PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...
Aujourd'hui à 4:19 par Patlotch

» "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, interclassisme, prolophobie... et théorie
Aujourd'hui à 0:45 par Tristan Vacances

» 0. un livre ? Une théorie est apparue... Diffusion, réception... débats ?
Aujourd'hui à 0:20 par Tristan Vacances

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Hier à 23:58 par Patlotch

» 8. poèmes et contes pour en causer
Hier à 22:46 par Patlotch

» 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes
Hier à 16:43 par Patlotch

» LA NOUVELLE GAZETTE DES VANNES (Franzoseur Zeitung)
Hier à 14:36 par Patlotch

» 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?
Hier à 14:05 par Patlotch

» la DOMINATION MASCULINE dans le monde : un MACHISME STRUCTUREL
Hier à 13:47 par Patlotch

» ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
Mar 17 Oct - 20:26 par Patlotch

» la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences...
Mar 17 Oct - 14:56 par Patlotch

» la VIOLENCE venue dans la "CONTRE-RÉVOLUTION" CAPITALISTE...
Mar 17 Oct - 13:24 par Patlotch

» MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire
Mar 17 Oct - 11:29 par Patlotch

» JAZZ, BLUES, R'n'B, SOUL, RAP... pour "double paire d'oreilles"
Mar 17 Oct - 10:51 par Patlotch

» des ŒUVRES-SUJETS PERFORMATRICES en ARTS : des usages révolutionnaires ?
Lun 16 Oct - 14:18 par Patlotch

» FÉMINISME et MARXISME : SEXES, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, Sara Farris, etc.
Lun 16 Oct - 13:10 par Patlotch

» CLASSES SOCIALES et AUTRES RAPPORTS SOCIAUX, de sexes, races, nations, générations... Documents
Lun 16 Oct - 1:24 par Patlotch

» de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME
Dim 15 Oct - 13:13 par Tristan Vacances

» EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...
Dim 15 Oct - 0:22 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Sam 14 Oct - 19:56 par Patlotch


Partagez | 
 

 FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 14 Aoû - 3:12



la "valeur" d'une femme d'Alger ?




Femmes d'Alger, 180x229 cm Delacroix 1932



les mêmes, Picasso 1955




Un Picasso est devenu lundi 11 mai la toile la plus chère jamais vendue aux enchères :
"Les Femmes d'Alger" a été adjugé 179,3 millions de dollars chez Christie's, à New York.
« Vu sa valeur hors normes, "Les Femmes d'Alger" de Picasso a droit à une sécurité rapprochée.»
MétroNews 12 mai 2015




Dernière édition par Admin le Dim 23 Aoû - 19:30, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Dim 23 Aoû - 19:28



Sexisme / Racisme Sonia Moussaoui 23 Août 2015, Repères anti-racistes


أعوذ بلّله السميع العليم من الشيطان الرجيم
بسم الّله الرّحمآن الرّحيم
ربّ ٱشرح لى صدر ي و يسرلى أمرى و ٱحلل عقدةً من لسانى يفقهوا قولى

« Mon Éducateur, dilate ma poitrine, facilite ma propre décision et dénoue un nœud de ma langue pour qu’on pénètre mon propos
[et/ou] afin qu’elles-ils discernent mon propos.»
Coran Sourate 20, versets 25 à 28

Hommage

Cet écrit est un hommage aux femmes qui m’ont sauvée de l’aliénation, du meurtre et du suicide. Un hommage à celles oubliées, niées et inexistantes de l’Histoire. Ce qui aurait pu être mon cas si je n’avais osé prendre ce micro pour crier ma colère. A celles qui m’ont transmis la force de ne pas oublier ma classe et ma race. A celles qui m’ont trouvée belle, intelligente et courageuse. A celles qui font battre mon cœur et l’irriguent du souffle de l’espoir. A l’instar de Karima, Shyaka et Meriem à qui je remets, ici même, le prix d’honneur de grandes révolutionnaires de notre époque. Merci pour votre exemplarité, vos forces et vos combats.


Sonia Moussaoui a écrit:
De toute évidence je n’aurais jamais pu vous rencontrer/connaître/fréquenter ni même entendre parler de vous tant les conséquences du racisme et de l’impérialisme auraient pu vous/nous tuer dans l’anonymat le plus abject et passer sous silence et jeter aux oubliettes l’impardonnable souffrance de nos parents, sœurs, frères et ami-es. A l’instar de milliers et de milliers de femmes particulièrement les racisées. Mais vous avez choisi la Vie, l’amour tout en participant à la transmission, à l’instar de nos ascendantes de nos peuples dont nous sommes indélébilement les héritières, du sens du combat et la fierté de nos héritages. Alors permettez-moi de vous honorer dans cette table ronde comme autant de symboles de nos Re-connaissances et de nos célébrations mutuelles.

Eh oui Shyaka je n’oublierai jamais cette parole que tu as prononcée un jour, souviens-toi, lorsque dans la même semaine l’institution du nom « protection de l’enfance » qui n’a de protection de l’enfance que le nom, t’a interdit par deux fois consécutives la visite de ta petite fille. Alors que j’étais effondrée, tu m’as fixée et dit : « Sonia, si le système a décidé de me détruire, moi j’ai choisi de ne pas participer à mon auto-destruction ». Alors oui, célébrons-nous à l’intérieur de cette maxime tout en nous excitant de ces célébrations. Continuons à nous Re-créer, Re-définir tout en inventant un système social dépatriarcal/décolonial/déracialisant/désimpérial/démilitarisant/désoccidentalocentrique.

Alors avec fierté, colère et profonde tristesse je demande à ce que l’on célèbre collectivement une minute de silence pour toutes les femmes tuées et/ou violées par les bombes, les troupes, les groupuscules de l’impérialisme. Je voudrais ici porter collectivement une minute de silence pour Wafa, Naïma, Sabrina, Nessrine, Rajia, Khadija, Bassma, Houria mes sœurs, mes amies algériennes tuées par l’impérialisme des années 90.

Qu’elles me pardonnent du plus profond de mes tripes de ne pas les avoir célébrées publiquement jusqu’à ce jour. Qu’elles sachent que mon cœur ne peut ni les oublier ni cesser de pleurer leur absence tragique. Qu’elles sachent que leur sang rebelle et maquisard n’est que souillure éternelle dans le cœur des assassins. Qu'elles sachent que leur sang rebelle et maquisard coulé à terre est célébré par chacun de mes pas foulés, humectant mon cœur de leur présence au présent de l’instant. Qu’elles reçoivent ici ma parole que leur histoire sera tracée, criée, hurlée, chantée et célébrée. Qu’Allah m’accorde le temps de le faire avant d’emporter mon souffle, amin. Et quand bien même mon souffle éteint, sachez que chacun de mes pas foulés est semence de graines immanquablement insolentes. Des graines qui s’enracinent dans les tréfonds de la Terre. Des graines aux feuillages persistants, piquants, pulvérisant les cœurs. Des graines dont les gènes ne sont pas modifiables. Indéniablement, récitants nos mémoires, nos histoires de luttes et de fiertés.

De la nécessité de se déconnecter de l’aliénation sexiste pour construire notre organisation militante décoloniale

« Le succès ou l'échec d'une révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s'en est trouvé rapidement modifié dans une direction progressive. »
Angela Davis

Je suis désolée que deux de nos participantes n'aient pas pu venir et qu'elles soient toutes deux remplacées par des hommes. Déjà que nous ne sommes pas nombreuses à intervenir, mais alors deux femmes en moins ne nous aide pas à rendre visibles non seulement nos pensées mais nos implications politiques et militantes dans toutes les questions sociales, économiques, géopolitiques, environnementales et scientifiques. Mais je suis heureuse, ce qui ne veut pas dire satisfaite, qu'enfin la question du sexisme articulée au racisme intègre notre programme politique.


Mais vous pensez bien qu'une intervention de 15 minutes ne peut que soulever l'existence d'un fléau complexe sans pour autant en décrypter ses mécanismes et ses conséquences dramatiques et criminelles que subissent les femmes racisées et de façon plus générale les personnes assignées au sexe féminin. Et encore moins faire des propositions en termes d'expériences sociales qui ont abouti à de véritables projets d'émancipation tant pour les femmes que pour les hommes. Par ailleurs, j'ai pendant un moment hésité à intervenir pour deux raisons[1] : premièrement, comment en présence de blancs-blanches parler de sexisme aussi librement que les femmes blanches sachant que les hommes racisés sont non seulement diabolisés, taxés de misogynes par essence et tués dans une indifférence institutionnelle et sociale éhontée ? Et, comment, dans ce même contexte, parler de sexisme articulé au racisme sans que les hommes racisés se sentent disculpés et innocentés de leurs violences ?

Cela est loin d'être évident. D'où me semble-t-il l'importance pour nous de travailler cette question dans un entre soi entre racisées-racisés dans un premier temps[2] Car comme le dit si bien Annie Ernaux[3] écrire est une conscience de soi dans le texte. Il est question de nommer la place que j'occupe en tant que narratrice : de quel côté je suis finalement, celui des dominées-dominés ou celui des dominantes-dominants.

La seconde raison qui m'a fait hésiter est mon implication active dans l'organisation de cette 5ème rencontre nationale. J’ai organisé nombre d'événements militants particulièrement en soutien à la résistance palestinienne mais aussi grand c'est mon premier. Et je peux vous dire qu'en tant que femme racisée, pauvre[4], indépendante économiquement pour mon autonomie politique et radicalement anticapitaliste, décoloniale et dépatriarcale dans ma façon de penser, de m'habiller, de respirer, de boire, de prier bref tout mon soi politique du réveil au coucher, exigeait de moi sans cesse d'inventer des modes d'organisation et de négociation alternativement irrévocables qui m'ont davantage isolée et précarisée tant socialement qu'économiquement et ce, même de la part des personnes de ma race -pour la plupart des hommes- et de ceux/ celles de classe supérieure à la mienne.

Normal ! Ce que je propose est une remise en question radicale des privilèges sexistes et classistes. Et celles ceux que je défends sont les gens de ma classe et de ma race : les dominées-dominés, les laissées-laissés pour compte, les pauvres. Bref, les gens qui composent mon quotidien et avec lesquelles-lesquels je me construis, redéfinis et rêve. Car nous ne sommes pas nées-nés pour survivre comme le dit Audre Lorde[5] . Mais pour Vivre ! Alors c'est ce que j'ai choisi de faire, vivre tout en résistant avec endurance. J'ai compris cela alors que j'étais ado. Après une seconde tentative de suicide qui aurait dû sans conteste me tuer tant ce que j'avais pris aurait pu tuer un éléphant, j'ai compris que ce n'était pas mon heure et qu’il me serait impardonnable d’annihiler le cœur de mes parents.


[1] Au passage, je tiens à remercier infiniment les encouragements acharnés et enragés de ma camarade et alliée politique mO de ne laisser ni ma place à une autre personne ni d'abandonner.

[2] L’entre-soi auquel je fais référence ici est double. En premier lieu, il consiste pour nous les racisées (femmes, hétéros, gouines, trans...) de classe pauvre à créer des espaces de paroles politiques pour sortir de l’isolement matérialo/économico/social par le travail à la fois rigoureux et discursif consistant à nommer les multiples mécanismes de ce qui fait oppression en Nous. Condition qui nous condamne à des dépendances non consenties, et donc violentes à l’égard des hommes et/ou des femmes blanches.

L’objectif de ces espaces est non seulement de penser mais aussi de créer des systèmes de solidarités politiques répondant à l’impératif de nos autonomisations. Un préalable fondamental pour sortir de nos conditions de sujétion et s’affranchir des dépendances qui nous dominent et donc nous oppriment et infériorisent.

En second lieu, ce qui représente une tâche difficile et même un fardeau pour nous, mais qui reste une question que nous ne pouvons négliger si nous voulons construire une organisation politique militante écrasante déracialisante, décoloniale et désimpériale c'est de travailler l’oppression sexiste avec les hommes de nos peuples. Il ne s’agit pas de leur demander l’autorisation mais de les mettre au pied de leurs responsabilités à savoir changer là où nous décidons que les changements doivent s’opérer. Sans quoi ils auront à faire à notre colère non soupçonnée à la fois immuable et inébranlable.

[3] Annie Ernaux, Je ne voulais pas trahir. Article dans la revue Politis, 10 novembre 2010

[4] Être pauvre n’est pas un choix existentiel mais un choix politique consistant au refus de vendre maforce physique et/ou intellectuelle pour maintenir et développer un système impérialiste assassin. En revanche, cette pauvreté économico-matérielle, qui a aussi ses conséquences sociales, est une force créatrice d'autres systèmes de solidarité socio-économiques. Elle est celle qui permet, lorsqu'elle est politisée, de ne pas se faire prendre dans le filet du « repli communautariste » conséquence des inégalités sociales. Mais bien au contraire, je dirai qu'elle favorise la rencontres avec les marges et les marginalisé-es de différentes identités politiques et permet donc le développement d'une conscience de classe qui est au croisement d'une multiplicité de formes d'oppressions.

[5] Audre Lorde, Dans un film retraçant son engagement des années 1984 à 1992. The Berlin years 1984 to 1992


Et aujourd’hui je me suis juré de ne plus laisser l'impérialisme m'aveugler sur les véritables raisons de ma «désuhumanisation» et de ma «désappréciation» comme je ne laisserai plus l'impérialisme m'enlever la fierté d'être une Africaine.

Oui, parce que ce sont bien les conséquences psychologiques de l'impérialisme qui m'ont amenée à tenter de me suicider lorsque je vivais en Algérie, une mort qui serait passée inaperçue comme celle de milliers de gens qui ont connu une mort à caractère criminel qui reste indifférente à la quasi majorité des sujets blancs. Sans faire un retour lointain dans l’histoire colonialo-impérialiste, à l’instar de la mobilisation européenne contre la répression qu’ont subi les Grecs-Grecques en 2008 y a-t-il eu des mobilisations européennes contre les guerres impérialistes qui ont tué des millions d’êtres humains en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, en Somalie, en Centre-Afrique, au Rwanda etc. sans oublier la colonisation sioniste la plus honteuse et barbare de la PALESTINE dont nous sommes TEMOINS ? NON.

Est-ce une inconscience de leur déshumanisation ? Ne sommes-nous pas responsables de nos inconsciences lorsque des millions et des millions de gens hurlent leurs souffrances et colères ?

Pourquoi brandir avec une telle fierté arrogante le fait d’appartenir à la race des Lumières qui ont «apporté la clairvoyance de la Raison » alors qu’une large partie écrasante des blancs-blanches ignorent leur propre humanité/humilité ? Ignorent que l’introspection est ce double mouvement interne/externe consistant à interroger ses actes et paroles à l’aune des réalités patentes, à régler ses comptes avec sa conscience révélatrice de nos inconsciences et qui au bout du compte n’est que force créatrice de notre processus d’HUMANISATION ?

En résumé :

Ma lutte dépatriarcale ne peut donc se passer de la lutte décoloniale/ désimpériale/ désoccidentalocentrique/ démilitarisante. Elle est complètement intriquée, prise dans le lacis de boyaux gangrenés par une multitude d’espèces de choléras.

« Dire que les personnes racisées sont obsédées par la race, c'est comme dire à quelqu'un qu'il est obsédé par la nage pendant qu'il est en train de se noyer» Hari Kondabolu

Je vais commencer mon propos par une petite introduction théorique très condensée, voire même maladroite car les mécanismes des dominations sont très complexes et pernicieux. J’ai rédigé ce témoignage durant les courts moments dont je disposais après avoir terminé toute l’organisation logistique de cette rencontre.

J’interviens en tant que militante politique. Et, c’est à partir de mon activité militante que j’ai développé les connaissances et les intelligences que je vais partager avec vous. Lorsque je dis que j’interviens en tant que militante politique cela ne signifie pas que mon propos ne relève pas de raisonnements intellectualisés, bien au contraire. Mais force est de constater que chaque fois qu’on présente des intervenants-es, on les identifie soit comme des intellectuel-les soit comme des témoignants-es. Moi-même j’ai souvent utilisé cette distinction.

Mais voilà, je me dédomine avec jubilation de certaines lexicopathologies dominantes et méprisantes.

Et, implicitement, cela revient à dire que le propos de l’intervenant-e identifié-e comme intellectuel-le a plus de valeur que celui de l’intervenant-e identifié-e comme témoignant-e. Et ajouter également au passage que ce sont davantage les interventions des femmes qui sont présentées comme relevant d’un témoignage (sic).

Alors ce que j’aimerais faire ici c’est Re-valoriser le témoignage des femmes comme autant d’intelligences, de connaissances, de savoir-faire, de forces que la majorité des hommes - qu’ils soient blancs ou racisés -, et nombre de féministes blanches a fortiori académiques minimisent, invisibilisent, nient ou pire encore méprisent.

Quelle importance pour la lutte déracialisante, décoloniale, désoccidentalo-centrique et désimpériale de prendre en considération et ce de manière primordiale, sérieuse et majestueuse la lutte dépatriarcale ?


Lorsque je parle de lutte déracialisante, décoloniale, désoccidentalo-centrique et désimpériale, je parle ici du travail de transformation de nos perceptions du monde et de nous dans ce monde. C’est-à-dire que le travail déracialisant, décolonial, désimpérial et dépatriarcal ne consisterait plus uniquement à décrire, révéler et dénoncer les mécanismes de discrimination et les distorsions du système capitaliste mais ce travail proposerait des perspectives en termes d’expériences sociales abouties, ou en cours d’aboutissement ou en état d’élaboration.

Boaventura de Sousa Santos[1] nous dit que ce travail consiste à « construire et défendre des identités et des épistémologies fortes avec des métarécits solides, ce qui est nécessaire dans le processus de reconstruction et de décolonisation ». En somme, ce travail de décolonisation des esprits a pour principe sine qua non de se dédominer de la rationalité du Nord, c’est-à-dire occidentalo-centrique, qui a eu / et qui a encore une influence énorme sur toutes nos manières de penser, sur nos sciences et nos conceptions de la vie et du monde.

Il m’a fallu quelques années pour prendre conscience de cette domination mentale. Il m’a fallu venir vivre ici en France et vivre l’expérience sociale d’une sous-humaine ou appartenant à la zone de non être comme le dit Frantz Fanon[2] pour intégrer dans mon dictionnaire le mot racisme. Et je vous jure qu’avant 1993 je ne connaissais même pas ce mot, la seule oppression que connaissait ma chair étant celle de la domination masculine que je nomme aujourd’hui sexisme ou patriarcat. Et cette domination sexiste a pour base des justifications idéologiques et des ressources matérialo-économico-sociale favorisant les hommes au détriment des femmes. C’est ce que l’on pourrait nommer des privilèges sexistes.

Si le racisme, selon Fanon, repose sur une hiérarchie de supériorité et d’infériorité située sur la ligne séparant l’humain du non humain, le sexisme également repose sur une hiérarchie de supériorité et d’infériorité sur le critère de sexe pour les blanches et les racisées et sur la ligne de l’humain et non humain pour les racisées. Autrement dit, pour les sujets racisés c’est-à-dire nous Africaines, musulmanes, Indiennes... en tant qu’assignées au sexe féminin et à la race inférieure, nous subissons une double, triple oppression ou comme le dit Saïd Bouamama[3] nous subissons des discriminations multifactorielles c’est-à-dire sexisme/racisme/classisme… les femmes racisées pauvres étant celles qui subissent au plus haut niveau et ce dans toutes les zones d’existence de leur vie les discriminations multifactorielles tant dans la zone d’être (avec les hommes blancs) que dans la zone de non être (avec les hommes de leur race sociale).

[1] Lire le texte de Ramon Grosfoguel, Un dialogue décolonial sur les savoirs critiques entre Frantz Fanonet Boaventura de Sousa Santos. Disponible sur http://www.arquitecturadelastransferencias.net/images/p-grosfogel/Grosfoguel-on-Fanon-and-Santos.pdf

[2] Frantz Fanon, in Peau noire et masques blancs, 1952. Lire aussi, Les damnés de la terre, 1961

[3] Les discriminations multifactorielles, genre/« race »/classe. Repères pour comprendre et agir, Saïd Bouamama, Jessy Cormont et Yvon Fotia, Paris, Acsé, juin 2010. .

Pour donner une définition du sexisme, je prends toujours pour parallèle le racisme parce que le sexisme est un racisme dès lors que l’idéologie se base sur des critères biologiques et/ou mentaux et/ou culturels pour inférioriser et discriminer les personnes assignées au sexe féminin.

Concernant le racisme, Ramon Grosfoguel nous dit, dans la zone de l’être (celle des blanc-hes) les sujets étant racialisés en tant que sujets supérieurs, ils ne vivent pas l’oppression raciste mais le privilège raciste. Et dans la zone de non être, les sujets racialisés en tant que sujets inférieurs, c’est-à-dire nous, nous vivons l’oppression raciste et non le privilège raciste. Concernant le sexisme, dans la zone de l’être les blanches (qu’elles soient hétéro, lesbiennes, gouines ou trans) étant racialisées en tant que sujets supérieurs vivent l’oppression sexiste et le privilège raciste. Dans la zone de non être les personnes racialisées en tant que sujets inférieurs (que nous soyons hétéro, lesbiennes, gouines ou trans) vivons et l’oppression raciste et l’oppression sexiste.

Dans ces conditions le sexisme que nous vivons, nous les racialisées, prend des formes diverses en termes d’oppressions que ne subissent pas les blanches. Cette clarification théorique permet de comprendre pourquoi la lutte des femmes racisées ne peut être similaire à la lutte des femmes blanches. Plus que ça. Non seulement elle ne peut être similaire mais très souvent elle est en profond désaccord à la fois théorique, méthodologique et pratico-pratique. Je prendrais un exemple parmi de nombreux autres. J’ai souvent entendu des femmes blanches dire, du reste à juste titre, que la maîtrise de leur fécondité est l'une des voies d’émancipation contre l’oppression patriarcale. Ce qui est source de désaccord profond entre elles et nous, ce n’est pas tant l’idée en elle-même que sa prétention à son universalisme. Vouloir l’imposer à toutes les femmes, et ce dans le monde entier, c’est nier, pour ne citer que cet exemple, les stratégies anticoloniales des femmes qui choisissent sciemment d’avoir des enfants dans des contextes de colonisation. Pour les femmes palestiniennes, avoir des enfants, est un acte de résistance pour perpétuer leur identité et leur histoire.


Et il n’y a pas même besoin d’aller dans les pays impérialisés pour le comprendre. Prenons le cas des femmes pauvres, isolées et précarisées socialement et économiquement, ici en France, pour qui est souvent « criminalisé » le fait d’avoir des enfants pour obtenir des allocs ou autres droits sociaux.

Vouloir universaliser cette forme d’émancipation est un leurre et une hypocrisie classiste et raciste. Une hypocrisie classiste car seules les femmes des classes moyennes ou riches peuvent avoir la possibilité de choisir si elles veulent ou non des enfants. D'autant que si elles choisissent d’en avoir, elles ont les moyens de subvenir à leurs besoins tout en maintenant un certain nombre de leurs activités. Ce qui est différent des femmes pauvres, a fortiori, les racisées, de par l’oppression raciste.

« Face au sexisme pas un seul pas en arrière.»


Il est temps que vous, les hommes racisés, compreniez que le sexisme rend bien service à l’oppresseur et à l’impérialisme puisque nombre de guerres sont justifiées au nom de la libération des femmes contre votre prétendue misogynie.

Quoi de mieux pour l'impérialisme de nous laisser la tâche de nous diviser en nous faisant du mal entre nous. Si vous n’agissez pas, nous n’arriverons jamais à organiser notre lutte de manière écrasante. Vous n’êtes pas des macho au sens occidental du terme celui qui dit implicitement aux femmes : tu sais tu n’es qu’une femme, voulant dire par là tu es défectueuse.

Selon Gloria Anzaldùa[1] chicana du Mexique, être macho à l’exemple de son père, de mon père, voulait dire être assez fort pour nous protéger et nous soutenir financièrement ma mère et nous, tout en étant capable de montrer de l’amour. Le macho d’aujourd’hui nous dit-elle a des doutes sur sa capacité à nourrir et à protéger sa famille. Son machisme est une adaptation à l’oppression, à la pauvreté et à la faible estime de soi. Les blancs-blanches se sentant inadéquat-es, inférieur-es et sans pouvoir, déplacent ou transfèrent ces sentiments sur les racisées-racisés en déplaçant la honte sur nous. Et les hommes racisés en face des blancs-blanches souffrent à la fois d’une amnésie raciale qui ignore notre sang commun, et de culpabilité, parce que la patrie occidentalo-centrique en eux a pris leur terre et les a opprimés. La perte d’un sens de dignité et de respect chez les hommes racisés donne naissance à un faux machisme ou virilisme qui les conduit à rabaisser les femmes et même à les brutaliser.

Je terminerai d'ailleurs avec un passage du texte de Gloria Anzaldùa qui résume magnifiquement bien le message que j’ai envie de transmettre aux femmes et hommes de ma race sociale : Bien que nous «comprenions» les causes profondes de la haine et de la peur masculine, et les blessures infligées de ce fait aux femmes, nous ne les excusons pas, nous ne fermons pas nos yeux et nous les supporterons plus. Nous exigeons de la part des hommes de notre peuple qu’ils admettent/ reconnaissent/ divulguent/ témoignent qu’ils nousblessent, qu’ils nous font violence, qu’ils ont peur de nous et de notre pouvoir. Nous avons besoin qu’ils disent qu’ils vont commencer à renoncer à leurs manières blessantes et dégradantes. Mais plus que des mots, nous exigeons des actes. Nous leur disons : nous développerons un pouvoir égal au vôtre et au pouvoir de ceux qui nous ont fait ressentir la honte.

Tant que la femme racisée est dégradée, l’Arabe, la Noire, la musulmane, l’Indienne en nous toutes et en nous tous sont dégradées.

Vous aurez compris je l’espère que la lutte déracialisante/ décoloniale/désimpériale/désoccidentalocentrique est avant tout une lutte dépatriarcale. Cette lutte consiste à nous redéfinir à l’intérieur d’autres valeurs respectant notre humanité, nos mémoires, nos histoires comme autant de chirurgies réparatrices.

Quant aux camarades et amiEs blanches j’ai envie de leur citer Audre Lorde[2], « Je m’exprime sans mâcher mes mots lors d’une conférence universitaire, et une femme blanche me dit : Racontez-moi ce que vous ressentez mais ne le dites pas trop durement sinon je ne peux pas trop vous écouter. Mais est-ce ma façon de m’exprimer qui l’empêche de m’entendre, ou la menace d’un message qui l’appelle à changer sa vie ?». Pour ma part, j’ajouterai, la réponse des femmes au racisme signifie qu’elle répondent à la colère; colère de l’exclusion, des privilèges immuables, des préjugés racistes, du silence, des mauvais traitements, des stéréotypes, des stigmatisations, des réactions défensives, des injures, de la trahison, du maternalisme, de l’infantilisation, du compassionnel et de la récupération.

Alors ma colère et la peur qu’elle fait naître en vous seront des projecteurs... Qu'ils vous aident à grandir, de la même manière que j’ai appris à exprimer ma colère, pour ma propre croissance. Comme chirurgie réparatrice, et non pas pour culpabiliser. La culpabilité et les réactions défensives sont les briques d’un mur contre lequel nous butons toutes; elles ne conviennent à aucun de nos futurs. □



[1] Gloria Anzaldùa, La conscience de la Mestiza : Vers une nouvelle conscience. Disponible sur : http://cedref.revues.org/679


[2] Audre Lorde, De l’usage de la colère : La réponse des femmes au racisme. Disponible sur : https://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=387



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Lun 24 Aoû - 16:03


sur l'auto-organisation des femmes "racisées"

Débat Sexisme / Racisme  Repères anti-racistes 24 Août 2015

Entre soi, entre femmes racisées

Une proposition qui ne fera peut-être pas l’unanimité, mais il me semble qu’il faudrait déjà prévoir des moments de débats entre soi, entre femmes racisées.

