PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?

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MessageSujet: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Mer 13 Mai - 0:56

recherche Google : transnational / dans les actualités

un débat attendu  farao  mais des plus difficiles puisqu'il porte sur la capitalisme comme tout, économie et politique, capital et Etat. Il n'est donc pas surprenant qu'il soit de façon récurrente une faiblesse des théories de communisation, qui voit bien la globalité des choses mais avec une tendance souvent trop abstraite, et doublement marquée par l'eurocentrisme : les zones les plus étudiées, le regard porté sur les autres...

il porte sur le système capitalisme dans sa globalité actuelle, et donc aussi bien sur le caractère d'économie politique du capital que sur son caractère étatique, idéologique et militaire. En relation donc les sujets de CLASSES et CAPITAL : comme 'économie politique', pas de capitalisme sans EXPLOITATION du prolétariat et particulièrement le sujet ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ?  

je l'ai évoqué à plusieurs reprises, à propos des controverses Harvey-Negri/Hardt, de la transnationalité des capitaux et des stratégies géopolitique économiques et militaires

je choisis :

- de le placer dans cette catégorie, puisque parler d'Impérialisme, c'est parler de l'État ou des États, du capitalisme comme pouvoir et dominations
- de l'introduire par ce texte (dont je retiens le titre pour le sujet) pour ses rappels historiques, celui des analyses aujourd'hui en présence, et l'aspect "périodisation" sous l'angle de l'impérialisme, toutes choses évoquant des débats au sein de la théorie de la communisation, bien que pour elle, le concept d'"impérialisme" renvoie au passé, essentiellement aux thèses de Lénine, Rosa Luxembourg et Trotsky, sur les aspects économiques Paul Mattick (le père), qui n'est pas évoqué ici

de plus, la question d'un ou des impérialismes actuels, pose celle de luttes anti-impérialistes ne renvoyant pas seulement aux luttes anti-impérialistes et anti-colonialistes évoquées en 2005 par Bernard Lyon dans « Nous ne sommes pas 'Anti' », preuve que Théorie Communiste ne s'est pas même posé la question, ou plutôt l'a écartée par la négative, comme tous les théoriciens classiques de la communisation. Notons que, comme souvent dans le courant communisateur, BL n'attaque pas ici le colonialisme ou l'impérialisme, mais l'anti-colonialisme et l'anti-impérialisme, en substance « idéologies d'État alliant nationalisme et stalinisme (comprendre stalinisme)» sur fond de stalinisme... La "théorie lourde" n'a pas la provocation légère, mais l'on comprend que manquant d'humour, d'aucuns (se) demandent : ils sont dans dans quel camp ?

Bernard Lyon a écrit:
À côté de l’antifascisme a existé l’anticolonialisme, idéologie alliant le socialisme et le nationalisme dans le cadre du monde tripartite de la guerre froide. Cette idéologie structurante des biens nommés fronts de libération nationale mettait les luttes des prolétaires colonisés et celles des éléments bourgeois locaux subsistants sous la direction politique et militaire de couches bureaucratiques autochtones produites par les administrations coloniales. L’anticolonialisme ou l’anti-impérialisme était aussi le cadre de l’alliance de ces bureaucraties démocratiques-révolutionnaires avec le camp socialiste. Ces idéologies ont donc toujours fonctionné comme idéologie d’État (existant ou se constituant) dans le cadre de confrontations et de guerres, mondiale ou locales, entre les pôles d’accumulation capitaliste. Dans les métropoles l’anti-impérialisme était, avec l’antifascisme un élément essentiel pour les partis communistes d’après la 2ème guerre, il se présentait comme la défense de la patrie du socialisme et du « camp de la paix », il articulait la gestion conflictuelle quotidienne de l’exploitation avec le capital à une perspective mondiale dans laquelle le socialisme restait à l’offensive. L’anti-impérialisme a été, et dans une certaine mesure reste, un cadre de mobilisation intrinsèquement lié à la guerre et pour la guerre. Nous ne sommes pas « Anti » Meeting 2005

pour ma part, je me contenterai de relever, une foi de plus, un manque de sérieux, et donc de crédibilité, sur ce point comme d'autres qui, ajoutés, suffiraient à expliquer le peu de succès, en 40 ans, de ces thèses plus révolutionnaires que toutes les autres, puisque « nous ne sommes pas dans une période révolutionnaire » et que les « luttes élémentaires » ils s'en foutent puisqu'ils ne sont ni socialement ni racialement concernés

pour tout ce qui précède, la question de l'impérialisme aujourd'hui fait le passage entre les analyses marxistes (dont celles de la 'communisation') et celles de la décolonialité, puisque l'impérialisme et son histoire sont pris en compte à part entière par ses théoriciens (Grosfoguel, Khiari pour le PIR...) et dans les discours politiques des partis décoloniaux ou indigènes, dont le PIR en France. Certaines luttes, en Amérique du Sud, voire en Afrique, peuvent être considérées comme explicitement anti-impérialistes, sans qu'on puisse dire qu'elles se trompent d'époque

État, géopolitique et capitalisme : entamer le débat sur l’impérialisme en France : À propos d’Alex Callinicos, Imperialism and Global Political Economy, Polity : Cambridge, 295 p.

Christakis Giorgiou a écrit:


Le débat sur l’impérialisme aujourd’hui

Depuis une dizaine d’années désormais, il y a un regain d’intérêt de la part des intellectuels marxistes pour l’étude de l’impérialisme. Cela résulte en partie du fait que la principale puissance militaire dans le monde – les Etats-Unis – a de plus en plus fréquemment recours à la guerre comme stratégie impériale. La politique de la « guerre sans limites » poursuivie par l’administration Bush mais aussi le développement d’un gigantesque mouvement anti-guerre à l’échelle internationale ont beaucoup contribué à ranimer les débats entre marxistes sur l’impérialisme.

Malheureusement pour le marxisme français, ce regain d’intérêt concerne pour le moment essentiellement le monde anglophone, bien qu’il y ait des exceptions notables comme le livre de Claude Serfati Impérialisme et Militarisme: Actualité du XXIème Siècle, paru déjà en 2004[1] et celui de Gilbert Achcar, Le Choc des Barbaries: Terrorismes et Désordre Mondial, paru également en 2002[2]. De plus, la plupart des travaux effectués par les marxistes anglophones ne sont pas traduits en français, ce qui limite leur diffusion chez les intellectuels et plus largement les militants marxistes et anticapitalistes français.

Cette faiblesse de la production intellectuelle marxiste sur l’impérialisme en France reflète probablement la relative faiblesse du mouvement contre la guerre en France. Malgré quelques importantes manifestations à certains moments clés – comme le 15 février 2003 ou le jour de l’invasion de l’Iraq – ce mouvement ne s’est jamais profondément enraciné dans le paysage politique français du début du XXIème siècle, ni n'a réussi à se cristalliser dans des organisations ou coalitions permanentes. C’est en partie le résultat du fait que la France s’était opposée à la guerre en Irak en 2003 et par conséquent n’y a pas envoyé de troupes. Mais c’est aussi le résultat d’une mésestimation de la part de la gauche française – y compris révolutionnaire ou anticapitaliste - de l’importance politique que revêtait la guerre en Irak et de la nouvelle période dont elle était annonciatrice. Par conséquent, l’intérêt pour la question de la « guerre sans limites » - c’est-à-dire la nouvelle doctrine de politique étrangère des Etats-Unis – et plus généralement la nouvelle configuration des rapports entre grandes puissances, est faible dans les préoccupations politiques et intellectuelles des marxistes et anticapitalistes en France. C’est sans doute un défaut sérieux, puisque les développements des deux dernières années (réintégration française du commandement intégré de l’OTAN, envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan et le renvoi prématuré de certaines d’entre elles dans des cercueils suite aux efforts de la résistance afghane, ouverture de la première base militaire française au Moyen Orient depuis la Seconde Guerre Mondiale, grande manifestation contre le soixantième anniversaire de l’OTAN à Strasbourg) montrent que nous ne pouvons pas continuer à nous désintéresser de cette question encore longtemps.

Le livre d’Alex Callinicos dans le contexte du débat entre marxistes

Un bon endroit pour commencer est sans doute le dernier livre d’Alex Callinicos, Imperialism and Global Political Economy. Callinicos est l’un des intellectuels marxistes les plus renommés à l’échelle internationale, et il est également dirigeant du Socialist Workers Party de Grande-Bretagne. C’est en cette qualité qu’il a été amené à jouer un rôle dans le mouvement britannique contre la guerre et dans le mouvement altermondialiste. Ses travaux récents reflètent la part importante qu’occupe la question de l’impérialisme dans son activité intellectuelle et militante. Déjà en 2003, il a publié un premier livre sur la question, The New Mandarins of American Power[3]. Dans cet ouvrage il s’intéressait à l’analyse du nouveau cours de la politique étrangère étasunienne depuis 9/11.
Son dernier livre, en revanche, consiste en une approche plus globale puisqu’il essaie de passer en revue les théories marxistes classiques de l’impérialisme afin d’identifier leurs forces et leurs faiblesses et de pouvoir sur cette base-là les raffiner. Des questions aussi diverses que le passage du féodalisme au capitalisme ou la question du rôle de l’Etat dans le mode de production capitaliste forment le socle sur lequel Callinicos bâtit une théorie de l’impérialisme, avant de procéder, dans la deuxième partie du livre, à un survol et une périodisation de l’histoire de l’impérialisme.

Dans la typologie des théories marxistes contemporaines de l’impérialisme que Callinicos dresse dans l’introduction de son livre, il se classe parmi les « théoriciens du nouvel impérialisme » qui soutiennent trois choses :

i) le capitalisme reste toujours plongé dans une crise de rentabilité depuis la fin des années 1960,
ii) il y a trois pôles de puissance économique et politico-militaire dans le monde, qui sont l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie de l’Est et
iii) malgré une supériorité relative des Etats-Unis, des rivalités sérieuses persistent entre les principales puissances capitalistes et également d’autres états émergeants comme la Russie ou la Chine[4].

Le deuxième groupe de théories sont celles qui soutiennent que ces rivalités sont désormais obsolètes vu l’intégration transnationale entre classes capitalistes qui aurait déjà eu lieu (ce sont les analyses de type Empire de Toni Negri et Michael Hardt, celles qui font le plus de concessions aux théoriciens postmodernes et de fait, vue la popularité de ce courant de pensée, les plus largement disséminées, suscitant même des traductions en français) Dans cette vision, non seulement les rivalités entre grandes puissances sont obsolètes, mais aussi les structures étatiques et le réseau de relations qui les lie entre elles.
Ces théoriciens ont de ce fait du mal à rendre compte des oppositions entre Européens et Américains – à propos de la guerre en Irak en 2003 ou dans le cadre de l’OMC par exemple. Enfin, il y a les théoriciens qui considèrent que la suprématie des Etats-Unis est telle que les autres puissances capitalistes sont presque réduites au statut de vassal d’un « empire informel » étasunien[5]. Les Etats-Unis gèrent les intérêts communs à cet empire informel. Il n’y a donc plus de rivalités géopolitiques entre les différentes puissances capitalistes. Il faut bien sûr se rappeler qu’il ne s’agit que d’une typologie.

Continuité de la controverse classique et questions méthodologiques

Cette typologie sert également à montrer la persistance d’un débat qui a structuré les controverses classiques sur la question de l’impérialisme. Il s’agit du débat sur la possibilité de voir émerger une coalition permanente entre grands blocs capitalistes, que son théoricien de l’époque, Karl Kautsky, nommait « super-impérialisme ». Contre lui, Lénine, Boukharine et Rosa Luxemburg ont essayé de démontrer que la nature des relations interétatiques sous le capitalisme était nécessairement antagonique et que cela ne pouvait manquer de conduire à l’éclatement des guerres inter-impérialistes.

C’est là que commence l’examen des théories classiques par Alex Callinicos. La préoccupation méthodologique commune à chaque théoricien classique était de continuer l’œuvre que Marx avait commencée mais jamais terminée dans le Capital, préoccupation que partage Callinicos. On sait que Marx projetait d’écrire une série de volumes sur le capitalisme dont le Capital n’était que le premier. Parmi les autres, il devait y avoir un livre sur l’Etat et un autre sur le marché international. Cela aurait permis d’esquisser une analyse globale du mode de production capitaliste dans laquelle l’aspect international et (géo)politique serait explicitement traité et intégré en tant qu’attribut particulier de ce mode de production. Marx et Engels avaient par ailleurs passablement écrit sur des sujets de politique internationale qui leur étaient contemporains, mais il s’est toujours agi d’analyses à chaud, sans théorisation préalable. N’ayant jamais eu le temps de finir ce que Marx avait commencé, cette tâche devait être complétée par ses disciples.  

Evaluer les théories classiques

Avant de nous présenter son appréciation de ce qu’il appelle « la synthèse Lénine – Boukharine », c’est-à-dire des travaux de ces deux théoriciens qui présentent de nombreuses similitudes, Callinicos examine le travail de Rosa Luxemburg. Pour elle, la question clé était d’expliquer la dynamique colonialiste et elle essaya de le faire en argumentant qu’afin d’éviter la crise qui lui est endémique, le capitalisme a constamment besoin de s’étendre en assimilant des territoires non-capitalistes. Les guerres inter-impérialistes résultent alors de la concurrence que se livrent les grandes puissances pour ces territoires. Or, l’argument de Luxemburg est fondé sur une critique erronée des schémas de reproduction du capital qu’on trouve chez Marx et par conséquent sur une théorie de la crise capitaliste également erronée, le plus souvent dénommée « théorie de la sous-consommation ». Callinicos considère qu’aucun économiste marxiste de renom n’accepte ses arguments. De plus, le fait qu’après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la planète entière est devenue capitaliste, on ait assisté au boom économique le plus long de l’histoire, contribue à invalider les théories de Luxemburg.

Luxemburg avait été critiquée par Boukharine et c’est dans les travaux de ce dernier que Callinicos voit la version de la théorie classique la plus rigoureuse. En effet, Boukharine utilise le travail de Marx pour montrer comment les tendances à la concentration et à la centralisation du capital conduisent à l’émergence du capital financier – au sens de Rudolf Hilferding d’interpénétration du capital bancaire et du capital industriel -  et à la consolidation nationale du capital. Mais Boukharine va plus loin et remarque qu’il y a en parallèle une tendance à l’internationalisation du capital qui accentue la concurrence entre capitaux d’origines nationales différentes. Comment est-ce que cela peut expliquer les guerres inter-impérialistes ?

Puisque l’impérialisme est caractérisé aussi par la tendance à la fusion entre l’Etat et le capital national, il en résulte que la guerre est une autre forme de la concurrence économique que se livrent les différents capitaux. Ici, Callinicos fait remarquer que Lénine explique de manière différente la dynamique militariste. Pour lui, elle vient de la tendance au développement inégal entre blocs de capitaux, et puisque le partage du monde se fait sur la base de l’équilibre de puissance économique entre grandes puissances, le développement inégal crée une situation où un rééquilibrage violent est nécessaire. Callinicos, pourtant, utilise les deux conceptions plus tard lorsqu’il formule sa version de la théorie, puisque la conception de Boukharine lui sert de base pour définir l’impérialisme comme interaction dialectique entre concurrence économique et concurrence géopolitique, et la conception de Lénine lui sert d'explication de la persistance d’une multiplicité d’Etats et des rapports antagoniques entre eux.

Callinicos met en relief également les faiblesses de la position de Lénine et de Boukharine. Celle de Lénine est plus problématique puisqu’elle reproduit un nombre de conceptions tiers-mondistes que le développement du capitalisme d’après la Seconde Guerre Mondiale a disqualifiées[6]. Il y a également le problème de la périodisation puisque la description que fait Hilferding du capital financier n’était pas universellement vraie à son époque (la grande exception étant la principale puissance impérialiste, la Grande-Bretagne), et encore moins dans le reste du vingtième siècle. Le plus grand problème cependant est la question de la crise économique. Partageant la conception du capital financier de Hilferding, Boukharine arrivait à la même conclusion que lui, à savoir que le degré d’organisation au sein de chaque économie nationale était tel qu’il ne pouvait y avoir anarchie de la production et donc crise économique. Boukharine s’est même moqué de commentateurs bourgeois prédisant le krach boursier de 1929. On voit donc que malgré leurs mérites, les théoriciens classiques se sont beaucoup trompés.

Raffiner la théorie de Boukharine et de Lénine

Callinicos procède ensuite en élaborant certains aspects de sa propre version de la théorie de l’impérialisme. Ce faisant, il engage un dialogue aussi bien avec les théoriciens classiques qu’avec des théoriciens contemporains. Tout d’abord, il revient sur les faiblesses des théories classiques, la plus importante étant celle du danger du « réductionnisme économique ». Par là, il entend une vision mécaniste du matérialisme historique qui réduirait les aspects géopolitiques de l’impérialisme à des simples reflets des antagonismes économiques. Sur la base de cette critique, il postule donc la nécessité de théoriser ce qu’il appelle l’ « élément d’autonomie » de l’Etat. Cela l’amène à mentionner le travail de David Harvey et la quasi-identité de la position de ce dernier, élaborée indépendamment et simultanément dans le livre The New Imperialism[7], avec la sienne.

Harvey propose une définition très proche, puisque pour lui l’impérialisme consiste en l’interaction entre deux logiques ou sources de pouvoir, l’une capitaliste et l’autre territoriale. La source de pouvoir capitaliste fait référence au pouvoir qui provient du contrôle des moyens de production et de la valeur qu’ils produisent, et la source de pouvoir territoriale aux structures étatiques qui garantissent un contrôle physique sur un territoire donné et sur les ressources naturelles et humaines que ce territoire contient. Mais la nature du lien entre les deux n’est pas explicitée chez Harvey ; tout au plus il y a une incitation de la part de Harvey dans son livre à traiter les deux logiques comme étant dialectiquement liées. Callinicos identifie cette lacune chez Harvey et donc la nécessité de chercher dans la théorie marxiste de l’Etat des éléments de réponse[8].

Callinicos pose d’abord la question de la méthode :
Citation :

La concurrence économique entre « plusieurs capitaux » est constitutive du mode de production capitaliste. Je considère que tout développement de la théorie de Marx à partir de l’hypothèse que le mode de production capitaliste devient dominant doit introduire, au moment approprié de l’analyse, une forme distincte de concurrence avec ses propres dynamiques et objectifs, en tant qu’attribut du système interétatique.[9]

Callinicos considère que sa définition diffère de celle de Harvey seulement au niveau de la formulation[10]. Il me semble pourtant que les deux définitions recèlent deux conceptions différentes du lien dialectique entre économie et géopolitique. Harvey insiste sur le fait que les deux logiques sont distinctes et qu’il y a une sorte de lutte entre les deux pour savoir laquelle dominera. Or, la conception de Callinicos les traite comme deux formes, certes distinctes mais des formes tout de même, d’une même dynamique, à savoir la concurrence entre capitalistes, dynamique par ailleurs constitutive du mode de production capitaliste[11]. Cette vision est très proche de celle de Boukharine, bien que plus tard dans le livre, Callinicos développe l’analyse selon laquelle l’impérialisme apparaît au moment où le développement du capitalisme conféra un avantage géopolitique considérable aux Etats capitalistes (Grande Bretagne et Pays-Bas) vis-à-vis de leurs concurrents absolutistes en Europe continentale et par conséquent stimula le développement du capitalisme en Europe afin de permettre à ces Etats de maintenir le cap dans la concurrence géopolitique. L’impérialisme commence donc à partir du moment où le capitalisme se généralise en Europe continentale. En revanche, pour Boukharine, l’impérialisme résulte plutôt de la tendance à la consolidation nationale du capital, effet cumulatif des tendances à la centralisation et concentration du capital. La vision de Callinicos a clairement l’avantage de placer l’impérialisme dans le développement de long terme du capitalisme et de faire le lien avec le processus de transition du féodalisme au capitalisme.

Pour solidifier cette définition, Callinicos procède en fournissant une théorie des rapports entre Etat et capital. Il soutient qu’on doit faire l’hypothèse que

Citation :
les capitalistes et les managers étatiques constituent deux groupes d’acteurs ayant des intérêts différents – à savoir, pour les premiers, augmenter leur capital et, pour les seconds, maintenir le pouvoir de leur Etat vis-à-vis aussi bien de la population qui lui est sujette et les autres états.[12]


Une fois cette hypothèse posée, il devient facile de concevoir le lien entre les deux groupes d’acteurs. Il y a une interdépendance structurelle entre eux, puisque le pouvoir d’un Etat dépend des ressources qu’il peut mobiliser par le biais des revenus fiscaux – ce qui signifie que l’Etat a un intérêt à l’accumulation du capital la plus élargie possible – et que les capitalistes ont besoin de l’Etat pour leur fournir des conditions politiques et juridiques favorables à la réussite de cette même accumulation du capital[13].

Cette vision du lien dialectique semble très solide. Mais l’hypothèse de départ paraît en partie problématique. Callinicos a déjà été critiqué dans le Cambridge Review of International Affairs par des marxistes lui reprochant de faire des concessions au courant réaliste des Relations Internationales en allant trop loin dans le degré d’autonomie de l’Etat et du géopolitique[14]. Il me semble que l’hypothèse de départ ne permet pas de clarifier une question clé, à savoir le caractère de classe de la bureaucratie étatique. Si les deux groupes d’acteurs et leurs intérêts sont distincts, dans quelle mesure peut-on dire que les bureaucrates font partie de la classe capitaliste? S’ils n’en font pas partie, alors peut-il y avoir des situations où leurs intérêts divergent à tel point que l’interdépendance qui les lie ne fonctionne plus ? Callinicos considère effectivement la possibilité d’une divergence d’intérêts comme un point fort de sa conception puisque de cette manière le danger du réductionnisme économique est complètement évacué. Mais alors il n’y a rien de spécifiquement capitaliste dans les intérêts des bureaucrates. Il s’agit des mêmes intérêts que ceux qu’avaient les bureaucrates qui géraient les états féodaux ou absolutistes.

Ne serait-ce pas une meilleure hypothèse de départ que de postuler une pluralité de fonctions nécessaires à la reproduction du capital et de considérer que les capitalistes et les bureaucrates remplissent chacun des fonctions différentes (lorsque l’Etat n’agit pas en tant que capitaliste collectif en possédant les moyens de production et en prenant les décisions concernant l’investissement et la gestion du processus de production, ce qui n’a pas été le cas durant la plus grande partie du XXème siècle)? De cette manière, on peut qualifier les bureaucrates de « capitalistes politiques » puisque leur rôle est d’assurer les meilleures conditions politiques à l’accumulation du capital, et les capitalistes de « capitalistes économiques » puisque leur rôle est de décider de la nature des investissements et de gérer le processus de production[15]. Ainsi on établit une solidarité de classe qui se met en place entre les deux groupes d’acteurs. Ceci expliquerait également la facilité avec laquelle des individus alternent les différentes positions, un processus désigné par les termes de pantouflage en France et de revolving doors entre postes gouvernementaux et administration des grands groupes capitalistes aux Etats-Unis.

Une pluralité d'Etats


La deuxième question que traite Callinicos dans le chapitre sur l’Etat est la question de la persistance d’une multiplicité d’Etats sous le capitalisme. Il s’agit précisément d’expliquer cette persistance et non pas ses origines – ce qu’il fait dans un autre chapitre. Callinicos utilise d’une part la version de Trotsky de la loi du développement inégal et combiné pour expliquer les concentrations spatiales de capital technologiquement avancé. D’autre part, il utilise l’analyse fournie par Chris Harman et David Harvey de la formation de structures étatiques, selon laquelle de telles structures émergent autour de concentrations spatiales de capital productif, capital commercial et capital-argent. La combinaison des deux est pour Callinicos une force qui conserve les structures étatiques existantes, puisque le développement inégal et combiné renforce l’existence de concentrations spatiales déjà existantes. Mais Callinicos considère également qu’il s’agit seulement d’une tendance qui peut dans certaines conditions être dépassée. L’Union Européenne est le cas classique de cette possibilité.

L’utilisation de la conception du développement inégal et combiné de Trotsky est très convaincante, d’autant plus que Callinicos la précise en la faisant reposer sur la description que faisait Marx de la manière dont les capitalistes sont en concurrence entre eux et de la dynamique de développement des forces productives qui en résulte. Mais il me semble qu’il y a une sous-estimation du potentiel d’émergence de nouvelles formes étatiques au niveau régional. Boukharine expliquait l’impérialisme comme résultant de deux tendances partiellement contradictoires, l’une à la consolidation nationale du capital et l’autre à l’internationalisation du capital. Comme Callinicos le démontre plus tard dans le livre, depuis la fin des années 1960, on est dans une période ou la deuxième tendance domine la première. Mais l’internationalisation du capital depuis les années 70 assume deux sous-formes – l’une est la multinationalisation et l’autre la consolidation régionale. Cette dernière tendance trouve sa réalisation la plus avancée en Europe (même si elle n’est pas suffisamment forte pour donner lieu à une intégration totale entre Etats européens en un Etat fédéral à l’image des Etats-Unis d’Amérique, et que des structures nationales qui reproduisent la description de Callinicos persistent et entravent le processus d’intégration). Le phénomène de la régionalisation, auquel Harvey fait référence par ailleurs dans son livre, a déjà fait l’objet d’études par des spécialistes de l’économie politique internationale. Certes, la régionalisation n’a pas encore éliminé les Etats préexistants, mais si l’on accepte l’idée que les formes étatiques émergent autour de concentrations spatiales de capital, on peut déceler une tendance de fond au dépassement régional des états actuels.

