PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» 7. LE LIVRE : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)
Hier à 18:31 par Patlotch

» 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?
Hier à 18:26 par Tristan Vacances

» la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences...
Hier à 11:39 par Patlotch

» vous avez dit "OUVRIER" ?
Hier à 11:09 par Patlotch

» sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme
Hier à 10:41 par Patlotch

» 8. poèmes, fables et contes pour en causer
Sam 21 Oct - 19:45 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Sam 21 Oct - 19:22 par Patlotch

» JAZZ, BLUES, R'n'B, SOUL, RAP... pour "double paire d'oreilles"
Sam 21 Oct - 17:58 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Sam 21 Oct - 17:45 par Patlotch

» 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes
Sam 21 Oct - 16:31 par Patlotch

» 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose
Sam 21 Oct - 15:03 par Patlotch

» 0. un livre ? Une théorie est apparue... Diffusion, réception... débats ?
Ven 20 Oct - 16:44 par Tristan Vacances

» FÉMINISME et MARXISME : SEXES, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, Sara Farris, Elsa Dorlin...
Ven 20 Oct - 16:24 par Patlotch

» LA NOUVELLE GAZETTE DES VANNES (Franzoseur Zeitung)
Ven 20 Oct - 15:36 par Patlotch

» CLASSES SOCIALES et AUTRES RAPPORTS SOCIAUX, de sexes, races, nations, générations... Documents
Ven 20 Oct - 13:01 par Patlotch

» CATASTROPHES INDUSTRIELLES et POLLUTIONS
Ven 20 Oct - 9:35 par Admin

» ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
Ven 20 Oct - 9:19 par Admin

» au-delà du vrai et du faux, tragique comédie
Jeu 19 Oct - 14:02 par Patlotch

» l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte
Jeu 19 Oct - 12:57 par Patlotch

» OUTRE-MER : outre frontière de races, classes et sexes ?
Jeu 19 Oct - 12:43 par Patlotch


Partagez | 
 

 FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Jeu 10 Nov - 3:33


quelques points essentiels (liens dans l'original) :

1) l'émancipation des hommes et des femmes passe par la fin de la domination masculine et l'assignation sociale de genre, sexe social mais que cela ne présuppose pas d'abolir toutes les différences sexuées de par la constitution en sexes anatomiques et biologiques, ni de considérer cette donnée comme de l'essentialisme. Les êtres humains appartiennent au genre animal, et à moins d'envisager un progrès par, il faudra bien faire en construisant de nouveaux rapports entre "humanité" et "nature"

2) il n'est pas possible de comprendre l'articulation classe/genre sans la médiation "raciale" , c'est ce que montre l'observation empirique, tant en quantité qu'en qualité*, des luttes de femmes dans le monde, y compris en France. C'est dire l'importance des luttes de femmes racisées, à commencer par les prolétaires (Domestic Workers, luttes pour la terre...) et des mouvements féministes décoloniaux

* c'est le principal défaut de la thèse de Théorie Communiste ne retenant qu'une double contradiction classe/genre, et rejetant, comme "non structurelle au capital", la domination raciale

3) toutefois, considérer une structure à dominante patriarcale (Christine Delphy) ou raciale (certaines féministes décoloniales), sans passer par la structure à dominante du capital, est une tendance commune aux études intersectionnelles universitaires : la contradiction de classe (dite "classisme") est massivement le parent pauvre dans ces approches, c'est caractéristique d'une idéologie transclassiste de classes moyennes

4) sur le plan de la théorisation/conceptualisation, cela nécessite au plan méthodologique une dialectique complexe qui prenne en compte à la fois cette structure à dominante du Capital et l'importance des contradictions de genre et dominations particulières intrinsèquement liées et non réductible à une contradiction de classe unique ou double Classe/genre. De même, c'est le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie et considérer, avec Saskia Sassen, les « faits prélevés sur le terrain [qui] nous aident à nous débarrasser de nos vieilles superstructures conceptuelles » (V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital)

[...]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6255
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mer 16 Nov - 4:55


Spivak, ou la puissance de la théorie à l'écoute d'un silence


1988 ça voir plus

Gayatri Spivak a écrit:
Il est bien connu que la notion de féminin (plutôt que celle de subalterne de l'impérialisme) a été utilisée de semblable manière dans la critique déconstructionniste et dans certaines variétés de la critique féministe. Dans le premier cas, une figure de la « femme » est en question, dont la prédication minimale comme indéterminée est déjà à la disposition de la tradition phallocratique. L'historiographie subalterne soulève des questions de méthode qui l'empêcheraient d'avoir recours à une telle ruse.

Pour la « figure » de la femme, la relation entre femme et silence peut-être tramée [plotted] par les femmes elles-mêmes : les différences de race et de classe sont subsumées sous ce chef d'inculpation. L'historiographie subalterne doit se confronter à l'impossibilité de tels gestes. L'étroite violence épistémique de l'impérialisme nous fournit une allégorie parfaite de la violence générale qui correspond à la possibilité d'une épistémè*.

La trace de la différence sexuelle, dans l'espace du parcours effacé du sujet subalterne, est doublement effacée. La question n'est pas celle de la participation féminine à l'insurrection, ni des règles de base de la division sexuelle du travail, pour lesquelles on dispose de « preuves ». Elle est plutôt que la construction idéologique du genre, en tant que, à la fois, objet de l'historiographie coloniale et sujet d'insurrection, préserve la domination masculine. Si, dans le contexte de la production coloniale, les subalternes n'ont pas d'histoire et ne peuvent pas parler, les subalternes en tant que femmes sont encore plus profondément dans l'ombre.


* Cette violence au sens large qui est la possibilité d'une épistémè est ce que Derrida appelle « écrire » au sens large. Cette relation entre écrire au sens large et écrire au sens étroit (des marques sur une surface) ne peut être articulée clairement. La tâche de la grammatologie (déconstruction) est de fournir une notation pour cette relation instable. Aussi, la critique de l'impérialisme est-elle, dans un certain sens, la déconstruction en tant que telle.

p.52-53

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 18:53

Patlotch a écrit un truc en juillet 2015 sur l'omniprésence 'naturelle' de la question féminine dans la problématique communiste décoloniale
http://civilisation-change.forumactif.org/t310p150-theorisations-communistes-feministes-et-decoloniales-remises-en-perspectives-revolutionnaires-cheminement-et-bouclages-de-synthese#8827

Citation :
il n'y a pratiquement pas une situation, une lutte dans lesquelles les rapports classe-race et classe-genre n'apparaîtraient, le premier comme médié par le genre, le second par la "race", et ce phénomène est massif, si bien que l'on peut considérer que les luttes des "femmes" sont un élément qui s'introduit de façon quasi naturelle dans les rapports de classes, de races, et dans le rapport classes-races

Je le prends comme une invitation à introduire la parole des femmes dans tous les sujets. Qu'on n'attende donc pas de moi d'être spécialisée en émancipation des femmes ou la blackette décoloniale de service, comme dit le rien élégant jeune homme.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 18:58

Le "rien élégant jeune homme" te répond que de toutes façons tu pourras pas faire ici dans l'auto-organisation non mixte. T'attends pas non plus qu'on te fasse des fleurs.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 19:05

AliBlabla a écrit:
tu pourras pas faire ici dans l'auto-organisation non mixte.

T'as tout compris, Bébé, tu confonds l'auto-organisation des femmes avec la cuisine et le change de tes couches-culottes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 19:31

Florage a écrit:
introduire la parole des femmes dans tous les sujets. Qu'on n'attende donc pas de moi d'être spécialisée en émancipation des femmes ou la blackette décoloniale de service...

Quelle différence tu fais entre introduire la "question des femmes" et introduire la parole des femmes ?

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 19:42

Tristan Vacances a écrit:
Quelle différence tu fais entre introduire la "question des femmes" et introduire la parole des femmes ?

Si tu poses la question, c'est que tu as une idée de la réponse. Je distingue deux niveaux.

Les femmes en tant qu'êtres humains généraux, prolétaires ou pas, n'ont pas des problèmes différents des hommes. Ils sont communs selon des appartenances de classes, des origines raciales ou ethniques. Il n'y a pas en ce sens de "question des femmes" à laquelle elles devraient être cantonnées, ou se cantonner. Voilà pour la parole à prendre par les femmes partout.

En tant que femmes, du genre particulier féminin, elles ont des problèmes spécifiques au premier rang desquels la domination des hommes. Il y a conflit possible et même souhaitable, jusqu'au moment où cette domination aura disparu.

En tant que femmes racisées, c'est encore un autre sous-niveau, celui d'une domination raciste qui concerne aussi les hommes racisés.

Il n'est pas interdit aux hommes de participer à cette émancipation, en réalité commune, mais faut pas rêver une auto-abolition de la domination masculine. C'est donc à l'initiative des femmes, sur tous les terrains et par tous les moyens, d'où la nécessité de l'auto-organisation non-mixte.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 21:16

Florage a écrit:
elles ont des problèmes spécifiques au premier rang desquels la domination des hommes... d'où la nécessité de l'auto-organisation non-mixte. Il y a conflit possible et même souhaitable, jusqu'au moment où cette domination aura disparu.

En tant que femmes racisées, c'est encore un autre sous-niveau, celui d'une domination raciste qui concerne aussi les hommes racisés
.

Tu vois donc également nécessaire l'auto-organisation des femmes racisées, des racisés ensemble, etc. ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 21:32

Tristan Vacances a écrit:

Tu vois donc également nécessaire l'auto-organisation des femmes racisées, des racisés ensemble, etc. ?


Personne n'étant pas concerné ne peut en décider. Là où elle a lieu, elle a un sens logique, l'inverse est inimaginable. Il faut discerner représentation partisane communautaire et légitime auto-organisation de luttes particulières. Le citoyennisme n'est pas propre aux communautés.

On n'a pas de partis féministes qui se présentent aux élections. Parce qu'on considère la parité comme acquise ? La bourgeoisie se débrouille bien pour masquer la domination masculine.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 21:40

Tristan Vacances a écrit:
Il faut discerner représentation partisane communautaire et légitime auto-organisation de luttes particulières. Le citoyennisme n'est pas propre aux communautés.

Tu veux dire entre la critique de la démocratie politique et celle de la tendance communautariste dans les luttes communautaires ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 21:42

Oui.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 21:54

Florage a écrit:
On n'a pas de partis féministes qui se présentent aux élections. Parce qu'on considère la parité comme acquise ? La bourgeoisie se débrouille bien pour masquer la domination masculine.

Tous les partis politiques se débrouillent bien pour ça, et les groupes militants aussi.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 21:55

Oui, c'est mieux dit.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:00

Le machisme est insupportable partout, mais qu'il soit si puissant, et inconscient, chez les révolutionnaires, est inquiétant. Pas une tendance pour sauver l'autre. C'est aussi un problème de langage, et dans la théorie communiste, écrite par des hommes, je lis le machisme même dans les propos pro-féministes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:03

Florage a écrit:
dans la théorie communiste, écrite par des hommes, je lis le machisme même dans les propos pro-féministes.

Tu peux expliquer et donner des exemples, parce que là...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:08

Je ne suis pas linguiste. Comme les études post-coloniales qui montrent l'occidentalo-centrisme dans la littérature, il existe sûrement des études sur l'écriture des hommes quand ils parlent des femmes, dans quelque texte que ce soit. Moi, je dis ça au feeling, je le sens ça fait pas un pli. Comme on dit : ne me libère pas, je m'en charge
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:09

Parler de "feeling" ne fait pas preuve.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:19

Je m'en fous, de "faire preuve", et toutes les femmes qui subissent la domination masculine s'en foutent, de faire preuve intellectuellement. Ce qu'elles vivent dans leurs corps et dans leurs cœurs n'a pas besoin de preuves théoriques à leurs yeux. Des preuves factuelles, en justice éventuellement, sans quoi œil pour œil... C'est la nécessité du conflit.

C'est comme les prolos, vivant l'exploitation, mieux placés selon Marx que les intellectuels pour comprendre Le Capital.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:25

Mais c'est toi qui parlait du machisme dans le langage mâle de la théorie communiste. Donc si tu veux être entendue, c'est bien un enjeu de langage théorique.

"Faire preuve", dans ce cas, c'est être capable de théoriser en femme communiste, ou en communiste mais femme, si tu préfères.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 13 Jan - 22:30

Je préfère entendre ça, mais je ne suis pas théoricienne, et je crois peu à la vertu de la théorie pour changer, quoi et qui, les autres théoriciens en chambre ? Je n'ai pas envie de coucher avec eux.

Je le dirai comme je le pense à Patlotch, je crois qu'il s'est perdu en théorisations là où il reconnaît lui-même qu'il n'y en a pas besoin. Ceux et celles qui sont concerné/es par telle situation de merde n'ont pas besoin d'explications. Cela tend à prouver que les théoriciens communistes d'aujourd'hui ne sont pas dans la merde, et ne savent pas ce qu'est la merde, et par conséquent ne savent pas parler à ceux qui sont dans la merde, pour autant qu'ils auraient à leur apporter autre chose que de la merde intellectuelle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mer 18 Jan - 16:59


« Croiser genre et classe. Objets, méthodes, perspectives »

Appel à communications

Université de Lausanne - 9-10 novembre 2017 (dates à confirmer)

Penser un rapport social empêche-t-il d’en envisager un autre ? Comment les sciences sociales peuvent-elles appréhender ensemble le genre et la classe ? Dans le champ des études féministes et des études de genre, de nombreux travaux se sont attelés à ces questions, abordées sous l’angle de leurs enjeux épistémologiques et politiques et/ou des difficultés méthodologiques et empiriques qu’elles soulèvent. Différentes conceptualisations se sont ainsi succédées, voire coexistent aujourd’hui, pour rendre compte de la multiplicité et de « l’imbrication » des rapports sociaux qui structurent les relations et le monde social (Bilge 2010).