Audre Lorde, une féministe états-unienne, écrivaine et poétesse, invitée en Allemagne pour une conférence, a demandé à un moment aux Blanches de sortir. Les Noires allemandes, un peu stupéfaites, ont dit qu’elles n’avaient jamais vu ça de leur vie, mais ont reconnu qu’Audre Lorde leur avait fait comprendre qu’il y a des choses que l’on ne peut pas dire lorsqu’il y a des Blanches. Elles ont pris conscience qu’il existait une sorte de colonisation de l’esprit.

Que des femmes noires se rencontrent entre elles, discutent, mangent entre elles, que l’on crée des espaces d’entre soi de femmes racisées, cela va commencer entre nous, et cela doit commencer entre nous. Et bien entendu, cela doit passer par des moments de convivialité, car la vie ce n’est pas uniquement lire, réfléchir, travailler, la vie c’est aussi de la douceur, de l’amour, de la reconnaissance.

Construire nos valeurs, définir nos identités passe par ces temps-là de convivialité et d’entre soi entre femmes racisées. Pour nous qui ne vivons pas qu’une seule discrimination, -on vit le racisme, le sexisme, le clanisme-, cela sera sans doute long, néanmoins j’y crois car, déjà en moi, je vois des émancipations et des conscientisations.

____________________________________________

Des espaces non-mixtes ?

Il faudrait que tu pousses ton raisonnement à son terme et que tu en tires des conclusions, autrement dit, de façon plus directe : est-ce que au sein même du FUIQP, il faut que l’on prévoie des espaces non-mixtes pour les femmes racisées ?

______________________________________________

Ces espaces, une nécessité

Pour avoir expérimenté des espaces de mixité choisie et des espaces non-mixtes, aujourd’hui en 2015, cela devient une nécessité de créer ces espaces-là. Il est vrai que cela gêne certaines personnes, mais je pense qu’au sein du FUIQP, il est nécessaire de prévoir ces espaces. Il y a des choses que, comme femme, tu ne peux pas dire devant certaines personnes, que tu ne peux dire que devant des femmes. Des choses que tu ne peux pas dire devant des Blanches, que tu ne peux pas dire devant tes frères, alors la question reste: tu les dis quand, finalement, ces choses ? Ces espaces sont nécessaires. Ils sont à créer, à expérimenter. Pour les avoir expérimentés, je pense qu’on avance parce qu’on arrive à poser des problèmes que d’autres ne verront pas. C’est en soi suffisant.

_______________________



Ces espaces existent


Le FUIQP de Saint Etienne est déjà dans mode de non-mixité. La place que l’on donne aux hommes est réfléchie. On a décidé entre nous, meufs de tous genres,  de la place que l’on avait envie de leur donner, de ce que l’on a envie de négocier ou de non négocier avec eux. Ici, on est une organisation presque exclusivement de meufs.

La non-mixité, on la vit déjà, on l’a mise en pratique, on l’expérimente, en tout cas, on n’a pas demandé et on ne demande pas l’aval. Sans pour autant oublier que celles et ceux qui sont dans la mixité, ce sont aussi nos camarades.

____________________

Interrogation

Je voudrais savoir à propos des espaces de non-mixité quelles sont les choses que vous ne pouvez pas partager avec les femmes non-racisées comme vous dites. Je ne comprends pas.

___________________________________

En désaccord

Je suis d’un collectif de Grenoble, moi ça me pose problème de dire je vais créer un espace entre racisées  parce que je suis racisée.

J’imagine que les Blanches qui se réuniraient et qui me diraient « Toi, la racisée, tu ne fais pas partie de notre groupe. On va se dire des trucs qu’on ne veut pas que tu écoutes » Je me demande comment je le prendrais, en tout cas ça me ferait mal.

Cela dit, on a des tas d’occasions de rester entre nous Arabes musulmanes. On nous fait des tas de reproches, il y a suffisamment de clichés comme cela. Devant les écoles, il n’y aurait  paraît-il que les femmes voilées qui resteraient tout le temps ensemble …

Pour ma part, j’ai créé un  jeu sur la place de la femme dans la société, il s’appelle Psyché et son objectif, c’est de faire se rencontrer et de mettre ensemble des femmes d’horizons socio-professionnels, culturels et cultuels très hétérogènes. Pour vous dire que cela me choque que dans un mouvement à vocation nationale, on puisse d’emblée créer un espace  qui a quelque chose de discriminant  et en tout cas de pas fédérateur.

Une femme chercheure à la fac, lorsqu’elle est dans la galère, son mec ne l’aide pas plus qu’une Arabe également dans la galère n’est aidée  par son mec dans son quartier. On a des choses à partager entre femmes racisées ou non.

_____________________________

Racisé-e : résultat d’un processus

Sonia a beaucoup utilisé un terme, celui de « racisé-e ». C’est un terme qui pose problème à certains. Et même si c’est un terme assez moche, c’est néanmoins un mot qui démontre un processus. Socialement parlant, tout le monde vient de quelque part. Racisé-e, cela veut dire qu’à certaines personnes, on va toujours accoler une race, on va toujours les traiter de manière  particulière, de manière « exceptionnelle » (au sens  de traitement d’exception) comme personnes venant d’ailleurs, ayant des origines, à qui on demande toujours d’où elles viennent, ce que l’on ne demande jamais aux personnes blanches.

Le mot « racisé-e » est important, c’est pas pour renouer avec des théories racialistes délirantes d’un autre âge-« à la one again »-, c’est pour dire qu’actuellement, il y a un marqueur social au cœur même de la race.

En fait, on crée une altérité avec des euphémismes à la française comme par exemple « les gens issus de la diversité ». S’il y a diversité, c’est bien qu’il y a plusieurs couleurs, mais en fait le Blanc n’est jamais considéré comme étant dans cette diversité : il est une sorte de référent neutre, qui se permet de dire il y a  « les issus de » la diversité, des quartiers populaires, de l’immigration et il y a des « immigrés » de la  2ème, 3ème, 4ème  génération comme s’il s’agissait de quelque chose de génétique qui se transmettait.

_______________

Plaidoyer pour des moments choisis

Etre choqué par les espaces non-mixtes entre racisé-e-s, soit, mais c’est oublier qu’il faut compter avec les rapports sociaux de domination, qu’il n’y a pas égalité entre les individus. Peut-être dans le monde de Oui-Oui, nous serons toutes égales, mais pour l’instant, ce n’est pas le cas !

Actuellement, on est dans un système  raciste dans lequel les personnes blanches sont en haut de l’échelle et les personnes non-blanches en bas. Quand les personnes blanches ne veulent pas de nous, effectivement, c’est du racisme. Nous, nous voulons seulement nous organiser dans des moments choisis, on ne parle pas de séparatisme, cela s’appelle de la lutte, de l’auto-organisation, l’émancipation des opprimées, pour elles-mêmes et par elles-mêmes.

J’insiste, on parle de moments choisis au cours desquels on affûte nos armes, nos argumentaires, nos outils de lutte pour affronter au mieux le monde mixte.

Quand on parle de lutte de libération nationale, ce n’est bien entendu pas le colon qui les mène ces luttes-là ! On ne va pas les mener avec les colons … On a des intérêts de classe qui sont divergents : en cela, il serait bien que demain les personnes non directement concernées comprennent qu’il serait bon qu’elles se mettent un peu en retrait.

____________________________

Mixité ou non-mixité, une question d’opportunité

Je crois qu’effectivement il y a des moments où l’on a besoin d’être entre nous. Cela se fait, je pense aux femmes africaines qui se regroupent en tontines parce qu’elles n’ont pas accès au crédit.

Je pense qu’on peut difficilement discuter comme cela devant tout le monde de choses qui relèvent profondément du culturel,  ainsi en est-il, par exemple du problème de l’excision et vouloir organiser comme je l’ai vu faire par une association, un café-débat le 8 mars pour la Journée de la femme sur ce sujet, ne peut être que non pertinent et contre-productif.  Et qu’on ne  s’étonne pas  qu’il n’y ait eu que trois Africaines dans la salle. Quand pourra-t-on comprendre que ce n’est pas le lieu pour aborder cette question et en parler devant tout le monde !

Au contraire si on aborde ce sujet  dans le cadre d’une tontine, on est toutes là, on a nos codes, on rigole, on discute et on échange librement.

Je résumerais :oui ,  pour la mixité à fond lorsqu’on a des problèmes sociaux communs et par moment oui à de petites niches pour évoquer des problèmes qui ne peuvent pas être compris par l’ensemble du groupe mixte.

_________________________

L’excision, on ne peut en parler qu’entre soi

Pour aller dans le même sens, tant qu’on n’a pas subi ce que nous, femmes africaines excisées on a subi, toute femme quelle qu’elle soit ne comprendra jamais pourquoi on n’a pas envie de parler de ça, on n’a pas envie de l’étaler sur la place publique. Lorsqu’on nous dit qu’au contraire on peut réparer ce qu’on a subi en en  parlant, je répondrais que moi je n’ai pas envier de subir une deuxième  fois une mutilation.

Parfois, pour parler de ça, on a honte. Depuis 2000, j’ai essayé de sauter le pas et d’en parler. Tu ne peux pas parler de quelque chose de ton intimité devant ton fils ou un membre masculin de la famille. Pourtant, ils savent les garçons ! D’ailleurs tout le monde sait, mais nous ne pouvons chercher de solution qu’entre femmes.

_______________________________________

Textes sacrés : relire au féminin

Je suis à fond pour dire que quand on n’a pas les mêmes problèmes que les autres, on doit se regrouper pour déterminer quelles sont nos priorités et définir nos moyens de lutte.

Je comprends que cela puisse être violent pour certaines personnes qui ont du mal à l’accepter. C’est plus compliqué que l’opposition Noire/Blanche parce qu’on peut être Blanche et  racisée  lorsqu’on met le voile, ce qui est le cas de pas mal de sœurs. Dès qu’on met un voile, dans le regard de bien des personnes, on est considéré comme descendant de l’immigration, il y a des hybridations identitaires.


L’association des femmes musulmanes s’est constituée parce que les femmes en avaient assez d’être une annexe féminine de la mosquée des hommes. Elles ont claqué la porte de la mosquée pour se regrouper entre elles, et cela a permis de relire les textes, nos textes religieux avec un regard féminin et de redéterminer ce qui est important pour nous.

Cela ne veut pas dire pour autant que tous les hommes musulmans sont de gros machos et qu’ils ne pourront pas nous aider sur ce terrain-là, mais ils n’ont pas forcément les mêmes priorités que nous. Penser que la moitié de cette planète est issue de la côte d’Adam, cela ne les gêne pas. Alors que pour nous, c’est terrible d’être considérées comme cela de manière créationnelle. Par cette démarche d’autonomie que nous avons engagée, nous sommes  en train de  nous réapproprier un bon nombre de choses.

Dernier point, quand on nous dit que faire sortir les Blancs de la salle, les exclure, c’est du racisme, il faut juste rappeler que le racisme anti-Blancs, cela n’existe pas !

______________________________

S’organiser entre soi et se libérer de la domination des hommes

Moi, je pense simplement à une grande figure de la libération, Malcolm X, pas sur le plan du sexisme, mais sur le plan racial. On l’a accusé de racisme parce qu’il n’acceptait pas, au départ, quand il a voulu s’organiser avec son peuple, que les Blancs viennent aux réunions. Les Noirs doivent s’organiser par eux-mêmes sinon la domination restera en place.

Ce qui est valable pour les Noirs est aussi valable pour les femmes : si on laisse entrer les hommes dans nos cercles de discussion avant d’avoir acquis un certain rapport de force, les décisions seront celles des hommes qui sont dominants.

D’autre part,  quelqu’un a parlé d’hybridations identitaires, je confirme ce qui a été dit tout à l’heure : avant de porter le voile, j’étais blanche -privilégiée-, aujourd’hui que je suis une blanche voilée, je suis racisée.

_________________________________

Eviter la division

Il ne faut pas aller dans la division et se monter les uns contre les autres, et il faut éviter les oppositions hommes/femmes ou celles de couleur.

C’est tous ensemble, sans distinction de couleur ni de sexe qu’il faut changer cette société. On est quand même dans une société malade, et vouloir s’intégrer dans une telle société malade n’est pas un signe de bonne santé psychologique !

_____________________________________

Des femmes aux Rroms, se réapproprier  la parole confisquée

J’ai le privilège d’être un homme. Et de façon provocatrice, je dirais, je ne vais pas rentrer dans les histoires de bonnes femmes !

…Comme vous le voyez, je porte ce tee-shirt « L’insurrection gitane », cela joue bien sûr avec l’image de la gitane, -la femme des cigarettes ou Esmeralda- mais au-delà de ces clins d’œil, c’est en raison de la  participation des femmes à la  révolte du 16 mai 44. A Birkenau, ce furent surtout les femmes qui ont pris les pioches contre les SS. Donc, quand on parle  de sexe faible, c’est qu’on n’a pas tout compris au film !

Maintenant, en ce qui concerne la mixité, « La Voix des Roms » a été créée en 2005, parce que l’on en avait vraiment assez de voir systématiquement des non-Rroms  parler de nous, sur nous mais surtout en notre nom. Nous ne sommes pas des baleines à défendre, nous sommes des êtres humains qui pouvons nous organiser ! Toutes les bonnes volontés sont bienvenues … sans oublier que l’enfer est pavé de bonnes intentions !

Concernant la mixité, je ne citerai personne, ni Malcolm X, ni quelqu’un d’autre. Simplement ce que j’ai remarqué, c’est que pour être ensemble, pour la solidarité, le partenariat, il faut un minimum d’égalité. On ne peut pas être dans des liens sincères de partenariat Blancs et non-Blancs, si l’écart de puissance est trop grand.

Force est de constater que nous sommes dans un monde dominé par les Blancs, et quand je dis Blancs, j’ai appris récemment ce que Hegel disait : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes ». J’ajouterai que les femmes sont la plèbe de toutes les classes. Des femmes blanches, totalement blanches, pas voilées …pour le même travail ne sont pas payées comme un homme.

Tant que les femmes racisées n’ont pas obtenu dans leur organisation le niveau de puissance du féminisme blanc, il faut qu’elles puissent avoir des espaces entre elles, c’est d’ailleurs pour cela qu’on a prévu à « L’insurrection gitane » une table ronde « Féminisme et résistance ».

… C’est un avis d’homme que je donne qui vaut ce que peut valoir un avis d’homme !
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Dim 4 Oct - 23:36



théorie du genre


un carambour à qui dit en premier si c'est un mâle ou une femelle



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 23 Oct - 10:13

Femmes de l’immigration : quel genre de militantes sommes-nous ? 23 octobre 2015 par Les militantes du PIR


Citation :
Les ressacs de l’Histoire ne manquent pas d’ironie.

Qui peut oublier, il y a 10 ans, ces portraits de femmes « des quartiers », bonnets phrygiens sur la tête, exposés sur la façade triomphale de l’Assemblée nationale ? Passionarias de l’intégration, Mariannes de la Laïcité, les Ni Putes Ni Soumises se voyaient ainsi canonisées jusqu’au sommet de l’État. Il faut dire aussi que dès son berceau, l’association NPNS a vu se pencher sur elle toutes les bonnes fées républicaines, celles-là même qui lui dérouleraient le tapis rouge partout où elle serait conviée.

Lancé lors de la « Marche des femmes des quartiers pour l’égalité et contre les ghettos », ce peloton de femmes arabes, musulmanes et noires, prêtes à livrer en pâture leurs frères et pères, au nom de la lutte contre la « barbarie des hommes de banlieue », l’islamisation des quartiers, le communautarisme mortifère, l’aliénation des femmes voilées, n’a pas tardé à susciter l’engouement historique de l’ensemble de l’échiquier politique blanc.

Alors qu’ils désespéraient de redorer leur blason à peu de frais, les partis de gauche (du Parti socialiste au Parti communiste), et de droite, alléchés par cette perspective toute trouvée d’user du bon vieux levier du féminisme colonial, applaudissaient à tout rompre le courage de ces femmes désireuses de s’émanciper du poids des traditions indigènes. Fadela Amara, figure de proue du mouvement, arborait alors la déclinaison subtile d’un slogan mythique « Touche pas à ma jupe ». Non loin, le grand frère SOS Racisme veillait au grain
.


« Elles sont les Lumières », déclarait à leur propos, Élisabeth Badinter, apôtre sentencieuse d’un féminisme de salon. Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine Elle, renchérissait, lors d’une table ronde organisée par l’association : « Je ne voudrais pas que, dans 10 ans, les femmes voilées ayant enlevé leur voile, me reprochent de n’avoir rien fait pour elles ».


Mais nulle bataille n’est gagnée sans souffrir une revanche. 10 ans plus tard, le boomerang de l’Histoire frappe en pleine face celles qui croyaient pouvoir forcer le sens du vent.

NPNS n’a jamais pénétré les quartiers. Il y est même honni. Nul n’ignore désormais les intérêts du système raciste que ce mouvement aura bon gré mal gré si bien servi. Complices des politiques néocoloniales d’exclusion et de coercition exercées à l’encontre des populations issues de l’immigration, les NPNS n’auront même pas réussi à rouler pour elles-mêmes, pour ce féminisme surplombant, hors-sol, qu’elles espéraient faire entrer de force dans la tête des indigènes récalcitrants. En se prenant pour une avant-garde éclairée, missionnée par le pouvoir, d’éduquer le peuple indigène aux valeurs émancipatrices de la République, lui qui serait incapable de formuler par lui-même un point de vue informé sur sa propre situation, les « éclaireuses » n’auront réussi qu’à s’en faire expulser comme un corps étranger. C’est là une leçon politique à graver dans le marbre : on ne lutte jamais aux dépens des gens au nom de qui on prétend vouloir lutter.

Aujourd’hui, symétriquement opposé à NPNS, un nouveau collectif de femmes issues de l’immigration a vu le jour. Collectif organisateur de la Marche de la Dignité du 31 octobre, le MAFED (Marche des Femmes pour la Dignité), dont nous militantes du PIR sommes membres, constitue la riposte historique à l’instrumentalisation des femmes contre les hommes de leurs communautés. 100% femmes, 100% victimes du racisme, le MAFED, instruit de l’histoire de nos aînés, édifié comme une forteresse organisationnelle, imperméable aux tentatives de récupération politique, vissé à son autonomie comme à sa dignité, sanctionne un véritable coup de force : retourner contre lui-même le cheval de Troie du féminisme (néo)colonial.

Traditionnellement exhibées comme « enjeu de pouvoir », les femmes indigènes s’auto-instituent en « sujets de pouvoir » dignes de poser les jalons d’un horizon politique qui englobe la défense du peuple indigène en tant que communauté d’intérêts. Les crimes policiers racistes en étendard, les femmes du MAFED forcent ainsi les portes d’un territoire où elles n’étaient jusqu’ici autorisées à poser le pied qu’à la condition de cracher sur les leurs, de prouver leur soumission à l’intégrationnisme républicain, d’entrer dans la mythologie progressiste du récit de la Modernité occidentale où la religion ne saurait être envisagée autrement que comme une aliénation ou un dysfonctionnement du politique, le voile comme un archaïsme patriarcal et les cultures indigènes comme un folklore marginal. D’ailleurs, comment ne pas saisir l’acharnement islamophobe exercé par l’État à l’encontre des musulmanes voilées autrement que comme la punition que la République réserve à celles qui ont osé se soustraire à l’hégémonie blanche, lui préférant une loyauté communautaire décoloniale ?

La solidarité des femmes du MAFED aux hommes victimes du racisme d’État porte en elle un missile que la République blanche peinera à esquiver : non, il ne sera plus jamais question de se servir de nous, femmes « de couleur », pour nier la réalité des races sociales en France. Dans ce grand jeu de dupes, c’est maintenant à nous de leur faire à l’envers.

Dynamique radicalement antiraciste, le MAFED n’est cependant pas seulement un « outil » créé de toutes pièces pour l’occasion. Les femmes qui le composent font partie intégrante d’une communauté de militantes qui structure, de fait, les luttes de l’immigration. Cette communauté qui existe au sein des organisations et des collectifs de quartiers n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat même du traitement colonial des femmes subissant le racisme comme champ stratégique de domination. Ce traitement particulier visant à séparer les femmes « intégrables », « dévoilables », « blanchissables », de « leurs hommes » a eu des effets tels que celles-ci forment désormais une communauté spécifique dont les intérêts ne sont pas directement liés à une condition féminine abstraite mais à une expérience concrète. Postées aux premières lignes de front, elles ne sont plus ces tirailleuses enrôlées dans le camp adverse. Elles sont les dignes héritières des résistantes anticoloniales et contre l’esclavage, des « folles de la place Vendôme », jetteuses de pierres palestiniennes, défieuses de chars, porteuses de voile et de drapeaux.

« Nous, femmes de couleur, avons toujours joué un rôle d’avant-garde dans la lutte antiraciste »,
écrit Angela Davis, marraine de la Marche de la Dignité.

Brandissant les portraits de nos frères, de nos pères et de nos fils assassinés, le 31 octobre prochain, nous marcherons, dignes et déterminées.

Les militantes du PIR



Manifestation de femmes somaliennes pour la libération d’Angela Davis, 1972





Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 4 Déc - 22:33



Déconstruire la notion de race Karim Piriou et Nonfiction 11.10.2015


Martin Luther King Jr Memorial at night | Scott Ableman via Flickr CC

Cet ouvrage de Hourya Bentouhami-Molino se concentre sur trois mots «race», «culture», ou «identité», des termes flous, dont on voudrait parfois se débarrasser mais dont un usage déconstruit et critique s’avère nécessaire


Citation :
L’approche postcoloniale qui est revendiquée présente deux aspects que l’on va retrouver tout au long de l’ouvrage. D’une part, celui d’une entreprise critique qui cherche à montrer l’inertie d’une démarche coloniale dans les anciens pays colonisateurs ainsi que dans les anciens pays colonisés. D’autre part, celui d’une visée émancipatrice qui cherche à proposer des solutions pour contrer cette condition coloniale toujours en cours ainsi que le racisme qui l’accompagne. L’un des intérêts de l’ouvrage de Bentouhami-Molino est d’ajouter à ces aspects une démarche féministe qui manque parfois dans la littérature académique française postcoloniale.

Le livre s’ouvre sur une citation de Stuart Hall, sociologue majeur de la critique postcoloniale, qui évoque le fait que son identité a toujours «reposé sur le fait d’être un migrant». La situation postcoloniale qui dérive de la colonisation reproduit la distinction entre un «eux», celui des migrants issus des ex-colonies et un «nous», celui de la nation homogène d’un pays occidental et ex-colonisateurs. Le migrant est comme l’indique Bentouhami-Molino, la figure du racisme postcolonial, la figure qui vient troubler les identités nationales européennes et qui attise un racisme qui ne peut être réductible à de la xénophobie, à un rapport de haine entre des personnes étrangères. Le racisme postcolonial est institutionnel. Il structure les sociétés contemporaines de manière hiérarchique d’après des cadres hérités de la colonisation.

Le but de l’ouvrage est alors de dégager les fondements historiques et épistémologiques de la production de la race et du racisme dans des perspectives à la fois politiques et économiques. L’enjeu est de montrer en quoi le racisme n’a pas disparu, mais surtout de défendre la thèse selon laquelle le racisme culturel s’inscrit dans une véritable continuité du racisme biologique qui aurait été évacué. Pour Bentouhami-Molino, comme on le verra, la race n’est pas un concept mais, d’après la formule de Stuart Hall, un «signifiant flottant», un terme qui tend à perdre des éléments de sa signification pour en acquérir de nouveaux. Où l’on voit, en quoi, le terme de «race» peut être dit «sous rature». Des contextes différents impliquent des constructions et des significations différentes du terme.


Pour une géographie réalisée par les subalternes

Le premier chapitre montre comment l’Europe a délégitimé les savoirs des peuples colonisés par le biais de sa géographie et de sa cartographie. L’approche postcoloniale montre que les représentations européennes, en prétendant à une rationalité universelle, occultent leur propre historicité et leur propre spatialité. La géographie coloniale sert à la conquête de nouveaux territoires. Elle favorise le renforcement des préjugés concernant le caractère inabouti et sauvage des populations les plus éloignées.

La cartographie de la Renaissance annonce ainsi l’épistémologie éthnocentrée qui se développera au XVIIe et XVIIIe siècle. C’est le cas notamment de la théorie des climats de Montesquieu, véritable «mythologie scientifique», par laquelle les clichés et les préjugés culturels obtiennent une valeur rationnelle et scientifique. La géographie coloniale permet la création d’une subalternité pour justifier l’exploitation. Les marges ont été évaluées à l’aune d’un centre qu’est l’Europe, un centre à la fois spatial et temporel, l’Europe caractérisant la modernité. Contre cela, il s’agit de retrouver l’histoire racontée par les subalternes eux-mêmes pour fonder une réelle histoire commune de l’humanité. Autrement dit, de suivre notamment la proposition du Dipesh Chakrabarty, à savoir «Provincialiser l’Europe», c’est-à-dire décentrer les centres et redécouvrir les marges.


Une explication juridique de la domination

Le deuxième chapitre entreprend une «généalogie postcoloniale du droit». Ce chapitre montre comment l’usage du droit a permis de justifier l’expansion économique des pays européens dans le monde, de transformer hommes et biens en marchandises en délimitant les espaces de la citoyenneté. Le droit ainsi façonné légitime l’usage de la force, la capture, contre tout ce qui n’est pas européen. Bentouhami oppose la démarche d’un Grotius comme théoricien du droit international à l’époque de la compagnie des Indes orientales, le droit servant la domination économique, et celle d’un Paul Gilroy et de son Atlantique noire. Ce dernier décrit, dans la traite atlantique, la production d’une identité multiple et alternative qui ne rentre dans aucune des cases racialisantes de la modernité occidentale.


Il y a reconnaissance sans lutte, c’est le blanc qui affranchit le noir, ou qui le libère de l’esclavage

Deux mouvements émergent alors, d’un côté, celui de la production d’un universalisme abstrait et dominant, et de l’autre, celui de la création de nouvelles identités, d’une créolisation résistante.Une dernière section de ce chapitre concernant le droit retrace la production de la blanchité dans le droit et comment celle-ci est devenue équivalente à un droit de propriété. La couleur de peau est devenue un signifiant juridique, signalant ici la propriété, là la servitude. Cette production a été permise par la confusion de la propriété en un sens juridique et en un sens biologique. La couleur se transmet par les gènes comme un bien, et comme un bien il procure des avantages et des privilèges. On le voit toujours aujourd’hui dans les discriminations raciales qui structurent nos sociétés.


Philosophie et race

Le troisième chapitre revient sur la manière dont la philosophie a pu penser la race. Bentouhami commence par reprendre l’analyse réalisée par Fanon de la lutte pour la reconnaissance dans la philosophie hégélienne. Cette lutte est inadéquate pour décrire le monde colonial. On ne peut dès lors penser l’émancipation en faisant abstraction des conditions de la domination. Notamment, en situation coloniale, il y a reconnaissance sans lutte, c’est le blanc qui affranchit le noir, ou qui le libère de l’esclavage, ce qui reconduit les asymétries. C’est pourquoi il faire prendre en compte l’expérience vécue des racisés. Cela permet de reconsidérer ce qu’est un «problème en philosophie».

La question se pose de savoir si la race est un concept philosophique comme un autre. Bentouhami se positionne contre la conceptualisation de la race. Pour elle, comme pour Stuart Hall, la race fonctionne comme un signe. Le concept classe «en vue de produire une intelligibilité du réel». La race fonctionne comme un signe, et non pas comme un concept, car elle ne permet pas la classification. Le signe ne vise pas à correspondre à un classement d’objets qui permet de comprendre ce qu’on étudie. La race comme signifiant a l’apparence du concept dans une épistémologie coloniale mais il ne faut pas se méprendre, la race est un signe quand la classification ne sert plus la connaissance mais la capture du vivant à des fins utilitaires.