En somme, la théorisation de l’impérialisme qu’offre Callinicos est très convaincante, malgré quelques problèmes. Elle a le mérite d’éviter le réductionnisme économique d’une manière qui pose le problème dans les termes d’une relation dialectique entre économie et géopolitique (ou entre capital et Etat), de ne pas traiter comme constitutifs de l’impérialisme des phénomènes non-universels ou passagers (comme le faisait Lénine) et de persister dans l’idée que les relations interétatiques sous le capitalisme sont par définition antagoniques puisqu’elles sont une forme de la relation compétitive entre capitalistes qui est constitutive du mode de production capitaliste. De plus, la version de Callinicos procède par raffinement des théories marxistes classiques, elles-mêmes continuations du travail de Marx, ce qui a le mérite de s’inscrire dans un effort collectif et continu par des militants révolutionnaires pour comprendre le capitalisme afin de mieux le combattre. Enfin, la version de Callinicos rend obsolète la périodisation proposée par Lénine. Si ce qui est constitutif de l’impérialisme n’est pas l’émergence du capital financier mais l’interaction entre concurrence économique et concurrence géopolitique, alors l’impérialisme n’est pas le stade suprême du capitalisme tel que conçu par Lénine.

Périodiser l’impérialisme

Dans le reste du livre, Callinicos offre une histoire et une périodisation de l’impérialisme qui relie la situation mondiale actuelle avec la période analysée par Lénine, Boukharine et Luxemburg.

Il y a trois périodes pour Callinicos.

La première débute autour de 1870, au moment où une économie mondiale proprement capitaliste se met en place et que la concurrence géopolitique entre états européens est entièrement déterminée par la dynamique capitaliste. Cette période dure jusqu’en 1945. Elle est caractérisée par une multipolarité économique et militaro-politique et par un développement du militarisme qui mène à la Seconde Guerre Mondiale
. Parallèlement, la période est caractérisée par l’intervention de plus en plus directe de l’Etat dans l’économie, une réalité que Callinicos nomme « capitalisme d’Etat », suivant la caractérisation de l’URSS propre à la tradition politique à laquelle il appartient[16].

La seconde période couvre l’étendue de la guerre froide. Elle est caractérisée par une bipolarité militaro-politique (bloc occidental contre bloc stalinien) mais une multipolarité économique, ce qui conduit à la « dissociation partielle entre concurrence économique et concurrence géopolitique »[17]. Il y a également un affaiblissement progressif des intérêts des puissances impérialistes dans le tiers-monde (d’où la décolonisation et la concentration de plus en plus importante des flux de capitaux dans la triade impérialiste – Amérique du Nord, Europe, Asie de l’Est) mais aussi un processus d’industrialisation partielle, notamment pour les pays qui détiennent des réserves pétrolières. Cela mène à l’émergence de sous-impérialismes, petites puissances régionales industrielles.

La troisième période s’ouvre avec la chute du stalinisme et marque la fin de la bipolarité politique et la continuation d’antagonismes géopolitiques (ce qui ne signifie pas nécessairement que ceux-ci prennent la forme de la guerre ouverte. Callinicos élargit ainsi le champ de la concurrence géopolitique à tout antagonisme entre Etats, de manière à répondre aux détracteurs de la théorie classique selon lesquels l’absence de guerre inter-impérialiste depuis 1945 démontre la faiblesse de la théorie).

Deux remarques me semblent pertinentes par rapport à cette périodisation, laquelle est accompagnée dans le livre par des descriptions détaillées des dynamiques qui ont façonné chaque période et une masse de matériaux empiriques auxquels je ne peux pas faire référence ici faute de place. D’abord, dans une contribution qu’il avait rédigée en 2001[18], Callinicos avait proposée une périodisation à partir de Boukharine et de sa vision de l’impérialisme comme interaction entre la tendance à la consolidation nationale et la tendance à l’internationalisation du capital. Cette périodisation était globalement la même avec celle présentée ci-dessus, à cette différence près que Callinicos voyait une rupture vers la fin des années 1960. C’était le moment où la tendance à l’internationalisation du capital l’emportait. Lorsque l’on rapproche les deux périodisations, on remarque une corrélation entre le degré de statification (de « capitalisme d’Etat »), de consolidation nationale du capital et de dynamique militariste. Autrement dit, on peut rapprocher la vision de Boukharine avec la vision de Callinicos et établir un lien entre la tendance à la consolidation nationale du capital et le durcissement de la concurrence géopolitique, et inversement entre la tendance à l’internationalisation et la forme de concurrence économique.

La deuxième remarque concerne le concept d’impérialisme. Chez Callinicos, le concept désigne le développement du capitalisme à partir du moment où émerge une économie mondiale spécifiquement capitaliste et que la nature des relations interétatiques en Europe devient définitivement capitaliste. Mais il s’agit de bien plus qu’une simple analyse marxiste des seules relations géopolitiques des 150 dernières années. Il s’agit plutôt d’une analyse globale du développement capitaliste qui intègre la question de l’Etat et de la dimension interétatique. Ainsi, le fil avec le projet initial de Marx est renoué.


[1] Claude Serfati Impérialisme et Militarisme : Actualité du XXIème Siècle, Lausanne : Page Deux, 2004.
[2] Gilbert Achcar Le Choc des Barbaries : Terrorismes et Désordre Mondial, Paris : Complexe, 2002.
[3] Alex Callinicos The New Mandarins of American Power : The Bush Administration’s Plans for the World, Cambridge : Polity, 2003.
[4] Callinicos considère que Claude Serfati, John Rees, Chris Harman, David Harvey, Peter Gowan et Walden Bello partagent ce point de vue.
[5] Le défenseur le plus ardent de cette position est Leo Panitch. Callinicos classe également Perry Anderson et Ellen Wood dans cette catégorie.
[6] Comme, par exemple, le parasitisme du capital financier et le mythe de l’aristocratie ouvrière.
[7] Publié en 2003. Une traduction en français de ce livre est en cours de préparation.
[8] Il avait déjà suivi ce chemin dans son article sur le livre de Harvey coredigé avec Sam Ashman en 2006 pour la revue Historical Materialism 14/4 (‘Capital Accumulation and the State System: Assessing David Harvey’s The New Imperialism’) et dans son article de 2007 sur le lien entre système interétatique et capitalisme pour la revue Cambridge Journal of International Affairs 20/4 (‘Does Capitalism Need the State System’).
[9] p.83.
[10] p.72. Callinicos identifie une ambigüité dans le propos de Harvey qu’il pense clarifier en offrant sa propre définition. Mais il me semble que l’ambigüité cache plutôt une divergence.
[11] A la page 79, Callinicos formule l’idée que la pluralité de capitaux est l'élément de base pour penser la pluralité des Etats.
[12] pp84/85.
[13] Callinicos emprunte la phrase interdépendance structurelle à Chris Harman. La conception plus générale est également inspirée par Harman mais aussi par Fred Block.
[14] Voir l’article de Gonzalo Pozo-Martin dans le Cambridge Review of International Affairs 20/4, ‘Autonomous or Materialist Geopolitics?’.
[15] Le terme de « capitalistes politiques » est emprunté à Chris Harman. Il l’a suggéré dans son article « The State and Capitalism Today », International Socialism Journal 2/51.
[16] La International Socialist Tendency.
[17] pp169-178.
[18] ‘Periodizing Capitalism and Analyzing Imperialism: Classical Marxism and Capitalist Evolution’, dans le livre collectif Phases of Capitalist Development: Booms, Crises and Globalizations, édité par Albritton et al. Et paru chez Palgrave, Basingstoke.


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Mer 13 Mai - 9:15


d'autres livres et références

le moment présent du capitalisme : transnationalisme, États et capitaux, crise, démocratie vs fascisme... (repris de mon blog 17 février 2015)

Patlotch a écrit:


Le capitalisme mondial et le fascisme du 21e siècle William I. Robinson mai 2011

William I. Robinson a écrit:
This exciting new study provides an original and provocative exposé of the crisis of global capitalism in its multiple dimensions - economic, political, social, ecological, military, and cultural. Building on his earlier works on globalization, William I. Robinson discusses the nature of the new global capitalism, the rise of a globalized production and financial system, a transnational capitalist class, and a transnational state and warns of the rise of a global police state to contain the explosive contradictions of a global capitalist system that is crisis-ridden and out of control. Robinson concludes with an exploration of how diverse social and political forces are responding to the crisis and alternative scenarios for the future.

L’accumulation militarisée, la spéculation financière et la mise à sac des budgets publics / Les réponses à la crise et la république de Weimar d’Obama aux États-Unis / Le fascisme du XXIe siècle aux États-Unis / Le circuit mortel accumulation-exploitation-exclusion

Le fascisme du XXIe siècle aux États-Unis

1. La fusion du capital transnational avec le pouvoir politique réactionnaire
2. La militarisation et la masculinisation extrêmes
3. Un bouc émissaire pour servir à déplacer et à rediriger les tensions et les contradictions sociales :
les immigrés et les musulmans en particulier
4. Une base sociale de masse
5. Une idéologie fanatique du millénaire comprenant une suprématie de la culture/race qui embrasse un passé idéalisé et mythique, et une mobilisation raciste contre des boucs émissaires

là encore, il me semble que la question n'est pas tant d'un fascisme avec prise du pouvoir d'Etat par un parti d'extrême-droite (aux USA faucons républicains et Tea-Party), solution d'ultime recours politique dans le cas où les partis 'démocratiques' ne feraient pas eux-mêmes l'affaire. En France on voit glisser la concurrence politique pour la gestion gouvernementale du «populisme autoritaire». Pour simplifier, les prochaines échéances électorales se joueront sur le terrain idéologique des thèmes du FN, avec plus ou moins de surenchère et de subtilités dans l'usage ethniciste et raciste du «danger musulman»

Crise structurelle et rébellion populaire transnationale William I. Robinson décembre 2011

je retiens le tableau général sans partager l'optimisme de l'auteur quant aux rebellions populaires. Ce textes est écrit dans la période des "Révolutions arabes" et d'Occupy...

William I. Robinson a écrit:

La mondialisation et la crise structurelle actuelle / La conjoncture actuelle


il n'y aura pas de sortie rapide du chaos mondial qui grandit. Une période de grands conflits et de troubles profonds nous attend. Comme nous l'avons déjà dit, l'un des dangers est une réponse néofasciste pour contenir la crise. Nous sommes en face d'une guerre du capital contre tous. Trois secteurs du capital transnational se distinguent, en particulier, comme les plus agressifs et les plus enclins à chercher des arrangements politiques néofascistes pour garantir l'accumulation continue au fur et à mesure que la crise avance : le capital financier spéculatif, le complexe militaro-industriel-sécuritaire et le secteur extractif et énergétique. L'accumulation de capital au sein du complexe militaro-industriel-sécuritaire dépend de conflits interminables et de guerres - incluant les dites guerres contre le terrorisme et la drogue - ainsi que de la militarisation du contrôle social. Le capital financier transnational dépend de la prise de contrôle des finances étatiques et de l'imposition des dettes et d'austérité aux masses, ce qui peut être obtenu seulement grâce à une répression croissante. Et les industries extractives dépendent des nouveaux cycles de spoliation violente et de la dégradation de l'environnement sur toute la planète
.

Impérialisme ?

signalée pour mémoire, la position de Samir Amin, qui me paraît fondée sur un ancien ordre du monde
Capitalisme transnational ou Impérialisme collectif ? Samir Amin janvier 2011 PanazukaNews, Voix pan-africaine pour la liberté et la justice

Samir Amin a écrit:
Un capitalisme transnational en voie d’émergence ? / capitalismes nationaux et impérialisme collectif / L'Europe, ou les Europes, en construction ? ou en déconstruction ? face au défi, les réponses des peuples sont-elles efficaces ? À quelles conditions ?

Si la question mérite d'être posée d'un nouvel impérialisme, ce n'est pas avec les caractères du vieux concept. Son concept d'impérialisme collectif, en lieu et place de globalisation, nous présente une unité sous domination de la "triade" USA-Europe-Japon, nous parle de transnationalité des capitaux, mais n'intègre pas la critique du capitalisme à base occidentale face à la perte de sa suprématie. Dans son analyse, c'est tout juste si la Chine et les pays émergents sont considérés comme capitalistes, ils n'auraient pas leur mot à dire dans la gestion des capitaux transnationaux. Il y a chez Amin un déplacement des contradictions actuelles sur la base d'un modèle ancien, une fausse estimation de la fonction des Etats nationaux dans la globalisation, sans parler de ses rêves de solutions socialistes

un texte de 1979 sur la restructuration du capital :

États, nations, firmes multinationales et capitalisme mondial PDF Charles-Albert Michalet 1979

Michalet a écrit:
Cet article veut montrer que l'internationalisation de la production largement due aux firmes multinationales, puis la transnationalisation des circuits monétaires et financiers réalisée par les banques multinationales ont remis fondamentalement en cause le cadre analytique traditionnel de l'économie internationale néo-classique. Le décalage de plus en plus marqué entre l'espace politique (la nation) et l'espace économique implique que le statut de l'État nation doive être totalement révisé. La puissance croissante des FMN et des BMN ne signifie pas cependant l'effacement des États nations mais la transformation discrète de leur nature : l'État territoire succède à l'État nation. La formation d'un système économique mondial se réalise au-delà des États et au-delà des agents multinationaux.

un point de vue géo-économique :

Les entreprises multinationales : un processus urbain dans un environnement international et transnational Céline Rozenblat 2007

un point de vue démocratique :

la légitimité serait au cœur du problème, qui de ce fait serait moral. Si le constat précis établi par Susan George n'est jamais inintéressant, tout se ramènerait à une prise de conscience citoyenne, un sursaut démocratique du "peuple"... On échappe quand même ici à l'analyse la plus répandue selon laquelle les Etats feraient face aux décisions supranationales des grands groupes capitalistes. Si cette contradiction existe, elle n'emporte pas la dynamique. Il s'agit pour chaque Etat-nation de contenir la résistance sociale dans les limites où elle ne met en cause ni les intérêts capitalistes ni les privilèges de la bourgeoisie d'État : c'est dans cet équilibre que les hommes de pouvoirs organisent leur dénominateur commun par-delà la concurrence économique et politique

Suzan George a écrit:
Sur quoi repose la légitimité de nos démocraties ? Sur le vote des citoyens, et la délégation de pouvoir qui en résulte. Dès lors, sur quoi repose la légitimité des prétendus experts, consultants, avocats d’affaires, lobbyistes, cadres et hauts dirigeants des entreprises transnationales qui, dans l’ombre, œuvrent notamment à l’établissement des accords commerciaux internationaux (type Traité transatlantique) ? Sur rien de légitime.
Ces hommes ne travaillent qu’à enrichir leurs employeurs ou eux-mêmes. Ils tournent radicalement le dos à l’idée même de bien public. Ils se moquent des frontières comme des populations. Ils foulent aux pieds nos institutions, et celles-ci, aujourd’hui si faibles, leur abandonnent la gouvernance de nos vies, de nos emplois, de notre santé. En s’enrichissant, ils nous appauvrissent et sont les premiers responsables de l’apocalypse écologique qui nous menace.
Au terme de ce brillant réquisitoire, Susan George nous convainc que, s’il reste un combat à mener d’urgence, c’est bien celui qui mettra à bas ce pouvoir illégitime pour le redonner aux peuples
.

un point de vue managérial : L’impact de la géopolitique sur la stratégie des entreprises26 janvier 2015 Master Intelligence Economique et Stratégies Compétitives

.
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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Mer 13 Mai - 9:21

toujours issu de mon blog Impérialisme ? 10 février 2015

Patlotch a écrit:


De l’impérialisme à l’impérialisme Michel Husson Nouveaux cahiers du socialisme n°13, 2015 PDF

avec le même objectif que l'import du texte de Jean Batou (Accumulation par dépossession et luttes anticapitalistes : une perspective historique longue), de façon plus théorique, une interrogation sur « le nouvel impérialisme » actuel

Michel Husson a écrit:
La mondialisation remet-elle en cause les approches classiques de l’impérialisme ? Telle est la question qui sert de fil directeur à cet article, qui comprend donc deux grandes parties. La première présente une brève revue de ces théories, et la seconde cherche à pointer les caractéristiques de la mondialisation qui rendent nécessaire une actualisation théorique et conceptuelle. Il s’agit de réflexions provisoires qui visent avant tout à esquisser les axes d’une telle actualisation.

Les théories classiques de l’impérialisme / Les théories de la dépendance / Le grand basculement du monde / Une nouvelle configuration de l’économie mondiale / États et capitaux / Une configuration instable /

Hypothèses de travail en guise de conclusion

La loi du « développement inégal et combiné » est toujours d’actualité, à condition de bien comprendre qu’elle ne porte plus sur des économies nationales relativement homogènes : encore une fois, la carte des capitaux ne se superpose plus avec celle des États et le capital financier international a acquis une autonomie sans précédent historique.

La question théorique la plus difficile, et qui ne peut sans doute pas être élucidée aujourd’hui, est de savoir jusqu’à quel point les pays dits émergents ont acquis une véritable maîtrise des processus de production ou dans quelle mesure ils restent encore des sous-traitants soumis à la volatilité des capitaux internationaux. La réponse est sans doute différente selon les pays et les secteurs et il faut de ce point de vue remettre en cause l’homogénéité de la catégorie de pays « émergents ». De la réponse apportée à cette question, dépendra en fin de compte le degré de remise en cause nécessaire des conceptions classiques de l’impérialisme.

Une deuxième interrogation porte sur le caractère durable de cette nouvelle configuration de l’économie mondiale. D’un côté, l’épuisement de la croissance au Nord finira probablement par freiner la croissance au Sud et, d’un autre côté, les tensions sociales au Sud pèseront dans le sens d’une croissance plus autocentrée et donc ralentie.

Beaucoup de ces questions seront tranchées sur un terrain non strictement économique, mais social et écologique. L’organisation actuelle de l’économie mondiale conduit en effet à une fuite en avant permanente dans la régression sociale. C’est d’ailleurs ce qu’impliquent les prévisions de l’OCDE citées plus haut, qui prédisent une montée universelle des inégalités, et dont le message peut être ainsi résumé : « Si vous voulez une plus forte croissance, selon l'OCDE, vous devez accepter une plus grande inégalité. Et vice versa. Même pour atteindre un taux de croissance médiocre de 3% pour l’économie mondiale, il faut rendre le travail "plus flexible", et l'économie encore plus globalisée ».

Il y a enfin, surplombant les considérations qui précèdent, le défi du changement climatique qui impliquerait une coopération internationale et la bifurcation vers un autre modèle de développement. Mais ces deux conditions sont en contradiction avec la logique profonde du capitalisme qui est un système fondé sur la concurrence entre capitaux et sur la recherche du profit.

Il faut donc revisiter la théorie de l’impérialisme. Mais cela passe aussi par la construction patiente d’un nouvel internationalisme fondé sur la communauté objective d’intérêts des travailleurs mis en concurrence à travers le monde, au-delà de leurs différences de conditions de vie. C’est après tout dans les luttes que peut émerger une meilleure compréhension de cet adversaire commun.
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MessageSujet: David Harvey   Mer 13 Mai - 9:35

avec David Harvey pour une vision de classe et géopolitique du capitalisme globalisé

dans la logique structurelle de mon approche critique et celle de ce site, le "géographe matérialiste" David Harvey est intéressant, qui propose une analyse concrète du capitalisme actuel, et sa vision de la perspective communiste. Difficile de la renvoyer à une approche "programmatiste", difficile aussi de la percevoir comme compatible avec les thèses de la communisation. Son intérêt est néanmoins de recouper et d'alimenter de manière concrète et actuelle les observations empiriques sur lesquelles se fondent les approches critiques du capital, comme les débats sur la perspective d'une issue communiste

nous avons croisé récemment ses controverses avec Michael Roberts sur la tendance à la baisse du taux de profit : Debating Marx’s Crisis Theory & The Falling Rate of Profit décembre 2014

voici un entretien, en mars 2013, pour la revue Contretemps : Le néolibéralisme comme "projet de classe". Entretien avec David Harvey
Citation :
Dans cet entretien avec Elsa Boulet, David Harvey revient sur la crise du capitalisme, comprise comme la crise de ce "projet de classe" qu'est le néolibéralisme. Il y évoque également les transformations de la classe ouvrière, la situation en Europe et aux Etats-Unis, le rôle que peuvent jouer les intellectuel-le-s critiques, et défend la nécessité - pour changer le monde - de construire une vision utopique.
David Harvey est géographe, il est enseignant-chercheur à la City University of New York. Ses écrits portent en particulier sur les dynamiques récentes du capitalisme et sur l'urbanisation, dans une perspective marxiste. Voir notamment, en français : Le Capitalisme contre le droit à la ville : néolibéralisme, urbanisation et résistances (éd. Amsterdam), Géographie de la domination (éd. Les prairies ordinaires) et Le nouvel impérialisme (éd. Les prairies ordinaires).

D'un projet de classe à l'autre / La dépossession : une dimension majeure de l'accumulation capitaliste / Changer notre conception de la classe ouvrière / La géographie inégale de la crise européenne / Aux Etats-Unis, le Parti Républicain fait barrage à une politique keynésienne / Les intellectuel-le-s dans la lutte des classes : produire des savoirs critiques en dialogue avec les mouvements sociaux / Construire l'utopie par la négation CT - Quelles est votre vision personnelle d'une société communiste, si « communiste » est le mot juste ?

3 livres de David Harvey :

1) Seventeen contradictions and the end of capitalism 2014
Citation :
You thought capitalism was permanent ? Think again.

David Harvey unravels the contradictions at the heart of capitalism - its drive, for example, to accumulate capital beyond the means of investing it, its imperative to use the cheapest methods of production that leads to consumers with no means of consumption, and its compulsion to exploit nature to the point of extinction. These are the tensions which underpin the persistence of mass unemployment, the downward spirals of Europe and Japan, and the unstable lurches forward of China and India.

Not that the contradictions of capital are all bad: they can lead to the innovations that make capitalism resilient and, it seems, permanent. Yet appearances can deceive: while many of capital's contradictions can be managed, others will be fatal to our society. This new book is both an incisive guide to the world around us and a manifesto for change.

2)  A companion to Marx's Capital vol.2 2013
Citation :
The biggest financial crisis since the Great Depression shows no sign of coming to a close and Marx’s work remains key in understanding the cycles that lead to recession. For nearly forty years, David Harvey has written and lectured on Capital, becoming one of the world’s most foremost Marx scholars.

Based on his recent lectures, and following the success of his companion to the first volume of Capital, Harvey turns his attention to Volume 2, aiming to bring his depth of learning to a broader audience, guiding first-time readers through a fascinating and hitherto neglected text. Whereas Volume 1 focuses on production, Volume 2 looks at how the circuits of capital, the buying and selling of goods, realize value.

This is a must-read for everyone concerned to acquire a fuller understanding of Marx’s political economy

3) Rebel Cities : from the right to the city to the urban revolution 2012
Citation :
Long before the Occupy movement, modern cities had already become the central sites of revolutionary politics, where the deeper currents of social and political change rise to the surface. Consequently, cities have been the subject of much utopian thinking. But at the same time they are also the centers of capital accumulation and the frontline for struggles over who controls access to urban resources and who dictates the quality and organization of daily life. Is it the financiers and developers, or the people?
Rebel Cities places the city at the heart of both capital and class struggles, looking at locations ranging from Johannesburg to Mumbai, and from New York City to São Paulo. Drawing on the Paris Commune as well as Occupy Wall Street and the London Riots, Harvey asks how cities might be reorganized in more socially just and ecologically sane ways—and how they can become the focus for anti-capitalist resistance.
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MessageSujet: "Hollande, les Clinton et l'impérialisme en Haïti" WSWS   Sam 23 Mai - 9:59

Hollande, les Clinton et l'impérialisme en Haïti John Marion WSWS 23 mai 2015

traduit de Hollande, the Clintons and imperialism in Haiti John Marion 18 mai

John Marion a écrit:
Dans son livre Les Jacobins noirs, une histoire de la révolution haïtienne contre la France, C.L.R. James écrit que «les esprits honnêtes et les grands empires s'accordent mal». On n'a pas à regarder bien loin aujourd'hui pour trouver en Haïti les esprits malhonnêtes de l'empire: le président français François Hollande et les représentants de Washington et Wall Street, Bill et Hillary Clinton.

Comme ses homologues américains, Hollande est un pourvoyeur d’impérialisme des «droits de l’homme» et c’est justement ce qu’il a apporté aux Caraïbes la semaine dernière. Sa visite en Haïti, la première visite officielle d’un président français depuis la révolution de 1804, était une démonstration flagrante de cynisme.