Citation :
La question des rapports entre genre et classe a d’abord été posée spécifiquement, au prisme de la pensée marxiste qui structure l’espace des mouvements sociaux jusque dans les années 1980. Si certaines théoriciennes et militantes féministes ont privilégié un usage analogue des outils du marxisme pour penser la domination, l’oppression et l’exploitation des femmes – ce que traduit la notion de « classe des femmes » (Guillaumin 1992) –, elles ont aussi cherché à investir les analyses marxistes dans une perspective féministe et non-androcentrée. Dès lors, les origines des systèmes capitaliste et patriarcal ainsi que leurs liens complexes ont fait l’objet de multiples débats (Hartmann 1979 ; Delphy 1998 ; Brenner 2000 ; Federici 2004). La famille et le travail ont constitué des espaces privilégiés pour appréhender les liens entre rapports sociaux de sexe et rapports sociaux de classe, et leurs effets (Molyneux 1979 ; Combes et Haicault, 1984 ; Barrett et McIntosh, 1998). De plus, en montrant que la condition des ouvrières n’est pas celle des ouvriers, Danièle Kergoat a posé les jalons d’une analyse théorique de l’articulation de ces deux rapports sociaux (Kergoat 1978).

Sur la période contemporaine, le succès de l’ « intersectionnalité » dans l’espace des mouvements sociaux et la sphère académique (Jaunait et Chauvin 2012 ; Falquet et Kian 2015 ; Fassa, Lépinard et Roca i Escoda 2016) interroge à nouveaux frais la question des rapports entre genre et classe et leur analyse. Introduite par Kimberlé Crenshaw dans la continuité du black feminism (Dorlin 2008), la notion d’intersectionnalité (Crenshaw 1989, 1991, 2005) permet initialement de révéler la spécificité de situations souvent invisibles et d’envisager le point de rencontre de plusieurs discriminations dans l’expérience concrète des individus. Bien que forgée dans une perspective juridique, avec une visée politique et à partir de l’analyse de l’articulation des systèmes de sexe, de race et de classe, la notion s’est largement diffusée dans les travaux de sciences sociales (Davis 2015) et ses usages se sont multipliés (Bilge 2009). Ce succès s’accompagne toutefois de critiques sur son déficit d’opérationnalité d’un point de vue analytique, le fait qu’elle amène à penser en termes de croisement de catégories au détriment d’une analyse en termes de rapports sociaux, sa focale sur les dominées, ou encore le risque de marginalisation de la question des classes sociales (Fraser 2005 ; Dorlin 2009 ; Galerand et Kergoat 2014 ; Fassin 2015). Différents travaux proposent dès lors des conceptualisations alternatives, comme celle de « consubstantialité » des rapports sociaux (Kergoat 2012) ou de production de la différence (West and Fenstermaker 1995), et appellent de leurs vœux un renouvellement en profondeur des recherches féministes. Il s’agit ainsi de « reconceptualiser l’oppression » (Collins 1993) et de relever des « défis théoriques » et empiriques pour dépasser « la concurrence des causes » (Clair 2015).

Prenant acte de l’évolution récente de ces débats, le présent colloque entend porter le regard plus particulièrement sur l’imbrication du genre et de la classe, que cette imbrication soit pensée comme celle de deux rapports sociaux ou comme l’articulation de deux catégories d’analyse. L’intention est d’approfondir sous différents points de vue – empiriques, méthodologiques et théoriques – les façons dont le genre et la classe forment deux « régimes d’inégalités » (Acker 2009) en étroite et permanente interaction, et sont inscrits dans des processus de « co-construction ». Sans nier l’intérêt des approches qui se concentrent sur l’analyse du genre – entendu comme rapport social et/ou rapport de pouvoir –, au sein d’une classe – entendue comme groupe social (ex. la « classe populaire ») –, le colloque souhaite privilégier les communications interrogeant en priorité la question de la coproduction des hiérarchies sociales, des inégalités et des rapports de pouvoir.

Il s’agit de mettre au centre de ces journées la question de l’articulation entre genre et classe, en partant du constat de son délaissement relatif dans le champ du féminisme et/ou des études de genre. Celui-ci peut s’expliquer historiquement par le rapport de force engagé pour penser et faire voir le genre comme une catégorie non soluble dans la classe, à un moment où le paradigme marxiste prédominait.

L’objectif de ce colloque est donc de mettre en lumière cette imbrication spécifique, d’en interroger les enjeux contemporains aux niveaux théoriques et méthodologiques, et de tester sa pertinence pour penser le monde social dans des domaines tels que le travail, les mouvements sociaux, les pratiques culturelles, l’éducation ou encore les subjectivités. Cette centration principale sur deux rapports sociaux et catégories d’analyse n’exclut pas de s’intéresser à d’autres rapports sociaux et catégories d’analyse et de penser la manière dont ceux-ci sont également opérants, qu’il s’agisse de la racialisation (Cervulle et Rees-Roberts 2010), de la sexualité (Eribon 2009) ou de l’âge (Rennes 2016), par exemple.


Les propositions de 3000 à 4000 signes sont à envoyer avant le 6 mars 2017 à l’adresse : colloquegenreclasse@gmail.com

Les communications pourront s’inscrire dans les questionnements et axes de réflexion suivants :

1/ Axe « Vie publique, vie privée »

Selon quels processus se construisent les frontières et oppositions entre « vie publique » et « vie privée » et quelle part prend cette construction dans la (re)production ou la (re)négociation des rapports sociaux de sexe et de classe ? Comment la négociation d’une division du travail productif et reproductif s’adosse-t-elle et produit-elle à la fois des rapports de pouvoir de genre et de classe, notamment en contexte d’effritement des fondements de la société salariale ? Comment la distinction entre productif et reproductif se construit-elle socialement ?

Les communications inscrites dans cet axe peuvent se situer à différents niveaux – symbolique, institutionnel ou individuel – pour saisir les processus de séparation, structuration et organisation des sphères sociales et les effets de ces processus sur le plan des rapports de genre et de classe.

Sur le plan thématique, des recherches ont déjà apporté des éclairages sur la division ou la délégation marchande du travail domestique et de care (Molinier 2009 ; Ibos 2012 ; Le Feuvre, Benelli et Rey 2012 ; Avril 2014), la globalisation du care (Hochschild 2000 ; Falquet et al. 2010), ou encore les pratiques et les rapports aux institutions administratives (Siblot 2006), en montrant comment ces différents aspects de la vie sociale peuvent participer à des différenciations où genre et classe se trouvent étroitement reliés. Certains travaux se sont intéressés au rapport à la sexualité ou aux représentations légitimes de la sexualité selon la classe (Skeggs 2015 ; Connell 2005). D’autres ont privilégié une étude critique des masculinités et de leurs hiérarchisations internes en fonction des classes sociales (Connell 2005 ; Connell et Messerschmidt 2005). Les communications peuvent tout autant poursuivre l’exploration de ces thématiques qu’éclairer d’autres modalités de la production des mondes « publics » et « privés » (Schwartz 1990 ; Davidoff et Hall 1987) et leur rôle dans la résistance, la transgression ou la reconfiguration des rapports sociaux.

2/ Mouvements sociaux

La « concurrence des causes » fait partie des conséquences souvent décrites de l’imbrication des oppressions sur les mouvements sociaux. Quels effets peut-elle avoir sur l’agenda et les dynamiques de certains mouvements (féministes, anti-capitalistes, etc.) ? Sous quelles conditions peut-elle être dépassée ? Quels enrichissements une approche croisant genre et classe procure-t-elle à la sociologie politique et à l’étude des mouvements sociaux (Gallot 2015) ? Que peut-elle révéler des inégalités et des hiérarchies au sein des « itinéraires militants » (Filleule 2001 ; Guillaume et Pochic 2011) ? Comment les réflexions autour de l’ « espace de la cause des femmes » (Bereni 2012) peuvent-elles s’articuler à l’étude de mouvements sociaux ou de mobilisations qui lui seraient apparemment étrangers ? Que faire de certains objets embarrassants, tels ces « causes de (femmes) riches », que sont les mobilisations de femmes cadres ou patronnes (Blanchard, Boni-Le Goff et Rabier 2013) ? En s’inscrivant dans cet axe, les propositions de communication pourront éclairer le potentiel heuristique d’un questionnement croisant genre et classe et le déplacement du regard qu’il peut permettre sur des objets « classiques » de la sociologie politique et des mouvements sociaux, qu’il s’agisse de la dynamique de certaines mobilisations – syndicales, politiques, féministes ou anti-féministes – ou du fonctionnement d’organisations non gouvernementales, d’appareils partisans ou de syndicats.

3/ Subjectivités

Selon quels processus socio-historiques, en fonction de quels contextes, se façonnent les subjectivités individuelles ? Quelles parts prennent les rapports sociaux de classe et de genre dans l’économie des sentiments et le cadrage social des émotions (Elias 1973 ; Hochschild 1979) ? Comment l’expression légitime des émotions est-elle contrôlée, servant par exemple à différencier les « bon.ne.s » et les « mauvais.e.s » bénéficiaires des politiques publiques (Delage 2014) ? Comment s’articulent genre et classe dans la division sexuelle du travail émotionnel et de sa marchandisation (Hochschild 1979 ; Adkins 1995 ; Bernstein 2007) et dans les « dispositifs d’élaboration de soi » (Skeggs 2015) ? De quelles expériences subjectives – allant du déshonneur et de la disqualification ordinaire à la haine ou au mépris, en passant par le rire et l’humour, le plaisir et les affects – peuvent se saisir les recherches en sciences sociales ? Qu’y apprend-on sur le monde social, la fabrique des inégalités, la résistance ou le changement des rapports de pouvoirs ? C’est à la place occupée par les subjectivités, leur formation et leur mobilisation (dans la vie ordinaire, le travail ou la perception des inégalités et des discriminations), que cet axe est consacré. Les communications s’y rattachant devront aider à mieux comprendre les relations complexes entre les formes matérielles ou symboliques prises par les rapports de pouvoir de genre et de classe et l’actualisation subjective permanente qui peut les reproduire ou les subvertir.

4/ Pratiques culturelles et éducatives

Les pratiques culturelles sont-elles conditionnées par les appartenances de genre et de classe, ou bénéficient-elles d’une plasticité plus grande que dans d’autres sphères du monde social ? La consommation culturelle contribue-t-elle à renforcer ou bien à redéfinir les hiérarchies de genre et de classe ? De quelles manières s’y imbriquent ces deux catégories ? Si les travaux ethnographiques relevant des cultural studies et croisant genre et classe se sont multipliés à partir des années 1980, ils ont surtout eu à cœur d’observer les pratiques culturellement illégitimes des femmes des classes populaires, comme la lecture de romans « à l’eau de rose » (Radway 1991) ou la consommation de soap operas (Ang 1991 ; Brown 1994). Plus rares sont les recherches croisant le genre et les stratégies de distinction culturelle des classes moyennes et supérieures (Albenga 2007 ; Benstock 1986), une forme d’articulation qui constitue un défi majeur dans le champ de l’analyse des pratiques culturelles. Les propositions de communications devront permettre d’actualiser la recherche articulant le genre et la classe dans les pratiques culturelles, de comprendre les façons ils s’y imbriquent aux niveaux matériel et symbolique, mais aussi la manière dont ces pratiques contribuent en retour à façonner cette imbrication.

Concernant les pratiques éducatives, il est bien établi que la réussite scolaire des filles observées dans de nombreux pays occidentaux est telle qu’elle peut parfois faire mentir certaines tendances à la reproduction sociale dans les premières étapes des carrières scolaires (Terrail 1992 ; Duru-Bellat et al. 2001). Il serait néanmoins intéressant de réunir des travaux qui actualisent ces constats malgré tout anciens et qui analysent plus précisément jusqu’à quel niveau et dans quelle mesure les produits de certaines socialisations féminines permettent de compenser un possible « handicap » scolaire lié à l’origine sociale. Par ailleurs, bien qu’abordé dans certains ouvrages (Bérubé 1997 ; Eribon 2011), le croisement de la question des sexualités et de l’ascension sociale par l’école ou par d’autres institutions reste, à quelques rares exceptions près, relativement peu traitée. Les recherches sur les violences scolaires ouvrent toutefois des pistes pour penser la relation entre genre, classe et sexualité des élèves, dont les comportements liés à la séduction et l’amour sont jugés à l’aune de doubles standards de classe et de genre (Albenga et Garcia à paraître). Il s’agirait également de susciter des communications croisant ces deux dimensions d’analyse afin de montrer comment elles peuvent s’imbriquer.

5/ Questions méthodologiques

Comment appréhender méthodologiquement l’imbrication du genre et de la classe ? Des travaux récents se sont penchés sur le genre et les classes populaires d’une part (Hamel et Siméant 2005), sur le genre dans les classes supérieures d’autre part (Benquet et Laufer 2016). Quelles leçons peut-on en *****, du point de vue méthodologique, pour étudier l’articulation du genre et de la classe ? Autrement dit, peut-on analyser avec les mêmes approches et les mêmes méthodologies les femmes des classes supérieures et celles issues des classes populaires ? Que peuvent apporter l’ethnographie, les approches quantitatives, l’histoire, en la matière ? Quels sont les apports et les difficultés des approches inspirées du « point de vue situé », qui propose de partir de l’expérience sociale du point de vue des opprimé.e.s. (Harding 2008) ? Que produisent, sur le plan méthodologique, certains choix théoriques, par exemple le fait de se situer plutôt dans une perspective matérialiste attentive aux rapports sociaux ou dans un cadre d’analyse poststructuraliste centré sur la capacité d’action des enquêté.e.s ? S’il est relativement simple d’appeler à dépasser une analyse moniste, les travaux empiriques rendent souvent compte des exigences et difficultés posées concrètement par une approche « intersectionnelle ». Les communications s’inscrivant dans cet axe pourront proposer l’exposé de certaines de ces difficultés ou encore une réflexion critique sur les pratiques et bricolages des terrains.