Une psychanalyse appliquée à l’époque coloniale

Le quatrième chapitre examine la psychanalyse freudienne et cherche à savoir comment elle peut servir une idéologie raciste mais aussi, à l’inverse, à forger des outils critiques dans une approche postcoloniale. Dans cette perspective, Bentouhami analyse la construction par Fanon d’une psychanalyse appliquée à l’époque coloniale. Elle rappelle notamment que la violence chez Fanon est requise pour initier un processus de retour à soi, de restauration d’une identité meurtrie. Toutefois, cette identité n’est jamais retrouvée telle qu’elle était avant la colonisation.


«La violence révolutionnaire est donc là pour faire cesser le simulacre, l’imitation, et pour revenir à une forme d’authenticité, qui n’a rien du retour aux origines.»

Ce non-retour est thématisé par la créolisation analysée dans l’avant-dernier chapitre. Celui-ci analyse la capacité de la littérature à reproduire et à légitimer la domination coloniale. Par la suite, il montre comment une littérature décoloniale permet de proposer un «cosmopolitisme vernaculaire» qui par le biais de la créolisation ouvre la voie à une universalité faite d’hybridité. L’hybridité, concept majeur de la pensée postcoloniale, peut être définie comme une «identité fondée sur une double appartenance» qui montre qu’un retour à l’origine est impossible.


La créolisation permet d’évacuer l’ethnicisation dans la culture et d’ôter tout pouvoir de racialisation

Bentouhami, avec Homi Bhabha, parle d’une transition sur «le mode de la déchirure» qui résulte des migrations politiques ou économiques. Contre la littérature européenne de l’époque coloniale qui chercher à esthétiser ce qui est déjà exploité, fait front une écriture créole qui permet de faire émerger les récits minoritaires. Dans la créolisation, aucune identité ne sort dominante du mélange. Aucune origine ne peut plus être trouvée distinctement. La créolisation n’est donc pas synthèse mais hybridité, «un original sans condition d’originarité». Ce qui est redevable à telle ou telle culture n’est plus identifiable. La créolisation permet ainsi d’évacuer l’ethnicisation dans la culture et d’ôter tout pouvoir de racialisation.


Genre féminin et production de la race

Le dernier chapitre justifie l’approche féministe promise par le sous-titre de l’ouvrage qui manquait encore dans les précédentes pages. Bentouhami montre comment le féminin a pu être utilisé dans une démarche coloniale et de domination. Le genre participe à la production de la race par accentuation des stéréotypes racistes. L’usage du féminin comme incarnation du foyer préservé a permis de renforcer la séparation raciale entre les blanc.h.es. présenté.e.s comme civilisé.e.s et les colonisé.es. L’occidentale, en préservant le foyer colon blanc se préserve elle-même, et inversement. Le genre permet d’accentuer la différenciation raciale entre un «nous» et un «eux».

Bentouhami, dès lors, se demande comment les femmes peuvent en venir à consentir à servir de vecteurs idéologiques de domination en étant elles-mêmes dominées. La réponse ne surprendra pas le lecteur familier des écrits postcoloniaux. Gramsci est mobilisé pour montrer comment l’idéologie infuse la société toute entière et comment les «subalternes» en viennent à la reproduire dans leurs actes quotidiens. Il procède de cette réponse une discussion stimulante autour de la célèbre phrase de la poétesse et théoricienne critique Audre Lorde qui avait déclaré qu’on ne détruit pas la maison du maître en utilisant ses outils. Nul ne peut être libre s’il est maître par ailleurs. Tel le cas du féminisme blanc bourgeois soumis à sa propre féminisation qui infériorise les autres femmes, pauvres et «de couleurs».


Le terme de culture apparaît aujourd’hui comme ayant la même fonction que le terme de race hier

Dans la pratique, les perspectives d’émancipation des femmes occidentales sont conditionnées par l’emploi de femmes issues des ex-colonies pour réaliser les tâches domestiques. Cela participe à une véritable division raciale et sexuelle du travail qui permet de comprendre en quoi le racisme fonctionne comme un système, que ce racisme soit présenté comme biologique ou comme culturel. Est-on alors certain qu’un racisme différentialiste culturel aurait permis d’évacuer la race du racisme biologique ? Le terme de culture apparaît aujourd’hui comme ayant la même fonction que le terme de race hier. Il permet également d’établir une distinction entre un «nous »et un «eux ». Il apparaît, comme le souligne Bentouhami, que le racisme culturel fonctionne comme le racisme biologique, et que ce dernier présentait déjà des traits attachés au premier. On retrouve dans les deux cas une naturalisation de la différence à laquelle on attribue des traits immuables.


Qu’est-ce qu’une minorité ?

Les dernières pages du livre reviennent sur la définition de ce qui est une minorité. Définir la minorité, c’est prendre en compte différentes manières d’être une femme, que ce soit selon la race, l’orientation sexuelle, la transsexualité, etc. Il s’agit aussi de penser que dans d’autres cultures, la féminité, la masculinité, ou la manière de négocier son orientation sexuelle s’opèrent et s’articulent de manières différentes. L’outil de l’intersectionnalité est indispensable dans ce contexte postcolonial en ce qu’il permet «de déceler le caractère cumulatif et aggravant des violences, de race, de genre, et de classe» produites historiquement par une épistémologie au service de la domination. L’intersectionnalité sert, in fine, à désigner ce qu’est une minorité. Il s’agit de prendre en compte toutes les voix minoritaires contre un féminisme eurocentré et bourgeois vecteur d’une «violence épistémique» qui s’arroge le monopole de l’émancipation universelle.

Cet ouvrage constitue une synthèse stimulante de la pensée postcoloniale qui examine les productions épistémologiques des catégories qui servent la domination que sont la race, la culture, l’identité, mais aussi le genre ou l’orientation sexuelle. Il dégage les voies possibles de l’émancipation dans la perspective d’un féminisme décolonial et intersectionnel qui prend place dans la stratégie plus globale de la créolisation des identités. L’approche théorique de l’ouvrage n’est pas nouvelle dans les études postcoloniales mondiales, toutefois elle demeure encore peu trop représentée dans la philosophie universitaire française et on ne peut que saluer sa parution. Pour approfondir certains thèmes de l’ouvrage, on pourra se reporter à Sexe, Race, Classe, pour une épistémologie de la domination, paru aux PUF, sous la direction d’Elsa Dorlin. Une généalogie de la production de la race a été également entreprise, dans une approche différente, par Achille Mbembe dans sa Critique de la raison nègre. Ces deux ouvrages constituent donc des compléments très utiles à celui d’Hourya Bentouhami-Molino.

Karim Piriou et Nonfiction


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 4 Déc - 23:06



Yuderkys Espinosa: “No me interesa la academia como espacio fundamental para pensar el mundo”17 noviembre, 2015 


Por Aluminé Cabrera desde San Cristóbal de las Casas / Fotos por Mateo Manfredo
Luego de dictar un seminario de cuatro días en el Centro de Estudios Superiores de México y Mesoamérica (Cesmeca), la teórica feminista Yuderkys Espinosa habló con Marcha sobre la contraposición entre el análisis académico y el trabajo en los territorios, reivindicó su proyecto de retornar a su comunidad y se definió también en relación a la política en Argentina

Citation :
En ese peregrinar constante que hace más de dos décadas la lleva de un rincón a otro de Nuestra América, Yuderkys Espinosa Miñoso ha podido posicionarse como una referente del feminismo antirracista y decolonial que hace su anclaje en nuestro continente. Afrodescendiente nacida en República Dominicana, vivió en Argentina y en Colombia, donde reside en la actualidad.

Integrante del Grupo Latinoamericano de Estudios, Formación y Acción feminista (GLEFAS), dialogó con Marcha luego de dictar un seminario durante cuatro días en San Cristóbal de las Casas, México, donde Espinosa se presentó como feminista antirracista y reivindicó el aprendizaje que obtuvo de su contacto con los movimientos sociales y en los territorios, luego de correrse de un feminismo que denomina “a secas” y que considera “asfixiante” porque sólo se mira a sí mismo.

Con la misma pasión con la que se desenvolvió en el seminario, contestó más preguntas.

- Comentaste durante el seminario que cada vez que viajas a un lugar intentas dialogar con otros grupos o colectivos fuera de los espacios que te llevan o te convocan, ¿con cuáles has podido dialogar aquí en México?

Pues la verdad es que a México las veces que he venido lo he hecho por muy poco tiempo. En una oportunidad anterior me trajeron las compañeras de Les Brujas, un grupo se formó hace unos dos o tres años, y que a partir de los cursos de formación que damos desde el GLEFAS, comienzan a nombrarse como lesbianas feministas y antirracistas. En un momento realizan las primeras jornadas que yo pueda recordar en América Latina en las que se hable de un lesbianismo feminista y antitirracista y es allí que conozco y converso con algunas cooperativas de compañeras feministas o mujeres indígenas que también están pensándose de manera compleja, desde un lugar de enunciación y de experiencia y desde un lugar dentro de la estructura de poder.

Esta vez fui a Puebla, al Congreso de Comunalidad que se llevó a cabo la semana pasada dentro de un ámbito universitario, con el interés puesto en ver cuáles son los debates que se están dando sobre lo común, lo comunitario, la comunalidad, pues parece que no todos estos conceptos son lo mismo aunque sí tienen una raíz común.

Además, en este viaje me propuse ver esa academia que comienza a pensar estos aprendizajes que vienen de espacios que no son académicos y qué traen el zapatismo y las comunidades indígenas cuando enuncian esto de la reproducción de lo común. Me llevo muchas impresiones sobre ese mundo que está pensando esto, pues para ver como se está tratando de hacer algo desde la academia.

- Justamente, este debate de la academia en contraposición con los territorios estuvo presente todo el tiempo en el seminario que dictaste aquí en Cesmeca. ¿Cuál crees que es el puente a tender entre la academia y los espacios populares?


Creo que no se trata de llevar la academia al espacio comunitario ni viceversa porque son dos mundos con lógicas distintas, con matrices de pensamiento diferentes y no se resuelve tan fácil como llevar el uno al otro a menos que en ese llevar y traer vayamos a transformar nuestros mundos o vayamos a decir que la academia debe transformarse por su lugar de poder en la producción de conocimiento y por ese orden instaurado por la modernidad colonialidad.

Cuando los conocimientos de la comunidad se traen a la academia pierden el sentido que tenían y pasan a ocupar un lugar dentro de la trama de construcción de conocimiento dentro de la modernidad, un lugar minoritario, un lugar de testimonio. Ya estamos cansadas de que nos digan que cuando hablamos y construimos conocimientos desde una manera distinta de la que plantea la academia o como lo rige el método científico, es testimonio y por lo tanto tiene que venir alguien que lo transforme en saber. Y también al revés: no podemos ser ingenuas de pensar que cuando llevamos saberes académicos a la comunidad, simplemente entablaremos un diálogo.

Entonces, si creemos que es válido seguir dentro de la universidad, para mí la pregunta sería cómo se deshacen esas tramas que responden al ethos moderno y a la producción de las ciencias y si es posible otra forma de construcción de conocimiento. Pero, bueno, a mí no me interesa la academia como espacio fundamental para pensar el mundo, para armar mi propia trayectoria, no quiero que sea el espacio donde se conforme el modelo de vida que quiero.

- ¿Y qué espacio te interesa?

(Risas) Ah, qué lindo. Pues quiero retornar a la isla, a mi gente. Aura Cumes, en su trabajo “Algunas líneas de mi vida”, dice que no se considera extraordinaria, que lo único que quiere es ser parte de su gente. Eso que dice Aura me interpeló mucho, me vi retratada y me llevó a pensar que, claro, he estado 20 años de mi vida tratando de separarme de la comunidad, de construirme como un sujeto superador de mi gente. Cada vez que las lesbianas feministas radicales se paran y dicen que otros sean los normales y ese tipo de consignas, una puede ver ese desprecio por los lugares de los que venimos, de la gente sencilla, simple. De todos modos no digo que a esa gente haya que idealizarla porque también esta llena de contradicciones al igual que nosotras, al igual que el mundo.

Mi proyecto es volver a mi comunidad porque creo que este sueño que hemos tenido de unas comunidades especiales de gente especial que se arroga esa superioridad sobre el resto no nos ha servido mucho. Sobre todo aquellas en la que negábamos nuestras raíces. Esas comunidades de afecto entre mujeres, lesbianas, gays, trans, etcétera, las veo, las he sentido y vivido como una ficción que en realidad dejaba intacto el mundo que hay que cambiar. Si vamos a cambiar, vamos a cambiar no separando ni despreciando el mundo que está ahí afuera.


- ¿Te sigues considerando autónoma?

Reconozco muchas cosas de la autonomía aunque ya no me defino desde ahí y sí creo que muchas de las cuestiones que plantéabamos en ese momento y que seguimos manteniendo tienen todavía sentido. Por ejemplo, ser autónomas en el sentido de construir una política no centrada en el Estado.

En Argentina yo lo viví durante 13 años. Me tocó llegar en 2001 y fue fuerte, yo estaba feliz con la gente en la calle, los movimientos sociales y las asambleas comunitarias. Y tres años después comenzó ese proceso de coptación: remeras que decían Néstor vive en cada lesbiana. Y no niego que prefiero al kirchnerismo que a Menem, pero no quiero que me coloquen en ese lugar tan restringido de la política.

No planteo una política necesariamente anti estatal, puedo entender que hay procesos que hay que apoyar, que es preferible que nuestros movimientos se muevan en una base como la kirchnerista. Pero que no sea una política centrada en el Estado, ahí sigo defendiendo que tiene que mantenerse esa separación donde una es la lógica estatal y otra tiene que ser la lógica que viene de los movimientos.

Cuando esa lógicas se unen de una manera que no se puede ver cuál es cuál, estamos en un grave problema. Entonces no me reduzcan mi política a una cuestión de simplemente pedirle al Estado que me solucione las cosas que él mismo produce. Y fíjate que yo decía esto al final del seminario y mencionaba el racismo en este modelo.

El kirchnerismo se posiciona como una política nacional, popular, con slogans muy bonitos como “la patria es el otro” y yo pienso, ¿dónde aparecen los cuerpos sacrificados en este modelo para que se pueda construir esta idea de unidad nacional anti capitalista? ¡Oye! En los territorios siguen matando a los indígenas, se está muriendo en el Chaco la gente de hambre, ¿de qué me estás hablando?


voir en relation l'article ci-dessous
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 4 Déc - 23:10




Desde Chiapas, construir feminismos autónomos y antirracistas Marcha 12 noviembre, 2015

Por Aluminé Cabrera desde San Cristóbal de las Casas

Las teóricas feministas Yuderkys Espinosa y Silvia Federici expusieron durante cuatro jornadas en los seminarios organizados por el Centro de Estudios Superiores de México y Mesoamérica (Cesmeca) en San Cristóbal de las Casas y aportaron reflexiones imprescindibles a los debates sobre antirracismo, comunalidad y autonomía.

Citation :
Pensar el feminismo en clave antirracista, decolonial hacia la construcción de espacios autónomos, en un ámbito multicultural que reflexiona en lo cotidiano sobre la autonomía. Reflexionar desde el feminismo sobre los puentes que se tienden -invisibles, imperfectos- entre el análisis académico, el trabajo puertas adentro del claustro y el territorio y las bases populares.

Rememorar desde el feminismo que la acumulación del capital del sistema que impera fue posible, en gran medida, gracias a la labor de reproducción que las mujeres llevamos adelante a lo largo de la historia. Sobre esto -y más- versaron los seminarios feministas que Yuderkys Espinosa y Silvia Federici dictaron entre el 3 y 6 de noviembre pasados en el Centro de Estudios Superiores de México y Mesoamérica (Cesmeca), dependiente de la Universidad de Ciencias y Artes de Chiapas, en San Cristóbal de las Casas, con entrada gratuita y abierta a todo público.


De feminismos y encuentros en la cátedra “Mercedes Olivera”

Seminarios feministas se dictan todo el tiempo y en todas partes del mundo, eso seguro. Sin embargo, las particularidades de este caso anidan en varios aspectos. En primer lugar, la presencia de dos referentes de larga trayectoria en los estudios feministas y que enlazan, sin dudas, dos continentes. Yuderkys Espinosa, dominicana que vivió en otras ciudades de América Latina, una exponente clave al momento de pensar la decolonialidad. Silvia Federici, italiana radicada en Estados Unidos desde los ’60, imprescindible para detenernos sobre la importancia de la comunalidad, de volver a conjugar la tarea de reproducción femenina como una labor compartida y autónoma. “Un afortunado encuentro entre dos feministas que tiene experiencias diferentes, que comparten algunos puntos y, a su vez, se distancian en otros”, reflexiona María Teresa Garzón Martínez, investigadora de Cesmeca y coordinadora de la cátedra “Mercedes Olivera”, responsable de la realización de los seminarios.

La cátedra recibe su nombre por una de las feministas de mayor trayectoria en Chiapas, quien estuvo presente en los seminarios acompañando la palabra de las ponentes, y abarca una maestría y un doctorado en “Estudios e intervención feministas”. Aquí reside otra de las particularidades que destacan la importancia de este espacio: ambos programas, que vieron la luz en agosto de este año, son los primeros en lengua castellana dentro de un ámbito académico, ya que, como destaca Garzón Martínez, “no es lo mismo estudios feministas que estudios de género”. Y agrega: “Ambos planes de estudio tienen una vocación critica pensada desde la intervención para transformar las realidades simbólicas y materiales y desde un posicionamiento como feministas en Latinoamérica. Tratamos de rescatar genealogías latinoamericanas, no solo de militancia, de trabajo y de apuestas feministas sino también de conocimientos, sean académicos o no.”

Inevitable, también, es subrayar la relevancia del lugar en el que las actividades se llevaron a cabo. Chiapas -y San Cristóbal como epicentro ineludible- es un escenario multicultural al estar habitado por comunidades de distintas etnias, muchas de las cuales, a la vez, constituyen las bases de apoyo del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN), un movimiento presente en todo momento en las enunciaciones dentro de los seminarios. Al mismo tiempo, en la ciudad de San Cristóbal y en el ámbito del Cesmeca, personas de distintos países son parte de la construcción cotidiana de un tejido social que reflexiona sobre el concepto de autonomía -propuesto sobre todo desde el zapatismo-, y el rol y derechos de las mujeres.

“Nosotras nos posicionamos desde Chiapas, pensándolo como una realidad y una apuesta geocultural desde el sur y para el sur. Sabemos que es un lugar con una historia que hay que mantener viva, deconstruir y volver a construir e intentamos aprovechar esta circunstancia tan favorable para entablar, justamente, un diálogo sur-sur”,
afirma Garzón Martínez y apuesta: “Estamos en un lugar que ha tenido una historia de pobreza, de marginalidad pero también de creatividad y muchísima resistencia. Nosotras valoramos eso y lo ponemos a jugar”.


Los ejes de disputa en el feminismo de América Latina

Durante las cuatro jornadas, el seminario a cargo de Yuderkys Espinosa trazó un camino de búsqueda de una razón feminista que pueda anclarse en América Latina, evocando una genealogía cuyas raíces no pueden escapar de la historia de colonización de nuestro continente. No faltaron ni la reflexión necesaria sobre un feminismo al que lo atraviesa la raza y la clase ni los interrogantes acerca de cómo se construyen las verdades y el conocimiento en el feminismo académico. Por demás interesante fue que se puedan plantear como ejes de disputa en la actualidad del feminismo en Latinoamérica la dicotomía autonomía vs. institucionalidad, el esencialismo del sujeto mujer que toma la academia para su estudio y la contraposición entre racismo y colonialidad, al considerar que tienen fuentes distintas. Y entender, al mismo tiempo, que existe una diferencia entre feminismo latinoamericano, que remite quizás a una unión entre los distintos movimientos del continente, y un feminismo en América Latina, que se despega de ese vínculo y hace una lectura sobre movimientos con diferente trabajo y de distinta procedencia en un mismo territorio.


Una referencia imprescindible al movimiento zapatista

Por su parte, Silvia Federici abordó el trabajo que desarrolla hace más de cuatro décadas, partiendo desde el concepto de trabajo reproductivo realizado por la mujer y utilizado por el sistema capitalista como herramienta para la acumulación de riqueza hasta la importancia de la producción de comunes y la construcción de nuevas formas de cooperación en la labor femenina. Sin embargo, importante es subrayar que Federici expuso también las experiencias recogidas en sus visitas recientes a distintos países latinoamericanos -por ejemplo, vivencias e impresiones de su paso por Argentina-, la reivindicación de la autonomía del Estado con la referencia imprescindible al movimiento zapatista y una nueva cacería de brujas, similar a la que describió en su libro “Calibán y la bruja”, que se llevaba a cabo en la Edad Media.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Lun 7 Déc - 3:30



Les musulmanes du Canada lancent une campagne nationale d’information


MAPLE, Ontario – Les membres de l’Association des femmes musulmanes d’Ahmadiyya au Canada lancent la campagne nationale #JeSuisHijabi, afin d’éliminer les préjugés et fausses conceptions, ainsi que d’expliquer la signification du hija
Citation :
Dans la foulée des attentats terroristes de Paris, ces membres du regroupement Ahmadiyya veulent aider les Canadiens à mieux comprendre l’identité de la femme musulmane.

«Cette campagne veut favoriser le dialogue lors de forums publics à travers le Canada», peut-on lire dans le communiqué du regroupement.

Cette campagne #JeSuisHijabi donnera l’occasion aux citoyens canadiens d’entendre directement des musulmanes s’exprimer, afin de mieux comprendre ce que signifie l’islam pour ces femmes.

«L’accueil, la tolérance et la diversité sont des valeurs fondamentales du Canada que nous devons aspirer à intégrer dans notre quotidien», a souligné Amtul Noor Daud, présidente de l’Association des femmes musulmanes d’Ahmadiyya.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mar 8 Déc - 1:06



Les femmes afro-latinoaméricaines utilisent les réseaux pour célébrer plus de dix ans de luttes  Traduction publiée le 7 Août 2015 14:33 GMT    
     

Dignité, reconnaissance, savoirs, saveurs”. Affiche de la célébration du 25 juillet
à Medeline en Colombie. Image tirée du blog planeta-afro.org.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en espagnol]

Citation :
Les mois de juin et juillet se sont distingués comme étant les plus importants dans la lutte pour les droits des afro-latinoaméricaines et afro-caribéennes, autour du 25 juillet, jour qui rend hommage à ces femmes en Amérique Latine. L'importance de ce jour de célébration repose sur le besoin d'obtenir la reconnaissance des combats auxquels les femmes afrodescendantes ont fait face au cours de l'Histoire. Il s'agit aussi de souligner le fait que ces oppressions sont vécues de manières différentes par les femmes et les hommes ; la combinaison du genre, de la race et de l'ethnie ainsi que la classe sociale aggrave  la relation de subordination. Le blog Makungu en parle de cette manière:

Citation :
Cette journée […] nous amène à réfléchir sur la nécessité de reconnaître le concours des femmes afrodescendantes dans la construction de notre nation au niveau social, culturel, économique et politique ainsi que dans la lutte pour l'indépendance des pays d'Amérique Latine.

De même, il est nécessaire de voir la situation des femmes afrodescendantes comme une situation particulière car dans leur contexte et leur vie quotidienne s'ajoute le facteur du sexe qui peut aggraver leur situation de vulnérabilité et d'exclusion. Ce qui a également incité les femmes afrodescendantes à considérer les particularités de leur situation et à générer des idées revendicatrices.

Dés lors, les recherches pour améliorer les conditions de vie des femmes afrodescendantes dans cette région ont été discutées dans d'autres forums internationaux comme lors de la Réunion régionale des Amériques tenue à Santiago du Chili en 2000, en préparation de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée. A cette occasion, l'évènement fut, par ailleurs, important et historique pour la reconnaissance de l'existence d'un racisme structurel dans la région.

La déclaration de ce forum a permis de démontrer comment le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie se manifestent de manière différente envers les femmes, aggravant leur situation d'inégalité sociale, économique et culturelle. L'importance de ces moments de réflexion est soulignée dans le blog Feminismo Afrodiaspórico:

Citation :
… les organisations de femmes afrodescendantes profitent du mois de juillet pour sensibiliser et communiquer sur les diverses formes d'oppression sexuelle et ethnique que subissent des millions de femmes dans cette région.

Un des exemples illustrés dans ce post est la lutte pour la dignité et la défense des droits des travailleurs domestiques qui s'est servie de cette journée de commémoration en 2012 pour annoncer ses objectifs:

Citation :
Cette année s'appuie sur la campagne mondiale lancée par la Confédération Syndicale Internationale (CSI) “12 ratifications en 2012″ selon laquelle 12 pays devront avoir ratifié fin 2012, la Convention 189, adoptée par l'Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les travailleuses et travailleurs domestiques. […] Des millions de personnes dans le monde, et particulièrement des femmes, travaillent comme travailleur domestique. Ces emplois sont mal rémunérés et très mal reconnus en tant que profession. Dans beaucoup de parties du monde le travail domestique n'est pas apprécié à sa juste valeur au regard de la contribution de ces travailleurs au développement des familles et des enfants.



Vers un rôle politique reconnu

Ces mouvements mènent à un autre élément important qui doit naître de la célébration du 25 juillet : la reconnaissance des femmes afrodescendantes en tant qu'actrices et composantes des politiques et des engagements gouvernementaux. Ce forum international, favorisé par les Nations Unies, pourrait même permettre d'identifier les peuples afrodescendants, notamment les femmes, comme un groupe prioritaire dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et toutes formes d'intolérance analogues.

En Amérique Latine, l'exclusion des femmes afrodescendantes est palpable et se manifeste dans différents domaines de la vie quotidienne. Les femmes sont absentes de la sphère politique et du pouvoir économique mais sont par ailleurs surreprésentées dans les couches les plus pauvres de la société. La norme est à la pauvreté et la condition qui domine les peuples et les communautés afrodescentantes se fait encore plus pesante dans la vie des femmes.


Ainsi, la célébration du 25 juillet représente une opportunité d'internationaliser le débat sur la situation des femmes noires, de mondialiser le mouvement et d'établir des programmes pour collaborer à la création de fronts communs dans la lutte contre la discrimination et l'exclusion. D'autres y voit également l'internationalisation du féminisme noir en ravivant la lutte des femmes de la diaspora comme l'indique Lucieane Reis dans le blog Blogueiras Negras [PT]:


Citation :
Le 25 juillet internationalise le féminisme noir grâce au renforcement de l'union entre les femmes noires où qu'elles vivent, surtout en ce qui concerne l'oppression de genre et ethno-raciale. Cette date propage et renforce les organisations et l'identité des femmes noires qui se sont consacrées à la construction de stratégies dans la lutte contre le racisme et le sexisme. Ce n'est pas n'importe quelle date pour nous les femmes noires: elle représente la rupture avec un féminisme qui ne nous a jamais prises en compte et elle rappelle la lutte des femmes noires de la diaspora, qui a également commencé à la fin des années 70 avec les féministes noires dans différentes parties de la diaspora.


De même, les organisations de femmes afrodescendantes de cette région créent des évènements et activent leurs réseaux plus particulièrement à cette époque pour éviter que des cas d'urgence passent inaperçus. Le 25 juillet 2014, par exemple, le blog Desacato Feminista avait participé à une campagne qui exigeait justice pour [url=les femmes afrodescendentes assassin%C3%A9es %C3%A0 Buenaventura]les femmes afrodescendentes assassinées à Buenaventura[/url] en Colombie:


“Aujourd'hui pas de célébration mais des accusations!” Image de la campagne de Desacato Feminista en défense des femmes victimes de violence à Buenaventura en Colombie. Cette campagne fut lancée à l'occasion de la Journée internationale des Afrodescendants et des Afrocaribéens.