Hollande s’est d’abord arrêté sur l’île de la Guadeloupe, qui demeure une possession de la France, pour l’inauguration d’un musée consacré à l’histoire de la traite des esclaves. Cet ouvrage commémoratif, a-t-il affirmé, «dira au monde entier que la lutte pour la dignité humaine n’est pas terminée». Le président français, dont le gouvernement a été le fer de lance des guerres illégales en Libye et en Syrie et a fourni des chasseurs au gouvernement meurtrier d’al-Sisi en Égypte, n’est pas en position de faire la morale à qui que ce soit sur la dignité humaine.

Certains s’attendaient que lors de sa visite en Haïti, Hollande aborderait la question des réparations de la France pour les énormes paiements de dette qu’elle a imposés à Haïti après la révolution de 1804 ainsi que pour l’esclavage lui-même (ce à quoi il s’était opposé en 2013 en affirmant que le «rôle funeste» de la France ne pouvait «faire l’objet de marchandage»). Mentionnant le droit des Haïtiens à la démocratie, Hollande a indiqué clairement que le but de sa visite était de favoriser les intérêts commerciaux de la France.

«Le développement est indispensable à la démocratie», a-t-il déclaré, après avoir annoncé la mise sur pied d’une commission qui discutera des occasions d’affaires des sociétés françaises par l’extraction de profits des travailleurs super exploités du pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. «Rien ne sera laissé pour compte dans ce développement», a-t-il lancé.

Ce n’est pas seulement la main-d’œuvre bon marché qui attire les États-Unis et la France en Haïti, mais aussi les ressources minières (malgré l’absence d’un droit effectif sur l’exploitation minière), la possibilité de détourner le pays du pétrole vénézuélien et l’occasion pour les compagnies de croisière et hôtelières de faire des profits. Avant qu’il ne soit forcé de démissionner en décembre, le gouvernement haïtien du premier ministre Laurent Lamothe avait annoncé qu’il participait à la mise sur pied d’un complexe touristique qui allait avoir son propre terrain de golf et aéroport (idéal pour la jet-set multimillionnaire qui ne verrait jamais rien du reste du pays). Les 60% d’Haïtiens qui vivent avec moins de 2 dollars par jour seraient gardés à l’écart des riches par des forces de sécurité privées, des soldats de l’ONU ou la Police nationale d’Haïti.

Dans son livre Hard Choices, Hillary Clinton utilise le même langage qu’Hollande pour décrire l’attitude des États-Unis envers Haïti quand elle était secrétaire d’État: «Il était logique de recentrer notre approche sur le développement afin de mieux exploiter les forces du marché

Clinton décrit le Parc industriel de Caracol, construit dans le nord d’Haïti avec du financement d’USAID (Agence américaine pour le développement international), comme un hommage à la «croissance économique soutenue». Elle vante «son usine moderne de traitement des eaux usées, son nouveau réseau électrique qui dessert pour la première fois les villages avoisinants ainsi que ses nouvelles maisons, écoles et cliniques

En réalité, le parc industriel est construit sur des terres agricoles fertiles d’où ont été évincés les fermiers par le gouvernement et il menace de polluer les peuplements de palétuviers dont dépendent les pêcheurs locaux.

Le 8 mai, le quotidien The Guardian rapportait que des manifestations avaient éclaté en raison de la colère populaire «parce que l'électricité générée par la centrale de 10 mégawatts de Caracol n'alimentait toujours pas certains des villages avoisinants». Le journal a aussi rapporté que deux conteneurs appartenant au fabricant de vêtements coréen Sae-A Trading Co Ltd avaient été «saisis» et qu'un «casque bleu de l'ONU chilien avait été abattu».

Sae-A, le seul locataire corporatif du parc industriel jusqu'à maintenant, embauche un peu moins de 5500 Haïtiens. Quelque 60.000 emplois avaient été promis par les Clinton et le gouvernement d'Haïti au début du projet. Jonathan Katz – un journaliste qui avait joué un rôle essentiel pour localiser la source de l'épidémie de choléra de 2010 chez des soldats de l'ONU provenant du Népal – note que la construction de Caracol a coûté 55.000 $ par emploi créé jusqu'à maintenant, soit «30 fois plus par emploi que le salaire annuel moyen d'un employé de Sae-A». Sea-A a transféré ses opérations du Guatemala vers Haïti en raison d'un conflit syndical là-bas, mais aussi parce qu'on lui avait promis «des exonérations fiscales, une franchise de douane vers les États-Unis, un vaste bassin de main-d’œuvre à bon marché, des ateliers, une centrale électrique et un nouveau port», selon le New York Times.

Le Times rapporte qu’Hillary Clinton et son chef de cabinet, Cheryl Mills, ont «convoqué» les responsables de Sae-A à l’ambassade américaine à Séoul durant une visite officielle au cours du printemps 2010. Woong-ki Kim, le président de Sae-A, a considéré pendant des années la possibilité d’établir une usine à Haïti, mais il a finalement reculé devant la hausse prévue du salaire minimum de 3,75 à 5 dollars par jour.

Bien que Caracol soit vanté comme un moyen de rétablir l’économie après le séisme de 2010 – son emplacement ayant été choisi en partie dans le but de déplacer les travailleurs loin du sud du pays qui avait été dévasté – l’exploitation de la main-d’œuvre bon marché haïtienne pour l’industrie du textile n’est pas chose nouvelle. La loi adoptée par les États-Unis pour encourager les investissements dans le pays caribéen, HOPE I (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement Act), et son extension HOPE II, autorisent les importations sans tarifs douaniers à partir d’Haïti. Les deux lois ont été votées lorsqu’Hillary Clinton était au Sénat.

Après que Clinton soit devenue secrétaire d’État, un câble diplomatique envoyé de l’ambassade américaine en avril 2009 pour préparer sa visite indiquait qu’ «un autre message clé sera de souligner l’importance d’assurer qu’on rende disponibles l’espace industriel et l’infrastructure pour les investisseurs, et que le climat d’entreprise et d’investissement général doit s’améliorer afin que les investisseurs saisissent les opportunités créées par HOPE 2».

Évidemment, Clinton n’était pas seule dans ce travail. Un télégramme de février 2010 provenant du Département d’État divulgué par WikiLeaks détaillait une visite après le tremblement de terre de douze sénateurs et représentants qui étaient tous démocrates, à l’exception d’un seul. La Présidente de la Chambre des représentants d’alors, Nancy Pelosi a maquillé le sens de ses propos mais, sur un ton menaçant digne de la mafia, elle a dit au président René Préval que «nous aimerions entendre qu’Haïti se dirige ailleurs. Si tel est le cas, vous recevrez encore plus de soutien, et nous voyons cela comme une opportunité de vous être encore plus utile».

Lors de ce même voyage, un accord de tutelle pour les dons provenant de l’étranger a été signé, et peu de temps après, Bill Clinton a été nommé vice-président de la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti

Au début du mois, Jonathan Katz a rédigé dans Politico un long rapport sur la complexité et le caractère secret de l’implication de Clinton en Haïti. Il écrit: «Il y a la Fondation Clinton, qui a envoyé 36 millions de dollars en Haïti depuis 2010, mais aussi les 55 millions dépensés par l’entremise du Fonds Haïti Clinton-Bush, puis les 500 millions en engagements faits à travers l’organisme Clinton Global Initiative’s Haiti Action Network. Du côté d’Hillary, il y a sa propre diplomatie, le Bureau du Département d’État du coordonnateur spécial d’Haïti, puis l’ambassade américaine à Port-au-Prince, ainsi que l’Agence de Développement international américain, dont l’administrateur se rapportait à elle».

Certaines des activités des Clinton ont été purement vénal, telle que l’implication de Bill Clinton dans un luxueux hôtel Marriott de Port-au-Prince, pour lequel il a recruté comme investisseur le PDG de Digicel, Denis O’Brien.

Il y a eu de nombreuses manœuvres politiques réactionnaires. Katz résume comment, lors de la course présidentielle de 2012, Hillary Clinton est venue en aide à Michel Martelly – un ancien partisan de la dictature brutale des Duvalier qui dirige actuellement par décret après son refus de s’entendre avec le Sénat haïtien sur une loi électorale. Lors du premier tour de scrutin, Martelly s’est trouvé au troisième rang et ne s’est pas qualifié pour le tour suivant. Katz décrit comment Clinton a rencontré les trois premiers candidats et a ensuite «confronté un Préval récalcitrant». Le deuxième candidat, Jude Célestin, a ensuite abandonné la course et Martelly a remporté le deuxième tour d’une élection avec un taux de participation de seulement 23 pour cent.

Dans son essai, Katz note qu’ «au cours du siècle dernier, ce sont les Américains et non les Français qui ont remodelé à maintes reprises le paysage politique à Haïti». L’intervention de Hollande marque un point tournant dans cette histoire, l’élite dirigeante française revenant sur la scène de certains de ses crimes les plus abominables. Dans Hard Choices, Clinton écrit du prédécesseur d’Hollande, Nicolas Sarkozy, qu’il «était déterminé à réaffirmer la place de la France comme puissance mondiale de premier ordre et qu’il était impatient d’assumer une plus grande responsabilité internationale, ce que j’ai pu constater en Libye».

Même si les impérialismes français et américain peuvent bien avoir un conflit d’intérêts en Haïti, ils sont tous deux d’implacable ennemis des travailleurs et paysans haïtiens.

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MessageSujet: Théorie sociale et mondialisation : l’avènement de l’État transnational   Dim 21 Juin - 18:50



Théorie sociale et mondialisation : l’avènement de l’État transnational William I. Robinson, revue Période 15 juin 2015

je ne copie pas, le texte est trop long, et l'on perd les liens aux nombreuses notes
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MessageSujet: L’Etat Transnational et sa bourgeoisie   Mer 15 Juil - 18:21

L’Etat Transnational et sa bourgeoisie


« Une classe capitaliste transnationale (CCT) a vu le jour comme segment de la bourgeoisie mondiale qui représente le capital transnational, les propriétaires des principaux moyens de production à travers le monde incarné par les sociétés transnationales et des institutions financières privées.

La propagation de firmes transnationales (FTN), la forte augmentation de l’investissement direct étranger, la prolifération des fusions et acquisitions par-delà les frontières nationales, l’émergence d’un système financier mondial, et l’imbrication croissante des postes au sein de la structure globale de l’entreprise sont certains des indicateurs empiriques de l’intégration transnationale des tenants du capitalisme.

La CCT gère des circuits d’accumulation globaux plutôt que nationaux. Cela lui confère une existence objective en tant que classe, une identité spatiale et politique dans le système mondial au dessus de tout territoire local ou de systèmes politiques locaux.

La CCT s’est politisée à partir des années 70 jusqu’aux années 90 et a mené un projet de mondialisation d’une classe  capitaliste. Celle-ci a été  institutionnalisé dans un appareil d’Etat transnational émergent dont le programme politique est qualifié de ‘‘Troisième Voie’’
.
» WILLIAM I. ROBINSON et JERRY HARRIS

WILLIAM I. ROBINSON et JERRY HARRIS a écrit:
transnational

Dossier: « Vers une classe dirigeante mondiale? Mondialisation et classe capitaliste transnationale» de William Robinson et Jerry Harris de l’Université de Santa Barbara/ Californie, publiée en 2000 mais qui est incroyablement d’actualité.

Compte tenu de la densité du texte original, nous l’avons décomposé en 12 posts publiés séparément sous forme d’une série d’articles.

Traduction et publication  avec l’autorisation du professeur William Robinson que nous remercions pour cette opportunité
Présentation générale de l’étude
Formation d’une classe transnationale: quelques éléments conceptuels

. D’une Bourgeoisie Internationale à une bourgeoisie Transnationale

. La mondialisation de la production et le circuit des capitaux

. La classe capitaliste transnationale est une classe en elle-même et une classe pour elle-même

. Mondialisation, fractionnement de classe transnationale

. La formation d’un appareil étatique transnational
Quelques indicateurs empiriques de la constitution d’une classe capitaliste transnationale
Hégémonie et politique globale « par le haut » de la Classe Capitaliste Transnationale

. Divisions dans le bloc mondialiste

. Consensus post-Washington?

. Vers une nouvelle configuration politique? La « 3ème voie » et les politiques d’exclusion

Source en anglais Towards A Global Ruling Class? Globalization and the TransnationalCapitalist Class 2000 PDF

12 études sont présentées dans ce cadre Les textes sont accessibles en bas de la présentation L’Etat Transnational et sa bourgeoisie

- « Vers une classe dirigeante mondiale? Mondialisation et classe capitaliste transnationale. » Présentation de l’étude 1/12
- Formation d’une classe transnationale et la CCT : quelques éléments conceptuels 2/12
- D’une Bourgeoisie Internationale à une bourgeoisie Transnationale
- Dettes publiques: Au-delà de la mise en scène… Par Liliane Held-Khawam
-
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MessageSujet: François Hollande relance l'idée d'un gouvernement de la zone euro   Dim 19 Juil - 21:22



ce sujet n'est pas plus à sa place dans cette catégorie sur les dominations d'Etat que dans le capital comme mode de production, mais bon... je fais avec

dans le processus de transnationalisation des Etats, la crise greco-européenne accélère le besoin d'une maîtrise plus grande des plus forts, capitalistes et Etats unis. C'est ainsi que j'apprécie l'insistance de François Hollande pour une « avant-garde de la zone euro », comprendre la dictature économique et l'austérité à marche politique forcée pour les populations européennes

François Hollande relance l'idée d'un gouvernement de la zone euro

Comme évoqué lors de son traditionnel entretien du 14-juillet, le chef de l'Etat a, de nouveau, appelé de ses vœux, dans le Journal du Dimanche, la constitution d'un gouvernement de la zone euro. Une proposition rejetée par l'opposition.

Citation :
"Ce choix appelle une organisation renforcée et avec les pays qui en décideront, une avant-garde. La France y est prête" , a affirmé le chef de l'Etat.

La France est prête à participer "à une organisation renforcée" de la zone euro et à constituer "avec les pays qui en décideront, une avant-garde", affirme le président français François Hollande dans une tribune publiée par l'hebdomadaire Le Journal du Dimanche. "La zone euro a su cette semaine réaffirmer sa cohésion avec la Grèce. La qualité de la relation franco-allemande y a été pour beaucoup. L'esprit européen a prévalu", écrit M. Hollande dans un dossier du Journal du Dimanche consacré à l'ancien ministre et président de la Commission européenne Jacques Delors, qui fête lundi ses 90 ans.

"Mais nous ne pouvons en rester là. J'ai proposé de reprendre l'idée de Jacques Delors du gouvernement de la zone euro et d'y ajouter un budget spécifique ainsi qu'un Parlement pour en assurer le contrôle démocratique", ajoute le chef de l'Etat. "Partager une monnaie, c'est bien plus que vouloir une convergence. C'est un choix que 19 pays ont fait parce que c'était leur intérêt. Nul gouvernement d'ailleurs depuis quinze ans n'a pris la responsabilité d'en sortir", poursuit François Hollande.

"La zone euro n'est plus gouvernable"

"Ce choix appelle une organisation renforcée et avec les pays qui en décideront, une avant-garde. La France y est prête parce que, comme Jacques Delors nous l'a montré, elle se grandit toujours quand elle est à l'initiative de l'Europe", estime-t-il.

Interrogé dans le même numéro de l'hebdomadaire, Jacques Delors lui-même juge que le système actuel de l'Union européenne et de la zone euro "n'est plus gouvernable". "Cela ne peut plus durer. Il faut refonder cette Union économique et monétaire. Vont-ils le faire ? Il y a eu un vice de construction au départ. Il y a eu aussi des bêtises et une incapacité de l'eurozone à y mettre fin ", analyse Jacques Delors.

Selon lui, "dans la situation actuelle, on a évité le pire. Mais l'Europe n'est pas une puissance morale, je dis morale au bon sens du terme. Il faut reconstituer cette puissance morale qui a fait la force de l'Europe en d'autres périodes, comme au moment de la chute du mur de Berlin".

L'opposition torpille l'idée

Réagissant à cette tribune, Marine Le Pen, présidente du Front national, a fustigé la proposition du chef de l'Etat. "L'euro est un échec, ainsi que l'a encore démontré l'affaire grecque, faisons donc encore plus d'euro ! Voilà le raisonnement de François Hollande son envie d'un gouvernement de la zone euro, et même d'un parlement et d'un budget de la zone. François Hollande comme ses complices de l'euro a-t-il si peu de considération pour la France pour être à ce point incapable de l'imaginer autrement qu'entravée, contrainte, fondue dans un espace supranational ? "

Chez Les Républicains, les deux anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et François Fillon ont traité la proposition par le mépris ."Cette proposition française est refusée par nos partenaires", a tranché le premier dans un tweet, tandis que M. Fillon jugeait la tribune "d'un intérêt mineur", François Hollande restant "dans des considérations générales concernant l'avenir des institutions européennes".

"Le petit assistant d'Angela Merkel"

"Hollande, le petit assistant de Merkel, veut emprisonner les démocraties dans une zone euro supranationale avec un parlement de carton-pâte !", a pour sa part dénoncé le NPA (Nouveau parti anticapitaliste).

Un qualificatif de"petit assistant", également repris par Nicolas Dupont-Aignan, député et président de "Debout la France" (DLF). "La tribune de François Hollande "est un modèle d'imposture. En affirmant que l'Europe avait fait preuve de responsabilité et de solidarité pour la Grèce, le Président de la République se moque des Français. François Hollande ne manque pas de culot en parlant de démocratie alors qu'il a bafoué le référendum en Grèce. Il usurpe un rôle de leader dans la crise grecque alors qu'il fut le petit assistant de Mme Merkel dans le premier coup d'État financier organisé en Europe.

(Avec AFP)
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MessageSujet: L'ESCP Europe veut renforcer son caractère transnational   Sam 25 Juil - 21:06


les patrons ont ceci en commun avec les migrants : ils sont transnationaux, globalisés

L'ESCP Europe veut renforcer son caractère transnational Marie-Christine Corbier Les Echos 26 juin

La grande école de management ouvre un nouveau campus en Pologne. Face à une concurrence accrue, elle s'efforce de trouver de nouvelles ressources.



Tous les étudiants de l'ESCP seront bientôt obligés de faire un passage par au moins deux des campus européens de l'école

Marie-Christine Corbier a écrit:
Un an après son arrivée à la tête de l'ESCP Europe, Frank Bournois a présenté jeudi sa stratégie pour la grande école de management d'ici à 2019. Le directeur général la voit comme « la seule école paneuropéenne parmi les grandes "business schools" internationales ». L'aspect multiculturel doit, selon lui, « différencier » l'ESCP Europe des autres. Tous les étudiants seront ainsi bientôt obligés de faire un passage par au moins deux des campus européens de l'école, ce qui n'est le cas aujourd'hui que pour une partie des formations. L'école entend systématiser les cursus multicampus d'ici à 2019. Elle veut aussi renforcer ses partenariats avec des « business schools » d'autres continents. L'expérience multiculturelle des élèves vise à séduire les entreprises désireuses de recruter des « leaders transnationaux ».

Développement de la formation continue

« On veut montrer qu'on n'est pas un sous-HEC et qu'on a vraiment un projet de différenciation internationale, européenne, culturelle, décrypte un membre de l'école. Le vieux complexe de la troisième école [après HEC et l'Essec, NDLR] , on s'en fiche. On est très bien placés dans les classements, et on bénéficie de la triple accréditation, ce dont peu d'écoles peuvent se prévaloir. On a des atouts pour réussir. »


Pour renforcer ce côté multiculturel, l'école vient d'ouvrir un sixième campus européen, à Varsovie. Elle investit aussi dans une nouvelle formation de niveau bac + 3 en lançant son bachelor à Londres dès la rentrée prochaine. A raison de 12.500 euros de frais de scolarité par étudiant et de 45 étudiants dans la première promotion, cette nouvelle formation apportera des ressources nouvelles à l'école. D'autant que le nombre de participants est destiné à croître.

Dans un contexte concurrentiel accru, avec une baisse attendue des recettes issues de la taxe d'apprentissage et de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France - dont l'école est un service -, Frank Bournois doit en effet trouver de nouvelles ressources. De l'ordre d' « une dizaine de millions d'euros par an », précise le directeur général. Ce qui passera par la « réallocation de ressources et des opérations internes de réorganisation ». Mais aussi par le développement de la formation continue. L'école veut notamment cibler les entreprises non européennes qui souhaitent faire des affaires en Europe. L'augmentation des frais de scolarité des étudiants n'est en revanche pas au programme - ils ont déjà augmenté de 8 % l'an dernier -, sauf pour les étudiants non européens, « mais de manière raisonnable ».

Simplifier la gouvernance

L'école, qui ne veut pas être vue comme un « sous-HEC », envisage toutefois, comme cette dernière, de solliciter davantage sa fondation. Avec des dons de 2,5 millions d'euros par an, la fondation de l'ESCP Europe est loin des 12 millions d'euros collectés par celle de HEC. La hausse des ressources propres ira de pair avec « une simplification de sa gouvernance » pour 2016, affirme Frank Bournois. Une manière de dire, à mots couverts, que l'ESCP Europe cherche à s'autonomiser de la Chambre de commerce. Comme HEC, qui doit changer de statut juridique l'an prochain.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/journal20150626/lec1_france/021164401653-lescp-europe-veut-renforcer-son-caractere-transnational-1131866.php?fl1L0us6wD5OHSH8.99
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MessageSujet: World Economic Forum: a history and analysis   Sam 25 Juil - 21:16


et alors ?... et alors... Davos est arrivé hé hé

World Economic Forum: a history and analysis 04 June 2015



The annual gathering in Davos has certainly cemented the power of a tiny global elite, but its real power has been as a spawning ground for neoliberalism's major advances - the rise of the financial sector, the spread of corporate trade agreements and the integration of emerging economic powers into the global economy.

This article and its accompanying infographic have been jointly published by the Transnational Institute and Occupy.com.

Citation :
The annual meetings of the World Economic Forum (WEF) in Davos, Switzerland, bring together thousands of the world’s top corporate executives, bankers and financiers with leading heads of state, finance and trade ministers, central bankers and policymakers from dozens of the world’s largest economies; the heads of all major international organizations including the IMF, World Bank, World Trade Organization, Bank for International Settlements, UN, OECD and others, as well as hundreds of academics, economists, political scientists, journalists, cultural elites and occasional celebrities.

The WEF states that it is “committed to improving the state of the world through public-private cooperation,” collaborating with corporate, political, academic and other influential groups and sectors “to shape global, regional and industry agendas” and to “define challenges, solutions and actions.” Apart from the annual forum meeting in Davos, the WEF hosts regional and sometimes even country-specific meetings multiple times a year in Asia, Latin America, Africa and elsewhere.

The Forum is host to dozens of different projects bringing together academics with corporate representatives and policy-makers to promote particular issues and positions on a wide array of subjects, from investment to the environment, employment, technology and inequality. From these projects and others, the Forum publishes dozens of reports annually, identifying key issues of importance, risks, opportunities, investments and reforms.

The WEF has survived by adapting to the times. Following the surge of so-called anti-globalization protests in 1999, the Forum began to invite non-governmental organizations representing constituencies that were more frequently found in the streets protesting against meetings of the WTO, IMF and Group of Seven. In the 2000 meeting at Davos, the Forum invited leaders from 15 NGOs to debate the heads of the WTO and the President of Mexico on the subject of globalization.

The participation of NGOs and non-profit organizations has increased over time, and not without reason. According to a poll conducted on behalf of the WEF just prior to the 2011 meeting, while global trust in bankers, governments and business was significantly low, NGOs had the highest rate of trust among the public.

In an interview with the Wall Street Journal last September, the founder and executive chairman of the WEF, Klaus Schwab, was asked about the prospects of “youth frustration over high levels of underemployment and unemployment” as expressed in the Arab Spring and Occupy Wall Street movements, noting that the Forum was frequently criticized for promoting policies and ideologies that contribute to those very problems. Schwab replied that the Forum tries “to have everybody in the boat.”

Davos, he explained, “is about heads of state and big corporations, but it’s also civil society – so all of the heads of the major NGOs are at the table in Davos.” In reaction to the Occupy Wall Street movement, Schwab said, “We also try... to put more emphasis on integrating the youth into what we are doing.”

WEF's beginnings

So, what exactly has the World Economic Forum been doing, and how did it emerge in the first place? It began in 1971 as the European Management Forum, inviting roughly 400 of Europe’s top CEOs to promote American forms of business management. Created by Klaus Schwab, a Swiss national who studied in the U.S. and who still heads the event today, the Forum changed its name in 1987 to the World Economic Forum after growing into an annual get together of global elites who promoted and profited off of the expansion of "global markets." It is the gathering place for the titans of corporate and financial power.