Le colloque est ouvert aux communications issues de différentes disciplines des sciences sociales, histoire, sociologie, science politique, anthropologie. Sont attendues des communications développant une réflexion théorique ou méthodologique clairement inscrite dans un des axes proposés, ainsi que des propositions partant d’un matériau empirique original pour éclairer les questions de recherche. Une attention particulière est demandée pour situer et contextualiser les objets de recherche présentés dans les propositions.


Comité d’organisation : Soline Blanchard (LACCUS), Isabel Boni-Le Goff (CEG), Delphine Chedaleux (CLARE), Pauline Delage (CEG), Nicky Le Feuvre (LACCUS)

Comité scientifique : Viviane Albenga (Mica), Pierre Bataille (METICES), Sébastien Chauvin (CEG), Isabelle Clair (Iris), Fanny Gallot (CREHC), Morgane Kuehni (LACCUS), Sophie Pochic (CMH), Isabelle Zinn (LACCUS).


Bibliographie

ACKER J., « From glass ceiling to inequality regimes », in Buscatto M., Marry C., dossier « Le plafond de verre dans tous ses éclats », Sociologie du travail, 2009, vol. 51, p. 199-217.

ADKINS L., Gendered work: sexuality, family and the labour market, Philadelphia, Open University Press, 1995.

ALBENGA V., « Le genre de "la distinction" : la construction réciproque du genre, de la classe et de la légitimité littéraire dans les pratiques collectives de lecture », Sociétés & Représentations, 2007, vol. 2, n° 24, p. 161-176.

ALBENGA V. et GARCIA M.-C., « La sur-reponsabilisation des filles dans “l’éducation à la sexualité” : une norme scolaire asymétrique », in Hélène BUISSON-FENET (dir.) École(s) des filles, école(s) des femmes, De Boeck, à paraître en 2017.

ANG I., Watching Dallas, London, Routledge, 1991.

AVRIL C., Les aides à domicile. Un autre monde populaire, Paris, La Dispute, 2014.

BARRETT M. et M. MCINTOSH, “The Anti-Social Family”, in Karen V. HANSEN et Anita I. GAREY (ed.), Families in the US: Kinship and Domestic Politics, Philadelphia, Temple University Press, 1998.

BENCQUET M. et J. LAUFER (dir.), « Femmes dirigeantes », Travail, genre et sociétés, 2016, vol. 1, n° 35, p. 19-125.

BENSTOCK S., Women of the left bank: Paris, 1900-1940, University of Texas Press, 1986.

BERENI L., « Penser la transversalité des mobilisations féministes : l'espace de la cause des femmes », in Christine BARD (dir.), Les féministes de la 2ème vague, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012, p. 27-42.

BERNSTEIN E., "*** work for the middle classes", Sexualities, 2007, vol. 10, n° 4, p. 473-488.

BERUBE A. “Intellectual Desire,” in Susan Raffo, ed., Queerly Classed, Boston: South End Press, 1997, 43-66.

BILGE S., « Théorisations féministes de l'intersectionnalité », Diogène, 2009, vol. 1, n° 225, p. 70-88.

BILGE S., « De l'analogie à l'articulation : théoriser la différenciation sociale et l’inégalité complexe », L’Homme et la société, 2010, vol. 2, n° 176-177, p. 43-64.

BLANCHARD S., BONI-LE GOFF I. et M. RABIER, « Une cause de riches ? L’accès des femmes au pouvoir économique », Sociétés contemporaines, 2013, n° 89, p. 101 -130.

BROWN M. E., Soap Opera and Women’s Talk, London, Sage, 1994.

BUTLER J., Le pouvoir des mots. Politique du performatif, Paris, Éditions Amsterdam, 2004.

BRENNER J., Women and the Politics of Class, New York, Monthly Review Press, 2000.

CERVULLE M. et N. REES-ROBERTS, **** Exoticus. Race, classe et critique *****, Paris, Armand Colin, 2010.
CLAIR I., Sociologie du genre, Paris, Armand Colin, 2015.

COMBES D. et M. HAICAULT, « Production et reproduction, rapports sociaux de sexe et de classe », in collectif, Le sexe du travail : Structures familiales et système productif, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1984, p. 155-174.

CONNELL R., Masculinities, Berkeley et Los Angeles, University of California Press, 2005, [2nd ed.].

CONNELL R. et J. W. MESSERSCHMIDT, “Hegemonic masculinity: rethinking the concept”, Gender and Society, 2005, vol. 19, n° 6, p. 829-859.

CRENSHAW K., “Demarginalizing the Intersection of Race and ***: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics”, University of Chicago Legal Forum, 1989, vol. 1989, n° 1, p. 139-67.

CRENSHAW K., “Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color”, Stanford Law Review, 1991, vol. 43, n° 6, p. 1241–1299.

CRENSHAW K., « Cartographie des marges : intersectionnalité, politiques de l’identité et violences contre les femmes de couleur », Cahiers du genre, 39, 2005, pp. 51-82.

DAVIDOFF L. et C. HALL, Family Fortunes: Men and Women of the English Middle Class 1780-1850, Chicago, Chicago University Press, 1987.

DAVIS K., « Intersectionnalité, un mot à la mode. Ce qui fait le succès d’une théorie féministe », Les Cahiers du Cedref [en ligne], n° 20, 2015.

DELAGE P., Violence conjugale/Domestic violence. Sociologie comparée d’une cause féministe (France/Etats-Unis, 1970-2013), Thèse de sociologie, Paris, EHESS, 2014.

DELPHY C., L’ennemi principal, Tome 1. L’économie politique du patriarcat, Paris, Syllepse, 1998.

DELPHY C., L’Ennemi Principal. Tome 2 : Penser le genre, Paris, Syllepse, 2001.

DORLIN E. (dir.)., Black Feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, Paris, L’Harmattan, 2008.

DORLIN E. (dir.), Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination, Paris, Presses Universitaires de France, 2009.

DURU-BELLAT M., KIEFFER A. et C. MARRY, « La dynamique des scolarités des filles : le double handicap questionné », Revue française de sociologie, 2001, vol. 42, n° 2, p. 251-280.

FRASER N., « Multiculturalisme, anti-essentialisme et démocratie radicale », Les Cahiers du genre, 2005, vol. 2, n° 39, p. 27-50.

DORLIN E., La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, Paris, La Découverte, 2009.

ELIAS N., La Civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 2005 [1973].

ERIBON D., Retour à Reims, Paris, Fayard, 2009

ERIBON D., Retours sur Retour à Reims, Paris, Cartouche, 2011

FALQUET J., HIRATA H., KERGOAT D., LABARI B., LE FEUVRE N. et F. SOW (dir.), Le sexe de la mondialisation. Genre, classe, race et nouvelle division du travail, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.

FALQUET J. et A. KIAN (dir.), « Intersectionnalité et colonialité », Les Cahiers du CEDREF [en ligne], 2015, n° 20.

FASSA F., LEPINARD E. et M. ROCA i ESCODA (dir.), L’intersectionnalité : Enjeux théoriques et politiques, Paris, La Dispute, 2016.

FASSIN E., « D’un langage l’autre : l’intersectionnalité comme traduction », Raisons politiques, 2015, n° 58, p. 9-24.

FEDERICI S., Caliban and the Witch: Women, the Body and Primitive Accumulation, Brooklyn, Autonomedia, 2004.

FILLEULE O. « Propositions pour une analyse processuelle de l’engagement individuel », Revue française de science politique, 2001, vol. 51, n° 1-2, p. 199-215.

FRASER N., « Multiculturalisme, anti-essentialisme et démocratie radicale », Les Cahiers du genre, 2005, vol. 2, n° 39, p. 27-50.

GALERAND E. et D. KERGOAT, « Consubstantialité vs intersectionnalité ? À propos de l’imbrication des rapports sociaux », Nouvelles pratiques sociales, 2014, vol. 26, n° 2, p. 44-61.

GALLOT F., En découdre. Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société, Paris, La Découverte, 2015.

GUILLAUME C. et S. POCHIC, “The Organisational Nature of Union Careers. The touchstone of equality policies? Comparing France and the UK”, European Societies, 2011, vol. 1, p. 1-25.

GUILLAUMIN C., Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, Paris, Côté-femmes & Indigo, 1992.

HAMEL C. et J. SIMEANT (dir.), « Genre et classes populaires », Genèses, 2006, vol. 3, no 64.

HARDING S., Sciences From Below: Feminisms, Postcolonialisms, and Modernities, Durham and London, Duke University Press, 2008.

HARTMANN H. I., “The unhappy marriage of Marxism and feminism: Towards a more progressive union”, Capital & Class, 1979, vol. 3, n° 2, p. 1-33.

HILL COLLINS P., “Toward a New Vision: Race, Class, and Gender as Categories of Analysis and Connection”, Race, *** & Class, 1993, vol. 1, n° 1, p. 25-45.

HOCHSCHILD A. “Emotion Work, Feeling Rules, and Social Structure”, American Journal of Sociology, 1979, vol. 85, n° 3, p. 551-575

HOCHSCHILD A., « Global care chains and emotional surplus value », in W. HUTTON and A. GIDDENS (eds), On The Edge: Living with Global Capitalism, London, Jonathan Cape, 2000, p. 130-46.

IBOS C., Qui gardera nos enfants ? Les « nounous » et les mères, Paris, Flammarion, 2012.

JAUNAIT A. et S. CHAUVIN, « Représenter l’intersection. Les théories de l’intersectionnalité à l’épreuve des sciences sociales », Revue française de science politique, 2012, vol. 62, n° 1, p. 5-20.

KERGOAT D., « Ouvriers = ouvrières ? Propositions pour une articulation théorique de deux variables : sexe et classe sociale », Critiques de l’économie politique, 1978, n° 5, p. 65-97.

KERGOAT D., Se battre disent-elles..., Paris, La Dispute, 2012.

LE FEUVRE N., BENELLI N. et S. REY, « Relationnels, les métiers de service ? », Nouvelles questions féministes, 2012, vol. 31, n° 2, p. 4-12.

LÖWY I. et C. MARRY, Pour en finir avec la domination masculine : de A à Z, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, 2007.

MOLINIER P., « Des féministes et de leurs femmes de ménage : entre réciprocité du care et souhait de dépersonnalisation », Multitudes, 2009, vol. 2, n° 37-38), p. 113-121.

MOLYNEUX M., “Beyond the domestic labour debate”, New Left Review, 1979, n° 116, p. 3-27.

PFEFFERKORN R., Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris, La Dispute, 2007.

RADWAY J., Reading the Romance, London, University of North Carolina Press, 1991 [1984].

RENNES J., Encyclopédie critique du genre. Corps, sexualité, rapports sociaux, Paris, La Découverte, 2016.

REVILLARD A. et L. DE VERDALLE, « « Faire » le genre, la race et la classe » Introduction à la traduction de « Doing Difference », Terrains & travaux, 2006/1 n° 10, pp. 91-102.

SIBLOT Y. « « Je suis la secrétaire de la famille ! » La prise en charge féminine des tâches administratives entre subordination et ressource », Genèses 2006/3 (no 64), p. 46-66.

SKEGGS B., Des femmes respectables. Classe et genre en milieu populaire, Marseille, Agone, 2015 [1997].

SMITH D.E., The everyday world as problematic. A feminist sociology, Boston, Northwestern University Press, 1987.

SCHWARTZ O., Le Monde privé des ouvriers. Hommes et femmes du Nord, Paris, Presses universitaires de France, 1990.

TERRAIL J.-P., « Réussite scolaire : la mobilisation des filles », Sociétés contemporaines, vol. 11, n° 1, 1992, p. 53-89.

WEST C., ZIMMERMAN D., « Doing Gender », Gender and Society, vol.1, n°2, 1987, pp.125-151.

WEST C., FENSTERMAKER S., « Doing Difference », Gender and Society, vol. 9, n°1, 1995, pp. 8-37.

WRIGHT T, Gender and Sexuality in Male-Dominated Occupations, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2016.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 374
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Jeu 19 Jan - 19:28

Du nouveau dans l'approche marxiste de "l'articulation classe-genre(-race)"


Intersection, articulation : l’algèbre féministe

Jonathan Martineau, revue Période

Deux innovations théoriques majeures ont récemment marqué le féminisme marxiste à l’échelle internationale. D’une part, il s’agit du renouveau du féminisme de la reproduction sociale. D’autre part, il s’agit de la redécouverte par les féministes antiracistes de la méthodologie socio-historique d’E. P. Thompson, pour laquelle l’expérience collective est l’unité de tous les moments de la vie sociale. Jonathan Martineau se saisit de ces concepts pour approfondir l’idée d’une théorie féministe unitaire. Contre toutes les tentatives de réifier les oppressions, de séparer patriarcat et capitalisme en système distincts, de sous-estimer l’importance de la racialisation, Martineau montre qu’il est possible de penser une théorie féministe dans laquelle le capitalisme produit des différenciations tant de genre que de race.