Dans le cadre de cette même commémoration, se déroula fin juin, le premier Sommet des Femmes Leaders Afrodescendantes des Amériques dans la capitale du Nicaragua. Le résultat de cet évènement fut la création d'une plateforme politique qui, en lien avec la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine, propose la construction d'un plan d'émancipation des femmes afrodescendantes ayant pour but de surpasser la discrimination, d'exiger l'application des traités internationaux et, enfin, de faire reconnaître cette plateforme au niveau mondial.

Le Réseau des Femmes Afrolatinoaméricaines et Afrocaribéennes quant à lui, né le 25 juillet 1992, continue sa lutte pour l'amélioration des conditions de millions de femmes noires en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Aussi, des dizaines d'organisations dans chaque pays de cette région du monde œuvrent pleinement pour acquérir plus d'influence en politique et une participation équitable dans le développement des sociétés latinoaméricaines.

La situation des afrodescendants en Amérique Latine et dans les Caraïbes n'a cependant pas fait preuve de changements décisifs. On espère que l'organisation sociale et l'internationalisation du mouvement afro stimulent les transformations structurelles pour cette population.

Une partie des débats et des réflexions menées le 25 juillet de cette année peut être visionnée sur YouTube grâce au travail de l'association de femmes afrodescendantes en Argentine, Teatro en Sepia, qui a présenté son œuvre “Afrolatinoamericanas…” après un débat que vous pouvez voir ci-dessous:


Les discussions, informations et débats en ligne (qui suivent et vont même au delà des célébrations du mois de juillet) peuvent être suivis sur Twitter  #Afrocaribeñas y #Afrolatinas.  


Ecrit par Shirley Campbell
Traduit par Fanny Garreau


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mar 8 Déc - 1:10



Feminismo Interseccional: um conceito em construção Por Patricia Anunciada - set 29, 2015


O FEMINISMO INTERSECCIONAL, como o próprio nome sugere, diz respeito à intersecção entre diversas opressões: de gênero, raça e classe social. Historicamente, no início da primeira onda feminista, nos anos 20, o termo feminismo englobava apenas a opressão de gênero e atendia exclusivamente às reivindicações das mulheres brancas de classe média, desconsiderando as necessidades da classe de mulheres trabalhadoras e de classe baixa, ou seja, as mulheres negras, que eram invisibilizadas dentro desse movimento.

Citation :
O Feminismo Interseccional é de extrema relevância atualmente porque auxilia na organização das pautas das mulheres negras levando em consideração as suas reais necessidades, já que elas sofrem um tripla opressão: racismo, machismo e preconceito de classe social. Sabemos que as opressões a que as mulheres negras são submetidas vão muito além de seu gênero, pois além do machismo enfrentam o racismo, uma forma de opressão extremamente violenta, mas que é velada em nossa sociedade e nos atinge de forma não só a minar nossa autoestima, nos levando a rejeitar nossos corpos, mas impondo barreiras à nossa presença em espaços de poder.

O surgimento do Feminismo Interseccional tem como algumas de suas principais figuras as estudiosas Kimberlé Crenshaw, Audre Lorde e Bell Hooks. No Brasil, é importante destacar a figura de Zélia Gonzales.

Crenshaw, professora de Direito, cunhou o termo Feminismo Interseccional na década de 80, embora tenha admitido que mulheres negras já falavam sobre essa interseccionalidade de opressões muito antes dela. Ela considerou importante cunhar esse termo porque as leis antidiscriminatórias tratavam de forma diferente aspectos como raça e gênero, sendo que na realidade ambos estão inter-relacionados e deveriam ser levados em consideração nas decisões jurídicas que envolvesses pessoas com essas especificidades.

Audre Lorde era negra lésbica, mãe, escritora e uma voz isolada dentro do movimento feminista. Lorde foi uma das fundadoras do movimento feminista negro e uma crítica fervorosa do movimento feminista branco, que restringia a opressão contra as mulheres apenas a seu gênero e desconsiderava aspectos como classe social, raça, idade e sexualidade, por exemplo. Lorde escreveu artigos sobre questões feministas e sua obra literária tem como temas principais amor, traição, classe social, raça, sexualidade e gênero.

Bell Hooks é feminista, ativista social e autora de diversos livros e ensaios. Em sua obra, fala sobre questões de gênero, raça e classe social. Cresceu em meio a um ambiente de segregação e isso marcou profundamente sua obra. Uma de suas frases mais conhecidas é “Eu sou uma feminista negra. Eu reconheço que meu poder e minhas opressões resultam de minha negritude e de meu gênero, portanto minha batalha nessas duas linhas de frente são inseparáveis”.

Lélia Gonzales foi professora, antropóloga, tradutora e uma das fundadoras do Movimento Negro Unificado Contra a Discriminação Racial na cidade de São Paulo. No Rio de Janeiro fundou com outras mulheres negras o Nzinga – Coletivo de Mulheres Negras. Uma de suas frases famosas é “O lugar natural do grupo branco dominante são moradias amplas, espaçosas, situadas nos mais belos recantos da cidade ou do campo e devidamente protegidas por diferentes tipos de policiamento: desde os antigos feitores, capitães do mato, capangas, etc., até a polícia formalmente constituída (…) Já o lugar natural do negro é o oposto, evidentemente: da senzala às favelas, cortiços, porões, invasões, alagados e conjuntos habitacionais, cujos modelos são os guetos dos países desenvolvidos dos dias de hoje. O critério também tem sido simetricamente o mesmo: a divisão racial do espaço.” Essa fala é aplicável ainda hoje em dia, basta ver a situação dos jovens negros em situação de vulnerabilidade social, em sua grande maioria moradores de periferia e vítimas do extermínio da juventude negra.

Lélia Gonzales foi uma das precursoras do movimento feminista negro e nós, como mulheres negras, temos o dever de dar continuidade ao seu grandioso trabalho, nos empoderando enquanto mulheres negras e contribuindo para o empoderamento de outras mulheres, ocupando espaços em que não somos benvindas, ou seja, espaços de poder, reivindicando nossos direitos, denunciando e lutando contra o extermínio da juventude negra, contra o racismo institucional que visa barrar nosso acesso à academia e a espaços políticos, e contra um sistema opressor que insiste em nos manter no porão da sociedade.

Referências

http://www.geledes.org.br/a-poesia-de-audre-lorde/#gs.bFe_U=k

http://www.projetomemoria.art.br/leliaGonzalez/

http://www.egs.edu/library/bell-hooks/biography/

http://racabrasil.uol.com.br/cultura-gente/176/artigo279488-1.asp/


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mer 9 Déc - 2:12



Decolonisation and the end of white male hegemony Gillian Schutte 13 novembre

Western civilisation has, since the dawn of patriarchy, privileged white masculine reasoning and meanings and depreciated the experience, knowledge and voices of women. With the advent of colonialism people indigenous to the Americas, Africa and other colonised lands, were also brutally constructed as less than human, “othered” and devalued by this monolithic white masculinist logic.

Citation :
This is why, some 500 years later, the subjects of depatriarching and decolonising academic institutions, smashing cultural imperialism and democratising public discourse is being hotly debated in the demand for an egalitarian future. The white male epoch is finally showing signs of crumbling.

The politicised youth understand that an egalitarian future is not possible when power resides with one group at the expense of others. Gathering data from the student protests — from #RhodesMustFall to #FeesMustFall — it is apparent that all intersectional oppressions stemming from white male privilege are part of the same struggle. This approach sees the need to form other movements that take the shape of structures supportive to the decolonisation movement.

Central to the public decolonisation debate should be the “how to” — that is how to shift this power base from the stranglehold of its white male gatekeepers and a westernised agenda to make way for new, diverse and accessible narratives that speak to a wider knowledge base and resonate with lived experiences of those historically colonised and othered by white male supremacy.

One would imagine that those who are the survivors and victims of colonialism and apartheid would be acknowledged as leaders of this movement and that their voices would be heard the most on public and media platforms. Instead the public debate seems to have been hijacked by the dominant discourse and has been inundated by whitist concerns and neuroses. Certainly in mainstream media, the topic of decolonisation has, in a strange but not unexpected turn of events, become more about the “pathology of blackness”. This is a learned trick of deflection common in the dominant discourse.

Rather than face the inalienable truth of historical and current white masculine privilege and its negative impact on all others, white male gatekeepers it seems, have set about attempting to alienate black people from a process that directly impacts them. This has happened through consistently critiquing the premise for movements such as Rhodes Must Fall, Fees Must Fall and Patriarchy Must all, referring to them as fallacious, foiled and violent. It is also clear in the fact that roundtable discussions on decolonisation are frequently set with plenty of white men, most of who have never even thought long and hard about this subject until it threatened their status quo.

Judging from commentary on social media around the Rhodes Must Fall movement, and other student movements that call for decolonisation, there has been a gallant attempt to colonise (as it were) the decolonisation process with reproachful white male voices and curiously, in some cases, it is these same white males who lead the roundtable discussions around this process, which is senseless. The oppressor cannot lead the oppressed into an egalitarian future after expediently accepting all the benefits a colonial history has offered them.

But equally curious is where some black public intellectuals have placed themselves in this debate, specifically those who have, perhaps inadvertently, re-inscribed white masculine privilege by assisting in the circumvention of open discussion about the role of white male academics in neo-colonialism.

Achille Mbembe’s recycled essay on the matter caused particular public ire and black backlash. In his article “The state of South Africa” this Cameroonian-born, Wits academic, hypothesises about the collective psyche of middle-class black South Africans. He writes; “Ironically among the emerging black middle class, current narratives of selfhood and identity are saturated by the tropes of pain and suffering. The latter have become the register through which many now represent themselves to themselves and to the world. To give account of who they are, or to explain themselves and their behaviour to others, they increasingly tend to frame their life stories in terms of how much they have been injured by the forces of racism, bigotry and patriarchy. Often under the pretext that the personal is political, this type of autobiographical and at times self-indulgent ‘petit bourgeois’ discourse has replaced structural analysis.”

Mbembe’s psychoanalytical projection has not sat well with many black South Africans and social media exploded with responses that stood in opposition to his position on them. One social media commentator, Moemedi Kepadisa, had this to say: “We must push back at these ‘embedded intellectuals’. That is the only way they will learn. That being in those lofty university spaces gives them no right to talk down at those who are fighting against oppression. Primo Levi had a fine description for people like Achille Mbembe, ‘crematorium crows’. Those Jewish intellectuals who collaborated with their German jailers in those gas chambers. I guess we must also accept that we will also have our fair share of those in our momentous struggle to unshackle ourselves from racism, white supremacy and capitalist exploitation.”

White and whitist male gatekeepers, on the other hand, were overcome with relief and joy at Mbembe’s articles which ratified their disavowal of “the personal is the political” and apparently shifted the onus for black pain, frustration and rage to blacks themselves, suggesting this is a state of mind that should all too easily be transcended since it is not in fact valid. Mbembe asks, “Could it be that the concentration of our libido on whiteness, pain and suffering is after all typical of the narcissistic investments so privileged by this neo-liberal age?”

These essays set off a protracted public debate on the issue of black pathology, deflecting the attention away from the historical privileging of white males. Unfortunately this intervention occurred just at a time when the momentum had been gathered to effectively challenge the politics of language and power.

On social media platforms white academic gatekeepers congratulated Mbembe for his wise words — many taking the opportunity to denigrate black opinion. They also paid particular attention to the “personal narrative”, which they more or less collectively agreed, was a poor substitute for structural analysis. Terms such as “paranoid”, “over the top”, “pernicious”, “violent”, “self-victimised”, “angry” and “irrational” were bandied about in whitist male dissent of the black responses to Mbembe.

In a fit of spontaneous colour-blindness they joined in the chorus that black and white as racial categories do not in fact exist. This narrative of course, works to obfuscate the truth that they have benefited from the social constructs of black and white which undoubtedly do exist and are undoubtedly what students are fighting to deconstruct.

On mainstream media what should be a robust debate about the historical privileging of white male intellectuals in public and academic discourse, has instead, become a discussion about black behaviours and how to contain and discipline them. It has become a discussion seeped in white outrage at the so-called misdirection of black rage and about the low intellectual quality of personal narratives and accounts of lived experience. All of this casts black people in the struggle as either violent or victims, accuses them of entitlement and generally avoids black concerns. Once again this deflects away from white racism and privilege and overlooks white racist pathology and its dangerous collective libidinal projection onto blacks.

It has also reinscribed the white masculinist tendency to assert power over all it defines. So by defining black responses as “paranoid” “empty” and “personal”, power is maintained in the logic and reliability of the whitist masculine discourse.

These anti-black narratives, some have charged, have created decoys and distractions that only serve the agenda of white supremacy and detract from the real issue of decolonising academic, social and cultural spaces — all of which speak to the actual shifting of white males out of their historical position of privilege.

This it seems is the reality that the white male psyche cannot fathom.

This seeming inability to self-reflect has to do with the white male’s historical godlike status in the field of analysis, which has been shaken to the core by the call for decolonisation, and in a desperate bid to survive this, privilege intact, they have done what they know best how to do — tried to colonise a process that threatens them.

The insistence on the whitist masculine enlightened input into decolonisation, with its talk of staggered transformation, progress and preferential “structural analysis” in opposition to other knowledge systems and narratives of black pain, rage, suffering, humanity and joy, is simply another form of power that legitimates the structural dominance of western, white, educated middle-class males over all others. It also arrogantly assumes that processes outside of this framework are not intelligent, rational and humane.

Those “not white men” are relegated to the status of the other and essentialised. Their narratives are diminutised and scorned as the monolithic white male academic club seem unable to appreciate other human’s capacity for multiple and heterogeneous narratives of knowledge, history, pain, suffering and immeasurable joy, whether in first-person accounts, poststructuralist theory, lyrical lexis or feminist language.

But the time has come when people othered by Western patriarchy have begun to inundate the academic and public spaces with narratives that emphasise the feelings and experiences of the colonised, of women, of gender non-conforming people, of historical pain, alternative knowledge systems and lived experience. This is decolonisation and depatriarching in motion. It will happen on the streets, in communities and public spaces. It lives in the realm of a multiplicity of expressions where diverse narratives, personal narratives, feminine narratives, black narratives are used as a means to disrupt and deprivilege the orthodox language of white patriarchy which has held all those “not white men” hostage for way too long.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 11 Déc - 8:05



https://materialmattersconference.wordpress.com/

les programmes détaillés sont à trouver sur le site





International Conference 13th - 14th November 2014 Justus-Liebig University Giessen



Gayatri Chakravorty Spivak





Migration Regimes and Gender
Gülay Toksöz
Beatriz Padilla




Barbara Holland-Cunz
María Virginia González
Selçuk Yurtsever-Kneer





CALL FOR ABSTRACTS:

Citation :
Session in RC 32: III ISA Forum of Sociology Vienna 2016 (http://www.isa-sociology.org/forum-2016/)

Global Sociology and Feminist Perspectives on Care, Care Work and the Struggle for a Careful World

In times of contemporary economic, political and social change we are witnessing a fundamental restructuring of care and care work coming along with social inequalities. Different parallel, intersecting and/or interdependent processes can be observed:

– the commodification und rationalization of social reproduction, care and care work by care industries and entrepreneurship, scientific and technological innovations (like care robots, social freezing)

– the commodification, de-commodification, and re-location of care between market, state, third sector, households, and networks

– trans- and international migration and migrants‘ work in global care chains and the care gaps in and between the societies of the Global North and South, East and West

– feminist/social protest and movements for a careful society acting between criticism of capitalism and struggling for a better life in social and ecological perspective


The session aims to bring together research from around the world. Questions are: How are care and care work reorganized and reshaped? What are its preconditions and effects in terms of social inequalities? What are the main theoretical and empirical perspectives, approaches and results of research in different parts of the world? How are sociological and feminist approaches on care and care work challenged to bring the local and the global together? What can and shall a global sociology and feminist perspectives on care and care work afford in the context of civil society’s protest and social movements?

Deadline of abstract submission: September, 30th, online submission RC 32:

http://www.isa-sociology.org/forum-2016/

Organizers:

Prof Dr. Brigitte Aulenbacher, Section Feminist Theory and Gender Studies in the Austrian Sociological Association and Johannes Kepler University Linz, brigitte.aulenbacher@jku.at

Prof Dr. Brigitte Liebig, Committee Gender Studies in the Swiss Sociological Association and University of Applied Sciences Northwestern Switzerland, brigitte.liebig@fhnw.ch

Prof Dr. Encarnación Gutiérrez Rodríguez, Section Women’s and Gender Studies in the German Sociological Association and Justus-Liebig University of Gießen, e.gutierrez-rodriguez@sowi.uni-giessen.de


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Sam 12 Déc - 11:10

(Inde)

Why The Fight Against Class Cannot Be Won Without Fighting Patriarchy @YouthKiAwaaz Dec 11, 2015

By former members of Democratic Students Union

images ajoutées

Marx identified class struggle as the moving force of history. His extensive study of the capitalist mode of production, led him to believe that contrary to other revolutions in human history (for instance, the bourgeois democratic revolution) the socialist revolution led by the proletariat, who have nothing to lose but their chains, would emancipate not only the proletariat but the humanity as a whole.

But Marx also demonstrated that class struggle is a highly complex process, which has manifested itself differently in different social formations over the course of history. Every concrete situation thereby demands a concrete analysis of class struggle. In Western Europe, the development of capitalism played a progressive role in dismantling feudal social relations and in establishing bourgeois democracy based on the principles of formal equality and freedom.



Citation :
While acknowledging its progressive character Marx exposed the limitations of bourgeois freedom and equality. He explained how the inherent contradiction of the system would in turn, create conditions for the proletariat to lead the socialist revolution to end all kinds of exploitation and establish real freedom and democracy. But when capital entered the Indian subcontinent during colonialism it did not play the same progressive role, which it had played in Western Europe.

Instead of dismantling feudalism and capital rather collaborated with it, reinventing it as semi-feudal relations. Although colonialism formally ended in 1947, the masses continued to be oppressed by feudal forces, imperialism & comprador big bourgeoisie such as Ambani, Tata and Birla.


Class Struggle And The Struggle Against Patriarchy And Caste

In this complex semi-feudal semi-colonial context, any mechanical understanding and application of class struggle is bound to fail as the fate of revisionist parliamentary Left has made it amply clear.The revolutionary movement in India, over the years, has challenged the mechanical and crude understanding of class struggle championed by the revisionist left. It reflects in revolutionary movement’s understanding on working class struggles, role of peasantry in new democratic revolution, anti-caste struggle, the minority question or the struggle for national self-determination. But, when it comes to the equally crucial question of struggle against patriarchy, we see an instrumentalist crude class analysis overpowers the revolutionary movement’s understanding, which confines the fight against patriarchy to the domain of “participation” of women for the “larger” revolutionary task.


While glorifying the role of women in anti-liquor movement, anti-displacement, anti-Salwa-Judum or anti-AFSPA struggles, the revolutionary movement’s theoretical understanding relegates the gender question to the backdrop. And not only that, it, in fact, treats (conspiratorially) the various questions brought to the fore by women’s movements over the decades to be diversionary from the “real” revolutionary class struggle.

In Indian sub-continent, the fight against patriarchy and caste system is internal to class struggle. The semi-feudal social relation, which, in collaboration with big capital, oppresses and exploits the vast majority of people, is constitutive of, just as it is simultaneously being constituted by, caste system and patriarchy.

Historicizing the institutions of family and marriage, Engels demonstrated that the control over women as a sexual body through monogamous marriage was a decisive historical moment in institutionalizing private property and male domination. In our context, however, the control over women’s sexuality is pivotal not only for ensuring control over resources but also for maintaining and perpetuating caste system. In other words, the perpetuation of the caste system and the semi-feudal control of land and labour are heavily dependent on patriarchal control over women and
their sexuality through the social arrangement of endogamy.


The appropriation of labour of women and of oppressed castes through extra-economic coercion and control over women’s sexuality is thereby central to the reproduction of semi-feudal relation in the Indian subcontinent. And therefore, if the fight against semi-feudal land relations is rightly considered to be part of class struggle, then similarly, the fight for the liberation of women and the fight for the annihilation of caste, must be considered very much internal to class struggle. Instead of addressing, engaging or radicalizing the issues of sexual violence, marriage, divorce and intimacy emerging out of the women’s movement, the revolutionary movement dismisses these questions as concerns of ‘elite’ women, emerging under the influence of imperialist culture.


Non-Engagement, Rejection, Dismissal And Branding Of Feminist Concerns

One of the worst manifestations of this is the branding of feminists and women activists, who have raised concerns regarding sexual violence, marriage, divorce, and intimacy, as advocates of “free sex theory”. The movement accuses feminists of promoting “free sex theory” as a part of the imperialist onslaught. What is most worrying is that it has been stated as a matter of fact without any explanation. We would want to ask – what exactly does the revolutionary movement mean by “free sex theory”? By using such bogus terms, is the revolutionary movement, here not behaving akin to reactionary forces who also attack feminists and women activists for raising the issues of sexual violence and patriarchal control and for being critical of the institutions of family and marriage in very much the same language?(read Subramaniam Swamy’s comment describing JNU as the hub of “free sex naxalites and jihadis”). Several of these concerns have been raised for decades by the women’s movement and feminists of all hues.

It is indeed true that many of them have a limited agenda, and feminism itself is a very heterogeneous camp. But in a semi-feudal semi-colonial context, when the stage of the revolution is still new democratic, every such strand of struggle that targets or challenges the oppressive social relations and institutions are to be considered as allies rather than as enemies. The role of a revolutionary party or the revolutionary movement is to pick these questions up in a holistic manner and expand their frontiers by connecting it with other anti-feudal, anti-imperialist struggles.

However, on this count, what we find in both the documented positions as well as in practice is that the questions themselves are projected as diversionary, reflective of elite concerns determined by the class positions of those raising them and worse still part of an ‘imperialist conspiracy’! Such an approach of rejection and branding reeks of nothing but self-righteousness and arrogance. It is true that the ruling classes always try to co-opt all kinds of democratic movements and their leaders. It may also be true that the women’s movement too got partially co-opted by the ruling classes. Does that mean the issues and concerns raised by the movement become irrelevant or less important?

There have been several instances of co-option of communist movements/parties by the ruling classes – be it in the former Soviet Union or China; the latest example being the Maoist party of Nepal. But it would be ironical to conclude that the struggle for socialist revolution or the new democratic revolution has become irrelevant. So, the point is, whether co-opted or not, the revolutionary movement must take issues and concerns raised by the women’s movement or for that matter anti-caste struggle seriously, for they are internal to the revolutionary social transformation of our society.


Of Control And Anxiety – The Revolutionary Movement’s Position On Marriage, Divorce And Intimacy

Let’s take a look into the revolutionary movement’s documented positions on the questions of marriage, divorce, and intimacy. The progressive sections of our society including the revolutionary movement stand in support of the individuals’ democratic right to freely choose their marriage partner. The recognition and acceptance of this right, as well as the right to divorce are results of various progressive & democratic struggles, particularly women’s movement and anti-caste struggles. But the moment two persons consciously decide to live together without marriage it is immediately criminalized. The stated position of the revolutionary movement is: “To live together when they wish to get married and to separate when that need is felt no more amounts to irresponsibility and anarchy. Therefore, when members who like each other want to live together they will have to inform the concerned unit and obtain its permission for marriage. Pre-marital sex relations should be viewed seriously.” And “serious” they are.

The seriousness on this front is so immense that any deviation from this, or any instance of pre-marital sex or live in relations, is considered an “alien class tendency”, “non-proletarian trend” and a “serious” breach. As far as the larger society is concerned, it opposes and criminalizes both these forms of conjugality because of their potential to disrupt the dominant semi-feudal social relation and morality. But why is the revolutionary movement standing on the wrong side of history?

When an individual freely chooses her/his marriage partner, the revolutionary movement considers it individual’s democratic right; but when a person decides to live with someone without marriage, it criminalizes this relationship branding it as anarchist behavior, which is influenced by “poisonous imperialist culture” and alien class tendencies. This is not just an a-historical approach, but also one that is steeped in feudal morality about sex and sexuality. It only reeks of male protectionism and control over women and is built on the premise of an over-sexualized man and a passive woman who always fall prey. It is emanating from a deep-seated anxiety regarding sexuality (particularly woman’s sexuality) and sexual intimacy that is looked as some kind of a natural urge which if not controlled might lead to “sexual anarchy”, chaos and “sexual weakness”. Sex is viewed as a tool (just like “religion, drugs and intoxicating drinks”) used by the exploitative classes to “divert” the youth away from revolution.

Divorce though being recognized, yet is not favourably looked at. The disgust to even recognize this democratic right goes to the extent of warning that women may “degenerate into prostitution” if they separate and remarry too many times! By this it reduces marriage only to sex, yet stripping the woman of any desire, emotion or will.

At another place, it is argued in one of the most commonsensical ways, that over-emphasis on sex is leading to a rise in sexual violence and divorce rates in the west! Once again, it is forgotten that the right to separation and divorce is a battle hard fought and won by women against exploitative relationships and marriages. It seems, for the revolutionary movement, the root of all problems lies in sex, the “uninhibitedness” of which once fought against, will lead to a ‘healthy’ society (Marx must be turning in his grave, and Gandhi would be really proud!).

Even when spouses of martyrs are allowed to re-marry, it is only after a lonesome exile from companionship in for a year of recovering from the bereavement. And it is argued that otherwise, they will become a “laughing stock before the people and before fellow comrades.” Is it because there is a judgment involved regarding such a woman who might begin to like someone in say shorter than a year? Point being in six months or four years, it should be up to the woman. If one says such a restriction is imposed actually on behalf of the woman, to protect her from men, even then such protectionist understanding is certainly male dominated as the woman’s feelings and emotions do not find an iota of space in such a discourse. If there are improper ways and means in which she is being harassed, then the men responsible should be taken to task. But by restricting the woman, it ultimately amounts to nothing but controlling her which also amounts to a moral judgment on her if she does not comply. Are we not in progressive garb actually controlling women to preserve a certain “order” in the rank and file or in the society at large instead of politicizing them and taking any violation seriously?

When a revolutionary movement takes it up to be its moral responsibility to witch-hunt, brand or slander against those who might be living together without marriage, it comes from nowhere but a feudal moralist vantage point which the movement is propagating in the name of “communist values”. Our point here is not to discuss (or “hotly debate”) future forms of marriage, or its retention or eradication. No one can be in a position to comment or predict future forms and the holistic changes to be brought about class struggle (which must necessarily include the fight against patriarchy and caste – at both the material and ideological levels) are bound to open up possibilities hitherto unforeseen. When we argue for or enforce the retention of any institution as it is today, we’ll always end up doing so, not by keeping history as our vantage point, but with a moral frown of today’s morality.

So, instead of wearing the moral lenses of what ought to be and what not, we should rather as Marxists believe that the only thing constant over history is change. The only thing expected of us as conscious political subjects is to move towards a change for the better by being more and more democratic today in every sphere including gender relations. It may even be the case, that a communist party working in areas where the democratization process has not advanced may adopt certain tactical positions on these questions (for instance, advising its cadres who might be living together to tactically project themselves as married). But when our tactical positions themselves become our strategic positions and become the cornerstone of our political understanding, it shows the internalization of the very same feudal values that we claim to be fighting against.


Communist Values: Static Or Shaped By History?

When we speak of Communist Values, it is important for us to understand that it cannot be a metaphysical concept that is over and above history. Such values do not drop from the sky and certainly they have not remained constant over the last two centuries. It has evolved through various struggles and a revolutionary party equipped with Marxist-Leninist understanding, is expected to represent the most advanced consciousness in the society. It can’t afford to be behind the masses, at the same time it shouldn’t be ahead of them. It organizes working class and works among the most oppressed people striving to raise their consciousness to higher levels during struggles for radical social transformation.