Despite the globalizing economy, politics at the Forum have remained surprisingly national. The annual meetings are a means to promote social connections between key global power players and national leaders along with the plutocratic class of corporate and financial oligarchs. The WEF has been a consistent forum for advanced “networking” and deal-making between companies, occasional geopolitical announcements and agreements, and for the promotion of "global governance" in a world governed of global markets. Indeed, the World Economic Forum’s main purpose is to function as a socializing institution for the emerging global elite, globalization’s "Mafiocracy" of bankers, industrialists, oligarchs, technocrats and politicians. They promote common ideas, and serve common interests: their own.

Writing in the Financial Times, Gideon Rachman noted that more than anything else, “the true significance of the World Economic Forum lies in the realm of ideas and ideology,” noting that it was where the world’s leaders gathered “to set aside their differences and to speak a common language... they restate their commitment to a single, global economy and to the capitalist values that underpin it.” This reflected the “globalization consensus” which was embraced not simply by the powerful Group of Seven nations, but by many of the prominent emerging markets such as China, Russia, India and Brazil.

Indeed, the World Economic Forum’s main purpose is to function as a socializing institution for the emerging global elite, globalization’s "Mafiocracy" of bankers, industrialists, oligarchs, technocrats and politicians. They promote common ideas, and serve common interests: their own.

Geopolitics and Global Governance

The World Economic Forum has been shaped by – and has in turn, shaped – the course and changes in geopolitics, or "world order," over the past several decades. Created amidst the rise of West Germany and Japan as prominent economic powers competing with the United States, the oil shocks of the 1970s also produced immense new powers for the Arab oil dictatorships and the large global banks that recycled that oil money, loaning it to Third World countries.

New forums for "global governance" began to emerge, such as the meetings of the Group of Seven: the heads of state, finance ministers and central bank governors of the seven leading industrial powers including the U.S., West Germany, Japan, UK, France, Italy and Canada, starting in 1975. When the debt crisis of the 1980s hit, the International Monetary Fund and the World Bank achieved immense new powers over entire economies and regions, reshaping the structure of societies to promote “market economies” and advance the interests of domestic and international corporate and financial oligarchs.

Between 1989 and 1991, the global power structure changed dramatically with the fall of the Berlin Wall and the collapse of the Soviet Union. With that came President George H.W. Bush’s announcement of a "New World Order" in which America claimed "victory" in the Cold War, and a unipolar world took shape under the hegemony of the United States. The ideological war between the West and the Soviet Union was declared victorious in favor of Western Capitalist Democracy. The "market system" was to become globalized as never before, especially under the presidency of Bill Clinton who led the U.S. during its largest ever economic expansion between 1993 and 2001.

During this time, the annual meetings of the World Economic Forum became more important than ever, and the role of the WEF in establishing a "Davos Class" became widely acknowledged. At the 1990 meeting, the focus was on Eastern Europe and the Soviet Union’s transition to “market-oriented economies.” Political leaders from Eastern Europe and Western Europe met in private meetings, with West German Chancellor Helmut Kohl articulating his desire to reunify Germany and cement Germany’s growing power within the European Community and NATO.

Helmut Kohl laid out his strategy for shaping the “security and economic structure of Europe” within a unified Germany. Kohl’s “grand design” for Europe envisioned a unified Germany as being “firmly anchored” in the expanding European Community, the main objective of which was to establish an "internal market" by 1992 and to advance toward an economic and monetary union, with potential to expand eastward. Kohl presented this as a peaceful way for German power to grow while assuaging fears of Eastern Europeans and others about the economically resurgent country at the heart of Europe.

At the 1992 WEF meeting, the United States and reunified Germany encouraged “drastic steps to insure a liberalization of world trade,” and furthered efforts to support the growth of market economies in Eastern Europe. The German Economics Minister called for the Group of Seven to meet and restart global trade talks through the 105-nation General Agreement on Tariffs and Trade (GATT). At that same meeting, the Chinese delegation included Prime Minister Li Peng, who was the highest-level Chinese official to travel internationally since the 1989 Tiananmen Square crackdown.

Of great significance also was the attendance of Nelson Mandela, the new president of South Africa. When Mandela was released from prison in 1990, he declared the policy of the African National Congress (ANC) was to implement “the nationalization of the mines, banks and monopoly industries.” When Mandela attended the January 1992 meeting of the WEF just after becoming president, he changed his views and embraced “capitalism and globalization.”

Mandela attended the meeting alongside the governor of the central bank of South Africa, Tito Mboweni, who explained that Mandela arrived with a speech written by ANC officials focusing on nationalization. As the week’s meetings continued, Mandela met with leaders from Communist Parties in China and Vietnam, who told him, “We are currently striving to privatize state enterprises and invite private enterprise into our economies. We are Communist Party governments, and you are a leader of a national liberation movement. Why are you talking about nationalization?”

As a result, Mandela changed his views, telling the Davos crowd that he would open South Africa up as a market economy and encourage investment. South Africa subsequently became the continent’s fastest growing economy, though inequality today is greater than it was during apartheid. As Mandela explained to his official biographer, he came home from the 1992 WEF meeting and told other top officials that they had to choose: “We either keep nationalization and get no investment, or we modify our own attitude and get investment.”

At the 1993 meeting, the main consensus that had emerged called for the U.S. to maintain its position as a global economic and military power, and for it to take the lead encouraging greater “co-operation” between powerful nations. The major fear among Davos participants was that while economies were becoming globalized, politics was turning inward and becoming “renationalized.”

Later that year, Anthony Lake, Bill Clinton’s National Security Adviser, articulated the “Clinton Doctrine” for the world, explaining: “The successor to a doctrine of containment must be a strategy of enlargement – enlargement of the world’s free community of market democracies.” Lake explained that the United States “must combine our broad goals of fostering democracy and markets with our more traditional geostrategic interests.” No doubt, the Davos crowd welcomed such news.

At the 1994 meeting, the director-general of GATT, Peter D. Sutherland, declared that world leaders needed to establish “a new high-level forum for international economic co-operation,” moving beyond the Group of Seven to become more inclusive of the major "emerging market" economies. Sutherland told the assembled plutocrats that “we cannot continue with the majority of the world’s people excluded from participation in global economic management.” Eventually, the organization Sutherland described was formed, as the Group of 20, bringing the leading 20 industrial and economic powers together in one setting. Formed in 1999, the G20 didn't become a major forum for global governance until the 2008 financial crisis.

In 1995, the Financial Times noted that the new “buzzword” for international policymakers was “global governance,” articulating a desire and strategy for updating and expanding the institutions and efforts of international co-operation. The January 1995 World Economic Forum meeting was the venue for the presentation of an official UN report on global governance. President Clinton addressed the Davos crowd by satellite, stressing that he would continue to push for the construction of a new “economic architecture,” notably at meetings of the Group of Seven.

The arrival of the Davos Class

[The Davos Class] “have little need for national loyalty, view national boundaries as obstacles that are thankfully vanishing, and see national governments as residues from the past whose only useful function is to facilitate the elite’s global operations." (Samuel Huntington)

In 1997, the highly influential U.S. political scientist Samuel Huntington coined the term "Davos Man," which he described as a group of elite individuals who “have little need for national loyalty, view national boundaries as obstacles that are thankfully vanishing, and see national governments as residues from the past whose only useful function is to facilitate the elite’s global operations.”

An article that year in The Economist came to the defense of the "Davos Man," declaring that he was replacing traditional diplomacy which was “more likely to bring peoples together than to force them apart,” noting that the WEF was “paid for by companies and run in their interests.”

Samuel Huntington presented a thesis, summarized in a 1997 Financial Times article, that outlined a world that “would be divided into spheres of influence,” within which “one or two core states would rule the roost.” Huntington noted that the “Davos culture people,” while extremely powerful, were only a tiny fraction of the world’s population, and the leaders of this faction “do not necessarily have a secure grip on power in their own societies.”

The Financial Times, however, noted that while the "Davos culture people" did not constitute a “universal civilization” being such a tiny minority of the world’s population, “they could be the vanguard of one.”

Russian Oligarchs and the Rise of China

In fact, at the previous year’s meeting in Davos, the World Economic Forum functioned precisely as the vanguard for seven Russian oligarchs to take control of Russia and shape its future. At the 1996 meeting of the WEF, the Russian delegation was made up largely of the country’s new oligarchs who had amassed great fortunes in the transition to a market economy. Their great worry was that Russian President Boris Yeltsin would lose his re-election later that year to the resurgence of the Communists.

At the WEF meeting, seven Russian oligarchs, led by Boris Berezovsky, formed an alliance during private meetings, where they decided to fund Yeltsin’s re-election and work together to “reshape their country’s future.” This alliance (or cartel, as some may refer to it), was the key to Yeltsin’s re-election victory later that year, as they held weekly meetings with Yeltsin’s chief of staff, Anatoly Chubais, the architect of Russia’s privatization program that made them all so rich.

Berezovsky explained that if the oligarchs did not work together to promote common ends, it would be impossible to have a transition to a market economy “automatically.” Instead, he explained, “We need to use all our power to realize this transformation.” As the Financial Times noted, the oligarchs “assembled a remarkable political machine to entrench and promote the market economy – as well as their own financial interests,” as the seven men collectively controlled roughly half the entire Russian economy.

Russian politician Anatoly Chubais commented on this development and the role of the oligarchs, saying: “They steal and steal and steal. They are stealing absolutely everything and it is impossible to stop them... But let them steal and take their property. They will then become owners and decent administrators of this property.”

In the 1990s, with the spread of global markets came the spread of major financial crises: in Mexico, across Africa, East Asia, Russia and then back to Latin America. At the WEF meeting in 1999, the key issue was “reform of the international financial system.” As the economic crises spread, the Group of Seven nations, and the Davos Class, told the countries in crisis that in order “to restore confidence [of the markets], they should adopt politically unpopular policies of radical structural reform,” promoting further liberalization and deregulation of markets to open themselves up to Western corporate and financial interests and 'investment.'

The major emerging markets have been frequent participants in annual Davos meetings, providing a forum in which national elites may become acquainted with the global ruling class, with whom they then cooperate and do business. China started sending more high-level delegations to the WEF in the mid-1980s. During the 2009 meeting, two prominent speakers were President Putin of Russia and the Chinese Prime Minister Wen Jiabao. Both leaders painted a picture of the crisis as emanating from the centers of finance and globalization in the United States and elsewhere, with the “blind pursuit of profit” and “the failure of financial supervision” – in Wen’s words – and bringing about what Putin described as a “perfect storm.” Both Wen and Putin, however, declared their intentions to work with the major industrial powers “on solving common economic problems.”

In 2010, China’s presence at Davos was a significant one. Prime Minister Wen Jiabao, who attended the previous year, was not to return. In his stead, his chosen successor, Li Keqiang, attended. China’s economy was performing better than expected as its government was coming under increased pressure from major global corporations.

Kristin Forbes, a former member of the White House Council of Economic Advisers and an attendee at Davos, commented, “China is the West’s greatest hope and greatest fear... No one was quite ready for how fast China has emerged... Now everyone is trying to understand what sort of China they will be dealing with.” China sent its largest delegation to date to the World Economic Forum, with a total of 54 executives and government officials, many of whom were intending to “go shopping” for clients among the world’s elite.

Li Keqiang, the future Chinese prime minister, told the Davos audience that China was going to shift from its previous focus on exports and turn to “boosting domestic demand,” which would “not only drive growth in China but also provide greater markets for the world.” Li explained that China would “allow the market to play a primary role in the allocation of resources.”

In 2011, The New York Times declared that the World Economic Forum represented “the emergence of an international economic elite” that took place at the same time as unprecedented increases in inequality between the rich and poor, particularly in the powerful countries but also in the fast-emerging economies. Chrystia Freeland wrote that “the rise of government-connected plutocrats is not just a phenomenon in places like Russia, India and China,” but that the major Western bailouts reflected what the former chief economist at the IMF, Simon Johnson, referred to as a “quiet coup” by bankers in the United States and elsewhere. Davos and the Financial Oligarchy

The power of global finance – and in particular, banks and oligarchs – has grown with each successive financial crisis. As the financial crisis tore through the world in 2008, the January 2009 meeting of the World Economic Forum featured less of the Wall Street titans and more top politicians. Klaus Schwab declared, “The pendulum has swung and power has moved back to governments,” adding that “this is the biggest economic crisis since Davos began.” Goldman Sachs, which in past years was “renowned for hosting one of the hottest parties at the World Economic Forum’s glittering annual meeting in Davos,” had cancelled its 2009 party. Nonetheless, Jamie Dimon, CEO of JPMorgan Chase, decided to continue with his plans to host a Davos party.

Goldman Sachs.. was “renowned for hosting one of the hottest parties at the World Economic Forum’s glittering annual meeting in Davos" In 2010, thousands of delegates assembled to discuss the "important’ issues of the day. And despite the reputation of banks and bankers being at all-time lows, top executives of the world’s largest financial institutions showed up in full force. The week before the meeting, President Obama called for the establishment of laws to deal with the "too big to fail" banks, and European leaders were responding to the anger of their domestic populations for having to pay for the massive bailouts of financial institutions during the financial crisis. Britain and France were discussing the prospect of taxing banker bonuses, and Mervyn King, then governor of the Bank of England, suggested the possibility of breaking up the big banks. Several panels at the WEF meeting were devoted to discussing the financial system and its possible regulation, as bankers like Josef Ackermann of Deutsche Bank suggested that they would agree to limited regulations (at least on "capital requirements").

More important, however, were plans for a series of private meetings of government representatives and bank chiefs, who would meet separately, and then together, in Davos. Roughly 235 bankers were to attend the summit – a 23% increase from the previous year. Global bankers and other corporate leaders were worried, and warned the major governments in attendance against the financial repercussions of pursuing “a populist crackdown” against banks and financial markets. French President Nicolas Sarkozy spoke to the Forum’s guests about a need for a “revolution” in global financial regulation, and for “reform of the international monetary system.” The heads of roughly 30 of the world’s largest banks held a private meeting at Davos “to plot how to reassert their influence with regulators and governments,” noted a report on Bloomberg. The “private meeting” was a precursor to a later meeting at Davos involving top policymakers and regulators.

Brian Moynihan, CEO of Bank of America, said of the assembled bankers, “We’re trying to figure out ways that we can be more engaged.” According to Moynihan, a good deal of the closed-door discussion “was about tactics, such as who the executives should approach and when.” The CEO of UBS, a major Swiss bank, commented that “it was a positive meeting, we’re in consensus.”

The bankers said they were aware that some new rules were inevitable, but they wanted to encourage regulators and countries to coordinate the rules through the Group of 20, revived in 2009 as the premier forum for international cooperation and "global governance."

Josef Ackermann, CEO of Deutsche Bank, suggested that “we should stop the bank bashing,” and affirmed that banks had a “noble role” to play in managing the economic recovery. Christine Lagarde, France's Finance Minister and current Managing Director of the IMF, encouraged a “dialogue” between governments and banks, saying, “That’s the only way we’re going to get out of it.” Later that week, the bankers met “behind closed doors with finance ministers, central bankers and regulators from major economies.”

The key message at the time from finance ministers, regulators and central bankers was a political one: “They [the banks] should accept more stringent regulation, or face more draconian curbs from politicians responding to an angry public.” Guillermo Ortiz, who had just left his post as governor of the central bank of Mexico, said, “I think banks have misjudged the deep feelings of the public regarding the devastating effects of the crisis.” French President Sarkozy stated that “there is indecent behavior that will no longer be tolerated by public opinion in any country of the world,” and that bankers giving themselves excessive bonuses as they were “destroying jobs and wealth” was “morally indefensible.”

As the 2011 Davos meeting began, Edelman, a major communications consultancy, released a report that revealed a poll conducted among 5,000 wealthy and educated individuals in 23 countries, considered to be “well-informed.” The results of the poll showed there to be a massive decline in trust for major institutions, with banks taking the biggest hit. Prior to the financial crisis in 2007, 71% of those polled expressed trust in banks compared with a new low of 25 percent in 2011.

A home for a global elite

Despite the lack of public trust in banks and financial institutions, Davos remains devoted to protecting and expanding the interests of the financial elite. In fact, the Foundation Board of the World Economic Forum (its top governing body) includes many representatives of the world of finance and global financial governance.


Davos Faces 2015

Among them, (as this infographic makes clear) are Mukesh Ambani, who sits on advisory boards to Citigroup, Bank of America and the National Bank of Kuwait; and Herman Gref, the CEO of Sberbank, a large Russian bank. Ernesto Zedillo, the former President of Mexico who is also a member of the board, currently serves as a director on the boards of Rolls Royce and JPMorgan Chase, international advisory boards to BP and Credit Suisse, an adviser to the Bill & Melinda Gates Foundation, and is a member of the Group of Thirty and the Trilateral Commission as well as sitting on the board of one of the world's most influential economic think tanks, the Peterson Institute for International Economics.

Also notable, Mark Carney, the governor of the Bank of England, is a member of the Foundation Board of the World Economic Forum. Carney started his career working for Goldman Sachs for 13 years, after which he was appointed as Deputy Governor of the Bank of Canada. After a subsequent stint in Canada’s Ministry of Finance, Carney returned to the Bank of Canada as governor from 2008 to 2013, when he became the first non-Briton to be appointed as head of the Bank of England in its 330-year history. From 2011 to present, Carney has also been the Chairman of the Financial Stability Board, run out of the Bank for International Settlements in Basel, Switzerland.

Apart from heading the FSB, Mark Carney is also a board member of the BIS, which serves as the central bank for the world’s major central banks. He is also a member of the Group of Thirty, a private and highly influential think tank and lobby group that brings together dozens of the most influential economists, central bankers, commercial bankers and finance ministers. Carney has also been a regular attendee at annual meetings of the Bilderberg Group, an even more-exclusive "invite only" global conference than the WEF.

Though there are few women among the WEF’s membership – let alone its leadership – Christine Lagarde has made the list, while simultaneously serving as the managing director of the IMF. She previously served as the French finance minister throughout the course of the financial crisis. Lagarde also attends occasional Bilderberg meetings, and is one of the most powerful technocrats in the world. Min Zhu, the deputy managing director of the IMF, also sits on the WEF’s board.

Further, the World Economic Forum has another governing body, the International Business Council, first established in 2002 and composed of 100 “highly respected and influential chief executives from all industries,” which “acts as an advisory body providing intellectual stewardship to the World Economic Forum and makes active contributions to the Annual Meeting agenda.”

The membership of the WEF is divided into three categories: Regional Partners, Industry Partner Groups, and the most esteemed, the Strategic Partners. Membership fees paid by corporations and industry groups finance the Forum and its activities and provide the member company with extra access to meet delegates, hold private meetings and set the agenda. In 2015, the cost of an annual Strategic Partner status with the WEF had increased to nearly $700,000. Among the WEF’s current strategic partners are Bank of America, Barclays, BlackRock, BP, Chevron, Citi, Coca-Cola, Credit Suisse, Deutsche Bank, Dow Chemical, Facebook, GE, Goldman Sachs, Google, HSBC, JPMorgan Chase, Morgan Stanley, PepsiCo, Siemens, Total, and UBS, among others.

Depending on its finances from these sources, as well as being governed by individuals from these and others institutions, it is no surprise that Davos promotes the interests of financial and corporate power above all else. This is further evident on matters related to trade.

Davos and "Trade"


Trade has been another consistent, major issue at Davos meetings – which is to say, the promotion of powerful corporate and financial interests has been central to the functions of the WEF. As the Wall Street Journal noted, “it is pretty much a tradition that trade ministers meet at Davos with an informal meeting.”

At the 2013 meeting, U.S. Trade Representative Ron Kirk explained at Davos that the Obama administration was “committed to reaching an agreement to smooth trade with the European Union,” saying in an interview that “we greatly value the trans-Atlantic relationship.” The week’s meetings suggested that there “were signs of progress toward a trade accord.” Thomas J. Donohue, the president of the U.S. Chamber of Commerce, who was present at Davos, commented that “half a dozen senior leaders in Europe are ready to move forward.” In fact, at the previous Davos meeting in January 2012, high level U.S. and EU officials met behind closed doors with the Transatlantic Business Dialogue (TABD), a major corporate grouping that promotes a U.S.-E.U. “free trade” agreement. The TABD was represented at the meeting by 21 top corporate executives, and was attended by U.S. Trade Representative Kirk, WTO Director-General Pascal Lamy, the European Commissioner for Trade, Karel De Gucht, other top technocrats, and Obama’s Deputy National Security Adviser for International Economic Affairs, Michael Froman (who is now the U.S. Trade Representative). The result of the meeting was the release of a report on a "Vision for the Future of EU-US Economic Relations," which called “to press for urgent action on a visionary and ambitious agenda.”

The meeting also recommended the establishment of a "CEO Task Force" to work directly with the "High Level Working Group" of trade ministers and technocrats to chart a way forward.

Just prior to the 2013 meeting in Davos, the TABD corporate group merged with another corporate network to form the Transatlantic Business Council (TBC), a group of top CEOs and chairmen of major corporations, representing roughly 70 major corporations. The purpose of the TBC was to hold “semi-annual meetings with U.S. Cabinet Secretaries and European Commissioners (in Davos and elsewhere).” At the Davos 2013 meeting, the TBC met behind closed doors with high level officials from the U.S. and EU. Michael Froman, who would replace Ron Kirk as the U.S. Trade Rep, spoke at the meeting, declaring that “the transatlantic economy is to become the global benchmark for standards in a globalized world.”

The following month, the U.S. and EU "High Level Working Group" released its final report in which it recommended “a comprehensive trade and investment agreement” between the two regions. Two days after the publication of this report, President Obama issued a joint statement with European Council President Herman Van Rompuy and European Commission President José Manuel Barroso, in which they announced that “the United States and the European Union will each initiate the internal procedures necessary to launch negotiations on a Transatlantic Trade and Investment Partnership,” or TTIP.

At the announcement, Kirk declared the sectors that will fall under the proposed agreement, stating that, “for us, everything is on the table, across all sectors, including the agricultural sector.”

The World Economic Forum in a World of Unrest

Perhaps most interestingly, the World Economic Forum has been consistently interested in the prospects of social unrest, protests and resistance movements, particularly those that directly confront the interests of corporate and financial power. This became particularly true following the mass protests in 1999 against the World Trade Organization, which disrupted the major trade talks taking place in Seattle and marked the ascendency of what Davos called the “anti-globalization movement.”

These issues were foremost on the minds of the Davos Class as they met less than two months later in Switzerland for the annual WEF meeting in 2000. The New York Times noted that as President Clinton attempted to address the issue of restoring “confidence in trade and globalization” at the WEF, global leaders – particularly those assembled at Davos – were increasingly aware of the new reality that “popular impressions of globalization seem to have shifted” with growing numbers of people, including the protesters in Seattle, voicing criticism of the growing inequality between rich and poor, environmental degradation and financial instability.

The head of the WTO declared that “globalism is the new ‘ism’ that everyone loves to hate... There is nothing that our critics will not blame on globalization and, yes, it is hurting us.”

The guests included President Clinton, British Prime Minister Tony Blair and Mexican President Ernesto Zedillo, along with the leaders of South Africa, Indonesia, Malaysia and Finland, among others. The head of the WTO and many of the world’s trade ministers were also set to attend, hoping to try to re-start negotiations, though protesters were also declaring their intention to disrupt the Forum’s meeting. With these worries in mind, the Swiss Army was deployed to protect the 2,000 members of the Davos Class from being confronted by protesters.

As the World Economic Forum met again in January of 2001 in Davos, “unprecedented security measures” were taken to prevent “hooligans” from disrupting the meeting. On the other side of the world, in Porto Alegre, Brazil, roughly 10,000 activists were expected to converge for the newly-formed World Social Forum, a counter-forum to Davos that represented the interests of activist groups and the Third World. As the Davos Class met quietly behind closed doors, comforted by the concrete blocks and razor wire that surrounded the small town, police on the other side of the fence beat back protesters.

In the wake of the financial crisis, the WEF meeting in 2009 drew hundreds of protesters to Davos and Geneva where they were met by riot police using tear gas and water cannons. Inside the Forum meeting, French Finance Minister Christine Lagarde warned the assembled leaders, “We’re facing two major risks: one is social unrest and the second is protectionism.” She noted that the task before the Davos Class was “to restore confidence in the systems and confidence at large.” Protesters assembled outside held signs reading, “You are the Crisis.”

The January 2012 WEF meeting took place following a year of tumultuous and violent upheavals across the Arab world, large anti-austerity movements across much of Europe, notably with the Indignados in Spain, and the Occupy Wall Street movement just months prior in the United States and across much of the world. As the meeting approached, the WEF announced in a report that the top two risks facing business leaders and policy makers were “severe income disparity and chronic fiscal imbalances.” The report warned that if these issues were not addressed it could result in a “dystopian future for much of humanity.” The Occupy Movement had taken the issue of inequality directly to Davos, and there was even a small Occupy protest camp constructed at Davos. As the Financial Times noted, “Until this year [2012] the issue of inequality never appeared on the risk list at all, let alone topped it.” At the heart of it was “the question of social stability,” with many Davos attendees wondering “where else unrest might appear.” Beth Brooke, the global vice chair of Ernst & Young, noted that “countries which have disappearing middle classes face risks – history shows that.”