Jonathan Martineau a écrit:
Cet article veut rendre compte d’innovations et réflexions théoriques dans la littérature anglophone qui ont cherché à repenser les catégories marxistes à l’aune des problématiques des rapports de genre et des processus racisés. Si les travaux d’auteures anglophones associées aux théories de l’intersectionnalité ont été largement reçus et débattus dans le monde francophone, certaines théoriciennes qui ont abordé les questions de l’oppression de genre et de race en retrait des théories de l’intersectionnalité et en continuité avec la théorie marxiste n’ont pas reçu la même attention, et ne sont pas traduites en français pour la plupart. Il semble pertinent de tracer les contours de ces contributions, dans le but d’encourager un dialogue avec les courants féministes matérialistes francophones, qui bien qu’ils aient continué d’innover de façon importante sur le plan théorique, l’ont fait somme toute en lien moins explicite avec l’héritage de la théorie marxiste. Ce texte vise à présenter plus particulièrement les contributions des sociologues Lise Vogel et Himani Bannerji, ainsi que des éléments du contexte intellectuel dans lequel elles sont intervenues. Ces auteures ont largement contribué à poser les jalons d’une ouverture du marxisme aux problématiques de genre et de race, et leurs travaux trouvent écho au sein de l’école de la théorie de la reproduction sociale, qui jouit d’un élan important dans les 10 à 15 dernières années, notamment au Canada. Pour préciser leurs propositions et leurs points d’appui théorique, un bref retour sur l’articulation de la question de l’oppression de genre dans la théorie marxiste est proposé.

Quatre grands axes structurent donc le présent texte :

(1) Examiner des éléments clés du rapport entre marxisme et oppression des femmes en mobilisant certaines relectures de Marx et Engels sur le genre et la famille proposées par des théoriciennes féministes contemporaines, en l’occurrence Sheila Rowbotham et Heather Brown. Ces lectures soulignent des outils théoriques pertinents chez Marx et Engels pour penser l’oppression de genre, tout comme des limites importantes.

(2) Revoir certaines coordonnées centrales du débat sur le travail domestique, qui a agi comme un axe structurant pour le dialogue entre marxisme et féminisme dans les années 1970.  Ce débat représente un chantier théorique d’articulation entre la critique marxiste et la théorie féministe où Vogel et la pensée marxiste féministe subséquente ont puisé plusieurs propositions théoriques centrales (nous mettons ici l’accent sur ce débat dans la littérature anglophone). Il s’agit ensuite d’examiner deux contributions théoriques exemplaires de l’ouverture du cadre marxiste aux questions de genre et de processus racisés dans la pensée sociologique anglophone contemporaine,

(3) celle de Lise Vogel, qui revisite le débat sur le travail domestique et propose une théorisation de l’articulation entre capitalisme et oppression des femmes qui trouve écho dans les apports récents de l’école de la théorie de la reproduction sociale, telle qu’elle se forme notamment au Canada dans les 15 dernières années; et

(4) celle d’Himani Bannerji, qui intègre à une approche marxiste féministe une analyse des processus racisés et de l’impérialisme.


1 - Lectures féministes de Marx et Engels sur le genre et la famille. L’articulation genre\classe.

Une résurgence des études sur la place du genre chez Marx est notable dans les dernières années (Gimenez 2001; Klotz 2006; Leeb 2007), résurgence ancrée comme le souligne Heather Brown dans un contexte de crise du capitalisme néolibéral et d’exacerbation de ses formes d’oppression genrées, et de l’échec du féminisme poststructuraliste à produire un féminisme véritablement anticapitaliste (Brown 2012, p. 3-4)1. Bien qu’il n’existe pas de théorisation directe du genre dans l’œuvre de Marx, s’y trouvent par contre des allusions, des commentaires, et des pistes théoriques importantes. Les relectures contemporaines de l’articulation entre genre et classe dans le marxisme classique s’articulent autour de deux façons de poser ce problème. Il y a d’une part la question de la subordination du genre à la classe, aux plans théoriques et politiques dans l’histoire du marxisme. Si les lectures féministes de Marx et Engels comme celle de Rowbotham (2014/1973) l’ont relevé, la contribution récente d’Heather Brown (2012), exhaustive de par son accès à des écrits non publiés de Marx, complexifie ce constat en ce qui concerne l’œuvre de Marx. D’autre part, comme le suggère Vogel (2013), le problème de l’articulation genre/classe sur le plan politique pourrait bien s’enraciner dans une tension entre approches théoriques duelle et unitaire, tension remontant aux écrits mêmes de Marx et Engels.

La lecture de Rowbotham replace Marx et Engels dans leur contexte historique. Sur le plan politique, elle note le développement du mouvement syndical et du féminisme bourgeois comme deux aspects importants qui sous-tendent leur questionnement sur le genre et la famille. Ce contexte est également celui d’une articulation de la question de la libération des femmes principalement dans la tradition du socialisme utopique, et Marx et Engels, selon Rowbotham, contribueront grandement à en dépasser la rhétorique romantique. Au-delà de la reformulation par Marx de l’affirmation de Fourier selon laquelle le degré d’émancipation des femmes est un indice de l’avancement historique de la société2, Rowbotham note que la prémisse de la philosophie marxiste voulant que la relation historique particulière des humains avec la nature affecte leurs rapports entre eux tout en historicisant la nature, implique que la question des rapports sociaux entre les hommes et les femmes est une question historique et devrait être traitée comme telle3.

Le contexte socio-économique de Marx et Engels est marqué par l’avènement du capitalisme industriel qui déploie une série d’effets structurants et déstructurants sur la famille et les rapports de genre, effets différenciés selon les situations de classe. Une séparation s’opère entre foyer et production, et la famille devient davantage une unité de consommation qu’une unité productive. Dans les classes moyennes et aisées, le capitalisme exclut les femmes; exclusion des formes de propriété bourgeoises et du travail salarié. Marx et Engels en formulent des critiques acerbes.

Au sein des classes ouvrières, l’avènement du capitalisme industriel a signifié une entrée en masse des femmes sur le marché du travail. Le travail des femmes, et aussi des enfants, s’est positionné dans plusieurs contextes industriels comme réponse à des processus de mécanisation et forme de différentiation du salariat. De ce point de vue, le capitalisme semble prendre appui sur, et articuler, des formes patriarcales. Rowbotham relève également comment ces processus de prolétarisation des femmes se manifestent autour de nouveaux rapports de classe et de genre, par exemple dans le phénomène de la prostitution dans des contextes de concentration de population ouvrière dans certains centres urbains.

Rowbotham note qu’Engels (1972) innove davantage que Marx dans l’analyse de la sphère reproductive, lui qui décrivait l’avènement du mariage monogame comme la « grande défaite historique du sexe féminin » et l’établissement d’un rapport homme-femme sous une forme rappelant une opposition de classe. Engels établit une analyse duelle de la production comme comprenant une sphère de la production des nécessités de la vie, l’économie, et une sphère de la production des êtres humains, la famille. La famille est donc conçue comme une force productive avec son économie politique propre, à l’extérieur du marché, une idée qui demeurera centrale dans la pensée marxiste féministe ultérieure et que Vogel identifiera comme base des approches duelles, comme nous le verrons plus bas. Ces deux sphères n’évoluent toutefois pas en vase clos, la famille est vue comme un microcosme des contradictions et des oppositions de la société dans son ensemble.

Engels, tout comme Marx d’ailleurs, était d’avis que l’industrie moderne allait mettre fin à ce qu’il appelait l’« esclavage domestique » des épouses. L’absorption des femmes dans la production économique allait faire en sorte que le travail domestique deviendrait une affaire publique. La réalité aura été toute autre : les femmes ouvrières ont plutôt hérité d’un doublement des tâches, au travail et à la maison. Les législations subséquentes limitant le travail des femmes vont alimenter une contre-tendance à la dissolution de la famille patriarcale et « re-domestiquer » en quelque sorte le travail des ouvrières. La tendance forte à la féminisation des travaux domestiques va alimenter tout le débat sur le travail domestique qui marquera le marxisme féministe des années 1970 (nous y revenons plus bas). Bien que Rowbotham identifie les limites manifestes de l’analyse d’Engels, elle réhabilite l’importance de chercher à comprendre les relations entre mode de production et mode de reproduction dans une perspective historique.

En contexte donc, les contributions de Marx et Engels sont notables, mais bien incomplètes. À ce titre, Rowbotham souligne deux aspects cruciaux chez Marx et Engels qui auront des répercussions importantes dans la tradition marxiste et socialiste : (1) une vision de l’émancipation des femmes qui dépendrait de l’émancipation de la classe ouvrière, et, de façon reliée, (2) l’absence de prise en compte de l’agentivité des femmes dans leur propre libération4.

Ces questions restent d’actualité dans les relectures féministes de Marx plus récentes, comme celle d’Heather Brown (2012). Un peu à la manière de Rowbotham, Brown note l’importance de certaines postures théoriques de Marx pour l’analyse féministe. Sur la question de l’historicisation de l’oppression de genre, Brown met l’accent sur le traitement dialectique des dualismes chez Marx, par exemple les dualismes « nature-culture » et « production-reproduction ». En positionnant ces dualismes comme des moments d’un tout social, ils sont conçus comme historiques et transitoires. Cela permet de penser le genre comme une catégorie changeante et en constant développement historique, plutôt que statique. L’analyse de la division genrée du travail dans l’Idéologie allemande permet également de la dénaturaliser et de la concevoir comme un construit sociohistorique: Marx pense que la forme sociale de la vie productive a des effets déterminants sur la forme familiale, et conséquemment sur les rapports entre les sexes. Dans ses cahiers de notes sur Morgan, Lange et Maine, Marx semble comprendre le genre et la classe comme reliés de façon fondamentale par des développements historiques parallèles. En outre, en séparant certains éléments patriarcaux historiquement spécifiques des formes plus générales de l’oppression des femmes, Marx invite selon Brown à une analyse plus fine des formes patriarcales spécifiques au capitalisme.

L’analyse de Brown des derniers cahiers de notes de Marx la porte toutefois à croire que la subordination de l’émancipation des femmes à celle de la classe ouvrière n’est pas nécessairement, ou systématiquement, la position par défaut chez Marx. Aux côtés de la classe ouvrière, d’autres groupes sociaux deviennent des vecteurs importants d’agentivité historique : « Marx a incorporé de nouveaux sujets historiques dans sa théorie. La classe ouvrière, comme entité abstraite, n’était pas le seul groupe capable de révolution. Les paysans, et surtout les femmes, devinrent également d’importantes forces de changement dans la théorie de Marx. Ces cahiers de notes contiennent quelques indications, bien que fragmentaires, d’un Marx qui conçoit les femmes comme des sujets du procès historique » (Brown 2012, p. 217. Traduction libre). Elle poursuit sur le potentiel d’ouverture de la théorie marxiste aux problématiques de genre, « il y a plusieurs endroits où la théorie de la société de Marx offre la possibilité d’incorporer des idées féministes au sein du marxisme pour établir une théorie unitaire de l’oppression de genre et de classe, sans qu’aucune ne soit fondamentalement privilégiée par rapport à l’autre » (Brown 2012, p. 218. Traduction libre).

Nonobstant les remarques de Brown, Rowbotham, tout comme la grande majorité des lectures féministes de Marx, a souligné la subordination de la question du genre à celle de la classe. Celle-ci s’est reflétée dans une subordination de la question de l’émancipation des femmes à celle de l’émancipation de la classe ouvrière qui a parcouru l’histoire du marxisme et du socialisme, et une résistance d’une certaine frange du marxisme, plus conservateur, vis-à-vis du féminisme, source de tensions qu’Abigail Bakan analyse sous le terme de « dissonance épistémologique » (Bakan 2012).

Lise Vogel aborde cette question du rapport entre classe et genre dans l’histoire du socialisme sous un angle différent. Vogel postule en effet une autre opposition, entre d’une part une approche duelle de l’articulation genre\classe, reposant sur une analyse des imbrications entre rapport d’exploitation de classe et rapport d’oppression de genre, et d’autre part une approche unitaire qui intègre la question de l’oppression des femmes dans la problématique de la reproduction sociale. La première approche, qui remonte aux écrits de jeunesse de Marx et Engels et au fameux L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État de Engels, concevrait l’émancipation des femmes du point de vue d’un gain d’autonomie ou de l’indépendance financière, alors que la deuxième approche, unitaire, décelable dans Le Capital (nous y reviendrons plus bas), suggérerait une politique plus explicitement anticapitaliste. La question, vue de cet angle, ne se limite donc pas à une question politique, elle découle également de différentes postures théoriques. C’est la grande carrière historique du texte d’Engels, jumelée à l’influence de Bebel, qui explique en partie la prédominance des approches duelles dans la tradition socialiste, surtout dans les courants réformistes, en contraste d’un examen attentif des textes du Marx de la maturité qui suggère davantage l’approfondissement d’une approche unitaire de la reproduction sociale, dont Vogel décèle des traces chez Lénine et Zetkin (Vogel 2013, p.137-140). Ce qu’il s’agit de formuler, selon Vogel, ce sont les coordonnées théoriques d’une théorie unitaire de la reproduction sociale, une théorie du capitalisme patriarcal.


2 - Le débat sur le travail domestique des années 1970 et le rapprochement théorique entre marxisme et féminisme.

Les analyses marxistes féministes qui se développent dans les années 1970 vont chercher non pas simplement à annoter les écrits de Marx et Engels sur le genre et la famille, mais à réviser et élargir les catégories marxistes pour théoriser de manière novatrice l’oppression des femmes dans le « capitalisme patriarcal ». Le débat sur le travail domestique illustre bien quelques tenants et aboutissants de cette littérature, en cernant une question fondamentale à tout l’édifice théorique marxiste féministe : la relation entre travail domestique et reproduction de la force de travail.

L’analyse se concentre donc sur la forme historique spécifique des mécanismes patriarcaux socio-matériels dans le capitalisme, notamment le travail domestique assigné aux femmes. Au-delà de la non-marchandisation et de la non-salarisation de ce travail sous le capitalisme, la contribution fondatrice de Margaret Benston (1969) met l’accent sur la nature fondamentalement productive du travail ménager, et sur son indispensabilité à la reproduction du capitalisme en permettant aux travailleurs de se reproduire. S’ouvre ainsi tout un cadre analytique qui permet de situer l’expérience de l’oppression des femmes en rapport avec le mode de production capitaliste. Benston suggère d’ailleurs du même souffle que la position différenciée des hommes (producteurs de marchandises) et des femmes (productrices de valeurs d’usage) en relation avec la structure productive capitaliste invite à une reconceptualisation de la « catégorie femme » en tant que rapport de classe dans le sens traditionnel marxiste, un postulat que l’on retrouvera entre autres également chez Ann Ferguson5 (1979).