However, it’s not a one-way process—from top to bottom—movement also learns from the people. It analyzes its experiences gained during struggles in the light of the principles of Marxism-Leninism-Maoism and arrives at better understanding—an ongoing process of from the masses to the masses. The day it ceases to do that, it runs the risk of getting fossilized in its understanding. It is important to politically educate people and activists against false and seductive notions of freedom and choice propagated by moribund capital in the stage of imperialism. But it is equally crucially important for the revolutionary movement to evolve a thorough analysis of how semi-feudal relations in nexus with moribund capital is sustaining and perpetuating unequal gender relations and patriarchal oppression.

But a short cut or instrumentalist approach to such complex questions will only lead to simplistic conclusions wherein all the gains, aspirations or demands emanating out of democratic struggles against patriarchy will in one stroke be painted as products of “poisonous”, “vulgar”, “imperialist culture”. And in doing so, we will end up falling back upon the dominant feudal-moralist commonsense and project them as “Communist Values” as is apparent in the documented positions of the revolutionary movement.

In Revolutionary Solidarity
– Anirban, Anubhav, Aswathi, Banojyotsna, Gogol, Priya Dharshini, Reyazul, Rubina, Srirupa, Ufaque, Umar




Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Lun 14 Déc - 13:20



Les femmes dans la justice indigène en Bolivie Elise Gadea 01/12/2015

Les statistiques alarmantes concernant les violences envers les femmes en Bolivie résultent d’une forte hiérarchisation sexuelle mais également d’un désengagement complet de l’Etat. La passivité des institutions laisse ainsi une marge de manœuvre aux autres formes de justice parallèle (justices indigènes) dans la régulation des conflits. En même temps, la problématique du genre se pose souvent au travers du prisme de l’appartenance ethnique, et l’émancipation féminine est reléguée au second plan derrière « l’évidence » qu’une femme indienne est avant tout une représentante de sa culture « originaire ».


Nous explorerons ici comment sont considérées et défendues les femmes d’une communauté indigène andine. L’institutionnalisation de la justice indigène a permis l’ouverture d’un débat concernant le respect des femmes et le traitement juridique des cas de violence à leur égard. Si on pointe souvent du doigt les mauvaises pratiques des justices indigènes, la justice étatique bolivienne ne peut guère être citée en exemple : entre 2008 et 2011, elle a sanctionné seulement 27 cas de feminicide sur 335. La justice est-elle un effet ou une cause corrélative à la violence des relations de genre en Bolivie ? A travers le regard des autorités indigènes andines, traduction d’Autoridades Originarias, qui se réfère à l’instance, d’origine préhispanique, d’administration du pouvoir et de la justice, que l’on retrouve dans de nombreuses cultures andines boliviennes, nous proposons d’analyser ce phénomène.


Citation :
1
La Bolivie a signé plusieurs accords internationaux concernant le respect des femmes : le 7 septembre 1989 la Convention sur l’Elimination des Formes de Discriminations contre la Femme, promulguée par l’ONU le 18 décembre 1979, ainsi que la Convention Interaméricaine Pour la Prévention, la Sanction et l’Eradication de la Violence contre la Femme (Convention de Belem do Para) signée par la Bolivie le 18 octobre 1994 et adoptée par le CIDH le 9 juin 1974. En mars 2013, l’Etat bolivien a promu une nouvelle normative, appelée « loi intégrale pour garantir une vie libre de violence » qui prévoit un ensemble de dispositifs pour réprimer la violence contre les femmes et sanctionner durement ces délits. Cette loi, portée et conçue par diverses associations féministes, a permis de relancer le débat sur les violences contre les femmes en incluant cette thématique dans l’agenda politique.


2
Cependant, dans ce pays la problématique de respect des femmes est souvent appréhendée au travers du prisme de la reconnaissance de la diversité culturelle du pays. Le débat sur l’instauration de politiques plurinationales a d’ailleurs éludé celui des relations de genre, rendant difficile l’alliance entre féministes et indigènes et complexifiant la question de l’accessibilité des systèmes de justice autochtone1.


3
L’alliance entre nationalisme révolutionnaire, discours antilibéral et thématique indigéniste a ainsi permis de privilégier la réhabilitation de la diversité ethnique du pays2 depuis l’avènement au pouvoir du MAS en 20053. Les politiques publiques du gouvernement marquent une rupture avec le modèle républicain d’assimilation, en s’orientant vers un modèle d’insertion où l’Etat cherche à établir un sentiment d’adhésion à la nation bolivienne via des identités sociales et culturelles locales. Evo Morales, souvent présenté comme le « premier président indien » du pays, semble annoncer une rupture en promouvant le droit à la libre détermination des différents peuples dits « autochtones originaires paysans »4.


4
La « décolonisation » par la valorisation des peuples indigènes est devenue l’un des piliers de la rhétorique des politiques gouvernementales dans le pays. La thématique indigène est maintenant transversale à de nombreuses politiques publiques du pays. La nouvelle Constitution Politique de l’Etat Plurinational de Bolivie de 2009 a, en particulier, reconnu les justices indigènes. La loi de délimitation juridictionnelle, dénommée « loi de deslinde », a été promulguée en décembre 2010 avec l’objectif de clarifier les mécanismes de coopération et de coordination entre les justices indigènes et étatique.


5
Cependant, les lois ont une application très réduite dans un pays où, comme le soulignait Christian Gros, en se référant aux propos d’Octavio Paz5, le pouvoir d’un ordre juridique semble « flotter » au-dessus de la société civile sans en réguler le cours. Le réel impact d’une normative, en Bolivie, dépend donc avant tout d’un engagement ainsi que d’une volonté politique forts à différents niveaux et auprès d’une multitude d’acteurs6. Dans un territoire défini, nous proposons donc d’analyser les pratiques réelles d’administration de la justice en nous centrant sur l’accès des femmes au nouveau système juridictionnel pluriel. D’après un rapport ministériel, en 2005, 9 femmes sur 10 souffraient en Bolivie de violences physiques, psychologiques ou sexuelles7. Il apparaît donc difficile de changer rapidement des comportements aussi massivement et profondément ancrés dans les différentes cultures du pays. Les femmes indigènes se retrouvent souvent dans une double position de vulnérabilité, à l’intersection des discriminations sexuelles et raciales8.


6
A partir d’une enquête menée à Curahuara de Carangas9, une communauté aymara de l’altiplano bolivien, nous proposons d’analyser à l’échelle locale les effets du regain d’intérêt officiel envers la condition des femmes amérindiennes. En l’espèce, la reconnaissance de la justice indigène a-t-elle ouvert une porte vers la justice nationale aux paysannes de cette région de l’altiplano? Ce « culturalisme juridique », indissociable des tendances sociétales globales, notamment diffusées depuis le nord du continent américain (soit les développements parallèles du droit des minorités ethniques et du droit des femmes), se traduit-il sur le terrain par une meilleure protection des femmes contre la violence ? Les autorités indigènes10 manifestent-elles de façon concrète une volonté d’adapter leur action traditionnelle à la nécessité d’atteindre un tel objectif ?

Contextualisation

7
L’évocation des violences faites aux femmes génère parfois un malaise en Bolivie, car la réalité sociale nuance les tableaux idéalistes de la diversité ethnique. Il existe un conflit entre valorisation des savoir-faire et savoir-vivre des différents peuples indigènes et respect des femmes, que l’on retrouve au niveau de la justice. Les nouvelles normatives boliviennes peinent à effacer les inégalités entre homme et femme dans l’administration des justices indigènes, même si dans la loi de délimitation juridictionnelle entre les justices nationale et indigènes, le thème du respect des femmes est souligné à plusieurs reprises11.


8
Il semble émerger des divergences entre les valeurs de conciliation qui caractérisent les nombreux jugements rendus par les autorités indigènes et certains actes qui relèvent de la justice pénale bolivienne. Au sein des communautés où les autorités indigènes ont encore un ample domaine de compétence juridictionnelle, il n’est pas rare qu’un viol soit sanctionné par une amende, payée en argent liquide ou en bétail. Le respect des femmes met donc en difficulté l’instauration du pluralisme juridique en Bolivie, car il oppose deux conceptions culturelles du droit. Dans la première, la justice doit avant tout garantir un équilibre communautaire local en privilégiant la réinsertion rapide de l’individu et la réparation des dégâts matériels ou financiers occasionnés, alors que dans la justice étatique bolivienne prévaut le principe répressif et punitif envers la personne qui a commis un acte illégal. Il peut apparaître surprenant de compenser un viol par le don d’un bovin. Cependant justice a tout de même été rendue, une compensation du délit a été donnée à la victime et son agresseur a été condamné, ce qui reste très rare dans la justice nationale bolivienne. Bien souvent les violences commises contre les femmes restent totalement impunies par la justice étatique, quelle que soit la gravité du délit. Entre 2008 et 2011, sur 335 cas de feminicides12, seuls 27 ont été sanctionnés pénalement par la justice nationale bolivienne13.


9
Le discours politique de valorisation des différents peuples indigènes nationaux masque ainsi souvent la problématique des relations de genre dans les communautés paysannes rurales. Ainsi est-il fréquent que le débat autour des femmes soit étouffé par la mise en avant d’un concept sociétal andin qui garantirait un équilibre et une égalité parfaite entre l’homme et la femme : le chacha-warmi, de l’aymara homme-femme, est un concept andin qui symbolise, au travers de l’image du couple, l’harmonie de deux êtres contraires dans une union supérieure et nouvelle. Selon la cosmologie andine chaque entité a un pair complémentaire, qui permet à un être, humain, naturel ou surnaturel, de s’accomplir et d’être considéré comme « complet » dans cette union avec son opposé14. Selon les croyances andines, de la même manière que l’homme s’associe à la femme au sein d’un couple, la nuit est la complémentaire du jour, le Soleil de la Lune, la terre des montagnes. Une personne seule en aymara, appelé « ch’ulla », est souvent considérée comme n’étant pas complète, car selon cette pensée bipartite et complémentaire où autrui est indispensable à l’existence du « moi », « je » n’a de sens que lorsqu’il devient « nous ». Ainsi dans le monde aymara le couple est central, être marié est d’ailleurs une condition pour pouvoir être nommé membre des autorités indigènes. Ces dernières sont chargées d’administrer le territoire et la justice, en parallèle de la Mairie ou des juges de la justice nationale. L'organisation des autorités aymaras est basée sur les concepts de marka15 et d’ayllu16. S’inscrivant dans une logique du « contrôle vertical »17 de John Murra, les ayllus sont constitués d’unités territoriales discontinues. Chaque ayllu se compose donc de plusieurs îlots géographiques, appelés zones18, au sein de la marka. Malgré la dispersion territoriale des ayllus les habitants de la communauté s’identifient avant tout à cette institution.


10
Les autorités indigènes andines sont rotatives. En janvier a habituellement lieu la passation de pouvoir de ces dernières. Chaque famille de la communauté doit, à tour de rôle, endosser des charges, de représentants ou autorités, au nom de sa sayaña19, et ainsi contribuer à la gestion collective du territoire. Les membres de la communauté occupent ces charges, en fonction de leur âge, du prestige et de la confiance dont ils jouissent au sein de leur ayllu. L’élection des charges communautaires se réalise lors de réunions, où l’on débat et vote de manière publique. La progression au sein de ces charges suit le thaki (de l’aymara chemin) : le cheminement personnel de chaque membre de la communauté au sein de la hiérarchie des charges communautaires. Le thaki se termine quand une personne a accompli la plus haute charge, celle d’autorité indigène.


11
Les premières expériences de charges communautaires regroupent des responsabilités minimes au sein de la commission scolaire, du club de sport, de la commission des fêtes, etc. Les responsabilités des autorités indigènes sont tout autres. Cette fonction est réservée aux personnes les plus respectables et les plus dignes de confiance.


12
Au sein des communautés andines boliviennes, on distingue souvent trois niveaux hiérarchiques dans les autorités indigènes. Les dernières dans l’ordre hiérarchique, sont les sullkas qui représentent les zones d’un ayllu. Leur rôle est avant tout de fluidifier l’information et le dialogue entre l’awatiris et les membres de son ayllu. Les awatiris sont, quant à eux les représentants des différents ayllus. Les mallkus, représentants de la marka, incarnent la plus haute fonction au sein des autorités indigènes de la communauté.


13
A Curahuara de Carangas il y a trente-cinq autorités masculines : deux mallkus, quatorze awatiris et dix-neuf sullkas. Cependant, en suivant la logique du chacha-warmi, l’autorité s’exerce officiellement en couple. Les autorités indigènes regroupent donc soixante-dix personnes à Curahuara de Carangas. Nous reviendrons plus en détail, par la suite, sur le rôle des autorités indigènes féminines.


14
Il est indéniable que le concept du chacha-warmi revêt une grande importance au sein des communautés indigènes altiplaniques. Il permet d’établir un idéal sociétal, une structure familiale et des liens forts entre hommes et femmes, cependant il n’efface ou n’amoindrit pas les mécanismes de subordination des femmes aux hommes qui existent aujourd’hui en Bolivie. Le concept du Chacha-warmi n’explique que partiellement les relations de genre et ne rend pas compte des asymétries fortes qui composent ces liens dans les communautés andines. L’existence d’une construction duelle du monde et l’obligation culturelle de s’unir avec une personne de sexe différent n’est absolument pas incompatible, de nos jours, avec une hiérarchie très marquée qui caractérise les relations de genre dans les communautés aymara. Le concept préhispanique de chacha-warmi a évolué au sein des différents peuples andins, et les relations de genre actuelles dans les cultures altiplaniques ne sont plus égalitaires20. Cependant ce concept est souvent utilisé comme réponse rhétorique face aux revendications concernant la place des femmes. Il est fréquemment fait appel au chacha-warmi pour souligner la pureté des cultures préhispaniques, associant les maux de la société bolivienne contemporaine à la colonisation espagnole. Dès lors les violences systématiques et les inégalités que les femmes endurent se révèlent incompatibles avec les discours sur la complémentarité entre homme et femme. En brandissant le chacha-warmi comme un étendard est naturalisée la domination masculine dans les communautés indigènes altiplaniques. L’énonciation du chacha-warmi est souvent une manière de camoufler la réalité que vivent les femmes, alors même qu’au sein du continent latino-américain, la Bolivie, pays où la violence sociale est relativement faible21, se positionne parmi le pays les plus violents vis-à-vis des femmes.


15
De nombreuses études en font état. Selon une étude de la Commission Interaméricaine des Droits de l’homme (CIDH) et de l’Organisation des Etats Américains (OEA), en 2006, 75 % des femmes interviewées affirmaient souffrir de violence de manière répétitive dans leur vie. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en 2008 rapportait que 53,3 % des Boliviennes déclaraient avoir souffert au moins une fois de violences, physique ou sexuelle, de la part de leur compagnon. Ensuite, 25,5 % déclaraient avoir vécu ces violences dans les douze derniers mois et enfin 17,9 % témoignaient avoir été victimes de violence sexuelle une fois dans leur vie22. En 2013, selon une enquête réalisée par ONU-Femmes, 58 % des femmes ayant fait l’objet de l’enquête déclaraient que la violence envers les femmes, dans le pays, est très grave et 39 % la qualifiaient de grave. Selon cette même enquête, au niveau national 55 % des femmes déclaraient connaître une femme battue ou réprimandée physiquement, de manière fréquente ou très fréquente. Ces violences sont très rarement sanctionnées par la justice étatique, qui en devient la complice passive : de ce fait les femmes s’y adressent rarement, ce qui contribue à rendre ces pratiques invisibles et presque banales.

Enquête de terrain à Curahuara de Carangas


16
Dans cette communauté aymara nous observerons23 comment le pluralisme juridique a changé l’accès des femmes à l’institution de justice. Nous verrons comment la multiplicité des opérateurs et des logiques culturelles dans l’administration de la justice modifie le panorama des femmes indigènes.


17
Curahuara de Carangas est située sur l’altiplano, à une altitude comprise entre 3900 et 4200m, dans une zone frontalière avec le Chili, au nord-ouest du département d’Oruro. Les femmes peuvent y avoir recours au policier ou à la préposée à la défense de l’enfance, de l’adolescence et des femmes, employée municipale dans le cadre du Service Légal Intégral Municipal (SLIM) pour s’orienter vers la justice étatique, ou bien aux autorités indigènes pour se diriger vers la justice indigène. Les institutions de la justice étatique sont les seules à Curahuara de Carangas à pouvoir recevoir les plaintes et pourtant le policier comme la defensora de las mujeres24 sont souvent indisponibles, en déplacement à l’extérieur de la communauté ou en formation dans les villes les plus proches. Dans les cas de violences, qui nécessitent une prise en charge rapide, il n’est pas rare que la victime doive attendre des jours, voire des semaines, le retour de la defensora ou du policier pour pouvoir dénoncer une agression.


18
Lors de l’enquête de terrain, le policier en poste, seul pour faire régner l’ordre dans cette communauté de 5278 habitants25, manifestait un certain agacement à devoir enregistrer des plaintes qui sont souvent retirées très rapidement, se sentant utilisé dans des disputes conjugales. D’après plusieurs témoignages, il est courant que le policier accepte de l’argent de la part de certains hommes violents pour qu’il culpabilise la femme victime de violence conjugale lorsque cette dernière ose se rendre à la police pour dénoncer son époux. Il est également courant que le policier demande une participation financière à la partie requérante pour « participer aux frais de fonctionnement du commissariat ». La defensora de las mujeres dispense en revanche un service gratuit. Elle se dit à l’écoute des femmes en souffrance, recevant la grande majorité des plaintes des femmes battues. Cependant peu de plaintes sont maintenues par les victimes, et souvent elles n’aboutissent pas à un procès. On peut alors se demander pourquoi les femmes déposent une plainte pour la retirer aussitôt.


19
A Curahuara, comme dans de nombreuses communautés rurales du pays, après avoir reçu une plainte, le policier ou la defensora doivent envoyer la demande vers Oruro, la capitale départementale, qui se trouve à plusieurs heures de transport. Les transferts d’information entre le policier, la defensora de las mujeres et le juge qui se trouvent tous trois à Curahuara et les autres instances juridictionnelles qui se trouvent à Oruro ont un coût financier pour la partie requérante qui doit se déplacer entre les deux localités à de nombreuses reprises. Cela rallonge également considérablement les temps de réponse de chaque institution et donc le processus juridictionnel dans son ensemble. Le coût financier, la lenteur bureaucratique ainsi que le manque de garantie sont de véritables freins pour les habitants de Curahuara, qui se découragent souvent de porter plainte ou de maintenir leur plainte jusqu’à la sentence. De plus à Curahuara de Carangas il n’y a pas de centre d’accueil, les femmes rentrent donc habituellement chez elles et cohabitent ainsi avec leur agresseur pendant tout le procès. Ces derniers les menacent et les dissuadent souvent de maintenir leurs plaintes.


20
D’après la defensora des femmes de Curahuara, seulement un cas sur dix dénoncé auprès du SLIM débouche sur un jugement. Au niveau national, d’après la Fuerza Especial de Lucha Contra el Crimen (FELCC), en 2012, seuls 11 % des plaintes pour violences familiales reçues auprès d’eux recevaient une réponse judiciaire auprès de la justice nationale. D’après le Centre d’Information et de Développement des Femmes (CIDEM), entre 2007 et 2012 seuls 6 % des cas de violences dénoncés ont été renvoyés vers les tribunaux de justice étatique, 9% d’entre eux ont été sentenciés et uniquement 0,41 % de cas de délits dénoncés se sont conclus par l’exécution de la sentence (soit que l’accusé soit allé en prison pour les délits commis).


21
L’enquête de terrain effectuée à Curahuara révèle qu’environ 5 à 20 % de cas de violences sont dénoncés auprès d’un opérateur de la justice nationale. La defensora des femmes déclare recevoir environ trois fois par jour des plaintes pour violences intrafamiliales et une par semaine concernant des violences graves. Le policier déclare recevoir environ deux à trois fois par semaine des femmes battues. Cependant au centre de Santé de la communauté seules huit femmes ont consulté un médecin à la suite de violences depuis janvier 2013 et seules 4 d’entre elles ont sollicité le certificat nécessaire pour déposer une plainte auprès de la justice nationale bolivienne. Beaucoup de femmes déposent donc des plaintes auprès d’institutions de la justice étatique sans qu’il n’y ait de continuité à leur demande. Au fil de l’avancée du processus juridictionnel, les taux de cas traités baissent, à chaque étape le nombre de cas toujours en traitement s’amoindrit un peu plus pour arriver, dans les cas de délits, à des taux très faibles d’exécution des peines. Les statistiques montrent un manque d’efficacité du système juridique national bolivien qui favorise l’impunité de l’accusé au détriment de la victime. Ainsi, d’après une enquête de la coordinadora de la mujer, en 2011, 53 % des femmes boliviennes enquêtées qui déclaraient avoir souffert de violence dans leurs foyers n’entreprenaient aucune action. La justice d’Etat n’apporte pas de réponse opportune et rapide aux cas de violences contre les femmes, mais tend à les prolonger et les aggraver26 en dénigrant et culpabilisant souvent les femmes d’actes dont elles sont les victimes.


22
Qu’en est-il de la justice indigène ?

Les femmes face aux autorités indigènes

23
La loi de délimitation juridictionnelle a considérablement réduit les domaines de compétence des justices indigènes, en stipulant que les autorités indigènes n’ont plus le droit de juger les cas qui rentreraient dans la catégorie pénale du droit. Le viol ou le feminicide sont donc reconnus légalement comme étant de la compétence exclusive de la justice d’Etat.


24
Cependant à Curahuara de Carangas il semblerait que les femmes qui osent dénoncer des violences s’orientent en première instance vers leur autorité indigène.


25
Cette dernière tente de concilier ces violences. Comme signalé antérieurement, certaines de ces pratiques sont maintenant considérées comme illégales. La récente loi pour une vie sans violence vient compléter les normatives précédentes en fermant les possibilités de conciliation dans l’exercice de la justice, stipulant que les violences faites aux femmes ne pourront être conciliées qu’une seule fois, dans des cas de violences sans gravité27, et à la demande de la victime. Lorsque cette première conciliation a échoué auprès de la justice indigène, dans les cas de récidive, certaines femmes vont s’orienter vers les opérateurs de la justice nationale. Les femmes sont elles-mêmes en demande de conciliation. Selon une étude réalisée par RED-ADA et Centro de Desarrollo Integral de la Mujer Aymara (CDIMA), 35,9% des femmes interrogées dans différentes communautés rurales déclaraient chercher à pardonner – et donc à se réconcilier avec – leurs compagnons violents. La domination masculine est tellement ancrée dans les mentalités (elle paraît « invisible pour ses victimes mêmes »28) qu’il arrive que certaines femmes renoncent à porter plainte lorsqu’elles sont informées que ce dernier pourrait aller en prison. Les victimes déclarent habituellement ne pas pouvoir assumer économiquement leur famille sans leur mari et s’orientent donc vers une réconciliation avec leur compagnon violent. D’autres femmes demandent directement aux autorités de justice une conciliation car elles ne souhaitent pas se séparer de leur époux, par peur, par honte et pour préserver les enfants, déclarent-elles.


26
Cette demande de réconciliation est étroitement liée à des mécanismes d’aliénation et d’effacement du concept de victime. Pour aborder la violence conjugale, les habitants29 de Curahuara parlent de « disputes » dans le couple, ou « de ne pas créer de problème avec son mari »30, atténuant ainsi la culpabilité de l’agresseur et niant qu’il existe une victime. A Curahuara de Carangas entre 2007 et 2013, il semblerait qu’aucune femme n’ait quitté définitivement son compagnon violent, et surtout aucun homme n’ait jamais été expulsé de son foyer pour avoir battu ou violé sa compagne. Durant ces sept dernières années, quelques femmes ont fui leurs foyers momentanément, en s’évadant comme si elles avaient commis une faute alors même qu’elles sont les victimes. En parlant de disputes, la victime devient co-autrice de ce qu’elle subit, ce qui la freine à dénoncer, se sentant coupable et responsable des résultats de ces « disputes ». Préférant occulter les relations déséquilibrées qui s’instaurent entre une victime et son agresseur, sous prétexte de conciliation en vertu des usages du droit coutumier, la femme n’est pas protégée de l’homme violent, mais au contraire, soumise à son pouvoir par un effet de légitimation sociale.


27
Les autorités indigènes tendent donc à maintenir dans la sphère privée ces « disputes » conjugales en privilégiant l’équilibre communautaire au droit individuel des femmes, niant ainsi leur statut de victime. La violence est ainsi banalisée. Les instances locales considèrent la violence envers les femmes, voire les viols, comme des actes d’une faible gravité. De ce fait, l’agresseur est faiblement sanctionné et parfois même seulement sermonné. Dans le fond, la justice indigène négocierait le silence des femmes pour préserver une harmonie communautaire ; bon nombre d’entre elles ont conscience d’être ainsi réduites à l’impuissance. Une femme aymara de 40 ans, confiait, lors d’une l’interview: « los que son humildes, humillan, así calladas. [Question posé à l’interviewée ¿A las mujeres ?] Sí. Porque no escuchan, cuando pedimos palabra, no nos da campo. Mas en este pueblo son hombres… Nos humillan, no nos dejan valer, no nos escuchan » (en parlant des hommes) 31.


28
De surcroît, les femmes ne connaissent pas les droits qui sont censés les protéger à l’échelon national. Malgré l’organisation, par la municipalité, d’ateliers sur la violence contre les femmes dans cette communauté, lors d’une interview l’une d’elles commentait (montrant une certaine confusion entre le viol et les disputes familiales) : « Violaciones a veces sexual, a veces nos discuten, a veces nos pegan. Dos o tres violaciones hay. Hay violación sexual, otra es cuando discuten. Peleando dicen : eres así, tu eres así » 32. Par ailleurs, si le concept du chacha-warmi n’empêche pas certains hommes de rompre le supposé équilibre égalitaire33 dans le couple aymara, puisqu’ils battent leurs femmes, il apparaît qu’il contribue à la stagnation de ces violences, en faisant pression sur les femmes pour qu’elles ne quittent pas leurs époux, ces dernières ne supportant pas d’affronter le déshonneur social qu’entraîne la séparation.


29
Il existe d’autres obstacles empêchant l’accès des femmes à la justice indigène, comme le manque de canaux de communication avec les éléments féminins des autorités indigènes. Les femmes ne s’orientent pas vers les Mamas Th’allas34, mais vers le couple d’autorité que ces dernières représentent avec leurs maris. Bien que la fonction soit officiellement assumée par le couple, c’est souvent l’homme qui est nommé autorité indigène et son épouse ne fait que l’accompagner. Au sein de l’institution de représentation indigène les femmes ne bénéficient pas d’autant de confiance et de pouvoir que les hommes. Bien qu’exerçant un rôle important dans la communauté, les Mamas Th’allas sont, à l’image des femmes, subordonnées à leurs époux, et de fait génèrent moins un sentiment d’appartenance au groupe d’autorité locale. Les mécanismes de solidarité et de lien sont donc freinés par cette absence de pensée de groupe. Les femmes ont plutôt tendance à s’isoler, ne s’autorisant pas à générer une pensée propre. L’atomisation de l’individu est une des conséquences de la domination, même dans des communautés où l’adhésion à un groupe est très importante. Afin de lutter contre des fissures dans la hiérarchie entre les genres, les hommes ont tendance à isoler leurs femmes et contrôler leurs paroles. Ainsi lorsque nous avons interviewé les autorités indigènes féminines, certaines ont d’abord demandé, par un regard ou une parole, l’accord de leurs époux. Les Mama Th’allas sont associés à leurs maris ; elles n’ont aucun rôle indépendamment de celui que leur donne leur statut d’épouse. Le bureau des autorités indigènes est avant tout investi par les autorités masculines, les Mama Th’allas n’y pénètrent que pour accompagner ou rejoindre leurs maris. Les autorités féminines n’ont aucun espace géographique où elles assurent une présence continue. Leur présence toujours sporadique dans des espaces publics est le symbole d’un manque d’unité entre elles et d’une faible adhésion à l’institution. Les autorités Indigènes féminines ne prennent aucune décision indépendamment de leurs époux : elles ne défendent donc pas les intérêts des femmes au sein de l’institution d’autorité indigène. Aucun jugement de justice n’est rendu exclusivement par une Mama Th’alla.