With citizens taking to city streets and protesting in public squares from Cairo to Athens and New York, the Financial Times noted that discontent was “rampant,” and that “the only consistent messages seem to be that leaders around the world are failing to deliver on their citizens’ expectations and that Facebook and Twitter allows crowds to coalesce in an instant to let them know it.” For the 40 government leaders assembling in Davos, “this is not a comforting picture.”

In Europe, democratically elected leaders in Italy and Greece had been removed and replaced with economists and central bankers in a technocratic coup only months earlier, largely at the behest of Germany. Mario Draghi, the head of the European Central Bank (ECB), was perhaps “the most powerful leader in Europe,” though an Occupy movement had sprung up at the headquarters of the ECB in Frankfurt as well. During the Forum, Occupy protesters outside clashed with police. Stephen Roach, a member of the faculty at Yale University and a chairman of Morgan Stanley Asia, wrote an article in the Financial Times describing his experiences as a panelist at the "Open Forum," held on the last day of the Davos gathering, in which citizens from the local community could participate along with students and Occupy protesters.

The topic he discussed was “remodeling capitalism,” which, Roach wrote, “was a chance to open up this debate to the seething masses.” But the results were “disturbing” as “chaos erupted immediately” with chants from Occupy protesters denouncing the forum and calling for more to join them. Roach wrote that it was “unruly and unsettling” and he “started thinking more about an escape route than opening comments.”

Once the discussions began, Roach found himself listening to the first panelist, a 24-year-old Occupy protester named Maria who expressed anger at “the system” and that there was a “need to construct a new one based on equality, dignity and respect.” Other panelists from the WEF included Ed Miliband from the UK, a UN Commissioner, a Czech academic and a minister from the Jordanian dictatorship. Roach noted that compared to Maria from Occupy, “the rest of us on the panel spoke a different language.”

Having spent decades as a banker on Wall Street, Roach confessed that “it as unsettling to engage a hostile crowd whose main complaint is rooted in Occupy Wall Street,” explaining that he attempted to focus on his expertise as an economist, “speaking over hisses.” He explained that all of his "expert" insights on economics “hardly moved this crowd.” Maria from Occupy, Roach wrote, got the last word as she stated, “The aim of Occupy is to think for yourself. We don’t focus on solutions. We want to change the process of finding solutions.” As “the crowd roared its approval,” Roach “made a hasty exit through a secret door in the kitchen and out into the night.” Davos, he wrote, “will never again be the same for me. There can be no retreat in the battle for big ideas.”

In October of 2013, The Economist reported that “from anti-austerity movements to middle-class revolts, in rich countries and in poor, social unrest has been on the rise around the world.” A World Economic Forum report from November 2013 warned of the dangers of a “lost generation” that would “be more prone to populist politics,” and that “we will see an escalation in social unrest.” Over the course of 2013, major financial institutions such as JPMorgan Chase, UBS, HSBC, AXA and others were issuing reports warning of the dangers of social unrest and rebellion. JPMorgan Chase, in its May 2013 report, stated that Europe’s “adjustment” to its new economic order was only “halfway done on average,” warning of major challenges ahead. The report complained about laws hindering the advancement of its agenda, such as “constitutional protection of labor rights... and the right to protest if unwelcome changes are made to the political status quo.”

The 2014 meeting of the World Economic Forum drew more than 40 heads of state, including then-president of Ukraine, Viktor Yanukovich, as well as Mexico’s Enrique Pena Nieto, Japanese Prime Minister Shinzo Abe, British Prime Minister David Cameron, Brazilian Presient Dilma Rousseff, Iranian President Hassan Rouhani, Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and Nigeria’s Goodluck Jonathan. U.S. Treasury Secretary Jacob Lew and prominent central bankers such as Mario Draghi and Mark Carney also attended alongside IMF Managing Director Christine Lagarde and World Bank president Jim Yong Kim.

As the meeting began, a major report by the World Economic Forum was published, declaring that the “single biggest risk to the world in 2014” was the widening “gap between rich and poor.” Thus, income inequality and “social unrest are the issue[s] most likely to have a big impact on the world economy in the next decade.” The report warned that the world was witnessing the “lost generation” of youth around the world who lack jobs and opportunities, which “could easily boil over into social upheaval,” citing recent examples in Brazil and Thailand.

Brazilian President Dilma Rousseff is due to attend the annual Davos meeting this week. But just prior to that meeting, violent protests erupted in the streets of Brazil in opposition to austerity measures imposed by President Rousseff, recalling “the beginnings of the mass street demonstrations that rocked Brazil in June 2013.” One wonders whether Rousseff will be attending next year’s meeting of the WEF, or whether she will still even be president.

Indeed, the growth and power of the Davos Class has grown with – and spurred – the development of global unrest, protests, resistance movements and revolution. As Davos welcomes the global plutocrats to 2015, no doubt they'll be reminded of the repercussions of the "market system" as populations around the world remind their leaders of the power of people.
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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Sam 1 Aoû - 22:26

les événements se présentent de façon si interconnectés qu'il m'est difficile de savoir dans quelle "catégories" les ranger

dernier en date dont il difficile de mesurer les conséquences sociales et économiques, comme au demeurant d'en bien cerner les raisons : la création des 13 nouvelles régions et la désignation de leur capitale par l'État


deux bordels prévisibles : pour les administrés et pour les fonctionnaires, et il est certain qu'une économie de ce côté-là a prévalu à ces choix, comme les précédentes réformes de "décentralisation" (11.000 fonctionnaires impactés... «Il va y avoir beaucoup de mobilité professionnelle. De 2000 à 3000 fonctionnaires seront concernés sur les 27.000 agents de l'État employés dans des directions régionales», indique un conseiller ministériel. Ces chiffres paraissent fantaisistes puisqu'« un rapport, rendu en avril par plusieurs inspections générales, soulignait que le redécoupage des régions « est susceptible d’entraîner une mobilité fonctionnelle ou géographique pour près de 10 700 agents ».(source Le Monde 31 juillet), mais « Selon le gouvernement, la nouvelle organisation doit permettre de limiter la mobilité géographique des fonctionnaires territoriaux, qui ne devrait concerner que « de l’ordre de 1.000 agents sur les trois années de mise en œuvre de la réforme », sur un total de 27 000 agents de l’État en fonction dans les régions. Deux mille à trois mille autres devraient voir leurs fonctions changer, tout en restant dans la même zone, a précisé un responsable du dossier.» À l'expérience, quand les fonctions changent, cela suscite ou nécessite des réorganisations qui sont l'occasion de supprimer des postes, alors que « 50 000 postes de fonctionnaires seraient vacants actuellement » (infos 5 et 6 juillet)

« La réforme fait disparaître 9 postes de préfets de région et de directeurs généraux d'agences régionales de santé et 63 postes de directeurs régionaux des administrations de l'Etat, ainsi que leurs états-majors » (et déménagement ou suppression des postes, ces directions n'existant plus)

une taille qui rapprochent certaines de ces hyper-régions de la dimension démographique et de la puissance économique de petits pays en Europe ou ailleurs, ceci dans le contexte d'une pénétration accrue de capitaux étrangers et de bradage des joyaux de la princesse - qu'on songe, après celle de l'aéroport de Toulouse, à la future privatisation de ceux de Lyon et Nice

des régions qui n'ont plus rien de vraiment "françaises", puisqu'on achève de défaire de qui restait aux départements et 22 régions précédentes d'une unité historique et culturelle mise à mal depuis le passages des Provinces aux départements, pendant la Révolution française


Disparition des 38 provinces d'Ancien Régime (en couleur) au profit des 83 départements de 1790 (limites en noir)

Citation :
Liste des 38 provinces historiques du royaume de France
1. Alsace
2. Angoumois
3. Anjou
4. Artois
5. Aunis
6. Auvergne
7. Béarn
8. Berry
9. Bourbonnais
10. Bourgogne
11. Bretagne
12. Comté de Foix
13. comtat Venaissin
14. Champagne
15. Corse
16. Dauphiné
17. Flandre
18. Franche-Comté
19. Gascogne
20. Guyenne
21. Ile de France
22. Languedoc
23. Limousin
24. Lorraine
25. Lyonnais
26. Maine
27. Marche
28. Nivernais
29. Normandie
30. Orléanais
31. Picardie
32. Poitou
33. Provence
34. Roussillon
35. Saintonge
36. Touraine
Le duché de Savoie et le comté de Nice, annexés à la France en 1860, ne comptent pas parmi les provinces historiques du royaume de France.


rien donc d'un repli nationaliste, et tout d'une accélération de la trans-nationalisation capitaliste, redéfinissant la fonction des États nationaux comme police économique et militaire intérieure et extérieure

aux extrêmes, on a deux "classes" transnationales globalisées : les dirigeants capitalistes et les migrants ("expulsés", "nègres du monde", "précariat globalisé"...)

sans en faire les deux nouveaux pôles de l'affrontement de classe mondial - les migrants forment plutôt une non-classe : pas de travail, pas de lieu fixe, pas de langue commune... C'est à se demander si cela ne redessine pas en profondeur la vision que l'on peut se faire d'une "révolution" communiste, si cela la rend plus proche ou non du concept de communisation, né comme renversement du programmatisme ouvrier. Tout ce qu'on peut dire, c'est que Negri et Hardt ont eu le nez creux, en 2000, avec les concepts d'Empire et Multitude, le "nomadisme", et que les colonialités n'adressent pas seulement l'Occident, mais bien aussi l'Islam politique ou l'expansion Chinoise, comme entités capitalistes
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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Sam 15 Aoû - 22:33



Bibeau n'est pas pipeau

une réflexion générale, certes un rien marxiste orthodoxe comme d'hab' avec Robert Bibeau, mais attentive à ce qui se passe, et prenant la mesure de changements historiques bouleversant la donne révolutionnaire, pour autant qu'elle soit donnée...

Nord contre Sud, Occident contre Orient ?!…  Robert Bibeau 7duQuébec 12 août 2015  

Robert Bibeau a écrit:
L’histoire de l’humanité


L’histoire du monde n’est pas l’histoire des peuples du Nord en guerre contre les peuples du Sud, ni celle des luttes des peuples d’Occident contre les peuples d’Orient. C’est l’histoire de la lutte des classes au sein de divers modes de production qui se sont succédé dans l’évolution de l’humanité. Il s’avère que pour des raisons historiques le mode de production le plus avancé, le mode de production capitaliste (MPC) s’est développé en Europe en tout premier lieu (au Nord comme disent les tiers-mondistes) et que de là, le capital s’est imposé par la force des armes et par la croix dans différentes contrées tant au Nord qu’au Sud de la planète. Voilà pourquoi les sociétés se sont retrouvées avec ce que les altermondialistes voudraient présenter  comme l’opposition antagoniste entre le Nord et le Sud.

Cependant, la bourgeoisie du Sud est toute aussi cynique et terroriste que celle du Nord. La bourgeoisie du Nord n’a pas attendu celle du Sud pour massacrer les populations septentrionales. La Grèce, l’Ukraine, la Serbie, les Balkans, le Caucase sont  des régions de l’hémisphère Nord, ravagées par la guerre avant celles du Moyen-Orient. Les plus terribles guerres mondiales se sont déroulées au Nord de l’Europe, et en Chine-Japon-USA dans le Pacifique Nord notamment. La classe ouvrière du Nord, pour utiliser la typologie des tiers-mondistes et des altermondialistes, est présentement  massacrée par la bourgeoisie du Nord et la classe ouvrière du Sud par la bourgeoisie méridionale ! D’autant que maintenant la dernière tendance idéologique bourgeoise (depuis Samuel Huntington) consiste à fomenter des oppositions entre Occident et Orient (sic).

La classe prolétarienne


Les communistes révolutionnaires considèrent que la classe prolétarienne existe depuis la naissance du capitalisme et que ce mode de production ne peut subsister sans le prolétariat. Le prolétariat continue d’évoluer dans sa composition et dans sa distribution en même temps que ce mode de production évolue et se transforme. Ainsi, au temps de Marx il y avait des dockers – sans grues mécaniques cependant, mais dans leurs rapports sociaux ils étaient des dockers prolétaires. Au temps de Marx il y avait des travailleurs salariés dans les banques, des caissiers et des caissières, sans ordinateurs cependant. Mais ce n’est pas l’outil de travail informatique qui leur attribue leur statut social et qui détermine les rapports sociaux qu’ils entretiennent  avec les ploutocrates milliardaires propriétaires du capital bancaire. Ils sont plus nombreux qu’ils ne l’ont jamais été dans l’histoire du capitalisme, mais l’antagonisme entre la classe prolétarienne et la classe capitaliste monopoliste n’est pas pour autant modifié.

Ce qui a changé depuis Marx ce sont les proportions et les localisations des contingents de prolétaires et non pas les rapports de production, ni la capitalisation. Le capitalisme se mondialisant – se globalisant et s’internationalisant, d’immenses contingents d’ouvriers internationalistes se retrouvent dans le port d’Abidjan aussi bien qu’au Pirée – en Chine et aux USA – au Canada et en Guinée, etc. D’autres contingents de travailleurs migrent du Sud, en crise systémique, vers le Nord, aussi en crise systémique, mais dont l’État providence n’a pas  fini d’être  liquidé, ça ne devrait pas tarder (c’est la « justice » de la mondialisation qui assure une égale répartition de la compassion).

Oubliez l’idée que les millions de travailleurs immigrants vont s’embourgeoiser, une fois traverser les mers de l’apocalypse déchaînée et du trafic d’esclaves salariés effréné.  C’est fini l’embourgeoisement du prolétariat d’Occident tout autant que du prolétariat d’Orient, ainsi que des migrants qui passent d’un continent à une autre misère encore plus précaire (1).

Le monde mondialisé – globalisé est en crise systémique internationale et ce que nous percevons n’est que la tête de l’iceberg de la désespérance dans le Nord comme dans le Sud; en Orient comme en Occident. Cette crise économique systémique et mondiale brasse les populations et fait se soulever les plaques tectoniques des classes en mouvement  dans chaque  continent où la résistance s’enhardit inévitablement.


Une Troisième Guerre Mondiale (TGM)


La mondialisation et la globalisation ont pour résultat que le monde se simplifie et se réduit petit à petit à l’immense masse prolétarisée des salariés de toutes nationalités d’un côté, face à une poignée de ploutocrates gavés (riches de valeurs de pacotilles gonflées à l’hélium de la spéculation boursière), propriétaires de tous les moyens de production, d’échanges et de communication du côté opposé. Au milieu de ces deux “continents” économico-politico-sociologiques s’agiotent une quantité importante de petits bourgeois, reliquats de l’époque de prospérité relative du capitalisme moribond (1945-1975). Cette petite bourgeoisie, en cours de paupérisation, n’en revient pas qu’on lui impose ces sacrifices (la jeter sur le pavé). Elle pleurniche donc pour que le monde revienne en arrière, au temps béni du capitalisme “prospère” et de la surexploitation coloniale. Un temps qui ne reviendra pas avant que le monde ait d’abord connu une Troisième Guerre Mondiale (TGM) et que des centaines de millions de morts et des destructions sans nombre aient endeuillé la Terre tout entière (2).

Alors, et après seulement, Trente nouvelles glorieuses seront peut-être envisageables. Jusqu’à ce qu’une Quatrième Guerre Mondiale (QGM) impose un grand ménage – de grandes destructions de forces productives et de capital fictif accumulé et inapte à se valoriser. Il en sera ainsi jusqu’a ce que le prolétariat mondialisé,  globalisé, internationalisé,  toutes ethnies confondues – toutes nationalités  confondues (peu importe que les travailleurs du Sud se retrouvent au Nord et que les salariés du Nord se retrouvent dans des PME oubliées, au chômage ou à la retraite forcée), ce prolétariat internationalisé devra renverser ce mode de production moribond afin de construire un nouveau mode de production prolétarien communiste comme nous n’en avons jamais connu dans l’histoire de l’humanité civilisée.

Plus nous approcherons de cette échéance ultime vers laquelle nous mène l’histoire des sociétés “capitalisés”, de l’époque impérialiste moribonde, plus s’activeront des nuées de sectes – de petits bourgeois désoeuvrés – venues prêchées la « bonne nouvelle »  réformiste – et expliquer comment à force de protestation, de négations, de marches, de pétitions, les “peuples”, comme ils appellent les masses prolétariennes exploitées, parviendront à changer le cours du mode de production capitaliste et ainsi sauvé ce bateau ivre échouer sur les plages de leurs rêves dépités (3).

Rien ni personne ne peut  sauver le capitalisme en perdition – tout juste les petits bourgeois parviendront-ils à prolonger l’agonie de leurs maîtres au prix de notre vie d’ouvrier aliéné.


______________________


(1) La tragédie des « boat people » du travail salarié. Robert Bibeau. 3.06.2015.

http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-tragedie-des-boat-people-de-travail-salarie/

(2) Vers la 3e guerre mondiale Robert Bibeau. 5.08.2015. URL

(3) La classe ouvrière et la gauche sectaire. Robert Bibeau. 29.07.2015.  URL


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MessageSujet: Après l'accord États-Unis/Iran, le monde se réorganise   Mar 18 Aoû - 9:53

un point de vue du "complotiste" Thierry Meyssan

Entretien avec Géopolitika


Après l'accord États-Unis/Iran, le monde se réorganise Slobodan Eric, Thierry Meyssan Palestine Solidarité 14 août 2015

En juillet, le mensuel politique serbe de référence, Geopolitika, a interviewé Thierry Meyssan sur la situation dans les Balkans et au Proche-Orient. Nous reproduisons ici cet entretien avec des notes sur les dernières évolutions. Pour l’analyste, les relations internationales sont dominées par la volonté états-unienne de garder le contrôle économique global et d’empêcher l’émergence de nouveaux rivaux, la Russie, la Chine et l’Union européenne. L’affrontement se joue à la fois au Proche-Orient et en Ukraine. Le basculement de l’Iran, d’une position révolutionnaire et anti-impérialiste à une position nationaliste et à une ambition d’influence régionale, redistribue toutes les cartes.


Citation :
Geopolitika : Monsieur Meyssan, la Serbie et le Sud-Est de l’Europe en général, ont été « inondés » par la vague des immigrants. S’agit-il d’un processus spontané ou est-ce que quelqu’un serait intéressé par le déplacement d’une partie importante de la population du Proche-Orient, d’Afghanistan et d’autres pays vers le vieux continent ? Est-ce qu’il y a quelqu’un qui voudrait priver le président el-Assad du soutien de son peuple en encourageant les migrations depuis la Syrie ?

Thierry Meyssan : Personne n’avait prévu l’ampleur de la vague de migrants actuelle. Ils proviennent principalement de Syrie, d’Afghanistan et de la Corne de l’Afrique. Contrairement à ce que prétendent les politiciens occidentaux, il ne s’agit ni de gens à la recherche du niveau de vie européen, ni de personnes qui tenteraient d’échapper à des régimes dictatoriaux. Ce sont simplement des êtres humains qui fuient les combats car leur pays est en guerre, généralement du fait des politiques occidentales.

Les politiciens européens n’ont toujours pas compris que cette migration est la conséquence de la stratégie états-unienne depuis 2001. Washington ne cherche plus à prendre le contrôle d’États, mais à détruire les États et à imposer un chaos dans lequel rien ne peut s’organiser sans leur volonté. C’est la théorie du philosophe Leo Strauss qui a formé de nombreux responsables du secrétariat à la Défense.

Cependant il est désormais évident pour les États-uniens que si le chaos sert localement leurs intérêts, il ne peut être contrôlé et tend à s’étendre. Les migrants sont désormais si nombreux qu’ils peuvent déstabiliser des États que Washington imaginait stables. Il semble que l’administration Obama vienne de modifier ses choix : abandonner la théorie du chaos et revenir à la confrontation classique de la Guerre froide. C’est en tous cas ainsi que j’interprète à la fois la nomination du nouveau stratège du secrétariat à la Défense, James H. Baker, la publication de la nouvelle Military Strategy par Ashton Carter, et les déclarations du prochain chef d’état-major interarmes, le général Joseph Dunford.

Nous devrions donc voir, dans les années à venir, ce flux migratoire s’atténuer. Mais il faudra au moins deux ans pour que les populations réagissent à ce changement de stratégie. La crise actuelle va donc d’abord s’amplifier avant de se résoudre lentement.

Geopolitika :  Deutsche Welle et d’autres médias occidentaux annoncent avec malveillance la chute prochaine du régime en Syrie. Quelle est votre opinion sur la situation au front, qui est en train de devenir vraiment compliquée ? Comment aider l’armée syrienne, bien sûr, avant tout de façon militaire ? Est-ce que la Syrie peut toujours compter sur le soutien de la Russie pour l’armement, et sur l’aide de l’Iran, l’Irak et le Liban en ce qui concerne le personnel ?

Thierry Meyssan : Les médias occidentaux prennent les rêves israéliens pour une réalité. Cela fait quatre ans qu’ils nous annoncent chaque semaine la chute imminente du « régime ». En fait, la situation a été critique à la mi-2012, mais est parfaitement contrôlée aujourd’hui.

Sur 23 millions de Syriens, 3 à 4 millions sont réfugiés à l’étranger, 18 à 19 millions soutiennent la République arabe syrienne et environ 500 000 soutiennent les jihadistes. Les médias occidentaux masquent cette réalité en publiant des cartes absurdes sur les « zones libérées » par les jihadistes. Or, l’Armée arabe syrienne a prit le parti de ne sécuriser que les villes et d’abandonner les déserts, qui représentent plus de la moitié du territoire. De son côté, l’Émirat islamique tient 3 villes et des routes à travers le désert. Les médias occidentaux font semblant de croire qu’il contrôle tout le désert. C’est simplement ridicule.

La guerre a déjà été gagnée. Les événements actuels se poursuivront néanmoins tant que l’on fournira des mercenaires, de l’argent et des armes aux jihadistes. Ce qui logiquement devrait cesser après la signature de l’accord bilatéral secret entre les États-unis et l’Iran, parallèlement à l’accord multilatéral sur le nucléaire des 5+1.

Concernant les alliances, pour beaucoup d’habitants du Proche-Orient, la partition de la Syrie historique par les Britanniques et les Français en 1916 (accords Sykes-Picot) a créé des États, mais n’a pas changé les peuples. Beaucoup de Libanais considèrent qu’ils forment un seul peuple avec les Syriens. Et ce sentiment existe, dans une moindre mesure, en Jordanie et en Palestine. Lorsque le Hezbollah est venu se battre en Syrie, il a affirmé intervenir non pas pour protéger la Syrie, mais le Liban. On voit bien aujourd’hui qu’il avait raison : si le Hezbollah n’avait pas sécurisé la frontière syro-libanaise du côté syrien, le Liban serait aujourd’hui ravagé par la guerre.

La Russie, quant à elle, a toujours protégé la Syrie lorsque son existence était menacée, et elle continuera de le faire. Mais il serait naïf de croire que Moscou fera plus. Elle a soutenue la Syrie —comme la Novorossia— au Conseil de sécurité, mais n’est pas intervenue directement dans les combats —ni en Syrie, ni en Novorossia—. Elle a même refusé de fournir des armes essentielles comme des images satellitaires ou des détecteurs de tunnels [1]

L’Iran a changé au cours de cette guerre. Au départ, à l’époque de Mahmoud Ahmadinejad, les Iraniens étaient prêts à mourir pour leur idéal anti-impérialiste. Aujourd’hui, avec cheik Hassan Rohani, ils pensent à intégrer le commerce international et à étendre leur zone d’influence. Téhéran va donc continuer à soutenir Damas, mais il est vital pour la Syrie de se trouver de nouveaux alliés au risque d’être bientôt dominée par les Perses.

Geopolitika :  Quelle est la vérité sur l’État islamique, qui commet de crimes épouvantables ? Les forces états-uniennes soutiennent qu’elles bombardent les positions de Daesh, mais de l’autre côté, qui a aidé à ce qu’une telle formation militaire et para-étatique monstrueuse naisse, et qui a conquis des parties importantes de plusieurs États ? Qui leur a donné des armes, fourni la logistique… ?


Thierry Meyssan : L’État islamique est un projet des États-Unis qui a trop bien marché et les encombre désormais. Au départ, il s’agissait de partitionner l’Irak en créant à la fois un Sunnistan (l’actuel Califat) et un Kurdistan (qui ne verra finalement pas le jour), conformément à la carte de Robin Wright publiée par le New York Times en 2013. Ces nouveaux États auraient coupé la ligne de communication entre l’Iran d’un côté, la Syrie, le Liban et le Palestine de l’autre. Pour les créer, il fallait séparer les populations comme cela a été fait en Yougoslavie. Or, ceci étant un crime contre l’humanité ne pouvait être fait par l’armée US. D’où le recours à une organisation non-étatique, l’Émirat islamique.

Nous disposons d’une documentation, certes incomplète mais déjà suffisante, pour conclure que l’Émirat islamique a été créé, sous sa forme actuelle, par Washington avec un financement saoudien et une aide israélienne. Cependant, aujourd’hui les États-unis ne savent plus comment traiter cette organisation qui s’est tant développée et dont le commandement est désormais assuré par la Turquie.

L’Émirat islamique se réclame d’une idéologie takfiriste, c’est-à-dire qu’il se réfère à un penseur des Frères musulmans, Moustafa Choukri, et anathémise tous ceux qui ne partagent pas son interprétation sectaire de l’islam. Sa stratégie a été définie dans un ouvrage publié en 2004, Le Management de la sauvagerie ; un livre signé sous pseudonyme et dont la structure intellectuelle est clairement occidentale.

Lors de sa création, en 2006, il s’agissait d’une organisation tribale composée de six tribus sunnites irakiennes et des combattants libyens d’al-Qaïda en Irak. L’Émirat islamique incorpore depuis sa réorganisation, en mai 2014, d’anciens officiers de Saddam Hussein, liés à l’Arabie saoudite, qui avaient soutenu la tentative de coup d’État des Frères musulmans en 1982 en Syrie. Mais son organisation rappelle celle des Moujahidines du peuple, une secte iranienne qui s’était réfugiée en Irak et que Saddam Hussein utilisait pour accomplir ses basses œuvres.

Geopolitika :  Vous considérez les accords nucléaires entre les États Unis et l’Iran comme une tentative d’un accord plus large entre Téhéran et Washington. Quelles en seront les conséquences pour le Proche-Orient ?

Thierry Meyssan : En signant cet accord, la République islamique d’Iran a cessé d’être ce que signifie son nom. Selon l’imam Khomeiny, « islamique » désignait à la fois la religion musulmane et la lutte pour la justice, c’est-à-dire contre l’impérialisme. Désormais, l’Iran récupère le rôle qu’elle jouait à l’époque du Shah, celui de gendarme régional pour le compte de Washington. « Islamique » ne désigne plus que la religion musulmane.

D’un côté, c’est une bonne nouvelle pour les populations car cela devrait permettre un cessez-le-feu pour les dix prochaines années. D’un autre, c’est une catastrophe parce que cette paix est injuste et que ceux qui combattent l’injustice sont désormais seuls.

Geopolitika :  Votre article sur la coopération secrète entre l’Arabie Saoudite et Israël est très intrigant. Quel est l’objet de cette coopération, et dans une sphère conspiratrice, où se rencontrent les intérêts de ces deux grands adversaires ?

Thierry Meyssan : Israël et l’Arabie saoudite ne sont plus des adversaires, mais déjà des alliés militaires. Ils ont réalisé ensemble l’attaque du Yémen. L’état-major de la Force arabe commune n’est pas à Riyad, mais à Hargeisa, au Somaliland. Cet État non-reconnu, situé en Afrique à côté de Djibouti, est une colonie israélienne. Les bombardiers saoudiens sont principalement pilotés par des soldats israéliens. Et Israël a même fourni une bombe à neutrons qui a tué de nombreux yéménites dans un silence assourdissant de la « communauté internationale ».

En vertu de la National Security Strategy de Barack Obama, la sécurité d’Israël, une fois opéré le retrait des troupes états-uniennes du Proche-Orient et leur transfert en Extrême-Orient, sera assurée par la « Force arabe commune », sous les auspices de la Ligue arabe, mais sous commandement israélien.

La collaboration entre Tel-Aviv et Riyad se poursuivra dans la décennie à venir avec l’exploitation du champ pétrolier de Rub al-Khali, principalement situé au Yémen, puis avec celui d’Ogaden, en Éthiopie. Dans cette perspective, le Saudi Bin Laden Group devrait construire un grand pont au dessus du détroit de Bab el-Mandeb, reliant Aden à Djibouti.

Geopolitika :  Est-ce que le général Sissi et son armée résistent avec succès en Égypte et est-ce que la coalition britannique-US-qatari, qui en fait soutient les frères Musulmans, a subi une défaite dans la vallée du Nil ?

Thierry Meyssan : Le projet visant à placer au pouvoir, partout dans le monde arabe, la société secrète des Frères musulmans a échoué. Ils ont perdu l’Égypte et la Tunisie, ne parviennent pas à s’imposer en Libye, ont été balayés en Syrie et ont échoué à perpétrer un coup d’État en Arabie saoudite.

Au départ soutenus par le Qatar, ils le sont aujourd’hui par la Turquie. Le parcours de Khaled Mechaad est à ce sujet tout un symbole. Ce leader du Hamas incarnait la Résistance à Israël après que Tel-Aviv ait corrompu des dirigeants du Fateh et soit parvenu à ce qu’ils empoisonnent Yasser Arafat. Mechaal était réfugié en Syrie et y disposait d’un soutien sans faille. En 2012, considérant que le vent tournait et que les Frères allait l’emporter avec l’aide états-unienne, il a quitté Damas pour s’installer chez un des ennemis de la Syrie, le Qatar. Il a fait du Hamas la branche palestinienne des Frères et s’est allié à la fois à Al-Qaïda et aux Israéliens pour prendre le camp palestinien de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, et assassiner les dirigeants palestiniens des autres factions dans le camp. Il a perdu. Aujourd’hui, il passe l’essentiel de son temps en Turquie et tente de se faire oublier. Sa trahison est un drame pour les Palestiniens.

Le général Abdel Fattah al-Sissi n’est pas libre. Son pays est économiquement ruiné et, pour nourrir sa population, il a besoin de l’aide saoudienne. Il est donc contraint de participer à la guerre au Yémen dans un camp qui n’est pas le sien. Et il ne peut venir aider la Syrie.

Geopolitika :  En décembre vous avez annoncé la chute du président turque omnipotent, Tayyip Erdogan, en publiant des faits choquants de sa biographie… Quelle est la relation entre l’AKP turc et les Frères musulmans ? Que s’est-il vraiment passé après le mystérieux attentat contre le prince saoudien, Bandar ben Sultan ?

Thierry Meyssan : Recep Tayyip Erdoğan n’est pas un politicien, mais un ex-petit délinquant qui a réussi en politique. Il n’a pas de stratégie, juste un rêve —celui de créer un nouvel empire turc— et un grand sens de l’opportunité.

Après avoir laissé l’ambassade états-unienne gouverner son pays durant des années, il s’est laissé embarquer dans la guerre contre la Libye, bien que ce pays ait été un important partenaire économique de la Turquie. Puis, il a profité de la disparition du prince saoudien Bandar ben Sultan pour s’approprier les réseaux jihadistes internationaux. Bandar a été hospitalisé durant plus d’un an, suite à ses blessures après l’attentat en rétorsion de l’assassinat des membres du Conseil national syrien de sécurité. De même, il a profité de l’abdication de l’émir de Qatar pour récupérer la supervision des Frères musulmans. De sorte qu’il est aujourd’hui à la fois le parrain de la Confrérie secrète et le véritable chef de l’Émirat islamique.

Enivré par son succès, il s’est emparé du gazoduc Turkish Stream lorsque Vladimir Poutine est venu lui proposer de le construire, en décembre dernier. C’est évidemment une grave erreur car, ce faisant, il est devenu le partenaire économique privilégié de la Russie tout en étant, via l’Otan, un partenaire militaire des États-Unis. C’est pourquoi j’ai immédiatement pronostiqué sa défaite. Effectivement, l’ambassade des États-Unis a réorganisé son opposition et il a perdu les élections. Soit il fait amende honorable —ce qui va lui coûter cher—, soit il devra partir [2].

Geopolitika :  Que pensez-vous de la situation en Ukraine, qui est devenue la raison pour une confrontation de plus en plus importante entre la Russie et l’Occident (les États-Unis et l’UE) ? Que pensez-vous de la politique de la Russie, sur le plan national et international, envers le monde, surtout concernant les sanctions que l’Occident a imposées à Moscou ? Beaucoup pensent que l’Ukraine est la vengeance des États Unis contre la Russie à propos de la Syrie.


Thierry Meyssan : Les États-Unis n’ont que faire de l’Ukraine, un pays ruiné et corrompu. Ils n’ont jamais souhaité qu’elle intègre l’Union européenne. Ils ont organisé la mise en scène de la place Maïdan non pas pour placer Petro Poroshenko au pouvoir, mais pour détruire l’État. Ce qu’ils sont parvenus à faire. La situation actuelle au Donbass et à Donetsk leur convient parfaitement.

La destruction de l’État ukrainien, comme celle de l’État irakien, correspond à leur grande stratégie : conserver leur supériorité mondiale en empêchant l’Union européenne, la Russie et la Chine de les concurrencer. Pour ce faire, premièrement, ils contrôlent les « espaces communs » —les océans, l’air, et le cyberespace—, et, deuxièmement, ils coupent les possibles routes continentales. Détruire l’État irakien, c’est couper la « route de la soie » reliant la Chine à la Méditerranée. Détruire l’État ukrainien, c’est couper le projet de corridor Pékin-Berlin pour lequel la Chine vient de créer la gigantesque Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB).

Certes, l’unification de la Crimée et de la Russie est un mauvais coup pour Washington, mais il sera toujours possible de fermer le Bosphore et les Dardanelles. Cela ne change rien à l’échelle globale.

Geopolitika :  La Grande-Bretagne et d’autres pays occidentaux ont essayé de faire passer à l’ONU une résolution sur Srebrenica, qui est directement dirigée contre la Serbie et les Serbes de Bosnie et d’Herzégovine, ce que la Russie a empêché par un veto. Que pensez-vous de la situation dans les Balkans, surtout en Macédoine, et pourquoi est-ce que la Serbie est toujours la cible de pressions sans fin, même si tous les gouvernements de Belgrade, après le coup d’État de 2000 et la suppression de Slobodan Milošević, ont énormément cédé aux demandes de l’Occident ?

Thierry Meyssan : Les Occidentaux sont spécialistes dans la réécriture de l’Histoire. Le massacre de Srebrenica est sans aucun doute un génocide, mais ce ne sont pas les Serbes qui ont débuté le nettoyage ethnique en Yougoslavie. Dans un monde normal, nous devrions condamner les individus croates, bosniaques, serbes, qui ont commis des génocides. Encore devrions-nous leur reconnaître, à tous, des circonstances atténuantes. Car la folie qui s’est emparée de la Yougoslavie lui a été inoculée par les États-Unis. À l’époque, le département de la Défense considérait ce pays comme un « laboratoire » où il pourrait expérimenter la possibilité de créer ex nihilo une guerre civile. La résolution qui a échoué au Conseil de sécurité montre, qu’une fois de plus, les Occidentaux ne veulent condamner que les Serbes, parce qu’ils sont orthodoxes et culturellement proches de la Russie.

Quoi qu’il en soit, ceci n’est pas la priorité de Washington. Aujourd’hui ce qui fait agir les États-Unis dans les Balkans, ce sont les projets russes de gazoduc. C’est pour s’y opposer que le général David Petraeus a investi dans la presse serbe, que la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarović soutient l’indépendance de la Voïvodine et que la CIA a tenté d’organiser un coup d’État en Macédoine.

En outre, les Balkans sont toujours la seule base terroriste en Europe. Au début de la guerre contre la Syrie, la Turquie a organisé au Kosovo la formation de jihadistes d’Al-Qaïda. Actuellement, Daesh dispose de camps d’entrainement en Bosnie, à Gornja Maoča, Ošve et Dubnica.

Geopolitika :  Que pensez-vous de la présence au Proche-Orient de votre patrie, la France, dont la politique, au début de la guerre en Syrie, s’est beaucoup distinguée dans le soutien aux « rebelles » ? Est-ce que la politique des affaires extérieures de la France concernant le Proche-Orient et l’Europe a commencé à s’améliorer, à avoir sa propre identité et à se rapprocher de la tradition diplomatique qu’avait dans l’histoire la République française ?


Thierry Meyssan : Malheureusement, la politique de Nicolas Sarkozy et de François Hollande répond aux intérêts d’un petit clan capitaliste français qui reste dans l’ombre. Ce sont ces gens qui ont poussé aux interventions militaires en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie, au Mali et en Centrafrique. Les Français constatent que les deux présidents ont conduit exactement la même politique, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur, pour la Défense ou pour l’Économie. Mais ils n’ont toujours pas compris qui tirait les ficelles.

Il existe pourtant des hauts-fonctionnaires, comme le secrétaire général de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet, ou comme le chef d’état-major personnel du président, le général Benoît Puga, qui sont restés aux commandes malgré le vote populaire et le passage des « Républicains » aux « Socialistes ». De même, les deux présidents ont dans leur cercle le plus intime des amis communs, comme le comte Henri de Castries, président des assurances AXA et du Groupe de Bilderberg.

Ce sont ces gens, et non pas les partis politiques, qui font la politique de la France contre les Français. Au XIXème siècle, nous avions connu une situation comparable avec un groupuscule de grands patrons, d’hommes politiques et de militaires, mêlant personnalités de droite et de gauche, qui se faisait appeler « le parti de la colonisation ». Après avoir pressuré la classe ouvrière, ils sont partis à l’assaut de l’Afrique du Nord, de la Chine… et de la Syrie.

Geopolitika :  Enfin, Monsieur Meyssan, on ne peut pas résister, en sachant les connaissances et la perspicacité que vous possédez, à vous demander ce que vous pensez du référendum en Grèce et le destin des négociations entre Athènes et Bruxelles sur les finances de la dette grecque.  

Thierry Meyssan : Les Grecs n’avaient pas le choix. Les Traités les empêchaient de quitter l’euro sans quitter l’Union européenne, et les États-Unis leur interdisaient de quitter cette dernière. Chacun se souvient du coup d’État de 1967 et de celui de 1974 à Chypre.

Le gouvernement Tsípras a donc d’abord obtenu une très large majorité pour rejeter le plan de la Troïka, puis a accepté ce même plan en échange d’une aide de 83 milliards d’euros négociée pour lui par les États-Unis.

L’opinion publique n’y comprends rien, mais Aléxis Tsípras ne pouvait pas faire mieux. La Grèce a été écrasée par ses partenaires européens qui ont tellement peur de se retrouver libres —je veux dire de se retrouver sans le carcan de l’Union européenne— qu’ils acceptent tout et n’importe quoi de l’Allemagne. En l’occurrence, le gouvernement Merkel défend les principes du capitalisme global actuel. Il exploite de manière insensée sa classe ouvrière, dont le pouvoir d’achat a reculé, et agit maintenant sans se préoccuper des conséquences humaines pour la Grèce.

Geopolitika :  Merci beaucoup pour cet entretien et votre temps.


Slobodan Eric
Thierry Meyssan

Traduction
Svetlana Maksovic


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Sam 22 Aoû - 15:37



Après le politique, faut-il « tuer la géopolitique » ? Robert Charvin 21 août 2015

La « révolution » conservatrice, à l’œuvre dans l'ensemble des sociétés occidentales, a pris des chemins variés d'un pays à l'autre. En Europe, elle s'appuie parfois sur la collaboration des droites traditionnelles et de mouvements de l'ultra-droite (en Hongrie, par exemple), voire dans certains cas néonazis (en Lettonie ou en Ukraine, par exemple). Sans que soit exclu pour l'avenir ce type d'alliance, c'est la social-démocratie qui joue un rôle pilote, quel que soit son discours, dans le développement de ce conservatisme radical au sein du couple dirigeant l'Union Européenne.


Robert Charvin a écrit:
En Allemagne, elle sert de partenaire aux chrétiens démocrates ; en France, le parti socialiste (malgré quelques prudents « frondeurs ») poursuit « le travail » qu’avait commencé une droite sarkozienne inspirée par l’extrémisme social-fasciste du Front National.

Mais partout, cette « révolution » liquidatrice des acquis politiques et sociaux de l’après-guerre et des « 30 Glorieuses », sous l’égide d’un économicisme triomphant, s’efforce de « tuer le politique » : il n’y aurait qu’une seule vérité, un unique mode de gestion. Il n’y aurait aucune alternative, « il faut » en passer par l’hégémonie des marchés.

Les instances de l’Union Européenne n’ont cessé de le répéter à la Grèce de Syrisa : « On ne peut se refuser au néolibéralisme et il n’est pas question de compromis avec des forces adverses » ! Le modèle des banquiers est le seul valide.

La plupart des médias, sous contrôle des grands groupes économiques et financiers, sont évidemment au service, dans leur style propre, de ce « modèle ». Ils réduisent le débat politique à des conflits de personnes, de clans, ponctués d’anecdotes médiocres. A cette stimulation d’une politique politicienne dénuée de tout projet collectif s’ajoute la promotion d’une politique économique courtermiste axée sur une croissance sans retombées sociales : toute pensée dissidente est utopie !

En bref, l’Histoire est finie ; la lutte des classes n’a plus de réalité et le socialisme est un archaïsme des XIX° et XX° siècles.

A cette mort programmée et idéalisée du politique, qui pénètre l’esprit de tous, particulièrement au sein du personnel politique d’une particulière médiocrité qui va jusqu’à proclamer son impuissance délibérée face aux lobbies et qui donne le spectacle d’une corruption très avancée, s’ajoute la mort recherchée de la géopolitique.

La politique internationale est gommée

La politique extérieure est « étrangère » à la société civile. C’est le domaine réservé à un cercle très étroit, celui des managers des grandes firmes et des sommets de l’État. Le « bon peuple » est mis hors course : il est délibérément sous-informé car en tout état de cause, il ne peut avoir la moindre compétence : on l’a vu, par exemple, en 2005 en France lors du référendum sur la Constitution européenne ! Les enjeux économiques et stratégiques sont trop sérieux pour que la démocratie s’en charge ! Seuls des « experts » soigneusement sélectionnés peuvent les maîtriser.

Les Parlements, eux-mêmes, ne sont consultés que de manière sélective, y compris pour les opérations militaires. C’est l’Exécutif qui décide plus ou moins discrètement ce que les députés ont à savoir !

En dépit de la mondialisation et du capitalisme financier transnational, qui pèsent sur tous les aspects de la situation intérieure de chaque pays, les citoyens et leurs représentants doivent se satisfaire de leur enfermement national. Ce petit espace politicien est déconnecté de l’espace économique et financier.

Il ne faut surtout pas ébranler les mythes qui entretiennent les illusions de cette « société civile » qui devait être – selon certains – la substance de la démocratie.

• « La France est toujours et définitivement la patrie des droits de l’homme » : tous ses actes sont dictés par l’Humanitaire. Le conflit israélo-palestinien, par exemple, n’est pas de type colonial : la question est seulement celle du respect des droits de l’homme par les deux parties.

• « La civilisation occidentale est supérieure à toutes les autres » : comme à la « belle époque » coloniale, le messianisme euraméricain est porteur des valeurs « universelles » de liberté et de progrès.

• « Les États-Unis (qui ont quasiment libéré à eux seuls en 1944 l’Europe, y compris en s’associant aux mafias et aux ex-nazis dès la fin de la guerre pour combattre le communisme) sont les champions du monde de la démocratie, quoiqu’ils fassent ». Aucune intervention armée (en Amérique du Sud, au Vietnam, en Irak, etc.), aucun Guantanamo, aucun espionnage, n’entament leur réputation... etc.....

Il serait inconvenant de faire prendre conscience au peuple des contradictions des politiques étrangères, des alliances contre-nature (avec par exemple le Qatar et l’Arabie Saoudite), avec la pratique banalisée des « deux poids, deux mesures », avec les violations flagrantes du droit international pour satisfaire des appétits financiers, avec les falsifications de l’Histoire (comme le silence sur le rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale) utiles aux politiques du jour.

Tout est entrepris par le monde des affaires, les politiciens et leurs médias pour « protéger » les citoyens d’une vision du monde trop réaliste !

Les méthodes pour y parvenir sont plurielles :

• l’entretien de l’ignorance et la culture des idées-reçues : par exemple, sur les causes du sous-développement, de l’endettement, etc.

• l’instrumentalisation de la peur, grâce à la xénophobie (à géométrie variable selon les circonstances), à l’islamophobie (forme plus « distinguée » du racisme anti-arabe qui a pris pour l’essentiel le relais du vieil antisémitisme), au terrorisme opportunément médiatisé, etc.

Ainsi en France, par exemple, tous les événements internationaux deviennent franco-français, à portée de l’intelligence jugée limitée du « petit peuple ». Chaque état-major politique évalue ce qui lui est « rentable » ou pas parmi les événements internationaux et les traite (on devrait dire « les maltraite ») à son gré, sans vérification possible des simples adhérents et des citoyens. Lorsqu’il y a un relatif consensus « contre », la critique la plus aveugle et sans limite est la règle : contre la Corée du Nord, par exemple, les « nuances » sont inutiles. Si le sujet est sensible et concerne, par exemple, Israël, la « prudence » s’impose ainsi que la recherche de position « équilibrée »....

Vis-à-vis de la Russie ou de la Chine, l’hostilité est systématique, sans aller jusqu’à mettre en cause les intérêts économiques occidentaux dans ces deux pays !

En tout état de cause, tout est fait pour que les questions internationales n’aient aucun impact, sauf exception, sur les élections, « stade suprême » de la démocratie libérale.

L’extrême complexité de la réalité n’est pratiquement jamais prise en compte : l’effort culturel et informatif ne s’impose pas.

1. Les réalités géopolitiques sont occultées

Dans le processus de mondialisation forcée en cours, tout réagit sur tout. Le paradoxe consiste à faire croire que les États sont encore les seuls acteurs de la vie internationale et que les firmes transnationales (dont le chiffre d’affaires est parfois supérieur au budget des États) n’ont guère plus d’impact que les ONG ! Il convient d’éviter que les grands groupes privés économiques et financiers apparaissent comme les principaux mondialisateurs, assistés des États qui deviennent leurs auxiliaires sans que les peuples mondialisés, souvent malgré eux, n’aient à revendiquer leur indépendance.

Il n’est pas encore clair pour tout le monde, en raison du discours politicien dominant, que les acteurs principaux des relations internationales sont des « entités complexes » faites de pouvoirs publics et de pouvoirs privés étroitement associées, en interconnexion sur les « marchés » (politiques, économiques et financiers) les unes avec les autres. Jamais la géopolitique n’a été une réalité plus déterminante entre les intérêts contradictoires et les espaces qui leur servent de champs de bataille concurrentiels.

Si l’économie chinoise tend à s’immiscer sur tous les continents, la politique la plus active de Pékin se limite à sa périphérie asiatique.

La France continue à se vouloir hégémonique dans ses anciennes possessions coloniales, tout en essayant de rivaliser avec les concurrents américains et chinois.

Les États-Unis tentent de maintenir leur domination à l’ensemble de la planète pour sécuriser le dollar et leur position financière, grâce à la supériorité politico-militaire de l’OTAN : ils s’insurgent lorsque la Russie conteste l’implantation à proximité de ses frontières de ses bases et condamne la multiplication de leurs ingérences dans de nombreux États voisins ! Les Russes seraient coupables d’un nationalisme-populisme archaïque ! Toute zone d’influence rivale de celle des Américains serait illégitime.

Les pouvoirs publics et privés ne souhaitent pas rendre visible et donc lisible ces logiques politico-économico-spatiales qui n’ont pas grand chose à voir avec le discours sur les valeurs et les grandes causes humanitaires.

Les Princes qui nous gouvernent s’efforcent de « nationaliser » tous les problèmes, comme si la réalité était encore celle du XIX° et surtout du début du XX° siècle.

Pour les dirigeants politiques, l’espace national est celui de la force de travail qui doit être adaptée aux contraintes d’origine transnationale. La « démocratie » se réduit à la mise en conformité du peuple à la logique économique néolibérale ! Hier déjà, vis-à-vis des États hors du champ libéral, le monde occidental avait « enfermé » ses ennemis dans l’espace purement national.

L’URSS, source de la « menace bolchevique » était présentée comme une sorte de laboratoire isolé du reste du monde, comme si ses ennemis (ou ses alliés) n’avaient aucun rôle sur son fonctionnement, et particulièrement ses perversions. Tout devait être compris comme le fruit exclusif de ses contradictions internes et du totalitarisme bureaucratique de ses dirigeants.

L’extrême fragilité d’une Europe de l’Est « devenue communiste » par les hasards de la guerre (à l’exception de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie), les dommages massifs de la Seconde Guerre mondiale, le soutien coûteux aux mouvements de libération nationale, la course imposée aux armements, les multiples ingérences étasuniennes, ne devaient pas être pris en compte. Le « goulag », le « stalinisme » n’étaient que le résultat logique d’un système substantiellement mauvais.

Curieusement, l’hostilité de principe à la Russie d’aujourd’hui a survécu à la fin de l’URSS : les dirigeants russes (à l’exception de l’ivrogne corrompu qu’était Eltsine) sont « populistes », « bellicistes », etc. Le capitalisme russe est faussé par un Kremlin toujours substantiellement nocif ! Sans qu’aucune explication rationnelle fondée sur l’Histoire et plus encore sur la géopolitique ne soit donnée.

L’ « Empire du Mal » est tout aussi stable que l’est l’ « Empire du Bien », incarné par les États-Unis, « modèle » éternel depuis 1945. Rien ne peut en effet gommer l’image yankee identifiée à la liberté et préfabriquée par quelques réalités intérieures et divers produits d’exportation (Coca, Mac’Do et culture commerciale).

2. L’appréhension rationnelle des relations internationales passe par la géopolitique

Le pseudo moralisme, proche de celui du XIX° siècle (où régnait encore la théorie de la « guerre juste ») et l’humanitarisme à géométrie variable, ne permettent pas une approche rationnelle des relations internationales indispensable pour travailler avec efficacité à un autre ordre international.

Aucune société, aucun système, aucun État ne peut échapper à certaines carences et à certaines perversions. La démocratie, dont certains se revendiquent, particulièrement en Occident, n’est nulle part authentique. C’est une fiction alimentée par ceux-là seuls qui en bénéficient. On peut même considérer que la notion de « crise » est le propre de toute entité vivante : avec J. Derrida, il semble en conséquence que la démocratie sera toujours « à-venir » !

Porter des jugements quasi-définitifs sur tel ou tel État et en tirer des conséquences politiques dans les relations internationales, comme le font les directions des partis français, par exemple, conduit à une cacophonie sans principe : si toute prise de position dépend de la question des droits de l’homme, aucun acteur de la vie politique internationale ne peut constituer une référence !

Par contre, l’analyse du rôle objectif dans la société internationale des « entités complexes » précitées permet de saisir les mouvements du monde et de faire des choix politiques fondés, quels que soient les inévitables problèmes internes que connaissent toutes les sociétés à des degrés divers.

Or, les grandes « puissances », c’est-à-dire les « entités complexes » de type euraméricain, tentent de conforter leur hégémonisme de plus en plus menacé au mépris des intérêts des peuples et de la souveraineté des petits et moyens États. On a assisté par exemple à l’étranglement de la Grèce par une conjugaison d’intérêts financiers et surtout politiques.

Le volonté occidentale de maintenir l’espace économique mondial sous sa tutelle est une composante majeure de la géopolitique contemporaine. Pour y parvenir, le monde occidental use de tous les moyens. Le discours lénifiant, mais aussi la violence, comme les ingérences et les pratiques autoritaires sont de plus en plus banalisés.

Par contre, les adversaires de ces tentatives de pouvoir global travaillent à l’émergence d’une société multipolaire qui peut seule permettre l’édification de relations internationales plus équilibrées, plus protectrices des indépendances nationales et plus favorables au développement social et humain.

La Chine, la Russie, l’Iran, l’Algérie, Cuba, la Corée du Nord, le Venezuela, la Bolivie, le Brésil, par exemples, en dépit de leurs problèmes internes non résolus, y compris évidemment dans le domaine des droits civils et politiques, sont autant de contre-feux à la « global gouvernance ».

La fameuse « séparation des pouvoirs » dont les néolibéraux font en général l’apologie dans l’ordre interne demeure valide dans l’ordre international : les pouvoirs euraméricains ont en effet tendance à abuser de leur position dominante !

Les progrès dans l’ordre international ne peuvent résulter que d’un bouleversement des rapports de forces dans un monde où l’Occident ne se considérera plus comme le Monde tout entier. Il n’est déjà plus qu’une fraction de la société internationale, mais il lui reste à en prendre conscience.

Que les forces progressistes occidentales débarrassées de leur trop grand électoralisme, agissent en ce sens, serait déjà une étape franchie.

Le philosophe André Tosel souligne que la dimension géopolitique de l’émancipation populaire est passée sous silence par la gauche radicale « chic » qui s’en tient paresseusement à la dénonciation du terrorisme (islamiste exclusivement) sans saisir que le nouvel impérialisme occidental est à la fois producteur et exploiteur de ces terrorismes qui permettent la construction d’espaces sous-impériaux.

André Tosel a écrit:
« La réduction des conflits identitaires, la recherche de la paix sanctionnée par un droit international restauré, le refus de soutien à de pseudo-révolutions... qui achèvent de démembrer l’ex-URSS, l’interruption de la marche de l’Union Européenne néolibérale vers l’est pour une conquête économique et politique, tels sont les points d’un ordre du jour émancipateur pour contrer la résurgence d’un impérialisme qui use de la rhétorique des droits de l’homme pour se préparer à la « guerre des civilisations » et qui mobilise les pulsions identitaires en faveur d’un exterminisme autodestructeur ».

« La défense des nations n’est pas nationalisme mesquin, mais patriotisme ouvert à la collaboration internationale et à des organisations de coopération de type Alba ».

Quant à l’Union Européenne, c’est « la sortie hors de cet espace qui est à l’ordre du jour, car qui peut aujourd’hui croire dans la fable d’une Europe sociale ? ».


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Jeu 3 Sep - 15:06



L'impérialisme (débat) 3 Septembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes

les traits séparent des interventions différentes

Citation :
Plans d’ajustement structurel, un outil de l’impérialisme

La déstructuration qui a eu lieu dans les pays nouvellement indépendants, ou dans des pays auxquels on avait concédé l’indépendance en mettant au pouvoir des dictateurs se soumettant à l’impérialisme, est directement liée au  rôle  dévastateur des plans d’ajustement structurel auxquels sont soumis l’ensemble des pays, notamment africains.

L’endettement qu’ils subissent favorise la corruption et amène la destruction des pouvoirs qui, à leur tour, va justifier et servir de prétexte à des interventions armées en Afrique quand ce ne sont pas ces interventions militaires elles-mêmes qui vont directement entraîner ou amplifier la déstructuration de ces pays et de ces sociétés. On a pu le constater en Irak dans un pays où la société civile existait tant bien que mal, dans lequel les progrès étaient indiscutables et qui est aujourd’hui totalement détruit économiquement mais plus grave encore socialement et politiquement. Il est incontestable que ces interventions militaires sont un obstacle majeur au développement et à l’émancipation de ces sociétés.

_______________________________

Les ONG, un frein à l’émancipation

Je rejoindrai ce qui a été dit dans l’intervention au sujet du rôle des ONG en ajoutant  que leur action a également pour résultat qu’il devient quasiment impossible pour ces sociétés de s’émanciper, en clair c’est le Charity Business  pour empêcher le développement  de toute initiative populaire organisée de façon autonome.

________________________________

Guerres impérialistes et immigration

Aujourd’hui, nombre de pays sont dans une situation gravissime comme c’est le cas pour la Libye qui subit les dommages catastrophiques de l’intervention des grandes puissances au bénéfice notamment des grands lobbies pétroliers et ce chaos risque de s’étendre à la Tunisie, à l’Algérie et même à l’Egypte, pays  qui ne sont pas trop loin, sans oublier l’Afrique subsaharienne. Il est temps de sensibiliser nos concitoyens aux ravages que causent ces interventions.

Cette réflexion ne doit pas simplement être menée par les gens originaires des pays de cette région mais par l’ensemble des citoyens, qu’ils soient d’ici ou de là-bas car nous sommes tous concernés.

Je suis originaire d’Afrique subsaharienne. Lorsque la déstabilisation a touché le Liberia –les troubles ont commencé en 90-, tous les pays voisins ont estimé que cela ne concernait que le Liberia mais ensuite cela a été le tour de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et aujourd’hui du Mali.

Derrière tous ces troubles, toutes ces guerres se trouvent toujours de grands groupes déjà implantés ou qui veulent s’implanter.

Dans tous ces pays qui connaissent la guerre ou des troubles, les véritables pyromanes qui se transforment en pompiers ne sont autres que ceux qui ont installé les grandes entreprises ou défendu leurs intérêts. Il ne faut pas s’étonner ensuite de voir des gens essayer à n’importe quel prix de franchir la Méditerranée et qu’une fois arrivés ici, sont renvoyés sans ménagement  chez eux au prétexte qu’« on ne  peut accueillir toute la misère du monde ». Ici les gens sont laissés dans l’ignorance et ne connaissent pas quels sont ces vrais problèmes. Ce qu’on présente dans les médias, c’est que l’Afrique, c’est toujours la guerre.

Ce sont des questions qui méritent toute notre attention et qui méritent d’être débattues car de là provient une partie de nos problèmes et c’est à partir de cette situation que l’on arrive toujours à nous stigmatiser, à nous raciser.

_______________________________

Routes des richesses naturelles, routes des guerres, routes migratoires

Quand on fait le parallèle entre les routes des richesses naturelles et les routes de guerres, il faut ajouter aussi que ce sont les routes migratoires. En réalité souvent, lorsqu’on fait référence aux immigrés, on parle des immigrés qui sont ici mais on ne parle pas de ceux qui sont en train de traverser en ce moment ou de ceux qui s’apprêtent à le faire.

Mettre en évidence le lien avec les routes migratoires, c’est aussi parler des drames qui se jouent, de la gestion militarisée des frontières extérieures de l’Europe, frontières meurtrières qui sont responsables de la mort, on peut dire de l’assassinat de milliers de personnes qui arrivent de pays où justement les pays occidentaux vont faire la guerre.

A cela s’ajoute la création de centaines de milliers de sans-papiers par des lois excluantes qui font de ces migrants tout à la fois la cible privilégiée de la police et de la chair corvéable à merci pour les patrons.

L’impérialisme, par le développement et le contrôle des flux migratoires -selon la terminologie de l’Europe- c’est également la poursuite d’une forme d’esclavage.

_________________________________________________

Reconstruire un mouvement anti-guerre

Dans la loi sur le renseignement intérieur qui a été discutée récemment sont prévus des articles visant tout à la fois à se protéger contre les mouvements qui pourraient contester la politique internationale de la France et à défendre  ses intérêts.

Si dans le mouvement social, la question de l’impérialisme n’est guère prise en compte, en revanche, le gouvernement prend déjà des mesures  pour ne pas être pris au dépourvu et c’est tout un arsenal qu’il veut faire adopter pour empêcher toute contestation de l’ordre qu’il veut imposer.

Lorsque des militants font référence à l’opposition qu’il y a eue contre la guerre en Irak, contre l’occupation en Afghanistan, contre la guerre sans limites,  et qu’ils déplorent qu’à présent il n’y ait aucune réaction, cela montre que l’un des problèmes aujourd’hui, c’est bien de reconstruire un mouvement anti-guerre plus fort, plus puissant.

Aucune réaction ou mobilisation significative contre les dernières  interventions de l’armée française en Afrique, aucune discussion dans les organisations progressistes du mouvement social, une frilosité qu’il faut sans aucun doute relier au développement de l’islamophobie qui de fait paralyse bien des organisations et qui agit comme un frein à l’action et à la réflexion.

Déjà la loi de 2004 sur le foulard avait cassé toute une dynamique qui s’était développée des années auparavant. Aujourd’hui, il faut dépasser ce constat et reprendre l’offensive.

_______________________________

Mouvement anti-guerre et mouvement anti-impérialiste

Si l’on analyse l’histoire de la France, en fait, il n’y a pas eu de développement important du mouvement anti-guerre. Depuis la colonisation, chaque fois qu’elle intervient à l’étranger, la France le fait au nom des valeurs universelles, au nom des valeurs de la République, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la gauche française n’est pas une grande référence dans la lutte contre la guerre.

Cependant, entre 2002 et 2004, le mouvement anti-guerre a été d’une ampleur étonnante. Sans être gigantesque, on ne peut nier une dynamique certaine avec des manifs pouvant réunir plusieurs centaines de milliers de personnes et parmi elles beaucoup de jeunes. Autres caractéristiques importantes à noter, d’une part une mixité intéressante en termes de participation des quartiers et d’autres part des occupations comme celle de l’American Express par exemple. De plus,  on était en présence d’un mouvement international avec des manifestations dans tous les pays et il est vrai que cela a été une période où beaucoup de choses étaient possibles.

Les dernières grandes manifs ont été celles contre la venue de Bush à Paris en 2004. Et la question reste de savoir pourquoi cela n’a pas continué. A mon sens, ce que l’on n’a pas réussi à faire, c’est  confronter et combiner les réflexions à l’intérieur du mouvement avec tous ceux qui y participaient pour développer au mieux  nos analyses afin de dépasser le seul mouvement anti-guerre. Il nous faut bien prendre en considération que ce n’était pas un mouvement anti-impérialiste mais seulement un mouvement anti-guerre. Sa raison d’être était de s’opposer à la guerre et non pas de lutter contre l’impérialisme même si le lien entre guerre et impérialisme existe bel et bien.

L’impérialisme, ce n’est pas que la guerre qui n’en est qu’une conséquence. L’impérialisme y compris l’aspect militaire, c’est le fait que parallèlement à une  période de crise  se développent de grands groupes et que la compétition qu’ils vont avoir, au lieu d’être  « régulée » par le marché,  va amener une confrontation entre Etats.

Dès la victoire militaire des coalisés en Irak, le mouvement anti-guerre s’est essoufflé, et comme il n’y avait pas la compréhension de ce qu’est l’impérialisme et donc de la nécessité de continuer à le combattre, les mobilisations se sont arrêtées.

Le problème reste toujours celui du passage d’un mouvement anti-guerre à un mouvement anti-impérialiste.

__________________________________________________

Georges Ibrahim Abdallah, au-delà du militant, un symbole fédérateur

Sur la thématique de la lutte contre l’impérialisme, la campagne pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah prend toute sa place. Après le dernier meeting organisé à Marseille par le Collectif, on était tombés d’accord pour proposer au FUIQP qu’il pose systématiquement dans toutes ses actions la question de la libération du camarade  Georges Ibrahim Abdallah parce que son cas recoupe à la fois la lutte anti-impérialiste et la lutte pour la Palestine et plus largement pour la cause arabe et particulièrement celle du Liban.

Dans les quartiers populaires, dans les mouvements de l’immigration, dans les mouvements de solidarité nos cœurs ont battu au rythme de l’Intifada en Palestine, de la résistance du peuple palestinien dont Georges Ibrahim Abdallah est l’un des symboles, la figure emblématique, c’est la raison pour laquelle, bien qu’il soit libérable depuis seize ans, il est toujours maintenu en prison à Lannemezan.

C’est parce qu’il unit tous les combats, celui de la lutte des classes, des luttes de l’immigration et de la lutte anti-impérialiste en France que  son cas exemplaire peut nous fédérer de la façon la plus sûre et la plus juste.

Si l’on se perd sur la question de savoir qui sont nos amis, qui ne le sont pas, on oublie que l’impérialisme reste notre ennemi principal, notamment à cause des guerres qu’il mène au Proche-Orient, mais aussi ici même par les ravages qu’il occasionne et auxquels s’opposent  les luttes de l’immigration.

_____________________________

70 ans après Sétif

Dans quelques jours, ce sera le 8 Mai. Ce sera le 70ème anniversaire du massacre de Sétif, où je suis née. Si, comme les années précédentes, de nombreuses initiatives ont été organisées, il serait bien que cette année on fasse le point sur la situation en Algérie, sur l’évolution du pays, sur la confiscation  de la révolution de nos parents par les dominants algériens aujourd’hui au pouvoir.

Aujourd’hui, nos parents après s’être fait exploiter, sont abandonnés par ce pouvoir alors même qu’ils avaient donné leur sang pour l’Algérie. Le fait que nos parents ne peuvent pas rester longtemps en vacances dans leur pays sinon ils perdent leurs droits en France, est déjà en soi une sorte de trahison.

Ce ne sont pas eux, les gouvernants actuels de l’Algérie qui ont donné leur sang pour la révolution,  et s’il faut toujours pointer les responsabilités des dominants français, il ne faut pas oublier celles aujourd’hui des dominants algériens et bien faire apparaître que parmi tous les dominants, aucun ne vaut mieux que l’autre ! Sans oublier que la corruption et la méfiance  du pouvoir algérien vis à vis de son peuple favorisent aussi les manœuvres de l’impérialisme.

Mais au-delà de ça, il nous faut apporter des éléments d’ordre historique et pédagogique à nos jeunes, à nos enfants qui idéalisent souvent « là-bas », l’Algérie, parce qu’il leur faut bien une branche à laquelle s’accrocher. Ils pensent que la vie est belle là-bas et ils sont même étonnés que des luttes puissent s’y développer. Difficile de trouver le moyen pour faire comprendre aux jeunes que, partout dans le monde, il y a des luttes et que l’on n’obtient rien sans lutter. Je propose donc qu’un texte spécifique puisse être élaboré et diffusé à cet effet.

_________________________

Syrie, Dangers de l’instrumentalisation

Aujourd’hui, il y a dans nos quartiers les pro Assad qui prennent pour argument le fait d’affirmer que Bachar serait pro palestinien, ce qui est  vraiment tromper les gens quand on sait combien de Palestiniens sont allés dans les geôles de Bachar et ça aussi il faut qu’on le prenne en compte pour bien analyser et se positionner au mieux sur la Syrie.  De façon plus large, pour moi il ne faut pas  déconnecter ce qui se passe en Palestine et ce qui se passe en Syrie.

_______________________________________

Sahara occidental / Palestine : un parallèle

On ne peut pas passer sous silence la situation au Sahara occidental, un Etat qui n’est toujours pas un Etat et une situation qui reste pour certaines communautés maghrébines, un problème sensible. On est en présence d’un peuple sous domination étrangère et qui demande son indépendance.

Alors que l’ONU le reconnaît comme un Etat à part entière comme la Palestine aujourd’hui encore qui reste occupée, c’est un Etat qui est occupé, sa population souffre et son peuple reste sous emprise étrangère.

______________________________________


Affiche du FPLP (Années 70)


Palestine, ne rien lâcher

Il est bon de toujours rappeler que la France est responsable des accords Sykes-Picot  et que par là même notre responsabilité est engagée. Et même si les gens nous reprochent de toujours mettre en avant la question palestinienne, il est de notre devoir de ne rien lâcher et de toujours mettre en avant le droit au retour des réfugiés. Qu’Israël puisse accueillir tous les juifs du monde et que les Palestiniens se voient interdits de retourner chez eux, c’est une injustice que l’on ne peut accepter et sur laquelle on ne doit pas transiger.

____________________________

Au delà de l’affichage, pour une solidarité active

Je voudrais rappeler que Georges Ibrahim Abdallah est enfermé en France depuis plus de 31 ans et que le comité de soutien sur Paris ne date que de 2006, même si à titre individuel, à un niveau local, certains n’avaient pas attendu la création du comité pour réagi.

Qu’il ait été complètement oublié par la droite, ce n’est pas étonnant mais il a également été oublié par tous les mouvements de gauche quels qu’ils soient et même par les mouvements d’extrême gauche et si l’article 8 concernant l’adhésion à l’Internationale stipulait « Soutien à la lutte armée et soutien à la lutte anti-coloniale des peuples opprimés », aucun parti se revendiquant de la lutte anti-impérialiste ne l’a soutenu. Toutes ces bonnes résolutions sont passées à la trappe et de fait Georges Ibrahim Abdallah paie le prix des renoncements de ces organisations. Et aujourd’hui, lorsque l’on aborde ces questions avec lui, il a bien conscience d’avoir été abandonné. Il sait parfaitement  pourquoi il est enfermé  et que l’excuse la plus souvent avancée pour ne pas le soutenir est qu’il « a du sang sur les mains ».

Dès lors, des questions se posent : « c’est quoi être véritablement un militant anti-impérialiste ? » , « C’est quoi concrètement soutenir la lutte des peuples opprimés ? » Est-ce qu’on passe à la vitesse supérieure, et l’on soutient ou non leur lutte armée ? Est-ce qu’on est des militants pour la paix, uniquement pacifistes, est-ce qu’on soutient la Palestine mais en dénigrant les personnes qui prennent les armes alors que dans le même temps on arbore le pin’s de Lumumba, de Sankara ou de Malcolm X !

Il est facile de se revendiquer des morts alors qu’on laisse crever en prison des militants, eux, bien vivants parce qu’ils sont accusés d’avoir du sang sur les mains en oubliant ou en faisant l’impasse sur tout le contexte de la lutte anti-impérialiste dans lequel ces actions se sont inscrites.


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Sam 5 Sep - 18:55



L'impérialisme (conclusions du débat, message au-dessus) 4 Septembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Questions internationales, FUIQP

L'impérialisme (conclusions)


Citation :
Le FUIQP inscrit dans son programme l’engagement anti-impérialiste. Pour nous, il n’y a pas de combat antiraciste sérieux si celui-ci ne s’attaque pas à la base matérielle du racisme : l’impérialisme. Nous sommes les résultats de l’esclavage et de la colonisation, c’est-à-dire des formes qu’a pris la domination du monde par l’Europe. Pour certains d’entre nous, nous sommes les résultats de la domination économique contemporaine du Sud par le Nord et des guerres pour le pétrole et les minerais stratégiques que ce Nord mène aujourd’hui dans nos pays d’origine et/ou dans ceux de nos parents ou grands-parents pour d’autres.

Les préjugés sur lesquels s’appuient les discriminations systémiques que nous subissons ne sont pas qu’un reste d’une histoire passée qui pourraient disparaître avec le temps. Ils sont nécessaires à la légitimation des politiques de pillages et de guerres que l’Etat français mène en Afrique ou au Moyen-Orient. Si le passé ne passe pas, c’est qu’il a une utilité et une fonction sociale contemporaine.

Avant de donner la parole à Kamel (Badaoui), et pour aller dans le sens de l’intervention du camarade qui demandait à ne pas limiter l’impérialisme à la guerre, même si bien sûr, ça comporte la guerre, un mot pour montrer la schizophrénie des mouvements qui se disent de gauche ou d’extrême gauche ou progressistes en France. Je m’explique : au moment même où nous développons une campagne, gauche et extrême gauche confondues, contre le traité TAFTA d’ouverture absolue au libre-échange, l’Europe et la France imposent à l’Afrique des traités de partenariat économique. Quand on examine leur contenu, cela signifie très concrètement, et on peut les prévoir, des famines d’une ampleur énorme en Afrique, dans les deux ou trois ans à venir, parce que ces traités ne peuvent qu’entraîner la paupérisation massive de toute la paysannerie vivrière.

Je parlais de schizophrénie, eh bien, on a des organisations qui sont capables d’un côté, de s’opposer à TAFTA parce que cela va ouvrir nos frontières à la concurrence états-unienne et entraîner des souffrances chez nous et de l’autre, de se taire lorsque leur Etat fait la même chose en Afrique. Vision autocentrée et analyse quelque peu borgne de la situation internationale qui montre la nécessité de prendre la question de l’impérialisme dans toute sa globalité.

Sur la question de l’anti-impérialisme le chantier est immense en France. Nous sommes dans une des puissances qui mène le plus d’agressions militaires en Afrique, qui continue son occupation coloniale dans les fameux « DOM-TOM » et qui est un des alliés les plus forcenés d’Israël, cet outil central de l’impérialisme dans la région du Moyen Orient. Et face à cela, il n’y a en France aucun mouvement anti-guerre. Plus grave que cela, des forces soi-disant critiques du système cautionnent des interventions militaires en Afrique au prétexte de s’opposer au « djihadisme » ici, à tel ou tel « dictateur » là.

Que ce soit dans l’opposition à la guerre ou dans la dénonciation des mécanismes économiques d’assujettissement et de paupérisation des pays du Sud, le FUIQP doit prendre ses responsabilités.



Kamel Badaoui a écrit:
Les interventions au cours du débat ont bien complété mon exposé, en particulier le parallèle qui vient d’être fait sur la route des migrations. Je tiens d’ailleurs à signaler parmi nous la présence de Soumaré, de l’Union nationale des sans-papiers, une organisation qui est en train de se construire par les sans-papiers, dans une démarche qui ressemble à celle du FUIQP.

A propos de l’intervention du camarade sur l’impérialisme, il va de soi que le lien est évident entre impérialisme et système économique, même si je n’ai pas développé cet aspect.

En ce qui concerne les printemps arabes, dire d’abord qu’au FUIQP, on n’a pas adopté cette expression de « printemps arabes ». Pour nous, ce sont des processus de luttes de classe mais aussi de luttes des peuples. Dans chaque pays, les classes, les couches sociales, chacune à leur façon, essaient d’influencer le cours des événements.

Ce qui s’est passé en Tunisie est majeur. En dehors même de la chute du dictateur Ben Ali, qui est en soi un événement considérable en ce qu’il sanctionne l’échec des politiques qui ont été menées par ce système et ses alliés, le processus en cours depuis, bien qu’il évolue en zigzag, est indéniablement d’une grande importance. Comme tout processus, il n’est pas linéaire, on ne peut affirmer ni qu’il conduit à une victoire, ni à l’échec.

Par contre, ce que l’on peut observer ou relever de façon tangible, c’est l’accentuation des dangers dans toute la zone du Maghreb et même de l’Afrique, l’accroissement de l’instabilité et cela ne vient pas du néant. C’est la conséquence des discours et des actes des dirigeants impérialistes dont l’influence se déploie à l’échelle planétaire.

Aujourd’hui la déstabilisation est un but de la mondialisation : la mondialisation veut éliminer tous les obstacles qui se dressent encore devant elle, et particulièrement les Etats nationaux qui sont nés des luttes de libération nationale et qui, malgré toute leur fragilité et les difficultés de construction qu’ils rencontrent, malgré leur état d’ébullition, dressent des obstacles aux visées impérialistes.

Au Moyen-Orient comme en Afrique, suivant des modalités et des agendas différents, des actions, des interventions, se succèdent pour casser les Etats nationaux et créer à leur place des Etats ethniques voire même tribaux, pour aboutir somme toute, comme le disait Saïd (Bouamama) à une balkanisation propice à l’affaiblissement des Etats avec l’objectif de mieux s’assurer le contrôle des richesses et des sources d’énergie.

Enfin si j’ai dit que l’impérialisme, c’est la guerre, bien entendu, ce n’est pas uniquement la guerre. Dans les conditions actuelles, pas plus qu’auparavant d’ailleurs, on ne peut être un militant anti-impérialiste conséquent si l’on n’est pas également anticapitaliste, c’est à dire contre ce système d’organisation et d’exploitation. Et c’est bien un axe majeur qui nous préoccupe et que nous essayons au mieux d’articuler -lutte anticapitaliste et combat anti-impérialiste- dans la construction du FUIQP.



Sonia Moussaoui a écrit:
Cette dernière table ronde conclut une journée riche en échanges politiques marqués par un respect mutuel, sincère et c’est certainement le même esprit qui animera la journée de demain.

Merci pour l’écoute attentive dont chacun a fait preuve.

Et pour clôturer ce débat sur l’impérialisme, j’ajouterai une dimension qu’il faut toujours garder à l’esprit. Si l’impérialisme, c’est bien entendu l’exportation des rapports capitalistes au reste du monde via les guerres, il ne faut pas oublier que c’est également non seulement la généralisation des rapports capitalistes au reste de la planète mais également l’exportation d’un système culturel et d’un mode de pensée.

Dans ces conditions, il était nécessaire pour justifier le retour des guerres néocoloniales dont nous sommes témoins de théoriser, tout comme pour l’esclavagisme et le colonialisme, une idéologie de racialisation consistant à inférioriser les sociétés non européennes et/ou non occidentales.

Ce qu’il faut retenir c’est que le développement du capitalisme en Occident est dans l’absolu lié avec le développement de la misère dans les pays impérialisés. Jamais il n’y aurait pu y avoir de développement industriel en Occident sans meurtres, génocides, tueries et vols dans les pays impérialisés. Cela veut dire qu’il n’y a pas deux histoires séparées. Le jour où les travailleur-e-s françai-e-s auront compris cela, ils/elles deviendront anti-impérialistes parce que cela veut dire tout simplement qu’il n’y a pas eu, en Occident, un mode de production qui serait plus intelligent que leurs cultures. Le capitalisme n’est pas le résultat d’une intelligence mais plutôt le résultat de pillages et de destructions.

L’idée est donc d’arrêter de penser en termes de deux histoires mais plutôt en une seule histoire mondiale. Et ainsi donc le sort de l’humanité est lié. Autrement dit, il n’y a pas d’émancipation sociale dans les sociétés occidentales sans émancipation sociale dans les sociétés d’Afrique, du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, des pays du Moyen et de l’Extrême Orient, d’Inde, des Amériques du Sud… □


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Jeu 19 Nov - 15:08



Après les attentats de Paris, bientôt des soldats allemands et irlandais au Mali ? Trésor Kibangula 18 novembre 2015

Au lendemain des attentats terroristes du 13 novembre à Paris, la France a demandé une assistance militaire aux autres États membres de l’UE. Dans ce cadre, un déploiement des troupes européennes – allemandes et irlandaises a priori - en Afrique de l’Ouest paraît désormais plus que probable. Décryptage


Citation :
C’est une grande première dans l’histoire de l’Union européenne (UE). Le 17 novembre, lors d’une réunion des ministres européens de la Défense à Bruxelles, le Français Jean-Yves Le Drian a invoqué la « clause de défense mutuelle » consacrée dans l’article 42.7 du traité de Lisbonne. La disposition était déjà citée la veille par le président français, François Hollande, lors de son discours devant les deux chambres du Parlement français réunis en Congrès à Versailles.

En quoi consiste la « clause de défense mutuelle » ?

La clause invoquée veut qu’« au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir (… ) ».


La France a été attaquée, l’Europe entière a été attaquée.

Dans la foulée de l’invocation historique de cette disposition à Bruxelles, Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, également vice-présidente de la Commission, et Jean-Yves Le Drian ont tenu un « petit point de presse » pour tenter d’expliquer sa portée.

« La France a été attaquée, l’Europe entière a été attaquée », a déclaré d’entrée la chef de la diplomatie européenne, faisant allusion aux attentats terroristes simultanés qui ont plus de 120 morts, le 13 novembre, à Paris. « Ce n’est pas seulement une attaque contre la civilisation européenne, mais aussi [contre] les racines communes de nos civilisations : [une attaque] contre la civilisation », a-t-elle ajouté.

« Aujourd’hui, la France demande l’aide et l’assistance de toute l’Europe et aujourd’hui toute l’Europe unie répond ‘oui' », a indiqué Federica Mogherini.


En quoi va consister l’assistance militaire de l’UE ?

Jamais mis en oeuvre depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne fin 2009, l’article 42.7 paraît pour beaucoup comme une disposition aux contours flous. Comment l’appliquer ? Des réunions bilatérales entre la France et les 27 autres États membres de l’UE sont prévus – « dans les heures qui viennent », selon Jean-Yves Le Drian – pour définir les modalités d’assistance de chacun. D’autant que, pour le ministre, cette contribution « pourra prendre des formes différentes : que ce soit sur le théâtre du Moyen-Orient ou [sur] d’autres théâtres » d’opérations.


La France ne peut plus tout faire, a martelé Le Drian

« La France ne peut plus tout faire : être à la fois dans le Sahel, en République centrafricaine, au Liban, dans les interventions de riposte sur le Levant et ensuite assurer, par ses propres forces, la sécurité du territoire nationale », a martelé le ministre français de la Défense.

Pour lui, l’assistance militaire attendue de l’UE devra ainsi se traduire « soit par une collaboration capacitaire sur les interventions françaises en Syrie et en Irak, soit par un allègement ou un soutien de la France dans d’autres opérations ».


Quelles troupes européennes au Mali ?

Si beaucoup d’États membres de l’UE ne comptent pas, pour l’instant, participer directement aux opérations en cours contre le groupe terroriste État islamique en Syrie et en Irak, certains sont plus disposés à venir épauler l’armée française engagée sur plusieurs fronts en Afrique.

L’Allemagne a annoncé que ses troupes pourraient bien être déployées au Mali pour permettre à celles de la France, engagée dans le Sahel à travers l’opération Barkhane (3 000 militaires, une vingtaine d’hélicoptères, 200 véhicules de logistique, 200 blindés, 6 avions de chasse, 3 drones et une dizaine d’avions de transport), de se redéployer sur les autres terrains de conflits, voire de revenir sur le territoire national qui fait face aux attaques terroristes.

Opération Barkhane : présence de l’armée française dans le Sahel


« Nous allons renforcer notre engagement là-bas. Et pour la France, cela représente un soulagement très important pour son armée en Afrique de l’Ouest », a fait savoir Ursula von der Leyen, ministre allemande de la Défense.

Même son de cloche du côté de l’Irlande. Son gouvernement se dit également prêt à envoyer un contingent important dans le cadre de la Minusma. Il n’est pas exclu que d’autres États membres emboîtent le pas.

Pourquoi la France n’a pas activé le dispositif similaire de l’OTAN ?

C’est à l’Otan d’attaquer Daesh.

Pour la France, invoquer l’article 42.7 du traité de Lisbonne fut un « acte politique de grande ampleur », s’est félicité Le Drian. D’autant que sa demande a obtenu le « soutien unanime » de tous les 27 autres États membres de l’UE.

Mais aux yeux de James Stavridis, ancien commandant suprême des forces de l’Alliance Atlantique, « après les attentats du 13 novembre [à Paris], c’est à l’Otan d’attaquer Daesh ». Dans une tribune publiée mardi sur Slate, celui-ci rappelle le « principe fondateur entériné dans l’article 5 (…) du Traité de l’Atlantique nord », qui dispose : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties (…). En conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées », ajoute le texte.

Est-ce pour contourner les multiples « petites étapes préliminaires » de ce dispositif – approbation du Conseil de sécurité avant toute intervention militaire de l’Otan entre autres – que la France a choisi d’invoquer l’article 42.7 des traités européens en lieu et place de son équivalent contenu dans l’article 5 du traité de l’Atlantique nord ? François Hollande « a bien fait d’invoquer [l’article 42.7] pour la première fois », s’est contenté de répondre Jean-Yves Le Drian.


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Mar 8 Déc - 9:57



Le nouveau découpage impérialiste du Moyen-Orient Joseph Kishore 8 décembre 2015

Les événements de la semaine passée entreront dans l’histoire comme un des jalons majeurs du développement de l’impérialisme au 21ème siècle. Suite à l’intensification par la France, le mois dernier, de sa campagne de bombardements en Syrie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont intensifié eux aussi, en l’espace de quelques jours, leur engagement militaire en Syrie

Citation :
Le prétexte de ces opérations sont les attentats terroristes du 13 novembre à Paris et l’horrible fusillade qui s’est déroulée depuis à San Bernardino, en Californie. Les raisons présentées à l’opinion publique pour expliquer la rapide escalade de la guerre en Syrie n’ont cependant pas grand-chose à voir avec le débat stratégique en cours aux plus hauts échelons de l’armée et des services de renseignement.

Aussi tragique que soit le meurtre de 130 personnes à Paris et de 14 personnes à San Bernardino, il ne peut expliquer l’escalade militaire soudaine et brutale opérée au Moyen-Orient par les principales puissances impérialistes. Il faut se souvenir qu’en 1915, après le torpillage du RMS Lusitania qui causa la perte de 1.198 vies humaines, les Etats-Unis s’étaient abstenus d’entrer dans la Première Guerre mondiale. A cette époque, la classe dirigeante américaine était encore partagée quant à l’opportunité d’intervenir dans la Grande guerre.

La force motrice essentielle de la guerre en Syrie est la même que celle qui a poussé au découpage du Moyen-Orient dans son ensemble: les intérêts du capital financier international. Les principales puissances impérialistes savent que si elles veulent avoir leur mot à dire dans le partage du butin, elles doivent aussi avoir réalisé leur part de meurtre.

Cette course à la guerre au Moyen-Orient est profondément impopulaire, ce qui explique la précipitation et la frénésie avec lesquelles on s’est servi des récents attentats et le climat de peur créé par les médias pour imposer des actes le plus vite possible. Considérez les événements de la semaine dernière:

Mardi dernier, le gouvernement Obama annonçait vouloir déployer un nouveau contingent de forces spéciales théoriquement dirigé contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie (EI ou Isis). Lors d’une conférence de presse le même jour, Obama a répété que tout règlement de la guerre en Syrie devait inclure l’éloignement du président Bachar al-Assad, un allié clé de la Russie.

Mercredi, le parlement britannique votait le soutien à une action militaire en Syrie après que le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn eut ouvert la voie à une guerre en acceptant un « vote libre » des députés de son parti. Immédiatement, le même soir, des avions de combat britanniques décollaient pour bombarder des cibles en Syrie alors que le premier ministre David Cameron attaquait tout opposant à la guerre comme « sympathisant des terroristes. »

Vendredi, le Bundestag allemand votait en toute hâte et quasiment sans discussion la participation à la guerre en Syrie. L’approbation de la guerre par le parlement suivait de près une décision du gouvernement, en début de semaine, d’envoyer dans la région 1.200 soldats, six avions Tornado et un navire de guerre.

Puis, ce week-end, les médias et l’establishment américains ont décidé d’exploiter la tuerie de San Bernardino pour pousser à une extension de la guerre. Les candidats présidentiels républicains firent des déclarations belliqueuses, insistant pour dire que les Etats-Unis étaient confrontés à « la prochaine guerre mondiale » (Chris Christie, gouverneur du New Jersey), que « la nation [avait] besoin d’un président de guerre » (Ted Cruz, sénateur du Texas), qu’« ils nous ont déclaré la guerre et que « nous devons leur déclarer la guerre » (Jeb Bush, ex-gouverneur de Floride).

Dans un discours Obama a défendu dimanche soir sa propre politique en Syrie face à ses critiques républicains. Il réitéra son opposition à un déploiement massif de forces au sol en Irak et en Syrie, favorisant une accélération des frappes aériennes, un financement de groupes en Syrie et l’utilisation de troupes des pays voisins. Saluant les décisions de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, Obama a déclaré, « Depuis les attentats de Paris, nos proches alliés… ont amplifié leur contribution à notre campagne militaire, ce qui nous aidera à accélérer nos efforts pour détruire l’EI. »

Alors qu’ils prônent la guerre, ni Obama ni aucune section de l’establishment politique ne sont capables de dire quoi que ce soit sur les véritables origines de l’EI, qui font voler en éclats le prétexte de la « guerre contre le terrorisme », le fondement de la politique étrangère américaine depuis 15 ans.

Dans une allocution, Obama a parlé dimanche de la croissance de l’EI « au milieu du chaos de la guerre en Irak, puis en Syrie, » comme si cela n’avait rien à voir avec la politique pratiquée par les Etats-Unis. En fait, les Etats-Unis et leurs alliés ont d’abord, illégalement, occupé et ravagé l’Irak, puis mis en place les groupes fondamentalistes islamistes en Syrie dont l’EI est devenu le fer de lance dans la guerre contre le président syrien Bachar al-Assad.

Les combattants de l’EI qui ont perpétré les attentats de Paris ont pu voyager librement entre l’Europe et la Syrie parce que des milliers de jeunes semblables allaient d’Europe en Syrie avec le soutien des autorités pour rejoindre la guerre contre Assad.

Quant à la fusillade de San Bernardino, les responsables ont mentionné le voyage effectué par ses deux auteurs en Arabie saoudite et leur relation avec des individus du Front al-Nosra pour justifier de la qualifier d’attentat terroriste. L’Arabie saoudite, le centre du financement et du soutien de groupes fondamentalistes islamistes partout au Moyen-Orient, est un allié clé des Etats-Unis dans la région et le Front al Nosra, lié à al Qaïda, est un allié de fait des Etats-Unis en Syrie.

Plutôt qu’une réaction aux récents attentats, les actes des puissances impérialistes sont la réalisation de projets et d’ambitions de longue date. En Grande-Bretagne, le vote de la semaine dernière révoquait celui de 2013 qui rejetait une participation à une guerre préparée et conduite par les Etats-Unis contre le régime Assad. L’élite dirigeante allemande réclame un rôle militaire bien plus actif afin de s’affirmer en tant que puissance dominante de l’Europe.

Aux Etats-Unis, avant l’attentat de San Bernardino, l’establishment politique et des médias demandait avec insistance un déploiement de troupes au sol et l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie.

Les puissances impérialistes, conduites par les Etats-Unis, sont engagées depuis un quart de siècle dans une guerre interminable axée sur le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Plus d’un million de personnes ont été tuées et des millions d’autres transformées en réfugiés. Après les guerres d’Afghanistan et d’Irak sous le gouvernement Bush, Obama a supervisé la guerre en Libye et les campagnes de changement de régime soutenues par la CIA en Ukraine et en Syrie. Les conséquences désastreuses de chaque opération ont préparé le terrain à l’expansion et à l’intensification de la guerre.

Ce qui est en train de se produire est un nouveau partage et une recolonisation du monde. Toutes les vieilles puissances se précipitent pour réclamer leur part. Bien qu’axé actuellement sur le Moyen-Orient riche en pétrole, le conflit en Syrie est en train de se développer en une guerre par procuration avec la Russie. De l’autre côté du continent eurasiatique, les Etats-Unis lancent en Mer de Chine méridionale des actions de plus en plus provocatrices contre la Chine.

La situation géopolitique actuelle est plus explosive qu’à n’importe quel moment depuis la veille de la Seconde Guerre mondiale. L’élite dirigeante, en proie à une crise économique et sociale insoluble et pour laquelle elle n’a pas de solution progressiste, considère de plus en plus la guerre et le pillage comme la seule réponse possible
.

(Article original paru le 7 décembre 2015)


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MessageSujet: Re: ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?   Sam 7 Mai - 10:50


à lire sur le site de la revue Période, un point de vue intéressant puisque l'on assiste à une résistance générale des marxistes français, 'communisateurs" compris, pour utiliser aujourd'hui le concept d'impérialisme. Tout le monde sait, par exemple, que Théorie Communiste, n'est pas "anti", et notamment pas anti-impérialiste...

quelques explications à cette situation critique de la critique...



Souvent remis en cause, le concept d’impérialisme est essentiel à notre compréhension du monde. Loin d’être une lubie conspirationniste, ou encore un synonyme du colonialisme, il comporte des dimensions politique, économique et sociale. Pour Claude Serfati, il faut comprendre l’impérialisme comme l’expression politique des impératifs de l’accumulation du capital. À travers ce concept, il peint un tableau saisissant de la France d’aujourd’hui : une industrie exsangue et un faible potentiel d’expansion, compensées par une politique ultra-belliciste, néocoloniale, appuyée par de grands groupes stratégiques (armement, nucléaire, pétrole). Cette « économie politique de la Ve République », constitue une proposition théorique marxiste novatrice, qui permet d’articuler État et capital de façon résolument dialectique.

Citation :
En quoi le concept d’impérialisme demeure-t-il pertinent aujourd’hui, après les nombreuses mises en cause qui lui ont été faites, par des non-marxistes mais aussi par des marxistes contemporains de renom (Panitch, Teschke, Robinson, etc.) ?

Il est pertinent aujourd’hui. Je me pose moins de questions que tous ses détracteurs, auxquels on peut ajouter Ellen Meiksins Wood à votre liste, qui ne se posent pas la question de l’actualité du terme « capitalisme » par exemple. Je parle des marxistes qui n’ont aucun problème pour qualifier la domination du capitalisme, et qui par contre taxent la notion d’impérialisme de tous les maux. Ils en contestent la pertinence parce qu’à la fin du XIXe siècle effectivement, un changement s’est produit. On l’évoquera ensuite.

Il y a de nombreuses définitions de l’impérialisme. Si on prend les cinq critères de Lénine, ils ne sont pas tellement démodés. On reviendra toutefois sur la question de la fusion du capital industriel et du capital bancaire, mais aucun des cinq critères n’est réellement déclassé aujourd’hui. Ceci dit, j’apprécie, parce qu’elle est féconde pour avancer aujourd’hui sur la catégorie d’impérialisme, la définition de Rosa Luxembourg selon laquelle l’impérialisme est « la traduction politique de l’accumulation du capital ». C’est concis et orienté certes et j’extrais cette phrase d’un livre dense. Forcément, elle ne recouvre pas toute la réalité de l’impérialisme. Il ne s’agit pas de dire que cette définition recouvre tout le concept d’impérialisme mais elle me plaît, à côté de celles des classiques marxistes de l’impérialisme, parce qu’elle montre ce qui s’est passé à la fin du XIXe siècle, c’est à dire les relations entre l’économie et la politique. Marx n’a pas concentré ses travaux sur cette question parce que ce n’était pas son objectif (il avait prévu d’inclure la question de l’État dans Le Capital), mais on verra qu’il nous livre quelques pistes. L’impérialisme, c’est la conjugaison de profondes tendances économiques inhérentes au capitalisme – la création du marché mondial, la suprématie de la forme-argent du capital-et aussi de tendances politiques – le rôle des États. Quelques chercheurs, par exemple Callinicos ont également développé ce point de vue.

Parmi les marxistes, il y a un grand reproche adressé à la notion d’impérialisme, c’est l’obsolescence des guerres inter-impérialistes. Effectivement, si l’on veut dire que l’impérialisme a changé depuis un siècle, je suis d’accord, mais aucun de ces marxistes ne réduisait il y a un siècle l’impérialisme à des guerres entre pays capitalistes développés. Donc inversement, qu’une des tendances qui a conduit à la caractérisation de l’impérialisme soit aujourd’hui dépassée dans certaines conditions ne me paraît pas déclasser la théorie dans son ensemble. D’autant plus que cela fait quelques dizaines d’années que je travaille sur le militarisme, et s’il n’y a pas de guerres directes qui seraient la continuation par la guerre des rivalités inter-capitalistes, il y a malgré tout des guerres qui sont le produit de l’impérialisme contemporain. Là aussi, il faudrait que ces détracteurs nous expliquent en quoi les guerres de ressources, profondément intégrées au capitalisme par les flux financiers Sud-Nord et par la façon dont les États dominants ont besoin de ces États faillis dans lesquels se déroulent les guerres, ne peuvent pas s’expliquer dans le cadre de l’impérialisme. Je trouve au contraire qu’elles s’expliquent assez aisément dans ce cadre. On pourrait ajouter la question de la Chine, c’est-à-dire la question de la rivalité inter-impérialiste et de ses possibles conséquences militaires, bien qu’un affrontement militaire entre la Chine et l’impérialisme américain soit peu probable. De même, on peut réfléchir aux conflits entre les impérialismes occidentaux et la Russie, qui se traduisent par des conflits ‘par procuration’.

[suite sur le dite de Période, je ne donne ici que les questions...]

- Quel bloc impérialiste aujourd’hui dans un monde où s’est créé un immense déséquilibre entre les États-Unis et leurs alliés occidentaux, où ces derniers ne se font plus la guerre et où émergent de nouvelles puissances non-occidentales ?

- Quels sont les liens entre finance et impérialisme ? Lénine caractérisait déjà l’impérialisme comme l’époque de la domination du capital financier, néanmoins la récente financiarisation de l’économie n’a-t-elle pas marqué une nouvelle étape ?

- Est-ce que l’UE est un État impérialiste ou est-ce que l’UE est le lieu d’une articulation nouvelle entre capital et État qui nous oblige à repenser la forme-État ? Qu’en est-il alors de la catégorie de bureaucratie ?

- Comment expliquer le succès du secteur de l’armement par rapport au reste de l’économie française?

- Et de manière plus générale en quoi ce qui est bon pour les multinationales (ou les grands groupes français) n’est pas bon pour l’économie en général ?

- Comment s’articulent politique militaire et politique commerciale, notamment dans le secteur de l’armement ?

- Quelle est la logique qui préside à la politique étrangère militaire française ?

- Peut-on réduire la politique étrangère française à une politique néo-coloniale ?


Il y a deux piliers qui maintiennent le statut politique de la France dans le monde, le nucléaire et l’Afrique. Il est donc évident que l’accélération de l’interventionnisme en Afrique, dans le contexte que j’ai décrit, vise à garder ce qui est vital pour l’impérialisme français. Vital économiquement, parce qu’il y a de nombreux réseaux de grands groupes bancaires et industriels qui y sont installés. Songez également à l’uranium au Niger. En plus des enjeux économiques, l’Afrique est également vitale sur le plan politique. Si la France n’allait pas en Afrique pour faire la guerre, si elle n’avait pas 8000 soldats présents sur place, si elle n’utilisait pas les avions Rafales dans le désert malien, elle minerait son statut de puissance militaire mondiale. Ne resterait que le nucléaire, qui ne suffirait pas. Les deux piliers demeurent nécessaires pour la France.

- Est-ce que les interventions en Syrie, au Mali et en Libye relèvent d’une même logique ?

- Est-ce qu’il y a eu rupture avec une politique antérieure plus pacifique dont la position de la France contre l’intervention en Irak en 2003 est le parangon glorieux ?

- Quel est votre sentiment sur la séquence sécuritaire actuelle et ses origines ?

- Vous avez évoqué une tendance chez les intellectuels français à nier l’existence d’un impérialisme français. Comment expliquer cette tendance ?


Il n’y a effectivement pratiquement pas d’analyse de l’impérialisme français qui est faite par des intellectuels marxistes en France. Cela tient à des causes générales, et d’abord aux difficultés de comprendre ce qu’est l’impérialisme. Et puis il y a des facteurs spécifiques à la France. La tradition qualifiée de souverainisme n’existe pas seulement depuis que Bruxelles « nous dicte ses lois » c’est-à-dire depuis une vingtaine d’années. L’idée, au moins depuis 1945, que la France a un rôle spécifique à jouer dans le monde était partagée par De Gaulle et le parti communiste. Cette alliance, sans doute contre nature a pris le nom de « soutien au caractère positif de la politique extérieure du général de Gaulle ». Elle explique en partie la difficulté à lutter contre le militarisme. Ceux qui congratulaient Chirac en 2003 parce qu’il s’opposait à la guerre décidée par Bush omettaient qu’exactement en même temps, la France intervenait directement avec son armée en Côte-d’Ivoire…

Si on prend la question de l’Afrique, hormis le travail inlassable d’ONG (tels que Survie), il n’y a pas d’institution, pas de mouvement pacifiste puissant. Les recherches académiques sur l’industrie de défense en France sont rares et elles dépendent de financements accordés par le ministère de la défense… Il y a une légère ouverture en ce qui concerne le nucléaire parce que là il y a un mouvement écologiste qui existe et qui en parle. Cependant, les mouvements écologistes sont principalement orientés vers les enjeux civils.

- Comment expliquer, par-delà la conjecture que vous décrivez, la longue tradition d’interventionnisme des sociaux-démocrates, de Guy Mollet à Hollande (et Valls) ? Je pense notamment à la politique coloniale répressive de Guy Mollet, aux rodomontades de Fabius sur Assad, aux allégeances caricaturales du Parti socialiste envers la politique israélienne, etc.


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