La suite de ce débat s’articule autour de la question de la production ou non de survaleur par le travail domestique6. À cette question, Benston avait déjà répondu par la négative. Le travail domestique produit des valeurs d’usages qui ne sont pas mises en marché ou produites pour la vente. Les produits du travail domestique ne sont donc pas des valeurs d’échange, et par conséquent le travail domestique ne produit pas de survaleur. Mariarosa Dalla Costa (1972) répond pour sa part par l’affirmative: le travail domestique produit de la survaleur, en produisant la marchandise force de travail elle-même productrice de survaleur. Cette position demeure par contre relativement marginale7, et Peggy Morton (1971) et Vogel (2013), entre autres, vont rappeler que le travail domestique n’est pas salarié, et que s’il produit la force de travail, c’est bien celle-ci qui est exploitée par le capital de façon directe. Par conséquent, le travail domestique ne produit pas de survaleur au sens strict. Si le fait que les hommes tirent avantage du travail domestique des femmes demeure bien réel, ce n’est toutefois pas une exploitation qui est elle-même capitaliste.

Bien que le travail domestique ait donc sa logique productive propre, il ne doit pas pour autant être pensé comme extérieur au capitalisme. Comme le dit Benston, le travail domestique est un travail « socialement nécessaire » au capitalisme (1969, p. 15). Il est productif de quelque chose d’indispensable au capitalisme : les travailleurs, la force de travail. Sans cette production de la force de travail, donc sans travail domestique, il n’y a pas de capital. Un lien fondamental entre travail domestique et capitalisme est donc identifié, et il réside dans la production de la force de travail.

Pour reprendre la distinction de Vogel notée plus haut, une tendance de fond de ces contributions sur le plan théorique est de tenter de proposer un cadre unitaire « marxiste féministe » de l’oppression des femmes dans le capitalisme. Toutefois, postulant « l’aveuglement au sexe » des catégories marxistes, des approches duelles chercheront à la fin des années 1970 à analyser l’oppression des femmes dans le capitalisme comme le produit de deux systèmes, patriarcat et capitalisme, distincts (Molyneux 1979; Mitchell 1975; Ferguson 1979; Hartmann 1979). Alors que Juliet Mitchell postule l’existence a priori séparée d’un système idéologique patriarcal universel et transhistorique, supplémenté par des relations historico-matérielles issues du capitalisme, des interventions comme celles de Heidi Hartmann et Ann Ferguson vont plutôt tenter de théoriser le patriarcat et le capitalisme comme deux systèmes de relations socio-matérielles distincts. Il s’agit d’analyser la logique propre de chacun de ces deux systèmes, pour supplémenter l’analyse des rapports de classe capitaliste d’un appareil conceptuel pouvant rendre contre du pouvoir des hommes sur les femmes.

Les tenantes d’une approche unitaire vont à leur tour relever certaines contradictions au sein des approches duelles (voir aussi Ferguson et McNally 2013). Iris Young (1981) en identifie deux prédominantes. Premièrement, elle reproche à Mitchell de dé-historiciser l’oppression des femmes, et d’ultimement ne pas savoir rendre compte de sa complexité et son détail. Deuxièmement, Young déplore chez Hartmann et Ferguson que l’analyse séparée des relations productives au sein de la famille et au sein de l’économie « tend à hypostasier en une forme universelle cette division entre famille et économie spécifique au capitalisme » (1981, p. 48. Traduction libre). De plus, cette séparation, en situant l’oppression des femmes sur le plan de la famille à laquelle le capitalisme serait extérieur, peine à expliquer des phénomènes tels l’objectification du corps des femmes dans les stratégies publicitaires d’entreprises capitalistes ou encore l’oppression des femmes sur les lieux de travail. Plus généralement, notons que des incompatibilités existent entre la théorie marxiste, qui postule un développement historique dynamique basé sur des changements sociaux, économiques et technologiques qui impliquent également des changements dans les modes d’individuation, les formes de rapports sociaux, la culture et la psychologie des êtres humains, et la théorie du patriarcat employée chez Mitchell qui propose une vision plutôt statique et transhistorique de la nature humaine sur le plan psychologique et culturel, où certains modes de binarité masculin-féminin demeurent constants. Notons également que les approches duelles réifient deux formes d’oppression, et ce au détriment de l’intégration d’autres formes à leur cadre analytique, le racisme et l’hétérosexisme, par exemple.

Au lieu d’un tel mélange de théories difficilement compatibles, qui se résume à l’ajout d’une théorie du genre laissant au final intactes les catégories marxistes dans leur champ d’application, Young réaffirme la nécessité d’une approche unitaire qui repense le marxisme même, dans ses catégories propres, pour qu’il puisse rendre compte des racines matérielles de l’oppression des femmes. Elle-même propose une analyse prenant pour point d’ancrage la division genrée du travail qui met l’accent sur la différentiation de la force de travail dans un système capitaliste comme clé de voute de la marginalisation et mise en second plan de la force de travail des femmes. Cet appel à une véritable intégration théorique des rapports genrés dans une théorie globale des rapports de production sera également entendu par Lise Vogel au début des années 1980.


3 - Lise Vogel : vers une théorie unitaire du capitalisme patriarcal.

La contribution de Vogel représente un exercice théorique ambitieux vers une théorie unitaire du capitalisme patriarcal, la théorie de la reproduction sociale. Il importe d’ailleurs de situer le niveau d’abstraction de l’intervention vogelienne: il s’agit d’une analyse dans laquelle des concepts sont mis en relation dans une structure théorique, et non pas d’une analyse empirique des conditions d’oppression des femmes dans une situation donnée. Dans cette entreprise, Vogel ne cherche pas à superposer une théorie du patriarcat aux catégories marxistes, mais à ouvrir les catégories mêmes de Marx pour les rendre aptes à expliquer les bases matérielles de l’oppression des femmes. Pour ce faire, il faut évidemment approcher Le Capital d’une façon non dogmatique et critique. Il faut aussi non seulement étendre les concepts marxistes, mais remplir certains vides théoriques laissés par Marx.

Prenant ses repères du débat sur le travail domestique, Vogel revisite ce moment crucial dans Le Capital où Marx aborde la marchandise spéciale qui soutient l’édifice de la production de survaleur : la force de travail, dont la valeur d’usage « a cette particularité d’être source de valeur » (Marx 2009, p. 188). Non seulement elle est source de valeur, mais elle en produit plus qu’elle n’en coûte. La force de travail est donc une marchandise spéciale dont la valeur d’usage (valeur produite par le travail) excède systématiquement la valeur d’échange (salaire versé). Marx situe la survaleur dans la différence quantitative entre la valeur d’usage de la force de travail et sa valeur d’échange. L’exploitation du travail par le capital réside dans l’appropriation de ce surplus, cette survaleur, par le capitaliste.

Dans ce passage, Marx s’attarde à la question de la valeur de la force de travail. C’est à ce moment, insiste Vogel, qu’il faut en définitive poser la question que Marx ne pose pas : comment la force de travail elle-même est-elle produite et reproduite? Elle opère donc ici un réalignement de la problématique de la question de la valeur de la marchandise force de travail vers la question de sa production et reproduction. Vogel situe la reproduction de la force de travail dans un site, la famille ouvrière, basé sur des relations de parenté, et elle identifie le processus, dans le capitalisme, qui reproduit cette force de travail dans la famille ouvrière : le travail domestique assigné aux femmes.

La force de travail, même dans le capitalisme, est produite de façon non-capitaliste pour Vogel. Comme le disait Benston, le travail domestique est productif, mais il ne produit pas de valeur d’échange et de survaleur. Il produit des valeurs d’usage, les soins, le nettoyage, la préparation des repas, les courses, la garde des enfants, l’allaitement, etc., qui servent à produire et reproduire de la force de travail sous deux aspects : quotidien et générationnel. Sur le plan quotidien, le travail domestique permet au travailleur de se reposer, manger, se laver, dormir, changer ses vêtements, reconstituer ses énergies, et se représenter au travail le jour suivant avec une capacité de travailler renouvelée. Sur le plan générationnel, la fonction du travail domestique est de remplacer la force de travail qui quitte le marché du travail pour cause de mort, de retraite, de vieillesse, ou d’incapacité, par des forces fraîches, donc de produire une autre génération de travailleurs.

La séparation entre la sphère de la reproduction et celle de la production est une spécificité du capitalisme par rapport aux autres sociétés de classe. Corolaire de cette séparation s’opère une codification genrée du travail domestique reproductif au féminin. Pour Vogel, et c’est bien là le point crucial qui lie capitalisme et oppression des femmes ouvrières, le capitalisme prend appui sur une telle forme de normes genrées sur la base de la différence sexuelle des corps, et de l’apport différencié des corps hommes et femmes à la reproduction de la force de travail, plus précisément la reproduction générationnelle. En d’autres mots, la grossesse, l’accouchement et l’allaitement nécessitant des corps de sexe féminin, le capitalisme dépend du corps des femmes pour reproduire un bassin de main-d’œuvre exploitable. S’exercent donc des pressions soit directes, soit par l’entremise d’institutions étatiques, culturelles ou autres, pour coder le travail domestique comme un travail féminisé de manière à assurer un contrôle sur les capacités biologiques des corps des femmes8. Ce travail domestique genré a été nécessaire au développement historique du système capitaliste, celui-ci repose donc sur des rapports de production de classe, mais aussi de genre. Aussi opprimantes et aliénantes que soient les conditions d’oppression privée et de l’exploitation du travail domestique des femmes par les hommes, c’est donc dans la position occupée par les femmes sur le plan de la reproduction générationnelle de la force de travail de la totalité sociale, et, ajoute Vogel, sur le plan de leur inégalité juridique, que réside les bases matérielles de l’oppression des femmes dans le capitalisme (voir aussi Ferguson et McNally 2013).

Précisons que l’argument de Vogel n’implique pas un déterminisme biologique dans l’oppression des femmes. Il s’agit plutôt d’une construction de normes sociales genrées de travail autour des différences sexuelles des corps. Il n’est pas question ici d’un effet « naturel » de la biologie, mais plutôt d’un système social, le capitalisme, qui favorise des rapports genrés inégalitaires autour de différences sexuelles en vue de réguler les corps des femmes. En ce sens, le capitalisme est un système patriarcal, bien que cet argument ne soit pas purement fonctionnaliste : le capitalisme n’a pas créé la famille hétérosexuelle nucléaire pour ses propres besoins. La famille nucléaire patriarcale s’institutionnalise plutôt, selon Vogel, au fil de contradictions sociales : elle a été d’une part protégée et défendue par les familles ouvrières elles-mêmes qui ont résisté à certaines forces centrifuges du capitalisme, par exemple l’inclusion des femmes et des enfants dans le salariat, alors que d’autre part elle a aussi été renforcée et modifiée de façon délibérée par les États capitalistes pour assurer une contre-tendance centripète pour préserver, moderniser, adapter la famille aux besoins de reproduction du capital. La famille patriarcale ouvrière comme site de la reproduction de la force de travail dans le capitalisme n’est donc pas une nécessité fonctionnelle; le capitalisme pourrait très bien s’accommoder d’une reproduction quotidienne de la force de travail gérée dans des institutions non-familiales, par exemple dans des camps de travail privé. Il s’agit bien d’un développement historique, et le capitalisme peut tolérer toutes les modifications à l’institution familiale qui ne remettent pas en cause le fait que les femmes soient responsables en général du travail reproductif. En identifiant le besoin indépassable du capitalisme pour un site genré de reproduction (surtout générationnelle) de la force de travail, Vogel donne à voir pourquoi le capitalisme, malgré une panoplie de formes nationales différentes, comprend une tendance historique lourde à reproduire l’oppression de genre. Toutefois, l’accent théorique décidément non-fonctionnaliste de Vogel permet de complexifier et de dialectiser la relation entre capitalisme et travail domestique. En ce sens, le fait qu’elle souligne que le patriarcat est aussi un coût pour le capital est crucial. En effet, le travail domestique féminisé réduit la quantité disponible de travailleurs, exerçant ainsi une pression à la hausse sur la valeur marchande de la force de travail. L’idéal ici pour le capital serait donc de perpétuer la famille nucléaire tout en poussant les femmes dans le travail salarié, et de perpétuer le sexisme, surtout dans la classe ouvrière, puisqu’il permet de reproduire l’armée de réserve des femmes et exercer une pression à la baisse sur les salaires. Cette complexification ouverte par une approche dépassant le fonctionnalisme basique montre bien que le rapport entre sexisme et capitalisme est loin d’être figé, et problématise les arguments présentant le travail domestique comme une simple nécessité du capitalisme. Vogel nous permet de voir la grande fluidité de l’oppression, et la contingence qui l’a fait s’ancrer historiquement en grande partie autour du travail domestique.

Le niveau d’abstraction de la contribution de Vogel fait en sorte que la théorie procure une certaine direction, mais ne peut pas se substituer à l’analyse des situations concrètes pour une compréhension historique plus fine des mécanismes d’oppression de classe et de genre, et pour l’élaboration de stratégies politiques. Johanna Brenner (1984) souligne également une limite importante : malgré ses visées unitaires, la théorie vogelienne peine tout de même à expliquer le conflit d’intérêts entre hommes et femmes et l’exercice presque universel du pouvoir des hommes sur les femmes. Si la théorie de Vogel permet de saisir le lien structurel entre famille et capitalisme, tout en soulignant la grande malléabilité historique du capitalisme et la nécessité de dépasser les analyses fonctionnalisantes du travail domestique, elle offre peu d’outils pour analyser le pouvoir masculin qui s’exerce au sein de la famille par exemple.