30
Alors que les autorités masculines existent en tant qu’institution reconnue de tous les habitants, les autorités féminines n’ont pas d’identité propre. Les Mamas Th’allas, Mamas Awatiris et Mamas Sullkas ne se réunissent jamais entre elles. Elles sont visibles surtout lors d’événements importants, mais leur présence n’est ni automatique ni indispensable. Leur présence comme leur opinion sont considérées comme secondaires : elles assurent avant tout un rôle de représentation. Leur impact, variable en fonction de la personnalité idiosyncratique de chaque femme, est souvent moins important que celui des hommes. Les femmes prennent très peu la parole lors d’événements publics ou d’audiences. Lorsqu’elles le font, leur parole est rarement introductive ou conclusive : elle se limite souvent à rappeler un avis déjà exprimé par un homme, en apportant un élément de complément d’information. Lors des réunions de la communauté, les femmes sont toujours assises derrière leur mari.


31
La place attribuée lors de ces réunions est hautement symbolique. Les autorités indigènes sont très attentives à respecter la hiérarchie sous-jacente dans l’organisation spatiale des réunions, déterminée en fonction du rang au sein des autorités Indigènes et du sexe de la personne. Même si cela n’est pas écrit, chaque autorité a une place assignée et elle n’hésite pas à réclamer sa place si une autre personne est assise à cet endroit. La place occupée dans cet espace de dialogue est donc très importante pour les autorités, et par là même le respect de l’ordre hiérarchique en vigueur, où les femmes sont proches et indissociables de leurs maris, comme le veut la tradition andine du chacha-warmi, mais également clairement reléguées au second rang.


32
La relation de domination des hommes sur les femmes, particulièrement visible au sein des autorités indigènes, est souvent accentuée par le faible capital scolaire des femmes rurales et par le manque d’information dont elles disposent. Les hommes ont d’ailleurs tendance à les maintenir à l’écart du savoir, dans l’ignorance, afin de monopoliser les espaces d’expression du pouvoir. En juin 2013 à Curahuara de Carangas, les autorités indigènes locales se sont ainsi opposées à la constitution d’un groupe de la Confédération National des Femmes paysannes Indigènes Autochtones de Bolivie – Bartolina Sisa35. Cette soumission est rendue encore plus visible lorsqu’elle se manifeste depuis l’estrade, où convergent les regards. Les autorités montrent ainsi de manière forte auprès des habitants de la communauté comment doivent s’administrer les relations entre les genres.


33
On note une absence de pont entre les femmes et leurs autorités Indigènes féminines. Alors même qu’elles subissent la même domination, les femmes ne se défendent pas entre elles car elles peinent à affirmer un point de vue différent de celui de leur compagnon, ce qui engendre une reproduction de la subordination, dont elles sont victimes, accentuée par l’unité des autorités indigènes masculines, qui veillent à ce que cet ordre hiérarchique entre les genres reste inchangé. Les liens sont plus resserrés entre les hommes et leurs autorités masculines. Il peut arriver que certaines autorités indigènes masculines protègent un membre de leur famille. Ainsi les cousins, frères, oncles des autorités en cours jouissent d’une impunité plus importante que les autres et sont rarement sanctionnés dans des cas de violences contre leurs épouses. Ces cas sont fréquents dans une petite agglomération, où une personne est plus facilement la cousine, sœur de nombreuses personnes. Les instances masculines, telles que les autorités indigènes ou la police, utilisent toutes deux des mécanismes similaires de maintien d’un ordre qui viole les droits des femmes.


Justice communautaire vs justice individuelle

34
La justice indigène ne constitue pas un espace d’émergence des aspirations à l’égalité des sexes. A Curahuara de Carangas l’esprit communautaire de la justice indigène s’est affaibli depuis quelques décennies. La justice de la communauté est devenue la justice des autorités indigènes, où les femmes n’arrivent pas à faire entendre leur voix pour défendre leurs droits. Les récentes lois ainsi que leur couverture médiatique ont généré une augmentation des plaintes à Curahuara, même si, comme on l’a vu, rares sont les femmes qui osent dénoncer les violences qu’elles subissent. Les plaintes déposées auprès de la justice étatique s’orientent d’avantage vers la defensora, en seconde instance, après avoir tenté une réconciliation avec l’aide de la famille, les parrains de mariage36 ou encore avec des awatiris. La justice indigène à Curahuara de Carangas apparaît ainsi comme une forme de « pré-justice » conciliatoire, une première étape dans le processus juridictionnel.


35
La reconnaissance du droit collectif réaffirme le lien fort qui unit un individu à son groupe d’appartenance ; cependant elle apporte un ensemble de pratiques différentes qui se heurtent parfois aux normes déjà existantes. Ainsi Eduardo Rodriguez Veltze décrit une série de droits collectifs qui contrastent avec la traditionnelle conception du droit reconnu comme étant fondamental à l’individu. Ces contrastes peuvent générer certaines tensions à partir de l’innovation et l’application du droit collectif au sein des propres communautés, nations et peuples indigènes37 .


36
Lorsqu’il y avait toujours une hiérarchie entre la justice d’Etat et les justices indigènes, le droit individuel prévalait, ce qui n’est plus le cas depuis la promulgation de la Constitution Politique de l’Etat Plurinational de 2009, qui donne aux autorités indigènes autant de pouvoir qu’aux juges nationaux. Il semblerait cependant que l’Etat ait voulu privilégier les droits individuels des femmes dans les dernières lois promulguées, sans pour autant apporter des moyens qui permettent de garantir ces droits dans les communautés rurales indigènes : celles-ci se retrouvent donc dans une situation très floue, où les droits collectifs priment sur les droits individuels. La réconciliation contribue à légitimer la violence dans les communautés indigènes. Cependant, cette alternative est souvent la seule envisageable dans l’actuelle configuration de la justice bolivienne en zone rurale.


37
Les deux systèmes, aussi sexistes et violents l’un que l’autre, échouent à protéger les femmes. Le système global de justice s’adapte très mal à la réalité dans les communautés rurales indigènes. Alors qu’à Curahuara de Carangas les relations entre autorités indigènes et opérateurs de la justice nationale sont bonnes, on observe un manque de coordination inter-juridictionnelle, concernant le respect des femmes. Il n’y a pas de complémentarité entre justice indigène et étatique quant à la défense des femmes. Chaque opérateur intervient séparément dans ce domaine et il existe peu de dialogue entre la defensora, le policier et les autorités indigènes qui se renvoient les cas de violences l’un à l’autre sans que ne soit établi un cheminement juridique clair. La présence d’une multitude d’opérateurs complexifie le panorama d’accès à la justice, favorisant une utilisation indue de la justice par les femmes et une dilution dans la résolution des cas. Pourquoi les femmes qui osent porter plainte retirent souvent leurs demandes très rapidement ? S’agit-il d’une stratégie mise en place par les femmes pour faire pression auprès de leur conjoint dans un but de réconciliation, ou bien d’une défaillance de l’institution juridique nationale bolivienne qui ne permet pas aux femmes de maintenir leurs plaintes jusqu’au procès?


38
La justice comme institution étatique est devenue un espace où les victimes en demande de reconnaissance des violences qui leur sont faites, essayent de trouver du réconfort et de l’écoute, plus qu’une véritable neutralisation du problème. Devant le manque de réponses apporté par les justices, certains habitants de Curahuara, dans une démarche de réconciliation, s’orientent vers la paroisse de la communauté. Bien que n’appartenant à aucune instance juridictionnelle, la religieuse qui administre la paroisse se voit obligée de recevoir ces demandes et de tenter d’y répondre. Le recours à la paroisse est une preuve de l’inefficacité des institutions juridictionnelles boliviennes et du manque de confiance que les habitants de la communauté éprouvent vis-à-vis de leurs autorités. L’institution chargée d’appliquer le droit est avant tout sollicitée pour tenter de concilier des actes pourtant déclarés inconciliables par les lois du pays. On peut s’interroger sur la notion même de justice dans cette localité. L’institution de justice nationale dans les communautés altiplaniques boliviennes perd sa légitimité et son sens premier d’impartir justice pour se transformer en une entité de médiation, contribuant à favoriser la violence conjugale plus qu’elle ne la combat.


39
Les différentes justices, étatique comme indigènes, sont, en Bolivie, garantes d’un ordre social caractérisé par une forte domination masculine. La justice indigène n’est pas accessible aux femmes, tant par son fonctionnement que par les valeurs sociétales que cette institution véhicule. Alors qu’il semblerait que les femmes commencent timidement à dénoncer les violences dont elles sont victimes, la délimitation juridictionnelle pourrait donc évoluer en fonction des relations de force entre hommes et femmes.


40
Les femmes ont maintenant accès à certains espaces de représentation en Bolivie ; néanmoins, la hiérarchisation dans les rapports de genre reste très marquée dans les communautés indigènes boliviennes. La diversification des opérateurs de justice dans les communautés indigènes ne signifie pas une amélioration marquée de l’accès des femmes à la justice. Peu de femmes osent dénoncer les agresseurs et lorsqu’elles le font les institutions ne sont pas souvent en mesure de répondre à cette demande de justice, ce qui place les hommes dans une situation d’impunité, favorisant ainsi l’expression de la violence.


41
Les politiques décolonisatrices du gouvernement bolivien devaient permettre de connecter les institutions avec la société, afin que tous les boliviens puissent se rapprocher des institutions étatiques. A travers l’exemple des femmes dans la justice nous voyons clairement que cette connexion reste fragile. Les moyens destinés par l’Etat à l’application de la justice ne permettent pas une véritable pénétration de l’institution de justice dans les communautés rurales indigènes. Malgré les nouvelles normatives sur le sujet, il n’y a pas encore, à l’heure actuelle, dans les communautés indigènes rurales une véritable remise en cause des raisons profondes qui génèrent des violences aussi massives contre les femmes. La domination masculine est toujours perçue comme naturelle : « así siempre fue aquí »38 répètent souvent les femmes à Curahuara de Carangas.


42
Maria Teresa Sierra et Rachel Sieder observaient en 2010 que les Amérindiennes mexicaines coincées entre deux systèmes juridiques inefficaces, avaient du mal à protéger leurs droits dans la justice étatique comme dans la justice indigène. Ainsi dans certains pays latino-américains, comme l’Equateur ou le Guatemala, certaines Amérindiennes ont profité de la reconnaissance de la justice indigène pour exiger participation et défense de leur droit au sein de l’institution de représentation indigène locale39. La lutte pour la reconnaissance de la diversité culturelle s’est donc accompagnée, dans certaines régions de ces pays, de celle des droits des femmes. Les Amérindiennes guatémaltèques ou équatoriennes ont choisi de centrer leur lutte sur le système de justice indigène plutôt que sur celui de l’Etat.


43
En Bolivie, malgré les effets négatifs de la justice des autorités indigènes, en pratique, les femmes défendent souvent les systèmes juridiques locaux sans chercher à les améliorer. Malgré les flagrants abus commis par les autorités indigènes, les femmes autochtones continuent à situer leurs luttes dans le cadre revendicatif de l’identité ethnique. Les femmes indigènes boliviennes semblent avoir opté pour les questions culturelles, plutôt que pour les questions de genre. De fait les mouvements féministes peinent à générer une adhésion à leur lutte auprès des femmes indigènes, malgré l’importance des violences que ces dernières subissent. Pourquoi les femmes indigènes ne s’identifient pas aux théories féministes et les rejettent-elles si massivement ? Pourquoi défendent-elles un système qui leur est défavorable ? La réponse à ces questions est centrale dans l’articulation entre droits des femmes et pluralisme juridique.


44
Au-delà des considérations quant à la tendance des peuples d’origine préhispanique à défavoriser les femmes, qui estompent la complexité de cette question sous une compréhension figée de la culture, on observe que ces problématiques sont fortement liées à la capacité d’agir des femmes, ainsi qu’à la violence et le niveau d’intervention de l’État ou encore aux luttes entre les différents acteurs au niveau local. Comme le souligne Manuela Lavinas Picq, « le multiculturalisme, en réalité, est plus complexe qu’on a tendance à le croire. Les cultures ne doivent être ni naturalisées, ni considérées comme acquises : elles sont construites par des forces politiques qui ont bien, en cela, un objectif précis »40.


Notes

1 Néanmoins, les articles de la Constitution de 2009 incorporent cinq paragraphes sur la protection des droits des femmes. Dans l’article 15 de la nouvelle Constitution de 2009 figure en effet le droit des femmes à vivre sans violence physique, sexuelle ou psychologique.

2 Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, « Nous serons des millions, Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie », Paris, Raisons d’Agir éditions, 2008.

3 Movimiento al Socialismo, soit le Mouvement vers le socialisme, qui a porté Evo Morales à la présidence du pays.

4 Traduction suggérée de « indígena originario campesino », adjectifs désignant les différents peuples et nations reconnus dans la Nouvelle Constitution Politique de l’Etat Plurinational de Bolivie depuis 2009. Cette dénomination est très souvent utilisée pour nommer ces peuples et leurs pratiques, telles que la justice ou la médecine, depuis la promulgation de la nouvelle Constitution dans ce pays.

5 Christian Gros, « Pour une sociologie des populations indiennes et paysannes de l’Amérique Latine », Paris, L’Harmattan, 1997.

6 D’après la publication des institutions RED-ADA et CDIMA, « Feminicidio en diferentes contextos culturales », La Paz, 2012.

7 Source : vice-ministère bolivien de la femme de 2005.

8 L’intersectionnalité et la double exclusion des femmes issues de milieux marginalisés, un concept défendu par Kimberlé Crenshaw dans un article intitulé « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », paru dans la Stanford Law Review en 1991 concernant notamment les femmes noires aux Etats-Unis.

9 Curahuara de Carangas est une communauté où, d’après le recensement de 2012, 89 % des habitants s’auto-identifient aymaras et pour 40 % d’entre eux l’aymara est également leur langue maternelle. Cette communauté paraît donc intéressante à interroger concernant la thématique du genre et de la justice indigène, du fait de sa forte identité indigène, et également de par diverses activités de sensibilisation organisées par la municipalité contre la violence conjugale. La situation géographique et l’histoire de Curahuara de Carangas est également stratégique. Située proche d’un axe de communication frontalier, très fréquenté, cette communauté est visitée par de nombreuses ONG de tout type, qui véhiculent souvent le message des institutions transnationales, couramment inspiré par une réalité européenne, exogène aux pays. Cette présence étrangère est relativement récente dans l’histoire de la communauté, qui était restée isolée sous la période coloniale et républicaine, ne représentant pas d’intérêt économique majeur pour l’Espagne puis pour le jeune Etat bolivien (absence de gisement de minerais ou d’hévéa notamment). Un isolement qui a réduit les contacts avec l’extérieur de la communauté, permettant à ce territoire d’être moins influencé par la colonisation puis par la culture républicaine bolivienne.

10 Autorité indigène se réfère à l’instance, d’origine préhispanique, d’administration du pouvoir et de la justice. Cette fonction s’effectue en couple. Sur la base du chacha-warmi, c’est officiellement l’homme et la femme qui effectuent ensemble la fonction d’autorité dans la communauté.

11 Art. 2: Todas las jurisdicciones reconocidas constitucionalmente respetan y garantizan el ejercicio de los derechos de las mujeres, su participación, decisión, presencia y permanencia, tanto en el acceso igualitario y justo a los cargos como en el control, decisión y participación en la administración de justicia. (Traduction proposée : Art. 2 : Toutes les juridictions reconnues constitutionnellement respecteront et garantiront l’exercice des droits des femmes, leur participation, décision, présence et permanence, tant dans l’accès égalitaire et juste des fonctions qu’elles assument comme dans le contrôle, la décision et la participation dans l’administration de la justice.)

12 Meurtre d’une femme lorsque le mobile est fondé sur la condition de femme de la victime.

13 Source : rapport de la Defensoria del Pueblo de Bolivia, cité dans le rapport annuel 2013 du Haut-Commissariat sur les droits de l’Homme des Nations Unies en Bolivie.

14 D’aprés Marianela Agar Díaz Carrasco, « Desarrollo y chacha-warmi: lógicas de género en el mundo aymara », Revista Casa de las Americas, 2010, vol. 258, p. 13.

15 D’après Ximena Medinacelli dans « Turco Marka : hombres, dioses y paisaje en la historia de un pueblo orureño : historia - arqueología - arquitectura », paru en 2012, Instituto Estudios Bolivianos-IEB, La Paz, la marka est l’unité territoriale intermédiaire entre une province ou chefferie locale et les ayllus. Une marka regroupe donc plusieurs ayllus.

16 L’ayllu est la base de la structure sociale andine. Il regroupe plusieurs familles qui se considèrent comme descendants d’un lointain passé commun, qui travaillaient de forme collective dans un territoire. A l’époque incaïque l’ayllu était la base de la société, le dernier échelon de l’administration étatique.

17 Le control vertical de niveaux écologiques maximum est un concept élaboré par John Murra en 1975 dans son ouvrage « Formaciones económicas y políticas del mundo andino », paru à l’Instituto de Estudios Peruanos de Lima. Ce concept peut être défini par l’union d’une population andine nombreuse dans un tout socio-politique uni-contrôlé depuis un noyau altiplanique. On parle alors de zones symbiotiques structurales depuis la zone altiplanique jusqu’aux vallées microtermiques occupés de chaque côté des Andes. Les Andes sont comme une mosaïque écologique, le contrôle vertical consiste alors à unir au sein d’une organisation économique plusieurs milieux écologiques.

18 Chaque unité géographique de l’ayllu est appelée zone ; même si elle ne renvoie pas à une identité propre les zones sont importantes dans la gestion administrative du territoire.

19 La sayaña peut être définie comme un droit propriétaire aymara, non seulement à la propriété individuelle de chacun mais aussi aux devoirs collectifs, communautaires de chaque personne au sein d’un ayllu. Chaque membre de la communauté doit accomplir les obligations collectives au risque de perdre sa sayaña. Le fait d’assumer des responsabilités au sein de la communauté permet d’assurer son droit de propriété ainsi que son adhésion à la communauté. Refuser une responsabilité ou une nomination en tant qu’autorité indigène peut entraîner l’expulsion d’un individu de sa communauté et l’expropriation de terres appartenant à sa famille.

20 On peut même se demander si cela a été le cas un jour.

21 D’après l’Office des Nations Unis contre la Drogue et le Crime (ONUDC) la Bolivie a un taux d’homicide, en 2011, de 7,7 sur 100.000 habitants), bien au-dessous de la moyenne régionale ou certains pays comme le Colombie ou le Venezuela connaissaient un taux d’homicide supérieur à 30 voire 40 sur 100.000 habitants. D’après l’indice de paix globale (Global Peace Indice), qui classe les pays selon leurs degrés de pacifisme, en 2011, la Bolivie, qui possède un faible taux d’implication dans un conflit armé, se situe dans la moyenne mondiale, comme le 76e pays le moins violent (sur un total de 152 pays).

22 Source : Organisation Panaméricaine de la Santé et les Centres pour le Contrôle et la Prévention des Maladies des Etats-Unis, avec l’appui technique du programme américaine d’Aide aux Pays en Développement à travers le monde dans la collecte et l'utilisation de données (MEASURE DHS) ainsi que d’ICF International.

23 Nous avons effectué une enquête approfondie à Curahuara de Carangas, durant laquelle nous avons interrogé les différents opérateurs de justice qui traitent les violences contre les femmes (defenseure de l’enfance, de l’adolescence et des femmes, juge d’instruction, policier, autorités indigènes masculines et féminines), les femmes (notamment les membres de la coopérative d’artisanes de Curahuara) ainsi que divers acteurs qui jouent un rôle dans le traitement de ces violences (centre de santé de la communauté, conseillers municipaux). En plus des quatorze entrevues réalisées nous avons participé à différentes activités, notamment « Jóvenes, generando alternativas innovadoras para implementar la ley 348 en nuestro municipio », réalisée à l’initiative de la Municipalité, où les jeunes de la communauté présentaient la violence contre les femmes ainsi que des solutions pratiques pour lutter contre ce phénomène.

24 Traduction suggérée: chargée à la protection des femmes. Le nom usuel de cet emploi ne rend pas compte de la totalité de la mission qui lui ai attribuée. La personne appelée communément defensora de las mujeres dans le village est en charge de défendre les femmes mais aussi les enfants et les adolescents.

25 Source: recensement bolivien de 2001.

26 D’après Elena Crespo dans « Feminicidio en comunidades rurales de Bolivia », La Paz, RED-ADA, 2007, p. 25.

27 Ce qui exclut la réconciliation pour des cas de viols par exemple.

28 D’après Pierre Bourdieu dans « La domination masculine», Paris, Seuil, 1998.

29 Tous sexes confondus et indépendamment du fait qu’ils soient membres d’une organisation politique locale (municipalité ou Autorité Indigène).

30 Tradution sugérée de « no hacer problema con esposo ». Parole recueillie lors d’une interview auprès d’une femme à Curahuara.

31 Traduction suggérée : « les personnes humbles, on les humilie, sans mot ils sont. [Question posé à l’interviewée : Vous parlez des femmes ?] Oui, parce que non, ils nous écoutent pas, quand on demande la parole ils nous la donnent pas, ils nous donnent pas d’espace. Dans le village ce sont plus les hommes… Ils nous humilient, ils nous accordent pas de valeur, ils nous écoutent pas ».

32 Traduction suggérée : « Le viol parfois peut être sexuel, parfois il est juste parce qu’on se dispute. Il existe deux ou trois formes de viols. Le viol sexuel, et l’autre quand on se dispute, quand on se dit lors de dispute : tu es comme ça ».

33 Comme nous l’avons vu précédemment l’évocation du chacha-warmi attire notamment l’attention sur les valeurs de complémentarité et d’égalité entre hommes et femmes au sein d’un couple, sans apporter d’éléments de compréhension concernant la violence commise envers les femmes.

34 En se basant sur les différents niveaux d’administration du territoire aymara (marka/ayllu/communauté), il existe trois niveaux au sein des autorités indigènes, les plus importants sont les Mallkus, ensuite interviennent les Awatiris (également appelé Tamanis ou Jillakata) et enfin les Sullkas. Les Tatas Mallkus, Tata Awatiris et Tata Sullkas sont les autorités masculines alors que les Mamas Th’allas, Mamas Awatiris et Mamas Sullkas désignent les autorités féminines. Les premiers étant souvent les époux de ces dernières.

35 La Confédération National des Femmes Paysanne Indigènes Autochtones de Bolivie - Bartolina Sisa (CNMCIOB-BS) est une organisation de femmes, créée en 1990, pour favoriser la participation politique de femmes issues des communautés indigènes rurales.

36 Lors d’un mariage il est d’usage en Bolivie de designer deux parrains, qui seront les conseillers du couple durant toute leur vie. Lorsqu’il y a un conflit, ils sont les premiers à intervenir.

37 Eduardo Rodríguez Veltzé, « Ley de Deslinde Jurisdiccional - Derechos individuales y colectivos », in. Eddie Cóndor Chuquiruna (coord.), Los Derechos individuales y derechos colectivos en la construcción del pluralismo jurídico en América Latina », La Paz, Garza Azul, 2011.

38 Traduction suggérée : « ça a toujours été comme ça ici ».

39 Cf. Manuela Lavinas Picq, « Porter le genre dans la culture : femmes et interlégalité en Équateur », Cahiers du Genre, 2013, vol. 54 et Rachel Sieder et Morna Macleod, « Género, derecho y cosmovisión maya en Guatemala », Desacatos, 2009, vol. 31, p. 51-72.

40 Manuela Lavinas Picq, ibidem.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mer 23 Déc - 9:03


bon et beau texte, qui décape, quand d'autres ne se préoccupent que de dévoiler : quoi, au juste ?


Mon féminisme vous parle Nora Kervroëdan 20 déc. 2015

Mon féminisme s'assoit à son bureau. Il prend un stylo. Il fixe une page blanche et s’apprête à la noircir. Il sent un sourire se poser sur ses lèvres. Il prend une grande respiration. Mon féminisme vous parle et il vous dit : « L'égalité, c'est bien. La liberté, c'est mieux ».

Citation :
« Féminisme, ça veut dire égalité ».

Oui, mais... Et si l'égalité n'était pas un féminisme ? Et si le féminisme n'était pas qu'une égalité ? Et si vos vérités n'en étaient pas ? Et si votre égalité ne me plaisait pas ? Vous, vous choisiriez quoi ? Une figure utopique, une asymétrie aux neuf lettres tranchantes ou un heptagone, une figure fixe aux sept lettres symétriques ? Un rêve infini ou une opportunité limitée ? Faire rentrer un cercle dans un carré. Dire oui quand on veut dire non. Mettre de l'ordre dans un chaos lourd de sens. Simplifier pour museler. Politiser le transcendant, en faire un complément complice de l'injustice régnante. Mais... Féminisme, ça veut dire liberté. Vous choisiriez quoi, vous, entre leur égalité et notre Liberté ?

Citation :
Être égaux ? Certes. Et après ?

2050 : les femmes et les hommes ont les mêmes salaires. Il y a autant de femmes que d'hommes en politique. Tout semble aller bien au pays des merveilles.

Flash news de 2050 : le sexisme existe toujours. Le racisme aussi. Le système semble être le même qu'avant.

« Quoi ? Ah bon ? Comment est-ce possible ? Qu'est-ce-que c'est que cette merde ? C'est impossible. Mais voyons, la loi dit que... ».

Nora de 2050 (un peu vieille, un peu ridée, un peu blasée) : bah oui, c'est ce que je disais.



Question : quand vous êtes couchés le soir, quand vous regardez le plafond en imaginant les étoiles qui s'y fondent, quand vos pensées font plus de bruit que le noir de la nuit, vous imaginez quoi ? Quand vous vous réveillez en pleine nuit, le regard enfermé dans un épais brouillard, quand la lumière de la lune se fait entendre comme un léger sifflement, vous imaginez quoi ? Quand vous êtes dans cet espace, votre espace, cette chambre à soi, vous imaginez quoi ? Quand votre imagination sent sa créativité se décupler, qu'imagine-t-elle ? Quand vous la suivez sur la pointe des pieds, qu'est-ce-que vous trouvez ? Quand vous voyagez sans contrainte, qu'est-ce-que vous voyez ? Quand vous visualisez l'après, quand vous dépassez l'autocensure, quand vous osez rêver, qu'est-ce-que vous attendez, entendez, pensez ?

« Une féministe qui critique l'égalité, ça existe ça ? »

L'égalité, aujourd'hui, est un égoïsme symétrique. 1=1. 2=2. 3=3. Mais le 1 restera un 1. Le 2 sera un 2. Le 3, aussi, est condamné à refléter un 3. La symétrie est un système : briseur de complication, casseur de diversification, annulateur de différenciation ; créateur d'identités fixes, inventeur de frontières fictives, pourvoyeur de destruction. L'égalité, telle quelle, est une symétrie est une superficialité est une fraude. L'égalité, lorsqu'elle vient d'en haut, est un emballage vide, une horizontalité malsaine qui se déplace sélectivement sur des rails désertées par la Liberté. Au-delà des rails, là où la Liberté s'est exilée, il y a un puits de diversité, une rivière de complexité, une terre d'identités non définies remplies de rêves infinis, un océan d'asymétries, un ouragan de Je Suis Libre.

Oh mais méfiez-vous, la Liberté n'est pas politique. La liberté politique qu'ils vous offrent est un cadeau empoisonné. Être politiquement libre et crever de faim au coin d'une rue, le regard figé sur les chaussures qui fluctuent sur le pavé parisien. Être politiquement libre et ne pas avoir assez d'argent pour nourrir ses enfants. Être politiquement libre, toujours emprisonné par le temps. Être politiquement libre et pourtant. Oh mais méfiez-vous, avoir le droit de crever n'est pas une liberté. La Liberté est hors la loi. Elle emmerde ceux qui ont le pouvoir en y prenant plaisir parce que la Liberté est un peu joueuse, un peu sarcastique, un peu provocatrice. La Liberté, elle frappera à votre porte jusqu'à ce que vous daigniez ouvrir. Et si vous n'ouvrez pas, elle enfoncera la porte. Et cette porte, elle la laissera ouverte parce qu'elle sait que d'autres sont assis dans le couloir en train de bouquiner dans le noir. Sur son dos, vous verrez, la Liberté porte l’Égalité. La Justice marche derrière elle comme un enfant sage. Et là, cette petite gamine qui lui tient la main, c'est la Démocratie, la vraie, celle qui ne demande qu'à grandir. Mais l'égalité, vous savez, elle ne porte qu'elle. Égoïste ? Bah oui.

Regardez dans le miroir. Regardez dans vos yeux, ce petit univers nommé pupille. Traversez cet univers et laissez-vous tomber dans ce trou noir. Regardez ce qui se passe à l'intérieur, observez la mécanique qui s'y installe. Vous voyez les œillères que le système visse à votre cerveau ? Arrachez-les. Vous voyez les opinions qu'une main puissante vous fait penser ? Arrêtez-les. Vous voyez les décisions que cette voix vous incite à prendre ? Annulez-les. Vous voyez cet interrupteur ? Oui celui-là, derrière la poussière nommée Éducation nationale, rallumez-le. Vous voyez cette lumière enfantine que vous aviez perdue de vue quand vous avez grandi ? Suivez là. Et ces livres ? Ouvrez-les. Sortez du trou noir. Regardez à nouveau dans le miroir. Vous voyez ce qu'il dit maintenant ? Il dit « la liberté est un état d'esprit ». Il dit « méfiez-vous de leurs mensonges ». Il dit « la révolution est un travail sur soi ».

Radicale ? Ras-le-bol. Racines. Ronces. Troncs. Médicale. Médicalement malade. Radicalement. Soulèvement. Rarement. Parfaitement. Symboliquement... Mon féminisme est un arbre aux racines radicalement plongées dans une liberté qui fait (re)naître la vie. Je suis radicale, oui.

« Radical simply means grasping things at the roots », dit Angela Davis. Et alors mon utopie, cet être en mouvement, ce souffle permanent qui suit le va et vient constant de ma respiration, se tint debout glorieusement, le regard menaçant et entraînant, dans l'espace gigantesque de ce murmure révolutionnaire. Et mon féminisme dit :

Citation :
« je veux arracher la racine de ce système, je veux la briser, la déchiqueter, la piétiner. Et puis quand la racine ne sera plus, je veux (re)construire un idéal avec, comme disait Nabokov, la passion d'un scientifique et la précision d'un poète. Un idéal de l'imagination, un espace de liberté, libertaire, libérateur. Je veux parce que je suis un chamboulement, un éboulement de revendications. Je veux car je suis une utopie aux racines bien réelles, je veux car je suis le rêve d'une jeune femme radicalement révoltée contre les racines pourries d'un système d'oppressions ».

« Bon alors, vous venez ? » dit la Liberté. Et mon Féminisme, mon Utopie, mon Rêve et moi, on se mit à marcher, à rigoler, à danser. Derrière nous, on entendit des voix crier « attendez ! », alors on répondit : « courez ! »



Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Jeu 24 Déc - 5:10



Palestine : les droits des femmes, otages de l’occupation  Chloé Rouveyrolles, Correspondante à Ramallah 14 décembre 2015


Lors d’une manifestation contre les colonies israéliennes, à Nabi Saleh,
près de Ramallah, le 4 septembre. Photo Mohamad Torokman. Reuters
 
Plus diplômées que les hommes et émancipées avant leurs voisines, les Palestiniennes sont victimes du conservatisme de leur société

Chloé Rouveyrolles a écrit:
Nabi Saleh est un tout petit village de Cisjordanie connu pour être celui du clan Tamimi. Ses héritières ne manquent jamais à l’appel lors des manifestations contre la colonie israélienne voisine, chaque vendredi ou presque. Elles sont ainsi devenues des héroïnes pour tous les Palestiniens. L’une d’elles, Manal Tamimi, habite une grande maison en bordure du village. On y remarque d’abord l’aquarium aux poissons exotiques, puis on est frappé par les nombreux portraits de Yasser Arafat accrochés aux murs. Petite, en voyant sa mère coudre des drapeaux palestiniens et ouvrir sa porte en pleine nuit à des militants en fuite, Manal Tamimi avait décidé qu’elle aurait, elle aussi, son rôle à jouer dans le combat contre l’occupation. Elle a depuis été blessée plusieurs fois par les tirs de l’armée israélienne. L’histoire de la dynastie ne s’arrête pas là. En août, les images de sa nièce, Ahed Tamimi, 14 ans, mordant un soldat israélien qui immobilisait son frère à terre, ont fait le tour du monde. La relève est assurée.


hors article

Citation :
Ahed Tamimi est la fille de l'instituteur du village de Nabi Saleh (600 habitants) en Cisjordanie. Vous la voyez tout d'abord manifester contre l'occupation israélienne en août 2012, puis recevoir le Prix Hanzala du courage en Turquie en décembre 2012. Son papa assure le rôle de coordinateur du Comité de résistance populaire de Nabi Saleh. C'est la raison pour laquelle il a été détenu huit fois dans les prisons israéliennes pour une durée totale de cinq ans.


De Leïla Khaled, connue comme la première femme terroriste à avoir détourné un avion de ligne en 1969, à Hanan Ashrawi, universitaire et première femme élue au Conseil législatif palestinien, la femme palestinienne fait partie du décorum d’une lutte de plus de cinquante ans. Des femmes fortes, la société palestinienne n’en manque donc pas. Pourtant, bien des féministes palestiniennes fustigent un système oppressif insistant souvent sur la dépendance financière des femmes aux hommes. Selon une étude de l’organisation de défense des droits des Palestiniens Al-Shabaka, en 2014, à peine plus de 19 % de la main-d’œuvre palestinienne était féminine, quand les femmes représentent 25 % de la force de travail dans le reste du monde arabe. Samia al-Botmeh, l’économiste qui a conduit l’étude, affirme même que «les femmes palestiniennes ont moins accès au marché du travail que les femmes saoudiennes, qui vivent pourtant dans une société plus conservatrice et religieuse».


Patriarcat et colonialisme

Cette étude révèle un autre paradoxe. Les femmes sont plus touchées par le chômage que les hommes malgré un niveau d’études supérieur. Le bureau de statistiques palestinien montre d’ailleurs que, depuis près de quinze ans déjà, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à sortir diplômées de l’université. «C’est tout simplement la conséquence de l’occupation israélienne. Les femmes qui, dans les pays en développement, sont généralement employées dans les secteurs de l’agriculture et de la manufacture trouvent moins de travail, car Israël distribue largement ses produits de consommation dans les Territoires palestiniens et, en conséquence, ces secteurs de l’économie palestinienne sont atrophiés. Les Palestiniennes trouvent davantage de travail dans les services, mais elles sont souvent trop nombreuses à postuler pour peu de places. Ce n’est absolument pas culturel, puisque le pays est moins conservateur et religieux que d’autres pays arabes dans lesquels les femmes ont davantage d’opportunités», décrypte Samia al-Botmeh.

La chercheuse n’est pas la seule à pointer la responsabilité de l’occupation dans le plafond de verre imposé aux femmes. Le 24 octobre, un groupe d’associations de femmes palestiniennes de Jérusalem-Est demandait à la communauté internationale son assistance immédiate pour protéger les femmes et les filles «particulièrement vulnérables» alors que les violences entre Israéliens et Palestiniens se multiplient depuis la fin de l’été. L’auteure de la déclaration est une spécialiste reconnue de la violence militaire contre les femmes en zones de conflit. Enseignante à l’Université hébraïque de Jérusalem, Nadera Shalhoub-Kevorkian rappelle depuis plusieurs années que les droits des femmes et leur évolution en Palestine sont indissociables du combat contre l’occupation. Selon elle, les deux dynamiques s’entretiendraient pour créer des formes d’oppression complexes mêlant patriarcat et colonialisme. Le texte a été largement commenté, notamment par des travailleurs sociaux en Palestine, soulignant que les femmes sont les premières à absorber les traumatismes psychologiques liés aux conflits et que leurs droits reculent à chaque vague de violences.

D’autres ont nuancé les liens entre occupation et droits des femmes. Zaida Catalán forme plusieurs corps administratifs palestiniens aux questions du genre. Depuis plus d’un an, elle sillonne la Cisjordanie sous la bannière d’une organisation européenne, Eupol Copps, et elle est habituée au discours qui blâme Israël pour les violences faites aux femmes : «Le destin national est certes la priorité des Palestiniens, mais c’est aussi l’un des arguments parfois utilisés comme excuse pour ne pas soutenir plus franchement l’émancipation des femmes malgré les moyens disponibles et les nombreux problèmes liés à ces questions, que ce soit en termes de violences, de discrimination, de justice…»


Voile et cigarette

Alors pourquoi les femmes rejoignent-elles la «résistance» ? Habituée des confrontations avec l’armée israélienne et commentatrice de l’actualité palestinienne pour de nombreux médias (New York Times, Huffington Post…), Mariam Barghouti estime que, pour les femmes, «rejoindre les manifestations est un acte d’abord citoyen et non féministe, car les femmes souffrent tout autant que les hommes de l’occupation». Pourtant, elles restent minoritaires dans les manifestations. La plupart cachent leur visage et avouent que c’est autant pour se cacher des autorités israéliennes que de celle de leurs parents. «Je ne veux pas que quelqu’un aille dire à mon frère qu’il m’a vue ici, sinon on va m’enfermer chez moi», dit une jeune manifestante de Nabi Saleh.

Manal Tamimi, pasionaria de la cause nationale, entend ces témoignages avec colère. «On devrait combattre la mentalité conservatrice palestinienne avec la même force qu’on combat l’occupation», résume cette mère de famille qui emmène souvent ses deux filles aux rassemblements. Shadha Zeidya est elle aussi engagée et vient d’un village à peine plus grand que Nabi Saleh, plus près de Naplouse. A 31 ans, elle n’est pas mariée et ses parents, communistes depuis toujours, ont presque abandonné l’idée. «Ils sont fiers de mon engagement avec l’Initiative nationale [parti créé en 2002, ndlr], mais ce n’est pas une vie facile, ni pour eux ni pour moi, car les gens ont toujours quelque chose à dire dans ce pays. A certains endroits, c’est parce qu’on porte un jean, à d’autres, c’est parce qu’on veut aller jeter des pierres sur les soldats», dit-elle en réajustant son voile avant d’allumer une cigarette. Très occupée ces dernières semaines par une campagne de boycott des produits israéliens, elle a surtout suivi les manifestations sur les réseaux sociaux. Elle connaît bien des filles qui ont rejoint les affrontements : «Ce sont souvent des lycéennes ou des étudiantes, c’est une nouvelle génération de militantes qui sent que les choses sont peu à peu en train de changer pour les femmes.»

Née en 1989, la chanteuse Mais Shalash a récemment sorti un énième hymne à la résistance féminine. Elle y vante sa grand-mère vendant ses bijoux pour acheter un revolver et, dans le dernier couplet, invite ses cadettes à soutenir les hommes dans leur combat contre l’occupation. On entendra peut-être bientôt le tube sur le campus de l’université de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie. L’armée israélienne y a effectué plusieurs raids ces derniers mois et les étudiants y manifestent presque quotidiennement. Plus d’une dizaine d’entre eux ont déjà été blessés. Parmi les plus mobilisés, Hanan Khadori, étudiante en chimie de24 ans, promet pour sa part qu’elle ne faiblira pas et qu’elle continuera à rejoindre les manifestations avec ses camarades. D’autres, plus jeunes, l’ont déjà rejointe.

Chloé Rouveyrolles Correspondante à Ramallah  


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mer 30 Déc - 18:11


un cadeau de Noël !

en cette fin d'année, voilà qui fait fichtrement plaisir



Critique du féminisme universitaire durerealite  10 décembre 2015

Publié ailleurs est une chronique dans laquelle nous vous présentons des articles déjà parus dans d’autres médias, mais que nous trouvons néanmoins pertinents à republier. Celui-ci provient de la section Montreal Sisterhood du fanzine Casse Sociale de mai 2015, édité par RASH-Montréal.



Crédits : Zola, street artist, Montréal

Citation :
Le Montreal Sisterhood est un collectif composé de femmes provenant d’une diversité de milieux, ayant des parcours et expériences très différentes l’une de l’autre. Notre objectif est de politiser les femmes de nos scènes contre-culturelles tout en assurant une présence féministe dans le milieu antifasciste et les contre-cultures. Nous sommes féministes radicales, mais nos réflexions politiques ne sont pas toutes au même niveau et nous ne sommes pas toutes d’accord sur certains sujets. Toutefois, nous avons toutes un point en commun : nous voulons attaquer les démonstrations concrètes du sexisme dans notre quotidien et ce par une diversité de moyens. Étant confrontée à des réalités différentes, nous croyons que c’est cette diversité qui fait la force de notre groupe.

Lorsque nous avons créé le collectif, il y a maintenant 5 ans, nous nous sommes vite rendu compte que les autres groupes féministes évoluent davantage dans le milieu académique. Même si nous ne sommes pas issus de ce milieu, nous avons fait des soirées de réseautage afin de créer des liens entre nous. Mais nous avons observé rapidement qu’il y avait parfois un fossé flagrant entre nous et les autres. Nous avons différentes façons de lutter, de s’exprimer, de réfléchir ou même de militer. Nos stratégies de luttes doivent s’inspirer l’une des autres et être complémentaire, pas le contraire.

Cette réflexion a commencé lorsque des membres du groupe, qui sont aussi étudiantes, ont exprimées le fait qu’elles ne se retrouvent pas souvent dans le féminisme universitaire. En effet, celui-ci est peu accessible et gagnerait davantage à être ancré dans la réalité plutôt que dans la théorie.


Pour nous, être féministe, ce n’est pas forcément de connaître des auteur.e.s, ni des théories, ce n’est pas étudier en études féministes, mais plutôt de simplement reconnaître l’oppression patriarcale et désirer abattre celle-ci. Depuis des années déjà, nous sentons un rapport de pouvoir entre les féministes ayant beaucoup de connaissances théoriques s’organisant en milieu universitaire et les autres
.

Il arrive que nous sentions une pression, qu’on s’attend de toutes les féministes qu’elles maîtrisent des concepts qui ne sont pas accessibles à toutes, on s’attend à ce qu’on ne fasse pas d’erreur, et que l’on réponde à un modèle spécifique de féminisme. Sinon le mouvement féministe au complet risque de te ramasser. Les critiques fusent de tous les bords, la compétition est forte. Pour avoir des alliées, certaines ont l’impression de devoir devenir ce qu’elles ne sont pas, de devoir tout connaître pour pouvoir participer à des discussions sans avoir honte de ses opinions ou de ses idées. Les rapports de domination sont tellement ancrés que certaines féministes ne se sentent pas confortable dans certains endroits, activités, etc.

Par ailleurs, le fait de posséder des savoirs théoriques et d’étudier à l’université est en soi une forme de privilège. Les féministes universitaires oublient souvent qu’en ce sens elles sont privilégiées et que leur langage, leurs théories sont le résultat de leur place dans la société et des rapports de classes qui y subsistent. Les discussions et le militantisme qu’elles prônent ne sont donc pas accessibles à toutes, les lectures qu’elles font, les écrits qu’elles produisent sont réservés aux personnes de leur classe. Dans cette optique, elles reproduisent une forme d’élitisme au sein même des milieux féministes. Nous croyons tout de même qu’il est important de diffuser les savoirs et nous ne remettons pas en question le partage de connaissances, mais plutôt les façons de le faire. Cet élitisme dont nous parlons se réfère à une intellectualisation des concepts et des vécus.


Le milieu universitaire est particulier. Des femmes majoritairement blanches, aisées financièrement, hétérosexuelles, travaillent sur des sujets tels que les femmes immigrantes, les femmes marginalisées, les femmes en situation précaire, etc. Trop peu d’entre elles vivent la réalité et les conditions matérielles du croisement des oppressions de leurs « sujets ».

Il est facile du haut de cette position avantageuse, voire privilégiée de pouvoir critiquer les façons de faire des autres. En plus d’avoir des rapports de pouvoir marqués par les connaissances, plusieurs professeures ou chargées de cours ont des relations privilégiées avec des étudiant.e.s et ne reconnaissent que très peu ce même rapport de pouvoir qui est habituellement dénoncé.

Il est important de reconnaître la diversité, il est important d’être solidaires. Même si nous avons des postulats communs, nos moyens d’action ne sont pas les mêmes et il est important de les respecter. Il faut cesser ces relations compétitives, il faut cesser de chercher chez nos camarades féministes des failles qui pourraient prouver qu’elles ne sont pas « tight ».

Nous avons réalisé que pour nous, ce qui est le plus important, ce n’est pas de pouvoir réciter la théorie infaillible parfaitement mais d’être capable d’appliquer les actions concrètes qui découlent des explications théoriques dans notre quotidien. Soyons solidaires, embrassons la différence, car c’est en travaillant ensemble que nous pourrons créer un réel rapport de force.

Montreal Sisterhood


- Dis maman, c'est loin, le Québec libre !

- Tais-toi, mon chou, et nage...


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Jeu 7 Jan - 23:21


Collectif féministe non mixte de Montpellier "Les Tricoteuses en Furie"
Féminisme marxiste queer décoloniale ( Race/ Classe/ Sexe)


C'est de cette guerre dont parlait Valls ? Une guerre faite au peuple !

COMMUNIQUE DE PRESSE + conférence de presse
A propos de la mère de famille tabassée par la police à Pantin. Agression dont la vidéo circule

Citation :
Lundi 14 décembre 2015, à Pantin, dans le quartier Auger, Zahra Kraiker, 45 ans, mère de famille de 4 enfants et travailleuse sociale à la mairie de Paris, rentre de son travail aux alentours de 14 H 45.

Approchant de son domicile, elle aperçoit son fils Bilal, 18 ans, à genoux et hurlant de douleurs. Elle apprend ainsi de sa bouche que, suite à un contrôle d’identité, il vient de subir un passage à tabac et que les policiers l’ont abandonné sans soins sur le bitume. Touché aux testicules, sa mère le conduit aussitôt à l’hôpital pour qu’il puisse être hospitalisé d’urgence. Les examens médicaux révèlent l’écrasement d’un testicule avec formation d’un hématome, suite à un violent coup de genoux porté par un des policiers. Il est alors hospitalisé et opéré sur le champ dans la nuit du 14 au 15, à 3 heures du matin.

Le mardi 15 décembre, à sa sortie de l’hôpital à 18 heures, et comme le permet la loi, Bilal se rend avec ses parents pour porter plainte au commissariat de Pantin dont sont issus les policiers incriminés. Ils essuient un refus d’enregistrer la plainte et se voient forcés d’aller porter plainte dans un commissariat du 19ème arrondissement.

15 jours après, le 26 décembre 2015, Zahra Kraiker est dans son appartement lorsqu’elle entend une forte déflagration venant de l’extérieur. Inquiète, elle regarde par la fenêtre et demande aux jeunes présents au pied de l’immeuble ce qui a bien pu se passer. Les jeunes lui apprennent que son fils Bilal vient d’être arrêté, menotté et enfermé dans une voiture de police.

Prise de panique au regard notamment de l’état de santé de son fils, pieds nus, elle descend au bas de l’immeuble pour s’enquérir d’elle-même de ce qu’on vient de lui apprendre. Malgré ses demandes réitérées cordialement pour connaître les motifs de son arrestation, elle est prise à partie par les policiers et la passent aussi à tabac en l’aspergeant de gaz lacrymogène.

Wassil, un de ses fils âgé de 15 ans et demi, arrivant sur les lieux, assiste traumatisé au tabassage de sa mère. Alors qu’il leur demande d’arrêter, il se voit subir à son tour un passage à tabac.

Depuis, Wassil et Bilal, ainsi que 4 autres jeunes mineurs, ont été placés en garde à vue.

Dans le contexte actuel de multiplications des abus policiers, au moment où l’expression d’une parole raciste se libère ouvertement, face à cette situation tragique qui vient injustement frapper une famille qui vivait jusque-là tranquille, honorablement et sans aucun problème à Pantin, alors que des rumeurs courent déjà pour salir la réputation et la dignité d’une femme qui n’a rien à se reprocher, la famille Kraiker organise une conférence de presse le Mercredi 30 décembre 2015, au 21 rue Auger à Pantin, à 16 heures afin d’informer en détails des événements survenus et annoncer la création d’un Comité de soutien des Amis de la famille Kraiker afin que vérité et justice soient faites quant aux préjudices qu’ils viennent de subir à vie.


blog en relation, sur Montpellier

Scandale 34
Féminisme, antifascisme, anticolonialisme, antiracisme, LGBTQI...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Jeu 14 Jan - 8:45



Hanane Karimi : De l'enjeu de se diriger vers une société plus juste 12 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Hanane Karimi, chercheuse en sociologie, porte-parole des Femmes dans la Mosquée et membre du Collectif des Femmes pour la Marche de la Dignité à l'origine d'une grande manifestation en octobre 2015 à Paris.


Les attentats qui ont secoué la France en 2015 ont marqué un véritable tournant politique. Ces attentats nous ont montré que la France est inscrite dans une géopolitique guerrière qui se joue aussi sur son territoire.

Hanane Karimi a écrit:
Je nuancerai tout de même le contenu politique des deux attentats : ceux de janvier, de par ses auteurs, renvoient à la politique intérieure de la France, à la relégation et à la misère sociale, à la détresse et à la violence que celles-ci peuvent engendrer chez des Français. Et on peut se poser la question de savoir quels sont les parcours qui mènent à cette violence extrême.

Les attentats de novembre renvoient, quant à eux, à une dynamique internationale dès lors que la France s’est inscrite dans la guerre en Syrie en menant en septembre 2015 ses premières frappes aériennes en Syrie. Ces attentats sont une résonance macabre de ce qui se passe là-bas, sous une autre forme.

La principale leçon que je tire de cette année 2015 est que notre système politique est sourd aux leçons tragiques que devraient permettre ces événements. Elle a brandi la liberté d’expression puis la culture française comme cibles des attentats. Or, la question est avant tout politique. Le gouvernement a choisi des réponses inadaptées, populistes et dangereuses pour la démocratie : la laïcité radicale, l'état d'urgence, les droits élargis de la police. Le pays a plongé dans un système plus sécuritaire, plus violent et moins démocratique, ce qui est très inquiétant pour l’avenir du pays.


Se diriger vers une société plus digne

De facto, l’engagement politique sous toutes ses formes est une nécessité pour changer la société. Il n’existe pas qu’une manière de faire de la politique mais mille manières de la réinventer. Ainsi, on peut penser les solidarités locales parce que, sous couvert de sécurité nationale, les citoyens musulmans n’ont par exemple jamais autant eu peur pour leur sécurité individuelle.

Depuis l'instauration de l'état d'urgence, ceux sont des voisin-e-s, des ami-e-s, des proches qui ont été les cibles de perquisitions abusives. Des perquisitions qui n'ont que peu de fondements mais qui instaurent un climat de suspicion et de peur.

Face à ces dérives, il faut recréer du sens, de la solidarité : être présent auprès de ces personnes et dénoncer les abus de l'état d'urgence et de la police. Mais au-delà, je pense qu'il faille se rapprocher des sans-droits (réfugié-e-s, migrant-e-s, exilé-e-s politiques) pour appréhender ce que la politique fait, qu'elle soit internationale ou nationale.

J’ai malheureusement constaté que le dialogue ne prend pas entre groupes sociaux différents. Les différents événements citoyens auxquels j’ai participé ont montré les limites d’une mise en scène démocratique. Il y a trop de préjugés et de colère de part et d’autre. Des solutions existent, comme celle de proposer des actions politiques fortes, comme nous l’avons fait à la Marche de la Dignité, ou de constituer un mouvement anti-guerre qui rappelle que nous ne concéderons aucunement notre liberté et notre dignité pour des enjeux guerriers que nous n’avons pas choisi. Peut-être qu’alors, un dialogue pourra s’amorcer car l’enjeu est une société plus juste et plus digne pour tous.


PS, une de mes photos, Hanane Karimi pour le MAFED en tête de la Marche de la dignité, a été reprise pour une affiche de Ras-le-Front Isère invitant à une journée "anti-fasciste" samedi 16 janvier à Voiron > PDF





il est toutefois regrettable que le mot d'ordre "de la dignité" soit devenu "pour la dignité", comme sur la banderole de ce collectif grenoblois à la Marche de la dignité




photos Patlotch, libres de droit (pour les originaux non compactés, me demander)

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mar 2 Fév - 12:02



Histoire des femmes, histoire du genre en Afrique Jean-Pierre Bat  31 janvier 2016  


Erythrée, Andrea Moroni, 2014, Flickr

Entretien avec Pascale Barthélémy, maîtresse de conférence à l’Ecole normale supérieure de Lyon (ENS-LSH), historienne de l’Afrique spécialiste de l’histoire des femmes et du genre. Elle est l’auteure de Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Presses Universitaires de Rennes.


Citation :
Pourquoi une histoire des femmes et du genre en Afrique ?

La question ne concerne pas spécifiquement le continent africain. Dans toutes les sociétés, l’histoire des femmes (la her-story née aux États-Unis dans les années 1970) permet de renouveler un récit historique pensé au masculin neutre sous couvert d’universel et de ce fait muet sur la place, le rôle, les actions des femmes. L’histoire du genre – c’est-à-dire l’analyse des différences entre les sexes et des rapports de pouvoir qui en découlent – interroge l’organisation et le fonctionnement même des sociétés du passé.

Exhumer l’existence de femmes–chefs, régentes, esclaves mais aussi esclavagistes, commerçantes, paysannes, migrantes, prisonnières, prostituées ou ouvrières, romancières, combattantes et même ministres ou députés (aujourd’hui présidentes), a permis de rendre visibles ces oubliées de l’histoire et de donner des modèles d’identification aux jeunes filles africaines d’aujourd’hui. Car les femmes ne sont pas une « catégorie sociale » ni une « minorité » au même titre par exemple que les jeunes, les salariés ou les paysans… Elles appartiennent à toutes les catégories.


L’intérêt n’est donc pas seulement « d’ajouter » des femmes et de montrer leur rôle (même si l’enjeu scientifique est – aussi – celui-là), mais de proposer une autre lecture du monde social et de ses hiérarchies. Poser la question du « genre » en histoire de l’Afrique produit une autre vision de la famille, de la sexualité, de la vie dans les villes et les campagnes, du monde politique ou du monde du travail. Prendre la mesure, par exemple, des inégalités scolaires entre filles et garçons, non seulement au plan statistique mais aussi dans les contenus des enseignements et les débouchés qui sont accessibles à chaque sexe, donne une image plus complète de la réalité passée et des inégalités qui la traversent. Le genre, comme la classe (ou la race) est au fond une catégorie d’analyse utile à la compréhension des sociétés africaines, comme de toutes les autres sociétés.


Quelle est la particularité de l’histoire coloniale et impériale pour l’histoire des femmes et du genre ?

Longtemps pensée comme « une affaire d’hommes », la colonisation fut au contraire une entreprise éminemment sexuée, productrice de nouvelles identités, masculines et féminines. Si la domination par les puissances européennes de la quasi-totalité de l’Afrique entre la fin du XIXe siècle et les années 1960 fut une « parenthèse » dans l’histoire longue du continent, elle a cependant profondément bouleversé les sociétés qui l’ont subie. La « situation coloniale » (Georges Balandier, 1951), cette « configuration continûment en mouvement » à l’opposé d’une Afrique figée dans la tradition, s’est traduite par une recomposition des hiérarchies non seulement sociales mais aussi sexuées. L’histoire des femmes et du genre permet de comprendre ces changements.

Car le genre est au cœur des sociétés coloniales, à la fois comme processus de construction des identités sexuées, et comme rapport de pouvoir, entre Européen.ne.s et Africain.e.s, mais aussi entre hommes et femmes africain.e.s. Car il n’y eut pas de complicité évidente entre femmes européennes et colonisées fondée sur le « sexe biologique » (la « race » l’emporte bien souvent sur le sexe), car ont existé en revanche des hiérarchies au sein même des femmes colonisées, par exemple entre des femmes instruites et analphabètes, car on peut déceler des formes d’associations entre hommes, Européens et Africains, pour le contrôle des femmes. Lorsqu’un homme congolais écrit en 1949 à un administrateur belge de Léopoldville pour se plaindre de l’attitude de sa femme, il opte pour la connivence avec ce dernier : « Vous n’ignorez pas, à votre titre d’ancien colonial, comme un mariage indigène est dur ». Faire de l’histoire des femmes et du genre en contexte colonial c’est donc introduire de la complexité et interroger nos modèles occidentaux en retour.


Quels sont, en histoire immédiate, les nouveaux fronts d’histoire des femmes et du genre ?

Rares sont les travaux d’histoire immédiate – ou du temps présent – consacrés à l’Afrique, en histoire des femmes et du genre en particulier. La difficulté d’accès aux archives peut expliquer cette prudence sur les 20 ou 30 dernières années d’histoire du continent et l’abondance potentielle des témoignages à recueillir ne semble pas suffire à mobiliser les historien.ne.s. Le champ est laissé aux sociologues, démographes, anthropologues et chercheurs en sciences politiques dont les travaux couvrent l’ensemble des grands défis qui se posent aux sociétés africaines : l’éducation et le développement, avec pour corollaire les relations villes-campagnes, la pauvreté et l’accès des femmes aux biens économiques, les réactions de ces dernières aux différentes crises, leur capacité d’empowerment, les transformations de la famille, les sexualités, les violences faites aux femmes et tout ce qui touche au religieux.

Est-ce un hasard ? L’une des dernières revues créée en histoire de l’Afrique (Afriques. Débats, méthodes et terrains d’histoire) met l’accent sur l’histoire du continent avant le XIXe siècle. La pénurie documentaire n’est ainsi pas un handicap, car l’écriture de l’histoire de l’Afrique ancienne demande au moins autant d’ingéniosité que celle des décennies les plus récentes. Il s’agit donc bien d’un choix des chercheur.e.s en histoire – au moins pour l’Afrique francophone – que de laisser aux autres sciences sociales le soin de travailler sur les époques les plus proches de nous. Les choses bougent pourtant : des travaux franchissent avec bonheur la barrière des années 1970 tout en multipliant les dialogues avec les autres disciplines et en intégrant le genre : par exemple sur les mobilisations au Mali des années 1960 aux années 1990 (Ophélie Rillon) ou sur les dynamiques de scolarisation et d’intégration nationale en Ethiopie (Pierre Guidi) de 1941 à 1991.


sommaire
Citation :
Préface de Catherine Coquery-Vidrovitch

De « grandes écoles » de filles en Afrique occidentale française

La Première Guerre mondiale : un tournant, aussi, pour les Africaines
Oubliées de l’école coloniale
La création d’une École normale de jeunes filles sous le Front populaire
Choisir ou être choisie
« C’était à la mode d’être sage-femme »
Le prix de l’égalité

Quand l’improbable devient possible

Pionnières
Sociologie du recrutement : des filles de...
Du Dahomey et d’ailleurs : géographie du recrutement
Éduquer et instruire
« L’obscure métamorphose »
Préparer les jeunes filles à une « union saine »
L’internat : un tout petit monde

« Toubabesses » ou « sœurs de race » : des agents doubles au féminin

Les affectations : « Tu pars là où on te lance »
Convaincre et contraindre
Changer les normes
Femmes-cadres ou femmes « d’un homme international »
Les « ménages d’évolués »
Reproduction et transmission
Engagements : un « réseau des instruites » ?


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mar 2 Fév - 13:03



2006

« Humus » de Fabienne Kanor, ou la révolte en plongeant Joss Doszen  17 novembre 2014  

« Ce n’est pas pour dire mais, dans la vie, il y a des choses que tu connais sans les avoir jamais goûtées. C’est dans la nature même de l’homme d’imaginer. Quand il ne sait plus faire, c’est qu’il n’est déjà plus un homme »

Joss Doszen a écrit:
Voici une plus belle mais aussi frustrante découverte littéraire. Je ne connaissais Fabienne KANOR que de nom, pour avoir vu, en je-ne-sais quelle occasion, son nom passer sous mes yeux de fouineur du Web. Alors quand un ami me l’a fortement recommandé, en me résumant succinctement le thème de "Humus", j’ai plongé − c’est le cas de le dire − les yeux fermés sur ce livre qui s’est révélé être un bijou de poésie violente.

Fabienne KANOR s’est inspirée − elle le dit elle-même − d’une micro-ligne de récit historique trouvée dans les archives d’un musée à Nantes et, telle les plus grands auteurs de fiction-historique, elle a bâti autour de cet épisode que l’histoire a jugé quelconque, une grande épopée. « Des grandes épopées » devrais-je dire.

Quatorze femmes qui, tel un seul homme, sautent du haut d’un bateau esclavagiste dans des eaux tumultueuses et infestées de requins. Refus des lendemains de joug inhumain, refus de laisser d’autres décider pour elles de leur futur.
Chacun des chapitres fait le portrait d’une des 10 femmes, sur quatorze, qui ont choisi de faire le grand saut. Fabienne KANOR imagine pour elles des passés, des présents et des futurs qui sont, tout en étant déconnectés les uns des autres, tous liés à un certain point de leur histoire.

Ce livre se lit comme une succession de nouvelles tout en formant un ensemble cohérent qui donne un roman aux accents polyphoniques. Chacune des protagonistes révèle un pan du voyage sur le bateau esclavagiste, une part des évènements qui les emmène vers le cliffhanger  ultime.

La prouesse de l’auteur réside bien là. Dans ce point focal vers qui toutes convergent mais qui n’est ni le point final pour toutes, ni le commencement des choses et, plus encore, pour d’autres, il ne s’agit là que d’une péripétie dans des vies autrement plus marquées.


La muette

« Humus » débute par ce personnage et attention, là est pour vous le point de Go-noGo car c’est là que vous prenez contact avec l’écriture de Fabienne KANOR. Et le choc peut être déstabilisant.

Extrêmement poétique, l’écriture se veut une prose qui suggère plutôt qu’elle ne dit. Le ton est lent, les mots chargés de douceur tout en créant des phrases qui montrent une extrême violence, un monde où l’on passe d’une humanité banale à la plus crasse des inhumanités.

Ce premier chapitre est un passage à digérer car le style peut être dur à déglutir.  A trop suggérer, le récit tombe parfois dans le nébuleux, par trop ( ?) de recherche stylistique nous en venons à souhaiter plus de prosaïsme dans le récit, plus de simplicité dans la narration.

« Allongée sur le dos, je passe en revue chaque bout de moi. C’est comme un jeu, ma main qui marche sur mon corps, traverse les jambes, les hanches, contourne le ventre. Pas lui ! Surtout pas, depuis qu’ils l’ont cassé. Une fois, c’est arrivé. Je veux dire par là que l’homme est entré en moi, a gâté cette musique qui berce l’enfance.

Je hais les hommes !
Et je ne crois pas que cela changera. »



La vieille est le témoin

Témoin de cette vie d’avant. Marié, mère de cinq, dans un paisible village qui se voit un jour raflé par les vendeurs d’esclaves. Elle fait partie du lot, mari éventré, enfants disparus. Elle sera l’épaule de la mère éplorée, l’appui de beaucoup dans ces cales de la mort. Elle se sortira des bouches des requins. Elle fera sa vie d’esclaves, traversera les mouvements de révoltes des esclaves, résistera aux élans meurtriers en laissant d’autres se charger des destins funestes et elle goûtera, sans vraiment y croire, aux doux sons du mot "abolition". La vieille est le témoin qui traverse les temps.  Un peu trop d’ailleurs car, vieille à son départ, la chronologie implicite laisse supposer qu’elle atteint un âge plus que canonique puisque témoins des premières bribes de l’abolition. Mais qu’importe. Son histoire, loin d’être la plus passionnante, est l’une des plus apprenante.


« L’homme est parole, ses silences ne durent pas. Vinrent donc ces rumeurs venues du grand pays blanc et portés au sein des maisons, les bruits faisaient fureur. De peur et de colère, les maitres rougissaient, à qui mieux mieux juraient avant de se signer. »


L’esclave

Ou la vie, d’un bout à l’autre, d’une enfant qui été raflée dans son village alors qu’elle était dans un banal bonheur familial. Enfin, bonheur ? Pas vraiment. Être vendue par les siens, par la chair de sa chair qui met en vous la charge des insuffisances de sa vie, et une seconde trahison la mènera dans les cales des négriers. C’est là une violence suffisante pour vous pousser à suivre la masse des révoltée qui, sortant de la cale malodorante, se précipite dans les flots. Ça ne sera pas la fin de sa vie.

Elle survivra aux requins, assouvira dans les flots une vengeance inespérée et aura une vie d’esclave, découvrira l’islam ou plutôt la religion, puisque l’un dans l’autre, les spiritualités monothéiques s’emboîtent.

« Ce n’est pas tout. Le maître, fou de colère, exige que la mère vienne identifier le corps. Elle accourt, regarde le blanc, lui répète que ce n’est pas son enfant, ce prétendu fils, ce n’est pas Jason. Le maitre perd patience. Vingt-cinq coups de fouet. La femme continue de nier. Cinquante. On lui ordonne, puisque ce n’est pas son fils, d’en finir avec le macchabée.
J’étais là, j’ai tout vu. Elle a tout fait avant de s’en retourner au champ, le pas léger. Et je crois bien qu’elle sifflait. »



L’amazone

A elle seule, l’amazone aurait mérité un roman épique. Pas seulement parce qu’elle est l’instigatrice de ce saut au destin, mais à cause du charisme qu’elle dégage, de la vie tumultueuse et aventureuse qu’elle a eu et qui nous est contée, trop vite, de façon trop succincte. Rageant. De son initiation en tant que guerrière à sa vie de guerrière sans peur, au cœur froid. De sa capacité à s’aliéner des complices, à aller de l’avant sans le moindre regard en arrière, ni pour celles qui sont tombées, ni pour celui qui sera son compagnon. Son retour, ses valeurs. Elle aurait mérité mieux qu’un bout de chapitre, ce qui nous laisse l’ardent désir que ceci ne soit que l’avant-goût d’une œuvre plus dense à venir.
D’autant que, un chouïa plus dynamique, moins descriptive, l’écriture, toujours dans cette quête de poésie, pèse moins la narration, se fait plus fluide et l’on se pique à être profondément capté par le récit.

« Je n’avais pas parcouru cinq lieues que je sentis la terre trembler sous mes pieds. S’ouvrir comme un ventre et recracher le léopard. C’était elle, oui, la panthère que je chevauchai toute la nuit jusqu’à ce que Lissa s’éveille, que mon tout petit village sans foi ni loi m’apparaisse. »


La Blanche

ou l’anachronisme des tondues de 45. Dans chaque guerre ses compromissions, chaque batailles ses victimes du désir de survivre. Faire avec ce que l’on a pour passer entre les gouttes de l’ignominie, quitte à en finir folle à lier. La blanche a une histoire pathétique, émouvante, éprouvante. L’histoire la moins facile à digérer mais, la plus indispensable dans ce cortège de vie brisée.

« Dans notre famille, un ventre sur quatre est gâté. C’est ce que l’on a toujours dit. C’est ainsi depuis fort longtemps, depuis ce jour où une femme a fait quelque chose de mal. J’ignore au juste la nature du péché. Ma mère refuse de dire. Prétend que je n’ai pas besoin de savoir. Cela n’arrangerait rien à l’affaire, j’ai déjà le mal en moi. C’est elle qui l’affirme : jamais je ne donnerai la vie. »


Les jumelles

expriment les tourments d’une sœur envieuse. Raflées toutes les deux, même quand la vie atteint le zéro degré d’humanité, l’on trouve des raisons d’envier à l’autre sa position. Ce n’est pas la plus passionnante des histoires peut-être parce que la plus crade des péchés.

« Mâles avec mâles, femelles entre elles. Nêgresses pleines et gosses dans un coin. Tous dans l’entrepont, ce lieu sans cul ni bouche où, comme un seul cœur, bat la frappe. Longtemps ça dure. »


L’employée

c’est l’incompréhension littéraire. Même si l’on comprend l’envie de l’auteure de dépeindre une matonne, traitresse à son peuple, et qui viendrait d’une vie dure et de moins que rien, il y a là un changement de ton incompréhensible. Ici plus de phrasé poétique mais un parlé quasiment 21ème siècle et un récit parsemé d’anachronismes que l’on ne peut pas ne pas remarquer.

"C’était mon job", seconde phrase du chapitre qui vous fait derechef tiquer tant le ton change de façon radical. D’accord pour admettre une ascendance moins noble à cette employée, qui justifierait un vocabulaire moins gracieux, mais alors quid de l’esclave qui, après tout, est d’ascendance très pauvre ? Quid de "la blanche", quasi péripatéticienne ?
Ce personnage a le mérite d’apporter un regard "extérieur" au groupe des révoltées mais le ton du récit nous fait buter et même la fin de son histoire déçoit fortement.

« D’ailleurs, ce n’est pas compliqué : tout ce qui était sale se pratiquait la nuit, lorsque harasées par une dure journée de labeur, les gars s’attablaient et buvaient comme des trous. Planquée dans mon coin, je les entendais chanter, rire gras, parler fort. J’écoutais jusqu’à ce que les voix s’éloignent, que les ombres descendent vider leurs couilles. Ils ne m’ont jamais touchée ; à l’époque, je ressemblais à un mec. »


La "Petite" est une enfant

Une pauvre âme qui s’est retrouvée là comme par hasard, et qui nous donne l’impression que, jusqu’à la fin, elle ne sait pas ce qui se passe autour d’elle. Elle nous ouvre un pan de l’histoire de la blanche, sur ce navire sur lequel elles se sont liées, nous montre une facette de protectrice de cette blanche honnie par les siennes. Personnage courroie qui nous aide a encore mieux percevoir l’ambiance qui prévaut dans les cales avant le grand saut.

« Je n’ai plus peur désormais. J’ai quelqu’un. Une fille à qui raconter mes promenades et mes jeux. Amusée par mes histoires, mon amie rit. Une seule fois je l’ai vue pleurer. Plus tard, peu de temps avant que la mer ne nous prenne et que les méchants ne nous enferme dans la grande boîte.»

La Reine

La conspiratrice qui, à vouloir à tout prix accaparer des lustres du pouvoir. Complotant, trahissant, déportant à tout-va, elle finira par être la victime de ses propres ambitions. Très belle histoire que celle de cette femme qui monte les échelons par la force de sa volonté et qui finira par se brûler les ailes.

« C’est à cette heure-là du jour que la vieille guérisseuse reçoit, ouvre au visiteur la porte de son antre. Inutile de parler, elle détient la science. Connait les plantes qui dessèchent un ventre, les bouillons qui tourmentent l’âme, rendent caduque la raison. »

La volante. Que fait-elle là ?


La mère

celle qui se bat pour sauver le fils qui lui reste, celui que les négriers lui ont laissé et qui le voit sombrant dans les flots. La douleur d’une mère, celle qui vous mène aux abords de la folie, celle que, même la Vieille, compatissante, ne peut vous aider à atténuer. Une mère ne devrait jamais avoir à pleurer son enfant, ou alors, il lui faudra le suivre, que leurs larmes se joignent.


L’héritière

Le chapitre superflu ? On le penserait. Était-ce utile que l’auteur nous conte la montée de son désir impérieux de donner vie à ces femmes ? Sans doute, oui, mais alors, peut-être aurait-il fallu être moins prolixe.


"Humus" sera sans doute l’une de mes lectures marquantes de cette année. S’approprier ainsi un pan de l’histoire et de laisser son imagination combler les vides frustrants de l’histoire est une idée admirable. Ne point laisser le passé s’éteindre et redonner à ces femmes des couleurs de la vie grâce au talent d’artiste de l’encrier - "du clavier" ça fait moins poétique – j’adhère et je vote des trois mains pour. La main de l’amateur des beaux mots se lève avec enthousiasme devant les choix de style, la main du cœur sensible dit oui à l’émotion qu’elle a rencontré dans sa lecture, la main de l’afficionado des belles histoires approuve la profondeur des parcours reconstruits. Bref, un bon livre sur lequel vous devriez vous précipiter.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 5 Fév - 15:47



On Beating Up “Niggers” While on Patrol: An Engaged Mindfulness + Critical Race Feminist Response


Citation :
Sistah Vegan is a series of narratives, critical essays, poems, and reflections from a diverse community of North American black-identified vegans. Collectively, these activists are de-colonizing their bodies and minds via whole-foods veganism. By kicking junk-food habits, the more than thirty contributors all show the way toward longer, stronger, and healthier lives. Suffering from type-2 diabetes, hypertension, high blood pressure, and overweight need not be the way women of color are doomed to be victimized and live out their mature lives. There are healthy alternatives.

Sistah Vegan is not about preaching veganism or vegan fundamentalism. Rather, the book is about how a group of black-identified female vegans perceive nutrition, food, ecological sustainability, health and healing, animal rights, parenting, social justice, spirituality, hair care, race, gender-identification, womanism, and liberation that all go against the (refined and bleached) grain of our dysfunctional society.

Thought-provoking for the identification and dismantling of environmental racism, ecological devastation, and other social injustices, Sistah Vegan is an in-your-face handbook for our time. It calls upon all of us to make radical changes for the betterment of ourselves, our planet, and by extension everyone.

February 4, 2016 | Dr. Amie "Breeze" Harper
 
She read the reports. She knew they used the word “nigger” to describe Black people. Using “nigger” in that context makes it incredibly difficult for many Black people to respond in a way that isn’t an “eye for an eye”… Judge Evans was able to not do an “eye for and eye”, despite that. That is a very difficult thing to do and the impact is amazing…

Citation :
Thank you so much Judge Vonda Evans. You are one of my new heroes. Amazing how you first focused on the racism of white cops who just wanted to beat up “niggers” (which was captured on social media exchanged by cops who supported this activity)…. to explaining that this is a microcosm of systems of oppression, the lack of structural support of the city, the lack of training and mental health resources available for police officers, etc. She does not excuse them for the violently racist behavior towards this black man they nearly beat to death. However, she shows compassion in understanding how an exploitative system is unhealthy for all, including the racist cops who publicly believe they can beat up “niggers” as their pass-time. Judge Evans makes the connections…even bringing in Flint MI.

This is what a critical race feminist framing of justice and engaged mindfulness (I called it engaged Buddhism) looks like. Judge Evans  “reminds” the defending officer that despite his despicable behavior captured on video, he is still capable of being an amazing human being she knows he can be; that this one horrible act doesn’t mean that this is who he was in the past, who he is now, or who he will be in the future.



After the weeks of me trying to understand the constant hate towards my critical race feminist analysis, intersectional, and engaged Buddhist (some know it as mindfulness) approaches to ethical consumption, this video reminded me why we Black folk doing this work are so powerful; why we scare the white beneficiaries of this white supremacist capitalist racial caste system. Many of these beneficiaries don’t know they are ‘benefiting’ from this system and many do; many think they are being ‘objective’ but in fact, think and act as racialized white subjects.  And though Judge Evans doesn’t say it exactly, it is unclear who really benefits from this white supremacist capitalist racial caste system in the long run, including these white cops who may have racial privilege but do not have socio-economic privilege such a a system was supposed to guarantee for people who look like them.

Our intersectional approach to social justice with a critical race feminist framework is not playing “identity politics” , “playing the race card”, or has a “white hating” racist agenda (click here and here to see what I am referring to). Thank you again for reminding me of this Judge Evans. And even though you do not mention this in your sentencing, your embodied experience as a black woman in a white supremacist capitalist racial caste system, has produced a unique consciousness around ethics and justice that is a gift. And because of your powerful position, you were able to leverage that.

Without spite, Judge Evans served justice engaged mindfulness  to both the defending officer and the man he hurt so badly. Yes, you can tell her heart is broken and she is so frustrated, but you can tell that she is not an “eye for an eye” human being in this moment. She doesn’t pinpoint the one bad thing this officer was documented doing, via video, and then allow that to permanently define who he was, is, or can be.  

Citation :


Dr. A. Breeze Harper

A. Breeze Harper has a BA in feminist geography, from Dartmouth College, a MA in Educational Technologies from Harvard University, and a PhD from the University of California, Davis, where she studied applications of critical race feminism, critical whiteness studies, and critical food studies within cultural geography.

Dr. Harper’s most recently published book, Scars: A Black Lesbian Experience in Rural White New England (Sense Publishers 2014) interrogates how systems of oppression and power impact the life of the only Black teenager living in an all white and working class rural New England town.


2014

Citation :
Scars is a novel about whiteness, racism, and breaking past the normative boundaries of heterosexuality, as experienced through eighteen year old Savannah Penelope Sales. Savannah is a Black girl, born and raised in a white, working class, and rural New England town. She is in denial of her lesbian sexuality, harbors internalized racism about her body, and is ashamed of being poor. She lives with her ailing mother whose Emphysema is a symptom of a mysterious past of suffering and sacrifice that Savannah is not privy to. When Savannah takes her first trip to a major metropolitan city for two days, she never imagines how it will affect her return back home to her mother … or her capacity to not only love herself, but also those who she thought were her enemies.

Scars is about the journey of friends and family who love Savannah and try to help her heal, all while they too battle their own wounds and scars of being part of multiple systems of oppression and power. Ultimately, Scars makes visible the psychological trauma and scarring that legacies of colonialism have caused to both the descendants of the colonized and the colonizer … and the potential for healing and reconciliation for everyone willing to embark on the journey.

As a work of social fiction born out of years of critical race, Black feminist, and critical whiteness studies scholarship, Scars engages the reader to think about USA culture through the lenses of race, whiteness, working-class sensibilities, sexual orientation, and how rural geography influences identity.

Scars can be used as a springboard for discussion, self-reflection and social reflection for students enrolled in American Studies, Sociology, Women's Studies, Sexuality Studies, African American Studies, human geography, LGBTQ studies and critical whiteness studies courses, or it can be read entirely for pleasure.

Dr. Harper has been invited to deliver many keynote addresses and lectures at universities and conferences throughout North America. In 2015, her lecture circuit focused on the analysis of food and whiteness in her book Scars and on “Gs Up Hoes Down:” Black Masculinity, Veganism, and Ethical Consumption (The Remix) which explored how key Black vegan men us hip-hop methods to create “race-conscious” and decolonizing approaches to vegan philosophies.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Dim 7 Fév - 19:15

Material Matters in Times of Crisis Capitalism





International Conference
13th - 14th November 2014
Justus-Liebig University Giessen
[/b]


CALL FOR ABSTRACTS:


Citation :
Session in RC 32: III ISA Forum of Sociology Vienna 2016 (http://www.isa-sociology.org/forum-2016/)

Global Sociology and Feminist Perspectives on Care, Care Work and the Struggle for a Careful World

In times of contemporary economic, political and social change we are witnessing a fundamental restructuring of care and care work coming along with social inequalities. Different parallel, intersecting and/or interdependent processes can be observed:

the commodification und rationalization of social reproduction, care and care work by care industries and entrepreneurship, scientific and technological innovations (like care robots, social freezing)

– the commodification, de-commodification, and re-location of care between market, state, third sector, households, and networks

trans- and international migration and migrants‘ work in global care chains and the care gaps in and between the societies of the Global North and South, East and West

feminist/social protest and movements for a careful society acting between criticism of capitalism and struggling for a better life in social and ecological perspective

The session aims to bring together research from around the world. Questions are: How are care and care work reorganized and reshaped? What are its preconditions and effects in terms of social inequalities? What are the main theoretical and empirical perspectives, approaches and results of research in different parts of the world? How are sociological and feminist approaches on care and care work challenged to bring the local and the global together? What can and shall a global sociology and feminist perspectives on care and care work afford in the context of civil society’s protest and social movements?

Deadline of abstract submission: September, 30th, online submission RC 32:

http://www.isa-sociology.org/forum-2016/

Organizers:

Prof Dr. Brigitte Aulenbacher, Section Feminist Theory and Gender Studies in the Austrian Sociological Association and Johannes Kepler University Linz, brigitte.aulenbacher@jku.at

Prof Dr. Brigitte Liebig, Committee Gender Studies in the Swiss Sociological Association and University of Applied Sciences Northwestern Switzerland, brigitte.liebig@fhnw.ch

Prof Dr. Encarnación Gutiérrez Rodríguez, Section Women’s and Gender Studies in the German Sociological Association and Justus-Liebig University of Gießen, e.gutierrez-rodriguez@sowi.uni-giessen.de

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6251
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mar 9 Fév - 19:25

Belgique

Rue de la Loi: "Pas de racisme au nom du féminisme"

Manifestation contre les "cours de respect des femmes" pour les migrants M.J. 04 février 2016      


© RTBF

Citation :
Ce jeudi après-midi, une centaine de personnes se sont rassemblées sous une pluie intense au 18 rue de la Loi, devant le cabinet de Theo Francken, secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations. La cause ? La proposition faite par Theo Francken de mettre en place des "cours de respect des femmes" à destination des migrants, suite aux événements survenus à Cologne durant la nuit du Nouvel An.

Magali Gillard, représentante des JOC (les jeunes organisés et combatifs) qui organisaient le rassemblement

Citation :
On est ici pour dénoncer l’utilisation des valeurs féministes et des violences faites aux femmes par Theo Francken mais aussi par d’autres afin d’alimenter la haine des étrangers… Le viol c’est une réalité dont on se préoccupe peu mais là, comme ce sont des personnes étrangères, ça a fait la une des médias. Cette notion de respect, elle touche l’ensemble de la société.

Cette manifestation était soutenue par plusieurs collectifs féminins dont Vie Féminine :

la responsable du mouvement a écrit:
l’amalgame que certains ont tenté de faire après les événements de Cologne est dangereux et ne vas sûrement pas apaiser le climat de tension et de communautarisme ambiant. Des cours de respect des femmes, il faudrait en donner à tout le monde. Le respect, le machisme, le féminisme ou le mépris sont très égalitairement répartis à travers toutes les nationalités et je refuse absolument de considérer qu’il y ait un type de population qui serait plus concernée que d’autre par cette problématique

Une jeune femme sans papiers venant des zones touchées par Ebola était aussi présente pour témoigner :

Citation :
Pourquoi donner des cours aux immigrés alors que nous-mêmes (les femmes sans papiers) nous ne sommes pas protégées ? Les hommes peuvent faire de nous ce qu’ils veulent parce que si on subit des violences ou des viols, ce que la police nous demande en premier, ce sont nos papiers. Et si on n’en a pas, on n’est pas protégées, on considère qu’on n’a pas été violées… Jamais un homme demandeur d’asile n’a abusé de nous.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
 
FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 5Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant
 Sujets similaires
-
» 2 femmes, 2 hommes, 4 névroses (Martina Chyba)
» Les femmes et hommes les plus tatoués
» ceux que les femmes et hommes pensent de l autre
» Esce un homme musclé ou une femme de reve ?
» SM/Femme à deux utérus

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine -> machisme structurel et sociétal-
Sauter vers: