect storm that is contemporary capitalism. This panoramic work reveals the relentless force of material destruction and brutal violence concealed by the sleek surfaces of digital culture. Not without hope, Dyer-Witheford offers a clear-eyed reflection on the conditions facing the global proletariat in its struggle to win a better world.”

Dorothy Kidd, University of San Francisco

“In Cyber-Proletariat, Dyer-Witheford teases out the tensions between new communization and autonomist Marxist theories to portray the struggles of workers along the entire global capitalist commodity chain. An epic story, it is two parts the unending battle against capitalist cyber-vampires, and one part the Wizard of Oz- like alliance of ‘all who care for one another and for the world.’”

George Caffentzis, University of Southern Maine

Nick Dyer-Witheford follows up his now-classic Cyber-Marx with a synoptic view of the relationship between the poles of the contemporary global proletariat from the Turkish miners killed in a shaft collapse to the highly paid "hackers" in Silicon Valley. Cyber-Proletariat is rich in empirical detail and has a wide theoretical horizon. You will find in these pages workers in Foxconn contemplating suicide cheek-by-jowl with the Gezi Park demonstrators protesting the enclosure of a public park to build a shopping mall. It is written with Dyer-Witherford's well-known eloquence and passion. Cyber-proletarians should thank him for writing it and get it.”
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MessageSujet: L’université française dans l’ère de la précarité néolibérale   Sam 4 Juil - 18:00


L’université française dans l’ère de la précarité néolibérale Pierre Guerlain Université Paris-Ouest-Nanterre Libération 29 juin 2015

Pierre Guerlain a écrit:
Non seulement il ne semble pas y avoir de salaire minimum à l’université - récemment, une annonce recherchait un enseignant docteur pour assurer les cours d’un maître de conférences pour 516 euros mensuels - mais, surtout, une proportion grandissante des cours est délivrée par des vacataires.

Récemment, un collègue faisait passer un message sur une messagerie professionnelle indiquant que son université cherchait un contractuel pour assurer un service de maître de conférences, et que le salaire mensuel s’élèverait à 1 152 euros (sans doctorat) ou 1 504 euros (avec doctorat). Ainsi, une université se propose d’employer un enseignant à un salaire inférieur au Smic ou juste au-dessus dans le cas où «l’heureux sélectionné» serait titulaire d’un doctorat. Ce cas n’est pas isolé. Les universités font des choix budgétaires difficiles, et acceptent donc la précarité pour une partie sans cesse plus importante de leur corps enseignant. Employer un vacataire pour moins de 14 000 euros annuels permet des économies par rapport à un salaire de professeur. Economies qui, certes, n’ont rien à voir avec les différentiels de revenus dans les entreprises privées. Un autre collègue mentionne, sur son blog, une annonce d’une université qui cherche un enseignant docteur pour assurer un service de maître de conférences qui serait payé 516 euros par mois. Il n’y a pas de plancher pour la précarité ou l’indignité.

L’université française est entrée dans l’ère néolibérale et ceci avant même la loi dite LRU (2007) sur l’autonomie des universités qui a accéléré le mouvement. Il est donc possible d’offrir des salaires de misère à des précaires à l’université comme à Radio France ou à la Fnac tandis que certains personnels voient leurs salaires et ou leurs primes augmenter de façon significative. Les disparités à l’université publique sont de même nature qu’ailleurs, même si les chiffres sont différents. Les présidents d’universités ont des émoluments en hausse tandis que le nombre de précaires augmente.

Cependant, le néolibéralisme produit des effets semblables partout : une poignée de dirigeants sont bien rémunérés et, à la base du système, il y a un volant de précaires. Aux Etats-Unis plus encore qu’en France, on a recours aux précaires pour assurer une majorité de cours (plus de 70% selon certaines estimations). L’université en France prend le même chemin alors que le modèle d’enseignement supérieur devrait plutôt être la Finlande, où les études supérieures sont gratuites. Chaque semestre les annonces de recherche de vacataires pullulent sur les messageries tandis que les recrutements sur les postes de fonction publique obéissent à une logique faite d’un mélange de népotisme et de quête de l’excellence qui aboutit souvent à préférer les «héritiers». Dans les établissements privés, la présence des vacataires atteint parfois 90 % des postes. Trop souvent, dans les présentations des inégalités, on oppose les diverses catégories de titulaires entre elles. Les salaires des universitaires français sont beaucoup plus bas que ceux de leurs homologues allemands, car l’Allemagne a compris qu’une université de qualité ne peut exister sans une politique des salaires attractive.

Néanmoins, le clivage essentiel est entre les précaires et les permanents. On peut reprendre ici la classification de Nobert Elias entre «établis» et «marginaux». Certains titulaires coûtent moins cher que d’autres. Cependant, ce qui est typique du néolibéralisme, c’est le contournement des règles de la fonction publique : des enseignants jouissent d’un statut et d’une sécurité de l’emploi, même si leurs salaires sont bas, tandis que d’autres sont littéralement l’armée de réserve du prolétariat. On parle beaucoup de l’égalité filles-garçons à l’école ou hommes-femmes dans la société, ce qui est une bonne chose si, et uniquement si, cela ne sert pas à masquer les terribles inégalités et l’indécence des salaires de misère. Le sociétal utilisé comme cache-misère du social est une spécialité du néolibéralisme aussi. Les femmes comme les hommes, qui sont pris dans la précarité, et donc égaux dans le dénuement, ont besoin de statuts de fonction publique et de salaires décents pas de belles paroles creuses. La mort du service public dans l’enseignement supérieur par le contournement des règles affecte tout le monde, et si l’université sombre, l’impact social sera général.

La précarité est un processus de dé-civilisation
.

Pierre GUERLAIN Université Paris-Ouest-Nanterre

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MessageSujet: Le prolétariat du web accède à la conscience de classe...   Sam 4 Juil - 18:10

Le prolétariat du web accède à la conscience de classe et lance sa première action collective pour améliorer ses conditions de travail Jean-Laurent Cassely Slate


Jean-Laurent Cassely a écrit:
Les «digital workers» de Mechanical Turk, la plateforme de micro-travail en ligne d'Amazon, ont lancé une campagne d'envoi de lettres de doléances à Jeff Bezos.

En 2005, Amazon a lancé le site Mechanical Turk, sur lequel des internautes peuvent remplir de micro-tâches moyennant de micro-salaires. Par exemple, en ce moment un client a besoin pour le 1er janvier d’un internaute pour décrire correctement (tagguer) des actions humaines sur 5 images. Il aura 60 minutes pour accomplir cette tâche à partir de l’acceptation, et sera payé 0,02 dollar. Ces tâches demandent en général peu d’expertise, mais elles ne sont pas encore facilement automatisables, et le travail humain vient pallier cette insuffisance.

Cette nouvelle forme de travail à distance à la tâche a parfois été décrite comme un «digital sweatshop», en référence aux ateliers de la misère du textile et de l'industrie dans les pays en développement, qui se caractérisent par les très faibles salaires des ouvriers, la précarité et la longueur des journées de travail dans des conditions misérables.

Depuis, 500.000 digital workers (voir la définition du digital Labor, dont Mechanical Turk est une forme parmi d'autres, par le sociologue Antonio Casilli) seraient passés par la plateforme d’Amazon, et pour la première fois, écrit The Guardian, ces «Turkers» ont lancé ce qui ressemble à une revendication collective de travailleurs. Sous l’impulsion d’étudiants et de chercheurs de l’université Stanford, ils ont entamé une campagne de publication en ligne de lettres adressées à Jeff Bezos, fondateur et dirigeant d’Amazon, pour lui soumettre leurs revendications à l’approche de Noël.

Les travailleurs à distance du numérique viennent-ils d'accéder à la conscience de classe ?

«Je suis un être humain, pas un algorithme», écrit par exemple Kristy Milland, une étudiante canadienne de 35 ans qui aurait réalisé 830.000 tâches sur Mechanical Turk en neuf ans… Car il faut rappeler que le nom étrange de la plateforme d'Amazon est un clin d'oeil –quelque peu cynique– à un automate créé au XVIIIe siècle qui prenait l'apparence d'un Turc en cape et en turban et était capable de jouer aux échecs. En réalité, un joueur humain était caché dans le meuble et actionnait les pièces...

Parmi les points soulevés par les Turkers, on trouve le fait qu’Amazon ne fixe pas de salaire minimum en ligne, ou qu’il se réserve une commission de 10% sur chaque transaction. Car les Turkers ne travaillent pas forcément pour le libraire en ligne, Amazon jouant aussi l’intermédiaire entre les travailleurs et les besoins d’entreprises tierces, telle une agence d’interim numérique. Les plaintes concernent donc surtout les commanditaires de ce micro-travail, certains refusant de valider le travail effectué parce qu'il ne leur convient pas, sans que les internautes aient de recours ou de possibilité de défendre la qualité de leur travail.

Sur le site de leur campagne, les Turkers expliquent aussi qu’ils veulent que le monde sache qu’ils ne sont pas tous des salariés de pays en développement, qu’ils sont pour certains très qualifiés et que le peu de revenu qu’ils tirent de Mechanical Turk compte pour eux. Pour certains, c’est un travail à plein temps, et choisi. Pour d’autres, un job à distance occasionnel pour payer leurs vacances ou leurs dettes.

Des témoignages poignants


Les premiers témoignages des travailleurs sont poignants, et reflètent la diversité des profils et des motivations. On trouve par exemple une veuve retraitée qui explique que le revenu de Mechanical Turk complète sa pension de retraite, et que certaines tâches proposées, ardues, l’aident à conserver une vivacité mentale.

Dynamo, c’est le nom du site qui héberge les contributions, est un site qui se veut «neutre» et n’est pas géré par des «Turkers». Les leaders du mouvement insistent sur l'importance de ne pas braquer leur employeur et de présenter leurs griefs d'une manière constructive. C'est pourquoi les internautes commencent leurs lettres en listant ce que le travail à distance en ligne leur a apporté de bénéfique.



Il ne s’agit pas à proprement parler d’un syndicat géré en ligne, détaille The Daily Beast, mais plutôt d’une plateforme pour que les digital workers s’accordent sur des revendications minimales et, si la chose est envisageable, rééquilibrent le rapport de force en leur faveur.
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MessageSujet: Entretien avec Rémy, ouvrier-robot et révolté   Dim 5 Juil - 13:23


en léger différé de les robots contre le prolétariat ? mais... quelle plus-value ?

en attendant un hypothétique grand remplacement entretien avec un vrai prolo en robot

Entretien avec Rémy, ouvrier-robot et révolté pièces et main d'œuvre.com

Rémy a écrit:
Q : Tu t'es présenté à nous comme "robot" dans une usine de "robots". Le mot "robot"
signifie "travailleur" en tchèque, mais tu n'es pas né robot ; pourrais-tu nous raconter
comment tu l'es devenu, à partir de ton histoire familiale et personnelle ?

R : Pour aller directement au but, je dirais que pour devenir "robot", il faut faire une chose qui
peut sembler a priori simplissime : se taire. Mais il faut des années pour apprendre à se taire. Et
accessoirement arrêter de réfléchir (ou en avoir la sensation).
Comme tout le monde (ou presque), je suis issu de parents biologiques en chair et en os qui ont
évolué dans le milieu industriel dans des tâches subalternes ou à petite responsabilité. À temps
partiel et rémunéré au minimum pour la détentrice du sexe féminin, à temps (plus que) plein et
avec une petite gratification pour le masculin. Normal, n'est-ce pas ? Bien que "travailleurs",
"ouvriers" ou "prolétaires", je suppose que ce n'étaient pas (tout à fait) des robots dans le sens où
il leur était possible d'avoir des échanges verbaux structurés, des discussions (même anodines)
avec les collègues et la hiérarchie.
Comme l'Education Nationale, les conseillers d'orientation, le tissu social et l'enclavement
géographique sont bien huilés, je me suis retrouvé dans le même milieu. Celui des industriels et
des entrepreneurs. Bref, des "preneurs de risques".

Q : Quand tu parles de tes parents biologiques, peux-tu préciser leur emploi exact ?

R : Durant la plus longue durée sans discontinuité, ma mère a été employée comme "opératrice
de production", c'est-à-dire à effectuer des tâches diverses - ébavurage, tri, assemblage, contrôle
... - sur des pièces en plastique destinées à l'automobile ou la connectique électrique. Des tâches
répétitives et avec des cadences à tenir. Une fois que le terrain industriel n'a plus eu besoin
d'elle, ce qui l'a pas mal occupée, c'est de passer la serpillière et le plumeau comme
"technicienne de surface". La linguistique managériale déborde d'inventivité.
Quant à mon père, qui a évolué dans le même environnement que ma mère, il était "monteurrégleur"
sur des presses à injection plastique. Chargé d'effectuer la mise en route et les réglages
avant de lancer la production, d'en effectuer le suivi et de superviser quelques "opérateurs". Le
tout sur un parc d'une quinzaine de machines. Ceci avant d'intégrer une fabrique d'éléments pour
l'aéronautique et de déclarer une maladie que le corps médical a eu du mal à diagnostiquer. Sa
salle d'attente pour la retraite s'intitule "longue maladie".
***
La zone géographique dans laquelle j’ai travaillé se dénomme la "Plastic Vallée", une invention
de technocrates lorsque les années 1980 étaient glorieuses. L'entreprise dont je relate le plus
largement l'existence et qui s'est occupé de moi dernièrement se situe aux confins de l'Ain et du
Jura.2

J'ai actuellement 31 ans. J’ai commencé en 2005 - à 21 ans - par des missions intérimaires d'une
semaine, au SMIC, pendant plus de deux ans au sein d'un groupe international fabriquant des
jouets. Et je n'avais pas à me plaindre. Des collègues de l'atelier de production, la plupart
d'origine maghrébine ou turque, subissaient le régime intérimaire au même poste depuis
plusieurs années. Totalement illégal mais parfaitement autorisé.

Ensuite, l'entrée dans le monde des robots s'est faite en douceur, si je peux dire. Avec le sacrosaint
CDI décroché au bout d'à peine trois mois d'intérim, en 2008. En douceur car si le
dispositif de surveillance et les techniques de manipulation visant à rendre la main d'oeuvre
docile étaient en cours de mise en place, la taille de l'entreprise (environ 150 personnes), ses
pôles d'activité (fabrique d'éléments pour l'aéronautique civil et militaires ainsi que l'armement
où le flux tendu n'existe pas) et le comportement de la direction (complètement "foutraque",
excusez du terme) faisaient qu'une solidarité mais aussi des inimitiés favorisaient la prise de
parole, ne serait-ce que le temps d'une pause ou durant le passage des consignes, travail en
horaires décalés oblige. Des horaires décalés qui justifient une prime permettant de hisser le
salaire au niveau du revenu médian de ce pays (environ 1600 euros mensuels) mais où le taux
horaire est tiré vers le bas. Avec le recul, le (seul ?) point positif était le tempo, relativement
lent, de certaines productions qui favorisait le temps de la réflexion. Un temps lent qui, de
l'usine à chez moi, était continu et m'a aidé à lire certains livres. Comme ceux des groupes
Marcuse et Oblomoff, les fameux 1984 d’Orwell et Le meilleur des mondes de Huxley sans
oublier L'homme superflu de Philippe Vassort ainsi que le chef d’oeuvre de Günther Anders :
L'obsolescence de l'Homme. Après quatre années de "La guerre, c'est la paix", je démissionnai
de cet endroit.

Après des années de résistance à l'objet fétiche de notre temps, je devais céder aux regards et
remarques des négriers modernes (comprendre agences intérimaires) et recruteurs de tous poils,
et acquérir un téléphone portable.

Je retombais aussitôt, en 2012, dans un nouvel endroit de torture. Et pas n'importe lequel. Celui
que toute ma position intellectuelle refusait alors. Je refermais à peine L'obsolescence de
l'Homme que je mettais les pieds dans LE lieu interdit. J'hésite à comprendre ce qui s'est
réellement passé. Et je me demande ce qui m'a incité à y rester. Peut-être la nécessité de payer
des factures. Bref, la "honte prométhéenne" des premières pages de Günter Anders n'a pas tardé
à s'abattre sur moi.

Visite guidée. Alarmes infra-rouge anti-intrusions. Entrée dans les locaux par lecteur
d'empreinte digitale avec le malheureux avertissement de la CNIL dans le corridor. Le même
dispositif sépare deux zones à l'intérieur même de l'entreprise. Caméras de surveillance à foison.
Locaux aseptisés. Propreté clinique. Port de la blouse obligatoire. Disposition du parc de
machines-outils de façon à rendre impossible tout échange verbal à distance. Ça, c'est pour les
60 autres pitres qui investissent les lieux quotidiennement.

En ce qui me concerne, j'ai accès - malheureusement - au joyau, au nec plus ultra : la cellule (on
ne rigole pas, c'est ainsi que se dénomme l'endroit au sein de l'atelier). Le grillage est là pour en
attester. De l'autre coté de la grille, la machine : le robot de marque Fanuc (dont le cours des
actions en bourse ne cesse d'exploser). De part et d'autre du robot, deux centres de fraisage à
"alimenter" en pièces. Pour stocker les pièces en attente d'usinage, deux magasins. Pour mettre
les pièces dans le magasin, on les fixe sur des palettes. Lesquelles palettes sont
"robotentionnées" jusqu'aux machines.

Et pour connaître la position exacte des pièces afin qu'elles soient usinées, les palettes doivent
passer sur un banc de palpage pour en faire le pré-réglage. Pour superviser le tout, gérer le flux
de production, un attirail informatique hors du commun est à disposition. Aucune erreur 3
possible, chaque intervenant peut contrôler les autres ; chaque "bug", pouvant arriver à n'importe
quel moment, retarde irrémédiablement le déroulé de la journée de façon dramatique. Le tout
avec des séquences de travail (préparation des pièces, palpage, ajout de programmes dans le
logiciel dédié, usinage, recherche et montage d'outils) très rapides, de l'ordre de quelques
secondes à quelques minutes et avec des cotes très précises à tenir (de l'ordre de 0.01 mm,
parfois moins).

Alors que le climat interdit implicitement de sourire, espérer échanger un mot est vain.
Au bout d'un moment, l'ouvrier, le technicien ne se sent pas seulement esclave mais bel et bien
partie intégrante du dispositif technico-informatique. L'humain n'existe plus. Les ordres
semblent tomber du ciel (il y aurait un "on" qui a décidé de quelque chose) et le terme "urgent"
se décline entre "très urgent" et "très très très très très urgent". Le travail en binôme est un
cauchemar car les consignes ressemblent à des injonctions et à des ordres militaires. Le bruit
ambiant n'aide pas la communication orale et la rapidité de l’exécution multiplie le stress. Il faut
venir voir (de préférence le vendredi vers 15h) dans quel état psychique se trouve l'ouvrier
chargé du lancement de la production pour le week-end. Comme le flux ne doit être arrêté sous
aucun prétexte : travailler de 7h30 à 16h30 (en théorie, plus souvent 17h ou 17h30) n'est pas
suffisant. La nuit, la machine et le robot bossent, eux. D’où la cerise sur le gâteau : un
Blackberry -fourni par l'entreprise- est là en cas de "plantage". Un système d'alarme à distance
permet au Blackberry d'émettre une jolie sonnerie auprès de l'employé alors "en astreinte" (une
semaine sur trois !). Qui gagne le droit de retourner à l'usine jusqu'à 20h pour remettre en route
le dispositif sans savoir s’il en aura pour 15 minutes ou trois heures. Et même le week-end. À ce
stade, l'ouvrier n'est plus esclave, il n'est plus humain, il n'est peut-être même plus animal ni
vivant mais simple particule. Comme une particule d'ADN permettant à l'entreprise de vivre.
Faut-il chercher ailleurs la source d'insomnies, le sentiment de s'être fait "orwelliser" et de
ressembler à Winston Smith ?

Tout ça pour fabriquer des outillages métalliques permettant l'injection d'éléments (emballages,
tubes) en plastique destinés au monde pharmaceutique, notamment auprès de laboratoires
sponsorisés par la Sécurité Sociale.

Pour mettre un terme au processus de robotisation dont j'ai fait l'objet et espérer ne pas en avoir
trop de séquelles, j’envoyais un nouveau recommandé au bout de deux ans. Plusieurs mois
après, l'humain reprend le dessus mais certaines choses ont été définitivement anéanties.

Q : "Définitivement anéanties" : peux-tu expliquer ?

R : Le passage dans cette entreprise a été à la fois éprouvant et destructeur. Éprouvant car le
tempo était très soutenu, couplé à une masse d'informations à gérer et à une pression liée à la
précision des pièces à usiner. Destructeur car le stress s'accumule à la fatigue, le mode de
communication - une sorte de braille oral où formuler une phrase relève du parcours du
combattant - impacte les capacités de réflexion. Le fait d'être quasiment en permanence devant
des situations impossibles à résoudre provoque une espèce de fracture du cerveau : comment,
dans le même laps de quelques minutes, répondre à la question posée par l'individu A, ne pas
oublier de passer la consigne à B, se demander ce que C vient faire par là afin d'essayer
d'anticiper sa question et la réponse à apporter, contrôler à la loupe binoculaire un outil de
0.2 mm de diamètre qui doit être placé dans la machine sans erreur, superviser une liste d'outils
à vérifier, attendre les résultats du service de métrologie - ce qui influera sur une décision à
prendre - et planifier le lancement de 48 heures de production, le tout sous des caméras de
vidéo-surveillance ? À cela s'ajoute le service d'astreinte qui ne pose plus de limite entre temps
de travail et temps personnel. À croire que le slogan soixante-huitard "Jouir sans entrave et vivre 4
sans temps mort" a particulièrement "bien" été adapté dans cette usine. Mais quelle jouissance et
quelle vie ?

Après plusieurs mois de ce régime, les sens sont touchés. Perte d'empathie (ne rien éprouver à la
perte d'un proche), troubles du comportement, céphalées, capacités de réflexion atrophiées,
écouter de la musique (chose vitale jusque-là pour moi) devient un calvaire et perte d'identité
puisque la seule parade pour tenir le choc a été de me dire : "Ce n'est pas possible, ce n'est pas
moi qui vais là-dedans". Avec le recul, je désignerais bien l'ensemble du dispositif comme
"Management par la privation sensorielle."

Q : Quel métier ou quelle vie voulais-tu quand tu étais enfant ?

R : Spontanément, j'ai envie de répondre : "Rien" ou "Aucun métier !" Et à la vie désirée, je
dirais, justement : "Vivre !" Je n'avais aucune idée pré-conçue de ce qu'il faudrait faire plus tard.
Et j'ai toujours ressenti ce monde d'hyper-compétition au point que lorsque les choix
d'orientation scolaire devaient se faire et qu'il était de bon ton de visiter différents établissements
scolaires pour en "choisir" un, j'avais le sentiment d'être entouré de sprinters dans les startingblocks
tandis que j'étais (et espère être toujours) un invétéré promeneur dans les sous-bois et
explorateur des champs.

Il y a aussi cette question qui m'horripile : "Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?" À laquelle je
réponds : "Comment ça, vivre ne se suffit pas à soi-même ? Il faut aller prouver à untel que je
sais faire telles et telles choses - sans en connaître les tenants ni les aboutissants - en échange
d'argent octroyé sur des critères totalement biaisés ?"

Depuis quelques années, notamment depuis le passage au sein de cette Société Mentalement
Perturbée où toutes mes convictions personnelles m'intimaient de ne pas rester mais où la
nécessité économique et matérielle m'a forcé, je suis en ébullition. Et je cherche. Quoi, je n'en
sais rien. Car même si j'en avais déjà le pressentiment auparavant, c'est là que j'ai bel et bien
compris qu'il y a une différence entre ce que le complexe technico-industriel (ou "Machine de
Travail Planétaire" selon la théorie "Bolo'bolo" de P.M.) nous fait faire (souvent contre de
l'argent et un statut social) et ce que nous faisons chacun, individuellement, affranchi des codes
auxquels nous devons nous soumettre.

Q : Si tu avais le choix de faire autre chose que de travailler en usine, que voudrais-tu faire ?

R : Je n'en sais toujours rien. Et je n'ai la vocation pour rien. Me projeter sur des années m'est
totalement impossible. Et le fait de faire quelque chose de "bien pour la communauté et plaisant
pour soi-même" peut être un piège au point de devenir monomaniaque. Je me répète mais je
veux vivre ! Les quelques pistes que je regarde sont inaccessibles, ont un avenir compromis ou
sont tellement peu rémunératrices... Je ne désire pas rouler sur l'or mais j'avoue que le salaire
médian (même jusqu'à 10 % de moins) m'est nécessaire, même en réduisant les frais au
maximum. En creusant, peut-être qu'être à la fois clown, libraire et... tourneur-fraiseur, puisqu'il
semblerait que ce métier soit si essentiel et que j'aie fini par y décrocher quelques compétences,
me conviendrait.

Q : Tu sembles lire beaucoup, tu écris avec facilité : comment cela t'est-il venu et comment
as-tu découvert les auteurs anti-industriels (Anders, Orwell, Huxley) que tu cites ?

R : Lorsqu'est paru - en 2008 - Le téléphone portable, gadget de destruction massive, je me suis
dit "Ah, enfin, il y en a qui se réveillent". Depuis l'adolescence, j'avais refusé cet instrument de
contrôle et d'asservissement le plus longtemps possible, ainsi que le mode de vie que cet outil
allait générer - j'y ai cédé un an avant les révélations d'Edward Snowden au sujet de PRISM. De
plus, cela fait des années que je me pose des questions sur le monde qui nous entoure et la vie 5
qu'il me fait mener ainsi qu'aux autres humains peuplant ce globe. Plutôt que de rester dans
l'expectative, j'ai préféré me documenter. Ne dit-on pas "A l'heure de l'information de masse,
l'ignorance est un choix" ? C'est ainsi que j'ai entamé un cycle de lectures diverses qui m'ont
emmené dans cette direction. Lorsqu'il n'y a plus d'écran télévisé, il faut bien le remplacer.
Pour donner suite à la question précédente, relative à "ce que je voudrais faire", et compléter
celle-ci, peut-être qu'il y a quelque chose à chercher du côté de l'écriture puisqu'il semblerait que
cela me convienne. Mais étant donné le contexte économique environnant, il paraît - au risque
de paraître provocateur - que l'offre "d'emplois" se résumera bientôt à "employé de plate-forme
pétrolière" pour les hommes et "aide à domicile pour personnes âgées" pour les femmes. Et nous
savons bien que la vie ne se situe pas dans l'emploi.

Q : On a bien compris comment tu t'étais mis à lire des livres anti-industriels, mais comment
as-tu commencé à lire, qu'est-ce qui t'a donné le goût de la lecture ? Et que lisais-tu ? Ce
n'est plus un goût très courant dans ta classe d'âge et dans ta classe sociale.

R : Même si enfant il m'arrivait de bouquiner, j'ai perdu le fil à l'adolescence (au profit de
l’écoute de musique) et repris la lecture au moment où j'ai rompu avec l'instrument de
manipulation mentale qu'est la télévision, vers 25 ans. Et puisqu'Internet a ses limites, il fallait
bien un supplétif pour profiter de plages de temps libres et de calme. Le déclic a dû se faire avec
un livre que mon grand père maternel m’a conseillé et prêté : L'âge des extrêmes - Histoire du
court XXe siècle, de Eric Hobsbawm. Par la suite, il me semble que c'est avec la "jonction rougeverte"
d’Hervé Kempf (et sa trilogie Comment les riches détruisent la planète ; Pour sauver la
planète, sortez du capitalisme ; L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie) et des écrits plutôt
noirs, à tendance libertaire - mon fond de pensée - que j'ai commencé à creuser un sillon.
Pour accéder à ces livres ? Vivre des situations impossibles, ressentir des injustices et en
chercher les causes plutôt que d'accepter, bras ballants, en pensant que "de toute façon, on y peut
rien". Petit à petit, j'ai élaboré une petite bibliothèque assez cohérente. Puisque tous les moyens
d'action semblent vains, ne reste que la réflexion. Mais même "juste ça", ils veulent nous l'ôter,
que ce soit en nous rendant hyperactifs et/ou en nous aliénant au salariat.
Pour terminer, je dirais que je n'ai presque jamais été au bon endroit au bon moment avec les
bons individus, quitte à paraître cruel. J'ai souvent été "à coté" ou à la mauvaise époque. Un peu
comme l'automobiliste qui remonte l'autoroute à contre-sens et vitupère contre la masse qui
prend une mauvaise direction...

Q : Pourquoi as-tu refusé le téléphone portable à l'adolescence - un âge où justement tout le
monde en veut ? Comment cela s'est-il passé, est-ce que ça a ruiné ta vie sociale avec tes
copains ?

R : Sans vouloir paraître omniscient, je ressentais déjà à l'époque instinctivement le sentiment
que cet instrument était un outil de flicage, à plus ou moins grande échelle, de son détenteur. Et
qu'au-delà, cela allait déstructurer nos vies, en plus d'être au service du Pouvoir, notamment
économique. Force est de constater que le temps m'a tristement donné raison, que ce soit en
théorie ou en pratique. Ce n'est peut-être pas le seul élément mais j'ai effectivement cette
impression : à partir du moment où la téléphonie mobile est arrivée et que je ne suis pas monté à
bord du joli réseau, je me suis retrouvé tel Robinson Crusoé sur un rocher de solitude. Je ne
crois pas avoir justifié mon choix à l'époque, mais c'était tellement limpide que je ne ressentais
pas le besoin de le faire.

Q : On t'a vu avec un petit groupe lors du forum contre Center Parcs. Peux-tu nous présenter
tes copains, que font-ils dans la vie, avez-vous une activité politique ? 6

R : Un apiculteur, un travailleur social, un maçon, un chômeur, un enseignant et un ouvrier
ensemble, si je n'ai oublié personne, c'est forcément louche, n'est-ce pas ?
Nous sommes des individus libres de penser et autonomes dans nos actions, qui nous
interrogeons sur l'avenir qu'on nous prépare et voudrions ne pas faire n'importe quoi au nom de
l'emploi, de l'argent ou du saccage des conditions de survie de notre espèce. De là à en conclure
que ceci est déjà une activité politique...
Plus concrètement, nous désirons intervenir directement, en complément des actions de
l'association Le Pic Noir, à l'encontre du projet de Center Parcs prévu dans le Jura, près de
Poligny, similaire à celui du Rousset en Saône-et-Loire ou de Roybon, en Isère.

Q : Tes parents sont-ils des militants ? Ont-ils comme on dit des "opinions politiques" ? Et
que pensent-ils de l'anti-industrialisme ?

R : Mes parents ne sont pas militants à proprement parler mais "conscientisés politiquement"
depuis longtemps : LIP, la centrale du Bugey, le Larzac, le MAN (Mouvement pour une
Alternative Non-violente), ils l'ont vécu. Eux non plus n'ont pas désiré passer leur vie à l'usine,
mais force est de constater que cela a été le seul moyen qu'ils ont trouvé pour payer des factures.
Mordre la main qui a nourri si longtemps n'est peut-être pas si facile. Concernant le mouvement
d'anti-industrialisme (que je renommerais bien "anti-technologisme", non pas que l'industrie soit
positive et la technologie négative mais pour distinguer une différence de consistance entre
industrie d'une part et technologisation de l'industrie d'autre part) tel qu'il est
élaboré depuis quelques années par PMO, L'Echappée ou Le Pas de Côté, nous n'en avons que
très peu parlé.

Q : Tu dis que tu souhaites exercer une activité - ou du moins toucher des revenus -
équivalant au salaire médian (1600 € à peu près ?). Nous ne sommes pas sûrs d'ailleurs que
tu souhaites exercer une activité quelconque, sinon vivre et rêver. À quoi correspond cette
somme ? Comment détermines-tu tes besoins ?

R : Comme pas mal de monde de "notre milieu", j'ai un rapport ambivalent à l'argent et j’ai
navigué entre deux conceptions. D'un côté "Tant que l'argent existera, il n'y en aura pas pour
tout le monde", "L'argent salit tout sur son passage" ou encore "L'argent est une arme et en tant
que pacifiste forcené, je refuse de m'armer". De l'autre, quelque peu autoritaire, "Merde enfin !
Cet argent existe bel et bien !" (surtout vus les milliards qui gravitent en bourse), c'est juste que
ceux qui le détiennent ne veulent pas le céder à n'importe quelle condition ni à n'importe qui.
Ces deux facteurs étant de plus en plus imbriqués en ces temps de surveillance généralisée.
Je sais aussi qu'initialement, la monnaie – qui existe depuis près de 3000 ans sous la forme
actuelle - est un moyen permettant de modérer des relations, un instrument de médiation afin
d'éviter les conflits. Et qu'actuellement, la monnaie – dématérialisée - devient justement le
moyen de ne plus avoir de relation humaine avec personne. Chacun va chercher ses petits sous
pour les réinjecter dans la machine économique sans que personne ne se pose la question de la
provenance ni de la destination de cet argent.

A contrario, tendre à se passer de monnaie reviendrait, en plus de se ré-approprier des savoirfaire
("Faire pousser ta propre nourriture, c'est comme imprimer ton propre argent"), à nouer un
cercle d'humains avec lesquels les interactions permettent de se passer d'argent. Cela s'appelle le
don, le contre-don, le partage. L'ouverture aussi.

Le montant évoqué (1600 €) est "simplement" le revenu médian en France. Cela veut dire que la
moitié des individus travaillant à temps plein gagne moins et l'autre moitié gagne plus. Il se
trouve que c'est le niveau de revenu que j'ai depuis longtemps, sans avoir rien fait d'autre que de 7
donner mon énergie physique, mes capacités intellectuelles et mon temps à quelqu'un ou une
organisation de gens qui, eux, en avaient besoin. À croire que moi, je n'avais pas besoin de tout
ça. En termes de revenu, vu que je me situais "au milieu" de la population, j'estimais ne pas trop
avoir à me plaindre, bien conscient que d'autres gens galèrent bien plus pour bien moins
d'argent, et me méfiant de gagner plus, synonyme de se faire acheter pour de l’argent superflu,
dont une partie est reversée à l'État via l'impôt sur le revenu. Au fil du temps, j'ai réussi à réduire
ma durée de temps de travail et améliorer mes horaires en conservant le même salaire. Et c'est
ainsi que j'ai essayé de garder cette ligne-là : se loger (le moins cher), manger (bio et local, si
possible), se déplacer (beaucoup trop de voiture mais usage du train dès que possible), régler les
factures incontournables de frais fixes en les tirant vers le bas et orienter ce qu'il reste au fond du
tiroir-caisse vers des choses que je juge vertueuses : livres, disques, revues, concerts, cinéma,
dons à des initiatives qui me semblent pertinentes. Voter avec le porte-monnaie, en somme
même si cela n'a pas la même force qu'un acte libre et désintéressé. Pas très glorieux pour
quelqu'un désireux d'une vie gratuite pour tout le monde. Mais vu que je déserte les isoloirs
depuis 10 ans, il ne me reste que ce moyen d'action. Peut-être ne suis-je pas aussi pacifiste que
je croyais.

Q : Es-tu partisan d'un revenu universel garanti, et si oui, suivant quelles modalités ?

R : Ah, j'attendais ce sujet ! Cela fait des années maintenant que je suis convaincu qu'un Revenu
Universel d'Existence est une (si ce n'est LA seule) issue au bourbier dans lequel nous nous
trouvons. C'est un outil qui touche à plusieurs facteurs de la vie sociale et économique tout en
redonnant à l'écologie la place centrale qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Après, entre la belle
idée aux potentialités émancipatrices, égalitaires et libertaires qu'elle peut être (comme la
Dotation Inconditionnelle d'Autonomie qui, justement, démonétarise une partie de
l'accès aux biens de première nécessité) et l'enfer collectif que cela peut devenir (l'Impôt Négatif
des minarchistes libertariens ou le Revenu Citoyen où le droit de vote est Roi et les règles de la
représentativité actuelle inchangées), il y a un monde. Car sans être rabat-joie, il n'y a qu'à voir
ce que des avancées sociales sont devenues au fil du temps : le droit au chômage un chemin de
croix doublé de l'aumône à pleurer ; les congés payés une exhortation à brûler du pétrole ; les
droits à la formation une chimère derrière laquelle il faut courir tout en faisant les bons exercices
d'assouplissement pour en jouir. De plus, cela fait partie des thématiques de réflexion autour
d'un tel revenu : il me semble qu'il faudrait obligatoirement y adjoindre au moins deux choses
complémentaires, un Revenu Maximal Acceptable et un réel Droit Au Logement peu onéreux.
Enfin, pour entrer un peu dans le détail et rejoindre les sujets de prédilection de PMO, il y a une
question qui me taraude sérieusement, c'est celle de "l'inconditionnalité". Comment accorder
quelque chose (surtout de l'argent) à tout le monde sans que le Pouvoir n'exige de contrepartie
de la part de ceux qui en bénéficient ? Ce serait tout bonnement inconcevable. C'est bien pour
cela que la CAF va mettre son nez dans les caleçons de "ses" allocataires. Donc, en me mettant à
la place du Pouvoir - surtout à l'heure où les frontières nationales sont de plus en plus poreuses
et le maillage électronique omniprésent -, je ne vois qu'une réponse rapide, simple et efficace : le
puçage des populations. C'est ainsi qu'on a froid dans le dos... et commence à douter du bienfondé
d'une si belle idée.

Q : Pourquoi ne tailles-tu pas la route, tout simplement ? Beaucoup l'ont fait qui ne sont pas
réduits à la misère noire. Quelles réticences aurais-tu par exemple à vivre des "minima
sociaux" (RSA), quitte à les compléter avec du bricolage ?

R : Tailler la route pour quoi au juste ? Cela peut paraître irrévérencieux, ou l'aveu d'un souhait
même pas essayé, de répondre par une question. Mais étant donné que nous vivons dans un
monde où il n'y a plus "d'ailleurs", sur une planète qui est une prison (voire un camp de 8
concentration) à ciel ouvert, à quoi bon brûler encore du pétrole ? Et en quête de quoi ? Être
pisté par satellite à cause d'un "smartphone" ou d'un "laptop" qu'il faudrait toujours détenir ?
Non merci. Question de tempérament et de personnalité aussi. Ce qui n'est pas sans lien avec la
fin de votre question. Autant, je peux admirer les individus qui "jouent au chat et à la souris"
avec la CAF et Pôle Emploi, autant je me sentirais totalement incapable de faire de même. Sans
compter sur ce satané contrôle social - l'actualité la plus brûlante nous le rappelle encore - que
ces autorités se permettent d'effectuer en échange de quelques miettes qu'il faut aller leur
quémander ! C'est quoi ce délire ? À cela, il faut ajouter, comme je le disais, que se passer
d'argent revient à échanger des savoir-faire. Vu que je ne sais rien faire, à part peut-être
réfléchir, écrire et lire, et que je pense n'avoir pas besoin de grand chose, en dernière analyse,
peut-être préfèré-je rester un simili-robot en cours d'aliénation (mais luttant contre autant que
possible !) plutôt que de déserter totalement le salariat.

Aussi, je mentionnerais que le contexte géographique et social est particulier ici. Une petite ville
(environ 10 000 habitants) assez enclavée dans un bassin de population d'environ 20 000 âmes
où tout le monde finit par se connaître. Et où l'alternative n'a pas beaucoup de place, où les
individus "pensant différemment" sont très peu nombreux, tous plus ou moins coincés entre "nos
idées" et "leur monde". Bref, un peu comme Obélix qui est tombé dans la marmite, je suis tombé
dans l'argent et n'ai pas réussi, même si j’ai essayé - sans doute mal -, à m'en dégager totalement.
Alors, je fais avec, le moins mal possible.

Q : Peux-tu nous parler de tes collègues ouvriers et robots ? Comment vivent-ils ? Que
pensent-ils ? Qu'espèrent-ils ? Echanges-tu avec eux ? Savent-ils qu'il existe un mouvement
de critique de l'industrie et des technologies ? Un mouvement de critique de l'emploi ? Qu'en
pensent-ils ? Comment pourrions-nous les approcher et discuter avec eux ? À quelles
conditions pourraient-ils envisager de se rallier à une vision "luddite" du monde ?

R : Mes ex-collègues de travail. Tout un programme. J'aimerais bien ne pas devenir trop
caustique ni sarcastique car au fond, ce sont des gens qui croient bien faire mais font trop
confiance à leur entourage, à la télévision et au bulletin de vote. Ajoutez à cela le travail en luimême
qui est d'un non-sens absolu, la fatigue, la peur d'envoyer sa démission et la
consommation comme échappatoire et vous obtenez un savoureux cocktail. Un peu de routine,
faire des gamins comme tout le monde, les apéros et les barbecues, le gros crédit immobilier
et/ou auto, de la misogynie et du racisme et ça prend feu. Et un peu par une espèce de "pudeur
altruiste", je ne vais pas trop m'étendre.

Mais force est de constater que dans la fabrique pour l'armement, où j'étais en contact plus ou
moins fréquent avec une cinquantaine sur 160 employés, il n'y a qu'avec un collègue que je
prenais plaisir à discuter, et on se croise encore maintenant. Quant à l'asile de 60 pingouins
officiant pour les laboratoires pharmaceutiques dont je me suis évadé fin 2014, il y avait peutêtre
un type avec qui j’aurais pu parler, mais cela était impossible, même hors du temps de
travail. La surveillance panoptique ne s'arrête pas entre 12h et 13h. Et parler, c'est se dévoiler.
Souvenez vous : c'est un milieu où il faut apprendre à se taire. Et où j'ai joué à l'homme
invisible. De toute façon, cela n'aurait pas mené bien loin : à la fin de mon contrat là-bas, je lui
ai parlé du "Revenu de Base" et il m'a répondu que "c'était utopique".

En fait, les gens d'aplomb sont ceux qui ne sont pas restés longtemps dans cet endroit. Plus de
deux ou trois ans là-dedans et tu deviens comme eux, comme dans une secte.
Une vision globale de cette strate sociale montre le désir d'american way of life, composé d'un
nombre incalculable de moteurs à explosion (à 4 roues pour Monsieur, à 4 roues pour Madame,
à 4 roues pour la forêt le week-end - le quad -, à 2 roues l'été - la moto -, sans oublier la pléthore
d'instruments acquis auprès du magasin de bricolage local : tondeuse, tronçonneuse,
débroussailleuse..., de la grosse maison, du lieu de vacances où on se rend en avion, sans oublier 9
les sorties en parc d'attraction, le grand écran plat relié au bouquet Internet ET à la parabole et,
certes moins marquée, la course frénétique vers les téléphones mobiles, smartphones et tablettes.

Ce qu'ils pensent et ce qu'ils espèrent ? Plus d'ordre, de sécurité et d'argent. Bref, entre Sarkozy
et Le Pen, Hollande n'a qu'à multiplier les tonfas comme d'autres les petits pains d'ici 2017.
Et aussi "faire des heures". Des heures de quoi ? De travail, pardi ! Je viens de me rendre
compte que j'en ai croisé pas mal qui, étant jeunes, auraient voulu être gendarmes. C'est
évocateur d'un certain "logiciel de pensée", même si "de pensée" peut sembler être un groupe de
mots optionnel dans ce cas.

Dans l'usine pour l'armement, au bout de deux ou trois ans de présence, une fois, en pause, je me
suis juste permis de dire que "la journée de six heures, donc la semaine de 30 h, sans perte de
salaire, ce serait pas mal quand même." Avouons qu'en respectant les règles du contrat social en
vigueur dans plusieurs pays occidentaux, cette proposition n'a absolument rien de
révolutionnaire et devrait même être le strict minimum vers "autre chose". Sur une douzaine de
bonshommes, un seul a réagi verbalement et m'a dit : "Mais on ferait quoi ?" Ça donne le
niveau.

Ensuite, dans l'usine rattachée au monde pharmaceutique, alors que les paroles sortant
strictement des tâches à effectuer étaient quasiment impossibles, j'ai glissé le même genre de
propos alors que nous étions quatre à discuter "du problème des heures supplémentaires". Cela
m'a valu d'être qualifié "d'intello" quelques mois après. Aussi, fait assez révélateur, durant la
pause de midi (qui dure une heure), quelques types n'avaient comme préoccupation que d'aller
courir ou faire du vélo avant de manger en vitesse et de retourner à leur poste. Tout en sachant
que le tempo de travail était très soutenu et la semaine plus proche des 42 heures que des 35.
Des hyperactifs qui, le jour de la retraite – s’ils ne meurent pas avant -, s'effondrent en un clin
d'oeil.

Quant à la distinction entre activité, travail et emploi, à la critique de l'industrialisation du
monde et de nos modes de vie, j'ai bien peur de n'avoir qu'une réponse laconique à apporter :
c'est hors de propos, à mille lieux de leurs préoccupations et plutôt pisser dans un violon que
d'espérer quelque chose. Peut-être qu'au bout de dix ans dans ce milieu, j'ai développé quelques
aigreurs - sans m'être jamais fait beaucoup d'illusion - mais tenter d'approcher cet univers pour
l'étudier, c'est comme aller au zoo. Il est parfois difficile d'apprivoiser certaines espèces. C'est
plutôt l’inverse : vous adoptez leur mode de fonctionnement par mimétisme, par défaut.
Enfin, l'ultime question me laisse à la fois enthousiaste et désemparé. Enthousiaste car vous me
semblez d'un incommensurable optimisme et dans l'attente d'un "mouvement" de leur part. Mais
je suis désemparé, ou sans voix, ni voie d'ailleurs, car face à l'ogre techno-industriel, il n'y a
aucune parade possible, tout au plus une escarmouche ou un acte isolé de "djihadisme luddite"
désespéré. La seule issue, c'est la fuite.

Q : Pour finir, aurais-tu quelque chose à ajouter ?

R : Un conseil à vous et aux lecteurs de PMO. Il existe une petite brochure qui tourne depuis
quelques mois dont le contenu m'a énormément séduit. Ce n'est pas forcément évident à trouver
mais pas sorcier non plus. C'est écrit par un certain Bocs et ça s'appelle Vagabonder parmi les
dix mille êtres. Cherchez, trouvez, savourez.
Voici une petite poésie que j'ai confectionnée il y a quelques années.
"Contrairement aux apparences. 10

À force d’y rester, on ne sait plus faire autre chose que ce qui nous y a conduit. Et commence
alors l’écriture d’une question : « Pourquoi, pourquoi moi ? »
Il est fortement conseillé de respecter les horaires, sous peine de sanction, y compris pour
prendre son repas. Il faut redoubler d’ingéniosité pour contourner tel ou tel article du règlement
intérieur. Et ne parlons pas de la promenade quotidienne et sa durée rigoureusement
chronométrée. La sonnerie, aussi froide qu’immuable, délivrance une fois par jour, véritable
coup de poignard à chacun de ses autres retentissements. Selon la qualité des embastillés, les
conditions d’hygiène qui leur sont accordées varient du supportable à l’exécrable. Puisqu’on
tourne autour du bidet, la sexualité est tout à la fois thème tabou et centre de toutes les
espérances mais force est de constater l’accumulation de frustrations - pour ne rien dire des
convoitises - au fil que le temps passe ou que la gent féminine montre le bout de son nez. Par
moments, sans raison apparente, une furie s’empare des lieux en un mélange de tintements et de
grognements. Si les visites de l’extérieur sont planifiées d’avance, on n’est pas à l’abri d’une
descente du sommet de la pyramide à n’importe quelle heure du jour ; comme de la nuit. Sous
les néons de la capitainerie, c’est le flou artistique - si je puis me permettre la métaphore en de
telles circonstances - puisque s’enchevêtrent les responsabilités. Les prises de décision
s’effectuent à la va-vite non sans avoir fait subir au préalable le supplice de tantale à celui qui en
est le sujet, si ce n’est l’objet.

D’un côté comme de l’autre de la barrière, tout le monde reste sur le qui-vive, à s’épier les uns
les autres, quitte à tenter de déchiffrer à distance les paroles d’un coreligionnaire en lisant sur
ses lèvres, un mot de trop pouvant tout faire basculer. Tous prêts à de petites mesquineries au
rythme des velléités que chacun a de prendre du galon ou d’accroître son espace vital.
L’entraide, lorsqu’elle existe, s’effectue par groupuscules, toujours en suspens et mouvants,
souvent disloqués au bout d’une poignée de semaines, parfois après quelques heures seulement.
C’est le règne du caïdat où les plus téméraires rêvent de devenir calife à la place du calife, à
leurs risques et périls. On pourrait croire ce récit issu d’une prison mais, contrairement aux
apparences, c’est d’un autre genre de taule dont il s’agit puisque je vous parle de l’usine. La
différence entre les individus les remplissant, au final, est infime : certains claironnent de ne
s’être jamais fait prendre tandis que d’autres clament leur innocence, jusqu’à rendre le
discernement entre ces populations quasiment impossible."
Enfin, une citation qui me tient à cœur : "Lichtenberg disait sa curiosité de savoir le titre du
dernier livre qui serait imprimé. Je crois que personne n'a celle d'assister à l'ultime journal
télévisé."

Baudoin de Bodinat - La Vie sur Terre. Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où
nous sommes
(Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2008).
Propos recueillis par Pièces et main d’œuvre
8 juin 2015
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MessageSujet: Qu'est devenu le prolétariat ?   Mar 7 Juil - 23:03

Qu'est devenu le prolétariat ? Sandra NPA 6 juillet

le militantisme est l'opium du militant

on pourrait dire des trotskystes comme de Laurent Fabius de Le Pen en 1984, qu'ils posent de bonnes questions mais y apportent de mauvaises réponses, mais ce n'est pas même ça. Leurs constats ne sont pas toujours plus faux que d'autres, y compris les nôtres de façon empiriques, mais leurs analyses complètement décalées, et surdéterminées par leurs présupposés programmatistes et leur avant-gardisme militant : là où ils croient être en avance, est leur retard... à la conscience : le militantisme est l'opium du militant

Sandra a écrit:
Analyser la structure du prolétariat, comprendre ses transformations, est un travail fondamental pour une intervention efficace des anticapitalistes, dans la lutte de classe. [comme si la lutte des classes, c'était l'intervention efficace des anticapitalistes...]

Les limites de la contribution ne permettent qu'une approche partielle, limitée ici au cadre hexagonal, à un prolétariat représentatif des pays riches et développés. [on ne lui fait pas dire...]

Ce qu'on peut dire c'est que depuis le développement du capitalisme et de manière plus effective depuis les 50 dernières années le prolétariat des pays capitalistes a considérablement évolué.

Les prolétaires, celles et ceux qui pour vivre vendent leur force de travail, manuelle ou intellectuelle sont beaucoup plus nombreux aujourd'hui. Le salariat n'a cessé de se développer à mesure que l'emploi indépendant diminuait fortement et aujourd'hui environ 75 % de la population, fait partie du prolétariat.

Ce prolétariat a cependant profondément changé, quant à sa composition, ses caractéristiques. Dans les années 60, la main-d’œuvre était très majoritairement ouvrière, masculine, peu qualifiée. C’était la grande entreprise industrielle qui dominait, marquée par une organisation du travail de type fordiste avec essentiellement des contrats de travail à durée indéterminée, à temps plein, un prolétariat plus homogène partageant dans sa grande majorité les mêmes conditions de vie.

Le prolétariat aujourd'hui est complexe, diversifié, éclaté. Moins d'un emploi sur quatre est ouvrier. La diminution continu de l'emploi industriel, le phénomène de tertiarisation de l'économie font qu'aujourd'hui l'essentiel du prolétariat des pays développés est en grande partie composé d’employés. Marx n'a par ailleurs jamais identifié le prolétariat aux uniques « cols bleus », au prolétariat industriel. [je souligne en gras, pour les "camarades" qui rêvent du non-prolétariat produit par les prolétaires stricto censure classe ouvrière]

Cette croissance de l'emploi tertiaire a par ailleurs favorisé la multiplication du nombre de petites entreprises. D'une manière générale le salariat est aujourd'hui éclaté. Une grande partie des salariéEs se repartit dans des établissements de moins de 49 salariéEs. La fragmentation « post fordiste » de l'organisation du travail, l'internationalisation de la production ont produit entre autre l’éclatement des grandes structures de production, l’hétérogénéité des normes d'emploi et l’émiettement du salariat. La sous-traitance s'est considérablement accrue. Les patrons ont également de plus en plus recours aux travailleurEs détachés.

Sans oublier une cordonnée essentielle de la situation, le chômage et la précarité ont explosé.Une partie croissante du prolétariat est reléguée en dehors de la production. Si le CDI reste encore la norme largement dominante, le CDD , l'intérim, les vacations... ont fortement progressé depuis les années 80.

La féminisation de l'emploi est également une caractéristique du prolétariat aujourd'hui. Le taux d’emploi des femmes est maintenant très proche de celui des hommes. Cette fraction du prolétariat, concentré dans le secteur tertiaire cumule discriminations, précarité et occupe l'essentiel des emplois à temps partiel.

Il faut prendre en considération ces évolutions profondes car le morcellement de la condition du prolétariat met à mal son identité, tend à le fragiliser en tant que force sociale, et rend l'organisation de celui-ci plus difficile. Sa capacité à mener des combats tant au niveau des entreprises qu'à une échelle plus large reste en recul très net par rapport aux années 1970.

Le précariat, le chômage de masse pèse particulièrement sur la capacité d'une partie croissante du prolétariat, fragilisé, insécure à s'organiser, se syndiquer se politiser qui est désaffilié du mouvement ouvrier organisé.

Les conséquences se mesurent en terme du recul important de la grève, donc de la capacité de blocage de l’économie, de la difficulté de coordonner les mouvements, d'organiser les luttes, de les étendre. Les travailleurEs sont également de plus en plus éloignés des centres de décision ce qui amenuise leur pouvoir.

Ces évolutions ne sont cependant pas le seul produit des mutations économiques et sociales, ce sont également des choix politiques conscients de la bourgeoisie se traduisant par une entreprise de démassification ouvrière, notamment la destruction de bastions ouvriers d'avant-garde, l'individualisation des salariéEs, leur mise en concurrence organisée par la multiplication des statuts … La destruction des systèmes de solidarité basés sur la socialisation du salaire participe aussi à détruire le commun.

La crise de direction du mouvement ouvrier, les échecs de la gauche radicale sont aussi des facteurs qui pèsent sur la division du prolétariat aujourd'hui. [bof...]

La question essentielle reste de savoir comment les anticapitalistes peuvent agir de manière la plus efficiente possible pour unifier politiquement cette immense force sociale si éclatée, si peu consciente de sa force ? [militants, passez votre chemin, nous n'avons plus besoin de vous, crevez de vos conneries et laissez-nous agir comme nous l'entendrons]

Les occupations de lieux publics, les luttes contre les GPII... ces cadres de luttes situés en dehors de l'espace de travail peuvent constituer des lieux de rencontre, de convergence des exploitéEs, non pas dans une logique substitutive parce que la grève reste l'arme la plus efficace du prolétariat, mais conjugué à celle-ci. [bla bla bla, convergez cons tous ensemeble- tous ensembleus... de travail]

Nous devons donc être particulièrement disponible à ce qui peut émerger d’une telle réalité, car il n'y a pas atonie, les conflits existent, mais ils prennent parfois de nouvelles formes, investissent de nouveaux espaces et le prolétariat se trouve aussi en mouvement là où on ne l’attend pas. [et, du fait que vous y arrivez toujours en retard, on ne vous attend plus]

Sandra (Nantes)


Le militant au 21e siècle DDT21
Gilles Dauvé a écrit:
Ouvriers anonymes au Brésil fabriquant des masques de Guy FawkesLes situationnistes avaient fait du refus du militantisme une banalité de base, et cette critique a été résumée en 1972 dans Le Militantisme, stade suprême de l’aliénation.1  

Pour nous, militant n’est pas une insulte réservée à ceux avec qui nous n’aurions rien en commun (comme petit-bourgeois autrefois dans la bouche de nombreux militants). Certains camarades peuvent verser dans le militantisme : ne cherchant pas la perfection, nous n’y voyons pas forcément un motif suffisant de rupture.

Dans la critique situationniste, militer signifiait sacrifier sa vie à une cause, nier ses besoins et désirs personnels et se soumettre à une doctrine. Et surtout, croire possible de transformer le monde à force d’agir sur lui par toujours plus d’interventions, de réunions et de mots. Le militant est un volontariste doublé d’un productiviste.

Quarante ans après, en quoi le militant a-t-il changé ? Avec quelles conséquences pour notre critique du militantisme ?

Du sacrifice à l’hédonisme          

Militer, à l’origine, c’est faire la guerre : le militant est un soldat politique, mais le mot prend son sens moderne avec les syndicats et partis de masse, contemporains de la démocratie.

On milite alors sur le mode du travail, objet d’un « culte » au 19e siècle, et longtemps au 20e : le travail a une valeur sacrée, et l’Internationale situationniste n’était pas la première à noter les aspects religieux du militantisme.

De nos jours, le travail est si ancré dans nos vie et nos têtes (y compris celle du chômeur) qu’il n’a plus besoin de culte. En Occident, le sacrifice est désormais moins prôné que l’hédonisme. Du coup, le militant change. En politique, l’austérité affichée est passée de mode et l’ennui a cessé d’être une preuve de sérieux. Lutter implique de s’amuser, faire la fête, voire ne faire que cela. Par exemple, pour les intermittents, organiser un pique-nique festif est une « action » mise au point par la « Commission actions » au même titre que l’occupation des locaux de la CFDT.

Évidemment, la lutte de classes en entreprise laissant peu de place à la jouissance, il reste possible au militant syndical d’adopter des comportements sacrificiels. Il en va autrement du militant politique, pour qui agir est un choix, voire un loisir : dans les démocraties occidentales, l’individu contemporain visant son propre plaisir refuse la négation de soi. Quel militant du NPA ou du PC actuel fait-il don de sa vie personnelle au parti ?

Missionnaire

La dimension religieuse n’a pas disparu pour autant : il faut un règne du Mal (l’argent-roi, par exemple) pour qu’advienne la libération.

L’Apocalypse (dévoilement ou révélation, en grec) suppose Satan, « prince du monde », donc un capitalisme chaque année visiblement plus oppressif.

Pour abattre le monstre, s’il est passé de mode de chercher à devenir dirigeant, comme autrefois les groupes trotskystes fondés pour former les cadres du futur parti, si donc le militant n’ambitionne plus d’être chef, il continue à se croire mieux conscient que les autres, se juge indispensable et s’attribue une mission. Il ne recrute plus : il informe (voir plus loin sur activisme et cyber-activisme).

Horizontalité
         
Bien au-delà du cercle de ceux que l’on appelle les « autonomes », n’importe quel militant de gauche ou d’extrême-gauche se revendique aujourd’hui peu ou prou de l’autonomie. Le goût pour la liberté de nos contemporains n’y est peut-être pas pour rien, mais le déclin des médiations et des médiateurs reflète surtout une crise des appareils de gestion de la défense du travail salarié, – partis socialistes et syndicats. Les bureaucrates ont beaucoup plus de mal qu’autrefois à remplir leur fonction conciliatrice. Cet affaiblissement participe à l’ébranlement de la croyance en une société structurée autour du travail et animée par des classes en conflit, et permet à la théorie de la domination de s’imposer aux dépens de l’analyse de classe : il n’y aurait plus de centre de gravité social, seulement une articulation de rapports de force dans tous les domaines, le « monde du travail » n’étant que l’un d’entre eux.

Foucault et Bourdieu l’écrivaient inlassablement : tout se résumerait aujourd’hui à des dispositifs de pouvoir et de contrôle.

Avec deux conséquences.

D’abord, le pouvoir exerçant sa domination à travers une multitude de pratiques, puisqu’il est omniprésent, y compris en nous, à ce qu’il paraît…, sa critique s’opèrerait dorénavant sur un ensemble de lieux (ou d’identités) dont aucun ne détermine les autres : travail, genre, race, culture, santé, environnement, etc., finie l’hégémonie supposée de la classe ouvrière.La priorité devient moins de centraliser d’en haut les luttes que de descendre à leur niveau, par un militantisme distancié et fragmenté en mobilisations successives : on soutient des sans-papiers, on dénonce le Traité transatlantique, on défile contre le FN…

Ensuite, pour « faire converger les luttes », la démocratie s’impose comme moyen de réunir les domaines séparés : mais une démocratie de base, directe, locale aujourd’hui, après-demain universelle. Au vote, on préférera le consensus, conforme au refus de la violence proclamé par les sociétés démocratiques : médias, police, État, université, etc., ne sont plus à abattre mais à se concilier.

Dans les faits, l’horizontalité se résume généralement à la démocratie du micro-baladeur. Une des organisations un temps emblématiques du renouveau, ATTAC, fonctionne sur un mode remarquablement anti-démocratique, et la règle du consensus résistera toujours mal à un désaccord de fond.

Expertise


La contestation contemporaine se méfie des théories générales, mais il lui faut ses experts : spécialistes en économie, géographie, sociologie, écologie, droit, etc., sans oublier les indispensables organisateurs professionnels (abordés au paragraphe suivant).

L’ancien mouvement ouvrier et socialiste, stalinien surtout, sélectionnait des dirigeants, de préférence d’origine ouvrière, incarnant en eux la lutte de classe à la façon d’un travailleur intellectuel collectif synthétisant tout le passé et le présent du prolétariat et de l’humanité. Maurice Thorez faisait autant autorité en matière culturelle qu’en stratégie politique. Maintenant, il n’y a plus de place pour un savoir total porté par un parti de classe: l’expert ne l’est que dans son domaine.

Inévitablement, la perte de la totalité suscite de nouveaux spécialistes : experts en complexité, en pluralité, en transversalité, en contextualisation, affairés à gérer la coexistence d’identités concurrentes, autant alliées que rivales.

Une tâche primordiale de ces « bons » experts est de réfuter les « mauvais », ceux de l’État ou du MEDEF, jugés malhonnêtes, partisans ou incapables, mais des deux côtés, il s’agit d’être réaliste, de prouver chiffres en main qu’un autre budget, une gestion alternative ou un meilleur accord de l’UNEDIC serait possible.

Profession : radical            

Quand le mouvement ouvrier et socialiste ressemblait à une contre-société, il entretenait ses propres professionnels : journalistes, permanents, gestionnaires d’associations, de coopératives, etc. La démocratie parlementaire se doublant aujourd’hui d’une démocratie sociale, les pouvoirs publics ou parapublics et une myriade d’organismes privés jouent un rôle intégrateur et pourvoyeur d’emplois : des pays aussi différents que la France et les États-Unis développent l’un et l’autre les associations, « le social », les ONG et une nuée de médiateurs. Le travail social devient une arme politique, et l’école un secteur d’intervention, de même l’entreprise : des intervenants y viennent dénoncer le sexisme, le racisme ou l’homophobie, sans se rendre compte qu’ainsi ils renforcent les lieux où se reproduit ce qu’ils prennent pour des préjugés.

Une démocratie sociale se devant de comprendre ses contradictions, une armée de chercheurs se penchent sur les conflits, grèves, émeutes, théories radicales, groupes gauchistes… Il s‘écrit ici un mémoire sur les trotskystes en Moselle, là sur les exclus de l’IS. Rien n’est neutre : les maths fournissent le trader en algorithmes, l’ornithologie contribue à fabriquer de futurs super-soldats.2 Si le 19e siècle a inauguré la sociologie des foules, aujourd’hui la police est partenaire de la recherche en science du contrôle des masses.

L’étude se combine à la pratique. L’expertise technico-sociale donne lieu à une gamme variée d’emplois, appelés movement jobs en Angleterre : « organisateur » salarié d’un syndicat, conférencier professionnel sur le racisme en tournée dans les écoles, chercheur anti- discrimination financé par l’Union Européenne, sociologue travaillant en entreprise pour aider à résoudre les conflits, magazine ou colloque radical subventionné par des fonds publics ou privés, celui par exemple de la Fondation Rosa Luxembourg dépendant de Die Linke, etc. « Une fois que les frontières entre l’engagement politique et la façon de gagner de l’argent sont devenues floues, il devient impossible de faire la différence entre ce que les gens pensent et ce qu’ils expriment pour des raisons professionnelles.»3

Le révolutionnaire professionnel d’antan était payé par le parti: l’État ou un organisme privé le salarie ou subventionne aujourd’hui, arrangement inacceptable par les militants des années 70. Le rejet des partis a progressé, celui de l’État a reculé.

Le nouvel esprit du militantisme est d’ailleurs conforme à une image fort répandue du capitalisme contemporain, qui serait formé de réseaux décentralisés en unités chacune organisée autour d’un projet et fonctionnant quasiment en autonomie. Ce néo-capitalisme appellerait un nouveau type d’action calqué sur le même mode : chaque groupe activiste agirait avec son objectif, horizontalement, sans hiérarchie, pour ensuite seulement se coordonner avec d’autres. « Le bureaucrate est remplacé par le manager. Plus libertaire, il insiste sur l’autonomie et la responsabilité individuelle. Mais il impose les normes du capital avec l’efficacité, la rentabilité, la performance. » 4 L’absence de hiérarchie entre groupes n’empêche pas la possibilité d’une hiérarchie à l’intérieur de chacun, même s’ils sont informels.                                      

Activité, activisme… et militantisme    

Participer à un mouvement social, petit ou grand, 15 heures par jour pendant plusieurs semaines, c’est vivre une activité intense. L’activiste, lui, croit indispensable et possible d’entretenir en permanence une action subversive. D’ailleurs la théorie également a ses activistes, pour qui leur écriture est une condition nécessaire de la révolution.

Quoiqu’il se dise rarement militant et ne sacrifie pas sa vie à la politique, l’activiste contemporain a pour idéal d’être de toutes les actions, toutes les manifs, toutes les occupations, pour y rappeler chaque fois la permanence de la lutte de classes et l’exigence de la révolution. Or, agir à tout prix conduit à intervenir là où l’on n’a aucun point commun effectif avec l’objet visé, donc à se trouver extérieur à la lutte à laquelle on veut participer. Reste à inventer des palliatifs pour y entrer malgré tout.

Vouloir absolument parler à un monde qui reste sourd aux sollicitations, conduit à crier pour se faire entendre, à en rajouter, à miser sur la volonté, à interpréter toute situation comme une urgence : l’action décolle de la réalité alors qu’elle s’imagine en plein dedans. C’est cette séparation qui caractérise le militantisme (non des comportements sacrificiels qui sont accessoires). Avec pour effets : routine, contrainte, spécialisation, voire hiérarchie… la politique commence à ressembler à un travail.

Évidemment, il existe des degrés, une zone grise où l’acharnement à agir dérive vers l’activisme “militant” sans en être.

Les faiblesses du mouvement lui sont imposées par la situation. Notre intention n’est pas de tracer une démarcation entre militant limité et révolutionnaire authentique. Un groupe de chômeurs en lutte qui tient une table de presse hebdomadaire devant la CAF, et aide à régler des problèmes administratifs, glisse-t-il sur la pente du militantisme ? Que dire de camarades qui créent une bibliothèque pour dynamiser un quartier et favoriser les solidarités présentes et futures ?… Tout dépend du devenir de cette lutte et de ce quartier.

Cyber-activisme

Un trait commun du milieu radical, c’est de croire que mondialement les prolétaires vivent de plus en plus mal tout en luttant de plus en plus : si « la révolution » n’arrive pas, qu’est-ce qui manque ? Pour beaucoup, ce sont les liens qui font défaut : il s’agit donc d’y contribuer. Non pas en créant le noyau d’un futur parti, simplement en favorisant l’organisation, et d’abord en promouvant les sources et les canaux d’information.

Les médias c’est nous, entend-on souvent. Ô combien ! Le cyber-activisme fonctionne sur le même modèle que les médias. Simplifier, grossir, répéter : un journaliste résumait ainsi la presse dite populaire. Hélas ce slogan anime plus d’un site à ambition révolutionnaire. A la manière des reportages aujourd’hui visibles sur des écrans omniprésents, le lecteur-spectateur est mis devant un défilement incessant d’événements tous aussi essentiels les uns que les autres, alors même que leur infinie succession atteste leur caractère éphémère et les vide de sens.

« Rien à voir avec la télé ! », nous dira-t-on, « car ici le spectateur est aussi acteur : nos sites interactifs montrent des gens qui s’informent mutuellement et interagissent entre une grève à Turin et une émeute à Manille… ! »

Il va de soi pour les participants à une action d’en diffuser les images, notamment sur les réseaux sociaux. Mais à supposer – cas exceptionnel qui dépend très peu de nous – que les grévistes turinois communiquent avec les émeutiers manillais, la question serait l’effet possible de cet échange sur leurs luttes respectives.

Cette question, le cyber-activisme ne se la pose pas, car il partage l’illusion que communiquer, c’est agir.

Pire, voulant battre les médias sur leur terrain, le média radical les imite : urgence systématique (donc obsolescence inévitable), répétition, accumulation, sensationnalisme par recherche du fait frappant et de l’image-choc, qui en général ne signifie rien. Que prouve la photo d’un visage ensanglanté ?

Ce que le cyber-activisme a de positif (l’information transmise, les liens entretenus) est en grande partie stérilisé par son fonctionnement : il nous fait vivre dans la représentation d’un monde en perpétuelle révolte, sinon en insurrection, un monde fantasmatique, véritable univers parallèle digne des romans de Philip K. Dick… mais mieux vaut ne pas trop confondre fiction et révolution.

Auto-école & vulgarisation


Au fond du militantisme, on retrouve la foi en l’éducation forcément libératrice.

École de parti, université d’été, stage, manuel, abrégé… aujourd’hui comme hier, le militant reste un éducateur, qui suit les modes éducatives de son temps. Fini le cours magistral, l’école contemporaine place l’élève « au centre du projet éducatif ». On ne bourre plus le crâne, on met en autonomie, on aide l’apprenant à « devenir sujet » en le laissant trier une profusion de données et d’opinions, sur papier ou sur écran, grâce notamment aux innombrables conférences en ligne sur Youtube.

On corrige les comportements du militant, et on lui apprend à se corriger seul, contre le vocabulaire patriarcal par exemple. Une vidéo explique comment débattre, une brochure comment parler avec une femme sans lui couper la parole.

Malgré tout, si moderne soit-il, le pédagogue ne peut s’empêcher de penser à la place de son élève et, pour lui, enseigner revient à vulgariser.Devant une idée, la première réaction du militant est de se demander comment il pourra l’utiliser. Il « instrumentalise » la théorie.

Quand, au printemps 1847, Marx faisait devant des ouvriers les exposés publiés ensuite sous le titre Travail salarié & capital, il ne résumait pas les thèses des socialistes d’alors. Il les synthétisait en essayant de les comprendre pour que le mouvement les dépasse. Au contraire, les sites qui s’attachent à présenter les bases du marxisme (ou de l’anarchisme), les concepts critiques fondamentaux, l’analyse de la crise, etc., répètent ce que l’on sait déjà, le confirment, réduisant la compréhension à son plus petit commun dénominateur, à ce qui semble acquis, évident, dénué d’enjeu théorique ou pratique. Le lecteur savait que le salarié était exploité, et se doutait que la finance n’est pas la cause profonde de la crise : on vient maintenant de lui en fournir la démonstration. Comme à la fac, il y a une coupure entre « enseignement » (pour la masse) et « recherche » (pour ceux qui lisent les textes réputés difficiles).

« D’où parles-tu ? »…

… aurait-on demandé autrefois.

Le jeu de massacre n’a aucun intérêt. Nous ne nous croyons pas plus malins que le voisin, ni n’imaginons dépasser les contradictions de la critique radicale par la magie d’une dialectique qui prendrait ce qu’il y a de bon chez chacun (l’énergie de l’un, le souci d’informer de l’autre, la reproduction de vieux textes chez le troisième…), en se gardant des défauts rédhibitoires présents chez tous.

En tout cas, n’espérons pas construire aujourd’hui l’organisation qui sera prête demain quand « ça va péter ». Rester disponible, c’est souvent le mieux que l’on puisse faire, en s’informant, mais sans nez collé à l’écran, en agissant, mais pas forcément tous les jours. Dans la nécessaire diffusion des informations et thèses radicales, informations et thèses elles-mêmes n’ont pas plus d’importance que les liens tissés par leur circulation, liens utiles un jour, mais qu’il serait impossible et vain de formaliser aujourd’hui. Si l’inertie collective est un obstacle à la révolution, certains types d’action peuvent aussi entretenir la passivité.

Comme le dit un proverbe prolétarien, « ce ne sont pas les révolutionnaires qui feront la révolution, mais la révolution qui fera les révolutionnaires ».

G.D.


1 Trois ans plus tard, l’OJTR (Organisation des Jeunes travailleurs Révolutionnaires) publiait une Suite retraçant la genèse du texte et sa propre histoire, et expliquant qu’en 1972, alors très influencée par le conseillisme, elle avait mal perçu « le caractère néfaste de la conception démocratique-conseilliste-autogestionnaire»: « Le principe constitutif de la démocratie c’est la séparation entre la décision et l’exécution. Des groupes comme « Socialisme ou barbarie » et à la suite « Internationale situationniste » se sont à la fois réclamés de la démocratie et de l’abolition de cette séparation. C’était vouloir concilier l’inconciliable. » Brochure Suite disponible sur le site de Claude Guillon.

2 Le Bruant à gorge blanche (Zonotrichia albicollis) étant capable de voler des jours sans dormir, l’US Army s’intéresse à lui, dans l’espoir de créer des soldats n’ayant plus besoin de sommeil. (Le Monde Diplomatique, juin 2014)

3 Wildcat, # 96, 2014: Profession and Movement. The Aufheben Scandal (wildcat-www.de)

4 Lilian Mathieu, Un “nouveau militantisme” ? A propos de quelques idées reçues, 2008 (www.contretemps.eu)
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 13 Aoû - 15:03


pauvre prolétariat, tout le monde t'abandonne, te voit où tu n'es pas, ne te vois pas où tu es, tué ?


le mot paraît si désuet, hors de son utilisation normative par de so called marxistes qui la plupart en sont restés à des définitions sociologiques ou abstraitement conceptuelles ne correspond plus à ses réalités complexes d'aujourd'hui

pourtant, ici ou là, il resurgit, comme dans cet article du Figaro d'aujourd'hui

Pierre Jova a écrit:
alors que les mouvements palestiniens marxistes ont disparu, dissimule mal un calcul électoraliste, servi par une idéologie douteuse: celui de voir dans la cause palestinienne un moyen de s'attirer les faveurs des musulmans, prolétariat de substitution.

laissons au "causeur" Pierre Jova la responsabilité de son propos. Il relève à juste titre la tendance à gauche de la gauche, comme au Parti des indigènes mais pour des raisons plus compréhensibles (cibles ?), à confondre cause prolétarienne antiraciste, anticolonialiste et anti-impérialiste avec cause religieuse de défense des musulmans contre l'islamophobie, assignation de tous les arabo-berbères et orientaux à être pro-Islam ou à ne pas être

mais il n'en demeure pas moins que les Palestiniens sont en masse, à Gaza comme dans les zones occupées et même en Israël, des prolétaires. À ce titre, ils méritent notre soutien, évidemment, contre leurs ennemis de classes, qu'ils soient israéliens, palestiniens du Hamas ou du Fatah, américains ... ou français à Paris-Plage = Tel-Aviv sur Seine



Derrière la polémique Tel Aviv sur Seine, la réalité tragique du conflit israélo-palestinien Pierre Jova 13/08/2015  


10 août 2015 - soldats israéliens patrouillant dans le village de Beni Netzarim

Pierre Jova revient sur la polémique Tel Aviv sur Seine: si celle-ci lui apparaît stérile, il rappelle les véritables enjeux du conflit israélo-palestinien.


Pierre Jova est journaliste. Il écrit notamment pour Causeur et Cahiers libres [plus identitaire de souche, tu meurs...]

Pierre Jova a écrit:
Faut-il qu'il ne se passe rien dans le monde pour se passionner au sujet de «Tel-Aviv sur Seine»? Ce jumelage organisé par la Mairie de Paris, dans le cadre de l'opération de divertissement officiel «Paris-Plages», ne méritait à première vue qu'un haussement d'épaules. D'ailleurs, Tel-Aviv ressemble à certains égards à la capitale française: c'est une «bulle» déconnectée du reste de son pays, Israël, artiste et branchée, où il fait bon vivre, et où la légèreté des moeurs côtoie la liberté d'esprit. C'est également un bastion fortifié de la gauche, laïque et gay-friendly.

Mais la fête prévue par la Mairie de Paris a été gâchée. La nébuleuse pro-palestinienne s'est empressée de réclamer l'annulation de l'événement, réactivant un duel devenu familier en France, contre les avocats d'Israël. Les deux camps ont la petitesse en partage, et empêchent toute nuance d'éclore. Il y a de quoi désespérer de ce jeu de rôles.

Oui, l'agression et le boycott de la moindre initiative mêlant des Israéliens, est grotesque, comme si toute une nation était frappée du sceau de l'infamie. Après Tel-Aviv sur Seine, qu'interdire? Asaf Avidan? Les Voca People? Les oranges de Jaffa?

Oui, les «Pro-Pal» [Pro-Palestine] font dans l'indignation sélective. Ils se soucient peu du sort des chrétiens d'Orient, dont les orthodoxes et catholiques palestiniens font pourtant partie. La tendresse de la gauche radicale envers Gaza a de quoi laisser songeur. Les meetings du PCF et du PG comptent plus de drapeaux palestiniens que de drapeaux français, ou encore rouges. Comme si la Palestine occupait militairement la Fête de l'Huma. Cette excitation romantique obsolète, alors que les mouvements palestiniens marxistes ont disparu, dissimule mal un calcul électoraliste, servi par une idéologie douteuse: celui de voir dans la cause palestinienne un moyen de s'attirer les faveurs des musulmans, prolétariat de substitution.

Cette islamisation du mouvement pro-palestinien en France est la véritable raison du soutien apporté par les criards de la droite azuréenne et le Front national à Festivus-Plages.

Sur le terrain, dans la rue, le sort des Palestiniens cristallise la solidarité que tout musulman doit exercer envers ses frères de l'Oumma, la communauté islamique mondiale. Cette islamisation du mouvement pro-palestinien en France est la véritable raison du soutien apporté par les criards de la droite azuréenne et le Front national à Festivus-Plages. Un soutien maladroit, mais de plus en plus efficace, au vu du sentiment changeant de la communauté juive à l'égard de l'entreprise familiale Le Pen.

Face au sectarisme des «Pro-pal», la mauvaise foi le dispute au cynisme chez beaucoup de leurs adversaires. On balaye d'un revers de la main ce qui suscite le courroux qui poursuit les Israéliens: l'absence cruelle d'un Etat palestinien, miné par la colonisation. On ressort toujours l'argument du Hamas, ce monstre à sept têtes et dix cornes, qui justifie l'emploi de la force.

Festivus-Plages ne règlera pas le conflit israélo-palestinien. Tout comme toutes les petites fêtes, cérémonies oecuméniques, agapes internationales, qui s'évertuent à faire vivre le cadavre des accords d'Oslo.

Il serait facile de renvoyer les deux camps dos à dos. Commençons donc par déconstruire leur mythique dispute: Festivus-Plages ne règlera pas le conflit israélo-palestinien. Tout comme toutes les petites fêtes, cérémonies oecuméniques, agapes internationales, qui s'évertuent à faire vivre le cadavre des accords d'Oslo. Conclus en 1993-1994, ces accords avaient pour mission de faire émerger deux Etats pour chaque peuple. Comme l'écrit judicieusement le correspondant du Monde à Beyrouth Benjamin Barthe, cette grille de lecture est tout simplement «périmée». Oslo est mort, étouffé par la colonisation effrénée de la Cisjordanie. Les dirigeants

Oslo est mort, étouffé par la colonisation effrénée de la Cisjordanie.

israéliens auront refusé jusqu'au bout la création d'un Etat palestinien. Depuis 2009, avec l'équipe de choc de Benjamin Netanyahu, il n'en est même plus question. Alors qu'il serait dans l'intérêt d'Israël, devant le danger potentiel d'une pression démographique arabe importante, de susciter un Etat palestinien indépendant.

Faucon converti au pragmatisme, comme son camarade de combat Meir Dagan, ex-chef du Mossad, feu Ariel Sharon avait parlé dès 2003 de «concessions douloureuses» territoriales à accomplir: «Il est clair que dans le futur nous ne serons pas dans tous les lieux où nous sommes actuellement». Depuis, cette volonté est restée lettre morte. Au contraire, 350 000 colons israéliens occupent plus de 40 % de la Cisjordanie. Il est à craindre qu'il n'y aura jamais deux Etats. Israël se dirige vers une annexion de facto, laissant quelques enclaves palestiniennes de côté.

Il est à craindre qu'il n'y aura jamais deux Etats. Israël se dirige vers une annexion de facto, laissant quelques enclaves palestiniennes de côté.

Dans ces conditions, il est nécessaire, pour tous ceux qui s'intéressent au conflit israélo-palestinien de renouveler leur regard. Il ne s'agit plus de réconcilier deux nationalismes, deux projets d'Etats, mais de favoriser la coexistence entre Israéliens et Arabes, condamnés à vivre ensemble, sous la tutelle d'un Etat juif, mais démocratique. Cela passe par une refondation de la société israélienne, elle-même fracturée entre religieux et laïcs. Cet espoir bute cependant sur la dureté de la droite au pouvoir à Jérusalem. Par son intransigeance envers les Palestiniens, elle a permis l'avènement du Hamas. Ce dernier, pourtant implacable, est aujourd'hui menacé dans son propre fief de Gaza par des groupes salafistes qui le jugent trop modéré, et ambitionnent d'ériger une nouvelle tête de pont de l'Etat islamique. Les sbires de Benjamain Netanyahu peuvent continuer à blâmer le Hamas, le premier ministre israélien a tout de même engagé une coopération discrète avec le régime islamiste de Gaza contre cette nouvelle menace. Israël et le Hamas, alliés contre Daech: qui l'eût cru?





voir Grâce à Anne Hidalgo, Paris capitale de l’apartheid israélien
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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Jeu 13 Aoû - 15:49

un solitaire a créé un sujet de discussion

le beauf, le prolétariat et le marxisme Solitude(s).fr

Azerman a écrit:
Doit je définir le beauf ? nous avons tous une vague idée de ce que c'est un beauf , et je trouve qu'il est étonnant que les partis crypto-marxiste ne cesse de mépriser les beaufs au profit des jeunes bobo gauchiste en quête de conscience et dont on peut se risquer en disant qu'il ne sont que des bourgeois en devenir .

La majeur partis des beauf sont des prolétaire alors pourquoi ce mépris de la par des c'est partis cryto-marxiste (front de gauche , pcf , NPA , lutte ouvrière (désolé Arlette ) ect ...?
Pourtant dans les années glorieuse du pcf les beaufs etait communiste qui avait conscience de leurs statut de prolétaire et le partis recruter tout les beaufs a bras ouvert .
Quels sont les raisons de cette exclusions des beaufs , comment les réintégrer dans les courants crypto-marxiste ? doit on les réintégrer dans les courants crypto-marxiste ? ou sont les beauf actuellement ? pourquoi sont il la ? pourquoi on t'il quitté les partis crypto-marxiste ?



le communisme est la jeunesse du monde

dans la discussion, on s'interroge sur ce qu'est "le beauf". Chacun ses beaufs comme ses cons, dit Raton. Je laisse passer les beaufs, pour pisser sur les "Ploucs", au sens de Guy Debord... Il se distinguent des "beaufs" par le fait qu'ils ne sont jamais considérés comme tels, et considèrent généralement les prolos comme des beaufs. À cet égard, j'ai trouvé plus de mépris des prolétaires dans la post-ultragauche que nulle part ailleurs, et je ne pense pas qu'Azerman ait raison concernant particulièrement Lutte Ouvrière (c'est un métier, à Lutte Ouvrière, d'être lutteur ouvrier ou lutteuse ouvrière, à taille de guêpe...), et même le PCF, bien qu'il n'aient plus qu'une faible proportion d'ouvriers adhérents, sinon même électeurs


liste LO pour les municipales à Rennes, 2014

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 14 Aoû - 20:59

Engels a écrit:
à Paul Lafargue « Nous ne vous avons jamais appelés autrement que " the so-called marxists " et je ne saurais pas comment vous désigner autrement. Avez-vous un autre nom tout aussi court, dites-le et nous vous l’appliquerons avec plaisir et dûment. » »
Maximilien Rübel a écrit:
Marx, lors d’un voyage en France, communiqua à son ami son impression sur les querelles socialistes aux congrès simultanés de Saint Etienne (possibilistes) et de Roanne (guesdistes), en automne 1882. Les marxistes " et les "anti-marxistes ", écrivait-il, ces deux espèces, ont fait leur possible pour me gâcher le séjour en France (à Engels, 80 septembre 1882).


il se trouve que Roanne est ma ville de naissance et de jeunesse jusqu'au bac. Je passais chaque jour, à vélo, par une rue Élisée Reclus, un nom qui sonnait 'élizèrclu' depuis avant que je ne sache lire. Je n'ai su que bien plus tard qui était Élisée Reclus, mais tout contribua à ce que j'ai pour lui plus qu'un faible...

quant à cette rue, je ne sais pas si c'est ici que se tenaient les réunions du type évoqué par Marx à Roanne ou Saint-Étienne. Elle est située effectivement dans un quartier central de la ville historique, loin des faubourgs ouvriers. Roanne, qui dans les années 60 était encore très industriel (métallurgie, textile, chimie...), et ouvrier dans ma jeunesse, et c'est par là que ma mère avait été ouvrière à la fin des années 40, avant ma naissance




usine d'armements 1916

Papeteries Navarre




1930


1950


2000

mai 68 à Roanne

il n'y avait alors pas de niveau universitaire, au-delà des lycées,
dont celui technique avec un collège les usines en ouvriers et techniciens...
forte population ouvrière tant féminine que masculine








près de "chez moi", en 2014
Citation :
Colère des 58 salariés de l'usine textile Bel Maille, installée à Riorges. Jeudi 16 octobre, le tribunal de commerce de Roanne a prononcé la liquidation judiciaire de l'entreprise, avec un arrêt de l'activité à compter du lendemain,12h. Les salariés ont décidé d'occuper le site.

Un seul projet de reprise, émanant d'un groupe tunisien avait été présenté au tribunal de commerce. L'offre, qui prévoyait de conserver la moitié de l'effectif, a été jugée "irrecevable", car elle comportait de nombreuses insuffisances sur les plans juridique et économique






Usine de la rue de Clermont
(là habita plus tard ma famille maternelle,
le côté paternel étant de l'Allier, métayers puis cheminots...)


atelier de teinture


Dans les années 1930
(c'était à quelques centaines de mètres de chez moi,
je passais devant pour aller à l'école)

Citation :
Le déclin du tissage roannais et de l'ennoblissement débuta vers 1965 avec la fermeture des marchés coloniaux. - 30 % de la production, note Yves Delorme dans l'ouvrage Roanne: un passé, une ville, une histoire (2002). "Ainsi, ces énormes manufactures connurent le déclin et, pour la majorité, la disparition", poursuit Yves Delorme.  

En 1973, 24 598 hommes et femmes travaillaient le secteur textile (tissage et annexe et maille-confection). En 1982, ils étaient 16 262 (-7843). France Rayonne (Rhône-Poulenc Textile depuis 1971) emploie alors 340 salariés, contre 726 en 1975. Cette usine, construite en 1926, en son temps une des plus grandes d'Europe, spécialisée dans le textile artificiel à partir de pâte de bois, ferma ses portes dans les années 80.

En 2003, avec 32 % des emplois industriels dans ce secteur (285 établissements et 5187 salariés), la région roannaise avait encore la particularité d’accueillir des entreprises de l’ensemble de la filière textile-habillement : tissage, tricotage, teinture, ennoblissement , impression, broderie, sérigraphie, création (données CCIR).

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Ven 14 Aoû - 22:18

ma rage contre les intellos "marxistes" de tous bords et débords, je la tiens non seulement de mon intérêt pour les «autres», mais de mes origines sociales, rage de classe, pas posture pro-prolétarienne plein la bouche de la part de qui n'en vient pas, et saute à pied joint du programmatisme comme victoire ouvrière à la négation du prolétariat... rejoignant en miroir tous les petits-bourges 68-tard qui, en fait, ont toujours eu la haine des prolos, la haine des partis "staliniens" dont ils n'ont conservé que les méthodes, haine des militants ouvriers, haine des ouvriers traîtres à leur idée de la révolution, ou beaufs tous justes bons à se bourrer la gueule... comme moi

et vint la prolophobie racialiste...

les nouveaux "jaunes" blancs universels sont arrivés, avec le jaune demi-nègre Yves Coleman, néo-cons' ultragauchiste

des trois côtés, - classe, femmes, 'race' -, les indigènes vont niquer le capital et ses faux ennemis, dont la post-ultragauche anarchiste de mes deux !

vive le marxisme féministe et décolonial !


à qui trouve que je suis dur, je répondrais que je ne vois pas pourquoi je serais plus tendre avec eux qu'avec mes anciens "camarades" du PCF, alors que dans leur masse, ils étaient moins staliniens dans leurs pratiques, et pour certains avaient plus de légitimité à parler de prolétariat en connaissance de cause, et de communisme pour lequel ils se battaient réellement, sans chier au monde entier des pendules théoriques en retard d'un train de marchandises


Bourrins à rebours

Sonnet, 6 mai 2003

Voilà les vieux chevaux de re-
tour qui cherchent la horde pour
Ne pas mourir idiots dans leur
Tour d'y voir en miroir des sourds

Galopez faux cons malheureux
Du rien d'un mot pris pour l'amour
De vivre Aussitôt morts de peur
Au remord compris à rebours

Bourrins bourrés aux idées prudes
Assoiffés de vos certitudes
Prenant les trous de vos sabots

Pour les allées de l'avenir
Quand nul n'oserait pourtant dire
Que vos désirs sont encor beaux




Picasso, Staline (négatif), 8 mars 1953

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MessageSujet: Re: PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?   Sam 15 Aoû - 2:54


c'est normal, c'est normand


Normanville (Eure) : un patron ferme son entreprise en cachette de ses ouvriers Marianne Skorpis 12/08/2015

Le patron d'une entreprise de Normanville, à côté d'Evreux (Eure), a vendu ses machines et son stock pendant les vacances de ses quatre salariés. Ils l'ont appris par hasard.


Citation :
Ils ont appris la nouvelle par hasard. Les salariés de l'entreprise Eurometal Ceilings, basée à Normanville près d'Evreux (Eure), ont découvert lundi 10 août 2015 que leur patron avait vendu toutes ses machines et son stock. Tous les quatre étaient en vacances et c'est l'un d'entre eux, en passant par hasard devant les locaux, qui a aperçu une grue transportant des machines. Leur patron les avait vendues à une entreprise du Nord de la France la semaine précédente.


Les relations entre le dirigeant et ses salariés étaient déjà mauvaises. Seul contact entre eux depuis la mauvaise nouvelle : une lettre demandant aux ouvriers de ne pas se présenter à l'entreprise le 31 août, date à laquelle ils devaient reprendre le travail. La société, spécialisée dans la vente de plafonds métalliques, avaient d'importantes difficultés financières et ils le savaient, car ils étaient au chômage partiel depuis près d'un an. Elle a fait un chiffre d'affaires de plus d'un million d'euros en 2014.



extraits de presse

Le Parisien
Citation :
Philippe Vivier, maire de Normanville, s'indigne : « C'est honteux et révoltant d'agir de la sorte, un patron n'a pas le droit de procéder ainsi, il doit prendre ses responsabilités et avoir au moins le courage d'en discuter avec ses salariés. »

Les quatre employés, quant à eux, sont amers, découragés et réfutent en bloc et collégialement les propos du patron. « Il nous disait qu'on allait finir à la soupe populaire, il nous traitait avec le plus grand mépris, n'ayant aucune considération pour nous. Dommage car, si des difficultés financières existaient, nous avons réalisé tout de même un chiffre d'affaires d'1 M€ l'an dernier », regrette Thierry Haucourt qui, comme ses collègues, s'inquiète pour son avenir et aurait préféré « apprendre d'une façon plus humaine et plus franche que l'entreprise allait mettre la clé sous la porte ». Il conclut, avec une pointe d'humour dissimulant mal son écoeurement : « Drôles de vacances pour nous et nos familles. Là, le plafond nous est vraiment tombé sur la tête. »



Citation :
Qui sommes-nous ?

EUROMETAL Ceilings : Acteur incontournable dans le domaine de la fabrication de bacs et cassettes pour faux plafonds métalliques depuis plus de 13 ans.

EUROMETAL dispose de moyens actuels et performants ce qui permet d’être toujours compétitif :

•Ligne de déroulage avec intégration de poinçonnage et encollage
•Centre CN de poinçonnage
•Centre CN de pliage
•Plieuses CN


De plus un stock conséquent de bobines de tôle permet une forte réactivité et d’offrir un délai court à nos clients.
Expéditions quotidiennes sur Paris et région Parisienne.
De part son expérience et celle de son équipe EUROMETAL maîtrise l’ensemble de ses procédés de production et accompagne ses clients dans leurs projets en faux plafonds métalliques.

EUROMETAL CEILINGS s’adapte à vos besoins:
Fabrication à la demande de 50m² à 35 000m²

Nos produits s’adaptent à vos contraintes techniques et esthétiques (voir catalogue en ligne).

Où sommes-nous ?

Depuis Paris : Prendre A13 sortie Evreux.


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MessageSujet: prolétaires mais femmes, femmes mais prolétaires   Sam 15 Aoû - 22:08


sans y prendre garde, on rangerait, même ici, les femmes chez les femmes, les hommes ouvriers chez les prolétaires, les prolétaire de couleurs chez les colonisés, et l'on repartirait pour un tour de passe-passe

prolétaires mais femmes, femmes mais prolétaires, nous y revoilà... et de quoi en découdre doublement, sans fil à la patte domestique



Ouvrières, du fil à retordre Yannick Ripa  12 août 2015


CRITIQUE A travers divers témoignages, un retour sur l’essor de la lutte des femmes embauchées à partir des années 70 dans les grandes entreprises.


Des ouvrières de Lejaby, en 2012 à Yssingeaux (Haute-Loire)

Yannick Ripa a écrit:
«L’ouvrière, mot impie», vitupérait dès 1859 Michelet, avant que Zola n’immortalise le prolétariat de la grande industrie du XIXe siècle, son exploitation sans limite et sa misère. Dans l’imaginaire collectif, la prégnance de ce monde ouvrier et celle de la figure de l’ouvrière - «la prolétaire du prolétaire»  - semblent avoir recouvert la réalité du proche XXe siècle. C’est à la génération de femmes entrées en usine dans l’après-Mai 68 et licenciées à la fin des années 90 que s’intéresse cette étude, issue d’une thèse qui s’inscrit dans le renouvellement de l’historiographie ouvrière et sa prise en compte du genre.

Une entreprise salutaire car peu se rappellent que, dans les années 70, synonymes au féminin de libération, des ouvrières étaient soumises à une discipline qui évoquait le couvent et les ateliers des prisons, expression de «l’ordre patriarcal» qui recourait même à des humiliations, voire à des violences sexuelles. Celles-ci s’enracinent dans un postulat séculaire : les ouvrières, majoritairement jeunes et célibataires au moment de leur embauche, sont des «filles faciles». Elles le seraient non seulement dans le sens prétendu mais par leur supposée docilité : ces nouvelles salariées d’une industrie - Chantelle à Saint-Herblain, Moulinex à Alençon - qui décentralise ses usines de taille moyenne dans des campagnes, seraient sans tradition de lutte ouvrière et épargnées par le vent contestataire de 68. Le néopaternalisme pense avoir trouvé le terreau pour se déployer sans obstacle, convaincu de l’adaptation naturelle des femmes au travail répétitif d’OS. C’était penser que «l’insubordination ouvrière» qui se développe alors n’atteindrait pas les ouvrières, par leur manque d’esprit de résistance, y compris dans les usines au salariat mixte.

Or, le jeu de mots du titre, En découdre, annonce, au contraire, leur capacité à transformer en affrontements pugnaces leur rapport traditionnel, voire «naturel», à la passive couture qui leur ouvrit les portes de l’industrie textile, où elles demeurent majoritaires. Si les témoignages, source très précieuse, confirment que ces employées étaient au début démunies face au pouvoir des chefs, ils dévoilent leur rapide compréhension du fonctionnement de l’usine et la capacité des «filles» - comme leurs supérieurs les nomment - à subvertir l’ordre établi, contraignant même les syndicats à remettre en question leur appréhension du féminin, à se défaire, par exemple, de la notion de spécificité féminine longtemps défendue par la CGT. Car les femmes doivent se battre, comme les ouvriers, contre les normes de classe, mais aussi contre celles du genre, si misogynes.

Si l’articulation entre ces deux composants complexifie le militantisme syndical, dominé par des hommes dans un modèle masculin, il renforce un sentiment identitaire propre à souder les ouvrières. Elles tirent de cet entre-femmes qu’est l’usine un réel bien-être, qui atténue la dureté de leur vie ; anniversaires, fête des catherinettes, complicités, confidences, plaisanteries, parfois osées, allègent la pression patronale et familiale et accordent un temps à soi. Or, en charge de la double journée de travail, les ouvrières additionnent le temps du travail et le temps de travail ; le discours de la conciliation entre vies professionnelle et familiale construit sans elles, ne s’adresse qu’à elles. Il les a exclues depuis 1892 du travail de nuit, une interdiction entrée en contradiction avec les directives européennes sur l’égalité de traitement des hommes et des femmes de 1976.

L’articulation équilibriste entre les deux discours ne modifie que le rythme de vie des travailleuses (travail de nuit, évolution des horaires, temps partiel et flexibilité). Cet éclatement du temps des femmes desserre leurs liens, alors que des décennies durant elles ont eu le sentiment d’appartenir à une famille : cette usine est la leur et elles sont fières de leur production. Sa fermeture, en conclut cet ouvrage, n’est pas seulement la perte d’un emploi et d’un salaire, elle est dépossession d’un commun passé : la destruction d’une «famille» qui a «tout» partagé. Elles se nommaient les Lejaby, les Chantelle…

Yannick RIPA

[b]En découdre : Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société[/b] de Fanny Gallot La Découverte, 283 pp., 19,50 €.



4ème de couverture
Fanny Gallot a écrit:
Alors que depuis la fin des années 1990, le monde ouvrier revient sur le devant de la scène avec des luttes de plus en plus dures (occupations, séquestrations, grèves de la faim, menaces de faire « sauter l’usine », etc.), le rôle joué par les femmes a été passé sous silence. À la différence des hommes, elles ont souvent effectué leur carrière entière dans la même usine et subissent de plein fouet l’épreuve des restructurations ou de la liquidation pure et simple.

Qui sont ces femmes décidées à « en découdre » ? Ayant commencé à travailler après 1968, elles n’ont plus grand-chose de commun avec leurs mères : elles ne sont ni fatalistes ni résignées. Grâce à leurs combats, de nouvelles lois ont révolutionné le travail et, plus largement, la société. Elles ont obtenu d’être reconnues comme des salariée s à part entière, et non pas comme des subalternes devant se contenter d’un salaire d’appoint. Elles ont mis en cause le pouvoir des petits chefs disposant d’un quasi-droit de cuissage. Elles ont donné sa dignité au travail en usine jusqu’alors considéré comme dégradant pour une femme. Elles ont changé le fonctionnement syndical en refusant de tout déléguer aux hommes. Les syndicats ont été obligés de prendre en charge des questions comme la contraception, l’avortement ou le partage des tâches familiales.

Fanny Gallot s’est appuyée, entre autres, sur les témoignages précis des femmes engagées dans cette lente et profonde révolution. Elle raconte leurs histoires surprenantes et émouvantes, comme celles des ouvrières de Chantelle et Moulinex dont les luttes ont marqué l’actualité.



10 octobre 1993, les employées et syndicalistes de Chantelle manifestent au salon international de la lingerie,
à Paris, pour la survie du site de Saint-Herblain.




Les ouvrières en lutte, quand le genre trouble la classe entretien réalisé par Mehdi Fikri 11 Mai, 2015

Citation :
Le rôle des femmes dans les conflits ouvriers a souvent été passé sous silence. Dans son livre "En découdre" (1), la chercheuse Fanny Gallot interroge leur représentation, leurs pratiques militantes et montre comment leurs combats depuis 1968 ont changé le travail et la société.

Vous avez enquêté sur la condition des femmes ouvrières de 1968 à nos jours, ­notamment dans l’entreprise de lingerie Chantelle à Saint-Herblain et chez Moulinex à Alençon. Comment s’est ­opérée la « division sexuée du travail » que vous dénoncez dans votre livre ?

Fanny Gallot Les ouvrières sont placées dans une position subalterne et sont peu ou moins intégrées que les ouvriers dans la société. La concentration du travail féminin sur des secteurs tels que l’habillement ou le textile s’est appuyée sur un discours précis, légitimant cette domination. Le patronat prêtait aux ouvrières des qualités telles que l’habileté ou la précision. Des compétences supposées « naturelles » chez elles, et non acquises par la pratique. Tenir un tel discours, c’était déqualifier d’emblée leur savoir-faire. C’est « naturel » chez les femmes, donc on ne paie pas. On retrouve cette même notion sous différentes formes. Chez Moulinex – qui, c’est bien connu, « libère la femme » – on embauchait en masse des filles avec des CAP couture, pour des postes de fabrication électronique. C’était une garantie d’habileté, mais aussi l’occasion de les sous-payer. D’autant que le patronat considérait en plus que la force physique d’un homme valait plus que le savoir-faire d’une femme. Malgré les changements dans l’organisation du travail, au tournant des années 1980, la division sexuée du travail n’a pas fondamentalement changé.

Comment s’organise, pour les ouvrières, l’articulation entre travail à l’usine et travail domestique et quelle a été la position des syndicats sur ces problématiques ?

Fanny Gallot Pour elles, ces deux situations sont liées et forment un « continuum », placé sous le signe du stress et de la vitesse. Il y a une taylorisation du travail domestique comme du travail à l’usine. C’est un mode de vie difficile, où il faut se lever plus tôt et se coucher plus tard, s’occuper des enfants, des tâches domestiques et travailler à la chaîne. La sensibilisation des syndicats à la question des ouvrières s’est faite de manière progressive. Au début du XXe siècle, les syndicats étaient méfiants à l’égard du travail féminin, car les organisations craignaient que cela ne réduise le salaire des hommes. Il faudra attendre la création en 1955 d’Antoinette, le journal féminin de la CGT, pour voir la question féminine mise en avant. Au début des années 1970, la dirigeante CFDT ­Jeannette Laot participe au Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (Mlac), mais de manière individuelle et pas au nom de son syndicat. À la même époque, on voit apparaître les premières revendications syndicales contre « la double journée de travail » des femmes.

Quand le mouvement féministe prend son essor, comment est-il accueilli par les ouvrières ?

Fanny Gallot L’accueil est mitigé, les ­ouvrières ayant tendance à considérer les militantes féministes comme des « bourgeoises ». Ainsi, en 1993, quand des féministes ­réalisent un documentaire sur la mobilisation des Chantelle, les ouvrières sont déçues. Elles ont été ­simplement prises à témoin, devant la caméra. Elles ­auraient préféré que soient mises en images leurs ­actions militantes, leurs ­négociations avec les ­patrons et leurs réponses sur des questions stratégiques. Pour autant, on ne peut pas opérer de séparation nette entre les ouvrières et le mouvement féministe dans son ensemble. On ne peut pas tracer une limite en disant : « Là s’arrête le féminin et là commence le féminisme. » Dans les faits, les ouvrières ont activement porté des revendications féministes, telles que les « journées enfants malades » ou les congés pour les femmes enceintes.

Les luttes des ouvrières, au croisement du combat de classe et de la lutte de genre, ont-elles pris des formes spécifiques ?

Fanny Gallot Les luttes des ouvrières se sont construites sur des revendications de conciliation entre vie familiale et professionnelle, d’égalité des salaires avec les hommes, mais aussi sur des mots ouvriers généraux, comme l’amélioration des conditions de travail. On peut noter des particularités dans les formes de ces luttes. Chez Chantelle, lors de la grève entre décembre et janvier 1981, il y a eu des ­discussions sur la place des époux dans la lutte, des militantes étant mariées à des syndicalistes qui s’ingéraient dans la mobilisation. Lors des grèves Chantelle de 1993 et 1994, des mesures ont carrément été prises pour écarter ces maris. Par ailleurs, on peut aussi constater un autre point particulier : les luttes féminines, considérées à tort comme plus rares, sont très populaires. Ainsi, en 2012, les Lejaby ont vu venir à leur chevet Arnaud Montebourg et ­Laurent Wauquiez.

Vous parlez des stratégies de contournement, d’accommodement ou de résistance des ouvrières. Quelles sont-elles ?

Fanny Gallot C’est d’abord le fait d’envisager le travail comme un lieu de convivialité. L’usine n’est pas qu’un lieu d’oppression et les ouvrières sont contentes d’y aller pour y retrouver les liens d’amitié et d’entraide qu’elles ont tissés. C’est un endroit où elles racontent leurs week-ends, où elles font des blagues, parfois crues. Certaines m’ont raconté avoir ­détourné des chaînes de montage pour y faire passer des gâteaux lors des anniversaires. Pour les ouvrières, ces liens sont une manière de montrer que, non, elles ne sont pas des robots. Une autre stratégie indirecte sont les « crises de nerfs », comme on les appelait. J’ai été frappée par le nombre de grèves des années 1970 qui ont commencé par de telles crises. On en voit une, dans le film Coup pour coup de Marin Karmitz, où une ouvrière se met à hurler et envoie tout valdinguer. La « crise de nerfs », c’est à la fois une rupture involontaire produite par le mal du travail et un moment de lâcher-prise où l’on peut ouvrir une brèche contre la domination. À ce moment-là, une ­ouvrière pouvait contester l’autorité des cadres en étant sûre d’être protégée par ses collègues.

Vous pointez aussi le harcèlement sexuel et le « quasi-droit de cuissage » dont ­disposaient certains chefs…

Fanny Gallot On peut trouver l’origine de cette domination et ce contrôle sur le corps des femmes dans le stéréotype « fille d’usine, fille facile », apparu à la fin du XIXe siècle avec l’opposition au travail des femmes. Ce cliché sexiste a la vie dure et prospère jusqu’au XXe siècle. Chez Chantelle, par exemple, une leader CFDT, craignant que les grévistes ne perpétuent ce stéréotype, s’est élevée en 1980 contre le fait qu’elles chantent des slogans comme : « Au cul, au cul, aucune hésitation ! » Lors d’une prise de parole, elle s’indignait : « On n’est pas des filles d’usine qu’on culbute sur le bord de la route ! » Le « droit de cuissage » en lui-même est un abus ancien. Au XIXe siècle, il prenait la forme symbolique d’une ­
« redevance sexuelle » que les femmes ­devaient payer aux hommes qui les avaient embauchées. Ces abus sexuels sont par essence difficiles à documenter. Ils sont à l’époque pointés comme une « promotion par le corps », à laquelle certaines se plient pour monter dans la hiérarchie et se dégager en partie de leur assignation de classe. À partir de 1968, la parole se libère et les ouvrières en parlent, pour dire que cela ne doit plus avoir cours. C’est alors plus une réaction individuelle qu’un phénomène collectif : une nouvelle génération d’ouvrières ne se laisse tout simplement plus marcher sur les pieds.

Vous évoquez enfin le rapport de ces femmes à leur propre corps. Par exemple, le fait, étonnant que de nombreuses ouvrières de Chantelle à Saint-Herblain avaient recours à la chirurgie esthétique. Comment l’expliquez-vous ?

Fanny Gallot J’ai été attirée vers cette question en remarquant que les Lejaby en lutte portaient des soutiens-gorge au-dessus de leurs tee-shirts. Pour revenir à la chirurgie esthétique : Chantelle est une usine particulière, où l’on fabrique de la lingerie haut de gamme que les ouvrières peuvent acheter à prix réduits. Il y a des moules de seins, des affiches de lingerie partout, tout cela favorisant, peut-être, une forme d’incorporation des normes de l’entreprise. Certains chercheurs disent de ces femmes qu’elles sont « aliénées ». Pour ma part, je pense au contraire que valoriser leur corps participe aussi d’un mouvement de réappropriation de leur travail, d’un attachement à leur savoir-faire. Or, se réapproprier son travail, c’est se réapproprier l’usine.

Trente ans  de lutte féminine en usine

Elles ont souvent effectué leur carrière dans la même usine. Elles se sont battues pour obtenir l’égalité. Le livre de Fanny Gallot raconte l’histoire émouvante d’ouvrières de Chantelle et Moulinex. De 1968 aux années 2000, la chercheuse s’est penchée sur la « capacité d’agir » de ces femmes, leur mode d’action et leurs enjeux propres. Un travail salutaire et d’actualité qui permet de sortir d’une vision uniforme de la classe ouvrière et qui résonne avec les combats des ouvrières d’aujourd’hui.



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