Les travaux de Vogel, après un hiatus d’une vingtaine d’années où ils ne trouvèrent que très peu d’écho dans la littérature, refont surface aujourd’hui dans les travaux de l’école de la théorie de la reproduction sociale qui se développe dans les 10 à 15 dernières années. Cette école innove dans le champ des études féministes et marxistes sur des thèmes centraux tels que le néolibéralisme et ses crises, les relations internationales, les politiques publiques, le travail migrant, la théorie critique, la mondialisation et la culture (Bakker 2007; Bakker et Gill 2003; Ferguson 2008; Camfield 2002; Katz 2001; Ferguson et McNally 2015; Bezancon et Luxton 2006; Rioux 2014).

Ces travaux témoignent de deux réflexions majeures apportées par la théorie de la reproduction sociale par rapport aux contributions de Vogel. D’une part, le point de départ des analyses se situe moins sur le plan des structures du système, et davantage sur celui de l’expérience vécue. Empruntant entre autres au concept d’expérience de E.P. Thompson et Raymond Williams, cette littérature conçoit les rapports de pouvoir de façon expérientielle et située. Le point de départ de l’analyse réside donc dans la pratique sociale, l’activité des gens, leur travail au sens large, c’est-à-dire au sens de production et d’interaction avec les autres et le monde. C’est en suivant ce travail, ces pratiques incarnées, et l’expérience des gens, qu’on en voit les ramifications dans des systèmes de pouvoir9. Ces contributions visent à théoriser la pression et les limites qu’imposent certaines formes institutionnelles genrées, racisées, et de classe, reproduites par l’État, le marché et d’autres espaces de pouvoir, sur les pratiques reproductives des gens. Par exemple, l’analyse de la poussée vers la « redomestication » néolibérale du travail reproductif met l’accent sur l’expérience des femmes, sans pour autant négliger l’analyse des structures économiques.

Bien qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir sur ce plan, la théorie de la reproduction sociale récente vise à élargir le cadre analytique des formes d’oppression aux questions des rapports racisés, tout comme aux questions reliées à l’identité et l’orientation sexuelle. Sur ces derniers enjeux, les travaux d’Alan Sears vers un « féminisme marxiste queer » (Sears, 2005, p. 93) font beaucoup pour élucider les relations entre la restructuration néolibérale du capitalisme et les mécanismes d’ouverture/fermeture de certains espaces de vie LGTBQ. Sur le plan de l’intégration des problématiques de racisation, les travaux d’Himani Bannerji exercent une influence certaine sur la théorie de la reproduction sociale, et apparaissent comme un espace privilégié pour penser l’intégration triadique des questions de classe, de genre et de race, dans une pensée qui soit d’emblée marxiste, féministe et antiraciste.


4 - La pensée marxiste féministe antiraciste chez Himani Bannerji.

Les travaux d’Himani Bannerji élargissent le spectre d’analyse de façon définitive vers les problématiques des processus racisés10 (Bannerji 2005, 2000, 1995). Premièrement, il convient de souligner que Bannerji se distingue des approches de l’intersectionnalité, développées notamment par le féminisme africain-américain (Hill Collins 2009; Crenshaw 1991). Sans former un tout homogène, ces approches se penchent sur l’intersection de différentes formes d’oppression selon la position sociale d’un individu ou d’un groupe opprimé11. Bannerji exprime une forte réticence à décrire l’expérience vécue des travailleuses racisées comme « intersectionnelle » (2005, p. 144). Toutefois, bien qu’elle ne discute pas en profondeur de ces approches et que ses efforts de théorisation se situent à distance de ces théories, Bannerji note tout de même que les travaux de Hill Collins sont exemplaires d’une « épistémologie de la résistance », et elle note favorablement leur apport à ce qu’elle appelle un « multiculturalisme par le bas » (2000, p. 25-26). Les travaux de Jacqui Alexander et Chandra Mohanty (1997) font aussi partie de cette mouvance qui selon Bannerji « témoigne de la formation d’une identité oppositionnelle/coalitionnelle, de devenir femme de couleur plutôt que d’être née ainsi, un processus de conscientisation politique anti-impérialiste qui a lieu parmi les féministes » (2000, p. 25. Traduction libre). Cette création d’espaces de lutte est nécessaire pour combattre l’idéologie du multiculturalisme officiel et les discours de « diversité » des élites et des gouvernements, qui cachent et consolident les rapports de pouvoir en segmentant les populations opprimées par le capitalisme impérialiste mondial et en réduisant leurs demandes à des demandes de reconnaissance culturelle. Ce multiculturalisme officiel12 évacue la question des classes, et neutralise l’oppression de genre et de race derrière le prétendu état de fait de la diversité culturelle (2000, p. 8-9 et 30-34).

Si Bannerji participe par ses travaux à la construction par le bas d’espaces de lutte par et pour des féministes non-blanches, elle considère toutefois que les approches théoriques qui souhaitent élargir leur cadre analytique des processus de domination en additionnant des processus racisés, genrés, et de classe, font fausse route. Chaque mode d’oppression : le racisme, le sexisme, l’exploitation de classe, serait vu comme une partie, formée a priori, qui entre en relation avec d’autres parties considérées également comme des entités a priori. La totalité des modes d’oppression serait donc formée de l’addition des parties formées indépendamment l’une de l’autre et possédant leur histoire et logique propre. Dissocier la classe, le genre et la race équivaut à faire ce que Marx appelait, dans l’Idéologie allemande, de l’idéologie, c’est-à-dire de détacher une idée de son contexte socio-matériel de formulation13. Si elle mentionne les dangers de certaines approches intersectionnelles d’opérer à partir d’une telle logique additive (2005, p. 144), la véritable cible de Bannerji est ce qu’elle nomme le « discours féministe européen (blanc) », qui réifie l’expérience du genre des femmes blanches de classe moyenne, et seulement par un processus d’addition peut ensuite parler d’autres formes d’oppression : « dans cette méthode d’opération, l’abstraction se crée lorsque les moments sociaux différents qui constituent l’être concret d’une organisation sociale sont séparés les uns des autres, chaque partie possédant sa propre structure substantielle auto-régulatrice. On le voit bien lorsque le genre, la classe et la race sont considérés comme des enjeux séparés, des modes d’oppression séparés » (1995, p. 49. Traduction libre). Cette critique s’étend également au réductionnisme de classe du marxisme positiviste, aux tentatives d’addition des approches duelles, et à ce qu’elle nomme le « réductionnisme culturel », qu’elle attribue autant au postmodernisme universitaire qu’aux discours et politiques du multiculturalisme officiel, principalement au Canada, qui culturalisent les différences pour neutraliser les oppositions de classe. Ces approches théoriques tombent dans le même piège d’assigner des modes de pouvoir à des systèmes ou des sphères sociales différentes et réifiées : la classe appartenant à la sphère économique, le genre au social ou au « privé », la race à la sphère culturelle. Dans ces modèles, on peut conceptualiser la classe en faisant abstraction du genre et de la race, parce qu’on présume que ces catégories appartiennent à des sphères sociales différentes. De telles conceptions, en réifiant les modes de pouvoir, se perdent dans un fétichisme des catégories où l’on prend des distinctions analytiques pour des réalités sociales.

À l’opposé de l’individualisme méthodologique additif, le matérialisme dialectique de Bannerji, inspiré de Marx, Antonio Gramsci, Georg Lukács, Dorothy Smith, E.P. Thompson et Frantz Fanon, est une méthodologie holiste qui propose de partir du tout pour expliquer les parties et considère que le tout est plus que la somme des parties. Bannerji pense les trois formes d’oppression (auxquelles s’ajoute dans nombre de ses textes l’impérialisme) comme imbriquées les unes dans les autres dans la réalité sociale, et non pas agrégées, ou additionnées dans l’expérience. En d’autres mots, l’expérience de la salariée racisée, pour Bannerji, ne découle pas de l’addition de trois modes distincts d’oppression : « La présence d’une travailleuse non-blanche (Noire, Sud-asiatique, Chinoise) dans l’environnement racisé ordinaire n’est pas divisible, ou séparable de façon sérielle. Le fait qu’elle est noire, femme et travailleuse se mélange simultanément et instantanément en une forme d’identité » (2005, p. 144-145. Traduction libre). Cette expérience est un tout qui dépasse la somme de ses parties, par conséquent, l’essence même de chaque mode d’oppression n’est pas constituée a priori, mais se constitue dans ses relations avec les autres modes dans la totalité sociale. Par ailleurs, Bannerji met résolument l’accent sur la dimension historiquement située de l’expérience, et propose de concevoir les modes d’oppression comme des processus en mouvement historique plutôt que comme des catégories statiques circonscrivant certaines formes d’expérience. De même, il faut historiciser les formations idéologiques et traiter les marqueurs de différence sociale de façon relationnelle, pour éviter de tomber dans les extrêmes de l’universalisme abstrait et du particularisme excessif.

Il reste à voir ici à ce que concept d’expérience ne devienne pas un fourre-tout où une échappatoire devant certains problèmes analytiques qui pourraient s’y trouver évacués. De renvoyer à un concept d’expérience qui englobe tout, à un matériau historique où tout se trouve toujours déjà de toute manière, ne doit pas évacuer la question de la précision analytique. Le concept de médiation qu’introduit Bannerji constitue un outil prometteur pour préciser celui d’expérience, mais il doit lui aussi éviter ces mêmes pièges.

La relation entre les concepts d’expérience et de médiation est en effet centrale dans l’analyse bannerjienne. L’expérience d’une forme de relation de pouvoir ne vient jamais seule, purement, directement. Elle est toujours médiatisée par d’autres formes de pouvoir. Par exemple, l’expérience de classe n’est jamais une expérience pure, mais elle est médiatisée par une certaine position genrée et/ou racisée. L’expérience de classe d’un blanc salarié est dès lors différente de celle d’une salariée racisée. Même si, dans ce cas, il y a une certaine expérience de classe partagée, l’expérience de ce mode d’exploitation sera différente d’un individu à l’autre, puisque les positions racisées et genrées la médiatisent de façon différenciée. De la même manière, l’expérience de l’oppression de genre est vécue différemment par une blanche à la tête d’une entreprise, ou une salariée racisée occupant un emploi précaire. On peut parler ici d’une expérience de genre commune, mais en même temps différenciée, parce que le mode de pouvoir de genre évolue toujours en combinaison avec la classe et les processus de racisation.

La catégorie de race à laquelle Bannerji s’intéresse particulièrement est elle aussi médiatrice et médiatisée. Elle la définit comme le résultat de pratiques sociales expressives de pouvoir qui sont toujours situées dans un rapport de classe. La race est un construit historique découlant de pratiques d’attribution d’une race comme façon d’établir et d’organiser des différences dans certains contextes concrets14. Elle est essentiellement une pratique sociale capitaliste qui différencie certains pans des classes exploitées pour diviser les groupes exploités aussi bien que pour rendre certains sous-groupes encore plus exploitables. La race est un produit des pratiques colonialistes, impérialistes et esclavagistes du capitalisme qui ont articulé des discours et des pratiques de racisation tout au long de l’histoire du capitalisme. Dans les sociétés occidentales contemporaines, littéralement fondées sur le racisme et définies par lui, le racisme le plus dangereux est celui que Bannerji nomme, mobilisant Gramsci, le racisme « de sens commun », un racisme normalisé et banalisé, présent dans des pratiques culturelles, dans le savoir, dans les présupposés et préjugés des gens, qui s’ajoute au racisme inhérent aux pratiques institutionnelles impérialistes capitalistes, et crée des « silences ou absences, des vides et des fissures où disparaissent les femmes non-blanches de la surface de la société » (1995, p. 45. Traduction libre). Le racisme, comme trait constitutif des sociétés occidentales, constitue donc un aspect fondamental des rapports genrés et de classe.

C’est donc en ce sens que Bannerji parle de « modes de médiation ». Le racisme, le sexisme et l’exploitation de classe ne sont jamais vécus dans leur pureté analytique. Elle utilise des termes comme « tout ensemble » ou « tout d’un coup » (2005, p. 144) pour décrire l’expérience du fonctionnement intégré des trois modes de pouvoir15. Lorsque les concepts ne suffisent pas, elle a également recours à des métaphores pour imager cette imbrication des modes de pouvoir : « Un être humain n’est pas premièrement une femme, puis une personne de couleur, et troisièmement, de la classe ouvrière. Elle est plutôt toujours tout d’un coup: race, genre et classe sont inséparables, comme le café et le lait une fois mélangés16 » (2005, p. 149).

L’intégration des modes de pouvoir constitue le mode de fonctionnement du capitalisme contemporain. Elle est une opération des pratiques capitalistes même, et la théorie anticapitaliste, y compris le marxisme, doit en tenir compte. Le capitalisme réel ne fait pas abstraction de ces catégories pour évoluer dans un mode d’économie politique dépourvu de genre et de « race ». Le capitalisme articule ces modes de pouvoir dans son fonctionnement réel. Par exemple, lorsqu’une multinationale délocalise ses opérations et embauche des femmes racisées pour baisser ses coûts salariaux, elle fait la démonstration de cette intégration fondamentale des dynamiques de classe, de genre et de race au sein du capitalisme contemporain (2005, p. 149). Dans cet exemple, le genre et la « race » sont des « modes de médiation » du rapport de classe qui « aident à produire une dévaluation constante de la force de travail incarnée de certains groupes sociaux » (femmes, personnes racisées) (2005, p. 153. Traduction libre). Pour Bannerji, la classe, tout comme la race et le genre, n’existent pas concrètement dans le capitalisme contemporain sans ces médiations réciproques. L’expérience de ces formes d’oppression est tributaire du lieu commun de formation de ces trois modes de pouvoir : la totalité sociale, le capitalisme patriarcal raciste impérialiste contemporain. En ce sens, c’est bien une approche unitaire que défend Bannerji, et sa position peut être rapprochée des efforts de Vogel. Cependant, l’accent mis sur l’expérience, l’intégration de la question de la race, et le niveau d’analyse des formes d’oppression privilégié dans les travaux de Bannerji, plus près des fluctuations historiques et de réalités politiques ciblées, distinguent sa contribution de celle de Vogel.

Postuler l’intégration des modes de pouvoir implique également de penser des politiques de résistance intégrées. Bannerji rappelle les divisions historiques évoquées plus haut du mouvement socialiste sur ces questions. Les enjeux de genre et de race ne peuvent être traités comme secondaires par rapport à la classe, la résistance à ces modes de pouvoir ne peut être un objectif secondaire par rapport à la révolution de classe. Bannerji évoque les mêmes tensions dans certains mouvements antiracistes et féministes où l’on positionne les enjeux de classes à distance des considérations de race ou de genre. Ces positions imitent l’injustice capitaliste qui fonctionne précisément en fragmentant ce qui est en réalité une expérience sociale unifiée d’oppression « classe-genre-race ». Or, selon elle, les mouvements anti-oppression pourront avancer seulement dans la mesure où ils poursuivent les buts communs de « justice classe-genre-race17 », et dépassent la logique de la coalition sur des enjeux précis, coalitions éphémères et diluées par définition. La lutte anticapitaliste doit toujours déjà être une lutte féministe, antiraciste et anti-impérialiste, et vice-versa. Ces modes de pouvoir doivent être pris de front, toujours tous à la fois, de sorte qu’une revendication féministe soit également une revendication anticapitaliste, qu’une revendication anticapitaliste soit toujours une revendication antiraciste, et ainsi de suite. Or malgré la justesse de ces injonctions sur le plan des principes, on peut déceler ici les dangers qui guettent des concepts d’expérience ou de médiation qui évacuent une certaine précision analytique. On ne peut que mettre l’accent une fois de plus sur la nécessité de l’historicisation et de l’analyse politique spécifique de situations spécifiques. Devrait-on reprocher à Black Lives Matter, par exemple, de trop focaliser son discours sur la question raciale ? Perd-il sa valeur s’il n’est pas absolument anticapitaliste ? Doit-on rejeter les luttes pour l’équité salariale homme-femme puisqu’elles ne dépassent pas le cadre capitaliste ? Lors d’un backlash contre le droit à l’avortement, est-il condamnable de chercher alliance avec des courants féministes libéraux ? Ces questions stratégiques ne peuvent se régler sur le plan des principes théoriques et faire l’économie d’analyses politiques spécifiques.


Conclusion

De l’analyse des œuvres classiques du marxisme aux débats théoriques et aux analyses politiques, le travail de théoriciennes anglophones au carrefour des approches féministes, marxistes, et antiracistes, se traduit par un enrichissement du cadre analytique marxiste quant à sa théorie de la subjectivité et son analyse des modes de pouvoir et de domination. En ce sens, les contributions présentées dans cet article représentent des moments clés dans un effort théorique visant une théorie unitaire et holiste des modes d’exploitation et d’oppression contemporains. La texture multiple de ces formes de pouvoir requiert de telles analyses qui soulèvent les problématiques et enjeux politiques au sein même des théorisations alternatives. La pensée critique ne se portera que mieux de la poursuite et du développement de ces axes de réflexion théorique, autant sur le plan heuristique que politique. En effet, les efforts théoriques cherchant à générer et à fédérer des luttes et des espaces de résistances sont essentiels si, comme le soulignait Marx, le but n’est pas simplement d’interpréter le monde, mais bien de le changer.

Je suis redevable à Félix Boggio Éwanjé-Épée pour ses précieux commentaires et lumineuses suggestions. Frédérick Guillaume Dufour, Elsa Galerand, et des membres du comité éditorial de la revue Cahiers du genre ont également commenté une version précédente de cet article.

Références

Alexander, Jacqui et Chandra Mohanty (dirs) (1997). Feminist Genealogies, Colonial Legacies, Democratic Futures. Londres/New York, Routledge.

Bakan, Abigail (2012). « Marxism, Feminism, and Epistemological Dissonance ». Socialist Studies Review/Revue d’études socialistes, vol. 8, no 2.

Bakker, Isabella (2007). « Social Reproduction and the Constitution of a Gendered Political Economy ». New Political Economy, vol. 12, no 4.

Bakker, Isabella et Stephen Gill (2003). Power, Production and Social Order. Houndmills, Basingstoke, Palgrave Macmillan.

Bannerji, Himani (2005) « Building from Marx: Reflections on Class and Race ». Social Justice, vol. 32, no 4.

—- (2000). The Dark Side of the Nation. Essays on Multiculturalism, Nationalism and Gender. Toronto, Canadian Scholars Press.

—- (1995). Thinking Through: Essays in Marxism, Feminism and Anti-Racism. Toronto, The Women’s Press.

Benston, Margaret (1969). « The Political Economy of Women’s Liberation ». Monthly Review, vol. 21, no 4.

Bezanson, Kate et Meg Luxton (dirs) (2006). Social Reproduction : Feminist Political Economy Challenges Neo-liberalism. Montréal, McGill-Queen’s Press.

Bilge, Sirma (2009). « Théorisations féministes de l’intersectionnalité ». Diogène, no 225.

Brenner, Johanna (1984). « Review: Marxist Theory and the Woman Question ». Contemporary Sociology, vol. 13, no 6.

Brown, Heather (2012). Marx on Gender and the Family. A Critical Study. Leiden, Brill.

Camfield, David (2002). « Beyond Adding on Gender and Class: Revisiting Marxism and Feminism ». Studies in Political Economy, no 68.

Coburn, Elaine (2012). « Thinking About Class, Race, Gender: Himani Bannerji and G.A. Cohen on Capitalism and Socialism ». Socialist Studies, vol. 8, no 1.

Collins, Patricia Hill (2009). Black Feminist Thought. New York, Routledge.

Crenshaw, Kimberlé (1991). « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence Against Women of Color ». Stanford Law Review, vol. 43, no 6.

Dalla Costa, Mariarosa (1972). « Women and the Subversion of the Community », in Mariarosa Dalla Costa et Selma James. The Power of Women and the Subversion of the Community. Bristol, Falling Wall Press.

Dorlin, Elsa (2005). « De l’usage épistémologique et politique des catégories de ‘sexe’ et de ‘race’ dans les études sur le genre ». Cahiers du Genre, vol. 2 no 39.

Engels, Friedrich (1972). L’origine de la famille, de la propriété privée, et de l’État. Paris, Éditions sociales.

Ferguson, Ann (1979). « Women as a New Revolutionary Class », in Pat Walker (dir.), Between Labour and Capital. Boston, South End Press.

Ferguson, Susan (2008). « Canadian Contributions to Social Reproduction Feminism, Race and Embodied Labor ». Race, Gender & Class, vol. 15, no 1-2.

Ferguson, Susan et David McNally (2015). « Precarious Migrants: Gender, Race and the Social Reproduction of a Global Working Class ». Socialist Register, vol. 51.

—- (2013). « Capital, Labour-Power, Gender-Relations », in Lise Vogel. Marxism and the Oppression of Women. Chicago, Haymarket.

Galerand, Elsa et Danièle Kergoat (2014). « Consubstantialité vs intersectionnalité ?  À propos de l’imbrication des rapports sociaux ». Nouvelles pratiques sociales, vol. 26, n° 2.

—- (2013). « Le travail comme enjeu des rapports sociaux (de sexe) », dans Margaret Maruani (dir.). Travail et genre dans le monde – L’état des savoirs. Paris, La découverte.

Gardiner, Jean (1976). « The Political Economy of Domestic Labour in Capitalist Society », in Diana Leonard Barker et Sheila Allen (dirs.). Dependence and Exploitation in Work and Marriage. New York, Longman.

Gimenez, Martha E. (2001). « Le capitalisme et l’oppression des femmes: pour un retour à Marx ». Actuel Marx, no 30.

Hartmann, Heidi (1979). « The Unhappy Marriage of Marxism and Feminism: Towards a More Progressive Union ». Capital & Class, no 8.

Humphries, Jane (1977). « Class Struggle and the Persistence of the Working Class Family ». Cambridge Journal of Economics, vol. 1, no 3.

Katz, Cindi (2001). « Vagabond Capitalism and the Necessity of Social Reproduction ». Antipode, vol. 33, no 4.

Kergoat, Danièle (2012). Se battre, disent-elles…. Paris, La dispute.

—- (2009). « Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux », dans Elsa Dorlin (dir.). Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination. Paris, Presses universitaires de France.

Klotz, Marcia (2006). « Alienation, Labour, and Sexuality in Marx’s 1844 Manuscripts ». Rethinking Marxism, vol. 18, no 3.

Leeb, Claudia (2007). « Marx and the Gendered Structure of Capitalism ». Philosophy and Social Criticism, vol. 33, no 7.

Marx, Karl (2009). Le Capital, livre 1. Paris, PUF.

Marx, Karl et Friedrich Engels (2014). L’idéologie allemande. Paris, Éditions Sociales.

Mitchell, Juliet (1975). Psychoanalysis and Feminism. New York, Vintage Books.

Monachie, Moira (1987). « Engels, Sexual Divisions, and the Family », dans J. Sayers, M. Evans et N.Redclift (dirs). Engels revisited, New Feminist Essays. Londres, Tavistock.

Molyneux, Maxine (1979). « Beyond the Domestic Labour Debate ». New Left Review, no 116.

Morton, Peggy (1971). « A Woman’s Work is Never Done », in Edith Altbach (dir.). From Feminism to Liberation. Cambridge, Schenkman Publishing.

Riddell, John (2010). « Clara Zetkin’s Struggle for the United Front », International Socialist Review, janvier-février.

Rioux, Sébastien (2015). « Embodied Contradictions: Capitalism, Social Reproduction and Body Formation ». Women’s Studies International Forum, no 48.

Rowbotham, Sheila (2014 [1973]). Women, Resistance and Revolution. A History of Women and Revolution in the Modern World. Londres, Verso.

Sears, Alan (2005). « Queer Anti-Capitalism. What’s Left of Lesbian and Gay Liberation? ». Science and Society, vol. 29, no 1.

Trat, Josette (2010). « Friedrich Engels: de la propriété privée à l’assujettissement des femmes », dans D. Chabaut-Rychter, V. Descoutures, A-M. Devreux, E. Varikas (dirs). Sous les sciences sociales, le genre. Paris, La découverte.

Vogel, Lise (2013). Marxism and the Oppression of Women. Chicago, Haymarket.
Young, Iris (1981). « Beyond the Unhappy Marriage: A Critique of Dual Systems Theory », in Lydia Sargent (dir.), Women and Revolution: A Discussion of the Unhappy Marriage of Marxism and Feminism. Boston, South End Press.


notes :

Il s’agit du diagnostic posé par Heather Brown. J’en déduis qu’elle fait référence à une certaine évacuation des questions d’économie politique du corpus théorique du féminisme poststructuraliste. [↩]

Pour Fourier il s’agissait d’une cause. Pour Marx, c’est un indicateur. Voir Vogel, 2013, p.44n2. [↩]
Des théoriciennes ont toutefois relevé des tendances à la naturalisation de la division socio-sexuée du travail chez Engels. Voir Maconachie (1987) et Trat (2010). [↩]

On peut souligner a contrario la grande sensibilité d’August Bebel, dirigeant de la Deuxième Internationale, à l’importance de l’action des femmes contre leur propre oppression. Notons aussi les contributions, trop souvent mises de côté, de théoriciennes telles qu’Alexandra Kollontaï et Clara Zetkin. Sur ces dernières, voir entre autres Bakan (2012) et Riddell (2010). [↩]

Voir Benston (1969, p.15-16). Des développements similaires autour des questions de classe et de sexe, qui complexifient et développent certaines idées d’Engels, ont aussi lieu dans la littérature francophone, chez Colette Guillaumin et Christine Delphy, par exemple. [↩]

Pour des résumés de ces débats, voir aussi Ferguson et McNally (2013); Hartmann (1979) et Vogel (2013). [↩]

Bien qu’on la retrouve également par exemple chez Gardiner (1976) et Humphries (1977). [↩]

Chez Vogel ces caractéristiques sont communes, à divers degrés, aux sociétés de classe. Tel que mentionné, le capitalisme est spécifique davantage sur le plan de la séparation des sphères de la production et de la reproduction. [↩]

Pour les développements de problématiques théoriques semblables ancrées dans l’analyse du travail dans le monde francophone, voir les travaux de Kergoat en particulier (2009; 2012), Galerand et Kergoat (2013; 2014). [↩]

Bien que son influence soit grandissante, il n’y a peu ou pas, à notre connaissance, d’essai d’interprétation de la sociologie bannerjienne. Coburn (2012) offre un premier effort en ce sens. [↩]

Voir aussi Bilge (2009). Sur les oppositions au sein des théories de l’intersectionnalité et le caractère « faussement fédérateur » du concept, voir Galerand et Kergoat (2014, p. 46). [↩]

Bannerji fait principalement référence au contexte canadien. [↩]

La critique marxiste de catégories idéologiques est d’ailleurs un thème qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Bannerji. Voir par exemple l’introduction à Bannerji (2000). [↩]

Bannerji dans ses écrits récents place toujours le mot « race » entre guillemets pour souligner le caractère construit et non-biologique de la race (2005, p. 149). Elle souhaite ne pas le réifier ou le naturaliser dans une forme substantive. [↩]
« all together », « all at once ». [↩]

« A human being is not first, a woman, then, a person of colour, and third, working class. Rather, she is always all-at-once: race, gender and class are inseparable as “coffee and milk” once they have been mixed up together ». Traduction libre. Coburn (2012) cite également ce passage. [↩]

« class-gender-racial justice ». [↩]



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Ven 3 Fév - 13:10

Viewpoint Magazine

Beyond lean-in: For a feminism of the 99% and a militant international strike on March 8

Linda Martín Alcoff, Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya, Nancy Fraser, Keeanga-Yamahtta Taylor and Rasmea Yousef Odeh

Viewpoint February
3, 2017


Citation :
The massive women’s marches of January 21st may mark the beginning of a new wave of militant feminist struggle. But what exactly will be its focus? In our view, it is not enough to oppose Trump and his aggressively misogynistic, homophobic, transphobic and racist policies; we also need to target the ongoing neoliberal attack on social provision and labor rights. While Trump’s blatant misogyny was the immediate trigger for the massive response on January 21st, the attack on women (and all working people) long predates his administration. Women’s conditions of life, especially those of women of color and of working, unemployed and migrant women, have steadily deteriorated over the last 30 years, thanks to financialization and corporate globalization. Lean-in feminism and other variants of corporate feminism have failed the overwhelming majority of us, who do not have access to individual self-promotion and advancement and whose conditions of life can be improved only through policies that defend social reproduction, secure reproductive justice, and guarantee labor rights. As we see it, the new wave of women’s mobilization must address all these concerns in a frontal way. It must be a feminism for the 99%.

The kind of feminism we seek is already emerging internationally, in struggles across the globe: from the women’s strike in Poland against the abortion ban to the women’s strikes and marches in Latin America against male violence; from the massive women’s demonstration of the last November in Italy to the protests and the women’s strike in defense of reproductive rights in South Korea and Ireland. What is striking about these mobilizations is that several of them combined struggles against male violence with opposition to the casualization of labor and wage inequality, while also opposing homophobia, transphobia and xenophobic immigration policies. Together, they herald a new international feminist movement with an expanded agenda–at once anti-racist, anti-imperialist, anti-heterosexist, and anti-neoliberal.

We want to contribute to the development of this new, more expansive feminist movement.

As a first step, we propose to help build an international strike against male violence and in defense of reproductive rights on March 8th. In this, we join with feminist groups from around thirty countries who have called for such a strike. The idea is to mobilize women, trans-women and all who support them in an international day of struggle–a day of striking, marching, blocking roads, bridges, and squares, abstaining from domestic, care and sex work, boycotting, calling out misogynistic politicians and companies, striking in educational institutions. These actions are aimed at making visible the needs and aspirations of those whom lean-in feminism ignored: women in the formal labor market, women working in the sphere of social reproduction and care, and unemployed and precarious working women.

In embracing a feminism for the 99%, we take inspiration from the Argentinian coalition Ni Una Menos. Violence against women, as they define it, has many facets: it is domestic violence, but also the violence of the market, of debt, of capitalist property relations, and of the state; the violence of discriminatory policies against lesbian, trans and queer women, the violence of state criminalization of migratory movements, the violence of mass incarceration, and the institutional violence against women’s bodies through abortion bans and lack of access to free healthcare and free abortion. Their perspective informs our determination to oppose the institutional, political, cultural, and economic attacks on Muslim and migrant women, on women of color and working and unemployed women, on lesbian, gender nonconforming, and trans-women.

The women’s marches of January 21st have shown that in the United States too a new feminist movement may be in the making. It is important not to lose momentum. Let us join together on March 8 to strike, walk out, march and demonstrate. Let us use the occasion of this international day of action to be done with lean-feminism and to build in its place a feminism for the 99%, a grass-roots, anti-capitalist feminism–a feminism in solidarity with working women, their families, and their allies throughout the world.

Citation :
Linda Martín Alcoff is a professor of philosophy at Hunter College and the CUNY Graduate Center and the author of Visible Identities: Race, Gender, and the Self. She is currently at work on a new book on sexual violence, and another on decolonizing epistemology.

Cinzia Arruzza is an Assistant Professor of Philosophy at the New School for Social Research in New York and a feminist and socialist activist. She is the author of the author of Dangerous Liaisons: The Marriages and Divorces of Marxism and Feminism.

Tithi Bhattacharya teaches history at Purdue University. Her first book, The Sentinels of Culture: Class, Education, and the Colonial Intellectual in Bengal (Oxford, 2005), is about the obsession with culture and education in the middle class. Her work has been published in journals such as the Journal of Asian Studies, South Asia Research and New Left Review, and she is currently working on a book project entitled Uncanny Histories: Fear, Superstition and Reason in Colonial Bengal.

Nancy Fraser
Nancy Fraser is Loeb Professor of Philosophy and Politics at the New School for Social Research. Her books include Redistribution or Recognition and Fortunes of Feminism.

Keeanga-Yamahtta Taylor is an assistant professor in Princeton University's Center for African American Studies and the author of From BlackLivesMatter to Black Liberation.

Rasmea Yousef Odeh is the associate director of the Arab American Action Network, leader of that group's Arab Women's Committee, and a former member of the Popular Front for the Liberation of Palestine.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Patlotch



Messages : 885
Date d'inscription : 22/04/2017

MessageSujet: Re: FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !   Mar 15 Aoû - 7:55


Cet article est une réédition du travail de María Dominguez, publié initialement par Kurtural dans la série “El país de las mujeres” (Le pays des femmes – série d'histoires autour des femmes latino-américaines). La version originale présente une étude approfondie des obstacles juridiques rencontrés dans les affaires de plaintes pour harcèlement sexuel.


Manifestation à l'Université Nationale d'Asunción.
Photographie de Kurtural publiée avec autorisation.

Citation :
“Ca ne te coûte rien un baiser ! Personne ne le saura.”

C'était le 30 avril 2014. Il pleuvait. Carolina Wolf était assise dans la voiture de Gustavo Rodríguez Andersen, professeur à la Faculté de médecine de l'Université nationale d'Asunción (UNA), la plus grande du Paraguay. Elle était étudiante en médecine et déléguée de classe dans le campus de l'UNA à Santa Rosa del Aguaray, à 250 kilomètres d'Asunción.

Andersen l'avait invitée à un congrès universitaire dans la capitale pour qu'elle puisse par la suite renseigner ses camarades. En sortant, il lui avait proposé de la raccompagner, mais juste avant il était passé par le campus de l'université et avait garé sa voiture à côté d'une plantation de canne à sucre, “dans une zone sombre” se souvient Carolina Wolf.

“J'ai très mal au cou”, lui dit-il.

Carolina le regarda et vit qu'il se tripotait les parties génitales. “La seule chose qui m'est venue à l'esprit, c'est ma famille. Pour esquiver cette situation, j'ai pris mon téléphone et j'ai commencé à lui montrer des photos de mon papa, ma maman et de mes frères”, raconte-t-elle. Puis elle a demandé qu'il la dépose devant un supermarché à proximité où on viendrait la chercher. Mais en arrivant là, Andersen a insisté de nouveau. Il s'est approché d'elle, lui a attrapé le cou et a tenté de l'embrasser. Elle s'est débattue.

Carolina s'est dégagée comme elle l'a pu, est descendue de la voiture et a marché jusqu'au supermarché. Elle avait peur. Elle a appelé son fiancé en lui demandant de venir la chercher. “Je lui ai dit qu'un professeur avait essayé d'abuser de moi. Je lui ai demandé de ne plus jamais me laisser aller seule à l'université”, raconte-t-elle.

Après cet épisode, Andersen n'a plus jamais essayé d'embrasser Carolina, ni de se toucher devant elle, mais les abus ont continué. “Il me rabrouait en classe devant mes camarades. Lorsqu'il m'adressait la parole, je restais muette. Il me traitait de tête de mule, d'imbécile et d'idiote et disait que c'était normal parce que je suis une femme”, explique-t-elle.

Elle ne savait pas comment expliquer à sa famille ce qui se passait et n'en n'a parlé ni à sa famille ni à ses camarades : “Personne ne serait allé dire à Andersen de se calmer vis-à-vis de moi. Si quelqu'un avait fait cela, il aurait pu faire une croix sur la poursuite de ses études”.

En 2015, les étudiants de l'UNA ont brisé le silence et ont occupé le rectorat en signe de protestation contre les nombreuses irrégularités de l'institution. En septembre, il y a eu des plaintes et des accusations de corruption de doyens et de hauts responsables universitaires. Le mot-clic #UNANoTeCalles [UNANeTeTaisPas, Ndt] était présent partout sur les réseaux sociaux. Dans cette ambiance où le silence était rompu, Carolina Wolf a appris qu'une de ses camarades avait été harcelée sexuellement par Andersen.


Carolina Wolf a écrit:
J'ai pris une grande claque. Aujourd'hui encore, je culpabilise de ne pas avoir porté plainte quand ça m'est arrivé. Je ne cessais de penser à ce qui était arrivé à ma camarade. Alors, j'ai décidé que tout cela devait cesser. Je savais qu'Andersen était tout-puissant, mais je ne pouvais plus rester sans rien faire, et j'ai porté plainte.

Une pyramide de privilèges

“La Faculté de médecine s'est transformée en un instrument de domination politique”,
affirme l'avocat Guillermo Ferreiro, conseiller des étudiants de l'UNA durant les manifestations de 2015. La faculté reçoit un budget public élevé par le biais de l'hôpital de Clínicas, qui est un hôpital public directement lié à la faculté. Ferreiro pense en outre que la filiale de Santa Rosa a été créée spécialement pour faciliter “la répartition des postes et des fonctions” en favorisant les personnes proches des hauts responsables de l'UNA”.

Etudiante spécialisée en instrumentation chirurgicale et unité opératoire à l'UNA, Minami Akita pense que les professeurs de la Faculté de Médecine “s'accordent des privilèges”. Leur grande obsession est de grimper pour conserver des postes fixes à la faculté ou à l'hôpital. Minami Akita révèle qu'il y a des “enseignants-express”, qui sont nommés de façon rapide sans réunir tous les prérequis, uniquement dans le but de garantir au “Clan”, le groupe de pouvoir qui contrôle l'UNA, un certain nombre de votes favorables pour maintenir son autorité.

Minami Akita pense qu'il existe une double discrimination envers les femmes à la Faculté de médecine de l'UNA.


Minami Akita a écrit:
“La majorité des postes de direction sont occupés par des hommes. Que ce soit le directeur ou le chef des urgences de l'hôpital de Clínicas, ou bien le doyen ou le vice-doyen de la Faculté, ce sont tous des hommes. Lors de la première grève des étudiants de #UNANoTeCalles, on a appris que certains de ces hommes de pouvoir vendaient des postes à la Faculté ou à l'Hôpital. C'est-à-dire qu'ils demandaient de l'argent aux hommes embauchés en échange de leur titularisation. Et aux femmes, ce n'est pas de l'argent, mais des faveurs sexuelles qu'ils demandaient

Durant ces manifestations, Minami Akita et ses camarades ont reçu des plaintes concernant des irrégularités dans la gestion de la faculté. Nombre d'entre elles, environ cinq ou six sur dix, concernaient des affaires de harcèlement sexuel. Parmi les histoires les plus frappantes, on trouvait celle d'une représentante des étudiants de la filière Instrumentation qui se comportait comme une sorte d'entremetteuse. Dans le bloc opératoire, elle proposait aux étudiantes de participer à des fêtes privées organisées par les professeurs. Au cours de ces fêtes, elles coucheraient avec eux en échange d'un travail à l'hôpital. Parfois, c'était les chirurgiens eux-mêmes qui lançaient ces invitations en pleine intervention chirurgicale.

Un protocole pour mettre fin au harcèlement sexuel à l'université


Graciela Escobar, médecin anesthésiste diplômée de l'UNA, est aussi la mère d'une représentante étudiante à la Faculté de médecine. Elle raconte que durant la mobilisation #UNANoTeCalles, les parents des étudiants se sont regroupés pour soutenir la réforme du statut universitaire. C'est à cette époque que l'on a commencé à entendre quelques histoires vécues de violence, mauvais traitements et harcèlement dont souffraient les étudiants.

Face à la gravité des témoignages, les parents des étudiants ont entamé une “croisade contre le harcèlement”, comme l'appelle Dr Escobar. Pendant les derniers mois, suite à l'affaire Carolina Wolf, ils ont demandé à des sénateurs et des députés d'intervenir en tant que médiateurs dans un débat sur la mise en place d'un protocole contre le harcèlement et la discrimination de genre dans les universités.


Graciela Escobar a écrit:
Nous voulons qu'il y ait un protocole pour prendre en charge les affaires de harcèlement dans toutes les facultés de l'UNA, et que soit mis en place un système qui évite la double peine infligée aux victimes, en empêchant que ces dernières soient obligées de répéter cent fois leur histoire, et de la revivre encore et encore. Nous voulons que des psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux soient présents dans les bureaux d'aide aux étudiants, et qu'ils puissent recevoir les plaintes et les suivre concrètement.

Parmi ces luttes contre l'impunité, il est possible que l'affaire de Carolina Wolf soit ré-ouverte. Le 30 mai dernier, les juges de la Cour d'appel ont annulé le non-lieu définitif dont bénéficiait Andersen. Selon les avocats de l'étudiante, cette mesure pourrait permettre l'ouverture d'une nouvelle audience avec un nouveau juge et une nouvelle procureure.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 5 sur 5Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5
 Sujets similaires
-
» 2 femmes, 2 hommes, 4 névroses (Martina Chyba)
» Les femmes et hommes les plus tatoués
» ceux que les femmes et hommes pensent de l autre
» Esce un homme musclé ou une femme de reve ?
» SM/Femme à deux utérus

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine -> machisme structurel et sociétal-
Sauter vers: